Bonsoir à tous !

Et bien, que dire... Après le chapitre précédent, nous nous attendions à un peu plus de réaction de votre part. Il contenait énormément de choses, et pourtant... c'est le moins commenté de tous !

Je pense que tous les auteurs parmi nous serons d'accord, mais les reviews aident vraiment à prendre du recul sur nos écrits, à s'améliorer, à avoir de nouvelles idées... Donc si le coeur vous en dit ma p'tite dame !

Trêve de discussion, voici pour vous le chapitre 9, en espérant qu'il vous plaise !Nalou&Flo'w.


John essaya de déglutir, mais sa gorge était plus sèche que du papier de verre. Son souffle était haché. Il ferma les yeux, s'efforçant de se calmer. Il avait été retrouvé. Mais par qui ? Un long frisson parcourut son échine, le laissant sans réponse.

C'est le moment que choisit Anderson pour rentrer bruyamment dans le laboratoire. John sursauta violemment, leva un regard effaré vers son collègue et dissimula la carte dans son sac aussi vite qu'il put, avant de faire semblant de travailler. Il tenta de se concentrer sur son expérience, mais il se rendit très vite compte que c'était impossible. Le moindre bruit le faisait frémir. Résigné, il rangea ses affaires et quitta la pièce d'un pas pressé.

Le vent glacé qui soufflait à l'extérieur le frappa de plein fouet alors qu'il sortait du bâtiment presque en courant. La neige avait été remplacée par une pluie drue qui limitait la visibilité, assombrissant l'après-midi à peine entamé. John remonta la sangle de son sac sur son épaule, se courbant pour contrer le vent, et avança au pas de course. Il n'avait qu'une envie : se terrer dans sa chambre. Mais le 221B lui paraissait si lointain...

Il parcourut le campus en accélérant de plus en plus, ne pouvant s'empêcher de jeter régulièrement des coups d'œil nerveux par dessus ses épaules. Chaque ombre, chaque branche qui bougeait avec le vent lui donnait l'impression que quelqu'un le suivait. Il eut un instant peur de devenir fou. Les mêmes questions tournaient encore et encore dans sa tête.

Comment m'a-t-on retrouvé ? Qui est-ce ? Que me veulent-ils ?

Les derniers mètres le séparant de sa résidence furent franchis en courant. Il sortit fébrilement son pass de sa poche, et le tendit d'une main tremblante contre le détecteur avant de se précipiter à l'intérieur. Après avoir claqué la porte derrière lui, John se jeta dans les escaliers. Il manqua de rater des marches à plusieurs reprises dans sa hâte. Arrivé au deuxième étage, il se rua contre sa porte, tentant de trouver la bonne clé puis de l'insérer dans la serrure tout en surveillant le couloir.

Il faillit tomber en avant lorsque la porte s'ouvrit, et ne prit pas le temps de remarquer que Sherlock était seulement vêtu d'un drap.

« John… ? Qu'est-ce que tu fais… ? » eut le temps de demander ce dernier avant que le blond verrouille la porte s'appuye contre elle. Sa respiration était erratique, sifflante, ses yeux grand ouverts, ne se fixant qu'une fraction de seconde sur chaque objet, affolés.

Sherlock l'observa un moment, perplexe. Les signes étaient clairs : John était en pleine crise de panique. Le corps du blond tremblait, et il ne parvenait toujours pas à reprendre son souffle. Un sportif comme lui l'aurait déjà récupéré dans des conditions normales. Il semblait complètement hors de lui. Qu'est-ce qui pouvait bien le plonger dans cet état ?

Il réitéra sa question, saisissant le menton de John afin de le concentrer sur ce qu'il disait.

Les yeux de John finirent par se plonger dans ceux de Sherlock, et le regard à la fois perçant et inquiet eu pour effet de faire redescendre la tension d'un cran dans le corps de John. Mais ses oreilles restaient sourdes aux mots de Sherlock, et il fixait ses lèvres sans comprendre ce que signifiaient leurs mouvements.

Au milieu de la tempête d'interrogations et de peur qui faisait rage sous son crâne, une minuscule zone de lucidité vit Sherlock le guider vers son lit et lui tendre un verre d'eau.

Voyant qu'il ne parviendrait pas à saisir le verre sans en renverser les trois quarts – voire le lâcher – Sherlock le reposa et attrapa John fermement par les épaules.

« John, dit-il simplement, de sa voix la plus grave et douce. Regarde-moi.

Il garda son regard plongé dans celui de John, maintenant sa prise sur ses épaules, pendant un moment qui sembla durer une éternité, et John finit par réagir. Sa respiration ralentit peu à peu, ses yeux qui traversaient Sherlock sans le voir commencèrent à observer à nouveau.

- John. Est-ce que tu m'entends ?

John hocha imperceptiblement la tête. Les mots de son colocataire lui parvenaient comme enveloppés de coton. Son tremblement s'atténua légèrement.

- John, réponds moi.

Sherlock commençait à s'inquiéter sérieusement. Il pinça les lèvres et tira une chaise vers lui pour s'asseoir face à John.

- Sherlock… La voix de John était rauque. Bordel de merde, jura-t-il avant de se racler la gorge.

Mécaniquement, en s'efforçant de maîtriser son geste, il tira un objet de son sac, avant de le lui tendre. Sherlock se saisit délicatement de ce qui semblait être un simple morceau de carton. Il le retourna entre ses mains, étudia la photo d'un coup d'œil rapide, concentré, puis lut le message qui se trouvait au verso.

- J'ai trouvé ça sur mon bureau, articula John d'une voix basse, où la peur laissait peu à peu la place à la colère. Je ne sais ni de qui ça vient, ni comment c'est arrivé là, mais ça y était. On m'a retrouvé. Je ne suis plus en sécurité ici.

A ces mots, Sherlock fronça les sourcils.

- Que veux-tu dire par là ?

- S'ils – bordel, si je pouvais savoir qui ! – savent où je suis, ils peuvent m'atteindre. Je ne sais pas ce qu'ils veulent, mais c'est très probablement ma mort. Je ne suis plus en sécurité ici, martela-t-il. Il va falloir que je parte » ajouta-t-il amèrement.

Sa dernière phrase résonna dans le silence. Mais alors que John essayait de se remettre debout, Sherlock saisit brutalement son poignet, et le serra entre ses longs doigts fins, le serra au point d'y laisser un bleu.

« N'y pense même pas, répondit-il d'une voix glaciale.

Le ton surprit John, dont l'expression se teinta d'incompréhension.

- … Quoi ? fut la seule chose qu'il put répondre.

- Peux-tu me dire où est l'intérêt de partir ? rétorqua Sherlock en se levant, le relâchant. Tu es parti de Glasgow, ils t'ont retrouvé en à peine un mois. Où crois-tu pouvoir aller sans qu'ils te localisent ? Ça n'a aucun sens.

John secoua la tête.

- Peu importe. Si je reste, je te mets en danger aussi. Je n'aurais jamais dû venir, se reprocha-t-il.

- Au contraire. Heureusement que tu es venu ici. Il va falloir être plus malins qu'eux, prendre de l'avance pour être prêts au moment de les affronter, et pour ça tu as besoin de quelqu'un qui sache utiliser son cerveau. Au fait, c'est moi, ça, ajouta-t-il avec un sourire sans joie.

Le ventre de John se noua lorsqu'un petit coin de son cerveau nota que, malgré ce qui s'était passé entre eux, leur amitié n'avait pas été entamée. Mais il secoua la tête.

- Les affronter ? On ne sait rien sur eux. Ni leur nombre, ni leurs intentions. La seule chose dont je suis sûr, c'est qu'ils sont dangereux. Trop pour nous, Sherlock.

Le sourire de Sherlock se mua en un rictus supérieur.

- Oh, si, on sait des choses sur eux. Cette carte, c'est une bourde monumentale de leur part.

Devant le regard interrogateur de John, il eut un petit rire.

- John, tu vois, mais tu n'observes pas ! Cette carte, cette carte… ! Première erreur : te signaler qu'ils t'ont retrouvé. Quel gâchis, alors qu'ils auraient pu disposer de l'effet de surprise ! Maintenant, tu as le temps de te préparer, tu vas être sur tes gardes ! Deuxième erreur : te signaler qu'ils t'ont retrouvé. On sait maintenant qu'ils sont ici. Pas de timbre, pas d'adresse, juste un message anonyme. Ça a été déposé directement sur ton bureau, par un sous-fifre quelconque, certainement. Ça n'a pas voyagé par la poste. Ce qui nous dit également que c'est un réseau répandu – Glasgow Londres ! – et qu'ils sont donc plusieurs après toi. Troisième erreur : te signaler qu'ils t'ont retrouvé ! Ah, ces amateurs, râla Sherlock, se dévoiler comme ça ! Pourquoi les criminels sont-ils aussi peu dégourdis que les gens normaux ?

John resta coi quelques secondes, sidéré par la tirade de son colocataire, puis bredouilla une réponse peu constructive.

- Mais… Sherlock…

- En plus, l'interrompit celui-ci, évidemment, ils vont s'attendre à ce que tu décampes au plus vite, comme la première fois, et ils vont t'attendre au tournant. Non, il faut que tu restes là, et que tu agisses normalement. On ne dévoile rien et surtout, on ne leur laisse pas penser qu'on est inquiets. »

John ne répondit pas et se laissa tomber en arrière sur son lit. Il fixa longuement le plafond, les idées de Sherlock tournoyant dans sa tête sans le rassurer.

De son côté, Sherlock n'était pas serein non plus. Il ne comprenait pas pourquoi il était si anxieux pour quelqu'un d'autre que lui-même. Et par-dessus tout, il n'avait pas compris l'étau glacé qui s'était refermé sur lui lorsque John avait parlé de partir, et l'élan qui l'avait poussé à le convaincre à tout prix de rester. Il fut détourné de ses pensées par la courte sonnerie de son téléphone, annonçant qu'il avait reçu un message. Il le consulta distraitement et se sentit soudain profondément agacé.

« Non, ne t'y mets pas, toi aussi, grommela-t-il entre ses dents serrées.

John releva la tête et pinça les lèvres en voyant l'air de Sherlock.

- Jim ?

Sherlock hocha la tête.

- Rien de palpitant, dit-il. Il râle parce que son train est en retard et qu'il voudrait que… je sois avec lui » termina-t-il en baissant la voix.

John resta silencieux. Son estomac était toujours noué par l'angoisse, et il essaya d'ignorer la pointe de colère provoquée par le message de Jim. Sans succès.

Je vis avec lui. Je ne peux pas lui dire que je voudrais qu'il soit avec moi, songea-t-il. Et puis quoi ? Jim lui dit qu'il lui manque, et ça l'inquiète, ça le met de mauvaise humeur. Si je lui disais la même chose, il me rirait au nez. Ou mieux, il ne comprendrait même pas. De toute façon, j'ai autre chose à faire que penser à ça. Maintenant, je dois tenter de rester en vie…


John passa la journée du jeudi dans un état de nervosité profonde. Il brisa un scalpel au cours d'une expérience, et joua de façon désastreuse pendant son entraînement de rugby. A chaque instant, il s'attendait à être agressé, ou pire. Il se maudissait pour son manque d'attention. A Glasgow, il avait toujours fait preuve de vigilance, étant donné le quartier dans lequel il vivait. L'apparente sécurité de l'Imperial College avait endormi sa méfiance, et il s'en mordait les doigts. Comment avait-il pu se croire hors d'atteinte ? Enfin, il ne se laisserait pas avoir sans se battre. Peu à peu, il retrouvait le John Watson qu'il avait été à Glasgow : toujours sur ses gardes, n'ayant confiance en personne, et capable de se défendre en cas de besoin…

« John. John ! Qu'est-ce que tu fous ?!

John s'aperçut qu'il était resté immobile, le ballon en main, plongé dans ses pensées. Il le lança machinalement vers un de ses coéquipiers et se massa les tempes.

- Désolé. Je… Il faut que je m'en aille » marmonna-t-il en se dirigeant vers la sortie du terrain à grands pas.

Il sentit alors qu'on lui attrapait l'épaule. Son angoisse fit brusquement ressurgir un vieux réflexe et il saisit brutalement la main posée sur lui, et d'un seul geste, il projeta celui qui le tenait sur le sol, le maintenant à genoux par une clé de bras. L'autre étouffa un grognement de surprise et de douleur.

« John, bordel, de merde, à quoi tu joues ?! grimaça Greg en essayant de se dégager.

Les yeux de John s'agrandirent, et, horrifié, il lâcha le jeune homme précipitamment. Calme-toi, John. Greg se massa l'épaule en se relevant, et entraîna John sans ménagement à l'extérieur du terrain. Les autres joueurs n'avaient rien remarqué, occupés par leurs exercices.

- Tu vas m'expliquer ça, dit le jeune entraîneur à voix basse. Qu'est-ce qui t'a pris ?!

John lui adressa un regard désespéré.

- Greg, je suis désolé, répondit-il, mal à l'aise. Je… C'était un réflexe…

- Un réflexe. Tu as le réflexe de foutre par terre les gens qui te touchent ? John, tu as fait n'importe quoi en rugby, ce soir, et maintenant, tu m'agresses à moitié ! Qu'est-ce qui se passe ?

John secoua lentement la tête en signe de dénégation.

- Excuse-moi. Je ne voulais pas te faire mal. C'est juste que… Je m'attendais à… enfin, je ne m'y attendais pas, se reprit-il, éludant la question.

Greg lui lança un regard soupçonneux et inquiet à la fois.

- John, à quoi tu t'attendais ? Dis-moi ce qui se passe. Tu n'es pas comme ça, d'habitude.

L'intéressé lui renvoya un sourire triste et répondit dans un soupir, avant de se détourner.

- Je ne peux pas. Désolé, Greg. »


Greg rentra chez lui toujours troublé par le geste et les paroles de John. Il prit une douche rapide, et alla s'asseoir à côté de Mycroft qui travaillait.

« Bonsoir, Goldfish, dit celui-ci de sa voix douce. L'entraînement a été bon ?

- Pas vraiment. Enfin, globalement, oui, mais John était bizarre, répondit Greg lentement.

Mycroft leva un sourcil.

- John Watson ? Dis-moi.

- Oui. Il a joué comme un pied, s'est arrêté en plein milieu d'une action pour partir, et quand j'ai essayé de le retenir, il m'a jeté par terre en me faisant une clé de bras. Et quand je lui ai demandé ce qui se passait, il a dit qu'il ne pouvait pas m'en parler ! Est-ce que tu sais quelque chose ?

- A priori, pas plus que toi, mais je vais y réfléchir. J'espère qu'il ne t'a pas fait trop mal, Goldfish, ajouta Mycroft.

Il glissa un doigt le long de l'omoplate de Greg, qui ferma les yeux en frissonnant, un sourire naissant sur son visage. Puis il se pencha et embrassa son cou, frôla le lobe de son oreille...

- Mycroft, attends… ça m'inquiète vraiment.

L'autre arrêta son mouvement, surpris.

- Pour que tu daignes utiliser mon prénom complet, c'est que ça te perturbe beaucoup, en effet, remarqua-t-il.

- Ecoute, je sais que tu m'as demandé de le prendre dans l'équipe juste pour pouvoir le surveiller, mais je me suis lié avec lui. C'est un des meilleurs joueurs, d'habitude, et on est devenu amis. Alors oui, ça m'inquiète qu'il soit dans cet état. Mais tu en sais plus sur lui que moi.

- Je préférais t'en dire le moins possible pour éviter de te faire trop tremper là-dedans, mais puisqu'il le faut… John est très certainement en fuite. Je ne sais pas ce qu'il a fait ou ce qu'on lui a fait, mais il a débarqué à l'Imperial College sans prévenir et il avait besoin d'une fausse identité. Il est clairement ici pour se cacher. Il a dû se croire en sécurité un certain temps, mais pour qu'il réagisse si violemment, il a dû se passer quelque chose. Peut-être a-t-il reçu un signe de ses poursuivants. Gregory, si John est en danger, Sherlock peut l'être aussi. Il va falloir resserrer la surveillance.


Le lendemain, John eut toutes les peines du monde à se convaincre d'aller au laboratoire. Son altercation avec Greg lui faisait craindre d'avoir la même réaction excessive avec quiconque essaie de le toucher, et il ne pouvait pas se permettre de se faire remarquer. Surtout pas maintenant. Même si l'idée de bousculer un peu Anderson ne lui était pas désagréable… Cette pensée lui donna un léger sourire alors qu'il refermait la porte du 221B derrière lui.

Sherlock le regarda par la fenêtre, silhouette nerveuse s'éloignant du bâtiment. Il se sentait à la fois inquiet pour John et – bien malgré lui – excité par l'énigme que posait la carte postale. Il reçut alors un message sur son portable et le consulta, espérant que ça ne serait pas Jim. Il soupira – pas vraiment soulagé – lorsqu'il aperçut le nom de Mycroft s'afficher sur l'écran.

John a failli déboîter l'épaule de Gregory hier soir. Qu'est-ce que tu as fait pour qu'il soit si nerveux ? – MH

Sherlock fronça les sourcils. John ne lui avait rien dit. Il était rentré de l'entraînement plus tôt que prévu, et n'avait pas dit un mot de la soirée. Il composa rapidement sa réponse, déconcerté.

Non coupable. – SH

Il reposa son téléphone et reporta son attention sur son microscope, mais fut à nouveau dérangé.

Surprenant. Qu'est-ce qui arrive à John, dans ce cas ? Gregory était drôlement inquiet pour lui. – MH

Si John n'a pas donné d'explication à Greg, je ne vois pas pourquoi je t'en donnerais une. – SH

Sherlock lança distraitement son téléphone sur son lit, décidé à ignorer toute réponse éventuelle de son frère. Il le connaissait suffisamment pour savoir que ce n'était pas pour Greg que Mycroft demandait une explication, mais bien pour lui-même. Et il n'avait pas l'intention de lui expliquer quoi que ce soit. En revanche, il allait falloir qu'il interroge John à ce sujet. Nerveux, oui, mais au point de se battre avec Greg ?

Vers 11h45, il quitta la chambre pour rejoindre John à la cafétéria, mais le rencontra avant même d'arriver en bas de l'escalier.

« John ? J'allais venir te chercher pour manger…

Son colocataire lui lança un regard vide.

- J'avais envie de manger au calme, répondit-il à mi-voix.

Sherlock l'observa plus attentivement. En effet, il avait l'air fatigué. Des cernes creusaient ses yeux et sa mâchoire était crispée.

- Mal de tête ? » avança-t-il en remontant en compagnie de John.

Celui-ci hocha simplement la tête.

Une fois chez eux, il jeta un œil dans le réfrigérateur et soupira. Il n'avait pas faim. Sachant que Sherlock ne verrait pas d'objection à sauter un repas, il prépara seulement du thé et revint dans la chambre avec deux tasses fumantes.

« Ce n'est pas ça qui va te faire tenir tout l'après-midi, remarqua Sherlock, désapprobateur.

- Un simple « merci, John » m'aurait suffi, Sherlock » rétorqua John un peu plus sèchement qu'il n'en avait l'intention. Excuse-moi, se reprit-il. Je n'ai vraiment pas faim.

Sherlock opina, presque compréhensif. Le silence s'installa dans la pièce. La gêne des jours précédents semblait avoir disparu, étouffée par la nervosité de John. Car en plus de la peur d'avoir été retrouvé, la raison de sa présence à Londres était revenue se faire une place dans son esprit, balayant l'insouciance des dernières semaines…

Le chimiste finit par reprendre la parole, vaincu par sa curiosité.

« J'ai appris que tu t'étais battu avec Greg. Qu'est-ce qui s'est passé ?

John lui lança un regard surpris.

- Comment…

- Mycroft, l'interrompit Sherlock.

John eut un petit rire jaune.

- Evidemment… Je ne me suis pas battu avec lui. J'ai simplement… réagi un peu trop violemment. Je l'ai jeté par terre et maintenu par une clé de bras – et je n'ai pas vraiment retenu mon geste…

- Mais… pourquoi ?!

- Pour rien. J'ai dit que je partais – je me sentais complètement déconnecté du jeu, trop stressé – et il m'a attrapé l'épaule pour me retenir. J'ai eu comme qui dirait un réflexe malheureux, conclut John avec une grimace.

Sherlock ricana et lui renvoya un grand sourire.

- Tes vrais poursuivants n'ont qu'à bien se tenir !

John resta de marbre.

- J'ai peur qu'il ne se doute de quelque chose. Je pense qu'il a assez mal pris ma réaction, et quand il m'a demandé une explication, je n'ai rien pu lui dire… Mycroft est en colère contre moi ? demanda-t-il soudain, se sentant une pierre dans l'estomac.

Sherlock le rassura.

- Je ne pense pas. Greg non plus, d'ailleurs. Mycroft m'a dit qu'il s'inquiétait pour toi. Ne t'en fais pas, John. Même si je n'aime pas l'admettre, je pense qu'on peut leur faire confiance. Essaie juste de ne pas arracher les bras de n'importe qui, conclut-il.

John hocha la tête et termina sa tasse.

- Je vais faire un somme, je crois » marmonna-t-il en programmant son réveil.

Il retira rapidement ses chaussures, s'installa en chien de fusil sur son lit, et s'endormit presque aussitôt.

La sonnerie le réveilla une demi-heure plus tard, mais il ne se sentait pas vraiment mieux. Il retourna au labo sans conviction et fut de retour plus tôt qu'à l'ordinaire, l'arrivée du week-end lui apportant un soulagement certain. Greg avait envoyé un mail à l'équipe de rugby, annonçant que le match du lendemain était reporté à la semaine suivante – apparemment, l'autre équipe avait également des joueurs malades – et l'idée de ne pas avoir à sortir de chez lui pendant deux jours dénoua légèrement le nœud qui serrait son estomac.


John avait dormi tard, son colocataire ayant pour une fois fait attention à ne pas ouvrir les volets dès 7h du matin et à ne pas faire trop de bruit. Epuisé par le stress accumulé au cours des derniers jours, rien ne l'aurait tiré du sommeil avant d'être pleinement revigoré. Ce fut donc vers 10h30 qu'il émergea enfin, se sentant enfin reposé. Il se leva, frissonna légèrement en quittant la chaleur de son lit et s'étira.

« Sherlock, tu veux du thé ? demanda-t-il en allumant la bouilloire.

Ne recevant pas de réponse, il jeta un œil vers son colocataire. Celui-ci était installé à son bureau et fixait son téléphone comme s'il voulait le faire fondre avec la seule intensité de son regard.

- Sherlock ? répéta John un peu plus fort.

Le brun, tiré de ses pensées, leva un regard agacé vers lui.

- Il pourrait au moins me laisser tranquille quand il n'est pas là, non ? C'est trop demander ? s'énerva-t-il en reposant rageusement le portable sur son bureau.

- Jim ? soupira John.

- Se plaint encore. Je ne suis pas avec lui. Il neige, et il n'aime pas ça. Le taxi va trop lentement. Je lui manque. Il est jaloux que tu vives avec moi. Il veut m'embrasser. Il t'interdit de me toucher, débita Sherlock d'une voix monocorde. Il n'arrête pas de m'envoyer des messages, je ne peux pas travailler tranquille ! »

John ressentit comme un coup de poing dans le ventre. Les souvenirs de la vidéo de Jim, de son baiser avec Sherlock, de la gêne qui avait suivi, revinrent sournoisement se nicher dans son estomac aux côtés de son angoisse. Ses joues commencèrent à chauffer et il sut qu'il allait rougir. Aussi, il se détourna pour finir de préparer le thé, s'efforçant d'écarter de son esprit ces pensées délicates.

Mais lorsque Sherlock laissa échapper un juron, John se retourna et observa le visage de son colocataire. Il avait l'air à la fois perplexe et très agacé. Sans un mot, il tendit le mobile vers John, dont les yeux glissèrent alors jusqu'au petit écran, sur lequel un message était affiché.

Sherly, la dernière fois ne m'a pas suffi, j'ai très envie de toi… - JM

John se sentit prendre une teinte cramoisie. Cette fois-ci, il ne put le cacher et il fixa le portable comme s'il avait l'intention de le brûler vif.

« Je ne sais même pas ce que ça peut bien vouloir dire, « J'ai envie de toi », râla le chimiste.

John retint une exclamation incrédule.

- Je sais, moi, grinça-t-il entre ses dents serrées.

Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer Jim… Non, il ne voulait pas penser à ça

- Et ?

John se détourna, incapable de regarder Sherlock en face.

- Ne peux-tu pas déduire le sens de ce message tout seul ? Jim veut…

Non, il ne pouvait pas le dire. Il entendait presque les rouages tourner à toute vitesse dans la tête de Sherlock.

- Mmh… » grogna celui-ci.

John risqua un regard vers lui. Sherlock était aussi rouge que lui. Ils évitèrent soigneusement de se regarder et retournèrent à leurs activités, appréhendant le message suivant.

Plusieurs arrivèrent presque en rafale, et après les avoir lus, Sherlock dut se retenir de lancer son téléphone contre le mur. Jim s'était fait de plus en plus pressant, de plus en plus explicite, de plus en plus précis. C'était trop pour Sherlock. Malgré lui, il imaginait Jim faire tout ce qu'il lui promettait…

Il se leva brusquement et enfila son manteau. Il lui était devenu impossible de rester dans la même pièce que John, qui devait se douter de la teneur des messages, et il marmonna rapidement qu'il devait prendre l'air avant de quitter la chambre.

Resté seul, John sentit sa nervosité revenir au galop, accentuée par le harcèlement que Jim faisait subir à Sherlock. Aussi angoissé qu'il soit pour lui-même, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son colocataire… Aussi, lorsque son propre téléphone vibra, il s'empressa de le regarder, avec l'espoir insensé que ce soit Sherlock. Il fut rapidement déçu en constatant que le numéro était masqué et sentit un énorme poids s'abattre sur ses épaules.

Je ne t'oublie pas, Watson. Profite de tes derniers jours !


Le dimanche s'écoula lentement, ponctué par les messages que Jim continuait à envoyer à Sherlock. La tension dans la chambre devenait presque palpable, mélange incongru d'embarras inavoué et de nervosité exacerbée. Les deux s'étaient terrés dans un mutisme profond, et le silence oppressant n'était troublé par la faible vibration que produisait régulièrement le téléphone de Sherlock.

John finit par aller se coucher assez tôt, une migraine s'annonçant, et sombra dans un sommeil agité.


John avait passé la matinée avec son maître de thèse, discutant de l'avancée de son travail, et les commentaires satisfaits du professeur Jones avaient un peu remonté son moral. C'est donc légèrement plus détendu qu'il sortit du bureau pour aller manger. Il salua la femme qui faisait le ménage dans le laboratoire en prenant sa veste et sortit rejoindre Sherlock.

La faible température extérieure le fit frissonner et John plongea les mains dans ses poches pour se réchauffer. Ses doigts rencontrèrent alors un petit objet dur et froid au fond de l'une d'elles et, intrigué, il l'en tira pour l'examiner.

Il s'arrêta brusquement de marcher et sentit son cœur manquer un battement avant de s'affoler. Sherlock lui lança un regard surpris,

« John ? »

John ne répondit pas, les yeux écarquillés, le souffle court. Au creux de sa main, il tenait une balle de petit calibre sur laquelle étaient très nettement gravées deux lettres. J.W. : le message n'aurait su être plus explicite. Mais les poursuivants de John n'en avaient pas fini avec leurs menaces.

Le lendemain, alors qu'il rédigeait soigneusement un compte-rendu d'expérience, John aperçut une lame de verre installée sur son microscope. Il ne s'était pas servi de l'appareil depuis la semaine précédente et était certain de l'avoir laissé vide. Sans doute quelqu'un s'en était-il servi et avait oublié de récupérer l'objet de l'observation.

John tira le microscope vers lui pour y jeter un œil et éventuellement retrouver le propriétaire de la lame. Il reconnut rapidement la substance qui se trouvait entre les deux fines plaques de verre : il s'agissait d'un échantillon de sang. Mais la goutte sur laquelle le faisceau était orienté était petite et avait une forme étrange, et John décida de chercher une goutte plus large. Il diminua légèrement le zoom pour avoir une vue d'ensemble sur le groupe de gouttelettes qui constellait la lamelle. Son souffle se tarit, et il sentit son dos se couvrir d'une sueur glacée.

Il fit volte face, regarda tout autour de lui, le cœur emballé.

Cette lame n'avait pas été oubliée, elle avait été placée là exprès. Ce n'étaient pas des gouttes. La personne qui avait préparé la plaque avait méticuleusement tracé des lettres minuscules avec le sang, et la phrase n'était lisible qu'à travers le microscope.

Bye bye, John Watson.


See you soon...