Et voilà le chapitre 3 ! Désolée pour la différence de guillemets, mais on a deux façons différentes de les utiliser, et quand l'une n'en mets pas et que l'autre le modifie directement sur le site, ça donne des variations !

J'espère que ça ne changera en rien votre lecture !

Comme d'habitude, amusez-vous bien, et une petite review serait la bienvenue !


John descendit du train en traînant les pieds. Son crâne était en proie à une douleur lancinante et tout son corps protestait contre les courbatures. Le jeune homme se dirigea vers les toilettes de la gare, où il alla s'enfermer dans la cabine pour handicapés. Il ôta son sweat et son t-shirt et se frictionna le visage avec de l'eau froide, puis il s'observa dans l'étroit miroir. Des petites tâches marron parsemaient ses bras, son torse et ses mains. Il se nettoya comme il put, écœuré. Le sang de sa victime… Il se sécha avec les serviettes en papier et renfila ses vêtements. Son t-shirt était toujours maculé mais le sang était sec et ne déteindrait plus sur sa peau. Il le dissimula sous sa veste et ressortit d'un pas rapide.

Lorsqu'il se retrouva dehors, devant la gare, il grimaça. Où aller ? Il n'était jamais venu à Londres. Il n'en connaissait pas les rues comme celles de Glasgow. Il plongea ses mains dans ses poches et en tira un faible butin : carte étudiante, mouchoir usagé, et à peine plus de 5£ en petites pièces.

Le jour ne semblait pas encore décidé à se lever, et sous le ciel sombre, lourd de nuages, John commença à marcher, toujours indécis. Son t-shirt raidi par le sang le grattait. Cette sensation le fit grimacer et le décida à chercher une laverie. Après tout, il ne pouvait pas garder ce t-shirt souillé éternellement. Il se mit donc en quête d'un endroit discret, où personne ne lui poserait de questions : les mauvais quartiers de Londres…

Il s'arrêta un instant près d'un plan à l'entrée d'une bouche de métro et repéra un itinéraire qui l'éloignerait du centre-ville. Mémorisant rapidement les rues à emprunter, il se remit à avancer d'un bon pas. Une demi-heure plus tard, il se trouvait dans une rue désolée encadrée d'immeubles en mauvais état. Une enseigne lumineuse portant l'inscription « Laundry – 7/7 » grésillait non loin. En s'approchant, John aperçut une fine silhouette qui marchait également dans la direction de la laverie. La personne – une jeune fille qui devait avoir quelques années de moins que Watson – inséra une clé en bas du rideau de fer rouillé et le remonta dans un grincement sonore.

Elle était vêtue d'un uniforme d'université usé, un peu grand pour elle. Le lampadaire placé juste à l'entrée de la boutique éclairait ses cheveux châtains coupés en un carré plongeant très court, qui voleta autour de son visage lorsqu'elle tourna la tête pour le regarder arriver.

"Désolée, je suis en retard pour ouvrir, s'excusa-t-elle précipitamment en déverrouillant la porte vitrée. Je n'ai pas l'habitude que des clients arrivent à la première heure…"

John n'émit pour toute réponse qu'un faible borborygme accompagné d'un haussement d'épaules. La jeune femme poussa la porte et la tint pour qu'il puisse entrer, avant d'aller allumer les lumières et les machines sur un large panneau électrique accroché sur le mur, derrière un petit comptoir.

"C'est bon, c'est en route, vous pouvez vous servir", annonça-t-elle avec un sourire timide.

Le visage fermé et visiblement éreinté de John l'intimidait. Il se força à détendre ses traits – sans grand résultat – et tenta de sourire. N'obtenant qu'un rictus nerveux, il laissa tomber et se racla la gorge.

"Hmm… hésita-t-il, est-ce que vous fournissez la lessive… ?

- Oui."

Elle fouilla dans un tiroir du comptoir et lui tendit une dosette en plastique remplie d'un fluide bleu.

"Merci", marmonna-t-il.

Il lui jeta un regard incertain. Il n'avait pas prévu qu'il y aurait quelqu'un. Mais il ne pouvait pas vraiment reculer maintenant… Résigné, John respira profondément et se composa un masque impassible.

Sous les yeux ébahis de la fille, il ôta son sweat et le laissa en tas sur le banc, dévoilant son t-shirt maculé. Il l'entendit hoqueter de surprise mais s'obligea à l'ignorer. Il retira alors le vêtement sale et le jeta dans la machine. Il lança le lavage, sentant le regard de la jeune femme fixé sur lui, observant son torse, ses muscles, les cicatrices qui couraient sur sa peau. L'hématome violacé qui s'était formé sur ses côtes, résultat d'un coup de l'agresseur de la veille. Il serra les dents, furieux d'avoir une spectatrice. Lorsqu'il se retourna pour ramasser son sweat, leurs yeux se croisèrent. Sa colère devait se lire sur ses traits car elle les détourna précipitamment, l'air apeuré.

Il remit le sweatshirt et le zippa pour cacher son corps, et pour se protéger du froid que la mince porte vitrée ne bloquait pas entièrement. Le silence n'était troublé que par le ronronnement du lave-linge. John promena son regard autour de lui. Trois machines à laver et un sèche-linge décrépits. Un carrelage mural dont il aurait fallu brosser les joints. Des graffitis et des taches indéfinissables un peu partout. Il soupira, vaguement soulagé. La fille devait être habituée à des clients peu recommandables… Le jeune homme fut tiré de ses sombres pensées par la jeune femme qui toussota, gênée.

"Hum… Excusez-moi. Vu que vous allez rester là pendant encore presque une heure… enfin… Est-ce que vous voudriez une tasse de thé… ? Je vais m'en faire alors…"

Elle s'interrompit lorsque John tourna la tête vers elle.

"Volontiers", répondit-il d'une voix un peu rauque, en essayant désespérément de se détendre.

Elle hocha la tête et appuya sur le bouton d'une bouilloire électrique, avant de disposer deux sachets de thé dans des mugs. Lorsque l'eau arriva à ébullition, elle la versa dans les tasses et lui apporta.

"Merci, hum…

- Je m'appelle Kate, dit-elle en posant le mug sur le banc à côté du jeune homme.

- Merci, Kate", répéta-t-il avant de s'apercevoir que ce n'était pas la réponse qu'elle attendait. "John", ajouta-t-il machinalement avant de se dire que donner son nom était sans doute une erreur.

Kate sourit et retourna derrière son comptoir. Le silence retomba jusqu'à ce que l'essorage ne fasse rugir la machine. John sursauta puis se maudit intérieurement. Foutu lave-linge… Lorsque la machine s'arrêta enfin, le jeune homme sortit son vêtement et le plaça dans le sèche-linge. Puis il retourna siroter son thé, les doigts serrés sur la tasse brûlante.

Le tambour s'arrêta de tourner et un déclic se fit entendre. John tira son t-shirt de la machine et l'observa d'un œil critique. Ce n'était pas parfait, le sang ayant eu le temps de sécher avant d'être lavé, mais enfin il n'avait plus l'air du vêtement d'un psychopathe. La légère auréole, un peu plus jaune que le reste du tissu, n'éveillerait pas les soupçons. Il enleva son sweat pour la deuxième fois afin de se rhabiller, et nota du coin de l'œil que Kate ne s'était pas entièrement détournée lorsqu'il s'était à nouveau dénudé. Il ne dit rien, mais pensa qu'un autre aurait très bien pu mal prendre cette attention…

Il s'approcha du comptoir pour payer, constatant que l'opération lui coûtait près de la moitié de sa richesse. Lorsqu'il se retourna vers la porte, il comprit que le jour ne se lèverait pas. En effet, les nuages formaient une barrière opaque, et de larges gouttes commençaient à s'écraser sur le bitume de la rue.

"Hmm… John ? Vous pouvez attendre ici la fin de l'averse… enfin, je devrai partir vers 7h30 pour aller en cours, mais ça vous laisse encore un peu de temps à l'abri. Ensuite, c'est Warren qui prend la relève pour surveiller la laverie et euh… je ne crois pas qu'il vous laissera rester…"

La jeune fille semblait vraiment désolée. Il la remercia et retourna s'asseoir sur le banc, laissant aller sa tête sur le mur froid. Fermant les yeux, il tenta de réfléchir à ce qu'il pourrait faire ensuite. Venir à Londres lui avait semblé une bonne idée au premier abord, mais il regrettait son geste. Il n'avait rien ici, ne connaissait personne. Et s'il retournait à Glasgow à présent, son absence aurait été remarquée, il serait recherché… Il se fustigea mentalement. Pourquoi n'avait-il pas eu la présence d'esprit de repasser chez lui avant de fuir ? Ne serait-ce que pour prendre son portefeuille et un manteau plus chaud…

La cloche de l'entrée retentit alors, le sortant brusquement de sa réflexion. Un homme vêtu d'une vieille veste en cuir, les épaules larges et la barbe mal entretenue, était entré. Au regard que lui lança le nouvel arrivé, John comprit qu'il allait devoir s'en aller.

"Salut, Kate", dit Warren sans une once d'amabilité.

Son salut ne signifiait pas bonjour, mais au revoir. Elle se leva vivement et ramassa son sac.

"John, il faut partir", murmura-t-elle. "A ce soir, Warren", ajouta-t-elle sans le regarder.

Ils sortirent de la laverie, frissonnant de concert sous la pluie glacée de novembre. Elle leva la tête vers lui.

"Je suis désolée, répéta-t-elle. Warren n'aime pas que plusieurs clients soient là en même temps… Cette laverie… hmm… sert souvent à laver le même genre de chose que..."

Elle interrompit brusquement sa phrase, consciente de son manque de tact.

"Tu ne dois pas offrir du thé souvent", répondit-il, hésitant entre la compassion et l'ironie.

Elle eut un petit rire et reprit, embarrassée :

"Tu avais l'air différent. Désolée de ne pas avoir pu t'abriter plus longtemps."

John haussa les épaules.

"Je ne tenais pas à attendre le client suivant. Merci, Kate."

Il se détourna en relevant sa capuche et partit d'un pas rapide. Dans son dos, il savait qu'elle souriait.

John errait sans but dans Londres. Il avait renoncé depuis longtemps à essayer de rester au sec, et ses vêtements trempés collaient à sa peau. Frigorifié, la faim le tenaillant, sa décision de conserver précieusement ses dernières pièces vacillait.

Il céda peu après 15h, son estomac lui signifiant qu'il ne tolérerait plus aucun délai. Titubant contre le vent, la pluie lui fouettant le visage, John regarda avec envie la camionnette qui vendait des Fish&chips, et se dirigea à regret vers une supérette coincée entre deux grands magasins. Son maigre pécule ne lui permit d'acheter qu'un club sandwich peu garni. En sortant de la boutique, il mordit dans la nourriture et grimaça. Le pain avait le goût et la texture du carton, le jambon était caoutchouteux, et le fromage n'était présent que sur la photo de l'emballage… John réprima une violente envie de se mettre à hurler et se força à terminer son en-cas, plus affamé à la fin de l'opération qu'il ne l'était avant de commencer à manger.

Pestant contre sa fuite irréfléchie, ressassant la soirée de la veille, il se remit en route vers nulle part.

Il entendit Big Ben annoncer 17h, et il était toujours dans les rues, à ne pas savoir où aller, trempé et affamé. Le maigre sandwich qu'il avait pu se payer avec le reste des pièces n'avait pas suffit à contenter son appétit de sportif. Désespéré, il ne cherchait plus qu'un endroit où se blottir et se laisser aller à l'inconscience en attendant la fin de la pluie…

Il ne pouvait retenir ses tremblements alors que ses paupières s'affaissaient régulièrement d'elles-mêmes. Après tant de temps à tenir grâce à l'adrénaline, le contrecoup était plus que violent.

Il abandonna toute recherche d'un coin confortable où se reposer pour se laisser tomber avec autant d'élégance qu'un hippopotame sous anesthésie sur une volée de marches légèrement abritées de la pluie incessante.

Ses yeux se fermèrent tous seuls alors que son corps frémissait maintenant en continu. Il avait si froid… cette sensation était encore plus dure à supporter que la faim et la fatigue qu'il avait traîné avec lui toute la journée. Le monde autour de lui s'effaça progressivement, fermant la porte aux bruits de la rue. Jusqu'à ce que quelque chose lui secoue l'épaule.

« Jeune homme, vous gênez mon passage ! »

Encore groggy, il ne comprit pas immédiatement qu'une femme d'âge mûr le regardait intensément.

« Que faites vous là ? Vous ne devriez pas être à l'école ? Vous allez attraper la mort à rester sous la pluie ! Bon, poussez-vous maintenant, que je puisse rentrer chez moi ! »

John, dont le froid avait visiblement engourdi le cerveau, mit un temps avant de se relever précipitamment. Un peu trop vite au goût de sa tête, qui se mit à cogner dès l'instant où il fût sur ses jambes. En se massant douloureusement le front, il parvint enfin à balbutier :

« Excusez-moi, je… je suis perdu, je ne voulais pas emprunter votre porche… Je vais m'en aller, désolé encore !... »

Il se passa une main dans les cheveux, gêné devant cette petite dame qui le regardait d'un air sympathique. Il n'osait même pas imaginer ce qu'elle pouvait penser de lui à ce moment là. Un pauvre gosse perdu, qui fait la manche, deale de la drogue, et quoi d'autre encore…

Elle monta difficilement les quelques marches de son perron avant de déverrouiller sa porte et se glisser à l'intérieur. John la regarda faire, envieux. Il ne comprit donc pas tout de suite lorsque la porte resta ouverte devant lui. Il fallut que cette dame revienne vers lui.

« Eh bien alors, qu'attendez vous ? La dissolution du Royaume-Uni ? Entrez donc, jeune homme, vous allez vous noyer sous cette pluie ! »

La reconnaissance qu'éprouvait John à ce moment là dut se lire dans ses yeux, car la dame le gratifia d'un sourire plein de compassion et de gentillesse.

« Je suis Mrs. Hudson.

- John Watson, répondit-il, serrant la main qu'elle lui présentait alors. Ravi de vous rencontrer. »

Les fines gouttes s'abattaient sans pitié sur son visage et son corps, le brûlant à chaque coup. Il n'avait jamais autant apprécié une douche de sa vie. Cela faisait déjà plusieurs minutes que, les yeux fermés, il s'était laissé aller à ses pensées sous le jet de la douche italienne de la dame qui l'avait accueilli. Elle l'avait laissé utiliser la salle de bains dès qu'ils étaient entrés dans son petit appartement londonien, le forçant presque même, ne cessant de dire qu'il allait tomber malade s'il restait ainsi.

Le massage prodigué par l'eau ruisselant avec force commençait tout juste à dénouer ses épaules, quand il entendit un léger frappement à la porte.

« Ouh ouh, je vous prépare du thé bien chaud ! N'hésitez pas à prendre les vêtements que je vous ai laissés ! »

Il sortit alors de sa rêverie, se savonna activement, sans douceur pour sa peau meurtrie, avant de se rincer, couper l'eau et se sécher avec la serviette mise à disposition.

Il ouvrit la cabine, se rendant compte de la quantité de buée qu'avait formée sa douche bouillante. Il entrouvrit le fenestron avant de jeter un œil aux vêtements soigneusement pliés sur une chaise. Les siens avaient disparu.

John se saisit donc des sous-vêtements, les enfila puis continua avec un jean simple un peu trop long pour lui, et une chemise à carreaux qui avait vu de meilleurs jours mais qui était parfaitement propre, elle aussi légèrement trop grande. Peut-être ces vêtements appartenaient-ils au mari de Mrs. Hudson.

Après avoir tenté de discipliner ses cheveux, et laissé tomber, il sortit de la salle d'eau et se rendit dans la kitchenette où l'attendaient Ms. Hudson et une tasse de thé fumante.

"Vous avez nettement meilleure mine comme ça, mon garçon ! sourit-elle dès qu'il fut devant elle.

- Merci beaucoup, répondit John de tout son cœur. Mais ces vêtements… je…

- Oh, ne vous en faites pas, mon mari n'en a plus l'usage, soupira-t-elle affectueusement. J'ai mis les vôtres à sécher. Buvez donc ce thé tant qu'il est chaud. Voulez-vous quelque chose à manger ? Asseyez-vous, voyons !"

Sous le déluge de questions et d'ordres, John eut un sourire timide et s'assit en face de Mrs. Hudson. Elle lui tendit une boîte en fer remplie de biscuits visiblement faits maison.

"Mrs. Hudson, c'est trop… Vous n'imaginez pas la situation désastreuse de laquelle vous me tirez… hésita-t-il en passant machinalement la main dans ses cheveux humides.

- Je ne suis pas sans cœur au point de laisser un jeune homme attraper une bronchite devant chez moi. Et j'aurais eu mauvaise conscience de vous envoyer l'attraper ailleurs !

- Je ne vous encombrerai pas longtemps, promit-il en attrapant un gâteau.

- Ne soyez pas ridicule, le rabroua-t-elle gentiment. Vous ne vous seriez pas écroulé sur mon palier si vous aviez quelque part où aller. Alors je vais vous proposer un marché : si vous me racontez ce qui vous a amené à ma porte, je vous hébergerai ici aussi longtemps que vous en aurez besoin en échange d'un peu d'aide ménagère !"

Le jeune homme sentit le poids sur ses épaules frémir. Un toit, elle venait de lui offrir un toit ! Il soupira profondément, les yeux fermés.

"Je ne suis pas certain que vous vouliez toujours me garder lorsque vous saurez comment je suis arrivé là…

- J'en jugerai moi-même, répliqua-t-elle en buvant son thé à petites gorgées."

Comme elle continuait de l'observer avec un air encourageant, John se racla la gorge et laissa la soirée de la veille envahir sa mémoire à nouveau. Le cœur lourd, il retraça pour elle l'agression, son intervention, le combat… Ce fut la tête entre les mains, larmes fuyant de ses paupières closes, qu'il murmura le meurtre. La peur revint se nicher dans son ventre lorsqu'il décrivit sa fuite éperdue, le voyage en train entre veille angoissée et sommeil de plomb. Le désespoir lorsqu'il s'était retrouvé à Londres avec pour seuls compagnons le froid, la pluie et la faim. Puis il se tut, sa voix se brisant lorsqu'il essaya de lui dire la gratitude qui l'avait étreint quand elle l'avait laissé entrer.

Un long silence suivit le récit. Il n'osait regarder la vieille dame, terrifié à l'idée qu'elle réagisse en le mettant dehors.

"Vous avez sauvé cette jeune fille, dit-elle doucement. C'est cela qu'il faut que vous reteniez. Vous lui avez évité un viol douloureux, et peut-être même la mort. Ce que je ne comprends pas – car vous avez l'air d'un garçon sensé – c'est… pourquoi ne pas avoir averti la police ? Hmm… Vous n'avez sans doute pas envie d'entendre ça, mais… mieux vaut se dénoncer qu'espérer ne pas être retrouvé…"

John eut un petit rire dépourvu de joie.

"La police… Si seulement je pouvais me fier à elle… mais la police n'ose pas s'aventurer dans ces quartiers de Glasgow. Ce n'est pas elle qui fait l'ordre et la loi là-bas. Les rares agents de police qui pénètrent ces endroits sont corrompus. Ils étoufferont n'importe quelle affaire pour un peu d'argent, un peu de drogue. Et si j'étais allé me dénoncer au poste, j'aurais probablement été livré sur un plateau aux malfrats qui hantent le quartier. L'homme que j'ai… tué… c'était un prof. Tout le monde savait qu'il était des leurs. Si on me retrouve, je ne serai pas jugé avant d'être condamné à mort – mais probablement exécuté sur le champ…"

Mrs. Hudson hocha la tête.

"Maintenant je comprends. Et je maintiens mon offre, John."

Elle réfléchit quelques instants, se tapotant les lèvres d'un index pensif.

"Je peux peut-être même vous en faire une deuxième… murmura-t-elle, comme pour elle-même."

Puis, sans s'expliquer, Mrs. Hudson se leva et alla déposer les tasses dans l'évier.

"Mais il se fait tard ! C'est que vous avez le sens du récit, plaisanta-t-elle. Vous devez être affamé. Je vais faire à manger, et pendant la cuisson, j'irai préparer votre lit."

Le poids sur les épaules de John se leva enfin. La promesse d'un repas chaud et d'un lit éclaira son visage fatigué d'un large, véritable sourire.

"Je ne vous remercierai jamais assez", souffla-t-il alors qu'un intense soulagement chassait la peur de son estomac.

Le lendemain matin, John mit un certain temps à comprendre où il se trouvait. Il bâilla longuement, profitant de la douce chaleur des draps, puis finit par émerger lorsque les évènements de la veille lui revinrent. Tout en étirant ses muscles endoloris, il sortit du lit et jeta un œil par la fenêtre. Le temps n'avait pas changé, mais observer la pluie en étant au sec et au chaud lui procura un délicieux sentiment de confort. Le jeune homme enfila les vêtements que lui avait prêté son hôtesse, puis il refit soigneusement son lit.

Lorsqu'il débarqua dans la cuisine, ébouriffé mais reposé, Mrs. Hudson était en train de s'affairer autour de la bouilloire. Des toasts encore fumants étaient disposés sur la table, accompagnés de divers pots de marmelade.

"Bonjour, dit-il lorsqu'elle se tourna enfin vers lui.

- Bonjour, John. Je ne vous demande pas si vous avez bien dormi, ça se lit sur votre visage. Vous avez l'air d'avoir rajeuni de dix ans !"

Elle versa l'eau frémissante dans la théière et fit signe au jeune homme de s'installer, avant de venir s'asseoir en face de lui.

"Vous avez de la chance d'être arrivé un vendredi soir. Je ne travaille pas aujourd'hui.

- Oh, hum… quel est votre métier ?" demanda poliment le jeune homme.

Le sourire de Mrs. Hudson s'élargit.

"C'est là qu'intervient ma deuxième proposition, affirma-t-elle avec un petit air mystérieux. Vous avez dit hier que vous étiez étudiant, n'est-ce pas ? Quel est votre cursus ?"

Surpris par la tournure de la conversation, John mit quelques secondes à comprendre ce qu'on lui demandait. Il répondit, balbutiant.

"Je… euh… Je venais de commencer mon doctorat de médecine. J'ai choisi une spécialisation en médecine légale et militaire. Mais pourquoi…

- Intéressant. Il se trouve que, par un hasard extraordinaire, je suis directrice de l'Imperial College of London. En tant qu'enseignante, je serai extrêmement déçue qu'un incident regrettable interrompe des études aussi longues et difficiles, pour lesquelles vous avez dû travailler d'arrache-pied. Je peux donc vous proposer ceci : une inscription en doctorat dans le laboratoire de médecine légale de l'université, si nécessaire sous une identité d'emprunt."

John eut une vision fugitive d'un avenir possible, mais elle s'assombrit aussitôt.

"Je n'aurai jamais les moyens de payer une telle école", répondit-il d'un air contrit.

Mrs. Hudson haussa les épaules.

"J'aurais dû préciser… inscription gratuite. Oh, et je vous trouverai une chambre dans les résidences étudiantes. Il y aura bien une place libre."

Le jeune homme resta muet quelques instants, tentant d'assimiler ce que lui était offert.

"Je… Pourquoi faites-vous tout cela pour moi ? Vous me connaissez à peine, et je suis un meurtrier en cavale, qui plus est…"

Elle lui lança un regard perçant et amusé.

"John, je ne suis plus toute jeune. J'ai déjà reçu tout ce que l'avenir pouvait m'offrir, je n'ai plus de questions à me poser sur mon futur. Vous, vous en avez. Votre avenir n'est pas encore tracé, et vous avez besoin que quelqu'un vous remette sur les rails avant qu'il ne soit trop tard."

Il sourit à la métaphore et allait répondre lorsqu'elle continua, l'œil pétillant.

"Par ailleurs, j'ai été sage toute ma vie. Jamais un pas de travers ! Je peux bien me permettre cette petite entorse à la discipline."

John rit légèrement, et elle ajouta :

"Oh, et pour les frais de scolarité… Ils sont scandaleusement élevés. Cette université s'engraisse bien trop sur le dos de ces étudiants. Bien sûr, ceux qui s'inscrivent ici ne regardent pas à la dépense… mais l'école pourra bien se passer d'une cotisation !"

Le regard du jeune homme se plongea dans les yeux gris-bleu de Mrs. Hudson.

"Je ne saurai vous dire toute ma gratitude, dit-il lentement, laissant tout son cœur imprégner ses mots. Je promets de vous rembourser un jour la dette immense que j'ai envers vous, quel que soit l'effort à fournir pour cela. Je ferai tout pour ne pas vous décevoir."

Elle lui adressa un sourire amical.

"Votre reconnaissance me touche. Je suis heureuse de faire tout cela pour vous, John Watson. A présent, terminez donc ce petit déjeuner. Nous allons devoir être efficaces si vous voulez commencer votre doctorat lundi !"


Alors, que pensez-vous de cette rencontre ? Que va-t-il se passer ensuite, pour notre pauvre John, qui n'a pas fini d'en voir de toutes les couleurs ?