Bonjour/Bonsoir tout le monde ! Voici le chapitre 4 ! J'espère que vous allez l'apprécier !

Merci pour les follow et les reviews ! ça nous fait extrêmement plaisir de voir que la fic plait un peu ! Pourvu que cette suite vous en inspire encore beaucoup !

Nalou


John déglutit avec difficulté alors que le tailleur de l'université prenait ses mesures. Lorsqu'il eut terminé, le nouvel étudiant descendit du tabouret et remit la chemise prêtée par Mrs. Hudson. L'homme n'avait fait aucune remarque – un sourcil levé imperceptiblement, peut-être – quant aux blessures visiblement récentes de John, et ce dernier lui en était reconnaissant. Son mètre de couturier à la main, le tailleur le raccompagna à la porte, où la directrice l'attendait.

« Vos vêtements vous seront livrés dès ce soir. Quelle chambre ?

- 221, bâtiment B, indiqua Mrs. Hudson.

L'homme griffonna le numéro sur le papier qui portait les mesures de John.

- Vous réglez comment ? Chèque ? demanda-t-il d'un ton faussement indifférent.

John se racla la gorge, mais la directrice répondit encore une fois à sa place.

- Vous recevrez un chèque de l'administration, affirma-t-elle. Donnez-moi la facture.

Le tailleur griffonna quelques lignes sur son calepin en marmonnant.

- Alors… Deux uniformes comprenant pantalon et veste… Cravate… Quatre chemises blanches… Une paire de chaussures… Une tenue de sport…

Il releva les yeux et tendit la feuille à Mrs. Hudson. John eut le temps d'apercevoir le montant et pâlit. Tout ça ?! Nullement impressionnée, elle plia soigneusement le reçu et le glissa dans le dossier qu'elle portait. John et elle remercièrent le tailleur et sortirent.

- Mrs. Hudson… euh…

- Ne vous en faites pas, John. Bon, maintenant que vous êtes inscrit et que vos uniformes sont en cours de préparation, il est temps d'aller vous installer dans votre chambre. »

Elle le guida jusqu'à un long bâtiment de briques claires et le fit entrer grâce à un pass accroché à son trousseau de clés. Dans le hall d'entrée, derrière quelques rangées de boîtes aux lettres, se trouvait le bureau du concierge. Mrs. Hudson alla frapper à la porte vitrée, que le gardien, un petit homme replet et dégarni, s'empressa d'ouvrir.

« Je viens chercher la deuxième clé de la chambre 221, déclara-t-elle.

Il hocha la tête et décrocha un petit trousseau d'un panneau en liège couvert de crochets, et le tendit à John.

- Pass d'entrée, porte de la chambre, boîte aux lettres, énuméra-t-il en désignant à chaque fois la clé correspondante. Si vous avez besoin d'avoir accès à certains bâtiments de cours, vous devrez faire programmer votre pass. »

John saisit le trousseau en remerciant l'homme. Le porte-clés à l'effigie du blason de l'université brillait comme s'il était fraîchement astiqué. Il se dirigea vers les escaliers en compagnie de Mrs. Hudson et la suivit dans le couloir du deuxième étage. Elle le regarda tourner la clé dans la serrure avec un sourire satisfait.

« Bienvenue chez vous, John Watson. » déclara-t-elle lorsqu'il poussa la porte.

L'effet théâtral de ses paroles se trouva quelque peu gâché quand leurs yeux se tournèrent vers l'intérieur de la pièce. Un capharnaüm épouvantable régnait.

La chambre, meublée de deux lits, deux bureaux et deux chaises, aurait pu être spacieuse et agréable si elle n'était pas si encombrée d'objets insolites. Un des lits était pire que défait et couvert de vêtements à la propreté douteuse, et l'autre était envahi de matériel de chimie et de feuilles de papier. Les bureaux n'étaient pas en reste, croulant sous les livres et les restes de repas. Une porte, au fond de la chambre, menait à la kitchenette – qui n'avait pas l'air d'avoir connu une éponge depuis plus d'un siècle – et à la salle de bains – dont le tapis trempé était chiffonné dans un angle, et le miroir couvert de traces de calcaire.

John écarquilla les yeux devant l'ampleur du désordre, et Mrs. Hudson pinça les lèvres.

« Hmm. Je suis navrée, John, je n'ai pas pu prévenir l'occupant des lieux qu'il allait avoir un nouveau colocataire. Laissez-moi vous aider à débarrasser au moins votre côté de la chambre je lui ferai part de mes sentiments quant à son sens de l'ordre…

- Ce n'est rien, Mrs. Hudson. Vous en avez déjà tant fait… Je vais m'en occuper.

- J'espère au moins qu'il a laissé votre placard vide… vous devriez y trouver de quoi faire votre lit. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas d'aide ?

- Merci, madame, mais je ne vais pas en plus vous demander de ranger ma chambre !

Elle sourit.

- Dans ce cas, je vais vous laisser vous installer. J'ignore quand votre camarade rentrera.

- Puis-je savoir comment il s'appelle ? demanda John, nerveux à l'idée de rencontrer l'énergumène capable de tant de chaos.

- Oh, oui, quelle étourdie je fais ! Il se nomme Sherlock. Sherlock Holmes, indiqua-t-elle avec un sourire. Je reviendrai vous voir d'ici quelques jours pour voir si tout se passe bien. A bientôt, le salua-t-elle avant de sortir.

Dès que la porte fut fermée, John reporta son attention sur la chambre. Il remonta ses manches en respirant un grand coup, regrettant immédiatement cette inspiration dans une quinte de toux. L'air était chargé de poussière. Il s'empressa d'aller ouvrir la fenêtre.

John ne savait pas par où commencer et tourna plusieurs fois sur lui-même avant de se décider pour la cuisine. Il dénicha une éponge dans un coin du placard, encore neuve et emballée, à côté d'un flacon de liquide vaisselle dans le même état. John attaqua la vaisselle, faisant des allers retours réguliers entre la chambre et la cuisine pour aller chercher les diverses assiettes sales qui traînaient un peu partout. La tâche lui prit plus d'une heure, mais le résultat l'encouragea. La cuisine était rutilante – il avait également nettoyé les deux plaques de cuisson avec acharnement, détartré l'évier et dépoussiéré le placard – et il avait libéré un espace non négligeable sur un des bureaux.

Il s'employa ensuite à transporter précautionneusement les fioles, tubes à essais et autre verrerie et les déposa dans le bac de douche. Puis il constitua une pile avec tous les papiers – visiblement des cours – qui encombraient le lit et les déposa sur le bureau qu'il avait dégagé. Le matelas, miraculeusement, n'était pas taché et John en soupira de soulagement.

Peu désireux de toucher les vêtements de son colocataire, il laissa le second lit en l'état. Il s'occupa cependant de son bureau, qu'il réorganisa rapidement, remplaçant l'enchevêtrement d'objets par des piles stables. Il y déposa également les feuilles de cours.

Son bureau était désormais libre. Il passa un coup d'éponge dessus pour le débarrasser de la poussière, puis il se dirigea vers le placard qui lui était destiné, appréhendant ce qu'il pourrait y trouver.

La porte coulissa silencieusement et John soupira de soulagement. Son placard était vide, à l'exception de l'étagère du haut qui supportait des serviettes de toilette, des draps, des couvertures et un oreiller. Le jeune homme se hissa sur une chaise pour attraper le tout et fit soigneusement son lit.

John put enfin souffler. Satisfait par son travail – malgré le désordre restant du côté de son colocataire, il ramassa la pile d'affaires fournies par Mrs. Hudson et la déposa sur son bureau : un ordinateur portable (chaque élève s'en voyait fournir un par la bibliothèque universitaire), quelques éléments de papeterie pour ses cours, un nécessaire de toilette et, non négligeable, deux Tupperware remplis des restes du repas qu'il avait pris chez elle.

En allant ranger la nourriture au frais, il avisa la bouilloire qui trônait au dessus du petit four à micro-ondes. John la remplit d'eau et observa l'étagère de la cuisine.

« J'ai rangé ta chambre, tu peux bien m'offrir un thé » dit-il sans s'adresser à personne, en saisissant une boîte d'Earl Grey.

Le jeune homme but son thé avec délectation, puis prit soin de laver la tasse et la posa retournée sur l'égouttoir. Son courage retrouvé, il allait s'occuper de la salle de bains lorsque deux coups discrets furent frappés à la porte. Intrigué, il alla ouvrir et se trouva nez à nez avec le tailleur.

« Vos vêtements, jeune homme, annonça-t-il en lui tendant deux larges boîtes en carton.

John les saisit et fut surpris par le poids.

- Merci, monsieur…

- Je vous souhaite une bonne soirée, déclara l'homme en haussant un sourcil à la vue de la chambre mi-rangée, mi-chaotique.

L'étudiant lui rendit son salut et referma la porte. Il posa les boîtes sur son lit et entreprit de déballer ses nouvelles affaires.

Les uniformes étaient des costumes de coupe classique taillés dans une étoffe gris sombre, et portaient l'écusson de l'école brodé sur la poche de poitrine. Il découvrit également deux cravates aux couleurs du département de médecine. La tenue de sport était constituée d'un short noir et d'un t-shirt rayé. Dans la deuxième boîte se trouvaient une paire de chaussures de sport et une paire de chaussures de ville en cuir noir. John rangea le tout dans son placard, incapable de retenir un sourire.

Sourire qui disparut lorsqu'il entra dans la salle de bains. John grimaça et retourna chercher une des grandes boîtes en carton qui contenaient ses vêtements. Il rangea à l'intérieur toute la verrerie qui attendait dans la douche et alla poser le tout dans un coin de la cuisine. Puis il se remit au ménage, essorant le tapis de bain, épongeant le sol… Quand il eut terminé, le ciel commençait à s'assombrir et John s'aperçut qu'il était affamé.

Il dévora le contenu d'un des Tupperware, puis s'écroula sur son lit tout habillé. Résistant à l'envie de fermer les yeux, il s'obligea à se relever. Il n'était que 19h, et son colocataire n'était pas encore là. Alors il s'installa à son bureau et alluma l'ordinateur.

A 23h, n'ayant toujours pas de nouvelles de son camarade de chambre, John éteignit l'appareil et baissa les stores. Il se doucha rapidement puis, vêtu d'un caleçon et de son vieux t-shirt, il se glissa avec délices sous les couvertures. Epuisé, il s'endormit presque immédiatement.


« Merde… Rah…

Le fracas de la porte s'ouvrant à la volée couvrit presque les jurons, et la lumière s'alluma. John se réveilla en sursaut et se redressa d'un bond.

- Qu'est-ce que… » commença-t-il, avant de s'interrompre brusquement.

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, un mouchoir ensanglanté plaqué au coin des lèvres, lui lança un regard mi-furieux, mi-surpris. Des boucles brunes, trempées, étaient plaquées sur son visage. Des yeux bleus perçants examinèrent John, qui se sentit brusquement peu couvert. Le nouvel arrivé ouvrit la bouche, la referma sans avoir parlé. John comprit la question muette.

« Sherlock Holmes ? demanda-t-il, la voix encore rauque de sommeil.

- Oui, lui répondit l'autre d'une voix grave, vaguement méfiante, avant de grimacer et d'appuyer le mouchoir de plus belle.

- John Watson, continua-t-il, incertain. Je suis… hum… ton nouveau colocataire.

Voyant que l'autre restait immobile, il se leva et alla fermer la porte de la chambre, voulant éviter que les autres habitants de l'immeuble ne puissent s'en mêler. Puis il enfila rapidement son pantalon, gêné par le regard inquisiteur.

- Tu es… blessé… ?

Un marmonnement incompréhensible lui répondit, et le nommé Sherlock se débarrassa de son manteau trempé en le jetant vers le lit de John, qui l'intercepta in extremis.

- C'est mon lit, maintenant, affirma-t-il fermement en allant le suspendre à la patère accrochée sur la porte d'entrée. Tu saignes aussi au niveau de la tempe, indiqua-t-il.

Le nouveau venu s'assit lourdement sur son propre lit et tenta de tamponner sa tempe, ne réussissant qu'à y coller des cheveux. John grimaça. L'apprenti médecin en lui avait envie de nettoyer correctement les plaies, vérifier s'il n'y avait pas besoin de points, … Le grondement inarticulé de Sherlock le fit se rendre compte qu'il s'était rapproché.

- Hum… Tu as besoin d'aide ? demanda John, un peu hésitant.

- De l'aide de la part d'un criminel en cavale ? Merci bien, rétorqua Sherlock, sarcastique, avant d'étouffer un grognement de douleur.

John resta bouche bée, et il sentit que la peur s'insinuait à nouveau en lui. Ils – peu importe qui cela pouvait être – l'auraient retrouvé ?

- Comment… ? interrogea-t-il, abasourdi.

Sherlock renifla dédaigneusement. Il désigna d'un geste le t-shirt de Watson.

- Résidu caractéristique d'une tache de sang séché. Vu la disposition des gouttes, il s'agit clairement d'une éclaboussure. Ce n'est donc pas ton sang. Qui plus est, tu as l'accent écossais, peut-être… hmm, oui, Glasgow, les quartiers ouest ? Tu viens d'un endroit peu recommandable et ton arrivée ici n'était pas prévue. Tache de sang, arrivée inopinée à Londres… Criminel en cavale, conclut Sherlock d'une voix monocorde, comme s'il s'ennuyait.

John, impressionné, mit quelques instants à retrouver l'usage de sa langue.

- Il te manque quelques éléments, répliqua-t-il avec un temps de retard. Je suis aussi étudiant en médecine. Tu as visiblement pris des coups, et tu es clairement incapable de te soigner toi-même, vu l'attachement que tu mets à soigner ta chambre. Et si tu continues à rester planté là, tu vas avoir la même tache que moi sur ta chemise, sauf que ça sera ton propre sang. Alors, tu me laisses regarder ou pas ? »

Sherlock lui lança un regard ahuri – et un peu agacé il n'avait visiblement pas l'habitude de s'entendre parler sur ce ton par un inconnu – et à la grande surprise de John, il commença à déboutonner sa chemise. Pendant ce temps, John alla chercher la trousse de premiers secours qu'il avait trouvée dans la salle de bains alors qu'il faisait le ménage. Il saisit un flacon de désinfectant et quelques morceaux de coton, puis revint dans la chambre.

Il y trouva Sherlock assis au bord de son lit, torse nu, et nota qu'il était extrêmement mince, presque maigre. Le blessé le regarda approcher avec méfiance. John s'assit à côté de lui et mouilla un coton avec l'antiseptique. Puis, avec beaucoup de douceur, il écarta les cheveux collés et observa longuement la plaie sur la tempe de son colocataire. Lorsqu'il y appliqua le coton, Sherlock laissa échapper un sifflement.

« Hé, ça brûle, râla-t-il.

- C'est normal, répondit John. Ça va passer.

Il essuya consciencieusement la blessure et l'examina à nouveau.

- Ce n'est pas très profond. Si tu n'y touches pas, dans une semaine tu n'auras plus rien. Montre ta lèvre, maintenant.

Sherlock tourna la tête vers John et écarta le mouchoir en papier de sa bouche. John saisit le menton du jeune homme dans sa main gauche et l'orienta vers la lumière, trop concentré pour remarquer que celui-ci s'était raidi au contact de ses doigts.

- Là non plus, ce n'est pas grand-chose, mais la peau des lèvres met plus de temps à cicatriser, commenta-t-il.

Il nettoya la coupure qui barrait l'extrémité des lèvres de Sherlock, raffermissant son maintien sur la mâchoire inférieure du blessé qui tentait d'échapper au traitement.

- Je sais que ça brûle, dit-il. Mais si on ne nettoie pas et que ça s'infecte, ça sera bien plus douloureux. Tu vas avoir mal pendant quelques jours, surtout en mangeant. Il faudra que tu fasses attention à ne pas ouvrir la bouche trop grand.

Lorsqu'il eut fini, il lâcha le visage de Sherlock et plongea son regard dans les yeux bleus et froids qui le regardaient sans aménité.

- Tu es blessé autre part ?

- Non.

John hocha la tête.

- Alors va prendre une douche. Tu vas prendre froid si tu restes comme ça » ordonna-t-il.

Ses paroles lui rappelèrent celles que Mrs. Hudson avait prononcées à peine moins de deux jours plus tôt et il adressa un petit sourire à son colocataire qui resta de marbre lorsqu'il se leva. Mais le sourire de John s'élargit lorsque le bruit de la douche se fit entendre. Satisfait bien qu'un peu perplexe quant à cette rencontre peu banale, il se recoucha et sombra à nouveau dans le sommeil.

Lorsque Sherlock revint dans la chambre, enroulé dans une serviette, il jeta un œil vers le jeune homme endormi, et son irritation due à son colocataire imposé se teinta de curiosité.


Sherlock était en train de réinstaller tout son matériel de chimie lorsqu'il entendit son nouveau colocataire se réveiller. Peut-être avait-il fait trop de bruit avec ses éprouvettes et autres béchers ? Enfin, ce n'était pas comme si ça le concernait vraiment… Il était très bien tout seul jusqu'à présent, même s'il refusait d'admettre que le rangement que ce John avait effectué était plutôt pratique.

« Qu'est ce que tu fabriques ? Il est à peine 5h ! s'éleva la voix encore ensommeillée de John.

- Je remets en place mes expériences, c'est évident ! Je vais devoir recommencer à cause de toi ! répondit Sherlock sans même se retourner.

- Et ça ne pouvait pas attendre une heure décente pour ça ? Tu as à peine dormi !

- Dormir ? Ennuyeux. Je ne sais pas comment les gens font, c'est sûrement pour ça que vous avez une intelligence aussi limitée, à perdre autant de temps avec de telles futilités. »

John, vexé, ouvrit la bouche pour répliquer, avant de la refermer et de secouer la tête en soupirant. Se sentant incapable de se rendormir, il se leva et enfila son jean.

« Je vais me faire du thé, tu en veux ? »

Son colocataire ne réagit pas immédiatement, mais sentant le regard de John posé sur lui, leva un instant les yeux de son éprouvette.

« Ah, tu me parlais. Je n'ai pas l'habitude qu'on m'adresse la parole, surtout pour me proposer quelque chose. Je veux bien un thé. Deux sucres et 4ml de lait. »

Ayant compris qu'il n'obtiendrait aucune formule de politesse de la part de Sherlock, John s'attela à la tâche. Il remplit la bouilloire avant de la mettre en route. Pendant qu'elle chauffait, il sortit deux tasses et une théière qu'il emplit de nouveau d'Earl Grey. Rien ne valait un thé noir bien fort pour se réveiller si tôt un dimanche matin.

Il ajouta deux sucres dans l'une des tasses avant d'ouvrir le réfrigérateur.

« Sherlock, il n'y a pas de lait ! Il y a un bocal de… Oh mon Dieu ce sont des yeux ?!

- Expérience. Repose-le. Pourquoi n'irais-tu pas nous en acheter ? »

John repoussa le bocal avec une mine dégoûtée et se racla la gorge avant de reprendre la parole, essayant de rester calme.

« D'une part, nous sommes dimanche, et il n'est même pas encore 6h du matin. D'autre part, comme tu l'as si bien remarqué cette nuit, je suis en cavale, et je n'ai rien sur moi, pas de carte bleue, pas de papiers, rien ! Donc je crois que tu vas boire ton thé sans lait, pour une fois ! »


« Sherlock, c'est mon bureau, dit John d'un ton agacé, en repoussant le tas d'objets variés qui venait d'atterrir sur la table.

- Plus de place sur le mien, répliqua l'intéressé en retournant à son expérience.

John soupira et se leva, ramassa les affaires et les déposa sans ménagement sur le lit de son colocataire.

- Sherlock.

- Occupé.

- Sherlock, il va falloir que tu t'y fasses. Je vis là, maintenant, et…

- Tu n'utilises pas toute la surface de ton bureau, le coupa Sherlock en agitant la main dédaigneusement.

John allait répondre aigrement, en sifflant entre ses dents serrées, lorsque quelques coups sur la porte interrompirent l'altercation naissante.

- Occupé, répéta Sherlock, imperturbable.

- J'ai compris. Je vais ouvrir » maugréa l'autre en traînant les pieds.

Mais toute trace de mauvaise humeur disparut de son visage lorsqu'il tira le battant.

« Mrs. Hudson ! s'exclama John en souriant.

- Bonjour, répondit-elle. Ah, Sherlock est là aussi ! Quand est-il arrivé ?

En pleine nuit, autour de trois heures, grinça John en pensée.

- Oh, hmm… Ce matin. Assez tôt, je dois dire, indiqua-t-il tout à fait honnêtement.

- Mrs. Hudson, lança Sherlock sans décoller de son microscope. Vous nous avez apporté du lait ?

La vieille femme leva les yeux au ciel.

- Je suis la directrice de cette école, Mr. Holmes, pas votre gouvernante !

Puis elle se tourna vers John en souriant malgré elle et chuchota.

- En fait, j'en ai amené. Mais rien qu'un litre, et c'est parce que vous venez d'arriver !

John saisit la bouteille qu'elle lui tendait et la fit entrer dans la chambre.

- Merci beaucoup. Il m'a presque jeté sa tasse de thé à la figure ce matin, parce que je n'avais pas mis de lait dedans… murmura-t-il.

- J'ai entendu, John, marmonna Sherlock. Puisque vous n'apportez pas de lait, quel est donc le but de votre visite ? Une directrice d'université ne peut pas passer son dimanche à aller voir les élèves, si ? continua-t-il en se tournant enfin vers eux.

Il écarta John sans ménagement et serra Mrs. Hudson dans ses bras sous les yeux ébahis de son colocataire.

- Je venais voir si John avait pu s'installer correctement, répondit-elle lorsqu'il l'eut relâchée. Vous vivez comme un porc, Sherlock !

John était encore sous le choc.

- Ne faites donc pas cette tête, dit-elle gentiment. Sherlock m'a rendu un grand service, et je le considère presque comme mon propre fils… – Elle lui lança un regard affectueux et Sherlock eut la bonne grâce de rougir – Trêve de bavardage, John, parlons un peu de votre rentrée, demain. Je crois savoir que vous voulez éviter les questions.

- En effet, répondit John nerveusement, en lançant un regard vers Sherlock.

Mrs. Hudson le remarqua.

- Il a tout deviné, hein ?

John acquiesça d'un signe de tête.

- Uniquement les grandes lignes. Mon t-shirt ne lui a pas tout dit, persifla-t-il.

- Bon, je peux donc parler devant lui… après tout, il vaut mieux qu'il entende ce que j'ai à dire, si vous ne voulez pas qu'il gaffe. Alors, je me suis dit que, même dans une école aussi sélective et protégée que la mienne, il valait mieux changer au moins votre nom de famille. Je me suis permis de sélectionner trois noms plutôt communs d'origine écossaise. Je pense qu'il est important que vous gardiez votre prénom, afin que ce soit plus facile d'éviter les erreurs. J'ai donc pensé à Davidson...

- Ah non, ça ne lui va pas du tout ! intervint Sherlock, qui avait replongé le nez au dessus de son microscope.

Après un coup d'œil mi-agacé, mi-amusé de la part de Mrs. Hudson dans sa direction, elle reprit :

- Grant, et Scott. Que préférez-vous ?

Après quelques instants de réflexion, John reprit la parole :

- Grant, cela me semble pas mal. John Grant. Ça reste assez simple à retenir, et plutôt commun.

- Il ne faudra pas oublier de l'utiliser, surtout, pas comme avec nous ! Il y a de grandes chances que votre disparition soit signalée d'ici quelques jours à peine, et il va falloir faire profil bas. Ici, à l'Imperial College of London, vous ne risquerez pas grand chose. Les élèves sont uniquement des enfants de diplomates, de politiciens, ou tout simplement de personnes qui peuvent se permettre de payer l'inscription, et qui estiment que la sécurité de leur progéniture est primordiale. Vous ne risquez donc pas grand chose venant de l'extérieur, l'enceinte est très bien gardée. Ceci dit, vous connaissez – enfin peut-être pas – les personnes de ce genre de société : avides de ragots. S'ils se doutent de quelque chose, ils n'hésiteront pas à creuser pour trouver la réponse.

Elle sourit en regardant Sherlock.

- Mais je vous garantis que vous pouvez faire confiance à Sherlock. Malgré son air buté et ses mauvaises manières, c'est un gentil garçon !

- MRS. HUDSON !

L'accusée étouffa un petit rire.

- Il n'aime pas qu'on dise qu'il est gentil… Enfin, vous allez pouvoir reprendre le sujet de vos recherches ici, avec un accès total à toutes les informations que peuvent contenir nos bibliothèques. Si vous souhaitez changer, cependant, libre à vous !

- Je pense conserver mon sujet de doctorat. Même si je n'ai plus accès à mes données, je devrais pouvoir retrouver assez rapidement ce que j'avais commencé.

- Alors tout est réglé. Oh, j'ai juste besoin d'une signature sur le dossier... John Grant donc.

John improvisa une signature avec son nouveau nom.

- Bien. Je vais vous laisser maintenant. Sherlock, essayez d'être vivable, hmm ?

- Vous avez dit que j'étais « gentil ». Je serai « gentil », répliqua Sherlock d'un ton monocorde, concentré sur ses expérimentations.

Mrs. Hudson soupira, mais elle souriait.

- Au revoir, John. Vous trouverez un plan du campus sur le site de l'université, je vous ai affecté au laboratoire de médecine numéro 3. Vous devriez y trouver ce dont vous avez besoin. Et votre pass vous y donnera accès en dehors des horaires classiques. Bonne soirée » conclut-elle en sortant de la chambre.


John referma la porte derrière elle et sentit le regard de Sherlock se poser sur lui avant même de se retourner.

« Quoi ? demanda-t-il un peu plus brusquement que ce qu'il aurait voulu.

- Alors comme ça, ton t-shirt ne m'a pas tout dit ?

Un grand sourire s'étalait sur le visage de Sherlock.

- Hudson ne m'aurait pas imposé n'importe quel colocataire, et j'ai confiance en son choix. Mais je n'aurai pas confiance en toi que si je connais les détails de ton arrivée ici...

- Et tu crois que je vais tout te raconter comme ça ? rétorqua John, un sourcil levé. Sans te connaître ? Je n'ai pas tout deviné sur toi en regardant ta chemise, moi...

- C'est que tu ne sais pas bien regarder, renifla Sherlock avec mépris. Allez ! Dis-moi ce que tu as bien pu faire de si terrible dans les mauvais quartiers de Glasgow, ordonna-t-il.

John sourit, amusé par la conviction de Sherlock.

- Dis-moi pourquoi on t'a frappé, répliqua-t-il.

- Qui te dit qu'on m'a frappé ? Je suis tombé dans l'escalier, fit Sherlock en portant machinalement la main à sa lèvre fendue.

John ricana.

- Excuse bidon par excellence. Un escalier n'aurait pas pu te faire ces plaies. Marques caractéristiques de coups portés avec une bague, expliqua-t-il en imitant le ton professoral de Sherlock. Moi aussi, je sais regarder, conclut-il.

Sherlock lui lança un regard à la fois furieux et satisfait.

- Au moins, mon colocataire n'est pas – entièrement – limité... soupira-t-il. Pour reconnaître une plaie due à une bague aussi aisément, tu dois déjà en avoir vu beaucoup...

- Subi, rectifia John à voix basse, d'un ton amer.

Sherlock croisa les bras et s'adossa à son bureau.

- Raconte. – Il vit le regard de John et ajouta – Oui, ensuite je te dirai pourquoi on m'a frappé.

John poussa un profond soupir. Après tout, il n'aurait sans doute pas pu lui cacher longtemps. Alors pour la deuxième fois, il conta l'incident du vendredi. Mais comme il était en face d'un étudiant au mépris facile et non face à une vieille dame compréhensive, il retint ses larmes et expliqua le tout sans laisser paraître les émotions qui le torturaient. À la fin de son récit, Sherlock émit un long sifflement, inspirant entre ses dents.

- Hudson est vraiment trop compatissante. Elle m'a collé un meurtrier dans ma chambre...

Des éclairs dans les yeux, John bondit de son lit où il s'était assis.

- Je n'ai pas fait exprès, d'accord ? Je ne voulais pas le... – Il déglutit douloureusement – je ne voulais pas le tuer !

- Cette fille, c'était ta petite amie ? demanda Sherlock, indifférent.

- Quoi ?! Non, pourquoi ?

- Tu n'avais qu'à pas te mêler d'une affaire qui ne te regardait pas...

John serra les poings.

- Ça te va bien de dire ça...

Puis il vit l'étincelle dans les yeux de Sherlock. Cet abruti était en train de plaisanter.

- Tu te moques de moi, gronda John.

- C'est très drôle. Tu réagis au quart de tour, dit Sherlock, le visage impassible. Seuls ses yeux riaient. Bon, Mrs. Hudson m'a donc offert un preux chevalier prêt à secourir toute princesse menacée par un dragon ! Je comprends pourquoi tu veux savoir pourquoi on m'a frappé... Mais je te préviens, Watson. Je ne suis pas une demoiselle en détresse.

John fixa longuement le visage sérieux de son colocataire, puis laissa échapper un petit rire moqueur.

- Tu faisais très bien la princesse, quand je t'ai soigné cette nuit.

Sherlock ouvrit la bouche pour protester, mais aucun son ne sortit.

- ... !

Outré, il tourna le dos à John et se pencha vers son expérience. Mais son colocataire ne l'entendait pas de cette oreille et se leva pour aller se poster à côté de lui.

- Hé, c'était une plaisanterie, fit John, toujours souriant. Tu t'es foutu de moi aussi.

Sherlock haussa les épaules et lui renvoya un regard indifférent.

- Tu m'empêches de travailler.

- C'est mon intention, confirma John en s'appuyant sur le bureau déjà trop encombré. Toi aussi, tu as des choses à me raconter, hmm ?

Sherlock soupira et posa ses mains à plat sur le peu de surface libre qui restait.

- Tu ne vas pas me lâcher tant que je ne t'aurai rien dit, hein ?

- En effet.

Le jeune chimiste alla s'asseoir sur le lit de John.

- Hé, c'est mon lit !

- Le mien est occupé, répliqua Sherlock.

Il étala ses jambes sur le lit, adossé à l'oreiller de John.

- Tu veux que je te raconte, oui ou non ?

John leva les yeux au ciel et repoussa les longues jambes de son colocataire.

- Vire tes pieds de là ! Enlève au moins tes chaussures !

Sherlock balança ses chaussures au sol et reprit sa position, mais John le força à lui faire de la place. Finalement face à face, assis en tailleur chacun à un bout du lit, le regard agacé de John rencontra la lueur provocatrice dans les yeux de Sherlock. Il soupira.

- Je t'écoute !

Sherlock laissa sa tête aller en arrière, l'appuyant sur le mur, et il ferma ses yeux bleus. Mais il se redressa brusquement et envoya à John un regard perçant.

- Comment tu as pu reconnaître que ces blessures étaient dues à une bague ? Ça aurait pu être n'importe quoi d'autre...

- Non. C'était évident à mes yeux. Et n'essaie pas de changer de sujet. Bague ou pas bague, pourquoi t'a-t-on frappé ?

- Ce n'est pas la bonne question, répliqua pensivement Sherlock. Il m'a frappé parce qu'il voulait me faire du mal, simplement...

John résista à l'envie de jeter quelque chose dans la figure de Sherlock. Ne pouvait-il pas répondre clairement ?

- Pourquoi voulait-il te faire du mal, dans ce cas ? demanda-t-il après une profonde respiration.

Sherlock eut un léger sourire, mais ses yeux restèrent froids et impénétrables.

- C'est une meilleure question.

- Alors ?

- Parce qu'il aime me faire du mal.

- Il te déteste ?

- Je n'ai pas dit ça. Je ne pense pas qu'il me haïsse à proprement parler. Simplement... ça lui plaît de faire du mal.

John fronça les sourcils. Malgré lui, il s'inquiétait. Sherlock avait un air indéfinissable à cet instant, presque vulnérable.

- Tu me décris un sadique...

Sherlock eut à nouveau son petit sourire triste.

- Exactement… »

Un lourd silence suivit ses paroles. John connaissait ce genre de personne, qui aimaient faire souffrir leurs victimes rien que pour le plaisir de sentir leur supériorité. Il aurait pu lui dire. Je sais ce que tu ressens. Il avait envie de le rassurer, mais quelque chose dans l'attitude de Sherlock l'en empêcha. Cet air nerveux, sur la défensive, qui transparaissait sous le masque impassible. Ce regard qui disait : ne t'avise pas de me prendre en pitié. Je sais me débrouiller seul.

Alors John opta pour une autre technique et déclara, désinvolte :

« Tu m'en as appris plus que ce que ma question attendait. Tu ne m'as pas seulement dit le pourquoi, mais aussi le qui et le combien.

Sherlock sembla se réveiller et posa un regard interrogateur sur John qui s'expliqua :

- Pour le qui : tu as spontanément parlé d'un seul individu, de sexe masculin, alors que je me cantonnais volontairement à un « on » général. Je sais donc qu'une seule personne est responsable de tes blessures. Même s'il a potentiellement des complices, lui seul t'a touché. Pour le combien, même raisonnement. Tu as parlé de lui comme d'une habitude. « Il aime me faire du mal ». Pour savoir ça, il te faut le connaître, et l'avoir subi un certain nombre de fois… Conclusion, cet homme – reste à savoir son nom et autres informations secondaires – te martyrise régulièrement. Ai-je tort ?

Sherlock étouffa un petit rire et une lueur de satisfaction éclaira son visage.

- Je constate que tu sais non seulement regarder, mais aussi écouter. Tant mieux. Je n'aurai pas supporté d'avoir un déficient mental pour colocataire.

John ricana.

- Si tu considères systématiquement les gens moins malins que toi comme des déficients mentaux, tu dois te sentir bien seul, railla-t-il. Mais je dois t'avouer que si je ne venais pas de là d'où je viens, je n'aurais sans doute pas compris. Il faut dire que je connais la personne dont tu parles. Enfin, peut-être pas cet homme en particulier, mais son exact semblable.

- Tu connais un autre sadique, conclut Sherlock. D'où le fait que tu saches reconnaître les traces de bague ?

John secoua la tête en signe de dénégation.

- Non. Ce sont deux histoires différentes…

Sherlock prit une mine intriguée et fronça les sourcils.

- Parle, ordonna-t-il simplement.

- Non, répéta John fermement. Tu en sais assez sur moi, et avec ton cerveau non déficient, tu vas pouvoir déduire le reste. Il est presque 20h, je vais faire à manger. Tu as faim ? demanda-t-il en se levant.

- Je ne mange pas beaucoup, répondit Sherlock en haussant les épaules.

- Et ça se voit, grimaça John. Tu es trop maigre.

Sherlock lui adressa un large sourire et se rallongea confortablement sur le lit, les bras croisés derrière la nuque.

- Intelligent et cuisinier. Tu as bien fait de venir » répliqua-t-il simplement.


Et hop ! Fin du chapitre 4 ! A bientôt pour la suite, maintenant, à vos claviers !