Chapitre 13 : En direct de la Toile...

Grand-place de Madrox, 2 octobre 2014, Midi pile.

Junia n'avait pas dit un mot. Elle avait simplement attendu que le brouhaha de la foule face à elle s'apaise et s'était avancée vers le micro pour faire son discours. Elle avait ouvert la bouche, mais ce n'était pas sa voix qui était sortie. C'était la voix de quelqu'un d'autre, qu'elle reconnut sans difficulté.

«Salut Madrox ! Ici Salulégik en direct de la Toile, pour vous servir ! »

Lui !

Elle avait volte-face. Son grand écran le représentait lui, lui tout entier, cette pseudo-Star qui se jouait d'elle depuis plusieurs jours. Ils étaient là, lui et toute sa clique mi-zoo mi-lycéenne, et il parlait en faisant de grands gestes...et les gens l'écoutaient.

«Vous vous rappelez de moi, n'est ce pas ? Il n'y a pas si longtemps c'est moi qui vous faisait rire sur vos écrans. Et vous savez pourquoi ce n'est plus le cas ? C'est à cause de cette folle qui a essayé de nous réduire au silence, moi et mes collègues d'Internet.

La foule devant l'estrade commença à s'agiter dangereusement, de nombreux murmures s'élevèrent pour ne former qu'un brouhaha indescriptible.

«Comment ? Continuait Salulégik. Cette jeune fille près de moi ? C'est Mandy, nous nous sommes rencontrés à Roston. Parce que oui, la dame que vous voyez sur scène n'a pas non plus hésité à séquestrer des adolescents.

-Ça me plait comme idée, gamin. Intervint Burt à l'écran, mimant Salulégik lui même.»

Rires dans la foule, qui achevèrent de mettre Junia hors d'elle. Le tyran rejoignit Danaé à grande enjambées. La jeune fille était sur une chaise, gardée par deux Excellents, et ne parvenait pas à masquer la lueur d'espoir qui lui dévorait le visage.

«C'est toi ! Cracha Junia. C'est toi hein, tu savais qu'ils feraient un film ?!

-Je ne vous ai pas quittée une seconde, objecta la jeune fille très logiquement.»

Excédée, elle se détourna de l'otage et fit signe à l'agent 45G d'appeler son armée en renfort. Elle allait tous les renvoyer dans leur prison, pour mieux les réduire en pièces ensuite.

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Au même moment, Salulégik et Zecut longaient l'estrade, à pas de loups, prêts à attaquer. Les autres étaient partis de l'autre côté, suivant le plan à la lettre.

«Je savais que ce monologue aurait de la gueule, murmura le premier, satisfait.

-Oui oui, on sait...soupira Zecut. T'es complètement mégalo en fait.

-J'assume. Et je t'emmerde, par la même occasion.

-Roh. Je pensais pas que t'étais si suscepti...»

Zecut jeta un œil à la grande-place pour s'assurer que le plan fonctionnait, et s'interrompit. Son cerveau se bloqua à la vue de la foule gigantesque, et il recula d'un bon en se plaquant au mur.

«Putain, marmonna-t-il, les dents serrées.

-Meeerde...lâcha Salulégik. L'agoraphobie...Zecut, c'est rien, OK ? Ces gens sont de notre côté, on fait ça pour sauver des gosses, et ton chien, alors mets ta phobie de côté par pitié.

-Peux pas...Ils...ils sont des milliers...Un grand espace en plus...je peux pas. Vas y toi.

-Tu te fous de ma gueule ? Hurla son collègue. C'est toi qui gères tout le bordel depuis le début, et tu lâches tout en plein milieu ?! Boss final des Internets, mon c...»

Hors de lui, Zecut flanqua un coup de pied qui fit s'ébranler toute l'estrade.

«Je peux pas, bordel !

-C'est bon. Reste ici. On se démerdera sans toi.»

Salulégik tourna les talons avec mépris et se jeta dans la bataille, seul.

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Mandy, Burt et Maestro montèrent les escaliers quatre à quatre et atteignirent le sommet (lololol) de l'estrade. Danaé et ses deux geôliers leur tournaient le dos.

«Danaé ! S'écria Mandy étourdiment.»

Chacun la foudroya du regard pour son manque de discrétion. Les Excellents se retournèrent et fondirent sur eux avec une synchronisation parfaite.

«OK ! D'accord, je me rends ! Cria Maestro Panda, plaqué au sol par l'un d'eux. Je vous dirai où sont les autres, mais libérez-moi, je me rends !»

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«Linx, arrête de déconner ! Criait Grégoire. Relève toi, vite !»

Le vidéaste et le chien s'étaient attaqués à l'un des Excellents, mais un autre avait saisi Linx à la gorge (qui était, rappelons-le, encore handicapé par son épaule blessée) et l'avait assommé. Salulégik arriva à ce moment là.

«Grégoire, mais qu'est ce que tu fais ?! Il est quand même pas...

-Assommé. J'ai rien pu faire, un soldat est arrivé par derrière et..Où est Zecut ?

-Il...»

Salulégik n'eut pas le temps de finir sa phrase, deux Excellents se jetèrent sur lui en hurlant de leur voix synthétique : «Attrapez les vivants !». Ils étaient encerclés.

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«Tu trahirais les autres ? Demanda le soldat de métal qui retenait le panda.

-Oui, c'est promis. Je vous dirais tout, mais laissez moi me relever.

-Espèce d'enfoiré ! S'enflamma Burt, saisi à la gorge par l'autre robot. Traître !»

Maestro se remit debout et épousseta sa fourrure alors que les trois adolescents bouillonnaient de rage, effarés. En bas de l'estrade, c'était la débandade. Beaucoup tentaient de s'enfuir et se piétinaient, d'autres résistaient et se battait en vain contre les Excellents, qui gagnaient du terrain à une vitesse vertigineuse.

«Citoyens, ne la laissez pas faire ! Unissez vous, et mettez la à terre, une bonne fois pur toute ! Libérez le pays, libérez Internet, défendez les valeurs de notre pays ! Déclamait Salulégik à l'écran.»

L'Excellent s'approcha de Maestro et lui ordonna de révéler où se trouvaient ses complices. La mascotte lui répondit d'un coup de poing formidable à la mâchoire, suivi d'une prise de judo, et d'un coup de pied destiné à l'autre robot. Les deux petits soldats dégringolèrent du haut de l'estrade et s'écrasèrent sur le sol, inanimés, petits pantins désarticulés.

«Genre, vous avez vraiment cru que je vous trahirais, tous ?

-Regardez en bas ! Hurla Danaé.»

Ils se penchèrent et virent Salulégik, Grégoire et Linx, submergés par les Excellents qui s'étaient précipités sur eux. Les trois adolescents et la mascotte foncèrent leur porter secours.

«Attendez ! Freina Burt en s'agenouillant devant le corps des deux robots inanimés. Retirons leur la puce électronique, il faut faire cesser le massacre. Derrière la nuque, derrière la nuque...Ha !»

L'adolescent souleva le clapet dont avait parlé Linx, retirant une pièce métallique de la taille d'une pièce de monnaie. Rien ne se passa. Quelques mètres plus loin, la bataille faisait toujours rage, et les Excellents étaient toujours debout. Dévasté et égaré, le jeune homme releva la tête, et fit face à un revolver, à quelques centimètres de son visage. C'était Junia.

«Pas un geste, ou je tire.»