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A Cheery Wave from Stranded Youngsters
« Ici Hanano Ana, pour Edo TV, en direct du lieu du crash. Pour les téléspectateurs qui viennent de nous rejoindre, nous vous rappelons qu'un vaisseau privé s'est écrasé à 18h30 aujourd'hui, à proximité du centre commercial d'Oedo. Nous sommes en mesure de vous fournir plus d'éléments sur cet accident. Le vaisseau serait un véhicule clandestin, non autorisé par les contrôles aériens. Nous ignorons le nombre de passagers à bord, ni le nombre de survivants, mais nous savons d'ors et déjà que six corps sans vie ont été extirpés des décombres de l'appareil. En plus des passagers, l'accident a fait pour l'instant trois morts parmi les civils, ainsi que douze blessés dont deux graves. Les secours sont sur place pour tenter de retrouver les survivants, ainsi que le Shinsengumi, qui enquête déjà sur le lieu de l'accident pour tenter de déterminer les circonstances du crash.
J'ai ici avec moi le capitaine Haruda-san de la deuxième division du Shinsengumi. Haruda-san, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les éléments de l'enquête ?
- Et bien, d'après les appareils de contrôle, le vaisseau serait apparu sur les écrans radars du Terminal d'Edo, quelques minutes avant le crash. Il naviguait hors des couloirs aériens, et à très basse altitude. L'appareil a semblé perdre le contrôle avant de s'écraser près du centre commercial.
- Et savons-nous à qui appartient ce vaisseau ?
- Nous n'avons pas encore identifié l'appareil. Il n'est pas enregistré sur les listes, ce qui nous laisse à penser que le vaisseau était utilisé à des fins illégales.
- Comme de la contrebande ou du trafic de drogue ?
- Oui tout à fait.
- Avez-vous pu identifier les corps ?
- D'après notre médecin légiste, l'équipage semblait être composé d'extra-terrestres et d'êtres humains, ce qui conforte la théorie de l'existence probable d'un trafic illégal entre la Terre et…
- Qu'est ce qu'il se passe ?! Vite, Soko, tourne la caméra par là ! Il se passe quelque chose !
- Capitaine Haruda ! Capitaine ! On a un problème ! Il y avait un forcené dans le vaisseau ! On n'a pas réussi à le maîtriser, et maintenant, il attaque tout ce qui bouge !
- Comment-ça ? Un forcené ? Dans le vaisseau ?
- Oui, nous attendons vos ordres, capitaine !
- Mais arrêtez-le, bandes d'incapables ! Et vous, vous devriez arrêter de filmer et vous éloigner. Put- non mais chopez moi ce connard !
- Continue de filmer Soko ! Comme vous pouvez le voir sur nos images, un homme de l'équipage a survécu au crash. Il semble complètement perturbé et… oh mon dieu, il s'en prend aux civils ! Mais… que se passe-t-il ! C'est la panique générale ! Où est le capitaine ?... Quelle horreur ! Des agents du Shinsengumi commencent à s'en prendre aux personnes sur place et… Soko !
- Putain ! Hanano, y-en a un qui m'a mordu, cet enfoiré…. Qu- Merde !... Hanano ! Hanano ! Aide-moi !
-Soko ?! Soko ! … »
-…-
Bouche bée, Shinpachi observait ce qui se déroulait sous ses yeux, à l'écran. Une seconde après le cri horrifié de la reporter, ce fut le noir total, comme un point d'orgue à la scène de confusion absolue qui venait de passer en direct à la télévision. Tout était arrivé si vite que l'information n'avait pas encore fait son chemin jusqu'à son cerveau. Ni jusqu'à celui du présentateur resté sur le plateau, et à qui on venait de passer l'antenne. On lui avait manifestement donné l'ordre d'enchaîner, mais comment garder contenance, après avoir été témoin d'une situation qui avait dégénéré en l'espace d'à peine dix secondes ? Dix secondes de chaos, de cris, et de sang… Le présentateur était blême. Quelqu'un lui parla apparemment dans son oreillette, car il sursauta comme s'il venait de se réveiller d'un long cauchemar, et tenta tant bien que mal de faire la transition.
« Hum, n-nos envoyés spéciaux ont été manifestement pris à partie dans une émeute survenue sur le lieu de l'accident, pour des raisons encore inconnues. Voici une page de publicité, le temps de nous soyons en mesure de vous fournir de plus amples informations. »
Le jingle publicitaire de la chaîne Edo TV remplaça le visage soulagé du présentateur. On aurait dit qu'il venait de se débarrasser d'une bombe à retardement.
Shinpachi resta immobile, alors que l'atmosphère lourde et stupéfaite du plateau de télévision laissait place à un message publicitaire coloré et tapageur. Son bras était levé, figé en plein mouvement, comme s'il venait d'être changé en statue de sel. Il était en train d'écrire une lettre à Urara, sa correspondante, quand la débandade qui avait eu lieu en direct avait capté son attention, et maintenant, son pinceau suspendu en l'air faisait pleuvoir des tâches d'encre noires sur le papier.
Il se rendit soudain compte qu'il était en train de souiller sa correspondance, et reposa bien vite son pinceau avec un juron.
« Shin-chan, surveille-moi ce langage veux-tu ? fusa de la cuisine la réprimande de sa sœur.
- Excuse-moi, Ane-ue. » répondit-il de mauvaise grâce.
Il reporta son attention sur ses activités épistolaires. Et mer-…mince… C'était déjà une épreuve en soit d'écrire une lettre et de trouver les mots qui pourraient plaire à Urara. À seize ans, entretenir une correspondance était un acte tout sauf anodin. Shinpachi avait été confronté quelques instants plus tôt à l'angoisse de la page blanche, comme à chaque fois. Il avait enfin réussi à aligner quelques lignes, quand cette interruption l'avait coupé dans son élan inspiré. Et pour ne pas arranger les choses, il devait maintenant tout réécrire. Décidément, cette journée avait décidé d'étirer jusqu'au bout son chapelet d'emmerdes.
Shinpachi n'avait toujours pas digéré les évènements qui l'avaient conduit, lui et sa sœur, à héberger Kagura pour la nuit. Il s'était fait violence, mais cette fois-ci, Gin-san avait été trop loin.
Shinpachi trempa rageusement son pinceau dans l'encrier, prêt à entamer une nouvelle page. Il ne lui avait toujours pas pardonné de s'être comporté de façon aussi négligente. Certes, il avait toujours été négligent, mais ça restait dans les limites du gérable. Et Shinpachi était continuellement derrière lui, à ramasser les pots cassés. Après tout, c'était son rôle de tsukkomi. Mais la tâche avait été trop lourde cette fois, et il avait abandonné son poste. Il secoua la tête avec regret, et ne put s'empêcher de se sentir coupable.
Si l'appartement avait maintenant vue sur rue, c'était aussi de sa faute. C'était la conjonction de comportements irresponsables, des deux partis, qui avait mené à la catastrophe.
Il soupira, secoua la tête pour chasser les images de poubelle mutante qui flottaient devant ses yeux, et se reconcentra sur sa lettre. Écrire à Urara, voilà qui lui changerait les idées. Il décida de lui raconter ses déboires, une manière pour lui d'évacuer toute sa rancœur et ses sentiments coupables.
Il était en pleine formule assassine sur son permanenté de boss, quand un objet volant ressemblant à une mini-soucoupe volante transperça le shōji avec fracas, traversa la pièce à la manière d'un frisbee lancé à toute allure, lui frôla le cou au passage, et vint se planter dans le mur d'en face. Shinpachi se redressa, et se tourna vers l'endroit où l'objet avait atterri, à savoir le mur qui donnait sur sa chambre. Il déglutit en passant une main moite sur sa gorge. À deux centimètre près, il aurait eu la tête coupée. Un frisson lui traversa le corps, du bout de ses orteils jusqu'à la pointe de ses oreilles, en passant par les branches de ses lunettes.
Il se leva, et tituba sur ses jambes tremblantes jusqu'au point d'impact, pour identifier l'objet volant en question.
Ha.
Alors comme ça, il avait failli mourir, décapité par l'édition Deluxe du single « Ta mère est une XXX », d'Otsuu-chan…
Il n'eut pas le temps de réagir, qu'une énorme boule de poils blanche déboula en défonçant ce qui restait du shōji , l'écrasa de tout son poids, et saisit le CD dans ses crocs. Sadaharu s'en retourna en remuant la queue, laissant Shinpachi littéralement encastré dans le plancher, réduit à l'état de pancake. Son sang ne fit qu'un tour. Traiter Otsuu-chan de cette manière ! S'extirpant du tas de lattes qui l'ensevelissaient, il traversa la pièce regonflé à bloc, dans tous les sens du terme, et mit le pied dehors, piétinant le shōji qui décidemment, n'avait rien demandé à personne. Dangereuse qu'est l'existence des shōji, dans Gintama.
Dans la cour du dojo, sous la faible lueur du soir qui tombait sur Edo, virevoltait un petit démon rouge aux cheveux flamboyants. Kagura était lancée dans un ballet endiablé avec Sadaharu, dont la fourrure blanche reflétait la lumière du crépuscule, qui faiblissait à cette heure de la journée.
Mais Shinpachi n'était pas d'humeur à la poésie. Tout ce qu'il voyait, c'était sa boîte, sa précieuse boîte aux trésors où il rangeait religieusement sa collection de CD et DVD, tous ayant bien sûr rapport de près ou de loin avec l'idole dont il était un fan acharné. Elle était à présent à moitié vide. L'autre moitié était visiblement dispersée aux quatre coins du jardin. Ici dans une gouttière, là dans un arbre...
Shinpachi observa avec horreur Kagura se saisir d'un énième CD – l'enregistrement du concert d'Otsuu-chan au Grand Dôme d'Edo, avec bonus sur les backstages – l'en débarrasser de sa boîte en plastique, et le lancer comme un frisbee à travers le jardin. Immédiatement, Sadaharu se rua à la poursuite du petit disque qui filait à la vitesse d'une torpille. Il passa au travers d'un arbre, lui découpant littéralement le tronc. Sort qu'avait failli subir le cou de Shinpachi quelques instants plus tôt. Sadaharu réussit à se saisir de l'objet avant que celui-ci ne cause plus de dégâts.
Le jeune binoclard n'eut pas le temps de réagir, que l'énorme chien blanc avait déjà broyé entre ses crocs la fragile et précieuse galette.
« Ah Shinpachi, l'interpella Kagura, remarquant sa présence. Viens voir ça ! C'est trop cool ces trucs, ça vole super bien. Attends regarde ! Sadaharu ! Va chercher ! Hein, t'as vu ?... Ben qu'est ce qu'il t'arrive Shinpachi ? T'es constipé ? »
Shinpachi était debout sur la terrasse, les poings serrés, le regard au sol. Il avait la physionomie d'une cocotte minute sifflante sur le point d'exploser. Sauf que l'explosion de ladite cocotte minute serait capable d'envoyer le couvercle en orbite parmi les anneaux de Saturne. Il allait montrer à cette bande de païens ce qu'il en coûtait de profaner ainsi les saintes reliques d'Otsuu-chan, l'objet de son adoration !
En voyant Kagura s'approcher de lui l'air innocent, tout en déballant un autre CD, il explosa, prêt à déchaîner sur l'hérétique les enfers du chef de la Garde Impériale de Terakado Tsuu.
« MA COLLECTION ! Ma précieuse collection ! Comment oses-tu traiter de la sorte mes CDs d'Otsuu-chan ! C'est un sacrilège ! Un sacrilège, tu m'entends ?! »
Il saisit Kagura par le col et la secoua comme un prunier.
« Est-ce que tu connais au moins les quatre-vingt-dix-neuf règles qui régissent la Garde Impériale ?! Espèce d'impie ! Pour avoir profané mon trésor, voici ton châtiment ! Tu va subir…
- Oh ça va ta gueule ! J'les connais pas moi, tes règles à la con ! » l'interrompit Kagura avec la douceur et la délicatesse qui la caractérisaient.
La petite Yato mis fin au discours exalté du fanatique d'un coup de poing bien senti sur le sommet du crâne qui enfonça Shinpachi de dix bons centimètres dans le sol, lui faisant découvrir pour la deuxième fois dans la soirée l'architecture des sous-bassement de son logis.
Tandis qu'il contemplait, l'air hagard, les trente-six chandelles qui défilaient devant ses yeux, Shinpachi reprenait peu à peu conscience. Il avait tendance à s'emporter quand on s'en prenait à son idole, et il avait oublié à quel point provoquer Kagura pouvait être dangereux. La petite expérience avait au moins eu le mérite de servir de piqure de rappel. Il était toujours furieux, par contre, de voir ainsi maltraitée sa collection. Il reprit ses esprits en geignant, tout en prenant garde de ne pas énerver Kagura.
« Quand même Kagura-chan, ce n'est pas des manières de traiter les affaires des autres. Tu es mon invitée, je te rappelle… »
La mort dans l'âme, il partit à la chasse aux CDs dans le jardin, pour tenter de rassembler tant bien que mal ce qui restait de sa collection. Il lui faudra du temps pour en faire le deuil.
Tout en récupérant un vinyle qui avait atterri sous la terrasse, il s'adressa à Kagura qui le regardait faire, le petit doigt enfoncé jusqu'à la garde dans sa narine droite.
« Pff, regarde-moi ça, même l'édition limitée du vinyle du tout premier single d'Otsuu-chan. Franchement Kagura, qu'est ce qu'il t'es passé par la tête ? Ce n'est pas comme ça qu'on utilise un CD, voyons… »
Puis, rassemblant tout son self-control pour ne pas perdre les pédales une deuxième fois, il tenta une approche pédagogique.
« Si tu veux, tout à l'heure, je te montrerai comment on s'en sert, tu veux bien ? »
Kagura envoya sur le sol le fruit de ses explorations nasales, et jeta sur lui un regard désintéressé.
« Je sais déjà m'en servir Patsuan, pas la peine de me prendre pour une imbécile…
- Ah oui ? Alors pourquoi…
- Gin-chan m'a toujours dit, dans la vie, on apprend de ses expériences. Et l'expérience que je viens de mener m'a clairement démontré que tes machins sont parfaits pour lancer à Sadaharu…
- Qu…
- Même qu'il adore ça !
- Mais ce n'est pas l'utilisation normale d'un CD !
- En cas d'attaque ennemi, le CD peut même servir de projectile, pour décapiter tes adversaires.
- OUI, JE SAIS TRÈS BIEN, ESPÈCE DE MANIAQUE !
- Ils sont à usage unique par contre. Il faut donc en prévoir en grande quantité…
- Ne me dit pas que tu comptes attaquer toute une armée à coup de CD ?!
- Ils ont aussi leur utilité en temps de paix. Comme couteau de cuisine par exemple. Je suis sûre qu'on peut aussi s'en servir comme épluche-légume !
- Kagura, ne me dit pas que tu as essayé…
- Et pour votre usage intime et privé, le petit trou central peut même servir à faire passer votre… »
Kagura s'interrompit, et se tourna vers Shinpachi, l'air écœuré.
« Shinpachi, tu me déçois beaucoup tu sais… »
La remarque fut assez suggestive pour que Shinpachi sente ses joues devenir rouge pivoine.
« Qu'est ce que tu vas insinuer par là ! C'est dégueulasse ! Tu t'imagines peut-être que ma **** est à ce point minuscule pour passer par là ?! Comment peux-tu avoir une aussi faible opinion de moi ? Et d'abord, comment t'es au courant de ce genre de chose ? Ce sont des trucs de mecs, ça !
- Ben, j'ai vu un jour Gin-chan le faire avec un aspirateur…
- Un aspirat-…
- Oui, même que j'ai voulu lui dire que c'est pas comme ça qu'on s'en servait, mais l'aspirateur a fait un bruit bizarre, et après ça, Gin-chan a marché en canard pendant trois jours… »
Ah. C'est donc pour ça que l'aspirateur aspirait moins bien ces derniers temps… se dit Shinpachi. Il chassa bien vite les images qui défilaient devant ses yeux en agitant frénétiquement ses mains, comme pour chasser une mouche imaginaire.
« Ça suffit Kagura ! Ce ne sont pas des choses qui devraient sortir de la bouche d'une gamine de quatorze ans !
- C'est bon, arrête de faire ta sainte nitouche… J'ai découvert où tu planques tes magazines pornos. C'est la même cachette que celle de Gin-chan. Vous les mecs manquez cruellement d'originalité…
- Mais qu'est ce que tu es allé foutre dans ma chambre au juste ?! » Il n'en revenait pas que la cachette que lui et Gin-san s'étaient donné tant de mal à trouver ait été repérée si facilement.
Il était en train de faire de l'hyperventilation devant une Kagura qui le regardait d'un air conquérant, quand Otae mit fin à la dispute en rameutant tout le monde à table. Shinpachi et Kagura échangèrent un regard qui en dit plus qu'un long discours. Enfin un point sur lequel ils étaient tout deux d'accord… Ils quittèrent le jardin pour se diriger vers la figure toute puissante de Shimura Otae. L'aura terrifiante qui émanait d'elle les promettait à une mort dans la douleur s'ils ne se mettaient pas à table dans les dix secondes. Traînant les pieds, Kagura marmonna,
« M'en fiche, j'ai ma réserve de sukonbu…
- Pense à moi alors, qui dois subir ça à longueur de temps…
- Qu'entends-je ? s'enquit Otae avec un sourire qui n'avait rien de charmant.
- Rien ! Rien du tout Ane-ue ! » s'empressa de répondre Shinpachi, désireux de désamorcer tout malentendu potentiel.
Ils s'installèrent tous autour de la table. Une jolie table, dressée comme pour dire « T'as vu, on a une invitée, alors j'ai mis les petits plats dans les grands ! ». Un bien bel effort, mais dont la finalité était broyée en minuscules petits morceaux et passée sous un rouleau compresseur. La matière noire, qu'elle soit présentée dans un service en porcelaine de Chine peinte à la main, ou dans une barquette en plastique, restait de la matière noire…
Shinpachi regarda son assiette avec un soupir, qui se transforma bien vite en nausée. Kagura appela discrètement Sadaharu à se poster derrière elle, avec l'espoir manifeste de lui refiler le contenu de son assiette. Otae quant à elle, contemplait la scène avec l'air satisfait d'une matriarche devant sa maisonnée.
« Itadakimasu ! »
Pendant que chacun se concentrait sur son plat, Shinpachi invoqua toute son imagination pour trouver un moyen de vider son assiette sans que son contenu ne franchisse la barrière de ses lèvres. Rude tâche, car sous son air de ne pas y toucher, Otae veillait au grain. Il était en train de béta-tester mentalement une stratégie consistant à verser intégralement son repas dans son pantalon avec la rapidité d'un ninja, quand un message télévisé attira leur attention.
C'était une conférence de presse du vieux Matsudaira, le Chef Suprême des forces de polices d'Edo. Derrière un pupitre et une nuée de micros, il répondait aux questions des journalistes en mâchonnant un mégot de cigarette éteint.
« Je ne vous cache pas que la situation est grave. Nous avons déjà perdu certains quartiers du centre ville, mais nous réussissons à garder le contrôle tant que nous parvenons à endiguer le phénomène. Toutes nos troupes sont sur place pour contenir le flux des agresseurs et empêcher la propagation de la maladie. Nous avons également évacué les quartiers à proximités des foyers de contagion.
- Donc, vous nous affirmez qu'il s'agit bien d'une maladie.
- Oui, c'est une maladie, un virus, un microbe, peu importe. Nos scientifiques y travaillent, mais à première vue, la chose semble se transmettre par le sang, de contaminé à personne saine.
- Les contaminés semblent s'en prendre aux autres êtres humains, en les mordant, et en les dévorant. Est-ce là une manifestation de la maladie, une forme de cannibalisme, ou une sorte d'instinct de conservation ?
- Nous n'en savons pas plus, si ce n'est que les contaminés ne s'attaquent qu'aux autres êtres humains. Après une morsure, un homme sain est irrémédiablement contaminé.
- Les « contaminés » comme vous les appelez, sont-ils vivants, ou sont-ils une espèce de zombie, des morts revenus à la vie ?
- Non, d'après les observations des scientifiques, les contaminés sont bien vivants, ils ne réagissent pas à la douleur, mais ne reviennent pas à la vie une fois mort.
- Est-ce curable ?
- Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question, nos scientifiques sont sur le coup, je peux vous l'assurer. La seule solution que nous ayons pour le moment est l'élimination des contaminés. Nous n'avons pour l'instant aucun espoir de guérison. Une personne contaminée cesse définitivement d'être celle qu'elle était, ne l'oubliez pas. Maintenant, si vous voulez bien m'excusez, je suis attendu sur le terrain. La conférence est terminée.
- Matsudaira-san, Matsudaira-san, une dernière question ! »
Le vieux Matsudaira disparut, et laissa place à un plateau de télévision.
« Voilà, c'était en direct la conférence de presse du Chef des armées. Nous vous rappelons pour les téléspectateurs qui viennent de nous rejoindre, que le pays traverse actuellement l'une des plus grosses crises de ses dernières années. Une maladie d'origine inconnue pouvant s'apparenter à la rage s'est propagée à toute allure à travers certains quartiers d'Edo. Le point de départ de la contagion serait le lieu du crash ayant eu lieu cet après-midi. Les personnes contaminées présentent un comportement extrêmement violent, s'attaquent aux civils et pratiquent le cannibalisme. Les troupes militaires de la ville sont sur le front pour tenter d'enrayer la propagation de la maladie, qui je vous le rappelle, se transmet par le sang et la salive. Nous avons également d'après nos sources, recensé d'autres foyers de contagion dans les villes alentours.
Ah, je reçois à l'instant un message officiel du gouvernement, qui conseille à tous les citoyens de se barricader chez eux jusqu'à résolution de la crise. Évitez à tout prix le contact avec les contaminés. Je répète, restez chez vous, ne sortez sous aucun prétexte ! »
Otae mit fin au discours paniqué du journaliste en éteignant la télévision sous les regards choqués de Shinpachi et Kagura.
« Quel dommage que j'ai fait enlever le mode Forteresse du dojo, il nous aurait été utile, cette fois-ci… » dit-elle d'un calme olympien. Shinpachi ne se souvenait que trop du dispositif dont Otae avait équipé le dojo. Censé repousser les harceleurs éventuels, il n'avait réussi qu'à tuer (un peu) Gintoki, en convalescence chez les Shimura (Épisode 62). Trop cher à entretenir, il avait été retiré, heureusement pour un certain gorille ne serait plus de ce monde si cela avait été le cas contraire.
« Ane-ue, ce n'est pas le moment de plaisanter ! Tu l'as bien entendu ! Il y a des espèces de trucs dehors qui s'en prennent aux gens !
- Oui Shinpachi, je ne suis pas sourde !
- Anego, Shinpachi, qu'est ce qu'il se passe ?
- De mauvaises personnes veulent attaquer le dojo et s'en prendre à nous, Kagura-chan. Je m'en vais les accueillir à bras ouverts, moi ! Ils vont découvrir l'hospitalité façon Shimura Otae !
- Attends Anego ! Je viens avec toi ! On va leur foutre la pâtée !
- Attendez, attendez ! Ane-ue, Kagura-chan, vous avez entendu ? C'est contagieux, je pense qu'il ne vaut mieux pas s'en approcher ! »
Peine perdue. Otae avait déjà saisi son naginata et se dirigeait dehors, prête à en découdre, suivie de près par Kagura qui se retroussait les manches, remontée comme un coucou suisse. Shinpachi soupira, et décida de suivre le mouvement, en s'armant d'une poêle à frire.
Il faisait déjà nuit noire dehors, et de lourds nuages gorgés de pluie menaçaient de craquer à tout moment au dessus de leur tête. Il ne régnait rien d'autre qu'un épais silence, troublé par le cricri des cigales et des criquets. A l'affût du moindre bruit, Shinpachi tendit l'oreille, et finit par repérer au plus profond de la nuit, une lointaine, très lointaine, sirène de police. Kagura sauta sur le muret avec légèreté et observa les alentours. Elle redescendit avec un visage déconfit, comme si on venait de lui ôter le pain de la bouche.
« Y a rien, que dalle…
- Tu n'as rien vu dehors ? Pas de type au comportement suspect ? demanda Otae.
- Personne, Anego. Y a pas un chat dehors.
- Tout le monde a dû suivre les conseils donnés à la télé…
- Bien sûr que tout le monde s'est mis à l'abri ! » explosa Shinpachi. Il ne comprenait pas comment les filles faisaient pour rester aussi calme. « Il y a des putain de… zombies -le mot lui écorcha la langue- qui se trimballent dans les rue d'Edo ! Faut vous réveiller un peu !
- Anego, anego, et si on jouait à Fort Alamo ? Toi, tu serais le Commandant Travis et moi Davy Crockett, et on se battrait contre l'armée mexicaine ! Ce serait cool non ?- ABSOLUMENT PAS ! Et puis d'où est-ce que tu sors cette référence à la con ? C'est pas parce que l'auteur a une piètre connaissance de l'Histoire du Japon que tu dois te prendre pour une révolutionnaire Texane ! Et puis d'abord, tu as une idée de comment a fini Davy Crockett ? MAL ! Alors si vous voulez pas finir en pâté pour zombie, on ferait mieux de commencer à s'organiser ! Et puis merde ! Faites comme vous voulez, moi, je vais au dojo chercher de quoi me battre. Ne laissez pas les mexicains envahir le Fort pendant mon absence. »
À bout de nerfs, Shinpachi se dirigea comme il l'avait annoncé vers le dojo, où il entreposait un stock de sabres en bois, laissés à l'abandon depuis la mort de son père. Il n'y avait plus que lui qui s'en servait, s'entraînant tous les jours sans relâche à l'art du sabre. Il entendit s'éloigner la discussion enflammée de Kagura et Ane-ue, qui établissaient manifestement une stratégie défensive de haut vol spéciale anti-zombie.
Il traversa la cour l'esprit en ébullition. Une invasion de zombie… Et si c'était tout simplement une invasion d'ersatz de Roy-san comme lors de cet épisode stupide pour les trente ans de Kochikame… ? Non. Ça avait l'air sérieux cette fois-ci. De vrais zombies, qui te courent après pour te transformer en yakiniku, et que, même que s'ils te mordent, ben tu deviens comme eux… Shinpachi rit nerveusement.
C'est un peu trop cliché tout ça… réfléchit-il. Matsudaira-san avait dit lors de son discours que c'était une maladie, que les personnes affectées n'étaient en fait pas mortes, mais juste contaminées par un virus. Ce n'est pas vraiment des zombies ni des morts vivants au final. Juste des types atteints d'une sorte de fièvre cérébrale. C'est ce qui arrive quand on a un cerveau. Peut-être faut-il juste leur faire lire un best-seller pour que tout revienne à la normale… Dans tous les cas, il y a donc moyen que l'on trouve un remède non ?
Shinpachi osait espérer qu'au même moment, une équipe de brillants scientifiques travaillaient avec acharnement dans des locaux top-secrets du Bakufu pour mettre au point un vaccin, un remède ou un truc du genre…
Tandis qu'une foule de questions dansait le pogo dans sa caboche, Shinpachi pénétra dans le vieux dojo et se dirigea d'un pas assuré malgré l'obscurité vers le baquet rempli de bokuto. Il en saisit un par le manche et le glissa dans sa ceinture. Puis, après un moment d'hésitation, il prit le baquet à deux mains, et renversa son contenu sur le plancher. Les bokuto retentirent sur le parquet avec fracas, et l'écho se répercuta contre les murs du dojo. Sans hésiter, Shinpachi tendit les bras dans le baquet, et en souleva le fond à mains nues. Ce n'était qu'un simple panneau de bois, qui dissimulait un double-fond. Là, se trouvait le wakizashi de son père, la seule lame que les Amantos n'avaient pas emportée lors de leur perquisition. Elle était restée cachée là tout ce temps, et Shinpachi avait estimé que c'était le bon moment pour s'en servir. Au moins par mesure de sécurité. Non pas qu'il prévoyait de tuer des gens avec, c'était juste au cas où…
En sortant du dojo, Shinpachi constata que les filles étaient en pleine effervescence. Kagura avait barricadé le portail avec les arbres qu'elle avait découpés lors de sa petite partie de jeu avec Sadaharu, et Otae patrouillait autour du mur d'enceinte à la recherche d'une brèche éventuelle.
Il avait l'impression de se préparer pour un long siège. Pour l'instant, il ne se passait rien. Le quartier semblait silencieux. Combien de temps leur faudrait-il pour atteindre le quartier Kabuki ? Le poids inhabituel du bokuto attaché à sa taille le fit penser à Gintoki. Il se demandait où le samurai allait passer la soirée… Sûrement dans un salon de Pachinko, à dépenser les dernières piécettes qui lui restaient, pour ensuite investir ses maigres gains potentiels dans une bouteille de saké qui lui garantirait une bonne cuite… Schéma classique. Le binoclard soupira en pensant à la fois où il avait dû récupérer son boss en calebars, ivre mort dans une benne à ordure.
Il s'inquiéta l'espace d'un instant de la possibilité d'un Gintoki pété comme un coing faisant face à une armée de zombies dégénérés. Inquiétude qui disparut aussi rapidement qu'elle était venue. Gintoki était parfaitement capable de faire face au danger, même dans un état rendu vulnérable par l'alcool. Au pire s'il était trop torché, il pourrait toujours tenter de passer pour l'un d'entre eux…
Mais là où était le problème, c'est qu'il fallait maintenant composer sans lui. La responsabilité tomba brutalement aussi lourde qu'une chape de plomb sur ses frêles épaules d'adolescent. Le dojo était passé sous sa protection, ainsi que Kagura et Otae. Quoique ces deux dernières n'avaient pas vraiment besoin d'un garde du corps, bien au contraire.
Shinpachi inspira nerveusement. Il allait devoir être à la hauteur. Le contact du wakizashi caché dans les plis de son kimono le rassura.
Tandis qu'il se baissait pour ramasser sa caisse de CDs restée dehors, il sentit une goutte de pluie tomber dans le creux de son cou. Il se releva sous une fine pluie dont l'intensité augmentait de seconde en seconde, et se tourna vers les filles, aveuglé par les minuscules gouttelettes qui s'accumulaient sur les verres de ses lunettes.
Kagura sauta du mur où elle était perchée, et se précipita vers le dojo en sifflant Sadaharu. Otae fit de même, et ils coururent tous se mettre à l'abri des trombes d'eaux qui s'abattaient sur Edo.
Profitant de l'agitation générale et d'un moment d'inattention de sa sœur, Shinpachi se dirigea furtivement vers la cuisine. Ils avaient interrompu leur repas pour ces travaux de fortification, mais à présent, Shinpachi commençait à ressentir les effets –bruyants- de son abstinence alimentaire dictée par son instinct de survie.
Quand il fut de retour dans la pièce à vivre, Kagura était en train de s'empiffrer de matière noire. Le vide intersidéral de son estomac devait être proche du néant pour qu'elle puisse tolérer de telles horreurs. La petite Yato était d'ailleurs la seule personne à la connaissance de Shinpachi capable d'ingurgiter ça. Otae de son côté, contemplait d'un air circonspect l'écran de la télévision alors qu'elle passait les chaînes en revue les unes après les autres.
Sentant la présence silencieuse de son frère derrière elle, elle se retourna et le regarda d'un air qui, pour la première fois de la soirée, paraissait inquiet.
« Toutes les chaînes sont coupées. Il n'y en a plus une qui émet.
- Peut-être ont-ils dû tout simplement évacuer leurs locaux, par mesure de précaution. » répondit Shinpachi en s'asseyant.
Il s'efforçait de paraître rassurant, envers sa sœur, mais aussi envers lui-même. La vérité était qu'il était mort de trouille. Il n'y avait rien de pire que de rester dans l'anticipation d'une catastrophe imminente, sans aucunes nouvelles du monde extérieur. Que se passait-il dans les rues d'Edo ? Combien de contaminés ? Combien de morts ? Allait-on vers la résolution, ou vers la crise ? La situation était-elle sous contrôle, ou tournait-elle à l'apocalypse ? Comment s'en sortaient les gens qu'il connaissait ? Rester dans l'ignorance et l'expectation l'insupportait. L'inactivité forcée de son corps, obligé de subir l'inertie d'une attente insupportable, ne faisait qu'amplifier comme en compensation l'activité de son cerveau en ébullition. Pessimiste de nature, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer nombre de scénarios catastrophes à faire pâlir d'envie Rolan Emerich.
Ce fut la sensation du regard de sa sœur posé sur lui qui le fit revenir à l'instant présent. Celle-ci le dévisageait de ses yeux noisette qui se voulaient rassurants, mais qui trahissaient son inquiétude. Il se rendit compte que sa position, à genoux, les poings serrés sur ses cuisses à tel point que les jointures de ses articulations blanchissaient, et son visage tourné vers le sol, ne dégageait pas l'aura apaisante qu'il aurait souhaité.
Comment voulait-il prétendre protéger ceux qu'il aimait, alors qu'il n'était pas capable de se contrôler lui-même ? Gintoki aurait su quoi faire dans cette situation. Ce mec, aussi désinvolte puisse-t-il paraître, avait toujours une solution à tout. Tout paraissait si simple quand il était là…
Shinpachi leva les yeux vers sa sœur, qui sembla comprendre sa détresse, car elle esquissa un petit sourire. Le genre de sourire qui illuminait son visage, ainsi que ceux qui se trouvaient à ses côtés.
Elle lui faisait confiance, et lui, il était le dernier des imbéciles.
« Anegooooo ! J'ai mal au biiiiide ! »
Shinpachi fut réveillé en sursaut par une série de bruits sourds. Il regarda autour de lui, légèrement désorienté, un filet de bave pendouillant de sa bouche. Il ramassa ses lunettes qui avaient glissé de son nez pendant qu'il dormait, et regarda autour de lui. Il ne se souvenait plus trop à quel moment le sommeil avait eu raison de lui. Lui et Otae avait veillé jusque tard dans la nuit, après que Kagura se fut endormi, mais rien ne s'était produit.
À ses côtés, sous le kotatsu, Ane-ue semblait dormir profondément, tandis que Kagura était debout, en train d'essayer de calmer Sadaharu qui ne tenait plus en place. À la vue du gros chien blanc, le poil hérissé, et tous crocs dehors, Shinpachi sentit ses entrailles se tordre douloureusement. D'un coup d'œil vers l'extérieur, il identifia immédiatement l'origine du vacarme qui l'avait réveillé. Des tambourinements sourds ébranlaient le portail du dojo. La pluie qui avait cessé permit à Shinpachi de reconnaître une voix provenant de derrière le mur. Kagura l'avait entendue aussi apparemment, car elle se tourna vers lui d'un air interrogateur.
« Shinpachi, il y a quelqu'un dehors. Qu'est-ce qu'on fait ? Anego m'a dit de ne laisser rentrer personne... »
Les appels se firent pressants, et le ton haussa, si bien qu'ils pouvaient maintenant clairement distinguer une voix appelant à l'aide.
« AIDEZ-MOI ! OUVREZ CETTE PORTE ! ILS ARRIVENT ! JE VAIS ME FAIRE BOUFFER ! OUVREZ, JE VOUS EN SUPPLIE PAR PITIE ! »
Kagura se précipita en avant, suivie par Sadaharu. Shinpachi bondit à ses trousses en criant :
« Kagura-chan, NON ! Les portes sont barricadées, tu ne peux pas les ouvrir ! Qui sait ce qu'il se trouve derrière ! »
« AU SECOURS ! QUELQU'UN ! »
Maintenant qu'il s'approchait du mur, Shinpachi entendit clairement au bout de la rue des rugissements qui n'avaient rien d'humain. On aurait dit qu'un troupeau de bêtes sauvages descendait à pleine vitesse l'étroite ruelle pour prendre leur dojo d'assaut.
Kagura bondit en souplesse sur le mur d'enceinte, immédiatement suivie par Shinpachi qui se hissa tant bien que mal à ses côtés. Sadaharu, resté en bas, ne cessait d'aboyer furieusement.
A la porte se tenait un homme, le visage trempé de sueur, les yeux exorbités par une peur sans nom. Il martelait la porte en bois à s'en écorcher les poings. Il semblait exténué, comme s'il venait de courir le marathon.
Shinpachi leva les yeux vers la rue qui lui faisait face, et c'est alors qu'il les vit.
Une armée de contaminée, si volumineuse qu'elle prenait toute la largeur de la chaussée, arrivait à vive allure. Les individus qui la composaient avaient l'air d'être humains, à la différence près qu'ils avaient la mâchoire barbouillée de sang. Leur comportement semblait plus animal qu'autre chose. Ils galopaient à une vitesse impressionnante, se marchant les uns sur les autres. Quelques individus plus rapides se détachèrent du groupe et ne furent bientôt qu'à quelques mètres du dojo.
L'homme se retourna avec horreur, puis les regarda d'un air désespéré.
« Par pitié… » dit-il d'une voix qui n'était plus qu'un couinement implorant.
Kagura s'agenouilla et tendit la main, invitant l'homme à la prendre et à monter sur le muret.
« Dépêchez-vous ! » hurla Shinpachi.
L'homme saisit la main au moment même où un contaminé se jetait sur son dos. Kagura tenta de le hisser, mais le zombie se cramponnait à ses jambes et fut très vite rejoint par ses congénères. L'homme hurlait de douleur alors qu'il se faisait mordre de toute part.
Kagura tenait toujours fermement sa main.
« Kagura ! Lâche-le ! On ne peut plus rien pour lui ! LÂCHE-LE !
- Je peux pas ! Il s'agrippe ! Sa main serre trop fort !
- Alors tire ! Tire de toutes tes forces ! »
C'est ce qu'elle fit.
Elle tira.
Elle récupéra dans sa main ce qu'il restait de l'homme, c'est-à-dire, la moitié d'un avant-bras.
Kagura agita frénétiquement son bras avec un cri de dégoût pour se débarrasser de la chose qui se cramponnait à son poignet.
Puis Shinpachi regarda avec horreur un zombie se détourner du festin qui se déroulait en contrebas, pour porter son attention sur le paquet de chair fraîche perché sur le muret.
« Kagura-chan, on descend. VITE ! »
Trop tard. Déjà une masse de zombie se pressait contre les murs, tentant d'escalader les parois en se montant les uns sur les autres. Il fallait les repousser, sinon, ils atteindraient le sommet et envahiraient la cour. Shinpachi vit sa sœur grimper à ses côtés, finalement réveillée par le vacarme.
« On dirait que ça a commencé ! Tenez la position ! Il ne faut pas qu'ils franchissent ce mur ! »
Déjà, Kagura distribuait une pluie de coups de poing et de pied. Mais rien ne semblait faire faiblir ces zombies qui ne cessaient de se relever. Shinpachi dégaina son boken et se mit à frapper tout ce qui passait à sa portée. Otae, avec son naginata, découpait les corps et les têtes.
Shinpachi pouvait voir leur visage, maintenant qu'ils étaient plus proches que jamais. Des visages humains, déformés par la folie, à la peau d'une pâleur de cadavre, et les yeux déments, injectés de sang. Des personnes qui étaient autrefois des amis, des voisins. Mais ils n'avaient pas le choix. C'était eux ou lui.
Il se tourna vers Kagura et s'inquiéta de voir ses poings ensanglantés. La conscience du danger le frappa soudain avec brutalité.
« Kagura-chan ! Tu ne devrais pas te battre à main nue !
- Hein ? Pourquoi ? demanda-t-elle en mettant au tapis un zombie d'un coup de poing dans la mâchoire. Ouch !
- Quoi ? Qu'est ce qu'il y a ?
- Je me suis fait mal en frappant. Je pense que je me suis coupée sur quelque chose. » gémit Kagura en pressant sa main contre son ventre.
A ses mots, Shinpachi sentit son cœur s'arrêter. Il repoussa violemment les zombies qui s'accumulaient au sommet du mur, faisant dégringoler la montagne de corps qui se pressait contre la paroi.
Puis il se tourna vers Kagura en déglutissant. Il eut l'impression d'avaler un glaçon.
« Kagura-chan, ça va ? Montre moi-ça ! » dit-il d'une voix dont il s'efforçait de contrôler en vain le tremblement. A côté de lui, Otae, lame suspendue, observait la scène avec inquiétude.
« Oui, ça va je crois. C'est juste une égratignure, je... Shinpachi, j'ai… froid, ça tourne… »
Shinpachi rattrapa au dernier moment la petite Yato qui faillit tomber de l'autre côté du mur. Mais déjà, les zombies en contrebas se réorganisaient et recommençaient leur ascension.
Il regarda avec hébétement Kagura qui reposait inconsciente dans ses bras.
« Shinpachi ! »
La voix d'Otae résonna lointaine aux oreilles du garçon.
« SHINPACHI ! Donne-moi Kagura-chan, je vais la mettre à l'abri. Toi, tu gardes ta position ! »
Shinpachi tendit comme dans un demi-rêve le corps flasque et sans vie de la petite fille. Il était en état de choc.
Otae sauta et emmena Kagura au dojo, suivie par Sadaharu qui pleurait sa maîtresse. Shinpachi fut laissé seul avec les zombies, dont les grognements le tirèrent de sa torpeur accablée.
Il savait ce qu'il était arrivé à Kagura. Il savait ce que cela impliquait, et ses coups en étaient décuplés. Il tira le wakizashi de son kimono, et se mit à frapper à deux mains, le katana dans l'une, le bokuto dans l'autre.
A la stupeur succéda la rage et la fureur. La fureur de n'avoir put protéger son amie. De n'avoir pas réalisé à temps.
Il se détestait.
Il les haïssait.
Il les frappait avec toute la violence qu'il pouvait mettre dans ses coups. Mais peu importe le nombre de zombies qui tombaient, il y en avait toujours d'autres qui prenaient leur place, attirés des environs par le vacarme. Ils étaient plus d'une trentaine en contrebas et Shinpachi ne pouvait les gérer seul.
Ils commençaient à prendre le dessus. Shinpachi, aveuglé par la colère et les larmes qui commençaient à gonfler dans ses yeux, ne savait plus où donner de la tête.
Le découragement succéda à la fureur. Il ne pouvait plus les retenir. Il ne pouvait plus retenir les morts-vivants, ni les larmes qui coulèrent sur ses joues.
Dans un élan de désespoir, il sauta au bas du mur côté rue, pour tenter d'attirer les contaminés vers lui. Il pouvait au moins sauver sa sœur, en attirant les zombies loin du dojo.
Tous tournèrent la tête vers lui. Abandonnant l'escalade du muret, la horde de zombies se précipita à ses trousses, alors qu'il courait comme un dératé, dans l'espoir de mettre le plus de distance possible entre lui et le dojo. Il savait qu'il ne pourrait pas les semer, alors quand il fut à une distance suffisante, il se retourna, les deux armes à la main, et fit face à l'armée dégénérée qui fonçait sur lui en hurlant.
Il s'apprêtait à subir l'impact, quand une tornade argentée surgit de nulle part.
Deux secondes plus tard, les zombies étaient à terre.
Shinpachi tomba à genou. Malgré le brouillard de poussière et de larmes qui troublait sa vue, il reconnut sans peine l'homme qui se tenait au milieu du carnage, et qui venait de lui sauver la vie.
« Gin-san… »
À Suivre
Petit bonus. Hommage à la scène mythique du lancer de vinyle du film Shaun Of The Dead.
« Bonjour et bienvenue dans notre rubrique : Survivre en territoire Zombie ! Je suis Pachie !
- Et moi Gura !
- Aujourd'hui nous allons vous apprendre à éliminer à distance les méchants zombies à l'aide de CDs ! Gura, le cobaye est-il prêt ?
- Tout à fait mon cher Pachie ! Je vous présente notre sujet d'expérience, appelons le… au hasard, Hideaki Sorachi, splendide spécimen de zombie, désigné volontaire pour participer à cette expérimentation. Bonjour, Sorachi-san.
- Grouaahahbleuarrggh
- Arrêtez de tirer sur cette chaîne, Sorachi-san, vous êtes ridicule. Bien, Gura, avez-vous les projectiles en question ?
- Les voici ! Maintenant, petite démonstration… L'objectif est de viser les organes vitaux avec le CD en le lançant comme un frisbee. Cinquante points pour la tête et l'entrejambe, et dix points pour les autres parties du corps… Donc, vous prenez le CD comme ceci et…
- Kagura-chan ! C'est le dernier album d'Otsuu-chan ! Non non non non, n'y touche pas !
- Mais arrête Pachie, reste dans ton rôle, t'es en train de tout foirer !
- Ok mais ça suffit avec mes CDs là, ils ont assez morflé pendant le chapitre ! Regarde, j'ai plein d'autres CDs qui ne sont pas d'Otsuu-chan, on n'a qu'à faire le tri et balancer les plus moisis…
- D'accord, mais tu continues à m'appeler Gura !
- Oui, oui Gura. Tiens, regarde-moi ça. Un single du DJ O'Zura, Joui Ga Joy, on garde ou pas ?
- On balance ! Ouuaiiiis, en pleine face, cinquante points du premier coup !
- Tiens, regarde un peu celui-là, un live des Diamond Perfume au grand stade d'Oedo… Mince, c'est moi ou la jaquette me semble extrêmement familière… ?
- Un CD d'Anego ! Vire tes sales pattes, c'est pour moi ! Tiens, regarde plutôt celui-là…
- Strawberry Fields Forever de Gintoki McCartney…
- …
- …
- …
- …
- … OUAAH EN PLEIN DANS LES COUILLES ! ET CINQUANTE POINTS DE PLUS POUR MOUAHAHAHAHA !
- Eh mais c'est pas juste Kagura-chan ! Tu as lancé deux fois d'affilée !
- Je t'ai dit de m'appeler Gura, merde Pachie ! Tiens, le prochain c'est pour toi. Qu'est ce que c'est que ce truc… le single Suck my Mayonnaise, des Red Hot Toshi Peppers…
- ON JETE !
- Arg, t'es pas doué Pachie. Le shoji du voisin ne compte pas. Zéro point !
- Je demande un deuxième essai ! C'est quoi cette fois ? Le single Rehab, de Tsukuyo Winehouse… ça craint sévère ! Allez, j'envoie la sauce !
- Ah, dix points, il y a du mieux, on progresse Pachie, on progresse ! À moi ! Voyons voir… le dernier album des Arctic Gorillas…
- Balance.
- Et encore cinquante points ! Alala, c'est même plus drôle à la longue…
- À mon tour… tiens, c'est quoi ça ? I Am a Wicked Child du groupe Radiokita…
- AAAAARGGGL COUPEZ ! COUPEZ !
- … »
Dans le prochain épisode, une cave, le retour les Blues Brothers, et la souffrance d'un cuir chevelu.
Les crédits du passage sur les best-sellers vont à Jane Lane. Merci Jane.
Je cherche encore d'où j'ai sorti cette référence à Fort Alamo. Mais je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à Boule et Bill.
Pour ceux que ça intéresse, et aussi pour rétablir une injustice, les titres des chapitres sont des chansons d'un seul et même groupe. Il se trouve que je suis une chia*se pour trouver des titres corrects, donc pour pas trop me fouler, je regarde des noms de chansons dans mon répertoire. Il se trouve que j'aime beaucoup les titres de ce groupe en particulier, et donc j'essaye de faire en sorte d'en choisir qui ont rapport de près ou de loin (enfin surtout de loin) avec le contenu du chapitre. Voilà voilà.
Merci à Kaeru18 pour la review :)
