On va passer les habituelles excuses dues à mon retard. Ce chapitre est une sorte de transition, il est donc plus court que les autres et dans tous les cas, j'ai décidé de faire des chapitres en moyenne plus courts, peut-être que cela m'aidera à poster plus fréquemment.

Merci à PouleauPotter, Flamby, Miss Netis, MademOiselle235463, invisible smile, JustanotherTime.

Pour la musique, c'est un retour aux classiques : I Wanna be Yours - Arctic Monkeys


8

I wanna be Yours

Blaise raccrocha et accéléra le pas, pianotant frénétiquement sur son portable. Il fallait prévenir Pansy le plus vite possible. Il n'envoya que trois messages avant de le glisser dans sa poche et de se mettre à courir, laissant définitivement tomber les cafés au sol. Le liquide chaud s'y répandit en une mare sombre. Blaise n'y prêta aucune attention, tout ce qui importait à cet instant c'était la porte de l'entrepôt 69 qui venait juste de s'ouvrir, dévoilant le visage de Pansy. Il n'eut même pas le temps de crier son nom.

Il lui sembla que le monde prenait feu, se fissurait pour ne laisser place qu'à un lieu de désolation, perdus entre flamme et débris. Il vit le corps de Pansy être propulsé par la puissance de l'explosion. Il le vit retomber brutalement sur le gravier. Lui-même fut violemment jeté à terre. Ses oreilles sifflaient, c'était comme si on lui avait percé les tympans. Il avait beau cligner des yeux, il était momentanément devenu aveugle. La poussière était partout.

La bête immense faite de pierre qu'était l'entrepôt 69 avait été pulvérisé en un instant, ses murs arrachés, ses côtés déchiquetés, déformés, démembrés. Elle était revenue à son état premier sans passer par le stade de décomposition. D'elle il ne restait désormais plus que des ossements au-dessus desquels flottait des nuages de poussière qui se mouvaient tels des démons rieurs.

Parmi cet enfer reposait un corps, seul témoignage de la vie qui avait habité ces lieux. Blaise s'en approcha du mieux qu'il put, encore totalement déboussolé par l'explosion. Il dégagea un débris afin de libérer un membre pris au piège de la bête défaite. Le visage de Pansy était recouvert d'une épaisse couche de poussière. Blaise dut s'y prendre à plusieurs fois pour mesurer son pouls. Hébété, il alla même jusqu'à plaquer le côté de son visage contre sa poitrine. Un timide battement lui répondit. Ce battement eut le don de lui redonner espoir. Il se leva si vite que sa tête lui en tourna et téléphona à Drago. Les tonalités ne durèrent pas bien longtemps. Un silence pesant s'installa entre eux.

- C'était du C-4, déclara finalement Blaise.

- Pansy ?

- Elle est vivante.

- Emmène-la à l'hôpital.

- Je suppose que tu ne laisseras pas passer cela.

Son regard glissa sur le paysage désolé qui s'offrait à lui.

- C'est une déclaration de guerre.

*O*P*I*U*M*

Les murs du centre Willis étaient à l'image de l'atmosphère que le bâtiment dégageait. Entièrement blanc, sans défaut, sans tache, rien qui ne puisse rompre avec cette perfection factice. Cet environnement impersonnel ne dégageait aucune chaleur. Hermione songea avec ironie qu'il n'était pas étonnant que peu de patients se réveillent entre ces murs. Qui voudrait quitter un coma sans joie mais également sans peine pour une vie passée ici ? Il n'y avait rien de vécu ici, seulement du dissimulé.

« Mourir ici »

Quelle absurdité.

« Mourir ici »

Quelle réalité.

Sa main caressa le plâtre. C'était comme si ces mots étaient gravés en leur sein, invisible et pourtant bien présent. Les murs hurlaient ces deux mots, répétaient inlassablement, finissant par former une horrible litanie qui se changeait en cri de désespoir.

- Excusez-moi, je peux vous aider ?

Une infirmière au visage avenant lui faisait face. Hermione mit quelques instants à retrouver le but précis de sa venue. Cet endroit avait le don de lui faire perdre tout repère, elle qui avait d'habitude un esprit que rien ne pouvait perturber. Les mots franchirent difficilement ses lèvres :

- Je viens visiter la future chambre de mon…ami.

Le regard froid de l'infirmière l'avait fait douter des relations qu'elle entretenait avec Ron. Pourquoi ce doute ? Il était son petit ami. Oui, il l'était. Seulement, il n'était pas son fiancé, pas comme Ginny et Harry. Il n'était pas son mari, pas comme le seraient bientôt Ginny et Harry. Il n'était que son petit ami, aussi peu et autant que cela représente, cela ne changeait rien à sa solitude écrasante.

- Monsieur Ron Weasley je suppose ?

- C'est cela.

- La chambre trois cent six lui est réservée, il faut monter deux étages puis allez à droite. J'espère que l'environnement vous satisfera, bonne journée.

Elle s'éloigna d'un pas cadencé, d'une manière telle qu'elle en perdait presque toute humanité. Hermione dédaigna l'ascenseur pour les escaliers, montant rapidement au troisième étage. La hauteur rendait l'endroit encore plus inquiétant. Étrangement, son premier juste fut de se diriger vers une fenêtre et de tenter de l'ouvrir. Elle étouffait ici. L'interstice créait ne dépassait pas les cinq centimètres. Chaque fenêtre menant à l'extérieur était bloquée. En se tordant le cou et en apercevant la distance qui la séparait du sol, Hermione comprit pourquoi ils avaient bloqué les issues.

Elle n'atteignit jamais la chambre destinée à Ron, son attention étant happée par la porte ouverte d'une autre. Elle comportait deux lits dans lesquels reposaient un homme et une femme. Leur regard, perdu dans le vague, ne parvenait pas à se concentrer sur l'homme qui leur faisait face.

Il était plongé dans un silence méditatif. De sa main il caressait sa chevalière d'argent. Il se tourna subitement vers la porte et découvrit Hermione l'observant. Ses yeux s'agrandirent l'espace d'une seconde.

- Granger, dit-il d'un ton narquois.

- Malfoy, répondit-elle à contrecœur.

Elle ignorait si elle était heureuse de le voir. Indifférente était plutôt le mot. Et puis, cette situation était si incongrue. Elle fit quelques pas hésitants dans la chambre et comme il ne fit rien lui signifiant de partir, elle finit par s'arrêter à ses côtés. Elle maintient cependant une certaine distance entre eux, c'était plus fort qu'elle.

- Des membres de ta famille ? questionna-t-elle.

- Des inconnus.

Elle lut leur nom sur un dossier posé sur une commode. Alice et Frank Londubat. Elle réalisa soudainement qu'elle avait en face d'elle les parents de Neville. Internés depuis plus de vingt ans. Leurs visages marqués par le temps en étaient témoins. L'égarement que l'on voyait flotter telle une ombre au fond de leur regard créait un fossé entre eux et la réalité.

- Tu les connais ? s'étonna-t-elle.

- Du tout.

- Pourquoi visiter des inconnus ?

- Par charité.

- Toi, charitable ? J'ai du mal à y croire.

- Tu poses toujours autant de questions ? fit-il mine de s'agacer.

- C'est parce que tu m'intrigues.

- Je suis intriguant ?

- Oui, tu ne réponds pas à mes questions, s'énerva-t-elle en se détournant brusquement.

- Tu souhaites aussi peu entendre de réponse qu'ils souhaitent se réveiller.

Elle posa ses yeux noisette sur le couple Londubat.

- Pourquoi refuseraient-ils de se réveiller ?

- Ils sont plongés dans le coma depuis vingt longues années, le monde a changé, le temps a passé. Sans eux. S'ils se réveillent, ce ne seront plus des adultes dans la force de l'âge qu'ils verront dans le miroir, mais des vieillards aux traits encore hantés par la folie.

- Ça n'explique toujours pas ta présence ici, reprit-elle.

- Tu ne m'as pas non plus dit pourquoi tu étais là.

Elle piqua un fard, prise de confusion. Drago repensa au dossier qu'il tenait sur elle. Une ligne indiquait que son petit ami était plongé dans le coma. Elle lui rendait peut-être visite. Cette idée l'agaça.

- Je connais ces gens, marmonna-t-elle.

Était-ce la réelle raison de sa visite ?

- Ce sont les parents d'un de mes amis.

- Tu vas souvent rendre visite aux parents de tes amis ?

- Oui… non. En fait, c'est la première fois.

- Mais tu les connais.

Hermione se maudirait plus tard d'avoir sorti cette réponse.

- Oui.

- Parfait ! répliqua-t-il en la prenant par le bras et en la menant à l'extérieur. Dans ce cas tu vas pouvoir m'être utile.

- Où tu m'emmènes ? s'inquiéta-t-elle alors qu'il la traînait dans le couloir.

L'infirmière qu'elle avait croisée tout à l'heure lui jeta un regard indifférent.

- Je t'ai déjà dit que tu posais trop de questions.

Son masque d'impassibilité se fendit d'un sourire en voyant la mine contrite d'Hermione. Loin de se laisser faire, elle se démenait de toutes ses forces pour échapper à la poigne de fer du blond. Ses efforts étaient cependant balayés par la ténacité du jeune homme, qui la jeta sur le siège en cuir de sa voiture en un rien de temps.

- C'est du kidnapping ! s'époumona-t-elle en remarquant qu'il avait déjà verrouillé sa portière.

- Juste un emprunt.

Il mit le moteur en marche et roula dans la route de forêt. Hermione se souvint être descendue en taxi à plus d'un kilomètre du centre. Cette distance fut avalée en rien de temps par la puissante berline de Malfoy.

- Laisse-moi sortir.

Il prit une voie rapide tout en pianotant sur son téléphone qu'il finit par porter à son oreille sans lui prêter la moindre attention.

-…Yaxley, réservez deux sièges en première classe sur le prochain vol Londres-Heathrow/El Dorado. Dans une heure ? C'est parfait. Faites aussi décollé le jet. Faites-le, c'est tout. Oui, également en direction de Bogota. Vous m'agacez avec vos questions, contentez-vous d'exécuter.

Il raccrocha et remit son portable dans sa poche.

- Je suis soulagée d'apprendre que ton impolitesse n'est pas uniquement dirigée contre moi, attaqua aussitôt Hermione.

Il poussa un soupir mais ne répondit pas.

- Fais-moi descendre. TOUT DE SUITE.

Cette fois il daigna tourna une fraction de seconde son regard de glace vers elle.

- Non.

Ce refus acheva Hermione. Elle se mit à vider l'ensemble de sa boîte à gant sur lui, forçant le jeune homme à se ranger sur le côté pour ne pas perdre le contrôle de son véhicule. Il ne déverrouilla cependant pas les portières, au grand dam d'Hermione.

- Je n'ai jamais vu de fille aussi agaçante, bruyante, irascible…

- Tu comptes me déballer le Larousse ?

- …chiante que toi, termina-t-il.

Elle haussa un sourcil, nullement impressionnée par cette série d'insultes. Se faire traiter de tous les noms par une personne aussi détestable que lui ne l'atteignait pas. Était-ce prétentieux de sa part de se sentir d'une certaine manière supérieure à lui ? Certainement. Mais c'était la seule chose qui la retenait de se découvrir des talents de tueuse à gages et de les expérimenter là, tout de suite. Et tant pis si elle tachait ces magnifiques sièges en cuir.

- Aussi haïssable sois-tu, j'ai grand besoin de ton aide. Cette aide, dont j'ai vraiment besoin, j'aurais pu la trouver en la personne de mon assistante si seulement elle ne s'était pas trouvé trop près d'une tonne de C-4. Ou deux. Je ne sais plus.

- T'es en train de me dire que ton assistance a explosé ?

Hermione écarquilla les yeux, passablement choqué du ton nonchalant de Malfoy.

- Mais non, bien sûr que non. Enfin je suppose, Blaise m'a dit qu'elle était encore vivante bien qu'il n'est pas précisé dans quel état. Le truc, c'est que j'ai besoin d'une personne à l'allure féminine…

Il l'inspecta de haut en bas et poursuivit :

- Enfin, plus ou moins féminine, pour remplacer cette chère assistante actuellement clouée à un lit d'hôpital.

- Encore une insulte de ce genre et tu perds tout espoir d'obtenir mon aide, le prévint la brune.

Malfoy se mordit la lèvre. Il devait sans aucun doute retenir avec difficulté le flot d'insulte qui devait actuellement traverser son esprit dérangé.

- Donc, si j'ai bien compris, tu veux que je t'accompagne à l'autre bout du monde, certainement dans un trou pommé au fin fond de la forêt amazonienne, sinon ce ne serait pas drôle, pour résoudre une affaire sans aucun doute débile de trafiquants tout aussi débile ? Et tout ça en ton exécrable compagnie ? Toi, le blond décoloré qui a autant d'estime pour les êtres humains qu'un végétarien pour un rognon de bœuf ?

- Mes cheveux sont naturellement blonds. Et je rêve où tu viens de te comparer à un rognon de bœuf ? Tu n'aurais pas pu trouver quelque chose d'un peu plus mangeable ?

- J'adore ça moi.

Il émit une exclamation de dégoût et lui adressa un regard atterré.

- On s'en fout totalement que ce soit des rognons ou des côtes de veau ! Dans tous les cas un végétarien n'en mangerait pas, s'impatienta Hermione.

Il reposa les mains sur le volant et se prépara à redémarrer. La main d'Hermione l'en empêcha.

- Je n'ai nullement accepté ton plan foireux, déclara-t-elle d'un ton qui ne laissait passer qu'un profond ressentiment pour le blond.

- Fais pas chier… murmura-t-il.

- Tu n'avais qu'à comprendre qu'assistante et C-4 ne font pas bon ménage.

Un silence s'installa. Hermione était bien décidée à le laisser durer, sachant pertinemment qu'en faisant cela elle faisait encourir le risque à Drago de rater son vol. Il finirait forcément par s'agacer, ce n'était qu'une question de secondes. Dans trois, deux, un…

- D'accord, abandonna-t-il. Qu'est-ce que tu veux ?

Un sourire victorieux se peignit sur les traits d'Hermione.

- Devrais-je plutôt demander combien ?

- Je t'ai déjà dit que je n'étais pas ce genre de fille.

En disant cela, Hermione faisait référence aux deux fois où Malfoy lui avait demandé son prix, la faisant ainsi passer pour une prostituée. Ce qu'elle ignorait, c'était que Malfoy ne pensa pas du tout à cela en entendant ces mots. Il songeait plutôt à la valise contenant un million de livres sterling qu'il lui avait offert. Cadeau qu'elle avait aussitôt repoussé. Ce que la jeune femme refusait toujours de comprendre, c'était que le mystérieux bienfaiteur qui lui avait par la suite offert un splendide tableau n'était autre que Drago Malfoy, et non pas un chef sortit de tout droit de son imaginaire.

- Qu'est-ce que tu veux alors ?

- Blaise et toi vous semblez penser que l'argent peut tout acheter, et qu'il n'y a que ça qui compte dans la vie.

- Où le problème ?

Le sourire d'Hermione se fana quelque peu.

- Je ne veux pas de ton argent sale. Disons que je t'aide cette fois, dans mon extrême bonté. Cependant, toi et toute ton illustre petite personne me seront redevables.

Il ne paraissait pas comprendre ce que cela impliquait.

- Redevable, répéta-t-elle.

- On n'est jamais redevable de quoi que ce soit quand on paie. Tout l'avantage d'un chéquier, affirma-t-il.

- Tu me devras un service, dit-elle sans tenir compte de sa précédente remarque.

- Si ce n'est que cela, marmonna-t-il.

- N'importe quoi, n'importe quand, n'importe où. Accepte et je t'aiderai du mieux que je le puisse.

- Marché conclu.

Hermione se cala confortablement sans son siège.

- Démarre, il ne faudrait pas que l'on rate notre vol.

Drago ne se fit pas prier et remit de suite le moteur en route. La Mercedes ronronna avant de se retrouver propulsée sur les routes, slalomant à toute vitesse entre les automobilistes. Hermione fit de son mieux pour ne laisser passer aucune émotion, certaine que Drago se moquerait d'elle s'il la voyait effrayée au fond de son siège. La conduite du blond était la parfaite représentation du mot imprudence. Il n'y avait pas de témoignage plus concret que son corps balloté à chaque virage brusque que prenait le conducteur. Comme si tout cela n'était qu'un jeu. Sa naissance était le résultat d'un jeu sexuel, son enfance n'était que jeu innocent avant de devenir mesquin à la période tant honnie de l'adolescence. Puis étaient venues les jeux alimentés par cette douce poudre qui répondait au nom aussi claquant qu'un tir d'AK-47. Coke. À cela s'étaient mélangés les jeux de cash-cash, pratiqués avec de brillantes et sombres cartes de crédit qui excitaient les foules, les rendant vite accros aux jeux de société de consommation.

Elle se souvenait d'une phrase un jour prononcée par Blaise, dans la chambre d'hôpital de Ron « Prouve-moi que l'amour n'existe pas que dans les livres ». Elle ignorait pourquoi c'était cette phrase qui lui venait à l'esprit en le regardant, davantage que la promesse qu'elle avait faite à Vincent de l'aider dans son plan. En y réfléchissant, elle n'avait plus tant envie de quitter cette voiture. De toute manière, il fallait qu'elle se rapproche de Malfoy. Elle y était obligée. N'est-ce pas ?

L'aéroport de Londres-Heathrow était bondé, et ce à toute heure de la journée. Le flux constant de passager vêtus de chemise à fleurs, en jean, mini short, manteau en fourrure, lunettes de soleil. Tous se mélangeaient. Tout se figeait. Ce n'était plus qu'un étonnant bouquet aux couleurs aussi multiple que celles d'un arc-en-ciel. Une ébullition habitait ce lieu à chaque heure de la journée. Jour et nuit se confondaient, le terme de temps perdait de son sens. En pénétrant dans ce lieu, Hermione eut l'impression de pénétrer au sein de la tour de Babel, des siècles après sa disparition.

- Tu n'as pas de bagage ? s'étonna Hermione en voyant Drago s'éloignant de sa voiture sans passer par le coffre.

Le fait qu'elle-même n'avait rien de surprenant étant donné que ce voyage constituait un imprévu. Mais lui ?

- Un seul, mais je vais vite m'en débarrasser, ricana-t-il.

Sur ces mots, il contempla l'homme qui s'était lentement approché d'Hermione l'assommait d'un violent coup à l'arrière du crâne. Un sourire jubilatoire étirait les lèvres de Malfoy.

- Tu vois que tu sais être utile Yaxley, le félicita-t-il. Mène-la dans l'avion.

- Et vous ?

Yaxley, dont le visage était caché par une casquette n'obtint aucune réponse. Son supérieur s'était déjà éloigné, marmonnant dans sa barbe :

- J'ai quelques personnes à semer.

Il sortit son portable et se servit du reflet que l'écran éteint renvoyé pour observer deux hommes s'extirper d'une Porsche Cayenne noire. Ils les suivaient depuis qu'ils avaient rejoint la voie rapide les menant à Londres-Heathrow. Et ils continueraient à le suivre. Il était donc temps pour Drago d'appliquer les quelques leçons que lui avait inculquées son père. Il régla son pas à un rythme mille fois étudié, davantage répété. Il passa les portiques de sécurité sans effort, vérifiant de temps à autre la présence des deux molosses qui le suivaient toujours. Comment pouvaient-ils seulement espérer passer inaperçus avec une telle carrure ? Drago arriva dans la zone commerciale. Il feint de flâner dans les rayons. Alors que l'ombre menaçante d'un de ses poursuivants se réfléchissait dans une vitrine, il se pencha automatiquement vers un produit exposé en rayon et le prit entre ses mains. Il ne prêta même pas attention à ce qu'il venait d'acheter lorsqu'il passa en caisse. Au moment où la jeune vendeuse lui rendait sa carte visa Infinite avec un regard légèrement envieux, Drago vit un homme à la chevelure tout aussi blonde que la sienne, à moitié masquée par une casquette, entrer dans une cabine d'essayage.

La technique était d'une simplicité déconcertante, tellement élémentaire qu'elle ne constituerait jamais la première chose à laquelle deux individus rodés à la traque penseraient. Cette technique, Drago l'appliqua en un temps-record. Il entra sans hésitation dans la cabine et sourit à l'homme qui lui faisait face. Ce dernier, bien qu'ayant le même teint, la même silhouette et la même couleur de cheveux, avait un visage aux traits tout a fait différents.

- Prends garde à cacher ton visage.

Ce n'était pas la première fois que cet homme se faisait passer pour lui. Drago aurait pu, aurait dû, savoir son nom. Il l'ignorait. Il s'en foutait.

Ils échangèrent leurs vestes, après en avoir vidé les poches. Drago mit avec quelques réticences la casquette proclamant que l'équipe de quidditch de Flaquemare était la meilleure d'Angleterre. Il sortit ensuite en premier de la cabine et se mêla rapidement à la cohue. Alors qu'il avançait sur le tarmac pour rejoindre le vol qui les mènerait en Colombie, il remarqua que les deux colosses ne le suivaient plus. Un sourire mesquin étira ses traits.

Une hôtesse rousse l'accueillit, un sourire enjôleur se plaquant sur son visage dès qu'elle l'aperçut. Drago s'installa dans son siège comme si ce dernier était l'un des seuls trônes capables d'accueillir convenablement son royal fessier. Hermione était toujours dans les vapes. Drago n'aurait pas été étonné de voir un filet de bave s'écouler d'entre ses lèvres. Il y concentra son regard. Le souvenir du baiser qu'ils avaient échangé il y a quelques jours chez Dame Trude lui revint à l'esprit. L'avion s'élança bientôt sur la piste de décollage. Il aurait dû penser à la réussite de son plan. Son sosie avait-il pu rejoindre le jet ? Le jet avait-il seulement décollé ? Avait-on remarqué que le véritable Drago Malfoy se trouvait sur ce vol commercial ?

Cependant, aucune de ces questions ne venait assaillir son esprit. La seule chose à laquelle il pensait, c'était à la jeune femme endormie à ses côtés.

*O*P*I*U*M*

Hermione reprit lentement pied avec la réalité. Sa première réaction fut de tenter de cette cabine luxueuse aux allures de prisons. Puis elle se rappela qu'elle était dans un avion et que sortir serait causer sa mort, et peut-être même celle de tous les passagers. Alors elle resta sagement au fond de son siège, bien décidée à ignorer autant que possible le blond qui l'avait kidnappé –et peu importe qu'elle ait accepté de l'aider, cela restait du kidnapping. Elle piocha parmi un des livres mis à disposition et se plongea bientôt dans une histoire d'adultère, de meurtres passionnels et autres réjouissance. Sa lecture fut vite interrompue par les coups de coudes de Malfoy. Hermione parvint à en faire abstraction quelque temps avant de lui demander d'un ton abrupt ce qu'il voulait.

- Je m'ennuie, déclara Malfoy.

- C'est une raison suffisante pour me déranger dans ma lecture ?

- Oui.

- Eh bien je suis ravie de savoir que tu t'ennuies.

Elle disparut à nouveau dans les pages de son bouquin. Bouquin qui vola derrière une rangée de sièges, expédié en vitesse par Malfoy, tout cela avec un sourire toujours aussi mesquin. Hermione se retint de hurler de rage.

- Je m'ennuie, répéta-t-il.

- Je sais.

- Divertis-moi.

- Divertis-toi tout seul.

Il haussa un sourcil.

- Va voir l'hôtesse, je suis sûre qu'elle sera heureuse de te divertir.

- J'aime pas les rousses.

- Ce n'est pas mon problème, marmonna Hermione.

- Je préfère les brunes.

- Fort bien.

Il attrapa une des mèches rebelles de sa voisine.

- Je n'ai jamais vu de cheveux aussi horrible, analysa Drago après un certain temps d'intense réflexion. Quoique, il y avait bien cette fille qui… Non, vraiment, tes cheveux n'ont point d'égaux en matière d'horreur. Tu n'as jamais pensé à les couper ?

Elle lui adressa un regard empli de mépris et récupéra ses cheveux d'un geste brusque. Le silence s'installa pendant quelques minutes, le temps pour l'hôtesse de rousse de ramener son livre à Hermione, puis d'adresser un énième regard aguicheur à Malfoy. Ce dernier ne se gêna pas pour y répondre, ses préjugés contre les rousses instantanément balayés.

Le vol s'étira en longueur, Hermione tenta de s'endormir mais dut bientôt rendre les armes, l'agacement que générait le blond en elle coupant court à tout début de somnolence. Il avait un don pour l'horripiler, comme s'il était capable d'émettre des ondes négatives qui pénétraient Hermione au plus profond d'elle-même afin d'annihiler le peu d'émotion positive qu'elle pouvait ressentir en sa compagnie.

Drago, quant à lui, entama bientôt une conversation avec l'hôtesse, la charmant en un rien de temps et obtenant facilement le droit exceptionnel de se servir de son portable. Hermione ignorait si cela était légal et le regard d'un œil courroucé tandis qu'il pianotait sur son écran tactile. La seule fois où elle daigna lui adresser la parole, ce fut pour lui demander si son assistante allait bien.

- Elle est à l'hôpital avec un bras cassé.

*O*P*I*U*M*

- Comment ça cassé ? Eh bien réparez-le bande d'incapable !

- Nous aimerions bien Miss mais ce n'est pas aussi simple que ça…

- Quoi ? Vous comptez attendre qu'un autre bras pousse tout seul ? Vous foutiez quoi à la fac ?

Pansy attrapa d'un geste vif son téléphone portable. L'infirmière présente dans la chambre d'hôpital déglutie avec difficulté et, croyant à un moment de répit, tentant de s'esquiver en douce. Son geste attira néanmoins l'attention de Pansy, qui lui accorda un regard capable de la changer en Kinder Pingui.

- Allez-me chercher une salade.

Sa voix aurait été capable de provoquer un nouvel Âge de glace. L'infirmière s'enfuit aussitôt, laissant la brune seule avec son portable, sa tenue d'hôpital qui lui grattait la peau et le plâtre encombrant qui lui serrait le bras. Elle lui lança un regard empli de haine et composa un numéro sur son téléphone à une vitesse qui battait tous les records. L'interlocuteur décrocha rapidement.

- Pas un mot. Si je me retrouve dans ce foutu lit, c'est de ta faute, tu entends ? Si j'avais su qu'un jour l'on me forcerait à porter l'une de ces immondes blouses en plastique ou autres matière qui va certainement me refiler un cancer, je serai restée tranquillement chez moi. Je vais t'étriper pour m'avoir embarqué dans une histoire pareille, je t'attacherai à une chaise sur laquelle je te priverai de ta virilité et avec ça je te ferai écouter les One Direction en boucle pendant quarante-huit heures, puis je te cramerai ce qu'il te reste de cerveau à l'acide sulfurique, je t'enfoncerai des aiguilles dans les yeux, je râperai ta peau avec ma lime à ongles, puis je te râperai les os !

- Pansy… désolé de te couper dans ton élan mais je vais bientôt atterrir en Colombie. On diffère ta séance de torture à dans quelques jours ?

- Je vais prier pour que tu tombes sur une colonie de Aztèques qui décident de t'offrir en sacrifice.

- Techniquement, les Aztèques vivaient plus au nord…

Pansy raccrocha rageusement. Elle allait commettre un meurtre. Maintenant. Il fallait qu'elle tue quelqu'un ou elle exploserait sous toute cette tension, son corps sera souillé de sang et la dernière tenue qu'elle portera serait cette mocheté sans nom. Pire, elle pourrait attraper des rides.

Son téléphone sonna. Elle décrocha instantanément, pensant que c'était Drago au bout du fil.

- Je m'en fous totalement que les Aztèques n'aient jamais posé un pied en Colombie ! hurla-t-elle dans le combiné.

- Et moi donc.

- Blaise.

Pansy avait mis tant de mépris et de déception dans sa voix qu'il était impensable qu'il ne se sente pas insulté.

- Ne te sens pas obligé de me faire la conversation, les personnes dont l'absence totale de classe n'a d'égale que leur niveau intellectuel ne m'intéressent pas.

L'infirmière revint timidement dans la chambre de sa patiente tyrannique, déposa la salade sur sa table de chevet. Pansy la scruta comme s'il s'agissait

- Ça tombe bien, je ne comptai pas aller plus loin que le seuil de l'hôpital. Par contre, j'ai envoyé quelqu'un te surveiller à ma place, au cas où il te viendrait l'envie d'aller faire un tour chez…

- IL Y A TROP DE SALADES DANS CETTE SALADE ! Allez m'en chercher une autre ! cria Pansy.

L'infirmière émit un sanglot avant de courir loin de la brune aussi agréable que le canon d'un fusil.

- Comme je le disais, quelqu'un veillera à ce que tu abandonnes toute idée d'expéditions punitives contre la terre entière. Tiens-toi sage, tu guériras plus vite.

- Ne pas commettre de meurtre n'améliora en rien mes capacités de guérison, répliqua Pansy sans aucune aménité.

Elle raccrocha et s'affala contre son oreiller. Du moins, elle s'affala du mieux qu'elle le pouvait, Pansy Parkinson ayant oublié il y a plusieurs années le sens véritable du verbe s'affaler. Les seuls qu'elle connaissait étaient « se tenir droite » ou encore « marcher avec grâce et distinction ». Noter l'importance des adjectifs.

Elle ne sut combien de temps elle resta ainsi. Elle était si préoccupée par son échafaudage de multiples scénarios de mort prochaine d'un certain blond qu'elle en oublia toute notion de temps. Ce fut une nouvelle arrivante qui la sortit de ses sombres desseins. Contrairement à ce qu'elle attendait, ce n'était pas l'infirmière terrorisée mais une blonde au visage lunatique. Sa tenue excentrique attira automatiquement son regard et lui valut de suite de se retrouver classée dans la catégorie des gens « vestimentairement infréquentable ».

- Salut, moi c'est Luna.

Elle avait dit ça avec une telle innocence que Pansy eut envie de vomir. Ou plutôt, de relâcher délicatement le contenu de son estomac dans un endroit approprié.

- Donne-moi une bonne raison de ne pas te porter en justice pour attaque visuelle, cingla Pansy en observant avec horreur son manteau à motif girafe.

- Je suis ta nouvelle amie ! s'enthousiasma Luna.

Pansy ferma les yeux. Les projets d'assassinats de Drago Malfoy se trouvaient compromis. En effet, elle allait mourir bien avant de les pouvoir les mettre en œuvre.

*O*P*I*U*M*

Hermione se leva de son siège et s'apprêta à suivre Drago hors de l'appareil. Mais son attention fut vite captée par un minuscule morceau de papier sur lequel était dessiné un œil. Le tracé, d'une infinie légèreté, exprimait un lourd sentiment de mélancolie. En croisant ce regard si franc, à la fois bien plus réel qu'un regard humain et bien moins réel car fait de papier, Hermione eut le souffle coupé.

- Dépêches-toi, une voiture nous attend.

Drago disparaissait déjà hors de l'avion. Hermione contempla à nouveau le papier et le glissa finalement dans son sac, incapable de s'en séparer. L'œil se retrouva enfermé entre les pages du journal d'Oliver Gaunt. Hermione ignorait alors que ces deux objets aux abords insignifiants allaient être la cause de tant de malheur. Mais qui sait, peut-être qu'au plus profond du désastre allait jaillir une étincelle de bonheur ?


J'espère pouvoir reposter dans quelques semaines, étant donné que c'est les vacances. Encore une fois, rien n'est certain.

N'hésitez pas à me donner vos avis et à émettre des hypothèses sur ce que Drago et Hermione vont bien pouvoir faire en Colombie !