Chapitre 6 : Double jeu

Prison de Roston, 30 septembre 3014, Dix huit heures

Après deux heures de silence total, n'y tenant plus, Mandy commença à siffloter une chanson dont elle ne se rappelait plus le titre, histoire de tuer le temps.

« Oh, les Beatles ! Devina Linx. Ça faisait longtemps...»

Son visage s'assombrit. Il se redressa (jusque là il n'avait pas bougé d'un centimètre) et étira ses muscles endoloris.

« On peut rien faire ici. Je m'emmerde. Continua t-il dans un élan de poésie.

-Au moins, on n'est pas dans des cellules séparées, fit remarquer Zecut.

-Ha oui c'est bien d'être tous ensemble, pas vrai gamin ? Murmua Salulégik d'un ton lourd de sous entendus. »

Il se râcla la gorge, confus.

« Ahem, désolé. Déformation professionnelle. »

Il se leva lentement et commença à faire les cent pas.

« Vous êtes bien plus petit en vrai qu'en vidéo, lâcha étourdiment Mandy.

-Pardon ? Demanda la star, perplexe.

-Bien vu, ricana Linx en donnant un coup de coude à Mandy. C'est son point faible. »

Gênée, la jeune fille balbutia des excuses. Salulégik agita la main pour montrer que ça n'avait pas d'importance (en fusillant Linx du regard) et continua de tourner en rond en marmonnant Dieu-Sait-Quoi.

« Tu peux nous tutoyer tu sais, ajouta Zecut en s'efforçant de sourire. La prison, ça crée des liens. Et au moins on est à l'abri des fans dangereux.

-Quels fans dangereux ? On est si horribles ? Releva la jeune fille, vexée.

-Il a la trouille cet imbécile, expliqua Linx. Il est agoraphobe, il a peur de la foule. Enfin, peur de la foule qui pourrait l'empêcher de fuir, comme des fans hystériques. Ou alors des zombies. Hé, ça ferait bien dans ma prochaine vidéo ça !

-Je préfère me limiter à mes vidéos et aux réseaux sociaux c'est tout. Dit Zecut en ignorant le ton dédaigneux de son collègue. Raconter des blagues en vrai face au public, ça marchait au millénaire dernier.

-Agoraphobe, murmura l'adolescente. Mon dieu. Et puisqu'on en est aux confidences, Linx est claustrophobe et Salulégik un vampire ?

-Pas du tout, répliqua joyeusement Linx. Je suis schizophrène.

-Vous...tu es...schizo ? Sérieusement ?

-Ouais. Bien sûr. C'est pour ça que mes vidéos sont à la fois débordantes de culture et d'intelligence, subtilement mélangées avec des conneries. Ironisa t-il. Je te raconte pas la source d'inspiration permanente que c'est ! Il y a deux moi en moi. Enfin...bref, tu m'as compris. »

Mandy se frotta le visage. Elle se redressa et s'adossa au mur de la cellule, émue et stupéfaite à la fois. Un schizophène, un petit, un agoraphobe...Comme quoi, les écrans ne reflètent pas toujours la réalité !

« Je veux pas interrompre votre quart d'heure de révélations, lâcha Salulégik avec agacement, mais est ce que vous comptez réellement vous faire exécuter sur place ? Ou on tente de sortir ?

-Des renforts arrivent. Le rassura Mandy, sans être vraiment sûre de ce qu'elle avançait.

-Et nos animaux ? Demanda Zecut, les yeux brillants. Grégoire et Panda ?

-Aussi. Ce sont même eux qui nous ont demandé de l'aide. »

Salulégik et Zecut poussèrent un unanime soupir de soulagement.

« On va tous s'en sortir !

-Sérieusement ?! S'écria Linx. Vous mettez votre vie entre les mains de quatre ados, dont une qui a brillamment réussi à se faire enfermer avec nous ? Ne le prends pas mal surtout, ajouta t-il.

-Non absolument pas, répliqua Mandy, glaciale. Tu peux même rester ici si tu veux.

-Bon, on va pas se lancer dans ce débat, dit précipitamment Zecut. C'est quoi le plan de tes amis, petite ?

-Je...euh...je...

-Zecut ? Fit une voix de l'extérieur. Zecut ?! C'est moi ! »

Le jeune homme se redressa d'un bond, interdit. Mandy se précipita à la porte, pleine d'espoir. Cette voix c'était...

« Grégoire ?

-Ha bah enfin ! Ça fait des heures que je vous cherche !

-Grégoire, coupa la jeune fille, en bas de la porte, y a une espèce de trappe métallique pour faire passer la bouffe. Rentre. Ou peut être que tu es trop gros ? Ajouta t-elle.

-Ta gueule, rétorqua le chien en se faufilant par l'ouverture.

-Mais ce con de chien ! Éclata Zecut en prenant ledit con dans ses bras. »

Linx leva les yeux au ciel mais eut le bon goût de ne rien dire.

Grégoire s'assit et expliqua :

« C'est les autres qui m'ont envoyé. J'ai réussi à trouver une porte de service et j'ai fait toooout le tour de cette taule pour trouver votre cellule. Danaé vous demande de la contacter. Vous avez vos téléphones ? »

Mandy fouilla dans ses poches, l'air horrifié.

« Je...ils ont dû me le piquer quand ils m'ont assommée !

-Pareil pour moi, confirma Salulégik.

-Et moi, ajouta Zecut en retournant les poches de sa veste.

-Heureusement que je suis là, jubila Linx. Vous connaissez tous la technique du « je donne mon faux portable au prof pour pas me faire choper en cours ». Ben voilà. Ils m'ont pris mon vieux téléphone...et j'ai planqué l'autre sur moi. »

Il tendit le fameux portable, triomphant.

« Me remerciez pas surtout, dit il devant l'absence de réaction des autres.

-Mais bon dieu de merde, râla Salulégik qui aurait préféré mourir plutôt que le remercier, t'en as encore pour longtemps, ou tu l'appelles ?

-Dis tout de suite que t'en as rien à foutre.

-Voilà. C'est ça. J'en ai rien à foutre. »

D'un geste vif, il s'empara du précieux téléphone et dicta un message, aidé de Grégoire. Mandy saisit le numéro de Danaé et l'envoya.

« Et maintenant ? Demanda t-elle à Grégoire.

-On s'arrache. »

.

« Grégoire avec nous, il est entré par une porte de service, aile ouest, près du local à déchets. Votre amie va bien et nous aussi. Phase 3 ? Salulégik. »

Les trois adolescents, suivis du Panda, quittèrent le van. Ils étaient partagés entre le soulagement provoqué par le sms et les questions qu'il soulevait. Ils se dirigèrent vers l'aile ouest, tantôt rampant et tantôt se cachant pour échapper aux humanoïdes, heureusement assez peu nombreux de ce côté là.

« Ne bougez pas. Murmura danaé. Je pars en reconnaissance devant. Si la voie est libre, je siffle. OK ?

-Trop dangereux pour une fille, répliqua Gaëlis en se redressant.

-Bouge seulement de deux centimètres, le menaça la jeune fille et je t'enferme dans le van. Je te jure que j'en suis capable. »

Son ami se rassit en rongeant son frein. L'adolescente se leva et avança de quelques mètres. Soudain, elle se retrouva face à face avec une femme. Blonde. Sans âge, de petite taille. Terrifiante.

« Jeune intruse...murmura la femme. Je vous attendais... »