Titre : Meilleurs Ennemis (bububu)

Auteur : Syhdaal

Genre : Sauvetage en mer… Euh… Ou mission suicide, c'est selon…

Base : Weiss Kreuz

Couples : Euh… Ca arrive ! Quoi je mens mal ?

Disclaimer : Tout le monde commence à le savoir, les personnages de Weiss Kreuz ne m'appartiennent pas, ça serait trop beau…

Ca y est ! ENFIN! On y arrive!

Eh ben, il m'aura quand même fallu 13 chapitres hein… Je me hâte lentement en somme…

Bref !

Je crois qu'on approche du début de la fin.

Blablabla. : Conversation par micro-récepteur

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques

P'tite note de la scribouilleuse : en l'an de grâce 2015, mois de janvier, soit pour ainsi dire 12 ans plus tard, je refais une ch'tite correction. C'est que bon, ça a toujours été un peu le bazar, mais rien de drastique hein, j'corrige juste deux trois fautes que j'ai repérées. Un grand, immense, merci à vous qui lisez toujours.


Meilleurs Ennemis

Chapitre 13

Aya les avait finalement rejoints. Personne ne s'y attendait plus au sein de la petite équipe, mais ça augmentait nettement leurs chances de réussite. Schuldig n'avait rien dit, trop préoccupé par le sort que subissaient ses équipiers, espérant qu'ils étaient toujours en vie. Il n'avait pas du tout capté le revirement d'Aya mais il ne pouvait nier que sa présence au sein de l'équipe de rescousse était un renfort considérable. Son pouvoir leur serait d'une grande utilité, mais il restait mal en point malgré sa vitesse de guérison hors-normes.

Bien qu'assez insupportable à son goût, Aya n'en était pas moins quelqu'un d'intelligent et de doué, et sa détermination sans faille était admirable. Et bien que l'intéressé aurait refusé tout net de le reconnaître, lui en tant que télépathe le savait également doté d'une grande sensibilité. Une facette assez surprenante, en fin de compte.

Comme tous les membres de Weiss d'ailleurs. Chacun avait ses particularités, ses domaines de prédilection…

Les Weiss étaient tous différents et se complétaient, c'est ce qui faisait leur valeur, il l'avait appris. Il sourit en comprenant que finalement, il n'aurait pas pu mieux choisir pour sauver ses amis. Aya planta un instant son regard dans les yeux bleu-verts de Schuldig.

– C'est pas pour toi que je le fais. Manx m'a demandé d'accompagner les autres, c'est tout.

Le télépathe eut un sourire moqueur.

– Mais je n'en attendais pas moins de toi, mon cher Abyssinian.

– Allons-y.

Omi partit le premier, leur indiquant la route à suivre. Aya et Yohji suivaient en voitures banalisées et Ken fermait la marche. Schuldig était monté avec Yohji. Vingt minutes plus tard, ils se retrouvaient aux abords de la propriété mais garés assez loin pour ne pas éveiller les soupçons des gardiens de nuit. Des vigiles armés montaient la garde devant le portail électronique. Et à en juger par l'infime bourdonnement qui troublait la nuit, la clôture était quant à elle, électrifiée.

Il y a probablement des gardes à l'intérieur. Je m'occupe des caméras, chuchota Omi dans son émetteur.

– Reçu, Bombay. Je te couvre, répondit Yohji à distance.

Ken et lui échangèrent un signe et se faufilèrent dans l'ombre jusqu'aux gardes du portail, prêts à les neutraliser à la moindre commande du hacker. Omi avait prévu de trafiquer les images tournées par les caméras pour ne pas signaler immédiatement leur présence. Ca leur laisserait le temps de passer la clôture et de s'introduire dans la salle de vidéosurveillance pour neutraliser le système et la probable sentinelle qui s'y trouvait. Il avait déjà piraté la mémoire de stockage des enregistrements de surveillance et diffusa l'heure précédente. Le seul hic était l'heure qui défilait au bas de l'image mais il n'avait ni le temps ni les moyens de la modifier. Il n'avait plus qu'à espérer que personne à l'intérieur ne regarderait sa montre. Encore quelques manipulations et c'était fait. La supercherie était assez ardue à réaliser et serait découverte rapidement, mais ça leur permettrait de gagner un temps précieux pour pénétrer dans les bâtiments.

Escouade, caméras neutralisées, annonça Bombay.

Avec la souplesse de félins, Ken et Yohji sortirent de l'ombre et se jetèrent sur les deux gardes, les neutralisant rapidement et en silence avec une injection d'anesthésiant. Ils s'étaient imposé de limiter le nombre de victimes au maximum. Ils tirèrent les corps dans l'ombre pour éviter d'attirer l'attention, les ligotant et menottant avec des Tyrap, des menottes serres-câbles autobloquants. Maintenant que l'entrée était dégagée, Schuldig et Aya pouvaient amener les deux voitures le plus près possible de la clôture. Les véhicules respectifs d'Omi et Ken restèrent dissimulés plus loin en raison du bruit causé par les moteurs. Bien sûr, le portail était verrouillé par digicode.

– Bon, je vais désactiver le portail… Commença Omi la main sur son petit ordinateur.

C'est alors que le lourd portail électronique s'ouvrit sous leurs yeux ébahis, pivotant sur ses vérins hydrauliques avec un grincement sourd. Schuldig avait la main sur un minuscule clavier numérique.

– Mais comment t'as fait ?! Souffla Yohji, sidéré que le rouquin ait put ouvrir le portail sans aucun problème.

Schuldig lui fit un sourire et tapota sa tempe du bout du doigt.

– Faut bien qu'il y ait des avantages à entendre les pensées des gens.

Omi le regarda un instant, mâchoire pendante mais se secoua. Ils perdaient du temps à s'ébahir des capacités de Schuldig, ce n'était vraiment pas le moment.

– On entre, ordonna-t-il, s'avançant dans la propriété.

Le reste de la troupe suivit, se mettant à couvert dès que possible, se fondant dans les ombres, glissant contre les murs. Ils ne pouvaient décemment pas rentrer par la porte principale, du moins pas tous les cinq. Il était absolument hors de question de risquer la sécurité de toute l'équipe en entrant groupé dans un espace restreint. Une sortie de secours ou une porte de service serait plus sûre pour eux. Tout à coup, Schuldig s'immobilisa, complètement figé et rigide.

– Quoi ? Mastermind ? Questionna Yohji, l'arme à la main en surveillant les alentours.

Il s'était souvenu au dernier moment d'utiliser son nom de code.

– Ils sont là tous les trois !

– Parfait. Il faut que j'aille dans la salle de surveillance. Elle doit se trouver au rez-de-chaussée, pas loin de l'entrée, coupa Omi, préoccupé par le temps qu'ils perdaient à se déplacer en groupe.

– Combien de gardes ? Lui demanda Abyssinian.

– Je ne sais pas. Peut-être dix ? Il faut se méfier.

– Je viens avec toi.

Okay. On se sépare ici. N'oubliez pas, le moins de victimes possibles, okay ? Reprit Omi.

– On se charge des gardes du rez-de-chaussée et de l'étage avec Balinese et Master, dit Ken, en abrégeant le nom de code de Schuldig, beaucoup trop long pour une mission.

Déjà que celui d'Aya était imprononçable.

– On fouillera le bâtiment après nettoyage. Restez connectés. Go, conclut Yohji.

Ken, Yohji et Schuldig filèrent pour trouver une porte de service à l'arrière du bâtiment pendant qu'Aya et Omi couraient au coude à coude dans la direction opposée, vers l'entrée principale.

Escouade Rettung en action.

######

Arbalète et tranquillisants en main, Omi se glissa dans le couloir obscur avec Aya sur ses talons. Les talents du jeune hacker en matière d'infiltration s'étaient une fois de plus révélés très utiles. L'intérieur du bâtiment semblait pour ainsi dire désert, ils n'avaient pour le moment croisé personne. Ils fouillèrent rapidement l'aile avant du rez-de-chaussée, apprenant via leurs transmetteurs que leurs compagnons avaient trouvé une entrée pour livraison de poids lourds à l'arrière du bâtiment. Ils se jetèrent à l'abri au détour d'un couloir. Le local de surveillance, estampillé comme tel avec un autre panneau « privé », était droit devant eux, la porte était entrouverte et la lumière filtrait par l'interstice.

Ils se rapprochèrent à pas de loups, le cœur battant et Omi fit signe à Aya de se tenir prêt, tendant l'oreille. Il y avait bien quelqu'un dans la pièce, qui regardait la télévision.

Plaqué au mur, Omi posa sa main sur le battant de bois et mécanisme égrena le décompte sur ses doigts.

Trois…

Deux…

Un…

Il poussa la porte et Aya bondit à l'intérieur de la petite salle. Un homme cria de surprise et se retourna, essayant de dégainer son arme. Omi lança deux fléchettes et seule l'une d'elle fit mouche mais la diversion permit à Aya d'assommer l'homme d'un coup de crosse de pistolet bien placé. Omi repoussa rapidement la porte et laissa Aya immobiliser l'homme et faire le guet. C'était là qu'il intervenait pour une partie cruciale de son travail.

Bombay en salle de contrôle. Je désactive alarmes et caméras.

– Reçu Bombay. Attendons ton signal, répondit Yohji.

Les trois autres, toujours dehors, attendaient patiemment que les alarmes soient mises hors d'état de nuire. L'adolescent se mit à tapoter quelques touches sur l'ordinateur régissant le contrôle de la surveillance dans le bâtiment. C'était un système classique de vidéosurveillance, une marque connue qu'il connaissait bien pour la rencontrer souvent.

– Je connais ce système, commenta-t-il pour lui en se plongeant dans les lignes de commandes pour trouver celle qui désactiverait la surveillance.

– Hn. Il y en a pour longtemps ?

– Un moment… regarde, c'est quoi ça ?

Aya s'approcha. Omi pointait l'écran d'ordinateur, un écran à part sur lequel il pouvait voir un homme qu'ils reconnurent tous les deux. Farfarello.

Ils sont là, on les voit, informa Omi.

– Ils vont bien ? Souffla Schuldig dans son micro.

– Je ne sais pas.

– Où sont-ils ?

– Apparemment, le sous-sol. Préparez-vous. Alarmes out, caméras out.

Omi téléchargea ce qu'il put, surtout les bandes de vidéos surveillance et les accès à la propriété, scrupuleusement enregistrés en informatique ainsi qu'un nombre certains de listes. Il y avait encore des bureaux au premier étage, la chaîne de fabrication occupait le reste du rez-de-chaussée. Il ne fallait pas traîner.

En dehors d'éventuels stocks, rien ne devait se trouver au sous-sol mais si on leur avait bel et bien pris du sang comme le prétendait Schuldig, il y avait probablement un laboratoire à proximité. Si ce que Schuldig avançait était vrai, il faudrait détruire le laboratoire, les produits fabriqués et surtout, surtout les informations. Mais on ne laissait pas des résultats d'expériences aussi sérieuses que celles faites sur le sang de Psychiques en un seul exemplaire dans un endroit aussi mal protégé que celui-là. Il existait forcément une sauvegarde.

– On s'en va, dit Omi en refermant son ordinateur portable.

Ils quittèrent le petit local à travers les couloirs aussi vite que possible. Ils arrivaient à la fin de leur fouille des bureaux mais Omi buta contre un mur au détour d'un couloir. En relevant les yeux, ses pires craintes furent confirmées. Ce n'était pas dans un mur qu'il était rentré mais dans un vigile. Un vigile armé d'un café et d'une arme à feu qui fut visiblement très surpris de se cogner dans un gamin de quinze ans au détour d'un couloir.

– Qui êtes vous ?!

Shimatta…

Trop tard. En un gracieux mouvement, Aya avait assommé l'homme d'un grand coup de katana toujours dans son fourreau, et Omi savait que ça pesait son poids. Le corps s'affala lourdement sur le sol, dans un bruit mat. Le blond déglutit et se retourna, un remerciement sur les lèvres. Aya acquiesça, lui faisant signe de finir le travail et de se dépêcher. Ils étaient à découvert en plein milieu du couloir, et ils n'avaient aucun moyen de savoir si cet individu était le collègue de l'homme à la vidéosurveillance ou s'il faisait des rondes avec d'autres. Omi lui planta une fléchette anesthésiante dans le bras pour bonne mesure et le ligota aussi vite que ses petites mains le lui permirent. Aya tira le corps inconscient et garrotté dans un bureau attenant.

Ils reprirent leur chemin quand des bruits de course sur leur gauche les alertèrent d'une approche imminente. Aya se mit en garde, prêt à attaquer la première personne qui s'approcherait pendant que lui était à genoux, fléchettes en main pour pouvoir tirer dès qu'une fenêtre de tir se dégageait.

– C'est moi ! Siffla une voix reconnaissable entre toutes.

– Siberian ? S'étonna Omi.

– Oh les gars, vous êtes trop nerveux ! Un peu plus et j'étais décapité !

Derrière lui, les deux autres le bousculèrent en arrivant, bien incapables de s'arrêter correctement.

– Les gardes ?

– Premier étage okay. Y avait personne. Un autre en bas, informa Yohji en tripotant sa montre.

– Tant mieux. Il faut trouver l'accès au sous-sol.

– C'est bon, je sais où c'est, je l'ai lu, intervint Schuldig.

– Où ?

– Il faut retourner sur nos pas.

Ils gagnèrent la porte indiquée par le télépathe. Schuldig s'était débrouillé pour voler toutes les informations utiles, c'était on ne peut plus précieux car ça leur faisait gagner du temps, et le temps était un luxe qu'ils n'avaient pas. On ne pouvait jamais savoir si un élément extérieur n'allait pas donner l'alerte, et Omi tourna la tête, réfléchissant rapidement à la route la plus rapide à emprunter pour s'échapper. Le sous-sol était pour eux une véritable souricière, probablement avec une seule entrée et une seule sortie. L'idéal pour surveiller les allers et venues des gens et limiter leurs mouvements. L'angoisse absolue pour un groupe d'assassin qui redoutait avant tout l'embuscade. Ils avaient de la chance. La lourde porte qui menait aux sous-sols interdits était toute proche de l'entrée de service que Yohji, Ken et Schuldig avaient découverte pour entrer dans le bâtiment par les aires de déchargement de poids-lourds.

/ Tu penses toujours à tout chaton. On dirait Brad. / Lui glissa mentalement Schuldig, impressionné par son travail de planification permanent.

Il était si jeune. C'était hallucinant qu'il couvre toujours toutes les options possibles. Omi lui aurait bien répondu que s'il était si doué que ça, il aurait trouvé l'existence de la sortie arrière sur les plans, mais bon, on ne pouvait pas tout avoir.

/ Je dois le prendre comment là ? /

Schuldig s'était retiré avec un sourire amusé. La porte était sécurisée par un code digital, tout comme l'était le portail d'entrée.

– A tout hasard, tu ne connaîtrais pas la combinaison de celui-là ? Lui demanda Omi.

– Non… Les vigiles qu'on a rencontrés ne semblaient pas connaître autre chose que le code d'entrée… Celui-là… Non… Je ne l'ai pas vu.

– Je devrais pouvoir générer la clef assez vite, c'est sûrement code à quatre ou cinq caractères, marmonna Omi en s'attaquant d'ores et déjà au démontage du boîtier avec un petit tournevis pendant qu'il chargeait Ken de tenir son ordinateur à portée.

Sur le petit clavier apparaissait les dix chiffres habituels, plus les lettres A, B, C ainsi qu'un bouton rouge d'annulation et un autre vert pour valider le code une fois tapé. Rien de dramatique, ça aurait pu être bien pire. Il devait surtout travailler en douceur et démonter le boîtier pour pouvoir s'y brancher sans déclencher une possible alarme ou un blocage de la porte.

– Combien de temps ? Demanda Aya, minutieux avant tout.

– Je ne sais pas, ça dépend de sa longueur et de sa complexité. Je fais mon maximum, dit Omi en réussissant finalement à ouvrir le boitier récalcitrant pour s'y brancher.

Ses dons de pirate informatique devaient bien lui permettre de trouver un code d'entrée de sous-sol sinon il ne donnait pas cher de son ordi. Après tout, il avait déjà fait face à bien plus dur, et ce n'était pas un simple bout de métal qui allait lui en remontrer. Et puis, il leur restait toujours les explosifs. Trop absorbé dans son travail, il n'avait pas remarqué ce que faisaient les autres, probablement alertes comme des vigies dans son dos. Ken était toujours près de lui, l'assistant pour les branchements.

Aya était en garde, vigilant comme toujours. Yohji montait la garde plus en avant avec pour mission de donner l'alerte en cas de problème. Schuldig s'était adossé au mur et avait fermé les yeux. Il se concentrait dans l'espoir de toucher un esprit qui connaissait le code de cette fichue porte. Et comme ça, ils pourraient tous entrer, récupérer ses amis et ressortir sans problèmes. C'était son seul espoir. Jusque là la mission s'était déroulée sans trop d'anicroches et le plus dur les attendait. Il avait également lu dans l'esprit d'Omi qu'il y avait une possibilité pour qu'un laboratoire souterrain soit dissimulé derrière cette porte, au sous-sol. Si c'était le cas…. Il le détruirait de ses propres mains. Il détruirait tout. Le matériel, les ordinateurs, les résultats, tout, tout, tout… Rien ne devait subsister, et malgré les consignes strictes d'Omi en matière de dommages corporels, il n'hésiterait pas une seconde à éliminer toute menace. Hors de question que des choses les concernant eux, les Schwarz, restent ici à la merci de n'importe quel scientifique dérangé, travaillant pour un Esset nouvelle génération.

Il continua de chercher un esprit connaissant le code d'accès à ce fameux sous-sol. Le code… Se fixer sur le code et il trouverait. Un cri de victoire résonna entre ses oreilles. Revenant lentement au monde réel, il mit un moment à reprendre ses esprits. Omi avait réussi à générer la combinaison leur permettant de déverrouiller la porte. A quatre chiffres plus une lettre, comme il l'avait dit. Le rouquin se tourna vers Yohji qui les avait rejoints maintenant que l'accès était libre.

– Combien de temps ?

– Presque dix minutes que tu es « parti ».

La petite troupe s'engagea dans l'escalier qui descendait, armes à la main. La descente leur parut interminable. La peur de se retrouver face à un ennemi dans un endroit comme celui-ci, sans issue immédiate faisait peser une lourde tension sur leurs épaules. Omi était en première ligne parce que c'était lui le meilleur tireur mais malgré le poids de son gilet pare-balle, rien ne saurait le sauver d'une balle dans la tête s'ils tombaient nez à nez avec un ennemi. Schuldig descendait à ses côtés pour les mêmes raisons et aussi parce qu'il était le plus rapide. Yohji assurait les arrières avec Ken. Aya était plus ou moins coincé entre eux, et ce n'était pas pour arranger ses affaires en matière de combat. Quand finalement ils atteignirent le bas de l'escalier, une nouvelle déconvenue les attendait.

Une autre porte à digicode. Par acquis de conscience, Omi tenta la même combinaison que celui du dessus. Il y avait logiquement peu de chance que le code soit différent, le couloir d'escalier constituait juste un sas, empêchant une personne de passer d'une portion à l'autre du bâtiment en passant une simple porte. Une personne comme un prisonnier, par exemple.

Son intuition fut la bonne car la porte se déverrouilla.

Les cinq hommes armés passèrent la porte avec précaution. Personne dans le couloir qui leur faisait face… Tant mieux. Peut-être que le lieu était désert après tout, mais ça paraissait presque trop facile, et même Yohji et Aya échangèrent un regard soucieux. Ils auraient forcément dû croiser plus de monde, ou alors, ça voulait dire que les membres des Schwarz ne constituaient pas une menace. Et ça, c'était beaucoup plus effrayant qu'une armée qui les attendrait au détour du couloir blanc.

Alarmé par leurs pensées pleine de bon sens mais franchement peu engageante, Schuldig scanna mentalement les alentours. Il y avait des gens ici et pas que les siens.

– Tenez-vous prêts. Il y en a qui approchent, souffla Schuldig.

Ils avancèrent en bloc serrés et se mirent en joue, tous. Omi posa un genou à terre avec Ken, visant côté à côtes. Aya et Schuldig debout derrière eux brandissaient aussi leurs armes à feu. Yohji assurait toujours leurs arrières. Très vite, trois hommes tournèrent au bout du couloir et leur firent face. La surprise et la terreur sur leurs visages ne laissait que peu de doutes sur leur identité. Ils n'étaient pas des gardes de la sécurité. Aucune arme en vue et ils portaient des blouses blanches, ils ressemblaient à tous sauf à des hommes entraînés au combat. Le premier était petit, à lunettes et d'une cinquantaine d'années. Le second était grand mais bedonnant et le troisième, au vu de son âge et de son maigre gabarit, n'aurait jamais pu battre l'un d'entre eux au bras de fer. Ils levèrent aussitôt les mains en l'air, terrifiés de se voir menacer par des armes çà feu qui n'avaient rien de factice.

– Qui êtes vous ?!

– Qu'est-ce que vous voulez ? Nous n'avons pas d'argent.

– La ferme, aboya Aya en ramenant effectivement le silence.

Le premier homme, le plus petit avait, avait gardé le silence, estomaqué lui aussi mais il regardait Schuldig. Un regard vert d'eau aussi lumineux et une telle chevelure rousse au Japon, ça ne passait pas inaperçu. Schuldig planta son regard dans celui du docteur. Il put clairement entendre les mots dans l'esprit de l'homme avant que celui-ci ne les prononce.

« C'est lui ! »

En un battement de cil, le télépathe était près d'eux sans qu'aucun des Weiss ait pu l'en empêcher, assommant les deux autres à coup de crosse. Ken et Aya se ruèrent à ses côtés pour se jeter sur les deux hommes à terre et les endormir d'un même geste avant de les attacher. Schuldig retroussa ses lèvres en un rictus animal, le canon de son pistolet posé entre les deux yeux de celui qui l'avait reconnu. L'homme tremblait de terreur. C'était lui qui travaillait sur leurs dossiers alors ? Il allait pouvoir en apprendre plus ainsi. Schuldig décocha un violent coup de poing à la mâchoire de l'homme en blouse blanche et le saisit méchamment par le col. Il profita de l'état de choc de l'homme pour fouiller son esprit de fond en comble, sans prendre de gants, faisant de sérieux dégâts. Un véritable raz-de-marée de télépathie déferla sur son cerveau, ratissant tout sur son passage. Lorsque Schuldig se retira, ses prunelles lancèrent de terribles éclairs, l'homme lui, n'était plus qu'une masse tremblante complètement désorientée.

– Vous les avez torturés ?!

L'homme secoua la tête avec frénésie en un signe négatif, paniqué, terrifié par la haine brûlante qui consumait les yeux de son agresseur. Comprenant qu'un vrai drame allait se jouer, Ken empoigna le bras du rouquin pour le tirer en arrière.

– Arrête !

Schuldig le repoussa d'un geste puissant qui le déstabilisa complètement et il s'étala dans les bras d'Aya qui le rattrapa de justesse. Il pointa à nouveau son arme sur le front de l'homme tombé à genoux devant lui.

– Pitié… J'ai… Une femme…

La situation n'aurait pas été aussi dramatique, Schuldig lui aurait rit au nez. Il se contenta d'un sourire sarcastique. C'est fou ce que les gens pouvaient dire comme âneries lorsqu'ils étaient sur le point de mourir. Ca l'avait toujours amusé au plus haut point.

– Je lui enverrai des fleurs, alors.

– Master non !

Il pressa la détente. Son pistolet était équipé d'un silencieux. L'homme tomba en arrière, un trou béant s'ouvrant au milieu de son front. Derrière lui, Yohji fit la grimace. Une balle de quarante-cinq millimètres tirée à bout portant ne pardonnait pas[S1] . Le cerveau de l'homme s'écoulait lentement par l'arrière de son crâne se mêlant à son sang en une mixture rouge et grisâtre… Schuldig enjamba les trois corps comme si de rien n'était, et se dirigea à pas assurés à travers les couloirs.

– Mastermind ! On avait dit pas de victimes ! Lui cria Omi. Attends, où est-ce que tu vas ?

– Rien à foutre, répondit sèchement le rouquin sans même se retourner.

« Jei et Nagi sont dans le même couloir mais séparés par au moins vingt-cinq mètres. Brad est dans un autre couloir, à leur droite… A leur droite… »

Il récitait silencieusement le lieu de détention de ses partenaires pour être sûr de ne pas l'oublier. Les Weiss furent bien forcés de le suivre alors qu'il les conduisait dans un dédale de couloirs blancs aseptisés qui ne semblait pas avoir de fin. Le bâtiment n'avait pas semblé si grand au rez-de-chaussée. Au travers des portes vitrées qu'ils passaient, ils voyaient ce qui ressemblait à des laboratoires, des salles d'examens médicaux mais en aucun cas à des cellules de rétention. Aya grimaça, il haïssait cette odeur de désinfectant qu'il avait dû supporter tellement de temps. Pendant que Yohji couvrait toujours leurs arrières au besoin, Schuldig avançait à pas rapides dans les allées carrelées de blanc. Il s'arrêta finalement devant une porte lourdement sécurisée. Un écran situé sur le mur permettait d'en surveiller l'intérieur. Une silhouette mince était effondrée contre un mur, entravée.

– Farfie…

Aya observa ladite porte un instant. Il leur faudrait du temps pour l'ouvrir, elle était là aussi, sécurisée par un code digital.

– Ce devient répétitif leurs trucs électroniques ! Pesta Yohji derrière lui.

Schuldig ne dit rien et s'approcha de la porte. Il avait vidé le cerveau du gars tout à l'heure. Il connaissait maintenant tout ce qui concernait les Schwarz. Le lieu exact de rétention, les codes, les résultats de d'expériences même si certains termes lui échappaient et qu'il ne serait pas capable de tout retenir. Et surtout, il existait une autre sortie au laboratoire sous-terrain. Où exactement, il ne savait pas mais il l'avait entrevue. Il nota l'information dans un coin de sa tête, sachant qu'elle pouvait s'avérer utile s'ils devaient s'échapper en catastrophe. Il tapa rapidement un code compliqué et un signal vert s'alluma au bas de l'écran de contrôle où apparaissait Farfarello, visiblement entravé, la tête pendante. Schuldig se précipita dans la pièce sombre. Son ami était inconscient.

– Farfie ? Farf réveille-toi, c'est moi !

Il commença à le secouer, relevant sa tête pour voir son visage. La paupière unique dévoila un œil jaune qui roula un moment affolé dans son orbite avant de se planter finalement dans le sien.

– … Schuldig…

Oh sa voix ! Schuldig en aurait pleuré. Sa voix était si faible.

– C'est moi, je suis là maintenant. Je suis venu te chercher, on va s'en aller !

Le regard de l'Irlandais se fixa par-dessus son épaule.

– … Weiss… ?

– Oui, je suis avec les Weiss, ils sont venus m'aider, d'accord ? Tu as compris ?

Les bras de Jei étaient tordus dans son dos d'une façon qui lui faisait mal rien que de regarder et ils étaient attachés au mur le plus haut possible. La position de ses bras le forçait à être douloureusement courbé en avant, replié sur lui-même et il peinait à respirer. Ses jambes étaient tenues écartées par une barre de fer soudée à de larges anneaux de métal qui enserraient ses chevilles, l'ensemble était solidement arrimé au sol par un système de chaînes et d'anneaux qui paraissait issu d'un autre temps. La position de Jei aurait fait affreusement mal à n'importe qui, mais heureusement pour lui, il ne sentait pas la douleur. Dans l'état où il se trouvait c'était une vraie consolation. Schuldig testa la solidité des chaînes. Impossible à arracher à mains nues, bien sûr.

– Je vais te sortir de là Farf, bouge pas.

– J'ai quelque chose pour ça.

Ken lança sa besace par terre et s'agenouilla près de lui, ouvrant le sac de toile d'où il sortit une énorme pince coupe boulon et une disqueuse[S2] qu'il lui tendit. Il lui lança des lunettes de protections et chaussa les siennes, faisant même l'effort d'en passer à Farfarello pour éviter un éclat de métal dans l'œil qui lui restait. Ce n'était vraiment pas le moment que ça arrive.

– Occupe-toi de la barre au sol, je gère les chaînes.

Schuldig retourna rapidement l'outil dans ses mains et Ken le mit en marche pour lui pour ne pas perdre de temps. Ken se redressa pour jeter un œil aux entraves qui auraient fait hurler n'importe qui d'autre de douleur et nota que les fixations ne tenaient plus guère au mur et qu'avec encore un peu d'effort, l'attache aurait cédé. Soit elle était déjà endommagée avant, ce qui était probable (bien qu'effrayant), soit Farfarello avait affaibli l'ancrage des entraves au mur à force de tirer dessus de toutes ses forces pour se libérer. Et il savait qu'il était fort… Il aurait fini par se libérer seul à terme, mais Ken se demanda brièvement quels dégâts il avait pu infliger à ses muscles pour arriver à un tel résultat en si peu de temps

« Pour des entraves supposées retenir un fou dangereux, ils auraient pu faire mieux » songea brièvement Ken en libérant le Berserker des derniers liens métalliques d'un bon coup de pince.

– Il va tomber. Je coupe, prévint Ken pour que Schuldig mette son outil de côté le temps de rattraper Farfarello.

La chaîne tendue par le poids de l'homme blessé fouetta l'air avec violence lorsqu'il la coupa et il évita de justesse de prendre le retour de bâton dans les jambes. Schuldig rattrapa son ami et le soutint le temps que Ken libère ses mains attachées ensemble d'un dernier coup de pince. Une fois ses bras libres, Schuldig aida Farfarello à s'adosser au mur le temps qu'il récupère l'usage de ses bras contorsionnés trop longtemps pendant que Ken reprenait la disqueuse pour scier les entraves de ses pieds. Ca faisait un bruit de tous les diables, mais tant pis. Finalement, le dernier centimètre de métal céda et Schuldig releva péniblement son équipier pendant que le brun remballait le matériel à la hâte avec Omi venu les presser. Ken se nota mentalement qu'il faudrait dégager les chevilles de Farfarello plus tard, une fois à l'abri, mais là ils n'avaient pas le temps de faire du travail de précision. Il fallait juste qu'il puisse marcher sans entraves. Farfarello avait du mal à tenir sur ses jambes et Schuldig glissa son épaule sous son bras.

– Mais qu'est-ce qu'ils t'on fait ?

Farfarello ne répondit pas, trop sonné pour ne serait-ce qu'aligner quelques pas. Soutenant le borgne par la taille avec l'aide de Ken, ils se dirigèrent tous trois vers la sortie ou les autres piaffaient d'impatience. La lumière du couloir leur permit de constater l'ampleur des dégâts. Cet homme terriblement dangereux pour les autres et pour lui-même était couvert de blessures. A croire qu'ils le gardaient comme prisonnier et non pas comme un précieux sujet d'expérience…

Etrange. Ca n'était pas cohérent, et pourtant Farfarello était en piteux état et sa peau diaphane affichait un nombre de contusions impressionnant. Dire qu'il avait été tabassé presque à mort pendant leur enlèvement, Schuldig en avait les larmes aux yeux. Soudain, il sursauta. Les voix dans son esprit s'amplifiaient. On venait ! Et surtout, ceux qui venaient était armés. Comment étaient-ils au courant de leur présence ? Omi avait brouillé les pistes pourtant. Ils avaient mis beaucoup trop de temps pour déverrouiller la porte d'accès au sous-sol et délivrer Jei ! Maintenant, ils risquaient de se retrouver acculés.

– Ils arrivent ! Ils sont armés ils arrivent !

– Schuldig, calme-toi ! Où sont les autres ? Lui dit Yohji en l'empoignant par les épaules, envoyant le nom de code au diable du même coup.

Le rouquin esquissa un geste en direction de la droite.

– Crawford, par là… Dit-il en désignant un autre couloir qui commençait devant eux. Nagi est au bout de ce couloir là… Plus loin…

– On se sépare! Trancha Aya. Bombay et Siberian vous allez chercher Prodigy. Balinese et Mastermind, vous vous occupez de l'Oracle. Je vous couvre.

Les quatre assassins acquiescèrent comme un seul homme et foncèrent dans la direction qui leur avait été indiquée. Aya retourna sur ses pas pour rallier l'entrée du sous-sol d'où il pourrait défendre la zone sans trop s'exposer derrière les épaisses portes coupe-feu. Yohji et Schuldig soutenaient Farfarello pour l'aider à se déplacer. Grâce aux indications du télépathe, ils trouvèrent rapidement la cellule de Crawford.

Etrangement, elle n'était pas aussi lourdement sécurisée que ne l'avait été celle du psychopathe. Il y avait quand même un écran de contrôle mais qui n'était pas activé.

– A mon avis, ils craignent plus Farfarello que l'Oracle, observa Yohji.

Schuldig le poussa sur le côté, lui collant Farfie dans les bras le temps de composer le code qui ouvrirait la porte.

– Brad !

Il eut peine à reconnaître son amant allongé au sol, couvert de sang et de saleté. Il ne bougeait pas. Son costume en lambeaux laissait apparaître son corps en piteux état. Schuldig sentit la peur le saisir. On aurait dit un corps sans vie… S'agenouillant auprès du voyant, il lui releva la tête avec précaution, infiniment soulagé de constater qu'il respirait. Son visage tuméfié faisait peine à voir. Comme Farfarello, de nombreux hématomes couvraient son visage et son cou, ses bras, ses mains… Tout son corps. Et ce, sans compter le nombre affolant de traces de sang séché qui colorait sa peau atrocement pâle. Il avait dû perdre beaucoup de sang lui aussi. Il n'avait jamais vu Brad dans un tel état de faiblesse.

– Oh mon Dieu, Brad réponds-moi !

L'Oracle ouvrit difficilement les yeux, reconnaissant péniblement la personne qui le secouait dans tous les sens. Il aperçut une couleur orange vif et un faible sourire étira ses lèvres.

– Schu… Tu es venu...

Schu hésita un instant entre son envie de le gifler et celle de le prendre dans ses bras.

– Evidemment que je suis venu tu croyais quand même pas que j'allais vous laisser ici non ! Cria-t-il en le secouant comme un prunier.

Crawford rit doucement.

– … Aide-moi… Et arrête de me secouer, je vais vomir.

– Quoi ?

– J'ai une commotion.

Schuldig le remit sur ses pieds et le soutint jusqu'à ce qu'ils soient dans le couloir. Brad ferma un instant les yeux. Les couloirs d'un blanc immaculé et la lumière des néons blessaient ses yeux, trop habitués à la pénombre depuis plusieurs jours. Combien exactement ? Deux ? Trois ? Douze ? Il avait perdu toute notion du temps enfermé dans le noir, crevant pour ainsi dire de faim et de froid entre deux passages à tabac.

– Brad, ça va ?

– Je survivrai… Nagi et Farf ?

–Tu peux constater par toi-même, fit une voix vaguement familière sur sa droite.

L'Américain tourna la tête pour voir Yohji Kudoh soutenant un Farfarello qui n'avait pas l'air en meilleure forme que lui. Il n'avait jamais vu son cadet aussi faible, sa puissance et sa résistance étaient exceptionnelles et pourtant… Encore quelque temps et ils l'auraient tué pour de bon.

– Content de te revoir Farf, dit doucement Brad en s'appuyant lourdement contre l'épaule de Schuldig.

La tête lui tournait et il avait vraiment envie de vomir. Toute cette lumière lui était insupportable et en plus, il voyait complètement flou sans ses lunettes.

– Moi aussi.

Et bien, il allait en tomber des choses du ciel pour que Farfarello le Berserker lui dise qu'il était content de le revoir. Brad savait que ses compagnons n'avaient pas été épargnés mais il ignorait dans quelles mesures ils étaient mal en point.

– Vos retrouvailles sont trèèèèèès émouvantes, je verserai même une petite larme quand j'aurai un créneau mais faut qu'on s'tire ! Aya est tout seul et même s'il est doué, il ne fera pas le poids fasse à un commando. On se grouille ! Coupa Yohji.

– On s'en va ! Lança Schuldig en passant un bras autour de la taille de son leader.

– Attendez, attendez. Il y a une autre sortie au labo. Il faut la trouver, mais y en a une autre, dit Crawford avec difficulté.

– Comment tu le sais ? Fit Yohji

– Il y a une issue de secours, toujours verrouillée. Ils l'utilisent pour aller fumer… Expliqua-t-il toujours lourdement appuyé sur l'épaule de Schuldig.

– Il dit vrai, je l'ai lu moi aussi.

– Et tu comptais nous le dire quand ? Merde alors, c'est où ?

– Je suis pas sûr.

De leur côté, Omi et Ken, avaient couru au bout du couloir où Schuldig avait dit que Nagi se trouvait, avec le code de sa cellule en mémoire. Même petit écran de contrôle allumé, mais il faisait tellement sombre qu'ils crurent un moment que Nagi n'était pas là. Apparemment, la porte de Nagi leur donnerait plus de fil à retordre que les autres. Schuldig leur avait effectivement transmis le bon code mais à leur grand désarroi, elle refusait de s'ouvrir complètement.

– Coincé ! Grogna l'aîné.

Ils ne perdirent pas de temps, et Ken dégaina le pied de biche qu'il avait emporté en cas de besoin. Omi avait été bien inspiré sur ce coup-là, même si lui avait emporté la disqueuse au dernier moment. Si des gardes armés étaient en route, ils ne devaient pas traîner. La porte rendit enfin l'âme sous leurs efforts répétés et ils pénétrèrent dans la petite pièce sombre. Chaque fois le même air vicié. Il leur fallut un moment pour trouver la frêle silhouette qui était roulée en boule dans le coin le plus éloigné et le plus obscur de la cellule. Ken et Omi furent près du jeune garçon en quelques pas. Omi posa délicatement sa main sur le dos du garçon qui sursauta en émettant une plainte.

– Nagi, on est venu te chercher… Commença Omi d'une voix qu'il espérait rassurante.

Son adversaire avait l'air très éprouvé et gravement blessé, lui aussi.

– … Non…

L'adolescent se fit encore plus petit et tenta de leur échapper. Ken haussa les épaules au regard anxieux que lui lança Omi. Ils n'avaient plus le temps. Le brun s'approcha et empoigna doucement le plus jeune membre des Schwarz par l'épaule pour le forcer à le regarder. Il fit face à deux grands yeux sombres aux pupilles dilatées de terreur. Nagi essaya de se débattre faiblement.

– … Non… Laissez-moi…

Il ne paraissait pas les reconnaître. Il put voir les traces de larmes sur ses joues, celles qui emplissaient ses yeux, les bleus, le sang… Et cette odeur qui flottait dans la cellule. Un produit chimique qu'il n'arrivait pas à identifier. Celle du sang bien sûr (pas étonnant, le gosse était assis dans une petite mare de liquide carmin), mêlée à autre chose, une odeur camphrée, désagréable. L'odeur d'antiseptique qui emplissait le couloir s'infiltrait peu à peu dans la pièce, troublant ses perceptions. Ca lui donnait envie de cogner, le Prodigy était un adolescent si frêle qu'il ne paraissait pas ses quinze ans. Nagi tremblait. Son habituel uniforme bleu-gris n'était plus que de la charpie imbibée de sang séché. Ken ôta la chemise qu'il transportait toujours en mission et la fit passer au petit.

– Tu peux marcher ? Demanda gentiment Omi.

Nagi hoqueta violemment en faisant un signe négatif de la tête.

– Je vais te porter, décida Ken. Faudra que tu te tiennes, sinon je ne pourrai pas utiliser mon bras, okay ? Tu peux le faire ?

Il n'attendit pas sa réponse et souleva le petit, passant ses bras sous ses cuisses. Seigneur qu'il était maigre ! Le plus jeune membre de Schwarz noua ses bras autour du cou du footballeur, et enfouit son visage dans le creux de l'épaule du jeune homme. Ken aurait préféré le porter au dos mais il n'était pas sûr que Nagi ait la force suffisante pour s'accrocher à lui pendant son évacuation.

– On se tire !

Ils s'élancèrent dans les couloirs, percevant au loin des coups de feus.

– ABYSSI… ! S'écria Omi

– Ca va !

Ca grésilla désagréablement dans leurs intercoms. Aya expliquait à bout de souffle qu'une dizaine d'hommes les attendaient au tournant et qu'il avait juste réussi à défendre l'accès au sous-sol de justesse en lançant du gaz lacrymogène et un fumigène anesthésiant.

– Possibilité de retrait impossible par point d'entrée ! Termina Aya.

– Ici Balinese. Il y aurait une sortie de secours, emplacement inconnu.

– Rien chez nous, informa Omi du couloir sans issue où ils avaient trouvé Nagi.

– Siberian ! Par ici !

Le brun se retourna pour voir Aya qui lui faisait signe, il les avait rejoints. Il avait l'air légèrement blessé au bras.

– Rien de grave, j'ai limité les dégâts, expliqua-t-il en jetant un regard critique à Nagi qui était dans un état plus que lamentable.

– On avance, décida Omi en posant une bombe de faible impact dans une salle de labo pour la détruire.

Il regrettait de n'avoir pu le faire pour les salles précédentes mais maintenant que leur présence était connue, inutile de faire dans la discrétion. Ils retrouvèrent rapidement le reste de l'équipe. Yohji supportait Farfarello seul maintenant que Schuldig devait aider Crawford à se déplacer. Aya avait découvert le serveur informatique et était occupé à y placer une bombe. Ca ne devrait pas entacher l'intégrité du bâtiment mais ça détruirait au moins quatre-vingt dix pourcent des systèmes de stockage. Omi arracha le masque à gaz qui pendait à sa ceinture, l'agitant à l'intention de ses équipiers.

– Mettez les masques ! Je vide le gaz anesthésiant ! Décida-t-il en venant prendre les fumigènes toujours en possession de Schuldig.

– Non, je suis le plus rapide, je viens avec toi.

Brad atterrit donc sous la garde d'Aya. Omi et Schuldig étaient à présent les deux seuls à avoir les mains libres, c'était à eux que revenait la tâche de protéger le groupe et de couvrir leurs traces. Chacun des Weiss enfila son propre masque et ils se chargèrent passer les protections supplémentaires aux trois blessés. Schuldig passa lui-même le masque à Nagi et lui caressa les cheveux. Le petit brun eut juste le temps de le reconnaître. Le groupe avança pendant qu'Omi et Schuldig restaient tous deux en arrière avec les fumigènes et les explosifs. Le télépathe sortit ensuite les fumigènes que lui avait confiés le tireur d'élite des Weiss au moment exact où des cris retentissaient à l'entrée du sous-sol.

Farfarello demanda à passer en tête, conscient que si une embuscade était tendue droit devant eux, il aurait le plus de chance de s'en tirer, Weiss compris. Crawford râla, mais Yohji le suivit, se positionnant à l'avant du convoi auprès de lui. Après Omi, c'était lui qui avait la meilleure visée de l'équipe. Le reste des Weiss s'enfonça un peu plus dans les couloirs, à la recherche de la fameuse sortie qui serait leur seul salut.

– Là ! S'exclama Yohji en bifurquant tout à coup dans une salle.

Le complexe en sous-sol était vraiment grand et ils n'avaient pas la moindre idée d'où ils allaient, ils venaient de tomber sur ce qui semblait être la salle de repos des gens qui travaillaient ici. Chaises, tables, petite télévision et téléphone, mais surtout, surtout, un plan d'évacuation ! Yohji abandonna Farfarello contre un mur pour pouvoir s'approcher du plan, prenant quelques secondes pour se repérer et chercher la fameuse sortie.

– Il faut aller par-là, tout au bout de ce couloir ! A gauche, on va trouver des escaliers et on atterrira sur le parking arrière, je pense, dit-il en désignant le corridor qu'ils suivaient déjà.

– T'es sûr de toi j'espère ! Lui lança Ken.

– On n'a pas le choix de toute façon !

Ils se remirent en route, cahin-caha, les valides pressant le pas des blessés. D'autres salles, d'autres pièces sombres. Yohji eut un gros moment d'angoisse en apercevant au loin le décrochement qui donnait sûrement sur les fameux escaliers de secours. C'est alors qu'ils entendirent des éclats de voix et un bruit de verre brisé. Ils eurent du mal à saisir mais Crawford tendit l'oreille, c'était de l'anglais ! Il n'avait pas parlé avec des étrangers ici.

– They're coming!

Une voix qui semblait effrayée…

– Take it !

Yohji poussa Farfarello et se mit en joue laissant les blessés en arrière avec Aya et Ken.

– Take the Gift's Key and go ! Hurry up!

Une silhouette bondit dans le couloir, juste devant eux en leur coupant la route et se rua vers leur destination. C'était une chose qu'ils n'avaient pas prévu. Trop surpris, Yohji hésita avant de tirer voyant que c'était une femme et qu'elle n'était pas hostile. Elle tentait de s'enfuir, serrant visiblement dans ses bras quelque chose qu'il ne vit pas. Yohji tourna la tête pour jeter un coup d'œil dans la pièce, et vit une personne (probablement un homme) qui filait par un autre chemin, à travers ce qui semblait être une salle informatique. Tant pis, ils n'avaient plus le temps de s'en occuper. Pour le moment, l'essentiel était de sauver leur peau avant que tout le bâtiment ne soit envahi de gaz soporifique.

– Schuldig et Omi ne vont pas tenir très longtemps… Il faut partir, souffla Brad épuisé, les ramenant à la réalité.

Aya l'obligea pourtant à forcer l'allure. Il n'avait aucune envie de se faire griller par ses propres explosifs si d'aventure, Omi décidait d'en déclencher certains. Alors qu'ils commençaient à monter les escaliers qui leur permettraient de se sortir enfin de ce cauchemar éveillé, des cris retentirent derrière eux. Ils n'eurent pas besoin de se retourner pour reconnaître Omi et Schuldig qui leur hurlaient de se dépêcher, que le gaz avait été lancé, que leurs bombes allaient exploser.

Yohji était en première ligne et fut le premier à apercevoir la porte de métal grande ouverte. L'air frais de la nuit pénétrait déjà à l'intérieur, se déversant dans la cage d'escalier. La personne qu'ils avaient vu filer par ce même chemin l'avait laissée ouverte dans sa précipitation. Il vérifia rapidement que la voie était libre et il se jeta dehors en une enjambée, il fut à l'air libre, tirant Farfarello derrière lui. Aya et Crawford suivaient avec Ken qui transportait toujours Nagi. Les deux aînés de Weiss se ruèrent à travers le parking vers leurs voitures après s'être assuré que Schuldig et Omi étaient toujours derrière eux. Les deux retardataires se précipitèrent à leur suite ralliant directement leurs véhicules.

Alors que Schuldig sautait dans la voiture de Yohji avec Farfarello et qu'Aya écrasait l'accélérateur de son véhicule avec Crawford et Nagi à son bord, le bâtiment derrière eux fut secoué par plusieurs explosions de faibles amplitudes destinées à détruire le laboratoire. Ken était déjà sur sa moto quand Omi réussit à l'atteindre, attendant que le cadet des Weiss le rejoigne pour filer ensemble dans la nuit. Les deux voitures prirent le même chemin pour retourner au Koneko, pendant que Ken et Omi suivaient un autre itinéraire séparément. Pendant que Yohji profitait d'un feu rouge pour s'allumer une cigarette, Schuldig poussa un cri de joie vibrant dans l'air nocturne.

– ON A REUSSI !

Yohji éclata de rire en voyant l'allégresse du télépathe.

– C'est vrai !

– Hm… Dieu doit être vert de rage qu'on soit encore vivants…

Schuldig, un sourire immense sur les lèvres, se retourna vers son ami installé sur le siège arrière. Malgré son état qui aurait rendu n'importe qui de comateux, Farfarello souriait avec une rare sincérité.

– J'espère bien qu'il est vert !

– Ah tu m'étonnes ! C'est vous les enragés ! Lança Yohji. Il arrive toujours pas à se débarrasser de vous ! Ca crève pas comme ça les charognes[S3] .

Schuldig et Farfarello échangèrent un regard avant de partir dans un fou rire.

– C'est normal, on est increvables !

– Comme les cafards ! Ah, ch'uis encore bien tombé quoi, lâcha Yohji d'un air tragique. Allez on s'arrache !

La voiture redémarra et fila à toute allure à travers les rues de la ville.


Notes : A y est ! J'ai vaincu! Ah ah ah! Il m'aura donné du fil à retordre ce fichu chapitre !

Non mais !

Bien, les Schwarz sont enfin sortis de leur prison…

Mais… Vous vous doutez bien qu'il y aura des conséquences, ne ?

Après tout…

Je n'allais quand même pas les laisser s'en tirer comme ça !

Commentaires :

[S1] Bon, je suis pas super calée niveau armes à feu alors j'avais pas trop d'idées quant à l'arme qui ferait un gros trou, bazooka mis à part. Si quelqu'un à une meilleure suggestion, surtout n'hésitez pas, je suis un peu quiche de ce coté là !

[S2] Dans la version initiale, Ken « tailladait » les chaînes. C'est tellement débile qu'il devait vraiment être tard quand j'ai écrit ça. Pas que je sois au-delà du débile en général, mais là, quand même…

[S3] Dixit mon frère spirituel. Lol !