Bonjour, voici que la fin approche amie lectrice (votre soulagement aussi ;) )… Bonne lecture à celles et ceux qui en ont encore la force,

Calazzi.

Petits messages personnels habituels :

Mimija :

« Bon Dieu ! Mais c'est… bien sûr ! » Mon cher Raymond ! euh, non, ma chère Mimija ! » La nostalgie me gagne… après les contes antédiluviens, voici venue les cinq dernières minutes… Merci très chère, cette référence est d'autant plus amusante que j'y avais pensé mais… comment dire, cela ne s'inscrivait pas vraiment dans ce contexte certes dramatique… mais pas grotesque à ce point !

Mes amitiés,

Calazzi.

Angie :

Ai- je déjà dit combien j'aime la chanson des Rolling Stones ?

« Angie, Angie

When will those clouds all disappear?

Angie, Angie

Where will it lead us from here? » Ben, oui, où cela nous mène-t-il donc tout cela? Je te le demande… !?

Ah, Angela, j'espère que tu me pardonneras de ne pas encore t'apporter le repos… mais cela ne saurait tarder maintenant.

Tendrement,

Calazzi.

Le maître de sa vie

« C'était un mauvais esprit tout bardé de dépit.

L'enfer ne contient pas pire en fait de puissances mauvaises

Dans son domaine surbaissé.

Crevant de sombre orgueil,

De malice âcre et rancunière,

Il est l'ennemi des méchants aussi bien que des bons. »

Thomson.

Epigraphe du chapitre XII « L'expiation », « Le moine », de Lewis, traduit par A. Artaud.

Ainsi soit-il… Était- elle résolue du plus profond de son être à lui donner ce qu'il lui demandait ? Saurait- elle seulement renoncer à ses chers principes pour sauver sa vie ? Qu'est- ce qu'une jeune femme était censée faire dans ce type de situation ? Mourir, bien sûr… pourvu que la morale soit sauve ! Mais si elle faisait le choix de survivre, et cela, quel qu'en soit le prix, comment la bonne société l'accueillerait- elle ? Déshonneur et humiliation coloreraient chaque nouveau lever de soleil, elle en était certaine. Après le soulagement, quel avenir pourrait- elle espérer ? Aucune famille ne lui confierait ses enfants, encore moins de jeunes filles à chaperonner. Elle devrait subir un ostracisme pour avoir été le jouet d'un mauvais sort, la victime d'un homme qui ne demandera jamais pardon. Quels jours meilleurs pourrait- elle bien espérer ? Alors quelle que soit sa résolution, il aura imprimé sa volonté sur sa destinée. Marquée à jamais par son infamie, il lui faudrait reconstruire chaque parcelle de son histoire sous une lumière nouvelle. Elle avait acquis la conviction ferme et définitive qu'elle ne serait plus jamais l'Elisabeth Bennet qui pouvait se moquer si légèrement des vanités de ses contemporains, encore moins celle qui avait si vaillamment rejeté la demande d'un homme qui lui avait offert une vie dont elle ne pourrait plus même rêver en ses temps de solitude. Elle ne croyait plus en l'amour, car si les hommes qui s'en emparaient le réduisaient à un moyen de sujétion, il n'y avait plus lieu d'y investir le moindre espoir. Un monde sans amour possible, sans confiance mutuelle se dessinait sous ses yeux brûlants de fatigue. Alors pour quelles raisons ne daignait- elle pas rendre les armes ? Elle avait perdu le compte de toutes ces affreuses heures où elle envisageait la mort, sa mort. Dieu était- il sourd et aveugle ? A quelle mort d'ailleurs pourrait- elle prétendre ? Laisserait- elle la Bête la lui voler comme elle lui avait dérobé sa vie ? Pourquoi ne se laissait- elle pas mourir ? N'était- ce pas la voie la plus raisonnable, étant donné les circonstances ?

Parce que plus que tout au monde, elle ne pouvait lui donner raison, parce que plus que tout au monde, elle ne voulait pas le laisser triompher. Parce qu'elle voulait se venger, venger toutes les autres, lui prouver qu'il l'avait grandement mésestimée. Elle refusait de toutes ses forces de plier, telle la fille d'Œdipe qui s'était dressée contre la tyrannie du pouvoir, elle s'était levée contre le despote qui voulait mettre à genoux toute l'innocence du monde. Non, cela ne serait pas, tant qu'elle posséderait une once d'énergie, elle la dirigerait contre cette violence nourrie de la laideur des hommes qui règnent sur les ténèbres. Tel était son credo mais elle s'obstinait à ne plus regarder en arrière, dans les tendres souvenirs pour raison garder. Puiser dans toutes ses ressources pour s'attirer la confiance du monstre. Jamais elle n'avait éprouvé une peur aussi grande, aussi pénétrante. Apprendre à maîtriser cette frayeur lui avait pris du temps, que n'avait- elle pas enduré afin de reprendre le contrôle ? Son corps s'abandonnait à certains mouvements de désespoir, à son grand dam puisqu'elle voulait être convaincante. Finalement, elle avait bâti une véritable discipline mentale, répétant encore et encore les règles qu'elle s'était fixées, construisant un mur impénétrable entre elle et le monde dans lequel elle devait évoluer. Elle s'était enfermée en elle- même afin de ne plus se laisser toucher. Son combat pour une illusoire liberté la maintenait dans une prison dont elle niait les barreaux. Elisabeth était prête pour l'ultime sacrifice. Elle irait jusqu'au bout de l'enfer qui s'ouvrirait devant elle, parce qu'elle n'avait pas d'autre choix. Ce n'était pas Athéna fière combattante qui s'avançait sur la route périlleuse mais une jeune femme frissonnante et terriblement consciente de sa fragilité et son courage, elle le tirait de son indignation et de sa volonté de rétablir un semblant de justice humaine. Avant de se préparer à la guerre contre cet ennemi si puissant, elle avait été tentée par la compréhension, du moins pas une attitude de rationalisation, de conciliation entre l'horreur et le réel. Elle voulait croire que son geôlier ne se résumait pas à cette caricature de monstre tout droit sorti des contes pour enfants, elle avait cherché les signes d'une souffrance camouflée sous ses airs cruels mais n'en avait trouvé que la révoltante copie. La Bête n'avait jamais cessée d'être ce qu'elle était indubitablement, profondément, mais elle jouait un rôle de composition dans le but d'endormir provisoirement sa méfiance. C'est alors qu'Elisabeth avait commencé à lui donner le change, prudemment, car la Bête n'était pas de ces êtres si faciles à duper, son intelligence rendait complexe les manœuvres de manipulation. Elisabeth avait tout d'abord dissimulé son dégoût sous un masque de timidité, qui avait positivement impressionné son bourreau, finalement tombé sous le charme. Cette réserve avait provoqué moult réflexions chez la Bête qui en avait tiré la seule conclusion concevable : Elisabeth avait pris conscience de sa valeur ! Au fil des jours il avait adouci son regard lorsqu'il savait qu'elle le regardait. Il avait même commencé à lui parler des preuves d'amour qu'un soupirant se devait d'offrir à celle qui comblait ses vœux de bonheur, sûr qu'elle finirait par comprendre combien elle était importante à ses yeux. Il s'était même jeté à ses pieds un matin, tout attendri qu'il était par la délicate silhouette qui se tenait délicieusement abandonnée devant lui. Il l'avait presque suppliée de l'aimer en retour… Mais heureusement, il avait retenu ses prières si embarrassantes pour un homme tel que lui. Il était resté à genoux jusqu'à ce qu'elle lui demande de sa voix douce et tremblante ce qu'il attendait d'elle. Il avait caressé du bout des doigts les plis du tissu qui recouvrait l'une de ses jambes, comme pour arracher la promesse d'un accomplissement à venir. Alors la Bête avait su qu'il était encore trop tôt pour la conduire jusqu'à ses désirs de chair et de sang. La blessure lancinante de l'insatisfaction avait débuté son œuvre et il n'avait eu de repos qu'après avoir cueilli l'innocence d'une autre de ses jeunes prisonnières, choisie en particulier pour sa ressemblance avec la Belle. Pour accentuer son propre contentement, il avait à l'esprit un petit tour à jouer à certains de ses adversaires.

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Iseult s'était composée une expression lisse et douce, presque enfantine pour approcher sa proie qu'elle présupposait soupçonneuse. Elle s'était interrogée sur la stratégie à adopter pour cette première rencontre. Iseult la blonde avait tant appris au fil des années, presque malgré elle, qu'elle anticipait le moindre de ses gestes. Elle avait choisi la méthode qui susciterait le plus d'émotions : elle avancerait à visage découvert, sous couvert de soumission. La technique la plus efficace avait toujours été celle qui amenait la victime à se persuader que chacune de ses pensées, chacun de ses actes émanaient de sa propre volonté. La proie libre de se faire dévorer…

Elle devait amadouer la jeune femme, l'amener à lui accorder sa confiance malgré leur différence de statut. Iseult parcourait le tunnel le plus silencieusement possible, parfaitement consciente du risque qu'elle prenait. Elle avait soigneusement choisi le moment, sûre de n'être pas dérangée avant longtemps. Elle se savait la plus proche complice et en cette qualité, celle qui connaissait tous les accès. Sa main ne tremblait pas en ouvrant les différents verrous, sa détermination apparaissait clairement dans chacun de ses gestes, toute sa volonté tendue vers un seul but : maintenir son équilibre vital. Et si pour cela, il lui était nécessaire de se débarrasser d'un obstacle… ce dernier ne pouvait être envisagé que sous l'angle du mauvais objet. Nul remords n'affectait son cœur, cette femme avait travaillé jusqu'à l'excellence un don particulier : le détachement. Sa vanité s'exposait crûment dans cette faculté de ne pas percevoir ce qui pouvait lui valoir quelques désagréments moraux. Négocier avec la réalité était devenue une seconde nature en termes de sauvegarde de son intégrité mentale.

Elle fut accueillie par les notes mélancoliques d'une vieille ballade anglaise Greensleeves*, Iseult l'avait elle- même chantée en ses jeunes années, avant de connaître l'amour et ses multiples crucifixions. Elle avait fait une halte pour écouter cette voix dont la douceur l'avait fait tressaillir, et dont la jeunesse lui avait rappelé la sienne… mais elle se reprit, ravalant le goût d'amertume qui avait envahi sa bouche. Tout entière centrée sur son but, elle avait ouvert le passe- plat sur lequel elle posa son panier d'où s'échappaient d'exquis parfums sucrés. Elle n'avait pas encore ôté sa main de l'anse.

« Madame… s'il vous plaît... répondez- moi… » C'était la même jolie voix qu'elle avait entendue quelques instants auparavant. Elle se figea alors comme incertaine de la réponse à offrir en ce lieu où le danger imprégnait les murs.

« S'il vous plaît, j'ai besoin d'entendre une voix de femme… à peine plus élevé qu'un murmure.

-Je vous en prie, je n'ai pas le droit d'être ici. Iseult endossa son rôle, habillant son mensonge d'une voix altérée par la peur. J'ai pris un risque terrible ! Je voulais simplement vous apporter… quelque chose de réconfortant. C'était comme un aveu, une confession qui se serait précipitée hors de sa bouche, contre sa volonté. Mais je vais partir, je ne peux pas rester avec vous ! Ces derniers mots furent prononcés d'une voix un peu pus aiguë, sous le coup de la frayeur.

-Non, je ne vous demande rien de plus, madame, s'il vous plaît… juste quelques mots… Elisabeth craignait que cette soudaine et surprenante apparition ne s'alarme davantage.

-Et bien, je… je vous écoute. Iseult s'amusait de la prudence avisée de sa victime. Qui êtes- vous ?

-Je suis Elisabeth Bennet. Et vous ? Etes- vous prisonnière ici ? Elle frottait ses mains moites l'une contre l'autre, retenant difficilement son émoi.

-Oh, non, pas exactement… ma situation est … compliquée… et je n'ai ni le temps ni l'envie d'en discuter maintenant miss Elisabeth. Malgré tout l'agrément qu'elle pouvait trouver à la situation, Iseult gardait à l'esprit la précarité de son projet et surtout le temps précieux qui pourrait vite devenir un obstacle si elle ne hâtait pas un peu les choses. Voulez- vous goûter l'un de ses superbes fruits ? Ou bien l'un de ses gâteaux ? Je les ai confectionnés moi- même, vous savez ! Elle avait donné une inflexion plus douce à sa voix.

-Hum, c'est gentil, je vous remercie, madame. Croyez- vous que vous pourriez en apporter à ma voisine ? Je crois qu'elle en a au moins autant besoin que moi. Elisabeth voulait s'assurer qu'Anne était toujours en vie et près d'elle.

-Votre voisine ? Oh, non je ne crois pas que je vais pouvoir faire cela… vous savez, il y a trop de risques ! S'il me surprend…

-Mais pourquoi moi ? Quelque chose d'étrange, d'incohérent paraissait se dévoiler dans les motivations de cette femme.

-Mais parce qu'il m'a parlé de vous miss Elisabeth. Alors j'ai eu envie de vous connaître, de vous offrir quelque chose, comme un cadeau d'amitié. Elle avait perçu l'ombre du doute et avait décidé de jeter son va-tout.

-Vous étiez… vous voulez devenir mon amie ? Elisabeth se débattait entre deux envies antagonistes : crier ou rire… ? La scène lui apparaissait si grotesque subitement… soit cette femme était totalement folle soit elle jouait une très mauvaise comédie.

-Oui, il vous apprécie alors je suppose que vous êtes… spéciale. Par exemple, je vous ai entendue chanter en arrivant, vous êtes particulièrement douée, je me suis sentie transportée, presque malgré moi. Je voulais aussi vous demander… si… L'hésitation qu'elle feignait lui permettait de camoufler son émotion, car elle ne désirait rien tant que découvrir le visage de celle qui lui avait volé le maître de son cœur.

-Si… ? Son cœur battait si fort qu'elle en avait le vertige.

-Si vous acceptiez que je voie votre visage. Je suis de nature curieuse… et… enfin, j'aimerais vraiment savoir à quoi vous ressemblez. Et puis vous pourrez me regarder moi aussi. Elle avait prononcé cette phrase comme s'il s'agissait d'un simple jeu entre deux jeunes enfants.

-Mais je ne comprends pas comment nous pourrions faire… il fait si sombre ici et cette ouverture ne me paraît pas convenir.

-Je sais… Je vais ouvrir la porte… mais je vous conseille de ne pas tenter de sortir, sinon… sinon il se vengera. Vous ne voulez pas qu'il fasse du mal à d'autres personnes à cause de vous, n'est-ce pas ? Je vous promets que je vous aiderai à vous enfuir miss Elisabeth mais aujourd'hui, je ne peux pas… il faut que je réfléchisse. Je voulais d'abord vous rencontrer et vous faire savoir que j'étais là… avec vous. L'heure était enfin venue, son excitation lui montait presque à la tête.

-Je comprends. Elisabeth s'était assise précipitamment sur sa couche. Voilà, vous pouvez ouvrir, je ne tenterai rien.

-Tenez, je pose le panier ici, si vous voulez bien vous servir… Elle fixait la jeune femme assise en face d'elle. Vous êtes si gracieuse… montrez- moi vos yeux miss Elisabeth, je veux voir votre regard, si vif… si pétillant… Oh… Son visage restait assez impénétrable, en désaccord avec l'aspect enjoué de sa voix. Merci. Elle s'était considérablement rapprochée d'Elisabeth. Mon visage vous plaît- il ? Elle lui tendait un ravissant gâteau, armée un sourire qui se voulait charmeur. Prenez- le, faites- moi plaisir.

-Merci. Elle avait pris délicatement le mets avant de le poser sur le lit. Oui, madame, vous êtes… vous êtes si belle… Ce n'était qu'un demi- mensonge car cette femme avait dû être naguère une fort jolie personne mais aujourd'hui, son aspect peinait désir de plaire en dépit des signes évidents de vieillissement transpirait de toute sa silhouette, que l'on aurait pu qualifier de ridicule tant elle contrastait avec la dignité attendue d'une femme de cet âge. Visiblement elle n'avait pas conscience des ravages du temps sur son corps et persévérait à se vêtir et se coiffer comme une très jeune fille, au- delà de ce que la pudeur aurait commandé. Comment puis- je vous appeler ?

-Non, pas encore…Mon dieu ! Ce sourire figé et vide persistait…Elisabeth était de plus en plus mal à l'aise. Tenez, prenez ce gâteau Elisabeth, je les ai faits pour vous, uniquement pour vous. Mais pourquoi insistait- elle autant avec ses maudits gâteaux ? Allez- y, cela me fait tellement plaisir.

-Merci, madame, mais je n'ai pas d'appétit. Je le mangerai plus tard.

- Non ! Le sourire avait disparu. La voix se radoucit. Plus tard ils seront moins bons… surtout dans un endroit comme celui-ci. Allons cessez de faire l'enfant maintenant Elisabeth, tenez, et mangez ! Elle s'était plantée devant elle, impérieuse, menaçante.

-Non. Laissez- moi tranquille ! Elisabeth était prête à l'affronter.

-Mange ! Tu ne voudrais pas qu'il arrive malheur à tes sœurs, n'est-ce pas ? Alors mange ! » Elle tentait de lui faire ouvrir la bouche d'une main, tandis que de l'autre, elle tenait un morceau de gâteau qu'elle voulait absolument lui faire ingurgiter. Elisabeth s'était levée, l'avait bousculée de manière à provoquer sa chute pour se frayer un chemin vers la sortie.

« Petite garce ! Tu ne pourras pas t'échapper ! Je te tuerai ! Tu entends ? Je vais te tuer, sale petite mijaurée ! Reviens ici ! Tu ne veux pas m'obliger à aller te chercher… Si tu t'enfuis, je les tuerai toutes ! Tout cela par ta faute ! »

Elisabeth stoppa sa course, repoussant les mèches de cheveux qui s'étaient accumulées devant son visage. Elle s'adossa au mur râpeux afin de reprendre son souffle devenu fou. Elle pensait ne plus pouvoir revenir en arrière, pourtant une voix intérieure la sommait de retourner sur ses pas… Son cœur lui imposait de ne pas se laisser infléchir… Elle saisit sa jupe à deux mains et s'élança en direction de celle qui lui avait ouvert la porte de sa geôle. Elle sentait les larmes couler le long de ses joues, de sa gorge. Tout ce qui l'entourait brûlait sa peau, son souffle. Elle était de nouveau dans l'antre du diable, des mains glacées l'avaient attrapée par les cheveux, tirant brutalement sa tête vers l'arrière. Elisabeth entendait ses gémissements, la douleur lui fit perdre toute raison et elle se propulsa violemment contre le mur afin d'écraser la furie qui s'était jetée sur elle. Le coup atteignit son but, Elisabeth se dégagea rapidement pour s'échapper de cette terrible étreinte. La femme semblait inconsciente, un filet de sang rouge foncé traçait d'étranges figures à l'arrière de son crâne. Elle empoigna son adversaire tombée à terre par les chevilles et la traîna jusqu'à son ancienne cellule.

« Anne, m'entendez- vous ? C'est moi Elisabeth, je vais vous aider à sortir d'ici ! Mais il faut me diriger avec votre voix, il y a trop de portes et je ne sais pas où vous êtes ! Anne, je vous en prie c'est notre seule chance !

-Seigneur, Elisabeth ! Je me sens si lasse… je ne crois pas avoir la force de vous suivre… Partez et revenez me chercher avec des secours, je risquerai de vous retarder, ou pire… »

Elisabeth avait trouvé les clefs tombées sur le sol poussiéreux, elle avait parcouru le couloir jusqu'à la voix devenue si faible de sa compagne et tandis qu'elle s'apprêtait à glisser l'une d'entre elles dans le verrou… elle perçut un léger bruit provenant de sa gauche, elle lâcha le trousseau de clefs et fit face à son pire cauchemar. Il se tenait immense, les bras croisés sur son torse puissant, le regard aussi sombre que l'onyx. Elisabeth s'était figée, comme morte. Elle avait plongé son regard dans le sien, aucun d'eux ne semblait prêt à parler. Il se baissa si promptement pour ramasser les clefs qu'elle eut à peine conscience de ce changement. Il se décida le premier.

« Je ne sais pas encore si je suis satisfait de votre conduite, la Belle. Un vague sourire déformait sa bouche. Je dois bien avouer qu'une partie de moi vous admire pour votre courage altruiste, ma chère. Oui, je vous ai vue retourner sur vos pas pour porter secours à votre amie alors que vous étiez si près de la liberté. C'est admirable, n'est- ce pas ? C'est pour cette raison que je vous ai octroyé cette place de choix dans ma collection… N'importe qui d'autre se serait enfui, seul, sans un regard, sans un remord. Il fit une courte pause, comme pensif. D'un autre côté, je suis fort mécontent que vous ayez eu envie de fuir, de me fuir. Il avait évidemment insisté sur l'avant- dernier mot.

-Je n'ai pas réfléchi, monsieur. J'ai fait ce que l'instinct me commandait.

-Mmmmh, justement c'est ce qui me déplaît le plus, la Belle. Mais peut- être aviez- vous l'intention de rester après avoir libéré cette petite ? ah… ah… ah… non, rien n'est moins sûr, en effet. Je vais devoir vous punir sévèrement pour votre manque de loyauté envers moi, votre maître. Il avait avidement avalé sa salive, anticipant quelques uns des plaisirs qu'elle lui procurerait. Soudain, la tempête s'abattit. A genoux ! Demandez pardon la Belle ! Maintenant ! »

Malgré la terreur qui lui avait volé tout son courage et ses dernières forces, elle n'avait pas baissé les yeux, par fierté. Elle avait commencé à reculer, lentement lorsqu'il avait désigné le sol où elle devait prêter allégeance à son nouveau maître, qui avait droit de vie et de mort sur elle.

« Cours, cours droit devant toi et le plus vite possible ! »

A suivre

*Composée vers 1580.