Bonjour, Calazzi est de retour... un acte manqué m'a fait écrire la formule "à suivre" à la fin de ce que je considérais (croyais- je!) comme l'épilogue. Bon voici la vraie fin de cette fiction. J'espère que vous accueillerez ce message avec toute la bienveillance attendue...! Je vous remercie infiniment de votre attention, de votre intérêt et vous souhaite un grand plaisir à lire tout ce qui vous permettra d'échapper à la lourdeur d'un quotidien qui ronfle un peu trop parfois.

Amicalement,

Calazzi.

Les habituels messages à celles qui ne possèdent pas de compte ici:

Angela : merveilleuse lectrice dont je ne connaîtrai que le prénom… quoi de plus beau qu'un ange pour veiller sur des histoires ?

Merci très chère angélique Angela.

Jenny : Hello dear Jenny! No other story in stock at the moment but for a true end thereof! I have to recover… because this fiction took a lot from a personal point of view.

Thanks… really for your kindness!

Soon…

Mimija : La fin enfin… d'un douloureux voyage au cœur de soi- même. Je te remercie bienveillante fée qui a jeté un regard tendre sur ce qui aurait pu être un beau gâchis.

Je t'embrasse très tendrement.

Regardez- moi

Poser un pied devant l'autre, une fois… une deuxième fois… encore et encore. Le soleil caressait l'aspect satiné de ses souliers, oh ! comme elle aurait aimé les ôter… les jeter de toutes ses forces sur la pelouse qui s'étendait platement à l'horizon. Depuis cette expérience, son humeur oscillait entre de rares éclats d'une joie puérile, effrayante par son caractère immotivé, et une tristesse qui l'entraînait immanquablement sur les rives du Styx. Elle se sentait oppressée, bloquée au beau milieu d'un souffle. Une sensation si douloureuse qu'elle en pleurait. Devait- elle s'accoutumer à montrer sans cesse ses yeux rougis par cette brûlure ? Serait- elle pour l'éternité celle qui sursauterait à chaque sifflement du vent, à chaque bruissement de feuilles ? Survivre ne suffisait point. Avoir terrassé ce grand malheur n'avait nullement apporté l'oubli, le retour à la vie d'avant, la vie d'avant la peur et la conscience de sa vulnérabilité. La vie d'avant la connaissance du vrai visage des hommes. Si elle n'avait jamais envisagé un mariage sans amour, elle cultivait alors l'espoir de rencontrer un homme qui saurait s'adresser directement à son cœur. Au lieu de cela, elle n'éprouvait plus qu'amertume et méfiance à leur égard.

Elle s'était cachée en veillant sur son père, puis il avait fallu ouvrir de nouveau les yeux sur le ciel pâle de journées qui n'en finissaient plus. Pour cette jeune femme qui ne rêvait plus que d'obscurité et de solitude, le moindre échange était coûteux, au- delà de tout ce qu'elle aurait pu imaginer, dans sa vie d'avant.

Un jour où elle avait trouvé refuge dans la bibliothèque de cette froide demeure, elle feignait d'être plongée dans un ouvrage dont elle ignorait même le titre, incapable de maintenir son attention plus de quelques minutes. Figée dans ses pensées mortifères, elle n'avait pas été troublée par le bruit des pas se dirigeant vers sa cachette. Elisabeth fut donc terriblement surprise de se trouver en présence de la grande Lady Catherine, qu'elle avait soigneusement évitée jusqu'ici. Ces derniers temps, la maîtresse des lieux avait mis un point d'honneur à agir comme à son habitude. Les apparences étaient conservées, coûte que coûte. Cependant, à bien la regarder, un observateur attentif pouvait percevoir une froideur encore plus impénétrable qu'auparavant. Elles échangèrent les politesses d'usage entre deux femmes du monde, sans chaleur. Alors qu'Elisabeth esquissait un mouvement en direction de la porte, une voix particulièrement autoritaire brisa sa volonté.

« Cette activité ne me semble pas vraiment convenable pour une jeune femme. Lire ne me paraît d'aucune utilité quand il y a tant à faire, mais pour que vous vous en rendiez compte, il faudrait que vous cessiez de vous morfondre sur votre sort mademoiselle. Votre expérience récente ne vous a donc rien appris sur ce sujet ? En quelques mots, elle avait balayé toute possibilité de rédemption.

-Madame voudra bien me pardonner cette impolitesse, mais je ne souhaite pas pour l'heure discuter des leçons que j'ai tirées ou non des derniers événements. Elle avait lamentablement échoué dans sa tentative de maîtriser sa voix. Elle aurait voulu se montrer ferme et courageuse, sans peur et sans reproche, à la manière des enfants épris de justice.

-Mademoiselle Bennet, vous ne pouvez ignorer la raison de ma présence en ce lieu. C'est bien vous que je voulais rencontrer. Je salue en cette occasion votre ténacité dans vos manœuvres d'évitement. Elisabeth frémissait de tout son être, immobile, le regard fixé sur son accusatrice. Cependant, je me dois de vous dire très franchement ce que je pense de votre comportement. Votre cœur, votre conscience doivent vous suggérer dès maintenant quelques réponses.

-Pour tout vous dire, Madame, vous faites erreur. Je n'ai absolument aucune idée de l'honneur que me vaut cette gracieuse visite. Rester droite, bien campée sur les pieds, un faux sourire plaqué sur le visage.

-Votre insolence ne vous sauvera pas d'une mise en garde. Vos airs de victime ne me feront point revenir sur ma décision. La formidable Lady souhaitait s'assurer le pouvoir absolu et ne reculerait devant aucun excès de langage. Si vous croyez pouvoir attendrir le regard des hommes sur votre personne, je vous préviens également que vous faites fausse route. J'ai parfaitement compris que vous préfériez la dissimulation, mais je m'obstine à conserver la franchise que j'ai toujours cultivée à l'égard d'autrui.

-Lady de Bourgh, éclairez- moi, je suis perdue. Que me reprochez- vous exactement ? La jeune femme contint une vague nauséeuse menaçant de la submerger. Elle anticipait déjà les avertissements calomnieux qu'elle allait recevoir stoïquement.

-Très bien, puisque vous voulez qu'il en soit ainsi, je ne me laisserai pas impressionnée. Il n'aura échappé à personne dans les environs que vous avez jeté votre dévolu sur mon neveu, Monsieur Darcy, à qui tous ces regards larmoyants, cette modestie dans la tenue, sont adressés. Je ne l'ai pas saisi immédiatement, cela étant si éloigné de mes principes, mais d'autres m'ont fait part de leur inquiétude. Je vous ai alors observée avec plus d'attention et je suis parvenue à une conclusion fort désagréable.

-Je m'étonne que vous vous adressiez directement à une personne dont vous pensez tant de mal. Si vous me voyez ainsi, madame, chassez- moi. La colère perçait dans sa voix, nettement plus aiguë qu'au début de l'entrevue.

-J'attends simplement que preniez la décision la plus raisonnable. J'ai une sainte horreur de toute exhibition. Votre père paraît avoir manqué de discernement dans ses choix éducatifs…

-Je ne vous permets pas ! Vous, la femme de ce monstre qui a enlevé des enfants pour les séquestrer dans des geôles ! Vous, la femme qui n'a pas vu la méchanceté d'un homme dont elle a partagé la couche… Elisabeth s'agitait, sous l'effet de son réquisitoire passionné. Regardez- moi, madame ! Cet homme dont vous n'avez jamais cessé de porter le deuil comme un voile de dignité, cet homme a abusé de très jeunes filles, se jouant cruellement de leur naïveté. Cet homme indigne, vous ne l'avez pas condamné, même après l'avoir reconnu ! Allons où est donc votre courage légendaire? Votre franchise inaliénable?

-Lord de Bourgh n'a jamais été un monstre ! Ce sont les femmes comme vous qui font perdre la tête aux hommes, mademoiselle Bennet ! Les hommes ne font jamais que ce que les femmes les amènent à réaliser ! Qu'avez- vous fait vous- même pour l'arrêter ? je vous le demande !

-… »

C'était certainement ce que l'on ressentait lorsque la lame d'une épée traversait les chairs. Elisabeth suffoquait, tombée à terre sur ses genoux. Elle sentait vaguement les larmes dévaler le long de ses joues, de son cou jusqu'à sa gorge. Elle avait posé l'un de ses bras sous sa poitrine, l'autre en protection au- dessus. Une seule pensée occupait son esprit « je vais mourir », obsédante, affolante, inépuisable. Un immense vertige l'avait agrippé et l'avait coupé du monde environnant. Toutes ses sensations ne concernaient plus que cette conscience aiguë d'un trépas imminent. La douleur et le désir de mourir avaient pris possession de son corps et de son esprit réunis dans cette horrible alliance. Plus rien ne comptait que la fin de ce cauchemar.

« Madame ! Je vous prie de cesser immédiatement. Mademoiselle Elisabeth. Regardez- moi… je vous en prie... regardez- moi, moi seul. » C'était une prière, une injonction, une requête…

Elle n'avait rien entendu, rien vu sur le moment, totalement égarée dans ce gouffre existentiel dont elle ne pouvait rien dire.

Il avait tenu la porte ouverte à sa tante, un regard féroce à l'appui jusqu'à ce qu'elle condescende à disparaître dans son antre diabolique.

Elle avait finalement senti la douceur d'une étreinte, enveloppée d'une voix grave qui chuchotait tendrement à son oreille les mots que seul un amant connaît. Oui, ils s'aimèrent imparfaitement mais complètement. Oui, ils eurent des enfants. Non, la vie ne fut pas un long fleuve tranquille sinon ce serait comme une nouvelle mort psychique. Ils apprirent à grandir ensemble mais aussi chacun de son côté car le secret des couples heureux, c'es d'avoir su grandir en tant qu'individu ET en tant que couple. Cela demande lucidité, courage et honnêteté.

MORALE…

Non, la vie n'imite pas tout à fait les contes de fées de notre enfance, je vous l'accorde. Toutefois, « toute ressemblance avec des personnes ou situations ayant existé » n'est pas fortuite. La différence réside dans le langage, l'habillage. Il n'y a dans cette réécriture rien qui ne soit irréel. Les situations et les personnages (en tant qu'archétypes) sont nés du réel, faits de souvenirs en particulier. Ainsi, quand vous lirez un conte vous n'oublierez plus que lorsque l'on y fait mention d'enlèvement et de geôle, il faut entendre « privation de liberté », certes, mais pas au sens propre de toute évidence. Un enfant n'est jamais libre d'échapper à ses bourreaux, par exemple. Je conclurai en insistant sur le fait que les contes sont nécessaires à la guérison de l'âme, qu'il nous montre les chemins de la vie qui restent un choix à faire pour chacun d'entre nous, afin de n'être pas simplement des victimes.

Et maintenant faites de beaux contes… et lisez- les à tous les enfants et aux adultes qui n'ont pas oublié qu'ils étaient aussi des (vieux) enfants.

FIN