Chapitre 4 : Les Excellents

Roston, 30 septembre 3014, Midi.

Le voyage en voiture jusqu'à Roston, une grande ville dans le Sud réputée pour sa prison, dura plus de six heures. Ils conduisaient à tour de rôle ou dormaient...quand ils arrivaient à dormir, ce qui n'était pas toujours le cas malgré leur fatigue.

Burt pleurnichait pour tout et n'importe quoi en répétant à intervalles réguliers qu'ils faisaient une énorme connerie et qu'ils allaient tous y passer avant d'avoir atteint la fleur de l'âge. Mandy posait des questions à tout bout de champ : « Et si on se fait contrôler ? Et si on arrive pas à entrer dans le bâtiment ? Et si ils se faisaient tous exécuter avant qu'on arrive ? »

« Ferme là, d'accord ? Coupa Danaé qui se réveillait tout juste. On im-pro-vise, point barre. De toute façon, précisa t-elle avec un regard féroce, les Stars sont seulement retenus en otage. Junia les utilise pour faire pression sur les gens. Tant qu'elle n'aura pas ce qu'elle veut, elle ne les exécutera pas. C'est lamentable.

-On est arrivés. Lâcha Gaëlis en coupant le contact. Je me mets pas trop près de la prison, y a forcément des soldats de Junia autour.

-Putain, pesta Grégoire qui avait repris des forces. Est ce qu'on sait seulement d'où elle sort, cette foutue armée ?

-Des clones. Des robots. Murmure Danaé. »

Cinq paires d'yeux la fixèrent avec effroi.

« Mais...qu'est ce que tu racontes ? Qu'est ce que t'en sais ?

-Vous étiez trop occupés à reluquer les cheveux de vos chouchous pour faire attention, répliqua Danaé, acerbe. Les types qui les embarquaient sur la vidéo, vous avez pas remarqué ? Ils sont tous identiques. Même taille, même visage, la même expression neutre et froide. Pas d'émotions. La seule déduction logique, c'est celle là : ces hommes ont été faits de toutes pièces. »

Il y eut un long silence. Chacun enregistrait l'information sans même songer à la remettre en doute. S'il y avait bien une personne capable de déduire ça, c'était Danaé. Des clones, songea Burt, des robots...faits de toutes pièces...une armée...mais alors, ça veut dire que... Il releva la tête. Les autres arrivaient à la même conclusion.

« Cela veut dire que...ces mecs sont programmés pour tous nous abattre ? »

Le regard de Danaé en disait long.

Un peu plus tard, même endroit.

« Sérieux les gens, je le sens pas. Ça va jamais marcher.

-T'as une meilleure idée peut être ? Riposta Gaëlis

-Nan mais, en admettant que j'arrive à rentrer dans la prison avec tes conneries, comment tu veux que j'arrive à trouver leur cellule ?

-Merde, Mandy, j'en ai aucune foutue idée. Tu marches, tu regardes dans toutes les cellules, tu les trouves et débrouilles toi pour pas te faire attraper par les soldats.

-En attendant je fais tout le boulot et toi t'en fous pas une.

-C'est fini oui ?! S'écria Danaé. On perd du temps, là. Burt, Gaëlis, Panda et Grégoire, avec moi. Phase 1 du plan. Mandy, tu rentres et tu fais discret. »

L'adolescente souffla en levant les yeux au ciel, mais garda le silence. Elle descendit de la voiture, suivie des autres. Danaé s'approcha d'un humanoïde, en s'efforçant d'avoir l'air le plus cruche possible.

« Je peux vous aider ? Lui demanda le robot. »

Danaé écarquilla un peu les yeux histoire d'être un peu plus crédible, maîtrisant sa peur. Ce regard vide, ce ton monocorde et mécanique...il était terrifiant.

« Je...oh...je me suis perdue. Où suis je ?

-A la prison de Roston, mademoiselle. Vous n'êtes pas autorisée à entrer.

-Je...oui, oui...hum. Peut être pourriez vous... »

Elle eut un petit rire niais. Ça va foirer, ça va foirer, pensa t-elle. Du coin de l'œil, elle vit Burt et Mastro s'approcher du deuxième robot et Gaëlis se rapprocher subrepticement d'elle.

« Vous n'êtes pas autorisée à entrer. Répéta le soldat.

-Certes, mais je...vous comprenez, je ne sais pas où est ma famille alors je me disais que...qu'elle était ici...vous pourriez...faire une exception ?

-Vous n'êtes pas autori... »

Grégoire surgit alors de nulle part et le mordit de toutes ses forces à la cuisse. Se détendant comme un chat, Gaëlis atteignit l'arrière du crâne du robot et le frappa à la tempe. Il s'écroula au sol, inconscient. Son collègue tourna la tête mais Burt cogna de toutes ses forces et le mit également KO, avec l'aide de Panda. Mandy se précipita vers la fenêtre du rez de chaussée et l'ouvrit d'un coup de pied. Puis elle se glissa à l'intérieur et disparut de leur vue.

« Je me suis défoncé la main...geignit Burt. Costauds, les petits soldats.

-Arrête de te plaindre, c'était presque trop facile, répliqua Gaëlis.

-Je me demande pourquoi il n'y a pas eu d'alarme quand elle a cassé la fenêtre.

-Aucune importance. C'était sûrement une cellule vide dans laquelle elle est entrée.

-Mouais. Ça fait un peu kamikaze ton truc quand même.

-Sûrement. »

Au même moment, Intérieur de la prison.

Mandy était sans conteste impressionnable et se faisait violence pour ne pas rebrousser chemin. Elle se glissa dans le hall, qui grouillait de robots. Elle se faufila dans un couloir vide, en oubliant presque de respirer. Tout était sombre, toutes les portes étaient les mêmes, avec juste une petite ouverture grillagée. Beaucoup des cellules étaient occupées.

« Zecut ? Linx ? Chuchota t-elle. »

Soudain elle entendit des voix. Sans réfléchir elle se plaqua au sol et se roula dans un coin sombre en croisant les doigts. Une femme blonde d'une trentaine d'années engueulait copieusement un humanoïde.

Junia ? Qu'est ce qu'elle fout ici cette salope ? Enrageait Mandy. Cette folle avait mis son pays à feu et à sang, fait disparaître sa famille et enfermé ses idoles. Mandy mis toute sa volonté pour ne pas lui sauter dessus. Résiste, résiste...tu vas tout faire rater.

« Vous m'avez amené le prisonnier Salulégik en retard, agent 45G. Je me moque qu'il se soit débattu, vous êtes des Excellents. Vous savez ce qui arrive aux agents qui ne se montrent pas à la hauteur de mes espérances. C'est votre dernière chance.

-Bien Capitaine. Répondit l'agent 45G avant de s'éloigner. »

Des Excellents. C'était donc ça, ces foutus clones sortis de nulle part. Mandy se crispa. Quand le couloir se vida de nouveau, elle reprit ses recherches. Elle erra encore plusieurs minutes. C'était plus que glauque, ces murs gris, ces couloirs vides, et ce froid qui la faisait frissonner à tout bout de champ.

Soudain une main la saisit à l'épaule.

« Hé ! Mais qu'est ce que... »

Un coup. Puis le noir.