Titre : Meilleurs Ennemis (j'suis fatiguée…)
Auteur : Syhdaal
Genre : … A n'en a pas ?
Base : Weiss Kreuz
Couples : Ca vient ça vient…
Disclaimer : Tout le monde commence à le savoir, les personnages de Weiss Kreuz ne m'appartiennent pas, ça serait trop beau…
Vi, pour les âmes sensibles (y a pas de cardiaques dans la salle ?), je voulais dire que dans cette fic, il est censé y avoir deux couples très… Ahem, particuliers…
Ces deux couples sont des demandes… Après tout, pourquoi pas, mais… C'est… Hum… Paranormal ?
Vous en connaîtrez au moins un sur les deux à la fin de ce chapitre. Du moins, je l'espère.
L'autre (ah j'en aurais presque honte)… On verra (j'ai touché le fond de l'abîme de la désespérance).
/ Blablabla. / : Conversations télépathiques
P'tite note de la scribouilleuse : en l'an de grâce 2015, mois de janvier, soit pour ainsi dire 12 ans plus tard, je refais une ch'tite correction. C'est que bon, ça a toujours été un peu le bazar, mais rien de drastique hein, j'corrige juste deux trois fautes que j'ai repérées. Un grand, immense, merci à vous qui lisez toujours.
Meilleurs Ennemis
Chapitre 15
Schuldig poussa un soupir de soulagement en posant un dernier sparadrap sur le visage de Farfarello. Il tentait de retenir sa colère, sachant que Farfie sentirait son trouble et s'énerverait en retour. Farfarello avait toujours été une véritable éponge, comme Nagi, comme lui. Seul Brad avait toujours été le plus capable de se contrôler d'aussi loin qu'il se souvienne. Schuldig savait qu'il devait se maîtriser mais voir ses amis, ses compagnons de toujours, sa famille dans un tel état… Même le Berserker, si puissant, si féroce était dans un état pitoyable. Brad, quant à lui, s'en remettrait sans trop de séquelles si les chocs reçus à la tête n'avaient pas définitivement endommagé son cerveau. Il avait visiblement été torturé lui aussi mais comme toujours, il gardait ça pour lui. Schuldig savait pertinemment qu'il ne devrait pas compter sur Brad pour lui dire la vérité, mais plutôt sur Farfarello ou Nagi. D'ailleurs, en parlant de Nagi… Il n'avait pas vraiment eu le temps de voir comment ça allait avec Ken et Omi. Il espérait que le petit se laisserait faire. Nagi était d'une nature excessivement méfiante et il détestait la promiscuité. Le connaissant, Schuldig redoutait une réaction violente, mais probablement involontaire de sa part. La fatigue et la peur pouvait donner lieu à des accidents de télékinésie regrettables. Vu qu'il en avait finit avec Farfarello et qu'il ne voulait pas prendre le risque de lui donner un puissant sédatif au cas où ça entraînerait des interactions dangereuses avec les autres produits qui lui avaient été injectés. Il décida de le laisser là et d'aller jeter un coup d'œil à l'étage, voir si personne, le cas échéant, n'aurait besoin de son aide. Il se leva, attendant la question imminente de Farfarello.
– Tu vas où ?
– Voir comment vont Brad et Nagi, répondit simplement l'Allemand en espérant que son ami ne chercherait pas à l'accompagner.
– Je viens ?
– Je préfère que tu restes là. Je ne sais pas si les Weiss s'en sortent avec eux, je vais juste vérifier et je reviens. Ne bouge pas, d'accord ?
Farfarello fronça les sourcils et Schuldig craignit un instant qu'il ne refuse tout net.
– … D'accord. J'attends.
– Ne bouge pas d'ici, ne touche à rien. Je reviens vite.
Schuldig fila en direction de l'étage avant que Farfarello ne change d'avis. Il décida d'aller voir Brad en premier, laissés aux bons soins de Yohji et ô surprise, Omi. Le blondinet avait dû échanger les places avec Aya, mais sans vraiment mettre le doigt dessus, ça ne le réconforta pas.
– Schu.
Le télépathe dédia un sourire à Crawford et s'assit près de lui.
– Comment tu te sens ?
– Je survivrai.
– Oh Brad !
– Que veux-tu que je te dise ?
– Bien, mal, à l'agonie ?
– Pour un agonisant, je me porte plutôt bien. Ca te convient ?
Schuldig fit la moue et un éclat de rire retentit dans la chambre. Le rouquin jeta un regard sombre à Omi qui riait tout en bandant le bras du voyant.
– Je ne pensais pas que Crawford avait de l'humour.
– Ca se voit que tu le connais mal, grogna Schuldig en reportant un nouveau regard assassin sur Brad.
– Schuldig ? S'enquit Yohji.
– Vi ?
– Tu n'étais pas avec Farfarello?
Ce fut au tour de Brad de darder un regard noir sur son amant.
– Ne me regarde pas comme ça ! Il est dans le salon tout va bien, se défendit le télépathe.
– Schu, il a été drogué. Tu ne peux pas me dire que tout va bien alors qu'il n'est pas en pleine phase de sommeil paradoxal ou attaché à une chaise !
– Ca craint pas.
– Schu… Menaça Crawford, peu enclin à se retrouver avec un malade psychotique légèrement agité du bulbe lâché dans le Koneko.
– Je vais voir Nagi ! Lança Schuldig en s'échappant avant que Crawford ne puisse attenter à sa vie pour avoir laissé Farfarello tout seul.
– Ils sont dans ma chambre. Tu nous diras où ils en sont, lui lança Omi.
– Okay !
Il se dirigea vers la chambre du cadet des Weiss et trouva la porte close et verrouillée. Bizarre, bizarre. Il frappa deux petits coups et entendit des murmures de l'autre côté du battant de bois. La porte s'entrouvrit finalement sur le visage aux traits tirés de Ken. Il avait l'air complètement lessivé. Derrière lui, il pouvait voir que la chambre était plongée dans la pénombre, seulement éclairée par des lampes d'appoint.
– Je suis venu voir Nagi.
– Ah…
– Qui est-ce ? Demanda une voix grave de l'intérieur de la chambre.
– Schuldig.
– Fais-le entrer, il faut que je lui parle.
– D'accord, dit Ken en s'écartant pour laisser le télépathe entrer dans la chambre.
Ken referma la porte derrière lui et s'y adossa en soupirant tandis que Schuldig s'approchait du lit. Nagi était propre, vêtu d'un pyjama à manches longues et surtout, il dormait. Aya et Ken avaient bien travaillé. Seules la lampe de chevet et la lampe de bureau diffusaient leur lumière pour permettre à Nagi de se reposer. Il nota que Ken semblait vraiment mal à l'aise et Aya, maintenant qu'il le regardait d'un peu plus près, n'était pas au mieux de sa forme. Il le vit éponger le front de Nagi à l'aide d'une serviette. Le leader des Weiss lui jeta un coup d'œil et lui fit signe, ainsi qu'à Ken, de s'approcher. Le brun obéit à contrecœur mais vint tout de même se placer d'un côté du lit.
– Alors ?
– On a fini. Assieds-toi, dit simplement Aya.
Schuldig sentit la peur le saisir, commençant à craindre le pire. Qu'Aya lui demande gentiment de s'asseoir n'augurait rien de bon.
– Pourquoi ? Il a quoi ?
Aya décida d'aller droit au but. Il n'y avait pas de façon de dire ça agréablement, de toute manière.
– Il a été violé.
Schuldig devint livide et Aya le poussa doucement dans un siège avant qu'il ne tombe pour de bon.
– Quoi ? Dit-il tout bas.
– Je suis désolé, répondit Aya avec une douceur qu'il n'aurait jamais espérée de lui.
Schuldig leva les yeux vers lui pour voir la sincérité dans son regard. Il le pensait vraiment. Ken, quant à lui, avait les dents et les poings serrés, incapable de dire quoi que ce soit. Qui pouvait être assez cruel, monstrueux pour faire subir de tels sévices à un garçon aussi frêle ? Il ne devait même pas être en état de se défendre. Le jeune homme aux longs cheveux roux se tourna vers l'adolescent endormi. Il passa une main sur son front pâle et enfiévré avant de poser ses mains sur sa bouche. Sans doute pour s'empêcher de hurler. Schuldig inspira plusieurs fois, déglutit, essayant de ravaler la bile qui montait dans sa gorge.
– … C'est pas possible. Nagi…
Il passa ses mains sur son visage, dans ses cheveux longs comme pour se raccrocher à quelque chose. Maintenant, il entendait clairement les pensées tumultueuses et éprouvées de Ken, celles plus calmes, mais pleines de colère et de dégoût d'Aya.
– Calme-toi Ken, c'est pas ta faute, dit doucement Schuldig à voix basse.
– C'est dégueulasse de faire ça à un gosse ! Je suis sûr… On pourrait…
– Ken, calme-toi, coupa Aya.
– Mais...
– Va prendre l'air.
Devant le regard inflexible que lui jeta Aya, Ken obtempéra et sortit de la chambre, non sans un dernier regard désolé pour Nagi.
– Merci. Ses pensées étaient… Difficiles.
Aya hocha simplement la tête. Les deux hommes restèrent un moment côte à côte, en silence.
– On a fait ce qu'on a pu. Il faudrait qu'il voie un médecin. Peut-être qu'il a des lésions internes. Et… Le mettre sous traitement ?
– Oui. Oui… Dit Schuldig, complètement déboussolé.
Aya avait raison, il faudrait faire ça.
– J'ai conservé ses vêtements dans un sac hermétique. Si jamais… Vous vouliez faire des analyses… Je ne sais pas, poursuivit le leader des Weiss, d'un air un peu perdu.
Schuldig renifla en ravalant ses larmes. Aya avait décidemment les bons réflexes et pourtant il avait l'air aussi désemparé que lui. Il l'entendait, il était tellement navré de ce qui arrivait à Nagi que ça lui serrait le cœur. Ca paraissait presque bizarre de la part d'Aya, mais encore une fois, Schuldig se rendit compte qu'il n'était pas sans cœur.
– Oui. Merci, dit-il d'une voix étranglée.
– Que comptez-vous faire à présent ? Interrogea Aya à voix basse.
Il s'en voulait de ne pas lui laisser de répit, mais la situation de Nagi nécessitait d'agir avec rapidité et prudence.
– Je ne sais pas… Je verrai ça avec Brad. Mais je suppose qu'on ne rentrera chez nous que pour prendre l'essentiel et qu'on partira. Il est hors de question qu'on reste ici.
– Je vois.
Quelques instants s'écoulèrent dans le silence avant que Schuldig ne reprenne la parole, des larmes dans la voix.
– Je ne pensais pas que les conséquences seraient aussi dramatiques… Qu'est-ce qu'on va faire pour Nagi ? Il ne s'en remettra jamais !
– Il faudra du temps.
– On ne se remet jamais de ce genre de chose. Jamais vraiment. Merde pourquoi lui ?
– Pour le moment, il vaut mieux le laisser se reposer. Mais il faudra que quelqu'un soit là à son réveil. Il va sûrement paniquer.
– Je serai là.
– D'accord. Je m'occupe de parler à Crawford ou tu te charges de lui parler ? Je peux le faire, ajouta Aya avec plus de douceur.
– Je vais le faire.
– D'accord. Je te laisse. Si tu as besoin…
– Merci Aya, murmura Schuldig.
Aya sortit avec un soupir, laissant Schuldig au chevet de Nagi, toujours endormi. Ils avaient fait ce qu'ils pouvaient, le reste était entre les mains des Schwarz. Dans la chambre, Schuldig se déplaça pour s'assoir au bord du lit et toucher le visage de Nagi. Aya et Ken s'étaient bien occupés de lui.
« Je te protègerai Nagi… T'inquiète pas. »
Il se pencha pour déposer un baiser sur le front du jeune garçon et remonta un peu la couverture sur son corps, le bordant avec douceur.
– … Ca va aller…
######
En sortant de la chambre d'Omi, Aya se dirigea vers celle de Yohji pour y vérifier l'avancée du travail et se demander où était Ken. Inquiet pour son ami et vu son état d'énervement, il descendit au niveau inférieur, conscient qu'il y avait Farfarello dans les parages. Il y vit avec un soulagement certain le Berserker des Schwarz en train de s'occuper avec une paire de ciseaux, mais pas de trace de Ken. Et pourquoi diable n'était-t-il pas attaché à une chaise celui-là ? Continuant son chemin, Aya passa en revue le rez-de-chaussée y compris la salle des missions et le Koneko. Son angoisse de plus en plus vive face à la volatilisation du jeune homme le poussa à retourner dans le salon. Farfarello le regarda entrer et piétiner d'un air curieux. Agacé par son regard impassible, Aya croisa les bras en signe de défense et le toisa du plus haut qu'il put. Dommage qu'il était légèrement plus petit (et moins baraqué) que le borgne. Y avait vraiment pas de justice !
– Quoi ? Demanda (ou plutôt aboya)-t-il à l'intention du jeune homme qui le regardait avec un amusement de plus en plus visible.
Oh la nuit allait être longue avec le taré en liberté dans le Koneko ! Son interlocuteur haussa les épaules et s'il avait un instant attendu un borborygme animal, il n'en fut rien.
– Rien.
– Alors pourquoi tu me regardes comme ça ?
– J'admire le panorama, répondit simplement Farfarello.
Aya supprima sa soudaine envie d'aller chercher son katana ou à défaut, le magnifique couteau de cuisine de quinze centimètres de long pour découper le Berserker en petits morceaux. Même qu'il pourrait le faire cuire et le bouffer tiens, ça serait bien ça. Avec un bon thé noir bien fort. Il se gifla mentalement, conscient qu'il commençait à perdre sévèrement les pédales. Le contrecoup, sans doute. Il grogna quelque chose et allait s'en retourner à la recherche de son ami quand il se dit que peut-être, le fou savait où il se trouvait.
– Farfarello.
Le plus jeune reporta son attention sur le leader des Weiss, une lueur un peu curieuse au fond du regard.
– Tu sais où est Ken ? Siberian ?
Comme il ne lui répondait toujours pas, Aya leva les yeux au ciel en soupirant, doutant que cet être soit doué d'une quelconque forme d'intelligence. Au moment où il allait quitter la pièce pour fouiller de nouveau la maison car il avait forcément raté quelque chose, Ken devait être retourné dans sa chambre ou aux toilettes, une voix s'éleva dans son dos.
– Sur le toit.
Surpris, Aya se retourna vers l'autre homme en essayant de maintenir son expression plus ou moins stoïque. Son masque légendaire devenait un peu lourd à porter en ces circonstances, et avec la fatigue, il peinait franchement à se contenir.
– Comment ?
– Il est sur le toit.
– Merci, répondit Aya avant de quitter le salon pour rallier le toit de l'immeuble.
Il n'était pas sûr de pouvoir faire confiance au jugement de Farfarello mais ça ne s'inventait pas. Ken et Omi avaient pris l'habitude de regarder les lumières de la ville en montant sur le toit quand l'envie leur en prenait. Ils y passaient un certain temps, le soir ou à l'aube, admirant le ciel crépusculaire ou profitant du calme des premières heures de la journée. Il n'y avait pas pensé sur le coup, mais c'était même plus que probable. Quant à savoir pourquoi Farfarello le savait, c'était un mystère. Ken avait peut-être discuté avec lui, mais c'eut été étonnant dans son état de nerfs. Il revint sur son jugement concernant le Berserker, celui-là ne semblait pas être un idiot contrairement à ce qu'il avait cru quelques minutes auparavant. Il décida de laisser tomber le sujet pour le moment malgré tout le malaise que lui inspirait la présence de Farfarello dans son salon, il monta à l'étage pour atteindre le toit en passant par la fenêtre de la chambre de Ken. Omi et lui s'étaient aménagé un système avec des échelles rétractables qui couraient le long de la façade pour monter sur le toit. Ca pouvait aussi faire office de sortie de secours, descendant dans la ruelle arrière du magasin au besoin. Une fois sur le toit, il aperçut Ken assis de l'autre côté du bâtiment, dangereusement proche du bord à son goût. Pour ne pas l'effrayer et risquer un accident, il décida de faire un peu de bruit en traînant des pieds, sachant que Ken l'avait probablement déjà repéré, mais savait-on jamais. Le jeune homme leva les yeux au moment où il s'asseyait à ses côtés.
– Comment t'as su ? Demanda doucement le brun en le stabilisant d'une main plus par réflexe que par crainte qu'il ne bascule.
Aya avait un excellent sens de l'équilibre, il fallait parfaitement maîtriser son centre de gravité quand on maniait une arme aussi longue et lourde qu'une épée, japonaise ou pas.
– Farfarello me l'a dit.
– Ah... Je ne pensais pas qu'il écoutait.
– Tu lui as dit où tu allais ?
– Non. Je parlais tout haut, c'est tout.
Encore un signe que Ken était très secoué. Aya observa un moment la vue, les lumières de la ville faisaient un joli jeu de scintillements d'ici. Mais il préférait de loin admirer les étoiles… Chose impossible d'où il était. Les enseignes lumineuses troublaient sa vision du ciel nocturne. Il pouvait juste apercevoir un croissant de lune.
– Pourquoi tu es venu ici ? C'est la première fois.
C'était vrai. Le toit était le domaine de Ken et Omi, leur lieu à eux, leur petit jardin secret. L'accès ne leur en était pas interdit, loin de là, mais Yohji et lui avaient toujours préféré laisser les deux cadets dans ce petit espace de liberté qui n'appartenait qu'à eux depuis toujours.
– Je suis venu voir si ça allait.
Ken haussa une épaule d'un air gêné.
– Tu vois quoi… On n'a pas à se plaindre.
Un petit silence passa avant que Ken ne reprenne la parole.
– Aya ?
– Oui ?
– Je peux te demander quelque chose ?
– Tu es déjà en train de le faire.
Ken leva les yeux au ciel et décida de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de la mission.
– Pourquoi tu es venu ? Tu sais, pour la mission ?
– Manx m'a téléphoné au dernier moment, je te l'ai dit.
– Tu avais déjà décidé que tu viendrais, pas vrai ?
Ken rit doucement de son silence qui sonnait comme un aveu. Jamais Aya ne l'avouerait mais il avait l'intime conviction que le rouquin ne les avait pas rejoints uniquement à cause d'un coup de fil. C'était tellement pas son genre ! Comme la fois où il était venu les récupérer tous les trois en plein milieu d'un champ de bataille avec un lance-roquette sur l'épaule, à la merci d'une petite armée. Aya leva les yeux au ciel avec un claquement de langue agacé.
– Il commence à faire frais… On rentre ? Suggéra Ken en levant sur lui un regard chaleureux.
Aya acquiesça et ils retournèrent tous deux dans la maison via la chambre de Ken. Le rouquin jeta un coup d'œil machinal à sa montre. Elle indiquait qu'il était près de cinq heures trente du matin. Il n'avait pas vu le temps passer aussi vite et visiblement, Ken non plus. Mais en y repensant bien… Ils étaient partis en mission aux alentours de minuit, comme souvent. Et il devait bien être deux heures et demie ou trois heures du matin quand ils étaient rentrés, si ce n'était pas plus. Les nuits n'étaient jamais assez longues pour eux. Il regarda Ken s'étirer et son tee-shirt dévoiler ses abdominaux musclés et se surprit à penser qu'il était plutôt du genre appétissant. Chassant cette pensée avant de devenir rouge écarlate et de se faire repérer, il se dit que la fatigue devait être plus importante qu'il ne l'avait d'abord cru. D'ailleurs, ils n'avaient même pas eut le temps de se changer en rentrant de la mission, immédiatement absorbés dans différentes tâches telles que le rafistolage en express des membres de Schwarz. Lui avait récolté une égratignure au bras, rapidement pansée par Omi entre deux portes à leur retour mais c'était tout. Il aurait donné beaucoup pour un pyjama ou un pantalon confortable et pas un jean noir dans lequel il arrivait à peine à respirer maintenant qu'il y repensait. Ken avait raison, finalement. Ca ne valait quand même pas le confort d'un jogging molletonné.
– Tu as faim ? Demanda-t-il en suivant Ken dans le couloir.
Un peu surpris par la question, Ken haussa les épaules avec un grand sourire.
– J'ai toujours faim !
Aya leva les yeux au ciel avec un faux air exaspéré mais Ken aperçut l'ombre de sourire sur ses lèvres. Malgré les épreuves de ces derniers jours et de cette nuit en particulier, ils ne devaient pas baisser les bras. Et s'affamer n'arrangerait pas les choses. C'était une des règles dans leur ligne de travail. Manger quand on pouvait, se reposer quand on pouvait, se soigner en priorité. Maintenir sa santé était une vraie question de survie.
– Il est tôt. Tu n'as qu'à prendre la salle de bain. En attendant, je vais faire quelque chose à manger.
– D'accord Aya-kun ! Répondit le brun avec enthousiasme.
Aya secoua la tête avec un petit sourire amusé en le voyant disparaître dans la salle de bain. Le rouquin se détourna et fit son chemin jusqu'à la cuisine où il trouva Farfarello qui avait plus ou moins l'air d'errer comme une âme en peine (ce qu'il était probablement). Il haussa un sourcil à la présence du jeune homme. Son regard n'avait pas la même rage hallucinée qu'il avait connu autrefois, il semblait lucide et calme, presque stable. Presque normal. Peut-être que le reste des Schwarz avait réussi à canaliser ses troubles mentaux ? Ils les voyaient mal traîner Farfarello chez un psy trois fois par semaine, mais après tout, il n'aurait pas non plus vu Crawford prêt à se sacrifier pour Schuldig et vice-versa, comme quoi… Farfarello lui rendit son regard fixe et haussa les épaules. Aya détourna un peu le regard, se rendant compte qu'il le dévisageait de façon tout à fait impolie, même si garder un Schwarz à l'œil tenait de la notion de survie. Quelque part au fond de sa tête, il réalisa qu'il considérait l'autre homme moins comme un ennemi et plus comme une personne en l'espace de quelques mots échangés… Un sentiment somme toute très déplaisant.
– Je m'ennuie, déclara le balafré à la peau livide.
Lui aussi il devait carrément cramer au soleil, songea Aya tout en se répétant que décidemment, il était vraiment très fatigué.
– Tu sais faire la cuisine ?
– Crawford n'aime pas que je le fasse. Je suis interdit de couteaux.
– Ca m'étonne même pas, murmura Aya en ouvrant un placard un peu vide.
Petit déj' avec plein de sucre ou repas classique ? En désespoir de cause, il se tourna une fois de plus vers le psychopathe-pas-si-fou-que-ça-ce-soir.
– Sucré ou salé ?
– Sucré.
– M'étonne pas non plus…
Il opta pour un plat salé et des douceurs qu'il irait chercher à l'épicerie au bout de la rue plus tard. Un peu de sucre ne ferait de mal à personne mais lui, il avait besoin de manger chaud et salé à cette heure-là. Il fut à peine surpris de constater que le jeune homme aux cheveux argentés avait les mêmes goûts que Ken et Omi en matière de nourriture. Mais il devait tout de même reconnaître qu'il était bien meilleur que Ken dans une cuisine. Faut dire que c'était difficile de faire plus dissipé. Aya gardait tout de même un œil sur lui, mais releva encore une fois son calme olympien. Schuldig avait dit qu'il avait été drogué, il ne voyait pas d'autres explications. Ce qui le surprit aussi, ce fut à quel point il le tolérait à ses côtés. La présence silencieuse de Farfarello lui était beaucoup moins pénible que celle de Schuldig. Mais ça, c'était peut-être juste parce qu'il ne supportait pas la voix nasillarde aux accents un peu trainants de l'Allemand. Le pire, c'est que Schuldig pouvait aussi parler dans sa tête, et ça, c'était carrément insupportable. Un bruit de cavalcade dans les escaliers se fit entendre et Ken apparut en tee-shirt blanc franchement trop fin pour être honnête et un short de sport en toile légère. Aya sentit le rouge lui monter aux joues alors qu'il détaillait rapidement le physique athlétique du jeune homme sans même pouvoir s'en empêcher. Il le connaissait assez pour savoir que c'était une tenue de détente, alors pourquoi rougissait-il ? Des gouttes d'eau glissaient de ses cheveux trempés pour atterrir sur ses épaules solides, le col du tee-shirt trop grand baillant sur sa clavicule. Ken secoua la tête par réflexe pour se débarrasser de l'eau qui trempait ses cheveux, arrosant par la même occasion Farfarello et Aya. Si le premier se contenta de passer une main sur son visage pour se débarrasser de l'humidité, le second fusilla Ken du regard :
– Ken !
– Euh pardon ? Yohji a pris la place, fallait être plus rapide.
Aya soupira et après avoir laissé un regard tout sauf innocent se promener sur le corps de Ken, il se détourna en sentant ses joues s'enflammer de plus belle. Le maudit short était décidemment trop short.
– Ne traîne pas dans cette tenue, va mettre un pull, ordonna-t-il en jetant un regard noir à Farfarello qu'il avait vu pouffer de rire du coin de l'œil.
« Et un pantalon. »
– Ah, mais je vais pas attraper froid ! Protesta Ken.
– Il ne pensait pas à ça… Lâcha Farfarello d'un air amusé.
Aya le fusilla du regard, lui intimant de se taire, sans quoi il allait très certainement faire de lui un hors-d'œuvre pour son goûter. L'Irlandais lui dédia un de ses petits sourires de dément. Oh, il allait s'amuser avec ces deux là. Cependant, l'amusement passait en second. Il n'avait pas eu de nouvelles de Schuldig depuis un moment alors qu'il avait pourtant dit qu'il reviendrait vite. Il ne lui avait même pas parlé mentalement.
– Comment va Nagi ? Et Crawford ? Demanda-t-il abruptement.
Ken se mordit la lèvre et détourna le regard, sa bonne humeur envolée à la mention du plus jeune membre des Schwarz. Il ne voulait vraiment pas avoir cette conversation avec le Berserker. Nul doute que la réaction serait explosive. Il se vit brièvement dans la position opposée, de l'autre côté du spectre des réalités. Il vit Crawford l'air désolé lui apprendre qu'Omi avait été abusé. Il se vit entrer dans une rage folle et secoua la tête pour chasser des images qui n'existaient pas. Ce n'était pas le moment de refaire l'histoire. Aya soupira, n'essayant même pas de dissimuler sa lassitude.
– J'ai parlé à Schuldig. Il t'expliquera, répondit le rouquin d'une voix basse.
Farfarello fronça les sourcils, comprenant clairement que quelque chose n'allait pas et qu'ils ne voulaient rien lui dire. A la mention de ses deux équipiers, les deux Weiss avaient eut l'air profondément abattu. Ce n'était vraiment pas bon signe. L'un deux était-il si grièvement blessé qu'il ne s'en remettrait pas ? En état de choc ? Dans le coma ? Avec des séquelles cérébrales ?
Il n'insista pas et quitta la cuisine pour monter à l'étage à la recherche de Schuldig. Il devait voir Brad et Nagi, s'assurer que tout allait bien. Pendant leur échappée sauvage, il n'avait pas vraiment eu le temps de détailler l'état de santé de ses amis. Schuldig allait relativement bien, Crawford marchait et parlait. Seul Nagi était porté à la force des bras, mais Nagi était plus fragile, il le savait. Son corps protesta contre l'effort à fournir mais il se força néanmoins à accélérer. La douleur bien sûr, il ne la sentait pas, mais comme l'avait mentionné Schuldig pendant les soins, il pouvait très bien souffrir de blessures internes. Mais si sa maladie lui interdisait de connaître la douleur et donc les signaux élémentaires pour l'alerter que quelque chose n'allait pas sans supervision de tous les instants, il disposait d'une capacité hors-norme à se régénérer. Sang, tissus, muscles, os… Il guérissait excessivement vite. Il avait pourtant appris à gérer son corps et à l'écouter au mieux. Ignorant la gêne diffuse dans ses membres, il continua son chemin jusqu'à passer devant la chambre où se trouvait son leader. La porte était finement entrouverte, même pas assez pour que de la lumière filtre par l'interstice mais son ouïe fine put cueillir quelques mots de la conversation qui se tenait à l'intérieur. Ce fut suffisant pour le mettre dans une rage folle. L'œil écarquillé de colère et d'horreur, il entendit la voix grave de Brad, celle tremblante de Schuldig.
– Violé ?... Tu es sûr ? C'est impossible. Nagi a été…
La voix de Crawford… Si peinée. Il n'arrivait pas à y croire. Sa Vue ne lui avait sans doute pas permis d'anticiper un tel cauchemar.
– Si tu savais à quel point je m'en veux Brad, si j'étais venu plus tôt…
Schuldig pleurait.
– Non… Non…Ce n'est pas ta faute… Pas la tienne…
– On ne s'en relèvera jamais ! Il s'en remettra jamais ! Sanglota le télépathe.
Nagi avait été abusé. Il eut l'impression que son sang se glaçait dans ses veines, que son estomac se tordait sur lui-même. Il tourna la tête vers la porte du fond. Nagi était là, il le savait, il le sentait. En deux enjambées silencieuses, il pénétra dans la chambre obscure. Nagi était étendu là, inconscient ou juste endormi, il ne savait pas. Quelqu'un l'avait bordé avec soin. Une petite lampe sur un bureau diffusait sa lumière tamisée. Au moins, il n'était pas dans le noir. Il s'approcha pour mieux voir, allumant la lampe sur la table de nuit. A la lumière jaune, il vit les nombreux hématomes qui marbraient sa peau toujours si pâle. Sa lèvre qui avait explosé sous un coup de trop, la plaie qui barrait sa mâchoire délicate, les bleus sur sa gorge, ses mains abîmées, écorchées jusqu'au sang. Ses ongles fendus à force de griffer le sol, les murs, il ne savait pas.
Rage, haine, et envie de meurtre. Massacre et pillage, vengeance et carnage.
Oh, Schuldig n'allait pas avoir à attendre pour sa revanche. Il mènerait l'expédition punitive lui-même et leur arracherait la gorge et le cœur de ses mains nues.
C'est la haine chevillée au corps comme jamais qu'il effleura la joue du jeune garçon avec une grande douceur, comme on touche un nouveau-né. Il caressa sa peau avec tellement, tellement plus de délicatesse qu'il était persuadé de ne pas avoir en lui et sortit de la chambre tout aussi silencieusement qu'il y était entré. Sur le seuil, il se heurta pourtant à Omi, qu'il fixa d'un regard empli d'une fureur aussi tranquille que terrifiante.
– Fa… Farfarello…
Un murmure effrayé. Oui. Il savait à quel point cet enfant avait peur de lui, mais pour le moment, il s'en moquait éperdument. Weiss n'existait pas devant son courroux, Schwarz n'existait pas, Dieu, le Malin et les Enfers n'existaient pas devant son ire. Tous ploieraient, se briseraient et seraient piétinés sous sa colère. Il allait venger Nagi, venger sa famille.
Il ignora Omi qui le fixait toujours d'un air paniqué et complètement paralysé de peur, et se dirigea vers la cuisine où Ken et Aya se trouvaient toujours. Sans un mot ni un regard pour eux, il se saisit d'un couteau de cuisine des plus affûtés qu'il avait repéré et quitta la pièce. Les deux Weiss le regardèrent partir sans réagir, jusqu'à ce que Ken commence à paniquer :
– Mais qu'est-ce qu'il fout ?!
Se levant brusquement avec Aya sur ses talons, il se rua dans le couloir pour trouver avec horreur la porte grande ouverte. Farfarello, l'assassin psychotique venait de sortir armé d'un couteau et vêtu d'habits en lambeaux et couverts de sang séché. Sans réfléchir, Ken sauta dans ses baskets pour foncer à l'extérieur, repérant bien vite son opposant de toujours en train de disparaître au coin de la rue. Il courut après lui dans la nuit, crachant des insultes et jurant en se rendant compte qu'il n'avait rien, absolument rien sur lui pour se défendre, pas même une petite cuillère…
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Dans la chambre obscure et calme de Yohji, Brad Crawford se redressa brusquement, pris d'un affreux pressentiment. Et il savait qu'il ne fallait pas les ignorer quand ça avait trop souvent sauvé sa vie. Il secoua Schuldig qui s'était assoupi la tête sur ses genoux pour le réveiller. Yohji s'était éclipsé un peu plus tôt quand Schuldig était venu pour lui porter de mauvaises nouvelles. Schuldig avait fermé les yeux pour se reposer, ravaler ses larmes.
– Farfarello… Où est Farfarello ? Schuldig ! S'écria-t-il en le secouant sans ménagement.
– Aïe oh !
Au même moment, la porte s'ouvrit en grand et Omi fit irruption dans la chambre en criant.
– C'est Farfarello ! Il est sorti de la chambre… Il est en bas, j'crois qu'il est parti ! Brailla-t-il complètement paniqué.
Schuldig les fixa tour à tour, en pleine confusion. Il avait le cœur battant par son réveil en fanfare, pourquoi cette soudaine fixation sur Farfarello ? Il somnolait sur les genoux de Brad, épuisé par la nuit, quand l'Américain s'était brusquement mis à parler de Farfarello. Il fronça les sourcils. Pourquoi demandaient-ils… Il était tellement crevé, comprenant que quelque chose se jouait mais sans vraiment réaliser, encore trop sonné par les évènements de la nuit. Il jeta un coup d'œil fatigué et plein d'incompréhension à Brad qui le fusilla du regard.
– Tu as perdu Farfarello ?
– Mais non… Il est dans… Le salon, bafouilla le rouquin, tentant péniblement de se défendre face à l'accusation tout en se redressant.
– Nom de dieu Schuldig ! On a assez de problèmes comme ça et tu as laissé Farf sans aucune surveillance ?!
Brad repoussa brusquement Schuldig de ses jambes et fit un geste pour sortir du lit, en ravalant une grimace de douleur.
– Arrête faut pas que tu te lèves !
– Je ne vois pas qui d'autre pourrait ramener Farf !
– Je vais le faire mais reste ici ! Lui cria Schuldig en se précipitant vers la porte, trébuchant à cause de la fatigue.
Omi fit un pas de côté au dernier moment pour éviter de se faire renverser par le télépathe et avança jusqu'à Crawford pour l'aider à se recoucher.
– Il a raison, tu dois rester couché.
Brad Crawford passa ses mains sur son visage, dans un geste d'une extrême lassitude. Si Omi ne l'avait pas connu mieux que ça, il aurait dit qu'il était probablement au bord des larmes. Entendant un tremblement dans sa respiration, il se dit que peut-être, il ne le connaissait pas si bien que ça…
– De toute façon je l'ai mérité… C'est ma punition, n'est-ce pas ?
Omi fronça les sourcils. De quoi parlait-il ? Il devait délirer. Il ne devait plus être en possession de toutes ses facultés après avoir supporté autant d'épreuves. Qui pouvait lui en vouloir ? Omi se demanda brièvement ce qui avait amené cet homme, Brad Crawford, à devenir ce qu'il était aujourd'hui. Un leader incontesté parmi les siens, un homme d'assurance et de pouvoir, un homme sûr de lui et de ces décisions, une main de fer, un mental d'acier.
– Tu veux que je te laisse te reposer ?
La réponse fut douce mais éreintée.
– Non.
Mais visiblement, seulement un homme. Omi hocha la tête et s'installa sans un mot de plus sur la chaise à côté du lit. Celle qu'ils avaient installée à l'arrivée de Schuldig, quelques jours auparavant. Crawford s'appuya avec précaution contre ses oreillers, essayant de trouver une position relativement confortable dans son état. Et ils attendirent.
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Farfarello avança droit devant lui, le temps de tourner au coin de la rue. Il tenta de se repérer rapidement. Il faisait toujours nuit et les rues étaient désertes. Il connaissait mal Tokyo, Crawford ne l'avait guère laissé aller à sa guise depuis un an qu'ils étaient là, mais ces derniers mois il avait découvert quelques endroits. Un panneau lui appris qu'il était à proximité du parc d'Ueno. Ils avaient été attaqués à proximité des docks. Il avait entendu les Weiss discuter dans la voiture, ils parlaient d'Odaiba. La Forteresse. Rien de bien étonnant, à la réflexion. Il marcha, cherchant une grande artère. Tous les chemins menaient à Rome.
Il y aurait des morts sous ses mains. Il allait détruire, anéantir. Il n'y avait pas d'autre façon de venger Schuldig, Brad et surtout, surtout Nagi. Nagi ne méritait pas ça. Nagi n'avait jamais mérité ça. Lui non plus, il n'avait pas mérité, il le savait mais pour lui c'était trop tard. Il pouvait encore sauver Nagi.
Il entendit un bruit de course derrière lui mais ne prit même pas la peine de se retourner. Il avait très distinctement reconnu la façon de courir de Siberian. Il était rapide, à peine essoufflé et bougeait souplement. Balinese était plus lent en comparaison, et Abyssinian avait le pas plus lourd à la course, même s'il était le plus furtif en général. Bombay était rapide et léger, mais n'égalait pas l'ex-footballeur.
– Farfarello ! ATTENDS !
L'interpellé daigna s'arrêter, mais ne se retourna pas. De toute manière, l'autre courait plus vite que lui en général. La seule personne plus rapide à pied, c'était Schuldig, mais Schuldig était hors catégorie niveau vitesse. Il permit donc à Ken de le rattraper, il s'arrêta près de lui en reprenant son souffle. Farfarello nota qu'il n'avait même pas fait ses lacets de chaussures. C'était dérangeant pour lui. Il aimait bien que les choses soient à leur place.
– Farfarello, merde qu'est-ce que tu fous ?
– Je vais les chercher.
– Hein ? Qui ça ? Pourquoi ? Mais parle enfin c'est pas le moment de péter un câble ! Lui cria Ken à deux doigts de le secouer comme un prunier.
La seule chose qui le retint, c'est que Farfarello n'était pas Aya, et qu'il risquait fort d'y laisser la peau.
– Je vais les chercher et les tuer.
Tout fut d'un coup plus clair pour Ken. Bien sûr, il aurait dû y penser plus tôt. Lui aussi aurait eut exactement la même réaction. Mais il ne se serait pas jeté dehors couteau en main couvert de blessures et de sang, juste parce que dans le même état que Farfarello ou même Schuldig, il n'aurait pas pu, son corps n'aurait pas suivi. Mais Farfarello n'était pas homme à se laisser freiner par ce genre de problème aussi futile qu'une hémorragie interne, quelle chance, nota-t-il un brin acerbe. Mais ce n'était pas de vengeance dont les Schwarz avaient besoin en ce moment même, c'était d'aide, de réconfort et de soutien. Et au vu de sa réaction en apprenant le sort de Nagi, il en déduisit que malgré ses troubles mentaux, il faisait partie de cette famille un peu décalée, un peu hors-norme et qu'il n'était pas mis à l'écart comme ils l'avaient tous supposé au départ. Ken lui aurait bien mis son poing dans la figure juste pour la forme, et à défaut de le blesser, ça l'aurait soulagé lui mais il ne sortirait pas vivant d'un combat avec Farfarello même à mains nues. Il n'était pas surnommé le Berserker pour rien, et Ken ne voulait surtout pas déclencher une crise de rage folle à laquelle il ne saurait pas échapper.
– C'est pas le moment ! Nagi va bientôt se réveiller. Tu tiens vraiment à ce qu'il panique ? Parce qu'il va paniquer et tu seras pas là !
– Et le moment, ce sera quand ?
Question judicieuse s'il en était. Ce qu'il entendait dans les mots calmes de Farfarello, c'était « Ce ne sera jamais le moment ». Et quelque part, il n'avait pas tort. Il faudrait se soigner, se remettre. Puis rapatrier leurs effets personnels, déménager, se mettre à l'abri, se faire oublier. Ken réalisa que ce ne serait peut-être jamais le moment pour lui de prendre sa revanche sur leurs tortionnaires. Et ça, quelque part, c'était inconcevable. Sauf que Ken ne pouvait pas le conforter dans son idée même s'il pensait plus ou moins la même chose, il devait le ramener à la raison.
– Plus tard. Pas maintenant. En plus…
Ken lui jeta un regard critique. Il était quand même gravement blessé. Et couvert de bleus et de sang. Cet état absolument lamentable ne manquerait pas d'alerter n'importe qui avec un peu de bon sens pour appeler, sinon une ambulance ou les pompiers, au moins la police en leur disant qu'un maniaque couvert de sang se baladait couteau à la main dans la rue à six heures du matin, sans doute après avoir égorgé une jeune femme sur un parking. Nan, parce qu'il avait quand même la tête de l'emploi le Farfarello.
– Si tu arrives à atteindre la zone sans te faire arrêter, tu n'y survivras pas.
Il se trouva bien affirmatif, mais un peu de bluff n'avait jamais fait de mal à personne. Farfarello le fixa de son œil unique, semblant contempler ses propos. Il était bien forcé d'admettre que le Weiss était dans le vrai. Nagi aurait besoin de lui. Si Schuldig et Crawford étaient les premiers à pourvoir aux besoins de Nagi, il était, dans ses bons jours, celui qui avait le plus endossé le rôle de protecteur, considérant l'adolescent frêle comme un petit frère. Une façon de se racheter, quelque part, pour toutes les atrocités qu'il avait commises dans son passé, quand sa rage sanguinaire aveuglait tous ses sens. Siberian avait raison, le moment n'était pas à la vengeance.
/ Il a raison Farfie. Il faut que tu reviennes. Pense à Nagi ! /
/ Si on les laisse échapper, on ne les retrouvera jamais. /
/ Ils sont probablement déjà loin. Je ferai tout ce que je peux pour Nagi mais je n'y arriverai pas tout seul, il faudra que tu m'aides… Tu sais à quel point tu comptes pour lui ! On s'occupera de ces ordures plus tard. Ken a raison, c'est pas le moment. /
Farfarello soupira et se retourna. Schuldig arrivait en courant, lui aussi. Le télépathe parut infiniment soulagé de l'apercevoir en compagnie de Siberian. Sans plus s'en préoccuper, Farfie repartit vers son ami, un Ken soupirant de soulagement sur ses talons. Le Berserker venait de décider de mettre sa colère de côté… Pour le moment. Sa rancœur n'en serait que plus violente lorsqu'il lui donnerait libre court. Ils réintégrèrent finalement la maison au grand soulagement d'Aya et de Yohji qui piaffaient d'impatience dans le couloir. Schuldig ne pouvait que partager leur sentiment, c'était une consolation que Farfarello n'ait pas opposé plus de résistance. Donc soit Ken lui avait dit quelque chose qui l'avait fait réfléchir, soit les drogues affectaient plus son jugement qu'il ne l'avait d'abord cru, ou peut-être était-ce une combinaison des deux. En tout état de cause, Farf était de nouveau sous surveillance dans une maison verrouillée avec les clefs bien cachées cette fois. Il rallia directement la chambre où Crawford attendait sur des charbons ardents.
– C'est bon, Farf est là !
Brad soupira.
– Je sais. Evite de le perdre la prochaine fois.
– J'ai pas fais exprès ! Je l'ai envoyé à la douche, je vais le superviser et je reviens, dit Schuldig en piochant allègrement dans l'armoire de Yohji pour trouver des vêtements propres pour lui et Farfarello.
Il se chargerait de se débarrasser des loques ensanglantées plus tard en les incinérant. Il ne conserverait que les vêtements de Nagi, ceux qui pourraient faire l'objet d'une analyse. Il songea qu'il devait au moins le pressing à Yohji en plus d'une cartouche de cigarettes.
– Va falloir qu'on parle, Schuldig.
– Oui, oui. Ca peut attendre qu'on ne soit plus plein de sang ?
– Schu !
– Bon, moi je vous laisse, dit Omi en s'éclipsant au vu de la dispute à venir.
Il décida de rejoindre ses amis au rez-de-chaussée, avec dans l'idée de grignoter quelque chose et quand il pourrait, utiliser la salle de bain. Il réintégra sa chambre sur la pointe des pieds pour ne pas risquer de tirer Nagi de son sommeil. Il se serait bien vautré le nez sur sa couette lui aussi mais ce n'était pas le moment. Il s'interrogea brièvement sur ce qui avait pu pousser Ken à demander de l'aide d'Aya ou Yohji plutôt que la sienne. Il n'était pas né de la dernière pluie au point de n'avoir rien remarqué. Ken lui devait quelques explications. Pour le moment, Nagi dormait, il ne pouvait pas vraiment demander mieux. Il se débarrassa de son uniforme de mission pour revêtir quelque chose de plus confortable et de plus chaud. La fatigue commençait à faire effet et il avait froid. Enfilant un sweat-shirt bleu foncé, il sortit silencieusement, apercevant une tête argentée disparaître dans l'escalier. Ah ? Etait-ce sa chance ? Pas de bol, Schuldig avait pris la suite de Farfarello dans la salle de bain. Il avait dit à Kritiker qu'une salle de bain pour quatre c'était trop juste, mais non, on ne l'écoutait jamais. Alors pour huit, c'était carrément cuit. Tant pis, il aviserait plus tard. Dès qu'il franchit le seuil de la cuisine, il eut la surprise de voir Farfarello et Ken plongés dans un livre de cuisine. Aya n'avait pas dû les voir, sans quoi, il aurait poussé des hauts-cris. Un malade mental et un footeux incapable de faire cuire des nouilles sans mettre le feu à la baraque ne devraient pas être réunis dans une cuisine, sous aucun prétexte. Yohji se noyait dans un énorme café noir en les surveillant du coin de l'œil. Il avait attaché ses cheveux encore mouillés. Nul doute que ça ferait un beau sac de nœuds le lendemain. Omi l'entendait déjà en train de jurer tout ce qu'il savait qu'il allait passer un coup de tondeuse là-dedans.
– Où est Aya-kun ? Demanda le petit blond en s'installant près de Ken, avisant tout de même d'un œil suspicieux le manège des deux lascars.
– Parti chercher des trucs pour le petit dèj', bailla Yohji.
– Déjà ? Mais on est en pleine nuit !
– Omi, il est plus de six heures du mat'…
– Sans rire ? Mais j'ai cours dans deux heures alors ! Et j'suis même pas lavé !
– Ah oui, ben faut pas louper le créneau ici. Laisse tomber Omi-kun, je te ferais un mot. De toute façon, t'y es pas allé hier, ça fera plus crédible, lâcha Yohji en s'effondrant sur la table.
– Il a raison Omi, on va avoir du boulot aujourd'hui. Faudra faire tourner le magasin et s'occuper d'eux.
– Vous rangez la farine où ?
Trois paires d'yeux se fixèrent sur Farfarello. Yohji allait lui répondre mais une voix grave le prit de court. Le sauveur était rentré.
– Non, personne d'autre que moi ou Omi ne se servira de cette cuisine, déclara Aya, son manteau toujours sur le dos, un regard polaire allant de Ken à Farfarello.
Ken se contenta de lui dédier un grand sourire, et Farfarello, à la surprise de tous, l'imita.
– Vous êtes sûr que c'est bien le Farfarello, là ? Demanda Yohji, complètement désorienté par le comportement d'un de ses plus dangereux adversaires.
Et dangereux, c'était un euphémisme connaissant le cauchemar qu'était cet homme au combat.
– Qui d'autre ? Ils m'ont injecté une drogue en cours d'élaboration, annonça tranquillement l'intéressé.
– Seigneur Dieu tout puissant, il parle…
Aya leva les yeux au ciel à l'expression de pucelle effarouchée qu'affichait Yohji. Ken et Omi, eux, pouffèrent de rire, pendant qu'un sourire amusé tiraillait Farfarello au coin de la bouche.
– « Tu n'invoqueras pas le Nom du Seigneur ton Dieu en vain », récita sagement Farfarello avec un rictus qui n'avait rien de pieux.
Yohji réprima un frisson. Oh qu'il ne voulait pas rentrer dans ce genre de conversation avec le taré catholique. Il allait répliquer qu'il était de toute façon un apostat, incapable de retenir un brin de provocation, quand Ken lui coupa l'herbe sous le pied en parlant si bas qu'il failli ne pas l'entendre.
– Exode, chapitre vingt, verset sept, marmonna le brun.
– Tu la connais par cœur ? Lui demanda Farfarello avec ce qui ressemblait fort à un petit sourire supérieur.
Ken secoua la tête avec un vague sourire.
– Non. Les Sœurs… Juste, elles nous le répétaient souvent. Bref.
Il n'avait visiblement pas envie d'en parler, mais cela piqua la curiosité de Farfarello. Ainsi, ils avaient bel et bien partagé la même éducation religieuse dans leur enfance.
– Omi, je pense que tu peux monter, la douche doit être libre. Tu redescendras manger après, lui dit Aya avec une gentillesse inattendue pour changer de sujet en voyant bien l'ombre passer dans le regard de Ken.
– Ah ? Oui. Merci Aya-kun, répondit Omi avec un sourire en prenant sa demande pour ce que c'était, des excuses.
Yohji et Ken échangèrent un sourire discret. Tout n'était peut-être pas définitivement endommagé, finalement.
– Rends-toi utile et sors-moi des assiettes Yohji, lui lança Aya.
Ah, le bonheur de se retrouver au grand complet ! Yohji obtempéra sans trop râler avec l'aide de Ken, imité par Farfarello qui semblait étrangement docile. C'était réconfortant vu le drame qui s'était déjoué à peu de choses au coin de la rue un peu plus tôt. Dix minutes montre en main plus tard, Omi réintégrait la cuisine enfin propre et frais, mais bien emmitouflé dans ses vêtements. Il jeta un regard à Ken qui déambulait toujours en short, tee-shirt et carrément pieds-nus. Il allait vraiment finir par choper la mort, le crétin.
– Ken-kun, habille-toi, tu me donnes froid.
– Petite nature, fit Ken en jetant un bref coup d'œil à Farfarello, le seul à part lui-même en tee-shirt à manches courtes.
Ken supposait surtout qu'il ne sentait ni le chaud ni le froid. Farfarello haussa les épaules. Schuldig lui avait proposé un pull mais il avait refusé car il avait rarement froid. Sa tolérance aux changements de températures allait bien au-delà de celle de la plupart des gens.
– Chochottes, susurra-t-il pour toute réponse.
– Hey ! Râla Omi en se serrant dans son pull pendant qu'Aya ricanait discrètement en remuant quelque chose dans son wok.
Aujourd'hui c'était mélasse de riz au curry madras, poulet, petits pois, carottes et oignons frits. Light, quoi. Les arômes commençaient à envahir toute la maison et ils avaient tous hâte de goûter le plat. Aya savait faire de bonnes choses, même avec trois fois rien. Il avait déjà déposé des gâteaux sucrés et des friandises sur la table pour grignotage.
– Oui, bah moi aussi je caille, j'vais m'chercher une veste, dit Yohji en remontant à l'étage.
La fatigue commençait sérieusement à se faire sentir, et le coup de barre amenait souvent quelques frissons pour lui aussi. Il aurait donné beaucoup pour pouvoir se coucher et tout oublier pendant les douze prochaines heures, hélas il n'en aurait pas l'occasion. Il faudrait assurer l'ouverture du Koneko contre vents et marées, merci Aya-kun. Il ouvrit doucement la porte de sa chambre, Schuldig veillait toujours Crawford qui avait enfin daigné s'endormir après toutes les émotions de la journée. Yohji crut voir des traces de larmes sur son visage, mais c'était peut-être juste un jeu de lumière. Brad Crawford n'était pas homme à pleurer, non ?
– Hey, appela-t-il doucement.
Schuldig se tourna vers lui avec un mince, très mince sourire. Il avait l'air tellement mal que Yohji ravala l'envie de le prendre dans ses bras. C'était fini maintenant, Crawford était là, et lui retournait à sa place. Il ne s'arrêta pas là-dessus, il y avait trop d'implications dans ce qu'il venait de penser pour occuper ses six prochains mois.
– Comment va-t-il ?
– Ca ira je suppose… Répondit doucement le télépathe, fatigué.
– Aya a préparé un repas si tu as faim.
– Merci, je préfère rester là.
– Tu devrais te reposer. La nuit a été longue.
Schuldig hocha la tête, fatigué. Yohji glissa une main dans ses longs cheveux, savourant la douceur des mèches souples sous sa paume, entre ses doigts. Il avait prit le temps de bien les sécher. Schuldig se coula dans sa caresse, penchant la tête pour profiter de l'instant. Yohji ravala l'envie folle qu'il avait non seulement de le prendre dans ses bras mais aussi de l'embrasser. Schuldig avait fait tomber toutes ses barrières, mais à présent il se mordait les doigts de l'avoir laissé à ce point approcher de lui.
– Allez, couche-toi, je sais que tu en meures d'envie.
Le rouquin esquissa un petit sourire et regarda Yohji s'asseoir auprès de lui. Yohji avait raison. D'abord se reposer un peu… Ca irait mieux dans quelques heures et il s'occuperait avec Omi de trouver un autre logement, en sécurité pour ses amis. Dans quelques heures… Il attira Yohji à lui, le serrant très fort contre lui. Il l'entendait, il entendait son vague à l'âme, sa tristesse. Yohji avait fait beaucoup pour lui ces derniers jours.
– Merci Yohji.
La gorge serrée, le grand blond se laissa faire, lui rendant son étreinte.
– Je t'en prie.
Ils se séparèrent mais Schuldig déposa un baiser au coin de ses lèvres. Yohji lui dédia un sourire tremblant, le même probablement qu'il lui avait fait après leur premier baiser. Il se leva pour le laisser s'étendre à côté de Crawford et, puis il déposa une couverture sur ses épaules. Le grand blond lui caressa les cheveux une dernière fois. Il empoigna un pull dans sa penderie, noir, bien raccord avec son humeur, et descendit rejoindre les autres. La journée s'annonçait difficile, mais elle aurait au moins le mérite d'occuper ses pensées.
Notes : A fini cui-là !
Plus qu'un et j'ai terminé!
