Merci à Laurine, Korrin-chan et Morgane de toi pour leur commentaires.

Je tiens à préciser que les titres des chapitres sont des titres de musiques que j'ai beaucoup écouté lors de l'écriture. Parfois, les paroles ne correspondront pas, ni même le titre. C'est parfois plus l'impression que la musique dégage. La musique du chapitre précédent était un titre de Lana del Rey.

Merci à lrtw d'avoir corrigé ce chapitre.

La musique de ce chapitre : Insulin - Crystal Castles


2

Insulin

- Il y a un imbécile dans la cuisine.

Hermione grogna. Elle fit un grand geste de la main, trouva enfin son réveil et abattit son poing dessus. Puis elle enfouit profondément sa tête dans son oreiller.

- Il y a un imbécile dans la cuisine, répéta Luna.

Cette fois, le grognement d'Hermione se fit réellement plaintif. Luna n'était pas le genre de réveil que l'on pouvait éteindre à coup de poing. Ce qui signifiait qu'elle devait se lever. Tout de suite.

- Il y a un imbécile…

- Dans la cuisine, acheva la brune d'une voix pâteuse.

Son souffle se coupa et elle se redressa vivement. Luna la regardait avec un bol de céréales à la main. Il fallait croire qu'elle avait fait des progrès, apprenant l'intérêt d'utiliser un bol.

- Que fait un imbécile dans la cuisine ?

- J'ai oublié de lui demander, dit distraitement Luna avant de s'en aller.

Hermione poussa un soupir et s'extirpa de la chaleur rassurante de son lit. Ils allaient finir par la tuer.

Hier avait été une journée horrible. Tout d'abord parce qu'elle était rentrée à cinq heures du matin avec une quasi-commotion cérébrale, le visage en sang. Sachant qu'elle devait se lever à six heures, la jeune femme n'avait tout simplement pas dormi. Puis elle avait été contrainte d'annoncer à l'une de ses élèves que non, elle n'avait pas corrigé sa copie et que oui, il était possible qu'elle l'ait perdu. La vérité, c'est qu'elle tentait depuis quelques jours d'imiter l'écriture de son élève pour refaire cette copie qu'elle avait malencontreusement tachée et déchirée. Puis elle était allée rendre visite à Ron. Inutile de préciser que rien ne changeait. En sortant de l'hôpital, elle avait songé avec ironie que contrairement à un légume, Ron avait pour avantage de ne pas pourrir. Elle s'était détestée d'avoir pensé cela.

Après avoir enfilé son confortable peignoir en pilou avec des yeux et des oreilles de panda sur la capuche, elle se décida à descendre. Elle bâilla largement en arrivant en bas, faisant comme toujours craquer sa mâchoire. Quand elle rouvrit les yeux, elle fut stupéfaite par ce qu'elle vit.

- Hey ! Je t'ai vu rentrer chez toi hier, je savais pas que t'habitais en face, c'est cool !

Le même homme qui l'avait agressé dimanche soir lui souriait, dans sa cuisine, en caleçon, avec son mug Albert Einstein à la main.

- Je croyais que je devais t'oublier ?

- Oublie de m'oublier, rétorqua-t-il.

Le regard d'Hermione se posa sur le caleçon d'une intense couleur fuchsia du jeune homme.

- Ça ne va pas être très compliqué maintenant.

Elle passa à côté de lui, lui jetant un regard dédaigneux au passage. Luna était assise en tailleur sur les plaques de cuisson. Éteintes, heureusement. Il faut croire qu'elle n'avait pas encore compris l'importance d'une chaise.

- Sympa ton pyjama, se moqua-t-il en surgissant derrière elle.

Luna leva sa tête de son bol de céréales et lança :

- Il est cool ton caleçon.

Mais bien évidemment, Luna pensait vraiment ce qu'elle disait. Le sourire du garçon s'élargit encore un peu plus, du moins si c'était possible. Il tendit sa tasse à Hermione, quémandant un café qu'elle lui refusa.

- Au fait…

Il se racla la gorge. Hermione se tourna vers lui.

- Je m'appelle James. James Bond.

Hermione l'observa plusieurs secondes, interdite, puis passa à côté. Lorsqu'elle fut assise à sa table de cuisine, elle s'exclama :

- Luna, sors cet imbécile de chez moi, s'il te plaît.

- Mes miel pops vont ramollir, contra-t-elle en restant où elle était.

Le dénommé James Bond la remercia d'un signe de tête. Il alla s'asseoir en face d'Hermione.

- Personne ne s'appelle vraiment James Bond, dit-elle en étalant de la confiture aux fruits des bois sur une tartine.

- Moi si. J'ai fait une demande à la mairie pour.

- Comment ont-ils pu accepter ?

- L'argent chérie, l'argent.

- Mais sinon, tu t'appelles comment ?

- Blaise Zabini.

- Je préfère James Bond, lança Luna.

Hermione commençait sérieusement à se demander si son amie ne faisait pas tout pour encourager Blaise à rester. Elle voulait certainement que l'attention d'Hermione se reporte sur lui. Avait-elle encore ramené un animal à la maison ? Hermione avait peur de découvrir un mouton dans sa salle de bain.

- Ta cocaïne t'a déformé le cerveau, annonça Hermione en prenant une énorme bouchée de sa tartine.

Blaise enfonça son doigt dans le pot de confiture et y goûta avec délice.

- C'est faux, je ne touche pas à la marchandise, contra-t-il. Je ne fais que la tester.

- Quelle différence ? rétorqua la brune en considérant tristement son pot de confiture qu'elle devrait jeter aussitôt qu'il aurait franchi le pas de sa porte.

- Tout est dans la nuance. T'es professionnel ou tu l'es pas.

- Mais dans les deux cas tu te drogues. Je ne vois vraiment pas de différence.

- C'est pour ça que tu ne deale pas !

- Hermione est une prof d'anglais ! lança joyeusement Luna avant de replonger dans ses miel pops.

- Professeur de littérature anglaise, corrigea Hermione.

Un immense sourire apparut sur le visage ébène de Blaise.

- Tu vois, toi et moi on est pareil. Tu n'es pas une prof d'anglais mais une professeur de littérature anglaise. Tout est dans la nuance.

- Mais dans les deux cas je donne des cours, tout comme dans les deux cas tu touches d'un peu trop près à ta marchandise.

- Tu devrais t'habituer à le dire à voix haute. Vas-y répète après moi : coke.

Hermione, comme par défi, mit plusieurs secondes avant d'accéder à sa demande.

- Coke, dit-elle.

- Coke, répondit-il.

- Coke, ajouta Luna.

- J'adore ta manière de le dire, dit Blaise à Hermione avant de se lever et de s'étirer. T'as prévu quoi aujourd'hui ?

- Rien qui ne te concerne.

- Elle bosse de neuf heures à dix-huit heures, déclara Luna en mettant son bol dans l'évier avant de sortir de la cuisine.

- Comme c'est ennuyeux, soupira Blaise.

- Ce n'est pas ennuyeux, j'aime mon travail. Mais bien entendu, si tu te cultivais un peu plus, tu comprendrais ce que c'est d'aimer ce que l'on fait.

- J'aime mon travail !

- Oh je t'en prie, ce n'est pas un travail.

- Bien sûr que si, je détruis les neurones des gens pendant que toi tu les consolides, on est assez complémentaire au final.

Hermione se tenait droite comme un piquet contre le battant de la porte de la cuisine. Son expression s'assombrit en repensant à ce qui s'était passé dimanche soir. Le pansement qu'elle portait au front était d'ailleurs bien là pour le lui rappeler. Au final, elle ne savait toujours pas où Ron avait bien pu aller chercher son opium. Ces deux derniers jours, elle s'était mise à détester son petit ami pour avoir fait pareille bêtise. Et alors qu'il était changé en vulgaire légume, elle devait réparer les pots cassés. Comme toujours. Car elle devait agir, n'est-ce pas ? Elle ne pouvait pas juste découvrir qu'il était un opiomane et l'accepter pour retourner à sa petite vie. La vérité c'était qu'elle ne voulait pas l'accepter. Approfondir ses recherches était une manière de se donner l'impression d'avancer, quand au final elle était toujours clouée au point de départ.

- Je dois y aller. Tu devrais partir.

Elle tourna le dos à Blaise qui s'apprêtait à dire quelque chose. Elle ne voulait même pas savoir quelle bêtise avait encore traversé son esprit dérangé.

Hermione s'habilla à la vitesse de l'éclair et quitta tout aussi vite l'atmosphère étrange de sa maison. Dehors, il lui sembla enfin pouvoir respirer normalement. Elle marcha avec automatisme vers la station de métro, ne prêtant aucune attention aux vies qui l'entouraient.

La sienne devenait incompréhensible.

C'était à cette conclusion qu'elle était arrivée, assise sur son bureau, en train de surveiller ses étudiants de seconde année plongés dans leur dissertation. Les gens qui l'entouraient étaient incompréhensibles.

Luna, Vincent, Blaise.

Vincent, Luna, Blaise.

Blaise, Vincent, Luna.

Elle avait beau tenter toutes les combinaisons possibles, aucun sens ne s'établissait jamais entre eux. Et pourtant, ils étaient à la fois semblables et totalement différents. Hermione aurait aimé saisir cette différence, l'enfermer entre ses paumes et la disséquer. Son esprit terre à terre gémissait de douleur en voyant ce qui l'entourait depuis dimanche.

C'était comme si ces gens faisaient constamment ce qu'ils voulaient. Ce qu'ils voulaient, quand ils voulaient. Et quand ils le faisaient, ils le faisaient avec envie. Leurs gestes étaient animés d'une certaine passion, d'une force proche du magnétisme. Cette force qu'Hermione n'avait jusque-là croisée que dans ses livres, elle voulait l'enfermer dans une cage. Mais elle n'avait certainement rien compris au final. Cette chose n'était pas l'une de ces choses que l'on pouvait enfermer pour mieux étudier. Il fallait l'observer sur le tas et tenter de la comprendre.

Tout en sachant qu'elle ne serait jamais comme eux, Hermione souhaita inconsciemment le devenir.

Elle jeta un regard à l'horloge.

- N'oubliez pas votre nom, je vais commencer à ramasser.

Elle avança lentement dans la salle, récoltant au passage les copies de ses élèves.

Elle n'avait même pas demandé à Blaise ce qu'il faisait dans sa cuisine en caleçon. Cependant, une petite voix lui dit que maintenant qu'il savait qu'ils étaient voisins, elle risquerait de le voir à nouveau.

Elle décida qu'aller voir Ron lui ferait le plus grand bien. Cela aurait au moins le mérite de chasser toutes ces étranges pensées de son esprit.

Quand elle arriva quarante minutes plus tard devant sa chambre d'hôpital, ce ne fut pas une mais deux chevelures rousses qu'elle vit.

- Ginny, appela la brune.

Ginny, qui était tournée vers la fenêtre, bras croisé, se retourna. Un sourire creusa son visage en voyant son amie. Hermione songea que cela faisait bien longtemps qu'elles ne s'étaient pas vues. Du moins, pas réellement vu. Les seuls moments qu'elles passaient ensemble depuis quelque temps étaient autour de Ron. Avant, elles avaient pour habitude de s'asseoir à la terrasse d'un café, entre le commissariat où travaillait Ginny et l'université d'Hermione. Mais il semblait que ce temps-là était fini. Pour laisser place à quoi ? À une chambre d'hôpital ? Si c'était ça vieillir, alors Hermione demandait à ce que Peter Pan apparaisse à sa fenêtre.

- Ça va Hermione ?

Celle-ci fut légèrement alarmée par le ton qu'employait Ginny.

- Tout va bien, affirma-t-elle en la rejoignant près de la fenêtre.

Elles contemplèrent Ron. Il était presque aussi pâle que la mort. Ses cheveux entouraient sa tête telle une couronne de feu, lui donnant l'air d'un ange qui se serait brûlé les ailes. Chacune des deux jeunes filles se demandait s'il se réveillerait un jour. Mais aucune n'osait formuler cette question fatidique à voix haute.

Elles se tournèrent d'un même mouvement vers l'extérieur, comme si la vision de l'endormi leur était devenue insupportable. Dehors, des enfants jouaient. Ils se lançaient une balle aux étranges motifs verts. En apercevant ces couleurs, Hermione se remémora aussitôt le tableau qu'elle avait admiré dans le salon de Blaise.

Un dalmatien courait entre les enfants, cherchant à attraper la balle. Sa langue se balançait hors de sa gueule au rythme de ses bonds. Il avait l'air de s'amuser comme un petit fou. Hermione ne put retenir un sourire en le voyant rater de peu la balle.

- Harry et moi on va se marier, déclara subitement Ginny.

Le cœur d'Hermione cessa de battre. Elle se tourna lentement vers son amie. Celle-ci la fixait, imperturbable. Hermione se rappela aussitôt la présence de Ron, son petit ami, dans la pièce. Elle songea à sa vie qui s'était figée il y a deux semaines. À toutes ces nuits où elle s'était endormie seule. À tous les regards compatissants qu'elle avait du affronter. C'était tristement vrai, sa vie à elle s'était bloquée en même temps que celle de Ron.

- Tu vas te marier ? répéta Hermione.

- On veut avoir des enfants, expliqua Ginny.

Cette explication révolta Hermione. Elle avait envie de hurler « Et moi ?! ». Bien qu'elle ne pouvait rien face à cela, un sentiment d'injustice s'empara d'elle. Alors qu'elle aurait dû être heureuse pour celle qu'elle considérait comme sa sœur. Alors qu'elle aurait du la féliciter. Tout ce à quoi elle pensait, c'était pourquoi. Ce fameux pourquoi, comme aurait dit Blaise. Il avait raison au final, elle ne trouvait aucune réponse à cette question.

- Je suis contente pour toi Ginny, dit-elle machinalement, sans qu'aucune émotion ne vienne cependant colorer sa voix.

- Tu n'as pas l'air, répliqua aussitôt son amie.

Hermione savait qu'elle aurait dû se taire.

- Comment veux-tu que je le sois ? Tu me balances en pleine figure tout ce que tu vas avoir, tout ce que je n'aurai pas. J'ai vingt-six ans, je passe mon temps à bosser, je vis avec un chat et une folle, ma vie est un tel cauchemar depuis quelques jours que je ne fais plus aucune distinction entre rêve et réalité. Et pour couronner le tout, mon petit ami est un légume. Permets-moi d'être écœurée par ton bonheur.

Les joues de Ginny se colorèrent. Exactement de la même manière qu'avait celle de Ron de rougir. En se rappelant cela, un nouveau pic de souffrance se planta en plein cœur de la brune.

- J'aurais vraiment cru que tout ça t'aurait fait plaisir, s'exclama Ginny.

La déception déformait sa voix. Hermione ne répondit pas, se tourna à nouveau vers l'extérieur. Cette fois elle vit différemment le chien. C'était un individu qui courait après quelque chose sans jamais l'obtenir. Elle avait peur de ne jamais obtenir son bonheur elle aussi.

- Je ne te croyais pas aussi égoïste, assena Ginny avant de partir.

Lorsqu'elle fut sur le pas de la porte, Hermione lança :

- Est-ce mon malheur qui t'a poussé à profiter de ta vie ?

Ginny ne répondit pas et pourtant Hermione sut qu'elle l'avait parfaitement entendue. Ce silence résonnait comme une affirmation aux oreilles de la brune.

Elle posa son front contre la vitre glacée. La température baissait rapidement à Londres, promettant un hiver glacial. Mais cette fois, Hermione ne s'amuserait pas avec Ron sur l'étendue d'eau gelée d'Hyde Park. Ils ne s'achèteraient pas un cornet de marrons qu'ils partageraient devant une boutique vendant des télévisions. Ils n'iraient pas au parc d'attractions, ne feraient pas ensemble leur liste de Noël.

La colère laissa place à la culpabilité. Ginny et Harry allaient se marier. Avoir des enfants. Elle aurait dû être heureuse pour eux, ne pas rejeter la proposition de Ginny de partager sa joie. En pensant cela, elle eut aussitôt envie d'aller s'excuser. Mais sa honte était si forte qu'elle resta immobile contre cette vitre glacée, attendant que celle-ci se brise, à l'image de sa vie.

Elle finit par se détourner, s'approchant de Ron pour poser une main sur son front. Une infinité de questions lui brûlaient la langue.

- Pourquoi l'opium Ron ?

Celle-ci résumait la plupart de ses interrogations. Que celle-ci soit pensée ou prononcée à voix haute, cela ne changeait rien. Le mystère restait intact. Elle repensa aux paroles de Blaise.

- Crois-moi, ce ne sont pas des endroits pout toi, tu ne souhaites pas vraiment y aller.

Il avait dit cela avec tant de sérieux qu'elle s'était presque sentie impressionnée. Il savait de quoi il parlait, il l'avait déjà expérimenté. Qu'avait-il vu pour refuser catégoriquement qu'elle en fasse à son tour l'expérience ?

Hermione enleva brusquement sa main du front de Ron.

Elle se fustigea intérieurement. Elle ne voulait pas essayer, il n'y avait rien à essayer.

- Hermione ?

Ce fut avec stupéfaction qu'elle découvrit Blaise Zabini sur le pas de la porte. Il tenait un petit paquet aux couleurs rose pâle dans sa main, l'autre figée dans un mouvement montrant qu'il avait toqué sans pour autant recevoir de réponse. Hermione avait trop tendance à se couper du monde extérieur ces derniers temps.

- Que fais-tu ici ?, se reprit-elle.

- Luna m'a dit que je pourrai te trouver ici, dit-il en haussant les épaules et en entrant dans la chambre. Je t'ai aussi apporté ça, je crois que bien que sont des cookies, je n'ai pas trop regardé…

Il plongea sa main dans son paquet rose et en sortit un biscuit parsemé de pépites de chocolats. Il croqua dedans avec délice.

- Je ne lui avais pas dit que je comptais venir, remarqua-t-elle en ignorant la sucrerie qu'il lui tendait.

- Elle dit que tu ne prévois jamais rien ces temps-ci.

Hermione se détourna comme si le regard obsidienne de Blaise venait de la brûler. Ou bien était-ce la vérité qui la dérangeait ? Elle qui avait toujours eu une vie parfaitement rangée, programmée à la seconde près, il fallait bien avouer qu'elle ne cessait de déroger à ses principes depuis quelques semaines.

- Elle n'aurait pas dû te dire de venir ici, assena-t-elle.

- Je sais, répondit-il aussitôt. Les gens n'aiment généralement pas dévoiler leurs secrets.

Hermione lui jeta un regard.

- C'est pour lui que tu fais ça ?

Elle sut aussitôt de quoi il faisait mention.

- Oui.

Il sourit. Hermione se surprit à penser qu'elle aimait ce genre de sourire. Ceux que l'on ne peut ni ne veut cacher. Les sincères, les dénués de mauvaises intentions. Ceux qui font autant plaisir au receveur qu'au donneur. Oui, vraiment, elle aimait ce genre de sourire.

- J'aurai bien aimé avoir quelqu'un qui se soucie autant de moi.

Dans une autre situation, Hermione se serait gentiment penchée vers lui et l'aurait rassuré comme il est coutume de le faire. Elle lui aurait dit que quelque part, quelqu'un pensait forcément à lui. Mais elle ne se fatigua pas à dire des choses qu'elle ne pouvait vérifier. Elle n'aurait pas aimé que quelqu'un le fasse pour elle à l'instant présent. Car la seule personne susceptible de penser le plus à elle était plongée dans le coma.

- Tu m'as demandé de te montrer où trouver de l'opium. Je vais le faire.

Un vague d'espoir traversa la jeune fille.

- Mais je viens avec toi, ajouta tout de suite Blaise.

- Pourquoi tu ferais ça pour moi ? Qu'est-ce que je te devrai en échange ?

- Prouve-moi que l'amour n'existe pas que dans les livres.

Il se détourna et quitta la chambre. Hermione le suivit aussitôt. Voyant sa haute silhouette sur le point de disparaître au coin d'un couloir, elle cria :

- Faudra qu'on reparle de ce matin !

Elle était certaine que s'il s'était tenu en face d'elle, il aurait souri de son magnifique sourire si sincère.

*O*P*I*U*M*

- J'ai préparé ta surprise.

Un nuage de fumée se répandit dans l'air. Une main ornée d'une magnifique chevalière d'argent s'agita, remuant la fumée dans une danse envoutante. Blaise le regardait faire, un air malicieux collé au visage.

- J'ai presque fini la tienne, répondit-il.

- J'espère qu'elle sera à la hauteur de mes espérances.

- Tu ne risques pas de l'oublier.

La main remuait l'air, faisant scintiller la chevalière. Et la fumée tournait, tournait…

*O*P*I*U*M*

- Je crois que je vais le tuer !

- Je n'ai jamais commis de meurtre…, remarqua rêveusement Luna.

Hermione et elle se trouvait dans sa boutique. Une forte odeur y régnait, mélange inqualifiable de camomille, de rose et de freesia. Hermione était assise sur un haut tabouret, bras pendants, visage contre la caisse. Luna la regardait depuis une échelle, accrochant des citrouilles au plafond déjà surchargé de décorations. Elle sortit un épais rouleau de scotch et fixa sa citrouille avec application. Plusieurs autres citrouilles étaient tombées au sol, une explosant même sous le choc. Pattenrond, qui aimait particulièrement suivre Luna partout où elle allait, était tranquillement en train d'en déguster les morceaux.

- Tu crois qu'on se sent puissant ?, questionna la blonde en redescendant sur terre.

Hermione se releva légèrement, affichant une moue boudeuse.

- J'espère surtout qu'on se sent coupable.

Luna hocha lentement la tête. Elle posa ensuite son rouleau de scotch près de son amie avant de se pencher vers elle.

- Ça t'aiderait si je te disais qu'il a déposé ce matin un mot pour toi ?

- Quoi ?! Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ?

- J'ai oublié.

- Et pourquoi il l'a déposé ici, on est voisins !

- J'en sais rien moi. Pourquoi Pattenrond mange cette citrouille ?

Elles se tournèrent vers le chat à l'intense pelage orange.

- Parce qu'il est gros, répondit Hermione avec évidence.

- D'ailleurs, comment il connaît ta boutique ? reprit-elle.

- J'ai beaucoup de succès tu sais.

- Je n'en doute pas, se rattrapa la brune.

- Ceci dit, peut-être qu'il fait partie de la mafia.

Luna sortit un petit carton blanc de sous son comptoir. Elle le tendit à Hermione qui s'empressa de le lire.

- Vingt heures, chez moi, lut-elle. C'est tout ? Il ne t'a rien dit d'autre ?

- Rien du tout, à part qu'il avait hâte de te revoir ! Tu crois qu'il est amoureux de toi ?

- Ça m'étonnerait, rigola Hermione.

- Pourtant il est resté plus d'une heure à la boutique.

- Vraiment ?

Hermione manqua de s'étrangler.

- De quoi vous avez parlé ? demanda-t-elle.

- Un peu de tout, il m'a surtout posé des questions sur moi. C'est quelqu'un de très gentil.

Et sur cette affirmation, elle se détourna et continua de remettre ses citrouilles en place. Hermione avait un grand sourire collé au visage. S'il y avait bien quelqu'un de susceptible d'intéresser Blaise ici, ce n'était pas elle mais Luna ! Elle ne put s'empêcher de pouffer en les imaginant ensemble, lui organisant un immense trafic de sachet de thé à la rose avec Luna qui peignait derrière lui les murs de son salon en orange pastel.

Elle décida qu'aider Luna dans sa boutique la détendrait. Elle n'avait toujours pas reparlé à Ginny. Hermione savait au fond d'elle que c'était à elle de faire le premier pas. Mais tout son courage semblait l'avoir quitté, la faisant certainement passer pour une amie indigne. Cela la désespérait. Elle avait l'habitude d'être devenue beaucoup de choses depuis trois semaines. Une amie indigne ? Elle avait du mal à le supporter. Mais malgré cela, elle restait toujours éloignée de son téléphone, effrayée par l'idée d'appeler Ginny. Elle était en réalité davantage effrayée par ce qui se produirait ensuite. Elle assisterait au mariage de son meilleur ami et de sa presque sœur. Et cette idée ne la réjouissait même pas. Leur bonheur lui était toujours aussi insupportable.

Alors elle restait auprès de Luna, la seule personne dont la compagnie ne lui était pas insupportable ces derniers temps.

Elle était également censée rendre visite à Neville. Elle le faisait habituellement toutes les semaines, amenant avec elle une grosse boite de muffins chocolat orange qu'il adorait. Depuis leur dernière rencontre, il devait attendre avec impatience sa venue. Mais la jeune fille était aux abonnés absents, refusant pour le moment de répondre aux questions de Neville concernant l'opium. Comment pouvait-elle lui dire que le sang qu'il avait analysé était celui de Ron ? Ce ne serait pas seulement la mettre dans l'embarras, ce serait trahir l'homme qu'elle aimait. Elle s'était tant persuadée que taire l'histoire de l'opium était une bonne idée qu'elle changeait toujours de sujet dès que le mot « drogue » ou tout ce qui s'en rapprochait entrait dans une conversation. Elle commençait sérieusement à devenir paranoïaque.

Après avoir vu Blaise, elle était rentrée chez elle avec un poids en moins sur les épaules. De ce qu'elle savait du jeune homme, il ne fallait pas attendre sa visite tout en y étant préparé. Elle n'avait cependant pu s'empêcher de s'arrêter devant ses fenêtres plus qu'il ne le fallait, son regard se portant toujours vers la porte close de Zabini. Elle attendit un jour, deux jours, trois jours. Toujours rien. La maison de Zabini avait une réelle capacité à se changer en fantôme. Car il lui semblait bien que son occupant était absent. C'était comme si seule la présence de Blaise avait le don d'animer cette austère demeure.

Quand ses élèves étaient aujourd'hui débarqués en cours déguisés, elle avait réalisé qu'Halloween était déjà arrivé. La « Samain » comme avait dit Vincent.

Elle n'avait toujours pas revu Vincent. Luna non plus. Tout ce dont Hermione avait eu droit, c'était une réponse vague l'informant que les disparitions du drag queen étaient assez fréquentes. Nul ne savait jamais où il allait. Luna disait que le mystère était quelque chose qui allait très bien au trentenaire. Hermione qui avait toujours détesté ce qu'elle ne pouvait savoir s'était promise de chercher Vincent quand elle en aurait le temps.

Et son temps venait justement de lui être arraché. Elle s'en rendit seulement compte quand Luna déclara qu'elle allait fermer la boutique.

- Quelle heure est-il ?

Luna chercha quelques instants son horloge, oubliant qu'elle était comme toujours accrochée au-dessus de sa caisse.

- Dix-neuf heures quarante. Tu devais pas rejoindre Blaise à vint heures ?

- Merde !

La porte de la boutique claqua.

*O*P*I*U*M*

- Ce n'est pas trop tôt.

Blaise la jaugeait méchamment de haut en bas, comme s'il évaluait la marchandise. Hermione se sentit aussitôt incroyablement mal. Elle détestait ce regard. C'était un regard de trafiquant de drogue en train de se demander si le jeu en valait la chandelle.

- Un problème ? demanda-t-elle timidement.

Sa voix s'était bloquée dans sa gorge sur la dernière syllabe. Blaise paru se rendre compte de la gêne de la jeune fille et força un sourire à étirer ses lèvres.

- Aucun. Absolument aucun.

Il poussa Hermione dans le creux de son dos, la dirigeant vers son salon. Le regard de la jeune fille fut aussitôt happé par le tableau aux couleurs vertes. Blaise avait dit qu'il avait été peint avec des feuilles de coca. Elle se demandait si c'était vrai. Zabini remarqua son regard et ne put s'empêcher de sourire de satisfaction.

- Pourquoi es-tu en retard ?, questionna-t-il.

- Je suis en retard de trente secondes, rétorqua-t-elle.

Il posa un doigt sur sa bouche.

- Ne m'exaspère pas.

Hermione qui était enfin parvenue à chasser sa peur se laissa tomber sur un fauteuil.

- Ne t'assois pas !

Elle se leva, assez perplexe.

- Ne fronce pas les sourcils.

Blaise se tordait les mains devant elle.

- Tu stresses ?, s'étonna-t-elle.

Un rire mal contrôlé la secoua. Blaise se reprit enfin, visiblement vexé.

- Si tu étais à ma place, toi aussi tu stresserais. Suis-moi au lieu de pouffer comme une greluche. Je ne veux pas attendre de rire pareil ce soir compris ?

Hermione hocha lentement de la tête.

- Bien maître, comment voulez-vous que je sois ?

Étonnement, il parut réfléchir intensément à la question.

- Sois comme le premier jour où je t'ai vu.

- Tu veux dire quand tu m'as agressé ?

- J'aurai plutôt dit quand tu as vu ce tableau.

Hermione jeta un nouveau regard à la fascinante peinture.

- Tu as fait brûler de l'encens ? demanda-t-elle brusquement.

Blaise acquiesça, son air satisfait réapparaissant sur son visage.

- Hermione, il faut que tu saches que si je stresse, c'est parce que je vais t'emmener dans un endroit interdit. Il y aura de l'opium, ne t'inquiète pas. Il y aura même tous ceux capables de te dire où en trouver autant que tu le souhaites. Mais il n'y aura pas que ça.

- Quoi d'autre ?

Ils étaient arrivés devant une porte close, adjacente au salon. Blaise l'ouvrit, dévoilant une bibliothèque avec un bureau en acajou en son centre. Une housse y était posée.

- Tu verras. La robe est pour toi, tout comme les chaussures. Mais elles s'appellent revient. Je te laisse te changer, ne soit pas trop longue.

Il claqua la porte derrière lui. Surprise, Hermione tenta de la rouvrir.

Elle était fermée à clé.

C'est à cet instant qu'elle commença à se dire que quelque chose n'allait pas. L'inquiétude, les gestes brusques, le ton de Blaise. Tout. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait pour que le jeune homme soit si inquiet. Le plus préoccupant, c'était qu'il ne paraissait pas disposé à parler de la raison de son trouble à la jeune femme.

Elle s'approcha lentement du bureau, décrivant des mouvements lents comme si une ombre pouvait se jeter sur elle à tout instant. Alors elle commença seulement à s'inquiéter.

Sa main se posa sur la fermeture éclair de la housse. Elle était glacée. Peu à peu, elle la baissa, effrayée à l'idée qu'une bête en sorte. La peur laissa cependant bien vite place à la fascination. Un tissu émeraude aussi doux que de la soie, aussi léger que l'eau et brillant d'une lueur presque irréelle était offert à sa contemplation. Elle le prit entre ses doigts gourmands de sensation. Si elle avait pu, elle se serait fondue entièrement dans la robe.

Sans hésitation, elle déposa ses vêtements au pied du bureau et passa la robe. Elle la moulait comme une seconde peau, dévoilant ses formes, les masquant assez pour qu'une impression de classe infinie se dégage d'elle. Hermione en fut presque éblouie en s'observant. La première réaction qu'elle eut fut d'enlever cette robe. C'était comme avec le costume de Trinity. Elle ne se reconnaissait dans cette personne aux allures de bijou. Mais elle fut incapable de détacher le tissu de sa peau tant son contact lui était agréable.

La robe n'était presque pas décolletée devant, plongeant plutôt profondément dans son dos. Elle tombait à ses pieds, effleurant à peine le sol. Hermione aperçut ensuite des sandales argentées qui entortillaient sa cheville dans des mouvements compliqués. Le talon était haut selon elle. Pas selon Blaise, elle en était persuadée.

Alors qu'elle enfilait tout juste sa deuxième chaussure, Blaise débarqua avec impatience dans son bureau.

- T'as fin…

Sa voix se bloqua dans sa gorge. À l'émerveillement succéda une étrange expression, plus forte que du contentement. Un sentiment de victoire ? Cette déduction perturba davantage Hermione, qui ne se sentait pas très à l'aise dans cette robe.

- Tu n'aimes pas la robe ? demanda brusquement Blaise.

- Non. Du tout, je l'adore. Elle ne me va juste pas.

- Tu te trompes, tu n'as jamais été plus toi qu'à cet instant. Le vert sied parfaitement à ton grain de peau.

Hermione détourna les yeux.

- Où tu m'emmènes ? s'exclama-t-elle dans le but de changer de sujet.

- Je ne peux pas te le dire. Toujours autant décidée à découvrir ce que trafiquait ton cher et tendre ?, ironisa Blaise.

Hermione passa outre l'emploi de l'ironie.

- Ai-je le droit de refuser de t'accompagner ?, rétorqua-t-elle en songeant à la porte close du bureau.

- Non. J'ai désormais autant besoin de toi que tu as besoin de moi.

Cet aveu perturba Hermione. Ses neurones s'agitaient tellement qu'elle fut étonnée que Blaise ne les entende pas. C'était comme si l'effervescence qui s'était emparée de son cerveau déformait sa perception de la réalité. Elle avait étrangement peur de tomber dans un guet-apens à chaque instant, peur inexplicable qui lui retournait l'estomac.

Blaise, voyant qu'elle n'était pas prête à bouger, la prit par le bras et la fit sortir de chez lui. En repassant dans le salon, Hermione jeta un regard au tableau comme si ce dernier pouvait lui venir en aide. Elle se serait certainement abstenue si elle avait su que c'était ce même tableau qui allait causer sa perte.

Ils montèrent dans une voiture si noire qu'elle se fondait parfaitement dans la nuit. Blaise, une fois derrière le volant, ne lui adressa plus la parole une seule fois. Son esprit divaguait bien loin de l'habitacle, absorbé par une chose inconnue d'Hermione. Elle aurait aimé percer les défenses du jeune homme et connaître ce qui le préoccupait tant. Car sa seule certitude était que cette chose avait indéniablement rapport avec elle.

Emprisonnée dans cette enveloppe charnelle, dans ce corps humain si faible, elle songea à Ron. Il devait être allongé dans son lit d'hôpital. Évidemment qu'il l'était. Qu'aurait-il pu faire d'autre dans son état ?

Ginny apparut ensuite dans son esprit. Elle fut bientôt rejointe par Harry. Le ventre de la rousse s'arrondit. Hermione chassa cette pensée à cet instant, réalisant avec amertume qu'elle ne connaîtrait certainement jamais cette joie.

Luna prit le relais. Elle lui souriait d'un air fantasque, dansant entre des drags queen et des hippies tout droit sortis des seventies. Des fleurs ornaient ses cheveux. C'était sans aucun doute la liberté qui la faisait rire aux larmes.

Vincent arriva. Hermione ignorait pourquoi elle n'arrivait pas à oublier le drag queen. Quelque chose en elle lui murmurait qu'il serait un personnage-clé de son histoire, du moins si elle lui laissait la chance de s'écrire.

C'est sur cette dernière pensée qu'elle se tourna vers Blaise qui la regardait maintenant depuis une dizaine de secondes.

- Prête ?

- Non, avoua Hermione.

- Alors allons-y.

Ils sortirent d'un même mouvement de la voiture. Une trentaine de véhicules de luxe les entouraient. Un peu plus loin se dressait un imposant manoir. Ses pierres grises semblaient taillées dans la roche, de sorte que la demeure était une imposante sculpture à elle seule. Elle était brillamment éclairée. Cependant, aucune citrouille ne venait rompre le charme de cette maison.

- Tu n'as encore rien vu, lança Blaise en s'éloignant de leur auto.

Il s'avançait d'un pas assuré vers le perron, gravissant les marches en habitué. Hermione le suivi avec plus de retenue. Alors qu'un homme aussi imposant qu'une montagne allait leur ouvrir, Blaise se retourna vers la brune. Une expression d'inquiétude tordait ses traits.

- Ne t'éloigne jamais trop loin de moi.

Avant même qu'Hermione ait pu lui demander pourquoi, il s'était détourné. Les portes s'ouvrirent. Blaise et Hermione pénétrèrent alors dans un autre monde.

Des squelettes étaient accrochés au mur, tenant dans leurs mains osseuses des bougies aux irréelles flammes vertes. Des ombres fantomatiques passèrent devant les yeux écarquillés de la jeune femme. L'air était froid, glacial même. Son souffle s'élevait en petites volutes de fumée, se mélangeant à d'autres qui ne venait certainement pas que d'entre deux lèvres. Les lueurs vacillantes des bougies éclairaient des hommes et des femmes entièrement vêtus de noir. Hermione fut parcourue d'un frisson en constatant qu'ils étaient tous habillés en noir. Tous. Sauf elle. En comprenant cela, Hermione se tourna vers Blaise. Ses paroles ne lui parvinrent jamais, s'égarant entre les ombres mouvantes et les squelettes. Hermione parvint cependant à lire « C'était le seul moyen » sur ses lèvres.

Il effleura ensuite sa main, l'incitant à se fondre dans la foule. Des centaines de visages l'entouraient tandis qu'elle marchait dans cette masse indistincte d'âmes humaines. Des sons étranges s'élevèrent dans l'immense salle. Elle fut incapable de réfléchir plusieurs secondes, la musique prenant totalement le contrôle de son corps. Elle se débattait entre ces gens qui l'étouffaient, elle suffoquait dans cette atmosphère glaciale. Il lui semblait voir du vert partout. Du vert. Sa robe, verte. Les ombres, vertes. Une peur irascible se saisit d'elle.

Elle n'arrivait plus à formuler une pensée cohérente. La musique était trop forte, ses tympans allaient imploser. Elle refusait de se laisser aller, se débattant contre cette chose qui forçait la porte de son esprit. Ce n'était pas comme lorsqu'elle avait accompagné Luna en boîte. Elle sentait bien que cette fois c'était différent. Plus dangereux, plus interdit.

Elle ne remarqua pas que les larmes commencent à rouler sur ses joues, telles des gouttes d'argent s'égarant sur sa peau d'un blanc irréel. Elle était ballotée dans cette foule d'inconnu. Ils étaient noirs, si noirs. Et elle était si verte.

Plus rien n'avait de sens.

Et cette musique.

Cette musique.

Elle ne supportait plus cette musique.

Elle buta soudainement sur une masse dure, tombant en arrière. Sa chute parut durer une éternité. Enfin, elle entra en contact avec quelque chose de gelé. De l'eau. Elle était tombée dans de l'eau. La température était si basse qu'elle aurait hurlé si elle n'avait pas oublié comment faire. Ici la musique lui apparaissait déformée, comme si une frontière la séparait de la salle glacée et surpeuplée. Et c'était certainement le cas. Elle réalisa soudainement qu'elle était incapable de se mouvoir, le froid tétanisant chacun de ses muscles. Personne n'allait lui venir en aide, elle avait perdu Blaise de vue depuis…

Elle ne savait plus. Combien de temps s'était écoulé ?

Elle était incapable de bouger.

De respirer.

De penser.

Alors qu'elle se maudissait d'être venue, basculant peu à peu dans l'inconscience, deux bras s'emparèrent d'elle, la sortant de cette eau gelée et la ramenant à la réalité.

Une brume était apparue devant elle, déformant sa vision. Elle sentait bien qu'elle était portée par quelqu'un mais elle était incapable de réagir. Elle supposa que c'était Blaise. D'une manière ou d'une autre, il avait dû garder un œil sur elle.

Le monde tournait toujours autant autour d'elle. Des murmures parvenaient à ses oreilles, la suppliant de rejoindre cette masse sombre et mouvante. Mais les deux bras qui la serraient la retenaient fermement, l'éloignant de cette foule qui prenaient l'allure d'une immense chauve-souris tout droit sortie des enfers.

Elle sentit qu'ils empruntaient des escaliers. Elle tenta de compter les marches pour savoir à quelle hauteur ils montaient, mais c'était comme si elle avait oublié comment compter. Un bruit sec se fit entendre, suivit d'un lourd silence avec en fond la musique qui s'éloignait peu à peu. Elle ne fut bientôt plus qu'un murmure. Ce fut seulement à cet instant qu'Hermione reprit ses esprits.

On lui assenait des petites claques sur les joues. Elle ouvrit brusquement les yeux. Les claquements cessèrent. Ces yeux mirent un temps à s'habituer à l'obscurité. C'était comme si elle avait fait un long et déroutant voyage parmi les étoiles, redescendant à peine sur terre. Il lui fallait reprendre ses repères.

C'était un matelas qu'elle sentait sous elle. Ou plutôt un canapé, l'odeur du cuir s'immisçant en elle. Il y avait également un autre parfum, tout aussi doux. De l'encens. Elle était certaine de sentir de l'encens.

Un flot de souvenirs remonta en elle. Sa mère avait l'habitude de faire brûler de l'encens après que son père ait cuisiné un plat odorant. Elles s'amusaient alors à se balader dans la maison, bâtons d'encens à la main, comme si elles chassaient les démons. Elles prononçaient des formules magiques, riant en même temps. Hermione les avait totalement oubliées. Elle songea avec ironie que sa mère aussi, étant depuis quelques années atteinte d'Alzheimer. Son père lui avait dit qu'elle continuait cependant à chasser les démons, prononçant des chants incompréhensibles.

Et il y avait eu cette fois où Ginny avait brûlé le pull que lui avait offert sa mère pour le Noël précédent. Une horrible odeur de laine brûlée avait imprégné sa chambre. Elles avaient alors sorti de l'encens, chassant les mauvaises odeurs et évitant ainsi la colère de Mrs Weasley.

L'encens. Elle l'avait également senti chez Blaise.

- Blaise ? murmura-t-elle.

Un souffle se fit entendre. Un rayon de lune traversa les nuages, révélant un balcon sur lequel se tenait un homme. Il lui tournait le dos. De lui, Hermione ne discernait que sa chevelure blonde, presque blanche.

- Combien t'as-t-il payé ?

Hermione frissonna en entendant cette voix. Puis l'incompréhension la saisit. Elle se releva lentement. Sa robe lui collait à la peau. Des gouttes d'eau dégoulinèrent au sol. Elle se souvint à quel point elle avait froid.

L'homme se retourna alors.

Si Hermione avait dû donner une description de lui, elle aurait dit qu'il semblait descendre à la fois de l'ange et du démon. Ses yeux anthracite possédaient un regard aussi tranchant qu'un poignard, aussi froid que la glace. Son nez droit lui donnait un air princier, de même que ses pommettes hautes. Une expression dédaigneuse et de désintéressement profond occupait ses traits altiers. Il s'approcha lentement d'elle, inspectant son visage avec minutie. Le dégoût se peignait toujours un peu plus sur son visage. Puis il observa avec attention sa robe. Et son masque se brisa.

- Où as-tu eu cette robe ?

Hermione fit un pas en arrière et se retrouva acculée contre le canapé.

- Blaise.

Un rire sans joie parcourut brusquement l'adonis.

- Blaise. Bien sûr. Enlève-la.

Hermione resta figée.

- Non. Garde-la. Je ne veux pas voir ton corps.

Il s'approcha si près d'elle qu'elle sentit son souffle glacé contre sa peau.

- Mais sache qu'une femme comme toi ne mérite pas de la porter.

Il lui prit le bras et la poussa en avant. Il tourna ensuite autour d'elle, poursuivant son inspection.

- Je n'en reviens pas, c'est avec ça qu'il voulait que je passe la nuit ?

En entendant le profond étonnement qui déformait sa voix, Hermione se retourna brusquement, réagissant enfin.

- Je ne vous permets pas de me parler comme ça. Contrairement à ce que vous semblez penser, je ne suis pas une prostituée. Et je ne coucherai jamais avec vous, quand bien même l'on m'offrirait des millions.

Il cessa de tourner autour d'elle et remonta lentement vers son visage. Hermione fut malheureusement incapable de soutenir son regard bien longtemps, préférant fixer le cuir noir du canapé. Elle attendit qu'il dise quelque chose. Mais le silence s'éternisait, pesant. Sans vraiment s'en rendre compte, elle avait à nouveau plongé son regard dans le sien. Son instinct lui hurlait de craindre cet homme. Elle n'était pas stupide, elle savait pertinemment que la meilleure chose à faire était de fuir sans se retourner, quitter cette maison de fous pour ne plus jamais y revenir. Mais il fallait croire qu'elle avait préféré être une idiote ce soir, restant immobile face à ce regard qui semblait lire en elle comme dans un livre ouvert.

Il leva une main, enroulant autour d'un doigt arborant une chevalière d'argent une mèche humide des cheveux d'Hermione. Puis il fit un pas en arrière, rompant tout contact.

- Va-t'en. Et dit-lui bien qu'il a perdu.

Hermione n'était certainement pas à l'heure actuelle la définition du courage. Elle devait même en être très loin car elle fit exactement ce qu'il lui demandait, se dirigeant d'un pas vif vers l'unique sortie de la pièce plongée dans la pénombre. Au moment même où elle allait poser sa main sur la poignée de la porte, celle-ci s'ouvrit. Blaise rencontra son regard. Et perdit tout sourire en voyant l'expression de colère que portait Hermione. Elle fit un pas en avant, aussitôt stoppée par Blaise. Il semblait complètement perdu.

La colère avait annihilé sa peur. Humiliée d'être considérée comme une prostituée, d'avoir été emmenée ici, dans ce lieu qui semblaient mener tout droit aux enfers par un homme à qui elle avait eu tort de faire confiance. Il lui avait promis des réponses à ses questions et tout ce qu'elle avait trouvé, c'était un homme détestable avec en prime la joie d'avoir la plus grande peur de sa vie.

- Dégage Zabini, invectiva-t-elle en y mettant tout son venin.

Elle dut le toucher en plein cœur car il cessa de lui barrer la route, la laissant s'éloigner dans un couloir. Et toute à sa rage, elle n'entendit pas la musique, désormais insensible à cet univers asphyxiant.

Blaise entra dans la pièce et ferma soigneusement la porte derrière lui. Des milliers de questions se peignaient sur son visage. N'y tenant plus, il se tourna vers son ami qui avait rejoint le balcon et fumait tranquillement une cigarette.

- Je peux savoir ce que tu lui as dit pour qu'elle parte ainsi ?, s'énerva Blaise.

Son ami resta insensible au ton qu'employait Zabini. Il observa la fumée sortir d'entre ses lèvres et déclara :

- Tu as perdu. J'ai gagné.

Blaise s'apprêta à répliquer mais il fut coupé par le blond :

- Mais je me pose cependant une question. Pourquoi pensais-tu que ta surprise serait mieux que la mienne ? Je ne t'ai jamais vu m'offrir un cadeau aussi navrant, tu m'avais habitué à mieux.

- Crois-moi, je n'ai pas perdu. D'ailleurs, je n'avais pas payé cette fille pour qu'elle vienne.

- Alors pourquoi est-elle venue ?

- Elle… peu importe. Tu n'as qu'à aller t'excuser auprès d'elle de ton mauvais comportement et le lui demander.

Blaise avait dit cela d'un ton ironique, sachant pertinemment que son meilleur ami ne s'abaisserait jamais à cela. Cette idée parut d'ailleurs amuser le blond. Rire qui s'éteint rapidement.

- Tu n'avais pas le droit pour la robe.

- J'ai vu qu'elle était trempée, il semblerait que tu ne l'as pas laissé se noyer, c'est que quelque part elle devait te plaire.

- Pas de meurtre sous mon toit.

- Pas ce soir plutôt ?, corrigea Blaise.

- Pas ce soir. Mais cela ne change rien, tu n'avais pas le droit.

- Ose dire qu'elle n'était pas jolie.

Blaise eut droit à un silence pour seule réponse. Il se détourna et s'apprêta à quitter le balcon.

- Elle avait le droit de porter cette robe, tout comme elle avait le droit d'être ici ce soir. Parce qu'en entrant dans mon salon, la première chose qu'elle a vu, c'est ton tableau et j'ai bien cru que jamais elle n'arriverait à en détacher son regard.