Chapitre 9 : En scène
Prison de Roston, 1 octobre 2014.
Danaé entra dans une sorte de bureau, très luxueux. Junia lui désigna un fauteuil de cuir et elle s'y assit. La femme s'installa dans un autre fauteuil, face à elle. Un large bureau acajou les séparait.
« Maintenant chère Daphné...
-Danaé.
-C'est ça. Danaé. Tu vas me dire pourquoi tu tenais tant à entrer par cette porte de service. Et où sont tes complices. »
La jeune fille hésita. Elle avait l'impression de rejouer une scène codifiée, presque grotesque. La méchante qui fait son discours révélant ses plans diaboliques et elle, la gentille, qui refusait de passer aux aveux. Comme si la scène était écrite par quelqu'un en panne d'imagination.
« Je n'ai pas de complices, dit elle très fermement. Seulement Mandy. »
Elle soutint son regard. Elle aussi pouvait bluffer.
« Je te le répète, Danaé : tu mens vraiment mal. Tu as dit que tu allais m'aider. Tu veux que ta copine reste en vie, pas vrai ? Tu veux libérer tes idoles chauves ? Alors mets y un peu du tien, sinon ça risque de nous prendre la journée, la brusqua Junia.
-J'ai dit que je ferai ce que vous me direz de faire. Pas que j'allais vous expliquer mes plans ou dénoncer des pseudos-complices.
-Arrête de jouer sur les mots.
-J'ai une tête à vouloir jouer ?
-Où sont ils ?! Hurla la maire, perdant son sang-froid. »
Danaé resta de marbre.
« Mais tu réponds ?! Insista t-elle. Où sont tes complices ?!
-Ma...dame la maire...dit un Excellent à la porte. Quatre prisonniers...Zecut Taniel, Linx Breuton, Salulégik Hathieu et la jeune fille...Ils se sont évadés. »
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Pendant ce temps, quelque part dans le monde...
Zecut ouvrit les yeux et bâilla. Il lui fallut quelques minutes pour se rappeler où il était. Roston. La voiture des gamins. Sur la route, voilà, c'est ça, ils étaient en route vers...
« Mais on est où là ? Demanda Gaëlis, à peine réveillé lui aussi. »
Zecut s'étira et grimaça en effleurant son œil encore gonflé. Il ouvrit la portière et descendit de la voiture. Ses deux « collègues », Burt, Maestro Panda et Grégoire étaient déjà dehors, en pleine discussion. Le chien beige rejoignit son maître et s'écria :
« Salut boss. Hé tu vas pas le croire ! Devine où ton meilleur pote Linx nous a amené !
-C'est pas mon meilleur pote. Marmonna la Star. Ma langue au chat.
-Un studio ! Il a rien trouvé de mieux qu'un plateau de cinéma complètement vide ! »
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Danaé luttait de toutes ses forces pour garder un visage neutre. Ils avaient réussi. Ils étaient tous libres. Enfin, tous sauf elle.
Junia avait convoqué tous les Excellents présents dans la prison, c'est à dire quelques centaines de petits humanoïdes tous identiques, ce qui était la chose la plus flippante que la jeune fille ait vu de toute sa courte vie.
« J'ai horreur de perdre mon temps, grinça Junia. Alors Danaé, tu vas me permettre d'en gagner, du temps, en me disant immédiatement où est passé tout ce petit monde.
-Je ne sais pas, répondit l'adolescente très sincèrement. Mais si vous avez un tout petit peu de patience, ils vont revenir très vite...»
« Ah ! Tu crois qu'ils vont venir te chercher ? Tu crois peut être que tu comptes pour eux, qu'ils vont reprendre tous ces risques pour toi ? Tu es trop naïve. L'amour, la loyauté, ça va bien deux minutes. Face au danger, au vrai danger, c'est chacun pour sa pomme. Je suis navrée que tu l'apprennes à tes dépens.
-Je suis navrée que vous n'ayez jamais eu de vrais amis, rétorqua Danaé, blême.
-Agent 45G au rapport, madame ! Scanda un Excellent au garde-à-vous. Nulle trace des évadés dans Roston, mais nous avons repéré des traces de pneus sur la route. Nous ignorons si ce sont eux qui les ont faites. J'ai envoyé une équipe sur cette piste et l'autre fouiller Madrox.
-Je vous préviens : si vous ne les trouvez pas, c'est vous que j'exécute. »
L'humanoïde garda un visage parfaitement neutre. Danaé, que Junia refusait de quitter par peur qu'elle s'échappe, se recroquevilla. Déchirée entre sa loyauté envers ses amis et le doute. Et si, effectivement, ils ne revenaient pas la chercher ? Le tyran se tourna vers elle, avec un regard qui ne lui plaisait pas du tout.
« Très bien. Agent ? Menottez cette jeune fille. »
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Linx appuya sur quelques touches et éteignit l'ordinateur. Ils étaient dans une sorte de gigantesque hangar en pré-fabriqué, qui contenait des caméras, des rails, des fonds verts, des ordinateurs et autres technologies indispensables aux tournages. Visiblement, tous les membres de l'équipe technique s'étaient enfuis à la seconde où ils avaient appris que leur métier était devenu illégal.
« J'espère que tu sais ce que tu fais Linx, dit Burt, parce que personnellement je comprends rien du tout. »
La Star marqua un temps avant de répondre, les yeux rivés sur les écrans. Dès qu'ils étaient arrivés dans les studios, il s'était précipité sur les ordinateurs et les caméras, concentré comme jamais, et avait pris la tête des opérations en répétant à qui voulait l'entendre « Faites moi confiance. ».
« Face à une armée de robots, on peut rien faire avec nos petits bras. Expliqua t-il. Mais si tu me donnes un ordinateur, je peux réussir à m'infiltrer dans ses dossiers. Y a bien des codes ou des documents sensibles qui pourraient nous aider à sortir de ce merdier. Ce qu'il faut, c'est faire planter son système. Avec tout le matos qu'on a ici, ça devrait pas être si compliqué... »
C'était sans doute la plus longue tirade de sa vie. Il y eut un long silence alors que tout le monde prenait lentement conscience de ce qu'il venait de dire.
« En gros, tu comptes sauver le monde avec mon chien et un ordi. Résuma Zecut, dont on ne savait jamais s'il était sérieux ou non. C'est... rassurant.
-Je ne suis pas TON chien, répliqua Grégoire, vexé.
-En attendant c'est moi qui payes ta bouffe. Bref, c'est pas le sujet. »
Il se leva et alluma un autre ordinateur.
« Je crois que j'ai saisi l'idée Linx, dit il en tapant à toute vitesse sur son clavier. »
Ndla : Pardonnez cette absence, mon ordi a planté :-/ J'assume tout à fait mes faux noms tout pourris ^^ A bientôt pour la suite, Phi.
