Bonsoir. Voilà bien longtemps que je n'ai pas posté, ici. Sincèrement, j'en suis désolé car ce chapitre et les quelques suivants ne sont plus qu'à corriger depuis quelques mois. Cependant la fatigue, mes doigts qui ne veulent pas former des phrases au même rythme que mon imagination.

Sur ce, je vous laisse tranquille, les prochains doivent arriver dans la soirée.


Fleur

Fleur dans la rue, quand il pleut elle se mouille. Les gouttes d'eau ruissellent sur l'arête de son nez et elle relève la tête pour les avaler. Quand elle le fait trop rapidement, son cou émet un léger craquement. C'est sa coquille de Fleur qui se craquelle, sa chrysalide de Fleur. Son bourgeon qui éclot. Fleur aime, encore plus que son propre reflet, le son de son corps qui s'agrandit.

Elle a des goûts de grandeur dans la bouche et l'odeur de la pluie qui pousse sous ses gencives. Elle décapsule une bouteille de Bierraubeurre française d'un coup de baguette. Son mouvement est souple et la Vélane s'extasie sur la rapidité avec laquelle le bouchon vole dans les airs. Elle s'empresse de boire avant que les gouttes de pluie ne s'écrasent sur la surface onctueuse. Elle veut être la première à y poser ses lèvres.

La boisson réchauffe son petit cœur de bruine humaine. Elle passe une langue distraite sur ses lèvres. S'applique à dresser une moue négligée. Elle s'ennuie. Il pleut et la pluie.

Elle passe ses bras autour de ses genoux. On n'aura jamais vu plus belle malheureuse. Dans sa tête, résonne la symphonie d'une fin d'après-midi. Quand elle était plus jeune, un peu plus parce qu'elle a la sublime éternité, la Fleur, elle aimait la musique. Le piano et l'ivoire comme ses dents. Le violon comme son corps en courbe. Fleur ne se dédie pas à une chose unique, elle ouvre les bras et ce sont les passions qui viennent d'y loger.

La jeune Vélane songe que Gabrielle n'a pas ce talent, Gabrielle est sérieuse de frivolité. Elle n'a jamais considéré Gabrielle comme autre chose qu'une ardeur supplémentaire. Sa sœur est autant Vélane qu'elle, et pourtant ce n'est pas un aimant, juste une amante. Peut-être une mante-religieuse. Pas dans le genre à dévorer son mari mais plutôt à arquer les genoux pour prier.

Fleur repousse une mèche de cheveux blonds. Ils sont ternes, ils manquent de brillance. Fleur se sent laide et ça la galvanise. Elle étend ses pieds et trempe ses sandales dans une flaque. C'est froid et ça l'électrise. Elle se sent vivante, bien vivante.

Loin des artifices. Loin de la cacophonie de son foyer. Rousses et blondes. Loin, toujours plus loin. Si elle n'était pas Vélane, elle pourrait courir jusqu'à ce qu'on ne la retrouve plus. Malheureusement, elle a ce charme qui bousille la vue de l'homme et fait d'elle une divinité. Les gens comme Fleur, ils sont emmaillotés dans leur candeur.

— Vous êtes une princesse ?

Elle ne se retourne pas. Ce n'est qu'un homme alors elle n'a pas besoin de ça.

— Je suis une reine.

— Bien sûr.

— Bien sûr.

— Tout à fait.

— Tout à fait.

Envolé, le subjugué. Fleur fait crisser son menton contre son épaule pour chercher l'étrange inconnu mais il s'est volatilisé. Un homme-oiseau qui pourrait l'emporter sur son dos.

Le gros problème avec Fleur, c'est qu'on lui donne trop d'importance.

Maintenant, elle veut devenir belle à la surface du grain de sa peau et pas seulement sublime sous l'épiderme humain qui la démange. Elle veut envouter les nuages pour leur faire accoucher de flocons de Fleur, de fleur.

Il y aurait des Fleur partout et plus personne ne s'arracherait la Fleur qui tomberait dans l'oubli et dans le caniveau, dégoulinant aux pieds des rats et des lézards. Elle se met à genoux sur le trottoir, sa face de femme fatale auréolée contre la grille d'évacuation.

Elle ouvre ses yeux pour voir dans l'obscurité mais les ombres lui restent imperméables. Fleur note dans sa tête de jolie fille qu'il faudra apprendre à les séduire, en plus des nuages.

Ses bras sont endoloris, son dos est cambré et sa nuque, affaissée contre l'unique barrage du monde souterrain. Elle est anesthésiée parce que la pluie roule sur sa peau de belle plante et fait la paresseuse le long des barreaux avant de s'écouler dans l'infini de l'en-dessous.

Fleur sourit parce que Fleur, ainsi, colonise déjà les caniveaux.

— Fleur ! Tu es-là ! Que fais-tu ?

Elle se relève, subitement. Douce mélodie de son corps qui se déplie, ce n'est que de l'eau. Il n'y a plus de cartilage, juste une infâme bouillie. Elle écarte les bras, disperse ses doigts. Les gouttelettes meurent les unes après les autres. Fleur est une gentille fille. C'est simplement une histoire de gravité.

— J'envahis le monde, Bill.

Elle lui murmure ce secret, sa face de conspiratrice bellement défiguré par la crasse sur la bouche d'évacuation à moins que ça ne soit, l'horreur du caniveau qui lui a sauté à la figure.

Quand Fleur rentre à la maison, elle est un peu moins divine. Légèrement plus rat et lézards. Eau usagée. Elle l'entend quand ces muscles tirent un peu trop fort.

Elle l'entend. La corde de sa beauté qui, tranquillement, est grignotée.


Voilà, j'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me laisser des reviews. A plus pour le prochain OS !

PS : #JESUISCHARLIE #NOUSOMMESCHARLIE