Bonsoir esprits égarés, voici la suite, à peine différée… bonne lecture et à bientôt.
Petits messages à celles qui n'ont pas de compte ici:
Amlia : J'espère que ce chapitre saura satisfaire ton envie d'en savoir davantage.
Loulou1993 : Quels goûts si sûrs... ! En tout cas en termes de poésie. Saurons- nous quelles autres œuvres ont l'honneur de te plaire ? Oui, mademoiselle, j'ai toujours une ligne directrice mais elle demeure assez générale car j'invente, j'ajoute, je découvre au fur et à mesure… ce n'est pas magique cependant, c'est aussi du travail (notamment comme vous l'avez si bien écrit au niveau de la cohérence), beaucoup de réflexion et un désir immense de partager, de voyager avec les personnes qui veulent bien m'accompagner. Je crois bien que je vais encore plus loin dans l'aventure intime qu'avec les autres fantaisies que j'ai déposées sur ce site ! Le conte permet d'accéder à une symbolique très riche… me semble-t-il et si un jour, j'analyse ce que j'écris présentement, cela devrait s'avérer très révélateur… C'est moi qui vous/ te remercie Loulou1993 de me parler en termes si élogieux, en espérant que cela soit, un peu tout de même, mérité.
Mimija : ne dort déjà plus sur ses deux oreilles et c'est bien mon funeste dessein ! Non, non, ne t'endors pas petite, ouvre grand tes yeux et tes oreilles au cas où…
Toute ma reconnaissance à une fervente fan… )
Jenny : Good girl… Lady C ? Who is she ? … Where is the Great Lady ? « Anne, ma sœur Anne, ne vois- tu rien venir ? »
I hope you will not be disappointed by this new chapter where Darcy, there is not!
Comme le disent les gens de mon pays : « Patience est mère de toutes les vertus. »
XXXXXXXXXXXXXXX (I insist !)
Angie : Ah, Angie, je m'en voudrais presque d'effrayer une si charmante compagne de lecture ! pauvre de toi en effet ! Mais qu'allais- tu faire dans cette galère, aussi !? je te dédicace la fin de ce troisième chapitre, car ton flair est décidément incroyablement efficace ! Bon courage et n'hésite pas à garder une veilleuse près de ton lit, mon petit…
Affectueusement,
Calazzi.
Tristan et Iseut
« J'ai longtemps observé cette espèce particulière que l'on nomme « collectionneur »… Ils s'étaient confortablement installés dans la bibliothèque, un verre de porto à la main. J'ai pu éprouver de la fascination et parfois aussi de la répulsion envers certains de ses représentants, du plus ordinaire au plus excentrique. Son regard encore vif était entièrement tourné vers le feu qui crépitait dans l'âtre de son hôte. Sa bouche esquissait l'ombre d'un sourire un peu las. Ma motivation a atteint de tels sommets, figurez- vous, que je me suis moi- même essayé à l'accumulation d'objets liés entre eux !
-Ces gens ne souffrent-ils pas d'une réputation d'hurluberlu, si vous me permettez l'expression ? Il venait de croiser ses longues jambes, pressé de se détendre en compagnie d'un être sensé. Ne passent-ils pas la majeure partie de leur temps au milieu de reliques qu'eux seuls peuvent estimer si chèrement? Au diable la bienséance, il se resservit un verre de cet élixir dont la principale vertu résidait dans sa capacité à réchauffer ses sens engourdis. Qu'en font-ils une fois trouvé l'objet rare et tant cherché ? Je peux éventuellement comprendre l'exaltation de la quête mais l'après ?
-En effet, mon ami, je partageais autrefois ce point de vue… mais le but d'une collection ne réside-t-il pas dans son exhaustivité, son caractère définitif ? Son goût pour les livres dirigeait son regard vers les nombreux rayonnages où reposaient les objets de son désir. Posséder et admirer ce qu'autrui ne peut que convoiter ne vous semble point suffisant ?
-Certes. Cependant, à quel moment juge-t-on de la complétude d'une collection, mon cher ? Faut- il donc engager plusieurs collections simultanément afin de s'assurer un bonheur constant ? Finalement le tour qu'avait pris la discussion n'était pas pour lui déplaire, le vieil homme commençait à parler un langage qui ne lui était pas étranger.
-Et, bien, ce peut être une excellente façon de résoudre cette angoisse de la collection achevée. Il considérait maintenant le maître des lieux, cet homme qui semblait toujours en quête de plus, inquiet et charmeur, doux et cruel. Finalement le collectionneur n'en finit jamais avec sa recherche, son accumulation… il peut passer d'un type d'objet à un autre, avec ou sans lien entre eux, dans le plus grand ravissement !
-Dites- moi, maintenant, je vous prie, quelles collections vous ont le plus surpris, choqués et peut- être même indignés. Son intérêt semblait s'être accru, la tension, bien que légère, était même palpable.
-Oh, je ne saurais vous dire … tout de go… voyons… non, je ne vois pas. Les traits de son visage montraient toute sa concentration dans sa recherche au cœur d'une mémoire bien remplie. Diantre ! en voici une qui me vient à l'esprit mais je crains d'offenser…
-Que nenni, monsieur, puisque je vous le demande ! Un large sourire ponctuait ses propos. Nous sommes seuls dans cette pièce, vous pouvez vous confier sans crainte. Je vous écoute.
-Puisque tel est votre désir. Il avait légèrement incliné sa tête avant de se lancer avec une ardeur communicative dans son récit. J'ai connu un homme qui se plaisait à collectionner les épingles à cheveux, déjà portées… il ne tolérait pas d'en acheter de neuves, non, ce qu'il recherchait c'était l'objet porté, détenteur d'un vécu particulier… Je m'étais troublé à l'idée de le voir se baisser et fouiller le sol, parfois même à gratter la terre de ses ongles, afin de trouver l'un de ses « trésors » comme il les nommait alors. Je crois qu'il… enfin… qu'il tentait, d'une certaine manière, de s'approprier l'intimité des femmes à qui avaient appartenu ces objets si intimes, si personnels. Car s'il avait réellement admiré ces articles si féminins, il se serait contenter d'en acheter, mais, d'une part, il ne supportait que ceux qui avaient été utilisés et, d'autre part, il prenait également son plaisir à les pourchasser, les « dérober » même, ou encore les déterrer.
-Vous voulez dire qu'il pouvait suivre une femme, qui si elle avait perdu chemin faisant l'une de ces précieuses épingles, il l'aurait ramassé pour son propre compte et non pour la lui rendre ? Les sourcils froncés, son visage paraissait plus inquiétant qu'à son habitude. C'est curieux en effet… il aimait prendre en chasse ce qui ne lui appartenait pas en somme. Il s'agissait donc de véritables trophées. Décidément, ce vieux prêtre lui fournissait des motifs de réjouissance fort satisfaisants ce soir.
-En outre, la façon dont il évoquait tout cela me dérangeait profondément. Il éprouvait une grande tendresse pour certains d'entre eux, qui, visiblement, se rattachaient à un certain type de femmes… plutôt jeunes, avec un air d'innocence… sur lesquelles il aimait croire qu'il possédait un ascendant. Heureusement, je puis me vanter de n'avoir pas rencontré d'autres individus de cette nature.»
Quelque temps plus tard, dans le dessein salutaire de lutter contre le vide qui régnait en son être, il avait pris la décision de débuter une collection singulière mais point unique en son genre. Non, ce premier pas dans le monde des collectionneurs n'avait de raison d'être qu'en tant que prolégomènes… à sa future création originale.
Ainsi donc, il convoqua divers corps de métiers, bouscula le maître d'œuvre et finit par obtenir la possibilité matérielle de l'assouvissement de sa première passion d'amateur. Son château en fut considérablement transformé, de nouveaux bâtiments étant sortis de terre en cette occasion. Tout le comté en fit des gorges chaudes et l'on ne trouvait point aux alentours un seul être ignorant quoi que ce fut des nouveaux aménagements de la plus belle propriété de la région. Quoique… le seul (hormis le curieux propriétaire) qui avait connaissance de la totalité des aménagements, avait disparu de la surface de cette terre d'Angleterre, si froide et si dure. Il avait pourchassé de par le monde, toutes sortes d'animaux, parmi les plus sauvages pour remplir ses cages. Son plaisir naissait dans la découverte puis de l'attente et enfin de la possession de créatures si fières qu'elles préféraient mourir plutôt que vivre enchaînées. Vint le temps où il se lassa de ce grand fracas, fort coûteux par ailleurs.
Aux âmes égarées dans ces arcanes du mal, je tiens à rappeler que de tels êtres existent, que leur appétit ne leur octroie aucune limite, que leur motivation ne s'éteint jamais, sinon dans la mort. Et le plus terrifiant réside dans leur pouvoir presque irréel à tenir sous leur coupe la volonté d'autrui, à coups de belles paroles, de tendres gestes d'abord puis de brutalité, de cruauté distillée avec un art consommé. Notre châtelain abhorrait plus que tout la solitude car celle- ci lui paraissait synonyme d'anéantissement. Lorsque nous l'avions laissé cette nuit éprouvante, il n'était déjà plus seul…
Connaissez- vous la légende de Tristan et Iseult la blonde ? Une puissante histoire d'amour venue d'une ancienne légende celtique, entre autres… et même s'il en existe plusieurs versions, la trame demeure. Notre Barbe bleue, féru de vieilles histoires et de contes, s'en inspira avec tout l'aplomb dont il était capable pour capter définitivement l'attention de sa belle.
Si ce fut sa blondeur candide qui l'attira, lui vers elle la jeune femme quant à elle, fut instantanément fascinée par sa voix caressante. Cette voix qui lui procurait mille sensations intimes, comme un souffle amoureux qui prenait possession de son corps avant de gouverner son âme. Tandis qu'elle jetait un ultime regard sur sa haute silhouette qui s'éloignait dans la fraîcheur de la nuit, elle s'abandonnait, une fois de plus, à ses souvenirs, leurs souvenirs :
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous : ni vous sans moi, ni moi sans vous. *» Il lui avait fait cette promesse, dès leur premier tête-à-tête, l'amour fol se répandant simultanément le long de leurs peaux brûlantes, sans jamais alors le réaliser charnellement.
« L'amour est insatiable et nulle raison ne le gouverne. Un geste, un regard, un soupir suffisent à le révéler. *» Une formule magique qu'il avait proférée lorsqu'elle avait résolu de rompre sa promesse d'amour irrépressible et qui lui avait valu de nouveaux transports.
« J'ignore si la vie est plus grande que la mort mais l'amour l'est plus que les deux. *» Au moment fatal où ils avaient scellé leurs sorts dans le sang d'un innocent dans le dessein de vivre enfin leur passion inflexible.
« A la vie, à la mort » ils étaient prêts à se rendre au bout de leur destin, la mort d'amour et l'amour au-delà de la mort. Il n'était plus question de lucidité depuis longtemps… Seule la réciprocité et la force brutale de leurs sentiments avaient de l'importance, elle était son unique comme lui était le sien. Rien d'autre. Elle avait donc totalement adhéré à l'idée d'une magie amoureuse qui liait deux êtres au-delà des lois des hommes, il l'avait désignée comme son Iseult, créature d'une époque où les femmes étaient aussi des fées… ou des sorcières. Elle avait sauvé et pardonné à son amant, au moins autant de fois que la reine Iseult à Tristan.
Son emprise avait gagné ce qui fut autrefois, sans aucun doute une bien belle personne. Cet homme si secret l'avait surtout remarquée à travers le regard, chargé d'une admiration certaine, de ses pairs. Il avait alors voulu s'approprier les qualités qu'il lui enviait mais dont il était entièrement dépourvu. Il l'avait liée à lui par d'intimes entrelacs, enracinant le plus profondément possible sa propre marque, réduisant ainsi la marge de liberté de cette femme devenue complice sans même en avoir conscience. Sa plus belle réussite… car la pauvre créature ne se rendait plus compte qu'elle possédait en son for intérieur des ressources propres, des désirs personnels en opposition avec ceux qu'il lui imposait… Il en avait fait sa chose, améliorant patiemment sa marionnette, la manipulant au gré de sa méchanceté, bien plus aisément que ces bêtes d'abord enragées puis qui s'abandonnaient à la mort une fois qu'elles avaient compris qu'il était le maître absolu. Les êtres humains se caractérisent par une intelligence sensible à la flatterie, au mensonge s'il est parfaitement déguisé.
Le désir amoureux était toujours unilatéral, absolument maîtrisé et ces amours humaines prenaient une teinte surnaturelle subjuguant toute autre considération.
Point de philtre magique à boire, non, il suffisait de manier les mots, les double sens, les figures de rhétorique, et notre Janus l'avait compris depuis l'âge le plus tendre. Car les discours créent la confusion pour toujours, tandis qu'un breuvage enchanté ne tenait ses promesses que pour un temps limité.
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Elisabeth avait longuement observé les murs de sa prison, puis le plafond qui lui paraissait inaccessible, et le sol contre lequel elle avait été jetée la veille au soir. Ce qu'elle avait spontanément nommé sa cellule se caractérisait par sa petite taille, l'absence d'ouverture donnant sur l'extérieur ainsi que la certitude pour sa nouvelle habitante d'être confinée dans les entrailles de la terre. Cependant, un puits de lumière creusé en hauteur lui permettait de ne pas croupir dans une obscurité totale. Cette source lumineuse s'avérait hors d'atteinte, les murs lisses et froids résistaient aux tentatives d'escalade de la jeune femme. Refusant de céder au désespoir qui menaçait d'emporter sa raison, elle s'était attachée à réfléchir à toute possibilité d'évasion, vainement puisque son ou ses geôliers n'avaient manifestement pas pécher par amateurisme.
Alors qu'elle s'était finalement assise sur la couche qui lui était dévolue, elle avait refoulé la très grande peur aux portes de son esprit en se remémorant la scène qu'elle avait vécue en compagnie d'un certain gentilhomme vers lequel elle tournait toute la colère dont elle était encore capable.
Elle l'avait ressassée toute la nuit, cette première nuit d'horreur au cours de laquelle sa mémoire faisait surgir le visage d'un homme qu'elle s'évertuait à haïr, comme un épouvantail dressé face à une terreur bien plus menaçante. Elle avait fait défiler encore et encore, les images de cette détestable rencontre, du moment où elle n'avait pu dissimuler sa surprise en le découvrant lui, à sa porte, ordinairement si condescendant avec elle… jusqu'à celui où, embarrassé, il avait accepté son offre en s'asseyant sur le siège le plus proche, caressant nerveusement son couvre- chef. De plus en plus indisposée, elle l'examinait alors qu'il parcourait la pièce de ses longues jambes, avant de faire un arrêt près de la cheminée. Ce n'est pas sans une pointe d'ironie qu'elle s'était fait la réflexion qu'ils paraissaient en harmonie (une fois n'est pas coutume) dans l'inconfort partagé. Subitement le cours du temps s'était accéléré, les mots jetés en pâture avaient bouleversé pour toujours le fragile équilibre de leur relation, qui respectait jusqu'alors les règles de la politesse due à leur statut.
Un grand fracas avait brisé tout désir de complaisance ou même simplement de neutralité envers cet être si sûr de sa supériorité, sur elle, sa famille… si convaincu que l'audace de sa déclaration, dans toute sa grossièreté, ne pourrait que la ravir et qu'elle lui ouvrirait le chemin de la félicité conjugale. Aveuglé par son orgueil, par la haute estime de son sang, qu'il hissait tel un étendard, il n'avait pas même vu la colère qui avait coloré ses joues. Son cœur battait encore la chamade lorsqu'elle repensait à la violence des propos tenus à l'encontre de Jane, sa douce Jane… seule pensée presque réconfortante dans cette pénombre…
Il l'avait gravement offensée, allant jusqu'à l'accuser de le rejeter en raison de son « honnêteté ». Elle avait laissé libre cours à la tempête qu'il avait provoquée en elle : « Vous avez tort de croire le contraire, monsieur Darcy, mais la forme de votre déclaration m'a épargné la compassion que j'aurais peut- être éprouvée en refusant votre main, si vous aviez plus agi en gentleman (…) Qu'elle qu'eût été la forme de votre déclaration, jamais je n'aurais même songé à l'accueillir favorablement. **»
En cet instant de profonde détresse, elle lui en était reconnaissante car cette terrible altercation lui offrait la possibilité de rassembler son énergie, d'éviter de sombrer corps et âme. Puis ses pensées glissèrent vers des images plus heureuses et donc bien plus douloureuses. Les larmes ne tardèrent pas à couler le long de ses joues, de son nez, de son cou. La peur s'insinuait dans tout son être. Implacable. Le froid commençait à l'envahir, de plus en plus intimement.
Elle s'était perdue dans ses âpres souvenirs lorsqu'elle crut entendre un gémissement, une plainte étouffée, elle avait redressé la tête, le souffle presque coupé. En se concentrant, elle finit par percevoir ce qui lui parut être une prière récitée au milieu d'un flot de sanglots « Oh, mon Dieu…Notre père qui êtes aux cieux… » « Oh, non, je vous en prie, aidez- moi ! » Seigneur ! il y avait donc quelqu'un d'autre ici !?
« S'il vous plaît, je vous entends ! m'entendez- vous ? Elisabeth s'était approchée de la porte close de sa cellule.
-Oh, mon Dieu !Je crois que… oui, oui, je vous entends ! Que Dieu ait pitié de nous !
-Je m'appelle Elisabeth Bennet. Et vous, qui êtes- vous ?
-Je suis Anne, Anne Robinson. J'ai peur, oh, mon Dieu, j'ai si peur ! Elle pleurait de plus belle.
-Non, Anne, maintenant que nous savons que nous ne sommes plus seules, nous allons espérer, et même réfléchir ensemble au moyen de sortir de cet horrible… endroit. En attendant, nous allons faire connaissance toutes les deux. Prenez quelques longues inspirations, calmement, lentement… séchez vos larmes et parlons si vous le voulez bien. Elisabeth s'était elle- même emparée de son mouchoir pour tamponner son visage
Depuis quand êtes- vous là ?
-Je… enfin…. Je l'ignore ! Je ne sais jamais combien de temps j'ai dormi ! La peur altérait significativement son souffle et la tonalité de sa voix. Je crois que l'on nous sert deux repas par jour… mais jamais personne ne m'a dit un mot depuis que je me suis retrouvée dans ce caveau !
-Dites- moi quel jour vous avez été enlevée, Anne. Elisabeth lui offrait en retour un calme et une maîtrise qu'elle voulait rassurants. Elle savait qu'elle devait absolument canaliser les énergies, capter l'intérêt de la jeune fille à tout prix afin d'éviter qu'elle ne les entraîne dans de pénibles dérives émotionnelles.
-Le 2 avril… Oh mon Dieu ! ma famille… ! L'évocation du bonheur d'antan l'avait ramenée à sa terreur première. Papa ! maman ! Venez me chercher !
-Anne, calmez- vous, je vous en conjure ! Elle avait haussé le ton, afin de surprendre son infortunée compagne par l'usage de toute l'autorité dont elle était capable. Voilà, reprenez vos esprits, respirez profondément… encore. Quant à moi, j'ai disparu le 8 avril en début de soirée. Une nuit est passée, donc cela fait sept jours que vous êtes ici, Anne. Vous n'avez ni vu, ni entendu personne ?
-Non, Miss, en fait… j'ai bien entendu des bruits, j'ai crié, j'ai supplié… mais personne n'a jamais daigné me répondre. Mais qu'allons- nous faire ? Qu'attend- on de nous ? Sa frayeur était perceptible mais ne l'avait pas encore envahie.
-J'ignore encore comment nous allons nous y prendre Anne, mais nous allons lutter jusqu'au bout, ensemble. Tout d'abord nous allons communiquer tous les jours pour conserver la raison, pour ne pas désespérer… Quel âge avez- vous ? Votre voix me paraît si jeune.
-J'ai tout juste quinze ans. Oh, Seigneur ! Nous allons mourir ici ! je ne veux pas mourir ici ! Les sanglots qui la secouaient rendaient presque inaudibles ses derniers mots.
-Anne, écoutez- moi ! je vais vous aider… si vous voulez bien m'écouter… vous êtes prête ?
-Oui.
-Voilà, je connais des chansons, des poèmes, des histoires… je vais chaque jour vous raconter l'une d'elles, et je m'arrêterai avant la fin, vous vous endormirez alors, la tête pleine de ces images. Et le lendemain, vous vous réveillerez avec le désir de connaître la suite… et ainsi, moi, vous racontant et, vous, écoutant, nous combattrons les ténèbres qui nous entourent. Cela vous convient- il pour l'instant, Anne ?
-Oui, s'il vous plaît, Elisabeth, racontez- moi une histoire… maintenant… »
Une silhouette avait patiemment retenu son souffle, comme aspirée par le contenu de la conversation dont elle était un témoin indiscret. Quels que soient ses desseins à son arrivée, cette créature avait probablement changé ses vues puisqu'elle avait rebroussé chemin longtemps après la fin des échanges, abandonnant derrière elle, un somptueux poignard, dont la lame tranchante brillait de mille feux reflétés par les miroirs habilement disposés dans le bâtiment. Contrôler autrui, notamment en le privant de sa liberté, de sa dignité, est généralement considéré comme un problème moral mais certains êtres ne comprennent jamais les actes de cette façon. Pour ceux- là, les gens ne peuvent adopter que deux types de choix : se soumettre ou se préparer à affronter les conséquences de leur résistance.
A suivre
*extraits de"Tristan et Iseult", version de René Louis.
** extraits d'"Orgueil et préjugés".
