Me revoilà après deux mois d'absence. Vous vous doutez bien que j'avais de multiples raisons de me plonger ainsi dans un silence radio, raisons qui ne regardent que moi. Enfin tout ce qui compte, c'est ce nouveau chapitre ! Comme d'habitude, ne faites pas trop attention aux fautes même si je me doute qu'elles vous brûlent les yeux. Je vous souhaite aussi de bonnes fêtes !

Merci à clelia, Virginie, Anemone Onze, Walkie, PouleauPotter, invisible smile, JustanotherTime, Flamby, pitouloulou

Like you used to - Kidnap Kid


7

Like you used to

- Il pleut.

Était-elle condamnée à parler de la météo avec une personne qui ne lui répondrait jamais ? N'ouvrirait-il jamais les yeux, aucun éclair de compréhension ne viendrait-il les éclairer ? Aucun fil ne s'emparerait-il de ses membres pour les animer, ramenant ce corps inerte à la vie durant ne serait-ce que quelques instants ? Il n'y avait qu'elle, si vivante, lui, si mort. Et la pluie. Et la lumière crue des néons.

Et puis il y avait cette odeur dérangeante. Celle de la mort. Elle s'accrochait aux murs, se faufilait telle une bête malveillante dans les chambres, s'insinuant dans les lits de telle sorte à ce qu'on ne puisse l'y déloger. Hermione avait peur que cette odeur imprègne le corps de Ron. Elle refusait que quiconque l'emporte loin de ce monde. Car il en faisait encore partie. Aucune tombe ne portait son nom et bien que ce lit ait une allure de cercueil, des chances infimes qu'il refasse surface subsistaient, permettant à Hermione de continuer sa vie. Plus ou moins normalement.

Normal. Voilà un autre mot qui sonnait étrange à ces oreilles. Normal. Anormal. Il suffisait de rajouter une simple lettre, un minuscule petit a, et le cours de sa vie s'en retrouvait totalement bouleversé.

- J'ai toujours trouvé que Londres était une ville triste. Une brume constante la recouvre, le ciel semble toujours habité d'un chagrin inconsolable, et ce désespoir s'abat en fine goutte sur les gens. Les éclaircies sont si rares.

Hermione retint une larme. Cela faisait longtemps qu'elle se retenait de pleurer. Beaucoup disaient que c'était mal. Qu'il fallait exprimer ses émotions. Le problème, c'était qu'Hermione avait peu à peu oublié comment faire.

- J'aimerais te dire que le soleil brille. Un rayon aurait réchauffé ta joue. Elle est toujours si froide.

Hermione se préoccupait certainement trop des autres. La totalité de ce qu'elle entreprenait était destiné à aider les autres. Peut-être finirait-elle par disparaître totalement derrière ce besoin de venir en aide, annihilée par cette attitude qui ne lui donnait aucune satisfaction égoïste.

- La météo est si cruelle, conclue-t-elle.

Elle referma son manteau et quitta la chambre. Elle s'arrêta un instant dans le couloir, espérant vainement que Blaise Zabini en surgirait d'un côté, un paquet de friandise à la main. Mais il n'était nulle part.

Cette idée la ramena à Vincent, ainsi qu'à l'accord qu'ils avaient conclu quelques jours auparavant. Elle savait qu'elle devait se rapprocher de Blaise pour atteindre Drago. Pourquoi lui précisément ? Le mystère restait entier. Alors qu'elle marchait dans le couloir, une chevelure flamboyante attira son attention. Sa première réaction fut de se blottir contre le mur, disparaissant ainsi à la vue de la jeune femme qui discutait avec un groupe d'infirmières.

Elle se tenait de profil vis-à-vis d'Hermione. La partie de son visage visible était inexpressive. Mais sous cette couche de marbre, Hermione parvenait encore à discerner un orage annonciateur de mauvaises nouvelles.

La respiration de la brune s'était coupée, comme si Ginny pouvait l'entendre à cette distance. Elle réalisa brutalement l'étrangeté et le ridicule de la situation. Elle était là, à se cacher d'une femme qu'elle considérait encore comme sa sœur. Les frères et sœurs ne se disputaient-ils pas également ?

Ce fut cette pensée qui la poussa à rejoindre le petit groupe, silencieuse et attentive. Ginny ne lui accorda qu'un bref regard avant d'achever sa conversation.

- Merci, j'irai voir tout ça en sortant d'ici.

Les infirmières hochèrent la tête et s'en allèrent lentement. Ginny fit alors face à Hermione. Un silence flotta entre elles, quelques instants seulement avant que la brune ne le rompe :

- Salut.

- Salut, répondit platement Ginny.

Un salut dénué d'émotions, qui cachait pourtant une vague de sentiments contradictoires. Aucune ne parvenait à formuler les mots qui leur venaient à l'esprit. Ces excuses, ces plaintes, criées ou chuchotées étaient comme bloqués par une barrière de ressentiment. De regret ?

- Ils vont le transférer dans un endroit plus approprié. Ils craignent qu'il ne se réveille jamais et préfèrent le placer dans un centre spécialisé. Et puis… il faut aussi libérer de la place.

- Je comprends, répliqua Hermione tandis que son cœur partait en morceaux.

- Moi aussi, mais cela ne m'empêche pas de souhaiter qu'il reste ici.

- Avoir le sentiment qu'il se réveillera bientôt ?

Ce n'était pas vraiment une question, plus l'expression de ce qu'elles ressentaient toute deux au fond d'elles-mêmes.

- Oui, ça doit être ça, approuva Ginny.

Ginny glissa sa main dans son sac, sembla vouloir y prendre quelque chose, se ravisa, puis fourra à nouveau sa main dans une poche en cuir. Elle en ressortit un carton d'invitation d'une douce couleur crème. Hermione comprit tout de suite de quoi il retournait mais prit tout de même la peine de le lire.

- Le 11 janvier ? C'est dans deux mois, remarqua-t-elle, l'étonnement faisant fluctuer sa voix.

- Je sais, on n'avait pas envie d'attendre.

Cette fois, face à ce bonheur qui n'était pas le sien, Hermione resta muette. Elle caressa lentement le carton, appréciant sa texture lisse et épaisse. Son cœur était vide de toute émotion. Elle savait qu'elle aurait dû être heureuse pour son amie. Seulement… rien. Ce rien était déjà sûrement préférable à une rancœur teintée de jalousie.

- Tu as raison, la vie est si courte, souffla Hermione en glissant le carton dans son sac.

La phrase qu'elle sortit ensuite parue tout droit sorti d'un film. Hermione était actuellement actrice de sa propre vie, se fondant dans la peau d'un personnage qui n'était pas le sien, disant des mots qu'une autre personne aurait prononcés.

- Je viendrai avec plaisir.

Ginny ne put retenir un sourire.

- Je te ferai parvenir ta robe en même temps que celle de Luna, tu auras juste à m'envoyer un message pour me dire s'il elle a besoin de retouche.

Hermione haussa un sourcil. Était-ce qu'elle croyait comprendre ?

- Je ne compte pas t'assommer du travail habituel de demoiselle d'honneur. Ni Luna, je ne voudrai pas me retrouver avec des gnomes déguisés en radis le jour de mon mariage. Mais… je pensais que ce serait bien que tu te tiennes près de moi à la cérémonie.

L'emploi du passé interpella quelque peu Hermione, mais elle étira néanmoins ses lèvres en un sourire. Un sourire tout timide, qui peinait encore à s'élargir, retenu par des fils invisibles qui la paralysait. Hermione aurait aimé briser cet écran de glace qui les séparait. Elles évoluaient dans deux mondes différents, Ginny marchant vers un autel tandis qu'Hermione se dirigeait vers un cercueil.

- J'irai voir à quoi ressemblera la nouvelle chambre de Ron, déclara-t-elle brusquement.

En s'éloignant de Ginny, une partie d'elle se détacha. Elle se sentit étrangement légère, mais également brisée. Il était si difficile de savoir quoi faire de sa tristesse.

Dehors, il pleuvait.

*O*P*I*U*M*

Hermione refit surface, quittant les souterrains surchauffés de Londres. Elle remonta calmement la rue de Moscou, s'arrêtant au niveau de sa maison rose. Mais au moment de glisser sa clé dans sa serrure, elle éprouva le besoin de se retourner. Une fenêtre était ouverte chez Blaise. Il était là, sûrement. Prenant son courage à deux mains et inventant une multitude de raisons de lui rendre visite, elle s'approcha de sa porte noire et la frappa à l'aide du lourd battant. Plusieurs minutes s'écoulèrent, elle ne s'en inquiéta pourtant pas. Blaise Zabini n'était pas le genre de personne à se presser. Il finit cependant par entrouvrir la porte, dans une attitude des plus suspectes.

- T'inquiète, ce n'est que moi, pas la police, soupira Hermione.

Il ouvrit plus largement la porte.

- On n'est jamais trop prudent, rétorqua-t-il en la faisant rapidement entrer et refermant d'un coup sec la porte derrière elle.

- Je ne croyais jamais t'entendre dire cela, persifla-t-elle.

Son expression soucieuse l'interpella.

- Tu as des soucis ?

- Oui. Mais fait comme si je t'avais répondu non.

Hermione huma l'air mais ne décela aucun subtil parfum d'encens.

- Tu as besoin d'un service ? s'enquit Blaise en lissant le col de sa chemise.

- Non. Je suppose que je m'ennuyais.

- Donc tu es venue, conclut-il.

Il hocha lentement la tête.

- Tant que tu es accro à rien d'autre que moi, ricana-t-il.

- Je t'en prie, tu es aussi nocif qu'un kilo de coke.

- Merci.

Il disparut derrière une porte. En le suivant Hermione découvrit une cuisine. Il était étrange d'imaginer Blaise allait et venir entre ses placards et ces plans de travail. L'image de lui en train de cuisiner était quelque peu ridicule. Tout ce qu'elle le voyait volontiers cuisiner, c'était une poudre d'une blancheur de craie.

- T'as faim ? demanda-t-il.

- Non.

- En tout cas t'as l'air crevée, quelque chose me dit que tu n'aurais pas du sortir hier soir.

Elle resta muette. Elle releva les yeux seulement lorsqu'il posa une tasse de café fumant devant elle.

- Dame Trude ? Sérieusement ? Je suppose qu'il est inutile de te dire que cet endroit n'est absolument pas recommandable, et que se jeter dans la gueule du loup de la sorte aurait pu te couter très cher…

-… du moins si je n'étais pas tombée sur Drago, coupa-t-elle.

- Exactement. C'est un vrai miracle qu'il y soit allé, il évite en général ce genre de rassemblement.

- Je parie qu'il les trouve indignes de lui.

- Disons plutôt qu'il est toujours très occupé.

- Votre chef lui donne plus de travail qu'à toi ?

Blaise ralentit ses mouvements. Le lait qu'il versa sur ses miel pops clapota légèrement contre le bol. L'espace d'un instant, Hermione crut avoir Luna en face d'elle. Si ce n'est que Luna avait tendance à prendre le sol de sa cuisine pour un bol.

- C'est à peu près ça, murmura prudemment Blaise.

- Il n'a pas de nom votre chef ?

- Si, comme tout le monde.

Voyant qu'il restait silencieux, Hermione toussota avec insistance.

- Certains l'appellent le serpent.

L'image d'une langue fourchue et de deux yeux à la pupille allongée s'imposa dans l'esprit de la brune.

- Personne ne sait qui il est vraiment ?

- Quelques personnes, mais tu n'as certainement pas à le savoir.

- Donc si j'insiste pour que tu me révèles son identité, je ne recevrai aucune réponse, tenta-t-elle une dernière fois.

Blaise mâcha lentement ses céréales. Le bruit de ses mastications diminuait peu à peu, avant qu'il ne reprenne une nouvelle bouchée. Alors tout recommençait. Bruit. Mastications. Bruit. Mastications.

- Tu comprends, ce serait pas mal que je puisse le remercier pour le tableau qu'il m'a offert. Et aussi lui demander pourquoi il s'est retrouvé accroché à mon plafond.

Blaise fit tourner un miel pops dans sa cuillère. Hermione comprit vite qu'elle n'obtiendrait rien de plus de lui. Elle se leva et s'apprêta à quitter la cuisine quand elle se stoppa, s'adossant quelques instants à la chambranle.

- Tu remercieras ton ami blond de m'avoir ramené hier, c'était plutôt gentil, et étonnant, de sa part.

Elle s'en alla en silence, laissant Blaise en tête à tête avec ses céréales. Il n'avait jamais aimé les miel pops. Mais ces derniers temps, il trouvait ces petites boules croustillantes bien plus attirantes. Il les imaginait s'envoler dans une danse joyeuse et retomber tout aussi légèrement, avec douceur, grâce et…

- Tu ne devrais pas manger ces saletés, tu n'imagines même pas le nombre de calories qu'elles contiennent, déclara une voix glaciale.

Une brune venait d'entrer dans la cuisine, ses cheveux coupés court encadrant un visage aux traits qui la rapprochait plus d'une équation géométrique que l'heureux résultat de l'œuvre de Dame Nature. Tout était strict chez elle, de ses cheveux parfaitement lisses, à la couleur unie, sans mèche plus claire que l'autre. Son haut noir, son pantalon à coupe droite, son sac d'un vert sombre. Tout était étudié au millimètre près, rien n'était jamais laissé au hasard. À cela s'ajoutait une expression incroyablement hautaine.

- Pansy, c'est si bon de te voir en ce jour de pluie, ironisa Blaise.

Elle scruta la table de cuisine, se demandant certainement s'il elle pouvait prendre le risque d'y poser son sac sans qu'il ne soit attaqué par trop de bactéries. L'endroit ne parut pas lui convenir car elle adopta un visage suffisant et garda son sac serré contre elle.

- Qu'est-ce qui t'amène ici ? Drago t'a encore jeté ?

- J'ai croisé une fille à la tignasse horrible, j'en ai eu mal aux yeux. C'était qui ?

- Pansy Parkinson s'intéresse à quelqu'un d'autre qu'elle-même, ricana Blaise. Tu devrais prendre un bol de miel pops pour fêter ça.

Elle leva les yeux au ciel d'une manière qu'elle seul était capable de faire, faisant passer par ce geste tant d'exaspération qu'une personne normalement constituée se serait sentie immédiatement gênée. Mais pas Blaise.

- Elle n'avait pas la tête, ou plutôt les cheveux, d'une de tes conquêtes habituelles. Et elle était bien plus vêtue que les autres. Il est normal que je me pose des questions.

- Tu n'as pas à me surveiller, tu le sais très bien.

- On n'est jamais trop prudents, murmura Pansy en étudiant l'un de ses ongles peint en rouge, un rouge si sombre que ses doigts semblaient avoir été plongé dans le sang.

- Ce serait donc plus prudent si je ne te disais pas son nom. Sache juste qu'elle n'est pas un problème, rien comparé à ce qui nous préoccupe actuellement.

Pansy ne put qu'approuver. Comme si ce rappel venait d'alourdir le poids qu'elle portait déjà sur ses épaules, elle s'installa sur une chaise, exposant ainsi son pantalon haute couture à une quantité incalculable de germes.

- J'ai déjà appelé Drago ce matin, je lui ai fait un résumé de la situation, il m'a ordonné de poursuivre cette affaire avec toi. J'aurai bien protesté, mais notre serpent me semblait d'ores et déjà assez tendu ces derniers temps.

- Quelle affaire ?

- Crabbe a disparu.

- Cet idiot a dû se perdre.

- Le problème, c'est qu'il ne se serait jamais perdu seul. Goyle et lui sont toujours fourré ensemble, je crois même qu'on a du leur donner un unique cerveau qu'ils se partagent. Mais hier soir, Goyle était chez Dame Trude, sans Crabbe. Et depuis, on n'a plus aucune nouvelle de lui.

- Et voilà maintenant que Pansy Parkinson s'inquiète pour quelqu'un d'autre qu'elle-même, c'est du LSD qui tombe du ciel ou suis-je en train de rêver ? railla Blaise.

Elle lui aurait volontiers donné un coup derrière la tête avec son sac à main si elle n'avait pas eu peur de salir ce même sac à main.

- Ne dis pas de bêtise. Ça me fait mal de l'admettre mais avec tout ce qu'il passe en ce moment, on a tous intérêt à rester souder.

Elle eut un frisson de dégout, certainement dû à l'idée d'être soudée à une personne telle que Crabbe. Une vibration se fit entendre depuis le sac de Pansy. Cette dernière y glissa sa main et en sortit un portable noir dont elle prit rapidement l'appel après avoir lu le nom avec perplexité.

- Goyle ? Tu veux quoi ?

- C'est pas l'amabilité qui t'étouffe, marmonna Blaise en prenant une nouvelle cuillère de ses céréales.

Cette fois elle ne se gêna pas pour lui donner un coup de sac.

- C'est une blague ? … Je ne te demande pas de rire idiot, c'était rhétorique ! … Non je ne t'expliquerai pas le sens de ce mot… Oui il est avec moi…

Blaise se redressa.

- …Il est…

Pansy contempla son bol de céréales.

- …non il n'est pas occupé, je te le passe. Ne le salies pas, invectiva-t-elle en lui passant son téléphone de mauvaise grâce.

Zabini lécha consciencieusement sa cuillère et prit l'appareil. Son visage passa par plusieurs expressions, sous les yeux scrutateurs de Pansy. Il parut d'abord ennuyé, avant d'être surpris, puis à nouveau ennuyé.

- Non, rentre chez toi, on s'en occupe, conclut-il en raccrochant.

Il tendit le téléphone à la brune.

- Qu'entends-tu par on ? s'informa-t-elle.

- Toi et moi. On a du boulot.

Ils se fixèrent plusieurs instants et dirent en même temps :

- Génial.

Pansy fut la première à se lever, jetant plus que déposant délicatement le bol de céréales de Zabini dans son évier et le tirant par le bras.

- J'avais pas fini ! se plaignit-il.

- Dépêches-toi de te changer, je refuse de m'afficher avec ça, coupât-elle.

Blaise songeait encore à ces paroles en boutonnant sa chemise. Il en avait mise une d'un jaune intense. Il ne s'expliquait pas ce choix. À vrai dire, il ne s'expliquait pas grand-chose depuis quelque temps. Surtout le fait que son meilleur ami, le même insensible qui avait brisé le cœur de tant de filles qu'il en avait perdu le compte, se soit hier préoccupé de la sécurité d'une furie brune. Il ne s'expliquait également pas la déception qu'il avait ressentie en entendant la voix de Goyle à travers le portable. Même après un passage sur les ondes elle restait toujours aussi nasillarde. Maintenant, il était obligé de courir dans Londres toute la journée avec une femme qu'il n'aimait que de loin. De très loin. Sur un autre continent par exemple. Lui qui avait espéré faire un tour dans la boutique de Luna, ne serait-ce que pour l'aider à ranger dans les rayons les nouveaux articles déjantés qu'elle avait un don pour dénicher. Il n'y avait qu'elle pour croire qu'un bonnet de douche qui imitait le bruit d'un canard puisse être utile.

- Tu crois que je peux davantage m'afficher avec un toi comme ça ? marmonna Pansy en le voyant revenir. J'aurai l'impression de me trimballer un canari toute la journée, déclara-t-elle en désignant sa chemise jaune vif.

Elle poussa un soupir exaspéré et ouvrit la lourde porte en bois noir.

- Au travail ! lançât-elle en prenant place côté passager d'une longue berline cuivrée. Ce n'est pas la voiture de Drago ? questionna-t-elle lorsque Blais l'eut rejoint.

- Ça l'est, confirma-t-il.

- Il n'a jamais voulu que je lui emprunte une voiture, gémis Pansy.

Blaise eut un sourire fugace. Seul lui avait le droit de poser ses mains sur le volant d'une des nombreuses précieuses voitures de Drago, et ce depuis déjà plus de sept ans, alors qu'ils quittaient tout deux sans se retourner la ville de Miami.

- Où est entreposée la précédente livraison ? interrogea Blaise.

Il sortit son portable et après y avoir entré un nombre incalculable de mots de passe, répondit :

- Entrepôt 69.

Pansy fronça les sourcils.

- Drago a un humour pourri, déclara Pansy.

Elle se remit à pianoter sur son portable à une vitesse vertigineuse, ce qui ne manqua pas d'impression Blaise qui faillit renverser un passant en se concentrant sur les mains habiles de la brune.

- T'as des doigts magiques ou bien ?

Pansy émit un petit rire.

- C'est ce que me disait souvent Drago.

Elle paraissait si satisfaite de sa dernière remarque que Blaise ne put s'empêcher d'ajouter :

- Puis il t'a plaqué.

Il récolta un regard assassin qui ne fit qu'augmenter son hilarité.

- Mènes-nous à l'entrepôt 69 sans écraser personne et j'envisagerais de ne pas te réduire en bouilli à la première occasion.

- C'est demandé si gentiment, répliqua Blaise en prenant un nouveau tournant.

Il faisait jour depuis plusieurs heures, le soleil était d'ores et déjà son zénith en cette froide journée du mercredi 4 novembre. Cependant, ce dernier était désormais masqué par une épaisse couche de nuages. La pluie qui s'était abattue plus tôt sur Londres se changerait certainement en neige et recouvrirait la ville d'un manteau blanc. Des enfants sortiront jouer dans les rues, sous les regards bienveillants de leurs parents. C'était ce à quoi penser Pansy en regardant le ciel. À ce qu'elle aurait pu faire, plus jeune, elle aussi. Seulement rien ne s'était passé ainsi. Elle qui avait toujours tout eu sous contrôle, qui ne laissait aucun détail lui échapper, elle n'avait jamais eu une réelle emprise sur son passé.

Blaise la sortie de ses pensées en claquant la portière. Il avait rabattu sa capuche sur son visage pour éviter les caméras de surveillance. Pansy fit de même et masqua même le bas de son visage avec un foulard hors de prix. Ensemble, ils pénétrèrent dans l'entrepôt. Il était quasiment vide. Seul un empilement de boîte en carton l'occupait. Il y en avait plusieurs dizaines et toute contenait une matière blanche contenue dans du plastique comme le constata Pansy en jetant un coup d'œil dans une boîte.

- Une tonne de cocaïne, comme prévu, déclarât-elle.

- Alors on fait quoi maintenant ?

- On attends.

Blaise soupira.

- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse d'autre ? reprit Pansy.

- Goyle a reçu un appel de Crabbe, on devrait être à sa recherche.

- On sait tous très bien que ce n'est pas Crabbe qui a passé l'appel. D'ailleurs on n'a pas non plus besoin de le chercher, il viendra certainement à nous.

- Certainement pas ici, avec un peu de chance, ils ne savent pas encore dans quel entrepôt on conserve notre stock.

- Seulement on est sûrs de rien alors on joue les gardes du corps d'une tonne de coke jusqu'à ce que Drago nous envoie ailleurs.

Blaise s'assit dos contre les cartons.

- Il aimait bien ton professionnalisme.

Pansy haussa un sourcil parfaitement dessiné.

- Drago je veux dire.

- Oui, eh bien il faut croire qu'il a fini par en avoir marre.

Le silence s'installa. Seul l'agaçant bruit du jeu de Blaise venait le perturber. Il tapotait sur l'écran de son portable comme un forcené. Il était plongé dans une intense concentration, comme si son destin dépendant de l'issue de ce stupide jeu à l'énervante musique. Elle avait déjà trouvé Drago dans cette situation. Une fois seulement. Il faisait bien trop attention à son apparence, bien plus que Blaise. À l'époque, elle croyait encore qu'elle n'était qu'une simple secrétaire qui sortait avec son chef. Elle fermait les yeux sur les actions de ce même chef. Elle s'était forgée un avenir parfait, dans lequel elle remonterait une allée bordée de fleur dans une longue robe blanche pour porter à la fin de la journée le nom de Pansy Malfoy. Elle avait eu besoin de se persuader que les choses se dérouleraient ainsi. Elle qui n'avait jamais eu le droit à ne serait-ce qu'une perspective du bonheur. Elle s'était prise à croire que fonder une famille avec un homme qu'elle idéalisait serait possible, qu'il n'y avait pas d'autre possibilité d'avenir pour elle. Évidemment, cela ne s'était pas passé ainsi. Elle n'était qu'une secrétaire, ou du moins ce qui s'en rapprochait le plus. Célibataire, obligée de passer les prochaines heures avec un idiot concentré sur son jeu vidéo à garder une tonne de coke qu'elle ne consommerait pas. Accablée par cette vérité qui lui tordait le ventre, elle s'installa au côté de Blaise et sortit elle aussi son portable.

*O*P*I*U*M*

- Puis nous avons songé à vos investissements aux Bahamas, vous avez deux entrepôts qui sont actuellement vides, il serait bon d'en transformer un pour en faire une boite de nuit. Je suis sûr que cette idée ravira beaucoup de gens, dont vous, cela donnerait également une image festive de la famille Malfoy…

Drago songea aux pilules que sa mère avalait par centaines, au feu devant lequel s'était tenu son père des années auparavant, un sourire satisfait aux lèvres. Tellement festif.

- Je m'en fous.

Son attaché de presse se tut enfin. Il laissa tomber l'affiche qu'il avait entrepris de dérouler et articula difficilement :

- Je comprends, appelez-moi si vous changez d'avis.

La porte du bureau se referma avec un bruit sourd derrière lui. Il paraissait évident qu'il ne comprenait pas son employeur. Personne ne comprenait jamais ses brusques changements d'humeur. Mais contrairement aux autres jours, Drago n'avait cette fois-ci aucune envie de s'en amuser. Il n'avait d'ailleurs nulle envie d'être ici, derrière ce bureau trop grand, dans cette pièce trop grande. Peu importe le temps qu'il y passait, depuis quand il l'avait acquis, jamais il ne s'y sentirait chez lui. Il n'avait envie de rien si ce n'est claquer cette même porte que son attaché de presse venait de franchir, rentrer chez lui, s'emparer d'un pinceau et se noyer dans sa peinture jusqu'à oublier que le mot vie à un sens. Il était épuisé, las de se réveiller tous les matins avec ce même ennui. Un ennui qui ne le quittait pas, jamais. Il s'immisçait en lui tel un virus mesquin, dévastant tout sur son passage, s'accrochant à lui pour ne plus le quitter.

Mais depuis quelque temps, il n'avait plus le droit de satisfaire ses envies. Il ne pouvait même plus y songer. La moindre erreur pourrait lui être fatale.

Ça avait commencé il y a six mois. Par d'insignifiants petits signes. Puis il y avait eu quelques sabotages, des trahisons. La félonie s'était propagée jusqu'à ses plus proches subordonnées. C'était à partir de ce moment que Drago Malfoy avait commencé à s'inquiéter. Il avait restreint le nombre de ses employées, diminuait les effectifs de l'organisation. N'étaient désormais véritablement proche de lui que Pansy et Blaise. Blaise en tant que bras droit, le soutenant dans chaque affaire, et Pansy se révélant indispensable dans son rôle d'assistante, toute aussi apte à livrer un café qu'à faire exploser un concurrent. Sans eux, il ne s'en serait certainement pas sorti. Il ne s'en sortirait pas pour ce qui risquait de suivre. Car il savait que quelque chose allait venir. L'ennemi encore sans visage, sans nom, préparait un coup qui ne serait que le début d'une longue série.

Il glissa une clé dans un des tiroirs de son bureau et en sortit un document. Il ne contenait que quelques feuilles, dont une sur laquelle n'était inscrite qu'un nom :

Denis Atkins

Drago tapa le nom sur Google. Le premier lien donnait sur une liste de professeur de l'université de Londres. Selon cette liste, Atkins enseignait les sciences. Curieux d'en apprendre plus, Drago quitta son bureau en claquant sa porte, jeta sa veste sur son épaule et rejoignit sa voiture.

Il ne mit pas de musique. Il ne prit même pas la peine d'allumer la radio. Il détestait les voix sublimées, modifiées, des chanteurs portés par un succès commercial, haïssait le fait de devoir écouter la même chanson que tant d'autres gens, et ce sans pouvoir choisir. Alors il avait choisi le silence. D'habitude, Blaise était assis à ses côtés, conduisant tandis que lui regardait par la fenêtre. Seulement, Blaise était actuellement bloqué dans un entrepôt. L'idée qu'ils doivent y rester jusqu'à recevoir des ordres contraires en compagnie de Pansy amusait le blond au plus haut point.

Le Birbeck College possédait une façade en verre sur laquelle se reflétait le ciel. C'est devant cette académie au sein de laquelle se pressaient de nombreux scientifiques que s'arrêta Drago, certain d'y trouver le professeur Atkins.

Le hall de l'université était presque vide. Drago jeta un coup d'œil à sa montre et vit qu'il n'était que quinze heures, la majorité des élèves devait ainsi être en cours. Cela lui rappelait quelque peu les années qu'il avait lui-même passées en tant qu'étudiant. Il avait reçu un enseignement en commerce international, se spécialisant dans le conseil en stratégie et dans la finance de manière plus générale. Il avait quitté les bancs d'Oxford à vingt-deux ans, diplôme en poche. Il se souvint encore de ce jour où Blaise s'était arrêté devant la façade de la prestigieuse école. Lui avait choisi de se passer de diplôme, accomplissant déjà les missions que lui confiait son ami blond. Blaise, au volant de la voiture empruntée à Drago, n'avait pas eu un sourire. Chacun d'eux savait ce que le diplôme que tenait Malfoy signifiait. Il signifiait qu'il était temps de reprendre le flambeau, que plus rien ne pourrait désormais l'empêcher de diriger l'héritage des Malfoy, peu importe quelle forme prendrait cet héritage. Alors c'était ce qu'il avait fait, et ce depuis quatre ans. Il avait maintenant vingt-six ans, marchait dans les pas de son père et de son grand-père avant lui, suivant un chemin que d'autres avait tracé pour lui.

- Où puis-je trouver le professeur Atkins ? demanda-t-il à une secrètraire à moitié assoupie.

Elle se réveilla brusquement en entendant la voix grave du jeune homme et cligna plusieurs fois des yeux, se demandant certainement si un ange venait de tomber du ciel.

- Atkins ? répéta-t-elle bêtement.

- Oui, le professeur, il travaille toujours ici n'est-ce pas ?

Elle tourna son siège vers son ordinateur puis stoppa son geste juste au-dessus de son clavier, revenant tout aussi rapidement vers Malfoy.

- Salle 107, aile droite, son bureau est à l'arrière. Vous avez de la chance, il n'a actuellement pas cours.

- Merci.

Drago ne lui avait accordé aucun sourire mais la secrétaire n'en resta pas moins béate d'admiration.

Après avoir emprunté un escalier et tournait dans quelques couloirs, Drago trouva la salle 107. Il ne prit même pas la peine de frapper, pénétrant dans une salle de cours composé de tabouret en fer et de plan de travail immaculé. Une odeur indescriptible régnait dans le laboratoire, quelque chose qui ressemblait à de l'amande. Des bruits provenant de l'arrière-salle attirèrent son attention. Il entrouvrit lentement la porte et vit un homme de dos. Malingre, il portait une blouse qui flottait autour de lui. Quand il se retourna, Drago put voir qu'il portait des lunettes de protection. L'ensemble lui donnait l'air d'un scientifique fou. Il n'hésita pas une seconde de plus et ouvrit largement la porte, stoppant l'homme en blouse blanche.

- Professeur Atkins ?

Il n'obtint aucune réponse.

- Vous trouver a été d'une simplicité déconcertante, murmura Drago en entrant davantage dans le pièce.

Toujours aucune réponse.

- Ce sera rapide, j'aimerais juste que vous m'expliquiez pourquoi en cherchant dans d'anciens dossiers j'ai trouvé une liste de cinq noms, et pourquoi le vôtre était le seul à ne pas être rayé.

- Je ne sais rien ! s'exclama soudainement Atkins.

- Kristoff, Greer, Combes, Smith, tous des scientifiques, tous morts. Sauf vous.

- Ce n'est pas ma faute s'ils sont morts.

- J'ai des doutes. Par contre, ce dont je suis sûr c'est que vous avez un lien avec eux. Lequel ?

Il s'était approché d'Atkins, le menaçant de son regard de glace.

- Ne me mêlez pas à ça.

- Vous y êtes déjà mêlé, ne me forcez pas à y mêlez également votre fille.

Le visage du professeur se décomposa.

- J'ai appris qu'elle était ici elle aussi, en tant qu'étudiante. Une future scientifique, comme son père. Je trouverai certainement ça mignon si je n'avais pas actuellement vie de vous planter mon couteau dans la tempe.

Cette fois, Atkins perdit le peu de couleur qui lui restait.

- Ils avaient besoin d'un scientifique…

- Qui ils ? reprit Drago.

- Je ne connais pas leur nom, il y avait une femme avec de longs cheveux emmêlés. Un homme portant une barbe, un autre qui lui ressemblait mais en plus jeune, avec le nez cassé. Les trois étaient bruns.

- Que voulaient-ils ?

- Je vous l'ai déjà dit, ils avaient…

-…besoin d'un scientifique, oui j'ai compris. Je suppose que les autres ont refusé de collaborer, le choix s'est donc porté sur vous.

Atkins tremblait de peur. Il laissa tomber le tube à essai qu'il serrait avec force depuis l'arrivée de Malfoy.

- Qu'est-ce que vous préparez ?

Le regard du professeur se fit plus fuyant.

- Et c'est quoi cette odeur ?

La question resta en suspens plusieurs secondes. Cette forte odeur d'amande, Drago était certain de l'avoir déjà senti quelque part. Brutalement, un souvenir lui revint, il s'empara de la blouse du professeur et reprit :

- À qui est-ce destiné ?

Atkins mit plusieurs secondes avant de lâcher un nom :

- Londubat.

Drago le relâcha et quitta en trombe la salle de cours. Tandis qu'il rejoignait sa voiture au pas de course, il sortit son téléphone portable et appela Blaise. Ce dernier décrocha après la troisième sonnerie.

- Dis-moi que tu n'es pas à l'entrepôt, dit Drago de but en blanc.

- Je ne suis pas à l'entrepôt, répondit Blaise.

- C'est vrai ? s'étonna Malfoy en s'installant derrière son volant.

- Oui, je suis partie chercher des cafés, l'autre commençait à me taper sur le système.

- Pansy y est toujours ? coupa brutalement Drago.

- Ouaip, elle n'était pas très ravie de devoir monter la garde seule mais au moins je ne pourrai plus envahir son espace vitale avec mes microbes. Enfin c'est ce qu'elle a dit je crois, elle criait tellement.

- Fais-la sortir de là, tout de suite.

Quand Blaise reprit la parole, le ton de sa voix avait changé du tout en tout. Il était désormais empli d'inquiétude.

- Qu'est-ce que tu as trouvé Drago ?

- Il est fort probable que notre dernière livraison ne contient pas de la cocaïne mais du C-4.

Un silence lui répondit.

- Fais-la sortir. Maintenant, ordonna Malfoy avant de raccrocher et de se mettre en route vers l'adresse qu'il avait dénichée en entrant le nom de Londubat dans ses fichiers.

1 rue des bouleaux. Ou autrement dit, l'adresse d'un centre d'hospitalisation à longue durée, l'établissement Willis.

*O*P*I*U*M*

Pansy poussa à nouveau un long soupir. Cette fois, elle éteignit son portable et le rangea dans son sac à main en cuir vert. Elle en avait assez de ces jeux stupides. Elle était Pansy Parkinson bon sang, elle avait mieux à faire que passer son temps dans un entrepôt à moitié vide avec un idiot accro à Candy Crush. Quant à elle, elle avait supprimé toutes les applications de jeux il y a quelques instants. Un portable n'était après tout pas fait pour jouer. Ce n'était visiblement pas ce que pensait Zabini, étant donné le nombre astronomique d'applications qui s'affichait sur son écran.

- Où trouves-tu le temps d'y jouer ? s'exaspéra Pansy.

- J'ai toujours un peu de temps libre, répondit-il faiblement, en pleine concentration.

- C'est ça, on voit bien que c'est moi qui fais tout le boulot ici.

Il releva brusquement la tête.

- C'est pas vrai !

- Si c'est vrai.

- Mais Pansy, tu aimes travailler !

- Tu crois que ça me fait plaisir de me lever à six heures chaque dimanche ? Comme chaque jour de la semaine ?

Blaise resta de marbre pendant quelques instants avant de tenter :

- C'est bon pour le teint.

Pansy soupira à nouveau.

- Si ça continue, je vais me transformer en cadavre. Et je vais attraper des boutons à force de m'inquiéter.

Le visage de Blaise se contracta dans une expression de dégoût.

- Ce sera de ta faute, acheva Pansy.

- Tu sais, moi aussi je suis très occupé.

- Ah oui, et qu'est-ce qui te prend autant de temps ?

Blaise mit quelque temps avant de répondre.

- Je travaille dans une boutique.

Il songeait bien évidemment à la boutique de Luna. Ce qu'il omettait de préciser, c'était qu'il n'y était pas allé plus d'une fois et qu'aider consistait pour lui à regarder Luna ranger les rayons. Mais il l'aurait aidé aujourd'hui ! Seulement, Pansy avait débarqué à l'improviste (comme toujours car Blaise ne voulait bien sûr jamais la voir chez lui) et l'avait embarqué dans ces histoires de drogues. Histoire qui le concernait tout autant, mais c'était actuellement un détail qu'il préférait oublier.

- Tu ne reçois aucun payement pour ça. Pas de paiement, pas de salaire. Pas de salaire, pas de boulot, conclut Pansy.

- Comment tu sais que je ne suis pas payé ? s'étonna Blaise.

Pansy poussa un cri de frustration.

- Figures-toi qu'en plus de devoir répondre aux moindres exigences de Drago, je m'occupe aussi de payer tes factures ! Ça fait quatre ans que je m'en charge, tu ne pouvais pas t'en rendre compte ? Tu croyais peut-être qu'elles se payaient toute seule ?

- Oui, répondit-il le plus sincèrement du monde.

Pansy explosa, l'accablant d'une multitude de noms qui ne seront pas retranscrits ici. Blaise cessa de jouer et se leva lentement, médusé par temps de violence. Penser qu'une femme aussi stricte et classe que Parkinson puisse connaître tant d'insulte… Elle ne cessera jamais de le surprendre.

Il se dirigea comme un automate vers la porte de l'entrepôt et déclara avant de s'enfuir :

- Je vais chercher des cafés !

Pansy mit plusieurs minutes à se calmer. Cet homme allait la tuer. Lui et Drago, ils étaient comme des démons, des virus qui usaient sa patience, son temps, son énergie, tout ce qui la rendait vivante. Elle finirait brisée, écrasée par la charge de travail qu'ils lui imposaient. Et tout ça à cause de deux imbéciles heureux.

Elle sortit une lime à ongles de son sac et s'appliqua à les tailler, faisant les cent pas non loin des cartons emplis de cocaïne. Elle reçut un premier message alors qu'elle limait son majeur. Cela la laissait tout d'abord indifférente mais elle sortit finalement son portable en entendant qu'un deuxième message venait de rejoindre sa boîte de réception. Les deux sms venaient de Blaise. Chacun n'était constitué que d'un mot. Le premier était Pansy. Le second carton. Intriguée, elle s'approcha des cartons et en ouvrit un à l'aide d'un petit poignard qu'elle gardait toujours dans une poche intérieure. Elle n'avait rien remarqué d'étrange en arrivant, pourquoi Blaise voulait qu'elle s'intéresse de nouveau aux cartons ? Elle entendit la sonnette signifiant qu'elle avait reçu un nouveau message. Elle ne regarda pas tout de suite et ouvrit largement une boite, plantant son couteau dans le plastique qui entourait la poudre. Le problème, c'est que ce n'était pas de la poudre. Elle plongea ses doigts manucurés dans la matière malléable blanche, semblable à de l'argile. Une forte odeur d'amande lui parvint. Elle se saisit brusquement de son portable et lut le dernier message :

C-4.

Poignard à la main, elle bondit sur ses pieds et courût vers la sortie, son cœur menaçant d'exploser. Elle eut tout juste le temps d'ouvrir la porte de l'entrepôt avant qu'un bruit semblable à un coup de canon retentisse.

Le monde vola en éclat.

*O*P*I*U*M*

Elle marchait le long d'une route déserte. Presque aucune trace de roue ne venait marquer la terre du chemin. C'était comme si jamais personne ne venait ici. L'endroit, à l'orée d'une forêt luxuriante, paraissait désolé, lieu maudit au cœur d'un paradis sylvestre. Une brève éclaircie vint illuminer les quelques feuilles mordorées qui s'accrochaient encore aux arbres. De minuscules perles d'eau en tombaient, vestige de la dernière pluie. Elles éclataient au sol, résonnant aux oreilles de la jeune femme comme une douce mélodie. La terre était un immense piano, chaque goutte venant y apportait sa voix, contribuant à donner vie à cet endroit merveilleux.

Hermione s'arrêta près d'un banc. C'était ici que prenait fin le chemin. Le bâtiment qui lui faisait face était d'une blancheur sans tache, comme taillées dans le roc. Le contraste qu'il créait avec la forêt pleine de vie était saisissant. Lui était si dur, si froid, si mort. L'établissement Willis, un centre d'hospitalisation à longue durée, le centre du sommeil comme l'appelaient certains médecins qu'Hermione avait croisés dans les couloirs de l'hôpital. Elle s'imagina sans peine ceux du centre. De longs murs blancs, éclairés par la lumière crue des néons. Des chambres toutes identiques, sans cadre photo aux murs. Des fleurs sans parfum dans les vases, un mobilier aux formes géométrique, une atmosphère glaciale. Quel était l'intérêt de créer un endroit chaleureux ? Comment des gens plongés dans un coma végétatif pouvaient-ils y être sensibles ?

Le centre Willis. C'était ce qui était inscrit en lettres noires au-dessus de la porte de verre. Il n'y avait pas que cela. Il y avait également un message, dominant l'entrée tel un chien des enfers.

Hermione se laissa tomber sur le banc. Il lui sembla que le ciel se mettait à pleurer. Ou bien était-ce ses yeux qui se brouillaient ? Peu lui importait. Toutes ses pensées étaient tournées vers le message inscrit sur le panneau. Noir sur blanc. Un assemblage de lettres sombres sur un fond d'une blancheur irréelle. Et dans ces deux mots, elles semblaient voir deux yeux qui la transperçaient, lisaient en elle comme dans un livre ouvert. Tout prenait alors une allure de fin. Le soleil laisserait éternellement place à la lune, les nuits s'étirèrent en longueur. C'était probablement fini. Elle aurait simplement souhaité ne pas être la première à partir. Ce n'était pas la peur qui la faisait penser ainsi, davantage l'incompréhension. Elle ne comprenait pas les changements qui s'opérait elle, elle aurait aimé saisir ce fugace instant où tout avait basculé, le retenir éternellement dans le creux de ses mains. Mais c'était probablement fini.

Le message l'observait toujours. Neuf lettres qui la faisaient sentir si seule. Isolée ainsi du monde, elle aurait pu disparaître dans un nuage de poussière et se laisser porter par les vents. Nul ne l'aurait remarqué. Perdue dans ce désespoir, elle songea qu'elle aurait aimé pouvoir serrer la main de quelqu'un. Mais il n'y avait qu'elle, et le message placardé sur le mur du centre. Alors elle leva à nouveau les yeux et murmura le message qui accueillait les nouveaux patients.

- Mourir ici.


* Je précise que j'ignore si le C4, qui est un explosif au passage, sent l'amande. Enfin selon Homeland, c'est le cas. J'ai enfin trouvé une utilité à toutes les séries que je regarde.