Bonjour ! Comme promis, voici le nouveau chapitre. Il est centré sur Cho et j'espère qu'il vous plaira. Comme d'habitude, n'oubliez pas de laisser une review même une de deux mots quand vous mettez la fiction en favoris. Cela serait super gentil, d'avoir quelques retours.
Merci, bonne lecture à vous !
Cho.
Elle danse et puis, non, finalement elle vole. Elle fait partie de ces gamines qui n'ont jamais eu d'ailes, Cho. Elle n'a jamais su faire s'envoler qui que ce soit, à part peut-être les garçons, et ça, encore, elle ne sait pas. Elle plane, ses jambes sont tendues à l'extrême comme sa nuque qui manque de se décrocher et de laisser rouler sa tête contre le plancher.
Il n'y a pas de bruit, que la musique de fond, et ses pas sur la scène. Ses propres pas qui résonnent dans sa tête. Une cadence forte, pas militaire mais plutôt du genre d'un après-midi d'école ensoleillé où le sol est fait de pavé. Elle est à Poudlard, ses cheveux sont collés contre son crâne, son cœur est replié comme un origami à l'intérieur de sa poitrine.
Tout va trop vite, elle fait une arabesque, encore un pas sur le côté. Son bras craque quelque part et Cho entend la vibration, la plainte, remonter jusque dans ses yeux. Ses pupilles sont dilatées par l'effort, ses iris aussi bleus que la mer par temps de tempête.
Ce sont juste les larmes qui se fixent sur le coin de ses paupières. Et elle tangue, Cho, elle a le mal de mer. Ce n'est pas qu'elle ne veut pas voir le public, elle n'y arrive plus. De toute façon personne ne se précipitera pour ramasser une jeune fille tombée par-dessus bord. Pas même cette femme, grosse aux doigts boudinés, qui regarde avec envie faire tout ce qu'elle ne pourra jamais faire, ou bien ce jeune homme et cheveux laqués et au costume une pièce qui lui serre les coudes quand il griffonne sur son carnet.
Lui, c'est un journaliste. Elle ne le connaît pas, pas plus que les autres. Ils ont juste cette lueur technique, mécanique, qui fait grincer les dents de Cho. Parce qu'elle sait que le lendemain, il la descendra comme un canard. Un instant, la robe de la jeune fille se froisse contre sa jambe pendant son enchainement. Elle croise le regard du parfait petit soldat de la presse, involontairement. Il lui entaille le corps, le cœur, le con. Avec son sourire de saint, puis il détourne sa tête.
Soudain, un tonnerre d'applaudissements résonne et elle doit se pencher, courber son corps alors que tout voudrait l'attirer à terre. Ça serait trop demandé que de la laisser se redresser, s'élancer, se relever, juste pour le plaisir ? Elle doit faire des courbettes de pantin, la douleur la plonge, si ça continue elle s'écrasera, le nez en sang. Ses jambes vacillent, elle quitte la lumière des projecteurs. Elle quitte tout, trop précipitamment.
Elle s'enferme dans sa loge et encore la lumière. La lumière crue autour du miroir qui lui renvoie sa silhouette. Elle fait glisser la fermeture de sa robe et ça lui chatouille les côtes, tellement que ça lui donne envie de pleurer. Dans son cerveau malade de sentiments, le souvenir d'une caresse de Cédric la fait trembler. L'étoffe tombe en un tas informe, il n'est plus qu'une fripe de fantômes. Ses orbites manquent de décoller, d'exploser. Quelque chose de mauvais, de gris et de sale, tourne dans ses veines paresseusement. Elle se sent comme maudite, méchante, malveillante, avec cette magie poisseuse qui colle aux pores de sa peau sans pouvoir s'échapper.
On toque à sa porte. Elle se dit que ce n'est que des fleurs, du moins quelconques admirateurs. Elle se dit tout plein de choses, ses cheveux noirs corbeaux, plein de laques, pour entourer le bouquet. Quelques ongles, quelques bijoux avec encore des morceaux de chair accrochés pour fourrer dans les boîtes de chocolats. Elle ouvre la porte, déjà tourner la poignée, ça lui demande trop d'efforts. On vient lui servir un verre d'eau, lui demander si « Tout va bien ? ». Elle l'avale par petites gorgés, intercalés de quelques cachets.
Ne supportera-t-elle jamais le goût des médicaments modus sur sa langue tordue ? Avant, tout aurait été plus facile, mielleux, scintillant.
Ce n'est pas un peu d'eau tiède et plate, vide de sens, qu'elle ingurgite. C'est l'eau d'un bassin plein de sirènes miniatures, celle d'une baignoire avec des relents acides de mousse, c'est le sel de ses larmes qui vient former des cristaux et lui jette à la figure son portrait en contrebas. La tempête noie ses poumons, la submerge tout entière. Elle ne respire plus, se contente de faire des bulles de douleurs qui remontent à la surface.
Elle ne sait plus ce que cela fait de se noyer, elle ne prend plus de bain. Elle ne sait plus ce que cela fait de se noyer, la dernière fois elle était endormie.
On entre alors qu'elle est encore nue. On l'embrasse brièvement, rapidement, efficacement. Du bout des lèvres, chastement, elle ne sent rien. Un esprit se colle contre elle, intimement. Elle ne sait pas qui est-ce, de ses angoisses ou ses amants. Elle ne sait plus les différencier, ils sont tous enfermés dans des coffres. Sa baguette, dans un carton au grenier. Lui, dans un cercueil.
— Tu étais belle.
— Merci.
Et c'est fini parce qu'elle ne l'est plus, belle. Elle ne se rappelle plus comment elle l'a rencontré. Elle ne se rappelle plus. Il tourne, il navigue en eaux troubles. Il semble chercher quelque chose, il ne trouve pas puis il s'en va.
— On se voit à 22 h.
Il est parti. Il est parti et ils se verront le soir, plus tard, dans l'ombre d'un appartement lambda de bourgeois anglais. Ils se verront, et elle tournera le robinet de la baignoire, et elle tournera le siphon pour libérer l'eau, et elle tournera le loquet de l'armoire, et elle tournera sa baguette entre ses doigts comme ses souvenirs qu'elle tourne entre ses deux lèvres, et elle se tournera.
Elle rangera tout, referma les portes de placards et de cœurs. Refermera les robinets, en oubliera les baignoires. Elle ira se coucher, frôlera un corps froid. Celui-là, il n'est même pas mort.
Elle soupire, elle expire les problèmes. Elle se rhabille et tout son corps se remet en branle, un liquide lui oppresse les côtes. Comme si le Styx lui passait en travers de la gorge, foulant au passage tout un tas d'âmes en peines qui se déverserait sur sa langue ou entre ses dents.
Elle ne peut pas s'arrêter de psalmodier. Cédric, Michael, Harry. Magie, Colin, Cédric.
C'est comme un lac disposant d'un calamar géant et dont chaque tentacule murmure. Cédric, Cédric, Cédric.
Elle a épousé un homme, un inconnu. Cédric. Elle en a enterré un autre, d'homme. Elle n'enterre pas d'inconnu, Cho. Cédric.
Elle revoit le public suspendue à son âme. Elle se retrouve suspendue à un corps. Mort.
Elle sort de sa loge, dehors elle fume une cigarette moldue. Elle se sent momifié dans ses vêtements moldus. Elle jette un coup d'œil à sa montre moldue.
Ses cheveux lui cachent la vue, elle les repousse et arrache quelques mèches du bout de son pouce. Il est 22h.
Il est l'heure d'aller retrouver Cédric. Viendra peut-être un jour, où elle oubliera qu'elle en a perdu un autre, de Cédric.
Voilà, c'est la fin. Il ne restera sans doute qu'un chapitre après celui-ci, je ne me suis pas encore décider sur le personnage. Cependant, si l'inspiration me vient, je pourrais toujours prolonger ce recueil. Au cas où, vous pouvez toujours me laisser quelques idées dans vos commentaires ( il faut que cela reste un personnage féminin de l'époque de Harry ). Donnez-moi vos avis, je sais que beaucoup de personnes n'apprécient pas Cho alors cela serait interressant d'avoir votre point de vue.
Merci à vous mille fois.
