Chapitre 5 : Juste trois types

Prison de Roston, 30 septembre 2014, Milieu de l'après midi

Mandy rouvrit les yeux, le crâne douloureux. Un Excellent la tirait vers une cellule. Elle se débattit tant bien que mal, traînant des pieds et en essayant de le mordre. Mais quand elle vit le visage de ses compagnons de cellule, elle se figea. Les trois Stars, eux, ici ! Dans sa cellule ! L'Excellent la poussa en avant et claqua la porte dans un terrible bruit métallique.

C'était totalement surréaliste, elle, en prison, face à Zecut, Linx et Salulégik. Mandy se pinça de toutes ses forces, histoire d'être absolument certaine que tout ceci n'était pas qu'un rêve. Salulégik lui adressa un sourire hésitant et un vague geste de la main (elle manqua s'évanouir) mais Linx ne sembla même pas se rendre compte de sa présence.

« Salut petite, lâcha Zecut d'un air las. Quel bon vent ? »

Mandy eut un sourire vaguement idiot, mais se souvenant les raisons de sa présence, elle se ressaisit et leur expliqua :

« C'est à cause de Junia...La blonde qui vous a envoyés ici. Elle a fait des robots qui s'appellent des Excellents, et moi et les copains nous sommes vos plus grands fans. Donc on a pris la voiture parce que Gaëlis avait un plan mais j'ai un peu foiré mais j'ai fait super attention pourtant ! Et bref, l'idée c'était de vous libérer pour que vous preniez la tête du pays avant que ce soit la guerre. Voilà.

-Ouais. Hum. Je crois que j'ai pas tout compris. Lâcha Salulégik, l'air abattu.

-Si si, c'est très simple, assura Zecut. C'est le merdier.

-Depuis...depuis combien de temps vous êtes là ?

-Quelques heures. C'est quand même drôle qu'il faille nous balancer en taule pour se rencontrer enfin, dit Salulégik.

-Hilarant, répliqua Linx d'un air qui disait exactement l'inverse. Je m'étouffe dans mon rire à l'idée d'être coincé en prison avec vous. On aurait dû y penser plus tôt.

-T'avais l'air moins pénible dans tes vidéos, répliqua Salulégik, irrité.

-Hum. Pas toi, c'est clair. Tu es aussi coincé que je le pensais.»

Après cette conversation peu engageante, ni l'un ni l'autre ne s'adressèrent la parole. Jusqu'au lendemain chacun d'entre eux resta dans un silence buté. Oui, vous avez bien lu. Les plus grandes stars internationales boudaient. Comme des enfants de quatre ans.

Mandy ne pouvait pas s'empêcher de se sentir un peu...déçue. C'était bien sûr horrible d'être en prison, et que ce soit la fin du monde et les Excellents et tout ça. Mais...mais ce n'est pas du tout comme ça qu'elle s'imaginait sa rencontre avec ses idoles. Elle avait espéré rencontrer trois potes, des humoristes, des mecs ouverts quoi. Genre un Zecut qui aurait sorti des phrases surréalistes pour mettre l'ambiance, ou un Linx prêt à mettre au point un plan diabolique pour sortir d'ici et prendre le pouvoir, ou un Salulégik qui l'aurait protégée et parlé de son panda. Mais non, c'était juste trois types normalement normaux et à bout de nerfs coincés dans une prison minuscule. Si l'avenir du pays repose sur eux, on est mal barrés, pensa t-elle.

.

Pendant ce temps, hors de la prison.

Danaé tapota sur son smartphone. Pas de connexion Internet. Et elle n'arrivait pas à joindre sa meilleure amie, qui était sur messagerie depuis plusieurs heures.

« Bon, annonça Gaëlis, je reprends tout depuis le début : on a frappé deux Excellents et pris leurs armes, du coup l'alarme a effectivement été déclenchée et notre agent est on ne sait où dans le bâtiment. On ne peut donc évidemment pas rentrer, Mandy et les Stars sont forcément à l'intérieur mais on ne sait pas où exactement. On peut même pas se faire passer pour des Excellents, vu qu'ils ont tous la même tronche. Ha oui, et on n'a pas de réseau. Ça s'annonce plutôt pas mal. »

Sa lamentable tentative d'humour ne déclencha aucune réaction. Burt se lamentait et Danaé tapotait le volant avec impatience, signe chez elle d'une intense concentration.

« Il faut trouver le moyen de rentrer, autrement que par la porte d'entrée. Il y a bien une porte de service quelque part...le tout c'est de la trouver. Mais rôder autour du bâtiment, c'est trop risqué...on va se faire prendre.

-Et pourquoi moi j'irais pas ? Intervint Grégoire. »

Gaëlis le fixa, incrédule.

« Parce que tu es un chien. Et si tu te fais choper on aura l'air malins.

-Ah oui, c'est sûr qu'on a l'air malins, là tout de suite, railla le Panda. C'est une super idée, Grégoire. Trouve les, mène les en sécurité. Demande au boss et à la petite de nous envoyer un message ou un truc comme ça. Tu t'en sens capable ?

-C'est une question ? »

L'acolyte de Zecut sauta de la voiture et courut jusqu'à la prison. Gaëlis poussa un soupir exaspéré et marmonna:

« N'importe quoi...»

Grégoire fit le tour du bâtiment, grattant les portes, mettant son nez aux fenêtres, la plupart d'entre elles dotées de barreaux métalliques. Il entendit des bruits de pas. C'étaient deux Excellents qui patrouillaient. L'un deux se saisit d'une sorte de badge et la passa devant le mur. Éberlué, le chien vit une porte s'ouvrir : elle avait été peinte de la même couleur que le mur de manière à ce qu'on ne la voit pas. Reprenant ses esprits, il se précipita derrière les deux robots et réussit à se glisser dans le bâtiment avant que la porte ne se referme.

Il se plaqua au sol et commença à avancer, le plus discrètement possible, avec la sensation de rejouer ces films d'espionnages américains que Zecut regardait tout le temps. Au souvenir de son patron, il accéléra un peu la cadence. On comptait sur lui. Jamais il ne s'était senti aussi important.