Note : Pour ce dernier chapitre, j'ai utilisé les vrais dialogues du livre (sauf pour le flash-back.) Il est un peu plus court que les précédents, parce que j'ai eu plus de mal à l'écrire (manque d'inspiration, démotivation...), j'espère que ça ne se ressent pas trop à la lecture.
RAR : Merci à Naerii pour sa review ! J'espère que tu repasseras par ici et que la fin ne te décevra pas :)
.
.
3. Dernier tableau (Eric)
.
Les Audacieux formaient un demi-cercle autour de son fauteuil. Le fauteuil de son exécution, pensa-t-il, et sa bouche s'étira en un sourire amer.
Il écouta d'une oreille distraite la petite divergente lui réciter la liste de ses crimes, d'une voix rendue sourde par la colère. Il accueillit avec sérénité l'annonce de la sentence.
« Attendez » dit-il. « J'ai une dernière requête ».
Il sentit Tris se tendre à côté du fauteuil. Elle devait avoir hâte que cela finisse. Mais il avait envie de jouer encore un peu.
« Tout ce que je demande, c'est que ce soit Tobias qui s'en charge ».
Il se tourna vers lui. Il était en train de préparer le flingue, les paupières baissées. Ses mains ne tremblaient pas.
« Pour que tu vives avec la culpabilité. Celle de savoir que tu m'as mis une balle dans la tête après avoir usurpé ma place. »
Un temps. Puis Tobias releva la tête.
« Il n'y aura pas de culpabilité ».
.
.
Deux ans plus tôt.
Les lignes du tableau numérique se brouillèrent, puis la liste des admis se déroula lentement. Il était deuxième. Eric étouffa un soupir, réprimant son désir de sortir les poings – il ne savait pas s'il voulait les brandir en signe de triomphe, ou bien les enfoncer dans la gueule de Tobias.
Dans le doute, il parcourut des yeux la foule qui piétinait en face des résultats ; à trois mètres devant lui, il reconnut les pointes du tatouage caractéristique, jaillissant comme des griffes du col de son tee-shirt. Il avait envie de broyer cette nuque. Il fit un mouvement, un pas en avant pour rejoindre Tobias, mais la masse compacte qui les séparait s'ébroua brusquement au milieu des clameurs, le clouant sur place.
« Hé, Eric ! Félicitations, mec. On a réussi ! »
Autour de lui, les transferts retenus poussaient des cris de joie, s'échangeaient des bourrades viriles de réconfort. Quelqu'un lui glissa un verre entre les mains, puis deux, puis trois ; il glissa encore un regard rapide parmi la foule, mais la nuque avait disparu.
.
Partout dans la Fosse, la fête battait son plein. Eric s'apprêtait à sortir avec d'autres initiés : l'un deux avait parlé de tyrolienne, de Tour ; il n'était pas sûr d'avoir bien compris, mais il savait qu'il s'agissait d'une sorte de rituel propre aux Audacieux. Sa tête bourdonnait, il était ivre d'alcool et de succès. Il avait réussi. Il était l'un des leurs.
Au moment de partir, il l'aperçut enfin : Tobias était assis au bord de la passerelle, une flasque à la main, ses pieds battant tranquillement la mesure au-dessus de la rivière. Après une infime seconde d'hésitation, il dit à ses amis de l'attendre un instant.
.
« Félicitations, Quatre. »
Sans se retourner, Tobias leva le bras pour lui tendre la flasque. Il la vida d'un trait, en s'interrogeant sur l'éventualité de s'assoir près de lui, mais il ne tenait pas très bien sur ses jambes et ne voulait pas risquer de basculer dans le vide. Il se contenta de garder les yeux rivés sur ses cheveux.
« Tu es venu me jeter par-dessus bord ? Comme tous ceux qui se sont dressés sur le chemin de ta petite réussite personnelle ?»
La voix de Tobias était calme ; c'était un constat, pas une accusation. Eric grimaça.
« J'avoue que l'idée m'a traversé l'esprit. Tu ne devrais pas être en train de te pavaner en bas ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? »
La main de Tobias fit un geste vague en direction du gouffre.
« Comme d'habitude. Un petit tête-à-tête avec le précipice. Frissons garantis. »
Il se mit à rire ; il était sérieusement éméché lui aussi, mais il ne le regardait toujours pas. Après un instant de silence, il reprit, un ton plus bas.
« Je suppose que je te dois des remerciements. Je n'aurai probablement pas passé la première phase, sans toi. »
Eric se racla la gorge, mal à l'aise. Il savait qu'il devait répondre quelque chose – de rien, va te faire foutre, merci à toi aussi... -, mais rien ne lui venait. En désespoir de cause, il marmonna un « ouais » indéchiffrable. Il attendait encore. Ça ne pouvait pas se terminer ici, de cette façon, dans cette ambiance d'ivresse et de rancoeur mêlées.
Il voulait continuer à discuter, se battre, se frotter à lui d'une manière ou d'une autre. Mais Tobias ne prononça pas un mot de plus ; il ne tourna pas la tête de son côté.
Le dialogue était clos.
.
.
Il savait qu'il allait crever là, d'une seconde à l'autre. Il n'avait pas peur. Il attendait d'entendre le bruit de la gâchette, mais il savait aussi qu'au moment où Tobias déciderait de presser son doigt sur la détente, il ne regarderait pas le canon du flingue. Il fixerait ses yeux dans le gris métallique des yeux de Tobias, et tâcherait d'y trouver une lueur familière.
Il vit ses lèvres remuer doucement.
« Eric » entendit-il. « Sois courageux ».
Le gris vira au noir.
FIN
Si vous avez apprécié cette histoire, merci de me laisser une petite review ! :)
