Bonjour à tous les passants, ce second chapitre devrait vous amener un peu plus profondément dans le dédale de cette histoire étrange où l'univers du conte se met au service d'un autre genre littéraire. Je remercie toute personne qui juge bon de passer un peu de temps ici, en particulier celles qui laissent une trace de leur passage.
Je tiens à remercier chaleureusement et tendrement:
-Miriamme à qui j'ai déjà répondu via les MP.
-Mimija, je me demande si nous parlons de la même personne... non, non, sois tranquille, je ne te veux aucun mal... enfin pas vraiment, tout ceci n'est qu'une autre histoire à dormir debout! j'essaie de te faire croire que je peux aussi t'effrayer, la nuit au coin d'un bois mais... une femme expérimentée ne saurait s'y laisser prendre, n'est-ce pas? Tu peux continuer de poser ces questions, faire des liens si intéressants, ma chère, je n'y répondrai pas évidemment mais ta vision affûtée peut aussi éclairer...
-Angie pour son impatience joyeuse et communicatrice! Moi non plus, je ne croyais pas à mon retour... c'est un imprévu mais quand une idée nous tient, nous envahit... je crois que cette suite te donnera une vision plus claire de ce que je trafiques...
-Notre invitée surprise qui comprend bien en quoi cette histoire pourrait être terrifiante mais également pour la critique éminemment positive qu'elle a émise sur ma façon de raconter...
-Jenny, fan devant l'Éternel... hello my dear! I think that you'll find everything you want... for sure! it is I who thank you for your unfailing support. I don't forget that you have asked me when an idea came to me. Sorry for my english, it does not improve...
-Laura pour sa constance et le regard bienveillant qu'elle porte sur mes fantaisies. J'espère que tu prends autant de plaisir à lire que moi à écrire, car je pense aussi à celles (ceux?) qui passent du temps à me suivre dans mes tentatives au moment où je mets en forme, ou j'échafaude...
-Loulou1993 pour les compliments et encouragements qu'elle m'a prodigués, ainsi que pour son audace car les commentaires deviennent assez rares!
L'ombre du mal
« Vous avez tort de croire le contraire, monsieur Darcy, mais la forme de votre déclaration m'a épargné la compassion que j'aurais peut- être éprouvée en refusant votre main, si vous aviez plus agi en gentleman ». Ses joues brûlantes témoignaient assez de son tourment alors qu'il se remémorait pour lui- même les propos qu'elle lui avait jetés au visage hier soir.
« Qu'elle qu'eût été la forme de votre déclaration, jamais je n'aurais même songé à l'accueillir favorablement.» Ainsi soit- il. Sa longue lettre vengeresse à la main, il avançait presque lourdement à travers les allées puis les bois encore ensommeillés. Depuis qu'il s'était réfugié dans sa chambre, son esprit n'avait cessé de repasser la boucle de ce désastre amoureux, affligeant son ego chaque fois plus profondément. Il s'était donc résolu à l'affronter une ultime fois, afin de lui remettre sa réponse aux accusations qu'elle avait lancées, essentiellement au sujet de George Wickham mais aussi de l'attitude de sa sœur aînée à l'égard de Charles Bingley.
Ses pas l'avaient conduit le long de ce ravissant sentier, bien qu'il ne soit plus animé des mêmes sentiments que ceux qui avaient motivé ses fausses errances. Il est vrai qu'il l'avait souvent emprunté ces derniers jours, à la recherche, non de la quiétude enchantée qu'une certaine jeune personne venait y goûter, mais plutôt dans l'assouvissement d'un désir lancinant. S'il s'était trouvé, comme par coïncidence en cet endroit, c'était pour éprouver encore et encore le trouble que la rencontre provoquait en son for intérieur.
Ce matin, la verdure ondoyante offrait un cadre chaleureux à sa colère, le soleil accrochait ses rais de lumière dorée et douce aux herbes folles et illuminait chaque silhouette féerique, transformant chaque espèce végétale en un précieux témoin de la Nature. Les sens de nouveau tournés hors de sa prison intérieure, il s'emplissait du moment présent, de la vie frémissante qui bousculait tendrement sa peine, la peine qu'il avait finalement tournée contre lui. Il aspirait, dans un mélange de crainte et d'espoir, à la croiser aux abords d'une étroite clairière, où elle aimait s'asseoir, se perdre dans la contemplation de l'instant.
Une jeune fille, cheveux flottant autour de sa tête nue, reposait à même le sol, tout prêt d'un cours d'eau si pure que le ciel s'y reflétait aisément. Sa nuque, ses épaules et le haut de ses bras ronds étaient enveloppées d'une capeline de laine rouge sombre. Son visage exposé du côté opposé paraissait baigné dans l'étendue d'herbe fraîche, comme emporté par un impérieux sommeil d'enfant. Cette étrange vision était née au cœur d'une confusion personnelle où les artifices de la nature paraissaient jouer une morbide comédie. Car si cette jeune personne était effectivement endormie, sa position de repos ne semblait point naturelle. Les seuls mouvements qui s'échappaient de cette silhouette, émanaient des plis de sa robe qui, à mesure que sa vue s'aiguisait, s'avérait déchirée… La fraîcheur de la brise matinale aurait dû la faire frissonner, mais nul geste de protestation ne venait la défendre contre la rigueur printanière.
Il prit subitement conscience du silence évidemment inhabituel qui régnait tout autour de lui.
Alors qu'il hésitait, son regard devenu plus précis se posa sur une toute autre réalité : ce n'était pas une jeune fille assoupie mais un corps sans vie, abandonné au cœur d'une nature indolente. Au mutisme de la nature répondait le tumulte de son propre cœur affolé, de sa tête où l'horreur avait pris forme. Penché au- dessus d'elle, il cherchait vainement quelques signes rassurant mais il n'observa aucun souffle, aucun battement de cils, aucune palpitation des lèvres ou de la poitrine. Mais partout ses yeux trouvaient les preuves de l'outrage commis : lambeaux d'étoffe, traces terreuses probablement causées par de multiples chutes, ongles cassés, griffures et taches de sang… jusqu'à l'évidence du coup qui avait provoqué sa mort.
Les deux hommes avaient lancé leurs montures au galop, contournant l'allée de tilleuls, ils approchaient de la clairière. Le colonel Fitzwilliam possédait l'expérience douloureuse des champs de bataille mais pas de cette terrible injustice qu'avait subie cette enfant.
« Mon Dieu ! Comment… ? Je ne peux croire que… Totalement ébranlé par la révélation que son cousin lui avait faite, il exprimait tout haut son incompréhension, son incapacité à se représenter l' inconcevable. Encore une fois, il tourna la tête vers son compagnon. Darcy, n'avez- vous surpris personne ?
-Non Fitzwilliam, je n'ai croisé personne, ni rien entendu ou vu avant de… de la découvrir. Le soleil l'aveuglait, l'obligeant à plisser les yeux.
-Pas même à distance de … ? Les deux cavaliers étaient arrivés à destination, le colonel avait immédiatement dirigé son regard en direction du cours d'eau. Seigneur… pauvre petite. On dirait un ange oublié sur un tapis de verdure.
-J'ai d'abord cru qu'elle était endormie. Mais lorsque je me suis approché, je n'ai pu m'abuser davantage… Ils avaient mis pied à terre et attaché les rênes afin d'éviter tout incident et toute détérioration de ce qui s'appellerait désormais une scène de crime. Regardez, on dirait qu'elle a subi une attaque de loup ou de chien… ses vêtements sont déchirés et même déchiquetés à certains endroits… il passait sa main sur son front, réprimant la sensation nauséeuse qui le taraudait depuis qu'il avait compris la monstruosité de cette scène.
-Elle a succombé aux assauts d'une bête sauvage, enragée…il se tut un bref instant, comme captivé par ce qu'il fixait si intensément… mais la répartition des blessures me paraît étrange : ses mains devraient être particulièrement abîmées… si elle s'était défendue, contre un animal ou même… elle aurait cherché à se protéger, les mains en avant. Le colonel prenait soin de ne rien toucher, mais il examinait chaque détail visible en quête de ce qui dénoncerait l'identité de la créature à l'origine de ce carnage. Voyez l'extrémité de ses doigts, Darcy : elle s'est abîmée les ongles, a saigné en grattant le sol… »
En attendant l'arrivée des représentants de la justice, ils regagnèrent l'allée principale, bordée de hauts tilleuls. Le visage du colonel Fitzwilliam exprimait l'enchaînement des sombres réflexions dans lesquelles il craignait de se perdre. Soudain, il fit face à son cousin, l'inquiétude chevillée à tout son être :
« Darcy, pardonnez- moi ce manque de délicatesse mais la situation l'impose. Vous ne m'avez toujours pas expliqué ce que vous faisiez ici, si tôt, alors que nous nous apprêtions à rejoindre Londres. Son interlocuteur ne semblait pas disposé à lui offrir une réplique, il insista. Aviez- vous en tête quelque rencontre ? Pourquoi vous rendre précisément en ce lieu ? Vous savez que vous devez vous préparer à ces questions, mon cousin. L'enquête l'exige. Il lui avait tout dit du malaise qu'il ressentait et attendait maintenant une réponse apte à le rassurer.
-Je désirais seulement profiter du calme de cette campagne avant de replonger dans le vacarme londonien…un soupir s'échappa de sa bouche. Je ne peux avancer aucune raison particulière à ma présence en ce lieu. Je suis désolé de ne pouvoir satisfaire plus amplement votre curiosité Fitzwilliam. Il fit savoir à son compagnon qu'il avait bien saisi la nature de son trouble. Mais croyez- vous sincèrement que je ferai partie des suspects ?
-Oh, je ne saurai me vanter de posséder une quelconque connaissance juridique, encore moins des enquêtes judiciaires pour meurtre. Cependant, il me semble que cela dépend en grande partie de celui que le sort désignera pour mener cette affaire. Nous ne connaissons pas réellement les notables du comté… La réputation de Lady de Bourgh risque également d'influencer les jugements des uns et des autres. Il fixait l'horizon, guettant le moindre signe d'activité sur la route poussiéreuse.
-Je n'ai pas d'autres éléments à mettre en avant pour ma défense et il faudra bien s'en contenter. » Rien ne pouvait justifier qu'il exposât son intimité à qui que ce soit. Palpant la poche de son manteau, il prit alors conscience avec effroi que la lettre avait disparu.
Les deux hommes étaient partagés entre le soulagement et l'alarme, lorsqu'ils accueillirent Sir Blackheart, magistrat local, accompagné d'agents de police et, puisqu'il s'agissait d'une mort violente et suspecte, du coroner lui- même, un certain Stevenson qui assumait cette fonction depuis de nombreuses années. Un homme de fort petite taille mais robuste d'apparence, se présenta lui- même comme le Dr Knock, médecin- conseil habituellement en charge des affaires médicales que lui confiait la police. Il demanda qu'on le conduisît sans plus tarder jusqu'au corps, non sans s'être informé du fait que les deux gentilshommes n'avaient rien modifié avant son intervention.
Juge de paix lui- même, de par son statut, Darcy n'ignorait pas comment se déroulait une enquête ni le rôle que chacun de ces hommes avaient à jouer. Il répondit de bonne grâce aux premières questions de Sir Blackheart dont l'aspect ne prêtait guère à la plaisanterie ni même à la relative familiarité que l'on peut attendre d'un pair. L'image la plus appropriée pour le décrire s'approcherait de celle d'un géant, tant son allure paraissait imposante, mais à mieux y regarder, sa taille ne constituait pas l'exception, non, c'était plutôt ce qui émanait de sa personne qui engendrait cette sensation, à mi- chemin entre la fascination et la répulsion. Contre toute attente, sa voix que l'on aurait crû caverneuse, séduisait par son amabilité, à l'instar de ses manières fort plaisantes, pour un gentilhomme vivant une retraite campagnarde. En effet, ce baronnet avait depuis longtemps déjà abandonné toute velléité de vie citadine et ne fréquentait pas ses semblables autrement que lorsqu'il y était strictement obligé et jamais sous prétexte de divertissement.
« Si je reprends brièvement vos propos messieurs, aucun de vous ne connaît de quelque manière que ce soit cette jeune fille. Il fit une pause, comme pour renforcer la valeur de ce constat. Vous êtes membres de la famille de Lady Catherine de Bourgh, elle-même propriétaire des lieux. Il porta toute son attention vers celui qu'il désignait alors. C'est vous Mr Darcy qui avez découvert le corps puis après avoir constaté que vous ne pouviez plus rien pour elle, vous êtes rentré prévenir qui de droit et êtes revenu nous attendre, accompagné de votre cousin, le colonel Fitzwilliam, ici présent, parce que vous comptiez sur son expérience des champs de bataille pour vous assister. Il leva la main afin d'intimer le silence aux deux hommes qu'il venait de citer avec tant de brutalité.
En conclusion, nous avons un gentleman qui effectue une ultime promenade sur les terres de sa tante avant de reprendre la route pour Londres et qui tombe inopinément sur le cadavre d'une jeune inconnue. Sans aucun doute victime d'une mort violente.
-Peut-être vient-elle d'un comté voisin. L'agent de police qui paraissait représenter le degré le plus haut de la hiérarchie locale avait pris la parole. Cela expliquerait que nous ne puissions l'identifier. Je crois que nous l'aurions remarquée avec cette cape… rouge si elle avait été du coin. Non, je pense qu'elle n'est pas d'ici.
-Dr Knock, quelles sont vos premières déclarations sur les circonstances de sa mort ? Le coroner semblait absorbé par des pensées qu'il gardait par devers lui.
-Et bien, compte tenu de la rigidité cadavérique, et du fait que la température reste fraîche en cette saison, en particulier la nuit, je dirais qu'elle a été tuée hier soir, en début de soirée. Ces feuilles se sont déposées sur sa dépouille au cours de la nuit, quelques insectes ont aussi commencé à s'y intéresser… Le petit homme gesticulait, montrant de ci de là les éléments qui appuyaient ses propos. Son corps a été déposé à l'heure où les honnêtes gens sortent de table, après un bon souper. D'ailleurs l'autopsie nous permettra de déterminer si elle a pris un repas avant de mourir. Il regardait toujours sa patiente, les sourcils froncés.
-Bon, bon… c'est entendu, Docteur, mais dites- nous tout ce que vous pouvez de cette vilaine blessure et si elle a pu causer le décès. Sir Blackheart donnait quelques signes de fatigue, sa voix laissait transparaître une certaine lassitude.
-Nous pouvons conclure sans aucune hésitation qu'elle a été égorgée, avec une lame très tranchante, comme vous pouvez le constater vous- mêmes, les bords de la plaie sont nettes et la blessure est profonde, tenez, la lame a tranché très nettement...Un bruit incongru l'interrompit, il tourna la tête vers la source, et aperçut le visage décomposé du premier témoin, celui qui avait eu l'infortune de découvrir cette scène. Euh, bon, en revanche, les autres lésions ne sont pas dues à des morsures d'animaux, c'est certainement ce que l'on a voulu nous faire croire mais cela ne correspond pas à des mâchoires de loup ni de chien. Les coupures sont superficielles, comme les égratignures que l'on peut voir sur son visage par exemple. Oh, j'oubliais, en retournant son corps, j'ai trouvé ceci, je suppose que cela est tombé de l'une de ses poches ou bien de sa main au moment où elle a été jetée dans cette clairière. Il exhibait une clef, de grande taille, sur laquelle on pouvait noter une tache sombre.
-Vous insinuez donc qu'elle n'a pas rendu l'âme en ce lieu ? Il ne quittait pas des yeux l'objet contenu dans la main du médecin.
-Non, en effet, elle a assurément perdu une grande quantité de sang, or… je n'en vois point ici. Pour finir, cette clef… présente elle aussi du sang… coagulé, voyez cette tache sombre, c'est du sang. Probablement le sien.
-Décidément, j'ai beau y réfléchir, je ne me souviens pas avoir jamais entendu évoquer une telle affaire. Mr Stevenson paraissait particulièrement ému et soucieux, lui qui occupait cette charge depuis au moins deux décennies, avouait son désarroi. Un meurtre mis en scène avec tant de soin… je crois pouvoir nous prédire de bien sombres moments, messieurs.»
Le fourgon mortuaire s'était avancé, prêt à engloutir la dépouille de cette enfant dont on n'avait pas encore révélé l'identité mais dont les proches devaient certainement s'inquiéter de son absence. On avait visiblement fait appel à un pauvre bougre du village voisin pour prêter assistance au cocher, la civière disparut rapidement.
Darcy ferma les yeux, une barre douloureuse et lancinante cognait son front. Il n'avait cessé de penser à la lettre qu'il n'avait pas retrouvée, ni lui, ni les membres de l'équipe chargée de l'enquête car nul n'en avait fait état. Le magistrat l'informa qu'il souhaitait qu'il reste à Rosings le temps que l'enquête judiciaire soit close, ou du moins qu'il lui fasse savoir son adresse et la durée de son séjour s'il était dans l'obligation de s'absenter. Le grand homme chargea les agents de police de poursuivre, dès lors et avec la plus grande discrétion, les interrogatoires auprès des habitants de Rosings Park et de Hunsford. Étrangement, le premier objectif qui leur était dévolu ne consistait pas en la recherche de l'identité de la jeune victime mais dans la reconstitution des faits et gestes de toutes les personnes se trouvant à proximité du lieu où elle avait été retrouvée.
Les agents de police suivirent donc les deux cousins sur la route qui menait à la demeure de leur auguste tante. La journée s'annonçait particulièrement agréable, la brume matinale s'était retirée pour laisser la place à un soleil encore timide mais bien présent.
Les quatre hommes chevauchaient deux par deux, d'abord silencieusement, comme si la découverte qui les liait les uns aux autres pesait si lourdement que la parole ne pouvait les aider à s'en distancier. Finalement, ce fut le colonel qui apostropha les policiers :
« Pensez- vous que ce soit le fait d'un familier de Rosings ?
-A ce stade, monsieur, nous ne sommes sûrs de rien. Ce peut être un habitant du comté comme un étranger. Après avoir échangé un rapide coup d'œil avec son subordonné, l'officier municipal en chef avait pris sur lui pour émettre un avis presque personnel.
-Cependant, l'identification de la victime ne permettrait- elle pas d'avancer de façon plus rationnelle ? Le colonel Fitzwilliam comptait sans doute sur le prestige de l'uniforme et de son grade pour obtenir des informations moins protocolaires. Je ne comprends pas pourquoi Sir Blackheart ne s'y atèle pas pour débuter l'enquête. C'est curieux, vous ne trouvez pas ?
-Sir Blackheart n'est pas réputé pour son strict respect des conventions… et de toutes les manières, nous ne sommes pas habilités à juger sa façon de commencer ses investigations. »
Toute tentative de conversation digne d'intérêt entre ces quatre cavaliers pouvait donc être considérée comme définitivement nulle et non avenue.
Alors que le petit groupe s'approchait de la vénérable demeure des de Bourgh, un homme de petite taille, suant et soufflant de tout son être, s'efforçait maladroitement de rejoindre l'entrée principale. Alerté par le bruit des sabots cognant le sol, il se figea subitement puis se retourna afin d'affronter bravement (quelle qu'en soit la nature se dit-il) ce qui le précédait. L'un des cavaliers l'avait immédiatement reconnu mais ne semblait point pressé d'en faire état. Darcy n'avait aucunement l'intention de dévoiler quoi que ce soit à cet odieux pasteur, si prompt à la perfidie.
« Oh, mes hommages, Mr Darcy, colonel Fitzwilliam… monsieur l'agent en chef, monsieur l'agent… Les quatre hommes inclinèrent leurs têtes en retour. Aurais- je l'audace de vous demander… ?
-Non, Mr Collins, mais nous vous invitons à nous suivre auprès de la maîtresse des lieux.
Le révérend prit l'air le plus embarrassé à sa disposition avant d'ouvrir à nouveau la bouche.
-Je me permets d'insister cependant, ne voyez point d'outrage à mon insistance mais les événements sûrement…
-Mais enfin, Collins, de quoi parlez- vous ? Dites- nous précisément de quoi il s'agit ! Le colonel n'avait jamais été témoin d'une conduite si grossière de la part de son cousin qu'il ne put cesser de dévisager, guettant le moindre indice capable de lui révéler ce que signifiait tout ceci.
-Et bien, je suppose que nous venons pour la même raison : la disparition de Miss Elizabeth… ? »
A suivre
Oups, je sais, l'effet est facile mais bon, le genre l'exige, n'est-ce pas?
Je remercie un certain Rimbaud pour ce troublant poème dont je me suis largement inspirée pour la scène de crime:
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
