Bonjour, je me hâte, je me hâte, tel le lapin d'"Alice au pays des merveilles"... je suis en retard, je suis en retard... alors je vous jette en pâture ce dernier chapitre en souhaitant qu'il saura vous plaire, d'une manière ou d'une autre!
J'ai utilisé un conte repris par les frères Grimm donc pas tout à fait cohérent chronologiquement avec les dates d'O & P, veuillez me pardonner...
Petits messages à celles qui ne possèdent pas de compte:
Jenny:
Poor little girl! I do not want you to have nightmares ... sorry! but we will have to wait a bit before finding a peaceful sleep ... I'll start thinking about your proposal ... Darcy in the skin of knight in shining armor? I promise...
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Angie:
Du sang... c'est certain, il y en aura, il y en a déjà... et celui ou celle qui le fait couler doit savoir combien la vie peut être fragile... Bon, cela n'arrange pas les affaires de nos héros... mais quelqu'un doit mourir pour faire avancer cette histoire?! Mais qui?
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Mimija:
Oui, oyez bonnes gens...! Entrez, entrez dans mon grand livre d'histoires! je vous attends, nous vous attendons! merci très chère de faire la réclame... J'espère que je saurais me montrer digne de tant de compliments... mais surtout que tu aimeras lire cette histoire qui apparemment n'était pas faite pour te plaire!
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La colère des hommes…
« Enfin, Darcy, qu'avez- vous aujourd'hui ? Vous paraissez souffrir d'une fébrilité particulièrement dommageable pour la sérénité de votre entourage… Est-ce Sir Blackheart qui vous a précipité dans cette frénésie ? Son regard s'était accroché au visage de son neveu, comme si elle avait voulu en percer tous les mystères. Mais, si seulement il avait bien voulu se présenter à Rosings lui- même, croyez- moi, je lui aurais fait connaître ma façon de penser… Elle ne toisait déjà plus les présents, tournée vers des figures lointaines. Lord de Bourgh m'a d'ailleurs confié, alors qu'ils se rencontraient évidemment fort régulièrement, que ce monsieur ne possédait aucune des qualités dont je pouvais me flatter moi- même… Je ne saurais vous dire avec précision desquelles il s'agissait mais je suppose que le respect des règles de bienséance en faisait partie.
-Si vous m'autorisez… Lady de Bourgh… Sa tête volumineuse, inclinée, menaçait de toucher le sol. J'ai moi- même entendu d'étranges rapports sur cet homme, qui semble en effet quelque peu grossier dans ses manières… détestables, certains paroissiens m'ont raconté que beaucoup le soupçonnaient de pratiquer l'alchimie… et même la magie au fin fond de son château. Ce berger angélique semblait lui- même tout à fait gagné par cette thèse déraisonnable. D'ailleurs vous avez-vous- mêmes remarqué l'étrange nom que porte ce monsieur, ma très chère épouse en fut elle- même troublée la première fois qu'elle l'entendit…Comme je partageais l'un de ces délicieux moments d'intimité conjugale, je lui confiais que je n'ai point le plaisir de rencontrer ce curieux gentleman dans la maison du Seigneur… ce qui signifie certainement…enfin, que peut- être… Une once de lucidité, ou bien la brûlure de certains regards dirigés vers sa modeste personne, l'avait empêché de persévérer.
-Allons M. Collins, nous avons un sermon à parachever, car il est maintenant nécessaire d'apprendre à toutes ces jeunes filles à trembler. Il nous faut bien éduquer vos ouailles en commençant par le devoir d'obéissance aux parents, ou du moins à leurs aînés les plus sensés. La grande dame avait à peine hésité avant de poursuivre. J'ai pourtant tenté d'alerter cette petite impertinente… Miss Elisabeth Bennet et voyez où son entêtement l'a menée ! Dieu sait par quelle monstruosité elle a été happée… Ses traits ne laissaient transparaître aucune émotion miséricordieuse… mais si sa mère l'avait instruite correctement, décemment, je suis convaincue qu'il ne lui serait rien arrivé. Elle faisait alors face à son neveu, maître de Pemberley, sa volonté entièrement tendue vers lui. A l'instar de ma chère Anne… à qui il n'arrivera jamais rien… de la sorte… ou encore votre sœur, Darcy, Georgiana, qui bien qu'elle n'ait plus ses deux parents, reçoit une excellent éducation. Oh ! comme je déplore cette négligence dont font preuve tant de personnes en charge d'enfants ! Elle ignorait totalement, et heureusement, l'animosité qui régnait dans le cœur de Darcy tandis qu'elle décochait ses flèches assassines, pour passer à un sujet qui la concernait davantage. Nous avons là bien sûr le principe par excellence. "Jeunes filles, ne sortez pas seules car vous serez à la merci des prédateurs au doux langage. En particulier ceux que vous ne connaissez pas, les aventuriers de passage". Néanmoins, j'ai quelques idées pour étoffer cette mise en garde… »
Les deux silhouettes, l'une majestueuse et l'autre…écrasée par tant de pompes, s'éloignaient déjà vers leur mission hautement éducative. D'évidence, les brebis seraient désormais bien gardées.
Un nuage de poussière s'approchait, annonçant une tempête à venir. Le plus déroutant pour les témoins de ce phénomène résidait dans l'absence de cause visible à cette nuée grisâtre. Nul brise, nul vent violent ne s'était levé, un calme plat présidait alors.
« Plus que ses éventuelles lubies nocturnes, c'est sa façon de mener l'enquête qui m' interroge. Il ne paraît pas se soucier de l'identité de la jeune victime, comme si celle-ci n'avait guère d'importance. J'ai eu le sentiment qu'il souhaitait trouver rapidement un individu dont l'absence de témoin pour l'heure présumée du crime, le précipiterait dans les geôles du roi. Encore plus troublant, c'est qu'il a d'abord et exclusivement cherché à Rosings et Hunsford… Mais cessons là une telle conversation en compagnie d'une dame qui si elle peut s'enorgueillir de qualités que beaucoup d'hommes lui envieraient, n'en reste pas moins une dame. » Le colonel dessinait du bout des lèvres la large palette des sentiments provoqués par le discours de leur tante toujours si droite dans ses certitudes.
Leurs pas, plus légers depuis que le groupe s'était divisé en deux entités, les avaient conduits vers le presbytère où l'activité paraissait moins paisible qu'à l'ordinaire.
Ce qui avait débuté comme un brouhaha lointain, devenait une clameur… Les deux hommes ne pouvant plus l'ignorer, ils s'accordèrent pour s'enquérir de la cause de ce grondement persistant à l'extérieur du parc.
Un amas compact de poings et de bouches en colère attira leur regard.
Au milieu des menaces et des cris de haine, ils purent entendre des hurlements, provenant du centre de la foule. Sans se consulter davantage ils se précipitèrent en direction de la source des plaintes remplies d'effroi qui leur glaçaient le sang. Repoussant les corps avec la même brutalité que l'inertie qu'ils leur opposaient, les deux cousins atteignirent finalement le but qu'il visait, découvrant, stupéfaits, une pauvre créature, sanguinolente et gémissante, dont les contours imprécis empêchaient toute identification. L'indignation leur permit de rassembler toutes leurs ressources pour enlever cet être misérable des griffes de ses bourreaux. Fort heureusement, l'intendant de Rosings avait accouru, accompagné de secours aux bras vigoureux et solidement armés. Le colonel Fitzwilliam et Darcy empoignèrent le malheureux et lui offrirent un havre de paix dans la demeure du serviteur de Dieu. Mme Collins les avait accueillis avec la plus grande efficacité, malgré les signes de fatigue évidents qu'arborait sa physionomie.
Une fois installé, nettoyé et pansé, ils purent reconnaître ce pauvre diable qui avait assisté le cocher pour porter la civière où reposait la jeune fille à la cape rouge. Fortement ébranlé par les événements et de constitution visiblement fragile, il ne parvenait toujours pas à émettre des propos sensés, sa raison semblait avoir pris congé et laissait donc la place à une longue litanie délirante où il était question de « La marche du monde… L'énergie va de haut en bas, des forts potentiels aux potentiels les plus bas. C'est ainsi que les pierres se retrouvent au fond des vallées, ou bien que le chaud réchauffe le froid et qu'au bout du compte tous deux disparaissent.» Une main empressée lui servit un second verre de Porto, qui ne participa guère au rétablissement d'une logique dans ses paroles car ce miséreux connu sous le nom de Gilles discourut de plus belle : « Car écoutez- moi bien… au sein de l'homme, le processus prend une toute autre dimension… qui fait appel aux énergies de l'âme, c'est une dimension intérieure. » Son poing était venu heurter sa poitrine, à l'endroit même où palpitait son cœur. « La quête est lancée. Et les énergies doivent de nouveau circuler. La recherche du Graal ou la Pierre des Philosophes… c'est ça le symbole.» Ainsi donc, il s'agissait d'alchimie… cet homme avait réchappé de peu à un lynchage et le voilà qui s'exaltait au sujet d'une ancienne tradition fantaisiste ! Il divaguait, l'esprit embarqué sur la voie d'une quête spirituelle, de la recherche de la perfection. Il s'était redressé, le visage tout échauffé, les yeux brûlants : « Le vieil homme doit se dépouiller pour laisser place au nouvel homme qui est fait de ces nouvelles énergies. Il faut faire ce chemin intérieur qui aura son symétrique dans le monde extérieur. Savoir donner et savoir recevoir, sont les deux clefs qui seront indispensables pour ouvrir des portes. Elles sont essentielles ! Mais il faut donner et recevoir en totalité. Peut- être a-t-il cru que le chemin semblait terminé mais ce n'était qu'une étape. Ce n'était qu'une étape ! Après l'Unité entre notre Personnalité et l'Âme, le chemin de la Personnalité accompli, nous sommes une Âme en route vers l'Unité. Il y a toujours le mouvement. Il y a toujours l'Autre.» Son visage traduisait la tension intérieure qui bandait ses muscles, son corps tout entier souffrait sous la sueur qui perlait de toutes parts. « Il y a toujours l'amour et le désir. Hein ?! Il est toujours question d'Amour, n'est-ce pas ? Et alors, la dualité dépassée, une autre dualité arrive et… oh mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai ? J'ai peur, bien trop peur… que se passera-t-il lorsqu'il aura accompli le chemin ?» M. Jones, l'intendant avait enfin rendu son rapport sur les faits qui s'étaient déroulés aux portes du parc de Rosings. Il en résultait que certains villageois, mécontents et excités par le manque de réponses des autorités, soupçonnaient ce pauvre hère, vivant depuis toujours en marge de leur société, d'avoir commis ces actes odieux qui préoccupaient dorénavant toute personne habitant ce comté. Dans cette mise en scène grotesque, le fou avait reçu le rôle du meurtrier, désigné par ses mauvais appétits d'homme déréglé.
Lorsque les deux gentlemen retournèrent auprès de lui et qu'ils l'interrogèrent sur ces terribles accusations dont il était désormais la cible, ce déraisonnable leur fournit des motifs supplémentaires d'inquiétude et d'incompréhension puisqu'il leur conta, comme s'il se fut agi d'une question de vie et de mort, de sa voix tremblante l'histoire de la jeune princesse tombée dans la montagne de sel :
« Je dois vous dire … Messieurs, c'est très important! Connaissez- vous l'histoire de Cric Crac ? Non, bien sûr…c'est une vieille légende…que l'on racontait aux enfants mais vous savez que dans toutes ces histoires, la vérité se cache et se montre à qui le veut bien… c'est l'histoire d'un roi qui refusait de marier sa fille unique et qui avait mis au défi ses prétendants en créant dans la nuit une montagne de sel. Quiconque serait capable de grimper jusqu'au sommet sans tomber obtiendrait la main de la princesse. Hélas, tous les garçons tombent comme des mouches, se brûlent les mains et rentrent éclopés. Le roi se félicite de sa trouvaille et crie déjà victoire. » Curieusement, Gilles s'était calmé, sa voix s'était posée, comme s'il racontait de vieux souvenirs personnels lors d'une veillée, au coin du feu.
« Or, la fille vient de rencontrer un jeune cavalier. Elle souhaite faire de lui son promis, aussi propose-t-elle à son père d'accompagner le prétendant jusqu'à la montagne de sel pour l'aider dans son ascension. Mais c'est le drame ! La fille du roi va glisser et tomber au creux de la montagne, qui se referme aussitôt sur elle ! Le cavalier rentre seul au château, le roi est éploré. Ses soldats tenteront de secourir la princesse, sans succès, et les années vont passer. La jeune fille est donc tombée au fin fond de la montagne et a trouvé refuge dans une maison couverte de feuillage, qui appartient au vieux Cric Crac. Celui-ci est tellement vieux que lorsqu'il marche, ses os font cric crac, cric crac, cric crac. Sa barbe grise est si longue qu'il marche dessus. Finalement, il découvre la princesse et la garde prisonnière chez lui. Tous les matins, le vieux bonhomme cherche sous son lit une échelle minuscule et ferme la porte à clé avant de partir. Il rentre le soir, passé minuit, les poches pleines d'or et d'argent. Il mange de bon appétit, puis se couche et s'endort avec sa longue barbe grise en guise de couverture.
Sept longues années vont ainsi passer. Un matin, le vieux oublie la clé sur la table. Vite, la princesse s'enferme et ignore les supplications du vieux Cric Crac. Elle veut s'enfuir, retrouver son château, son père, son cavalier, sa vie, sa liberté... » Les larmes ruisselaient le long de ses joues maigres, il reniflait doucement. « Mais le plus important c'est la petite fille à la capeline rouge… lorsqu'elle a pris la clef… interdite… "Tire la chevillette et la bobinette cherra", le loup incarne le Mal… mais c'est aussi la connaissance… qui a libéré la petite fille ? »
Parfaitement incrédules, Darcy et le colonel confièrent cet homme fébrile, et à l'imagination fertile, aux mains expérimentées du docteur et de l'apothicaire, prêts à offrir un sommeil lourd et salvateur à cette âme tourmentée.
«Quelle étrangeté ! Mais où est-il allé chercher ce salmigondis d'alchimiste ?! Décidément, nous ne sommes pas au bout de nos surprises…
-Je n'aurais jamais cru que ce genre d'hommes pouvait posséder de telles connaissances sur la science de la transmutation des métaux et de la recherche d'une médecine universelle… Il se passait la main sur le front, comme pour clarifier ses pensées, chasser le chaos intérieur. Mais le plus surprenant n'était-il pas ces contes de bonne femme qu'il tenait tant à nous raconter, avez- vous remarqué que son excitation était à son comble alors ? Était-il en proie au délire ? Sait-il réellement quelque chose au sujet de cette affaire ? Peut- être devrions- nous accorder la plus grande importance à ses propos… peut-être même qu'il est … non, je ne crois pas qu'il puisse organiser de telles actions… ce n'est qu'un pauvre bougre…
-Darcy, l'abattement que je lis sans peine sur votre physionomie me fait réfléchir… et j'ai une question à vous adresser : pensez- vous réellement que Blackheart vous ait déjà désigné comme principal suspect dans cette affaire ? Il lui faisait face, inflexible.
-Je crois que les défauts de mon emploi du temps me font rentrer dans la catégorie des gens dangereusement intéressants… je ne peux le blâmer de me considérer comme potentiellement dangereux… Sa voix elle- même semblait éteinte.
-Je ne vous comprends pas, vous paraissez résigné Darcy ! C'en était trop pour ce militaire aguerri. Non seulement vous ne fournissez aucune explication valable sur ces périodes où vous étiez seul dans le parc, mais vous ne protestez pas non plus… c'est à croire que vous êtes coupable de quelque chose… Veuillez me pardonner mon impétuosité mais l'heure requiert quelques entorses à la pudeur. Alors je vous le demande : que dissimulez- vous donc ?
-Fitzwilliam, je ne crois pas vous avoir jamais donné la possibilité de me traiter de cette manière ! Je suis bien incapable de faire subir… les outrages que l'on a infligés à cette pauvre enfant. Ne voyez- vous donc pas qu'il ne peut s'agir que d'un esprit malade ? Simultanément, il s'interrogeait sur cette possibilité. Croyez- vous vraiment que je puisse appartenir à cette espèce malfaisante ? Mon silence ou plutôt mon manque de mots me rend donc coupable aux yeux de mon propre cousin ? Vous comprenez bien qu'un étranger comme Sir Blackheart ne saurait réagir différemment.
-Alors défendez- vous que diable ! L'innocence doit se faire entendre, car le silence est l'apanage des secrets, des vilénies… le meilleur moyen de vous libérer de cette menace réside dans la volonté de faire savoir à qui de droit que vous n'êtes coupable en rien ! Commencez par justifier vos faits et gestes, réfléchissez…
-Mais enfin colonel, pendant que je m'époumonerai qui se préoccupera des victimes ? D'ailleurs, qui s'enquiert de l'identité de cette jeune fille ? Qui cherche sérieusement des indices au sujet de la disparition de Miss Elisabeth Bennet ? Pour quelles raisons pensez- vous que ces hommes de nature plutôt tranquille et laborieuse, se soient acharnés sur cet homme sans défense ? Parce qu'ils veulent un coupable ! Parce qu'il faut bien que quelqu'un soit désigné et paye… de préférence un dissemblable, un étranger… Son regardait était dirigé vers le lieu où quelques instants plus tôt, des hommes en colère avaient brutalisé un plus faible. Si la police se montrait plus efficace, plus présente, je peux vous assurer que cela ne serait pas arrivé.
-Mais quoi Darcy ?! Les agents…
-Avez- vous réellement observé ces énergumènes ? Répondez- vous d'eux ? Ces créatures insignifiantes sont toutes gonflées de leur importance… mais ne sont pas mêmes capables de conduire un entretien digne d'une enquête administrative. J'ai écrit à mon avocat afin qu'il se renseigne au sujet d'éventuels enquêteurs privés…
-Comment vos initiatives pourraient- elles êtres interprétées selon vous ? Il semblait sincèrement perplexe. Cela ne signe-t-il pas un début de culpabilité ? Une volonté d'effacer vos propres traces ?Darcy, je comprends que vous soyez troublé par cette désastreuse nouvelle, néanmoins…
-Non, vous ne comprenez pas, Fitzwilliam. Le colonel ne reconnaissait plus le jeune homme avec lequel il avait partagé tant de souvenirs, il lui paraissait alors comme profondément brisé, sous le feu d'une vérité accablante. Non, absolument pas. Je ne trouverais plus le sommeil, la tranquillité des jours anciens si jamais, par mon inertie, mon indifférence, Miss Bennet…
-Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la retrouver, Darcy. Je vous en fais le serment. Je n'aurais de cesse de la chercher, quoi que cela implique, quoi qu'il arrive, quoi qu'il vous arrive… mais j'ai besoin de savoir… le moindre détail peut avoir son importance. »
Au- delà de la bienséance, du respect de l'intimité si chère à nos deux héros, Darcy raconta alors à celui qui était l'être le plus proche d'un frère, d'un complice, ses désastreuses aventures d'amant éconduit, qui, de surcroît, avait bien mérité d'être refusé. Son confident ne paraissait guère surpris par les premiers aveux, tendre confession d'un amour non partagé jusqu'à l'humiliation finale. Le colonel ne prononça aucun mot d'encouragement, se contentant de recevoir le témoignage bouleversant d'un homme qu'il aimait au moins autant que lui- même, sinon davantage. Il se sentit plus vieux encore que s'il avait vécu mille ans… de souvenirs* car il aurait pu lui aussi s'épancher auprès de son compagnon, échanger les douleurs dont les hommes ne disent jamais rien aux autres, pas même en leur propre conscience. Tous les champs de bataille traversés, tous les « enfants » morts sur l'autel des revanches capricieuses ou désirs expansionnistes de leurs souverains. Toutes les femmes et les promesses d'amour qu'il avait laissées s'effacer, par manque de fortune… Les mots lui manquaient, le souffle lourd et le cœur blessé aussi durement que la somme de renoncements que sa vie l'avait conduit à faire. Le colonel, homme démuni en uniforme, ignorait les mots qui consolent, qui pansent les plaies puisqu'en cette époque, seules les femmes en recevaient l'héritage. Cependant, il n'ignorait pourtant pas comment porter assistance et se jura pour lui- même de n'avoir de cesse de permettre à son cousin de connaître ce bonheur auquel il rêvait et cela commençait par la poursuite de l'enquête, des enquêtes.
Malgré le froid régnant dans une pièce oubliée du château, Iseult avait secrètement repris sa broderie, donnant vie à son cauchemar sur la tapisserie sur laquelle elle faisait saigner ses doigts délicats, comme autant de larmes mortelles.
A suivre
* "J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans" (Les Fleurs du Mal, C. Baudelaire).
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.
