Chapitre 14

- …

- …

- ça te dit une promenade digestive ?

Hiiragi ne comprit pas tout de suite le sens de cette phrase tellement il était étrange d'entendre Akané parler comme sa grand-mère ; puis ça fit « tilt » et il sourit :

- Bonne idée ! C'est vrai que les Ramen me restent un peu sur l'estomac

- Donne-moi une seconde que je termine mon riz au curry ajouta Akané la bouche pleine et la tête dans son assiette.

Une fois dehors la pluie commence à tomber, d'un pas pressé Akané conduit Hiiragi au fameux terrain de sport. Sur le chemin Hiiragi avise un étal avec divers accessoires en solde et il fait comprendre à Akané que ça pourrait leur être utile :

- Hé !

- Hn ?

- Humph ajoute Hiiragi et d'un geste de la main il montre l'étal à Akané

- Bonne idée mec !

Hiiragi trouve au fond du bac la seule casquette pas trop moche, style treillis. Akané lui, prend un de ces grands chapeaux que les femmes portent pour se protéger du soleil, et des lunettes noires. Il essaye deux secondes de piquer la casquette de Hiiragi mais renonce après que celui-ci a failli lui mettre une baffe avec.

Et c'est ainsi qu'on les retrouve 10 mn plus tard cachés dans les buissons bordant le terrain de sport. Pas réellement plus discrets que les cinquante autres étudiants qui avaient élus domicile dans les arbres ou les fourrés d'à côté. On voyait le haut de la casquette de Hiiragi ; et Akané, un bout de bois entre les dents et une feuille coincée dans son chapeau regardait à travers les branchages en fulminant tellement que les feuilles de son buisson tremblotaient.

- Oh ! Calme-toi ! Elle va nous voir !

- Raah tu m'énerves sale blond ! Tu vois pas qu'on est entourés de buissons pervers ? Comment je pourrais rester calme ! Je vais tous me les faire ! Grrr !

- T'es pas mieux si tu veux mon avis, avec ton chapeau chelou et tes lunettes noires qui tombent sur ton nez !

Akané esquisse un mouvement vers Hiiragi pour lui fermer son clapet mais sa manche se prend dans une ronce.

- Aïeheu ! Tss saleté d'épines. Fixant son pote d'un air mauvais : - Tu perds rien pour attendre cadet Hitonari !

Hiiragi pouffe de manière imperceptible à la blague nulle d'Akané et décroche sa manche.

Des exclamations à quelques mètres d'eux leur font reprendre leur observation.

- Ouah c'est la première fois que je kiffe la pluie à ce point !

- Tu m'étonnes ! Si ça pouvait ne jamais s'arrêter !

Avec horreur les deux garçons comprennent en un instant le sens de ces paroles : Sur le terrain, seule joueuse, Sumiré s'entraînait – sous la pluie – en short et débardeur blanc vu la chaleur de ces mois d'été.

Elle était hyper concentrée, ne voyant rien d'autre que le panier, son ballon et les limites du terrain de basket. Elle n'entendait que son souffle, les battements de son cœur, les rebonds du ballon et ses semelles de basket dérapant sur le sable humide.

Akané admire un instant son jeu qui progresse doucement mais sûrement, il l'engueule mentalement pour la position de ses genoux et pour les mouvements d'esquive imaginaire qu'elle effectue sans se préoccuper de ses chevilles. Puis il passe à l'observation de ses épaules et là… son cœur rate un battement, il avale sa salive de travers et se retourne vers Hiiragi les yeux exorbités. Hiiragi commence à avoir le haut des pommettes un peu rouge.

- Heu faudrait peut-être voir à lui prêter un vêtement parce que là c'est…

- Hiiragi ! A quoi tu penses ! Je vais te…

Mais Hiiragi n'entend pas Akané :

- C'est vraiment une bombe cette nana

Là, Akané pète un plomb et agrippe Hiiragi par le col, celui-ci rétorque :

- Ooh me touche pas ! Pense plutôt à une solution et jette un œil à tes voisins avant de t'en prendre à moi !

- Koi ! Ils vont mourir ! Et il se jette sur les premiers gars bavant dans le buisson d'à côté.

Hiiragi lui court après essayant vaguement de le calmer mais il renonce bien vite étant énervé lui-même.

S'ensuit une course-poursuite en bordure de terrain. Akané en vient à mordre, Hiiragi assène des coups de branchages à ceux qui traînent à quitter les lieux. La pluie redouble et les derniers spectateurs se sauvent dans une panique généralisée :

- Fuyez ! On a réveillé le diable à casquette et le monstre à lunettes des buissons ! On va moûuurir !

A bout de souffle nos deux compères récupèrent avec difficultés leurs facultés mentales, si tant est qu'ils en aient. Ils se dirigent d'un commun accord et d'un pas qui se veut nonchalant, alors que chacun de leurs membres tremblent encore, vers Sumiré toujours aussi concentrée – et mouillée – au milieu du terrain. Hiiragi réajuste sa casquette, se racle un peu la gorge ; Akané ayant perdu son chapeau retire les feuilles emmêlées dans sa crinière ébouriffée, il a perdu une branche de ses lunettes mais préfère les réajuster sur son nez plutôt que de les retirer (« j'ai pas de pacemaker je préfère la voir avec un filtre »).

C'est un Hiiragi toujours le rouge au joues et un Akané pire qu'une tomate qui font leur entrée sur le terrain.

De près c'était pire : Sumiré était là, elle courait sous la pluie, des gouttes d'eau s'échappant de ses cheveux, coulant le long de ses joues, de son nez, de sa bouche, puis se glissant sous son débardeur – débardeur indubitablement trempé et irrémédiablement moulant, laissant apparaître des formes on ne peut plus féminines.

Akané a soudainement très chaud, il pique la casquette de Hiiragi pour s'éventer. Il décide de changer de point de vue et dirige son regard plus bas mais ça n'est pas mieux, le short moulait aussi bien les formes du bas que le t-shirt celles du haut. Les gouttelettes coulaient le long des jambes de Sumiré soulignant leur magnifique galbe.

Bref c'était la C-A-T-A-S-T-R-O-P-H-E !