HOHOHO !
C'est pas encore Noël, mais c'est l'heure du chapitre 5 !
J'espère que vous allez apprécier !
Bonne lecture, et une petite review à la fin pour les deux pauvres auteures ? Siouplééééé ?
John ouvrit lentement les yeux. La lumière du jour entrait à flots dans la chambre dont les stores étaient grands ouverts. Il tourna la tête vers le petit réveil que Mrs. Hudson lui avait donné et… l'étagère était vide. Soudain parfaitement réveillé et légèrement paniqué, John se redressa d'un bond. Sherlock, indifférent à ses états d'âme, était plongé dans son expérience.
« Sherlock ? Quelle heure est-il ?
- Mmh ? Huit heures et quart, répondit l'intéressé mollement.
Les yeux de John s'écarquillèrent alors qu'il sautait hors du lit et sprintait vers la salle de bains.
- Merde, merde, merde ! jura-t-il à voix basse. Attends ! Que fait mon réveil dans le placard de la salle de bains ? SHERLOCK ?!
Le chimiste passa la tête par l'entrebâillement de la porte.
- Hein ?
- C'est toi qui as déplacé mon réveil ?!
- Oh, oui. Le tic-tac m'empêchait de travailler.
John mit quelques secondes à comprendre. Furieux, il se mit à crier en gesticulant.
- Je voulais être au labo à 8h30 ! Je vais être à la bourre, je ne sais même pas où c'est ! Tout ça parce que tu as les oreilles sensibles ! Sors de là, que je puisse m'habiller ! Et ne touche plus à ce foutu réveil ! »
Sherlock haussa les épaules sans répondre et retourna à son travail. John s'habilla en quatrième vitesse et se brossa les dents sans avoir déjeuné, espérant qu'il y aurait une machine à café près du labo. Il lui restait 50 pence, peut-être que ça serait suffisant…
Lorsqu'il se vit en uniforme dans le miroir, il eut du mal à se reconnaître. Le costume sur-mesure était parfaitement ajusté et lui donnait une allure très chic. Personne ne pourrait croire qu'il venait des bas-fonds de Glasgow. Il noua soigneusement sa cravate et saisit la sacoche de son ordinateur, puis il sortit en trombe de la chambre en grommelant. Sherlock le regarda partir, l'air surpris.
« Mais… Les labos n'ouvrent qu'à 9h… » dit-il sans se rendre compte qu'il n'y avait personne pour l'écouter.
A 8h45, John finit par croiser quelqu'un sur le campus. Une jeune fille à la peau mate, dont les cheveux bouclés se coinçaient dans la courroie de son sac.
« Hum, bonjour, l'aborda John. Je cherche le labo de médecine numéro 3… Tu saurais me dire où aller ?
Elle lui lança un regard indifférent et il constata que la cravate de l'étudiante était d'une autre couleur que la sienne.
- La médecine, c'est les bâtiments là-bas. Après, je ne sais pas où est chaque labo.
- Merci, répondit John avec un sourire.
Elle lui lança un regard peu amical.
- Trois mois après la rentrée, tu sais toujours pas aller à ton labo ?
John se racla la gorge. Ça commençait.
- Je viens d'arriver, en fait. Je suis nouveau, c'est mon premier jour, et mon foutu colocataire a désactivé mon réveil. Donc je n'ai pas eu le temps de consulter le plan…
Elle éclata de rire.
- Le bizutage en doctorat, c'est un peu dépassé ! Ton coloc a l'air sympa… Mais ne t'en fais pas, personne n'arrive en labo avant 9h…
Elle s'interrompit et adressa de grands signes à un jeune homme qui marchait dans leur direction.
- Ohé ! C'est Anderson, indiqua-t-elle. Il est en médecine, il pourra te guider.
Le nommé Anderson était un grand garçon dégingandé, avec des cheveux bruns filasses qui pendaient mollement sur ses oreilles. Il adressa un grand sourire à la jeune fille.
- Salut, Sally ! dit-il en l'embrassant sur la joue. Et euh, salut, … ?
- John, répondit John. John Grant.
- Salut, John Grant, répéta Anderson. D'où tu sors ?
- Il vient d'arriver, en médecine comme toi ! déclara Sally avant que John n'ait pu ouvrir la bouche. Tu peux t'occuper de lui montrer le chemin ? J'ai cours moi, je vais être en retard… à plus tard, dit-elle en s'éloignant à grandes enjambées.
Les deux garçons la regardèrent tourner au coin du bâtiment, puis se tournèrent l'un vers l'autre.
- Alors comme ça, t'es nouveau ? T'en en quelle année ?
- Je commence mon doctorat, répondit John. J'ai été affecté au labo numéro 3, mais je n'ai pas eu le temps de regarder le plan…
Anderson sourit.
- Je suis au labo 3 aussi ! Je suis en deuxième année de thèse. Content de te rencontrer, John.
- Moi de même » répondit John, soulagé que les questions n'aient pas été plus nombreuses.
Ils se dirigèrent de concert vers le laboratoire, où Anderson aida John à s'installer. Un homme fit alors son entrée dans la salle. Il portait une longue blouse – qui avait due être blanche dans des temps reculés – par-dessus son costume, et tenait une pile de livres en équilibre sur un ordinateur portable. Ses cheveux châtains étaient longs et noués en une queue de cheval basse.
« Est-ce que euh… John Grant est ici ? lança-t-il à la cantonade.
- C'est moi, répondit John en levant la main, avec un temps de retard.
Grant, tu t'appelles Grant, enfonce-toi ça dans le crâne, songea-t-il en serrant la main que le nouvel arrivé lui tendait.
- Lewis Jones, se présenta l'autre, Mrs. Hudson vient de me contacter à ton propos. C'est moi qui encadrerai ta thèse. C'est un peu à la dernière minute, enfin, Hudson m'a expliqué que tu avais dû déménager précipitamment pour des raisons personnelles, c'est ça ?
John hocha la tête en essayant de ne pas avoir l'air coupable, et le nommé Jones sembla s'en contenter.
- Je suis le chef du labo 3, laboratoire de médecine légale de cette université. Tu veux un café ? J'aimerais qu'on discute un peu avant que tu ne commences à travailler. Je ne vais pas te lancer là-dedans alors que tu arrives tout juste.
L'étudiant déglutit difficilement et lança un sourire nerveux à son nouvel encadrant.
- Merci, je veux bien un café. »
Il suivit Mr. Jones dans le bureau attenant à la salle de travail et s'assit sur la chaise qui lui fut désignée. Rapidement, il se sentit plus détendu : le professeur voulait simplement parler du sujet et non en apprendre plus sur lui. La conversation se déroula donc facilement, et John ne tarda pas à apprécier son maître de thèse.
La matinée se déroula tranquillement, car les étudiants du labo 3 n'étaient pas nombreux. Chacun salua John et lui demanda rapidement qui il était, mais aucun ne sembla s'offusquer du fait qu'il était écossais. John eut un peu de mal à prendre ses marques mais finit par se concentrer et chercha à retrouver le travail qu'il avait déjà effectué à Glasgow.
Midi approchant, il se massa la nuque un bon coup avant de lever les yeux de son plan de travail. A travers la porte vitrée du laboratoire, il aperçut une paire de chaussures luxueuses, bien plus que celles qu'il portait lui-même, qui l'attendaient nonchalamment à proximité du mur d'en face. Ses yeux se levèrent lentement sur le propriétaire de ces chaussures. Des jambes couvertes de l'uniforme gris foncé, infiniment longues, suivies d'un torse fin couvert d'une chemise blanche, d'une veste, et d'une cravate aux couleurs du département de chimie. Le cou, puis la tête apparurent dans le champ de vision de John. Une peau très claire, des yeux bleus et perçants, puis une masse de boucles noires aussi brillante qu'indisciplinée. Sherlock l'attendait, les mains dans les poches, adossé face à l'entrée du laboratoire n°3.
La vision fut brusquement interrompue par Anderson qui s'était approché du bureau de John.
« Je vais rejoindre Sally à la cantine. Tu veux venir manger avec nous ? ça te ferait rencontrer du monde.
John lança un deuxième regard par la vitre. Sherlock le fixait.
- Euh, c'est gentil mais non merci. Je vais manger avec mon colocataire…
- Comme tu voudras » répondit Anderson en haussant les épaules.
Attrapant sa veste au passage, John se leva, adressa un signe de tête à Anderson et quitta la salle.
« Tu n'étais pas censé être en cours comme tout le monde, toi ? lança-t-il à son camarade de chambre.
- J'avais un amphi de chimie organique. Ennuyeux. En plus, mes camarades sont tellement lents à comprendre ! J'ai déjà terminé le programme de l'année… Et je me suis dit que tu serais assez bête pour te perdre dans le campus et ne pas avoir le temps de manger. Ayant vu ton appétit hier soir, je sais que tu le vivras mal. C'est pour ça que je me suis dévoué pour te montrer le chemin, cher colocataire.
- C'est si… gentil de ta part ! C'est vrai que ça me fera gagner du temps. Je suppose que je peux te dire… merci ? » fit John, agréablement surpris par l'attention de Sherlock.
Alors que les deux camarades échangeaient sur un ton léger, la porte du laboratoire s'ouvrit et Anderson sortit. Il se figea avec un regard glacial.
« Ah, tiens, le taré ! Qu'est ce que tu fous là ? Tu ne traine jamais dans le coin normalement, et heureusement pour nous ! Autant te dire que ta vue ne m'enchante pas ! Je te prierai de ne pas t'approcher du nouveau, tu vas le traumatiser avec tes pouvoirs bizarres !
- En fait, intervint John, c'est mon coloc. Il est venu me montrer le chemin pour la cafétéria…
- Lui, à la cafétéria ? Il n'y met jamais les pieds ! Je pensais même qu'il avait supprimé cette donnée… Attends, tu as dit que c'était ton coloc ?!
Anderson soupira dramatiquement.
- John, je suis désolé pour toi. Ton année ne va pas être de tout repos si tu dois supporter ce fou furieux chez toi. Sérieusement, fais une demande de changement de chambre…
John fronça les sourcils, et se retint de répondre que son année commençait déjà en fanfare. Sherlock, bien qu'étrange, ne méritait pas qu'il le juge si rapidement.
- Je te remercie du conseil, mais j'ai vu pire. Je devrais réussir à supporter Sherlock » répondit-il simplement, avant de s'éloigner en compagnie du chimiste.
Les deux compagnons atteignirent la salle de restauration, et firent la queue. John vit que Sherlock ne prenait même pas de plateau.
« Sherlock, pourquoi ne te sers-tu pas ?
- Inutile.
John le regarda un instant, légèrement agacé, puis secoua la tête.
- Pourquoi es-tu là si tu ne mange jamais ?
- Je me suis dit que ma compagnie serait plus intéressante que celle de Donovan et Anderson. Alors, as-tu pu travailler un peu ?
- Euh… oui, ça va, j'ai pu retrouver une partie de la biblio, même si je dois recommencer mes expériences, je ne me souviens plus des résultats exacts… »
Ils continuèrent à discuter ainsi le temps que John aille se servir un plat bien garni ainsi que des accompagnements. Ils s'installèrent à une table, et John commença à manger ses frites.
Quelques instants plus tard, il vit la main de Sherlock s'approcher, alors qu'il continuait à parler allègrement du temps de décomposition de la peau humaine dans de l'acide chlorhydrique, un de ses passe-temps favoris en dehors des cours de chimie.
La main en question piqua deux frites et battit en retraite.
« Eh, Sherlock ! Si tu voulais manger, tu n'avais qu'à te servir ! »
Devant le regard entendu que lui lança son vis-à-vis, il soupira et poussa l'assiette au milieu de la table.
« Vas-y, sers toi… »
Sherlock lui lança un sourire rapide avant de lui repiquer deux autres frites. Il sortit ensuite son portable de sa poche de pantalon, le regarda quelques instants. Son visage s'affaissa soudainement. Il jeta un coup d'œil à John avant de se lever et de partir sans un mot de plus, laissant John scotché sur place.
« C'est ça, à plus tard, grommela celui-ci en récupérant son assiette. J'imagine que tu as eu ton quota de vie en société pour aujourd'hui… »
Troublé par le départ soudain de Sherlock, John termina son repas sans y faire attention et alla poser son plateau sur la chaîne. Il ruminait encore lorsqu'en passant la porte du réfectoire, une voix suave s'adressa à lui.
« Bonjour, John Watson.
John sursauta et fit volte-face. Un étudiant, nonchalamment appuyé contre le mur, lui souriait. Il portait le costume de l'université très naturellement, comme s'il avait été conçu pour lui en particulier, avant d'être adapté tant bien que mal aux autres élèves. Bien qu'un début de calvitie ne dévoile un peu plus que son front, le jeune homme était extrêmement charismatique.
John fronça les sourcils et regarda autour de lui. Personne ne semblait avoir fait attention.
- Je m'appelle John Grant, indiqua-t-il, mal à l'aise.
L'autre sourit.
- C'est donc pour ça que tu t'es retourné si brusquement en entendant un nom qui n'est pas le tien ? susurra-t-il de sa voix mélodieuse.
Il restait tout à fait détendu.
- Si nous allions faire un tour ? proposa-t-il en se décollant du mur, avec un large geste de la main.
John lui emboîta le pas avec méfiance, mais l'inconnu ne dit plus rien jusqu'à ce qu'ils entrent dans un bureau désert et referment la porte.
- J'aurais quelques petites choses à te dire, John Watson, reprit-il.
- Grant.
- Oui, tu sais, je ne me sens pas trop concerné par cette mascarade. Ça concerne Sherlock, tu comprends ?
John le fixa sans aménité.
- Non, je ne comprends pas, justement. Qui es-tu ? Quel rapport avec Sherlock ?
L'étudiant sourit, et baissa les yeux vers John.
- Qui je suis ? Quel rapport avec Sherlock ? Hmm… Disons que je suis ce qui pourrait se rapprocher d'un ami pour lui… alors je m'inquiète de savoir qu'on lui a collé une crapule des bas-fonds de Glasgow dans sa chambre…
- Comment… ?!
- L'accent, John, l'accent… très reconnaissable pour une oreille exercée, affirma l'autre.
John lui lança un regard interloqué. Mais dans quelle université de fous était-il tombé ?! Tentant d'ignorer le fait que tout le monde devinait ses origines le plus facilement du monde, il relança la conversation, intrigué par les mots de l'étudiant.
- Tu as dit que tu étais plus ou moins un ami de Sherlock. Tu en es un, ou non ?
- J'ai dit que mon rôle se rapprochait de celui d'un ami. Je pourrais dire… oui, je pourrais dire que je suis un de ses ennemis. Peut-être le meilleur. Son Némésis.
Il avait parlé doucement, en souriant. Comme si la situation était parfaitement normale. John baissa le regard vers ses mains appuyées sur le bureau.
Une lourde chevalière ornait son majeur droit.
Sherlock avait été frappé du côté droit du visage. Avec le dos de la main, pour que la bague puisse l'écorcher. Le déclic fut presque audible dans la tête de John.
- C'est toi qui l'as frappé, murmura-t-il, à la fois incrédule et effrayé.
Il avait un don pour rencontrer les mauvaises personnes.
- Pardon ?
- C'est toi qui l'as frappé, répéta John d'une voix plus forte, la colère perçant malgré lui dans ses paroles.
L'autre perdit soudain de sa superbe, l'air perdu.
- Frappé ? Comment ça ?
- Ne fais pas l'innocent ! Tu dis que tu es l'ennemi de Sherlock, tu portes une bague du bon côté, de la bonne taille, tout concorde ! gronda John en serrant les poings.
- Quoi ?! Mais enfin de quoi tu parles ?!
John pointa un index menaçant sur le jeune homme, même si ce dernier le dépassait d'une bonne tête.
- Tu sais très bien de quoi je parle. Un coup à la tempe, un coup à la lèvre. Les deux portés avec le revers de la main. Sherlock est revenu tout sanguinolent samedi soir, tu pourrais au moins assumer !
Le jeune médecin était furieux. La réaction de son interlocuteur fut comme une giclée d'huile sur le feu.
- Quelqu'un a frappé mon petit frère et je ne suis pas au courant ?!
- Ton petit frère ? Sherlock est ton petit frère ? Et tu le FRAPPES ?! s'exclama John en haussant le ton, avançant d'un pas vers l'autre.
- MAIS NON ENFIN ! JOHN, CALME TOI ET LÂCHE MA CHEMISE, TU VAS LA FROISSER, martela l'étudiant en repoussant John.
Le jeune homme lissa sa chemise d'un air pincé avant de soupirer profondément.
- Jamais je ne porterai la main sur mon frère, déclara-t-il fermement. Je n'y peux rien s'il me déteste, et s'il déteste que je m'inquiète pour lui. Enfin, je suis rassuré sur un point : tu n'as pas l'air d'un psychopathe. Tu as même l'air de t'être rapidement attaché à lui, je me trompe ? Pour te mettre dans un tel état à l'idée que je l'aie frappé…
John émit un grognement.
- Ce qui ne me rassure pas, en revanche, c'est de savoir que quelqu'un l'a touché, et l'a blessé, d'après tes dires.
Le jeune médecin se dérida légèrement et soupira.
- Je dois dire que ça ne me rassure pas non plus. Visiblement, les gens sont les mêmes dans les mauvais quartiers de Glasgow et ici… ils sont juste plus riches.
Le frère de Sherlock laissa échapper un rire bref.
- Ils sont peut-être aussi plus malins. Je te serais reconnaissant de garder un œil sur Sherlock, et de m'en informer si jamais il se passait à nouveau quelque chose.
John lui lança un regard désapprobateur.
- Je n'ai ni suffisamment confiance en toi, ni envie de jouer les espions, répliqua-t-il.
- C'est ce que je disais, ricana l'autre. Rapidement fidèle !
John regarda la pendule accrochée sur le mur derrière le bureau.
- Bon, si tu es rassuré sur mon compte, je peux retourner travailler ?
L'autre acquiesça d'un signe de tête et lui tendit la main.
- Mycroft Holmes, dit-il.
John la serra machinalement.
- Tu aurais peut-être pu commencer par là » répondit-il en secouant la tête.
Une fois hors de la cafétéria, Sherlock ressortit son portable, et relut le message qu'il avait reçu.
« Alors, Sherly, on a adopté un animal de compagnie ? Mignon, en plus… - M »
Même sans avoir terminé la lecture, il savait de qui cela venait. La seule personne qui se permettait de l'appeler ainsi.
Il se dirigea automatiquement vers un des bâtiments de cours, qu'il commençait à connaître même s'il n'aurait normalement eu aucune raison d'y mettre les pieds.
Adossé au mur dans une position dramatique, l'attendait un jeune brun, habillé du traditionnel gris de l'uniforme, sauf que celui-ci était griffé : du Westwood sur mesure. La cravate qu'il portait, un peu desserrée, était aux couleurs des étudiants en Psychologie. Bien que de petite taille, cette personne était en dernière année de doctorat, et avait donc trois ans de plus que Sherlock.
« Pressé de me retrouver ? Comme c'est mignon ! Bonjour Sherly ! chantonna-t-il.
- Jim.
- Je vois que tu t'es bien remis depuis samedi ! C'est ton nouvel ami qui t'as soigné ? Tu t'es laissé faire ? Brave petit !
- Laisse John en dehors de tout ça, gronda Sherlock.
- Oh, tu n'es pas prêteur à ce que je vois… Déjà possessif ? Tu pourrais partager, tout de même, il a l'air si intéressant… »
Devant le silence de Sherlock, il se rapprocha de lui presque à le toucher, et murmura dans son oreille :
« Je pense que je vais me pencher sur son cas, pour voir s'il est aussi distrayant que toi ! Je sens que je vais bien m'amuser…
- Laisse. Le. Tranquille. M'avoir ne te suffit pas ? répondit Sherlock nerveusement, en s'écartant du nommé Jim.
- Oh, Sherly… tu pense vraiment que tu es si important pour moi ? susurra Jim.
Il frôla la joue de Sherlock avec le dos de sa main droite, et l'anneau qu'il portait effleura sa peau. Sherlock frissonna et se retint de fermer les yeux.
- Je pourrais très bien changer de victime quand je le souhaite… Tu es juste bien plus drôle à embêter, avec ton brillant cerveau de sociopathe ! Mais je t'avoue que ce John m'intrigue… continua-t-il doucement, de sa voix aiguë.
Il changea brusquement de ton, et s'écria, l'air furieux :
- Il cache quelque chose, et je VEUX savoir quoi ! Tu sais comme je suis… reprit-il normalement, changeant de visage aussi soudainement.
Il se colla à nouveau contre Sherlock et saisit sa nuque avant de lui souffler :
- Curieux de nature… »
Réprimant sa répugnance des contacts physiques, Sherlock posa ses deux mains sur les épaules de Jim et le poussa, de toute la force dont il était capable. Lorsqu'il retrouva son équilibre après plusieurs pas en arrière, ce dernier lança à Sherlock un regard rempli de colère. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire prédateur.
« Tu n'oserais pas me repousser, n'est-ce pas, Sherly ? siffla-t-il délicatement.
Le grand brun ne répondit pas, figé. Peur et dégoût se disputaient dans ses yeux clairs. Le sourire de Jim s'élargit et son regard noir se plongea dans celui de Sherlock.
- Surveille tes fréquentations, Sherly…
Il se détourna de sa victime et commença à s'éloigner, lançant d'une voix traînante :
- Je serais déçu d'avoir à abîmer de nouveau ton si joli visage… »
L'après-midi se déroula lentement, John ayant du mal à se concentrer après sa rencontre avec Mycroft. Par ailleurs, Anderson n'arrêtait pas de le regarder avec un air offusqué, comme s'il était personnellement outré que John ait préféré manger avec Sherlock. Le jeune médecin fut donc soulagé quand la pendule indiqua 17h30, et décida que c'était suffisant pour une première journée. Il rangea donc ses affaires et nettoya rapidement son plan de travail avant de quitter le laboratoire en saluant brièvement ses camarades.
Il maintint une allure soutenue jusqu'au bâtiment B, peu désireux de rencontrer qui que ce soit, et grimpa les deux étages en sautant des marches. Arrivé devant sa chambre, il attendit de récupérer son souffle avant de glisser la clé dans la serrure. Lorsqu'il entra, John trouva Sherlock naturellement plongé dans son travail.
- Salut ! lança-t-il en posant son sac sur son bureau.
Sherlock ne réagit pas et John s'approcha de lui.
- Tu t'es coupé la langue en mangeant mes frites et tu ne peux plus parler ? demanda-t-il, un peu moqueur. Ça ne fait rien, c'est moi qui vais parler. J'ai rencontré ton frère, cet après-midi. Il est…
- Tu peux dire que c'est un crétin, l'interrompit Sherlock. Ça ne serait pas faux…
John perdit son sourire.
- Je n'aurai pas dit ça. Mais il est particulier, c'est certain. Lui aussi, il a deviné que je venais de Glasgow ouest.
Sherlock ricana.
- Tu t'attendais à quoi, de la part de mon frère ?
- Je ne savais pas encore que c'était ton frère à ce moment là… Je me suis dit que j'étais tombé dans une fac pour surdoués. Savoir que vous avez un lien de parenté m'a un peu rassuré.
- Je ne sais pas si c'est rassurant. Cette université est remplie de gens extrêmement limités, et le seul qui augmente un peu la moyenne – à part moi, bien entendu – c'est mon foutu frangin…
John hocha la tête.
- J'ai cru comprendre que vos relations n'étaient pas exactement amicales.
- En effet. Et que te voulait mon cher frère ?
- Il s'inquiétait du fait qu'on t'ait « collé une crapule des bas-fonds de Glasgow dans ta chambre» – Sherlock ricana – et il m'a signifié qu'il me surveillait. Mais la discussion aidant, il a conclu que je n'étais pas un psychopathe et qu'il s'en trouvait satisfait.
Sherlock hocha la tête mais ne répondit pas, à nouveau plongé dans ses expériences.
- Pourquoi n'irais-tu-pas faire les courses ? demanda-t-il au bout d'un moment. J'ai faim. Et il n'y a plus beaucoup de lait.
John soupira.
- Sherlock… Je n'ai pas d'argent.
- Prends ma carte.
- Je ne vois pas pourquoi je le ferais seul.
- Je suis occupé.
- Je ne sais même pas où aller ! protesta John.
Sherlock leva les yeux au ciel. Puis le sourire de prédateur de Jim traversa son esprit. Après tout, laisser John sortir seul était certainement une mauvaise idée. Alors il soupira dramatiquement et enfila sa veste.
- Très bien ! Je t'accompagne… râla-t-il, pour la forme.
Quelques instants plus tard, ils traversaient laborieusement les allées de Tesco, et John commençait à regretter d'avoir insisté en poussant le caddie.
Au rayon frais.
« Non, ne prends pas ça, John. »
A la conserverie.
« Beurk, je déteste les petits pois… »
Aux surgelés.
« Mais n'achète pas le premier prix ! Cette marque est mieux.
- C'est presque deux fois plus cher, Sherlock !
- De quoi tu te plains ? Ce n'est pas toi qui paies… »
A la caisse.
« John.
- Quoi encore ?!
- Tu as oublié le lait »
John lança un regard tellement furibond à Sherlock que celui-ci alla précipitamment chercher un pack de lait, un sourire à la fois niais et coupable plaqué sur le visage.
Une fois rentrés chez eux, John prit soin de ranger lui-même leurs achats, craignant que Sherlock ne laisse tout en tas sur l'étagère. Ensuite il s'attela à la tâche de cuisiner quelque chose que son colocataire pourrait aimer, et finit par revenir dans la chambre avec deux assiettes bien remplies.
« Sherlock, lève-toi de mon lit et viens manger.
- Pas faim, répliqua l'intéressé en se calant plus confortablement sur l'oreiller de John.
- Sherlock, tu as mangé quatre frites à midi. Je veux bien croire que tu as peu d'appétit, mais tu as besoin de manger. Alors tu te lèves, tu viens t'asseoir – à mon bureau parce que tu ne vas pas manger à côté de fioles d'acide – et tu vas me faire le plaisir d'avaler au moins la moitié de l'assiette. Exécution ! »
Voilà, Dites nous ce que vous avez pensé de ce petit chapitre ! Profitez bien de ce weekend à rallonge (pour ceux qui y ont droit) et on se retrouve bientôt pour de nouvelles aventures !
