Bonsoir tout le monde, et joyeuse Saint-Valentin !
Et non, nous ne sommes pas mortes !
Je vais vous expliquer rapidement la raison de tant de retard : J'ai été la seule à écrire ce chapitre. La contribution de Flo'w a été bien plus importante lors des derniers chapitres, et nous avions décidé que je m'occuperais personnellement du cas de celui-là ! (Avec l'avis, l'aide et la relecture de ma précieuse Flo'w, quand même !). Mais j'ai commencé à travailler en octobre, et depuis, je n'ai plus vraiment de temps libre... mais finalement, nous avons décidé que poster ce chapitre le jour de la Saint-Valentin pouvait faire un défi intéressant et faisable ! Alors le voilà !
Bref, j'en ai fini avec le blabla inutile sur ma vie, promis !
Voici le dernier chapitre, qui fait le double de pratiquement tous ceux déjà postés !
Nous espérons vraiment qu'ils vous plaira, et que l'attente n'aura pas été trop pénible.
Je vous laisse à votre lecture, maintenant !
Nalou&Flo'w (qui a maintenant un compte FFNET ! = Flo'wTralala, allez voir !)
PS : Attendez-vous à une petite surprise de la part de Flo'w dans les prochains jours !
PPS : M. Définitivement M ! Enjoy
« Police ! Plus personne ne bouge ! »
Moriarty s'écarta violemment de Sherlock, et celui-ci s'empressa d'attraper la ceinture de son pantalon avant de le remonter sur ses hanches. Il se retourna vivement avant de se plaquer dos au mur, les yeux grands ouverts, perdu. Son cœur battait à tout rompre. Il savait à quoi il venait d'échapper, et il était reconnaissant du timing de la police, même si un peu plus tôt aurait été bienvenu.
Plusieurs policiers s'étaient postés près de l'entrée et tenaient leurs armes à hauteur des yeux, visant le brun à ses côtés. Un homme en long trenchcoat s'approcha. Il avait les cheveux poivre et sel, et un air très ressemblant à celui de Greg Lestrade. Son père, certainement. Il ordonna à certains des hommes en uniforme de fouiller le bâtiment, tandis qu'il s'approchait des deux étudiants, prudemment, sans jamais se tenir entre les pistolets et leur cible.
Il semblait calme, ou du moins cachait très bien sa nervosité. Sherlock ressentait l'expérience de l'homme.
« James Moriarty, je vous arrête pour coups et blessures, violence, harcèlement et tentative de viol. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Je vous conseille de coopérer afin de ne pas aggraver votre cas. Veuillez vous éloigner de ce jeune homme et vous laisser faire lorsque mon collègue vous menottera. »
Sherlock osa un regard auprès de son agresseur. De leur agresseur.
Son expression était indéchiffrable.
John n'avait pu faire autrement que suivre l'ensemble de la scène qui se déroulait sur l'écran de l'ordinateur devant lui. Sherlock, son Sherlock qui subissait les assauts de ce malade… La nausée s'était ajoutée à toutes ses douleurs, et il n'avait pu s'empêcher de cracher de la bile à ses pieds. Jim s'était décidé à le torturer psychiquement avant de l'achever… les larmes roulaient sur ses joues alors que ses poignets se faisaient entailler par les attaches qui le maintenaient cloué à sa chaise.
Il se fit la promesse de briser tous les os de Moriarty s'il avait la chance de sortir vivant de ce foutoir. Il le détruirait, comme il l'avait détruit, comme il détruisait l'esprit si puissant et génial de son amant, et bon dieu, il ferait exploser son crâne s'il continuait à toucher Sherlock ainsi !
Il commença à perdre complètement espoir lorsqu'il vit son brun céder aux assauts du psychopathe. Sherlock ne devait pas abandonner maintenant, ne devait pas se laisser faire ! Grâce aux enceintes installées par le fou, il savait ce qu'il avait utilisé pour briser son ami. Il voulait hurler pour lui montrer qu'il n'était pas mort. Il voulait se jeter contre la porte, détruire tout ce qu'il pouvait, tout ce qui permettrait à Sherlock de comprendre qu'il était encore vivant, qu'il ne devait pas perdre espoir.
Mais John, quelle que soit sa volonté, ne pouvait bouger de sa chaise.
Lestrade s'arrêta à un mètre d'eux, fixant Jim. Le brun lui rendit son regard, tremblant légèrement, les yeux complètement noirs de colère. Il semblait sur le point d'imploser.
Sherlock s'en éloigna encore légèrement, esquissant un pas en arrière qui ne passa pas inaperçu de son Némésis. Son regard fou le fixa alors immédiatement, brûlant, perçant, mais tellement lisible.
Une panoplie entière d'émotions défilait sur le visage de Moriarty. Et l'abandon n'en faisait certainement pas partie.
Sherlock comprit alors ce qui allait se passer, une fraction de seconde avant que cela ne se déroule.
Jim se retourna contre le policier qui était prêt à lui passer les menottes, et d'une clé de bras derrière la nuque, parvint à l'immobiliser assez longtemps pour se saisir de son arme, logée dans son étui, à sa hanche.
L'instant suivant sembla s'éterniser, alors que tous les policiers s'éloignaient de stupeur.
Moriarty pointait le canon de son arme sur le visage de Sherlock.
Le jeune étudiant en médecine pensa devenir fou. Ou pire.
Il avait vu avec soulagement les policiers arriver, pensant que tout serait maintenant terminé, mais avait fallu que ces incapables laissent ce taré de Moriarty se s'emparer d'une arme ! Qu'il tenait maintenant en direction de son amant ! N'étaient-ils pas capables de l'en empêcher ?
Tout son être bouillonnait, oubliant sa douleur. La chaise grinçait sous ses mouvements incessants, menaçant de lâcher.
Dans sa fureur, il n'entendit pas la porte de la pièce s'ouvrir, et il se trouva instantanément entouré de policiers et de ce qui semblait être une équipe de secours.
Il ne trouva même pas le temps de se sentir soulagé d'être sauvé. Il gesticulait, empêchant les médecins d'observer son état correctement.
L'un d'eux repoussa le bureau afin de gagner de la place, bousculant au passage l'équipement qui se trouvait dessus. L'écran vacilla un instant sur son pied avant de basculer en arrière et de perdre son image. Sans visuel de la scène qui se déroulait quelques mètres plus loin, John commença à paniquer sérieusement. Il ne comprenait rien de ce que lui disaient ses sauveteurs, et ne remarqua même pas qu'un des policiers avait sectionné les liens qui le retenaient assis. On le fit s'allonger sur une civière avant de lui piquer le bras. Son cœur battait à tout rompre alors que son esprit était totalement perdu. Il sentit l'injection de produits calmants alors qu'un son s'échappa des enceintes encore debout sur le bureau.
La voix de Jim s'éleva du silence, brisée, douloureuse, éteinte.
« Goodbye, Sherlock Holmes »
John crut mourir. La douleur qui déchira sa poitrine le fit perdre sa respiration.
Un seul et unique coup de feu venait de retentir.
Ses oreilles sifflaient. Son cerveau s'était stoppé. Aucune réflexion ne bourgeonnait dans son esprit.
Il était tout simplement incapable de comprendre ce qui venait de se passer.
Il fixait sans vraiment le voir le corps étendu juste devant lui, immobile, alors qu'une flaque de sang grandissante auréolait son visage.
Le souvenir de l'instant précédent revint de plein fouet en même temps qu'il inspira une grande goulée d'air, étant resté en apnée trop longtemps pour son corps.
Jim s'était saisi de l'arme de l'officier près de lui. Tous s'étaient alors tendus.
Il voyait l'œil du pistolet le regarder fixement. Jim, derrière, sembla flou un instant avant que le cerveau du génie ne fixe sa vision sur lui.
Le psychopathe semblait au bord du gouffre.
Pour une fois, ses grands yeux noirs étaient extrêmement expressifs.
Sherlock put y lire tout le désespoir qui l'habitait, mais aussi une autre lueur, étrange, brûlante, captivante… Qui ne laissait aucun doute. Jim l'aimait. Jim Moriarty l'aimait, et n'avait jamais su le lui montrer qu'en le torturant. Son cerveau digérait encore l'information alors que la voix de son vis-à-vis s'éleva, un pâle reflet de cette voix qui l'avait tant de fois fait frissonner d'horreur.
« Goodbye Sherlock Holmes. »
La main tenant l'arme se tendit, et au dernier instant dévia de sa trajectoire avant de se retourner contre son propriétaire.
En une fraction de seconde, tout était fini.
Jim était étendu par terre, les yeux grands ouverts, vides de toute lumière, après s'être tiré une balle dans la bouche.
Tout ce qui l'entourait se remit soudainement à bouger, et ses sens furent envahis. L'odeur de métal, de poudre et de sang. La couleur rouge, partout où il regardait. Les cris des policiers, encore choqués, ou reprenant leurs esprits. Le bruit d'un objet métallique roulant sur le béton.
Métal.
Roulant.
A peine l'idée effleura son esprit qu'un groupe hétéroclite apparut dans son champs de vision. Des policiers et des brancardiers.
Poussant une civière.
Avec John allongé dessus, et recouvert de couvertures de survie.
Totalement immobile.
John !
Ce fut le coup de fouet nécessaire pour qu'il reprenne tous ses esprits et le groupe s'éloignait déjà.
Il devait savoir. Il en avait besoin.
Sans même y réfléchir à deux fois, ses jambes s'élancèrent à la poursuite du groupe qui sortait déjà du bâtiment.
Il se précipita devant le brancard en levant les bras.
« Vous n'irez nulle part avec lui sans moi ! cria-t-il.
L'un des ambulanciers le regarda de travers avant d'essayer de l'écarter.
- Tu monteras dans la prochaine ambulance. Nous n'avons pas de temps à perdre, son état est sérieux ! Laisse-nous passer !
- Prenez-le avec vous. Vous ne le convaincrez jamais d'en faire autrement, vous ne connaissez pas son caractère obtus. Et si vous refusez de nouveau, et bien, je risque de me sentir obligé de vous créer quelques soucis une fois cette histoire terminée… Monsieur… Will… fit Mycroft en lisant ostensiblement le badge de l'homme en face de lui.
- Pourrais-je savoir qui vous êtes pour nous donner de tels ordres ? Nous connaissons notre boulot et nos directives sont strictes ! »
Le frère de Sherlock regarda l'ambulancier d'un air blasé, un sourcil relevé nonchalamment.
L'un des policiers intervint alors, se penchant vers le secouriste.
« Euh… C'est Mycroft Holmes… et son petit frère… Je crois qu'il vaudrait mieux que tu acceptes, qu'on en finisse et que vous partiez… »
L'ambulancier soupira avant de laisser tomber sa cause. Il acquiesça brièvement avant d'aider à embarquer le brancard, puis se tourna vers Sherlock.
« Ok, mais tu ne nous gênes pas pendant le transport, tu restes tranquillement dans ton coin, et tu nous laisseras s'occuper de toi en arrivant. Compris ?
- Oui.
- Alors grimpe, on n'a plus une minute à perdre. »
Sherlock ne se le fit pas dire deux fois. Il sauta pratiquement dans l'ambulance, s'asseyant au plus près du visage de John.
Celui-ci, bien qu'endormi, était tendu, crispé. Sherlock dût se retenir de toutes les forces qu'il lui restait pour le pas le toucher, ne pas masser ce front contracté, ne passer ses doigts dans les cheveux blonds… recouverts de sang.
Sa gorge se contracta soudainement, comme pour lui rappeler tout ce qu'avait subi John ces deux derniers jours. La couverture masquait son corps, mais l'esprit fulgurant de Sherlock passait en revue les différentes blessures internes et externes qui pouvaient être mortelles si elles n'étaient pas traitées rapidement.
Il sentit une sueur froide parcourir son dos et ne put retenir un sanglot angoissé.
Sentant le mal-être du jeune homme, le deuxième ambulancier présent dans la cabine se rapprocha, et lui annonça qu'ils allaient ausculter son ami une fois arrivé à l'hôpital, et que de ce qu'il avait vu, il aurait besoin de chirurgie au moins pour sa main. Il ne pourrait pas les suivre à partir de l'entrée des urgences, et il avait de toute façon lui aussi besoin de soins, malgré ses protestations. Il finit par lui promettre de demander aux médecins de venir le voir dès qu'ils auraient plus d'informations.
Devant l'absence de réponse du jeune brun, l'ambulancier haussa les épaules et retourna surveiller que la perfusion de solution saline s'écoulait correctement à travers l'aiguille plantée dans le bras de John.
Sherlock passa le reste du court trajet à fixer le visage de John.
Il sentit l'ambulance s'arrêter brutalement avant de voir les portes arrière s'ouvrir, et toute une foule de personnel hospitalier prêt à sortir le brancard portant John.
Il n'eut pas le temps de le suivre que la foule s'était refermée entre eux, lui bloquant le passage.
Et il s'aperçut enfin qu'un cortège l'attendait également.
Plusieurs infirmiers l'entourèrent, avant que l'un d'eux ne pose délicatement une couverture d'un orange criard sur ses épaules.
« Mais pourquoi vous me donnez une couverture ?
- C'est pour le choc.
- Je ne suis pas en état de choc… !
- Jeune homme, même si ça me déplait de te raviver la mémoire, tu viens d'échapper à un viol et à la mort, et ton ami est dans un état grave. Laisse-moi te dire que tu es en état de choc. En plus, tu n'es pas très couvert. Maintenant garde cette couverture sur tes épaules et suis-moi. »
Pour une fois, Sherlock fit le choix de ne pas argumenter. Il voulait en finir avec toute cette mascarade et rejoindre John au plus vite.
L'infirmier l'emmena dans une petite chambre à part, dans le service des urgences, avant de le faire se déshabiller et effectuer un premier bilan physique avant qu'un médecin ne vienne.
Il avait fini de noter l'emplacement des bleus qui se formaient sur la peau diaphane et était en train de désinfecter ses blessures au visage lorsque le médecin arriva.
Il jeta à peine un coup d'œil au brun avant de demander rapidement son état, enfilant des gants de latex en quelques gestes précis.
Lorsqu'il finit par se tourner vers son patient pour lui adresser la parole, il fut accueilli par un regard méfiant et passablement énervé. Bien sûr que Sherlock avait déduit que ce médecin n'avait rien à faire des patients qu'il voyait passer chaque jour, que son expérience hospitalière l'avait blasé de toute nouvelle rencontre.
« Jeune homme, je vais devoir vous examiner pour vérifier votre état… interne. Veuillez-vous allonger sur le flanc.
- Non.
- Je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de choses, c'est la procédure. Plus vite on s'y met, et plus vite ce sera terminé. Allons.
- Non. Je n'ai pas été violé. Je n'ai pas besoin d'un examen, alors je vous conseille de retourner voir votre maitresse à l'accueil. Cependant à votre place je lui dirais de changer de rouge à lèvre, celui-ci laisse des marques sur votre blouse au niveau de votre entrejambe, ce qui laisse suggérer à l'ensemble du personnel vos activités entre deux patients. Au revoir. »
Le médecin était toujours en train de chercher une réponse, rouge de furie, lorsque la porte s'ouvrit sur un autre infirmier, qui l'appela sur une urgence.
Le médecin lui lança un dernier regard orageux avant de s'engouffrer d'un pas rapide dans le couloir menant au service.
L'infirmier qui l'avait soigné, qui était resté là durant tout l'échange, le regarda avec un petit air malicieux avant de lui annoncer qu'il partait également et qu'il reviendrait plus tard. Enfin un peu de tranquillité.
Il se leva de son lit, pesta contre la blouse peu couvrante dont on l'avait vêtu, avant de retrouver son pantalon et de se diriger vers la porte. Il s'en approcha doucement, veillant à ne pas se montrer dans l'encadrement, avant de vérifier l'absence de témoins dans le couloir, puis se faufila dans l'interstice.
Il se dirigeait vers les ascenseurs qui pourraient le mener dans le service de chirurgie lorsqu'il se fit alpaguer.
« Eh ! Où penses-tu aller comme ça ? lança l'ambulancier qui l'avait emmené. Tu dois rester dans ta chambre !
- Je veux voir John, déclara Sherlock, l'air déterminé.
- Ecoute, nous l'avons laissé entre de bonnes mains, il est au bloc là. Tu ne peux pas le voir. S'il te plaît, essaie de ne pas énerver les médecins là-haut et d'attendre sagement qu'on vienne te prévenir, sinon ils risquent de t'empêcher de le voir tout court, tu comprends ? Allez viens, je te ramène avant de partir. Tu m'as l'air d'être un bon gars, malgré tes remarques plutôt… cinglantes. Fais ce que je te dis et tout ira bien. Je suis sûr que ton ami ira bien. Vous pourrez profiter plus tard. Je sais que c'est dur d'attendre, mais il y a sûrement quelque chose qui pourrait t'occuper en attendant !
- Cet hôpital est ennuyeux. Les gens sont ennuyeux. Je veux voir John ! »
La grimace enfantine qui apparut sur son visage fit rire son accompagnateur. En quelque sorte, ce rire allégea légèrement l'humeur de Sherlock.
Il finit donc par revenir à son point de départ : son lit d'hôpital.
Sherlock décida d'ignorer ce qui l'entourait et de s'enfermer dans son Palais Mental. Autant profiter du temps à perdre pour réfléchir au tournant qu'allait prendre sa vie maintenant que le psychopathe n'était plus sur son chemin.
Il ressassa les faits qui s'étaient déroulés juste un peu plus tôt. La disparition de John juste après s'être fait agresser, sa recherche, Moriarty et sa cruauté, puis ses derniers instants…
Le brun catalogua avec soin les émotions qui l'avaient traversé. De l'inquiétude rapidement muée en panique lorsqu'il avait reçu le premier texto de Jim. La déchirure ressentie dans sa poitrine à chaque nouveau message, puis la colère, la peur, la résignation lors de son encontre avec son Némésis. Il eut envie de se gifler. Il s'était montré faible, il avait abandonné alors que John l'attendait de l'autre côté d'une porte. Il ne devait sa rédemption qu'à l'apparition des policiers. La honte le gagna à son tour. Son frère n'allait pas le lâcher avec ça.
Il fut interrompu dans ses pensées par un léger bruit de toux. Ses yeux s'ouvrirent brutalement avant de se fixer sur une jeune femme vêtue d'une blouse blanche courte et munie d'un carnet et d'un stylo.
Elle ne devait pas avoir plus de 27 ans, petite et mince, les cheveux châtains attachés en une queue de cheval haute. Sa timidité transpirait de son être.
Un coup d'œil et déjà Sherlock s'ennuyait.
« Hum… Bonjour, je suis Molly Hooper, je suis là pour discuter avec toi, pour t'aider à surmonter les épreuves qui t'ont mené ici… » commença-t-elle en mordillant le bout de son stylo.
Le brun fixa un instant sur ce qui devait être l'interne de psychologie. Ennuyeux. Celle-ci rougit sous son regard, incapable de le maintenir. Cette séance allait être passionnante.
Quelque cinq minutes plus tard, la porte de la chambre d'hôpital de Sherlock s'ouvrit en fracas, et la jeune femme s'en extirpa, en pleurs.
Il put entendre ses sanglots jusqu'au bout du couloir. Un demi-sourire satisfait vint naître sur son visage, avant de retomber soudainement lorsque trois nouvelles personnes entrèrent dans la pièce.
« Sherlock, c'est Molly que je viens de croiser, en larmes en quittant ta chambre ? Qu'est-ce que tu lui as fait ? demanda Greg Lestrade.
- Oh, tu la connais ? Super. Non, ne dis rien… Vous vous connaissez probablement d'un club quelconque n'est-ce pas ? Sûrement très ennuyeux !
- Peut-être que c'est ennuyeux pour toi, mais oui, nous faisons tous les deux partie du club de dessin, et c'est une chouette fille ! Tu n'avais pas besoin de la mettre dans cet état, c'est juste méchant ! Elle était là pour t'aider… Bref, je veillerai à ce que tu lui présente tes excuses !
- Hmpf… » finit par marmonner Sherlock, haussant les épaules.
Il sentait le regard désapprobateur de son frère brûler sa tempe. Il pouvait bien aller se faire voir. N'importe qui tentant de le faire parler sur ses « sentiments » après les évènements de cette après-midi pouvaient s'attendre à une réponse bien sentie. Il n'y pouvait rien si cette fille était encore plus fragile que ses patients.
Le lieutenant Lestrade finit par toussoter et faire un pas en avant, imposant le silence d'un regard circulaire. Il sortit son calepin avant de prendre place sur l'une des chaises mises à disposition.
« Bien. Je vais prendre ta déposition, Sherlock. Tu vas me dire tout ce que tu sais sur ce John… - il vérifia sur son carnet – Watson. Qu'est ce qui l'a mené ici, qu'est ce qui l'a fait changer d'identité, tout. Il faut que je contacte ses parents, tu comprends ? Et ne me cache rien, je sais que vous avez aidé, au moins pour son identité, tous les deux. – il pointa son index sur Mycroft puis sur lui, avant de reprendre - Puis, on passera à James Moriarty. Je pense que tu vas avoir pas mal de choses à me dire. Nous avons encore un peu de temps devant nous…
Cela faisait maintenant plus d'une heure que Sherlock parlait de sa voix rapide et fluide. L'inspecteur peinait à prendre des notes.
« Ce n'est que bien après son arrivée que j'ai découvert la vérité sur sa famille. Croyez-moi, vous n'aurez pas envie de contacter ses parents. SI vous arrivez à les contacter. L'un est en prison après avoir tué sa petite sœur et tenté de l'achever également, l'autre est en hôpital psychiatrique depuis et ne le reconnait même plus. Ne vous sentez pas obligé de le lui rappeler non plus. Je pense qu'il aura envie d'entendre autre chose à son réveil.
- Wow, intervint Greg. Tu me l'avais déjà raconté, mais ça me fait toujours aussi mal pour lui…
- Raison de plus pour ne pas le déranger avec ça. » conclut Sherlock sèchement.
L'inspecteur sembla perdu dans ses pensées.
Il fut finalement sur le point de reprendre lorsque du grabuge se fit entendre dans le couloir. Les quatre têtes se tournèrent en un ensemble alors qu'une meute de médecins et d'infirmiers passaient en courant devant la chambre du jeune chimiste.
Des bribes d'ordres criés leurs parvinrent, faisant sauter Sherlock de son lit.
« Vite ! Il panique ! Que … aille chercher … qu'il ne se blesse ! »
Le brun se précipita hors de sa chambre sans même une seconde pensée et suivit le groupe médical vers la salle de réveil.
Il avait ce… pressentiment que quelque chose n'allait pas. Qu'il y avait un problème.
Il s'engouffra dans la pièce, où un brouhaha infernal régnait. Plusieurs médecins et infirmiers s'agitaient autour d'un lit duquel lui parvenaient de nombreuses plaintes étouffées.
Il reconnut immédiatement la voix, brisée d'avoir trop criée, pleine de larmes et de colère. Il en fut attiré comme par un aimant, bouscula plusieurs membres du staff, criant à son tour de le laisser passer.
« John ! John !
- Sherlock ! »
Enfin il pouvait l'apercevoir. John, à moitié couvert de bandages, la main droite plâtrée, les jambes entremêlées dans le drap à force de perdre le contrôle.
Son visage le fixait comme s'il revenait des morts. Les yeux écarquillés, les joues striées de marques de larmes, mais un sourire béat accroché obstinément à ses lèvres.
Il s'engouffra dans les bras ouverts, serrant dans les siens l'homme qu'il aimait, se rendant finalement compte qu'une partie de son âme lui avait été enlevée tout le long de cette journée, et qu'il venait en fin de la retrouver…
John pleurait sur son épaule, une main fermement accrochée au dos de sa blouse, l'autre, bloquée par le plâtre, enroulée autour de sa taille, alors qu'une litanie s'échappait de ses lèvres, d'une voix maintenant beaucoup plus douce même si rendue rauque par les sanglots.
« Je croyais que tu étais mort… Sherlock… Je n'ai pu qu'entendre le coup de feu avant de sombrer, et voilà que je me réveille dans un hôpital, sans aucune trace de toi, sans nouvelles, sans rien ! Sherlock…
- Je suis là… Je suis là John, je reste là, je ne te quitte plus…
- Sherlock… Je t'aime… Ne me laisse pas, promets-moi, ne me fais plus jamais ça, je t'aime… ! »
Sherlock resta muet un instant, sidéré par les paroles du blond. Il lui fallut quelques longues secondes avant de pouvoir lui répondre, le poids qui pesait sur ses épaules s'envolant soudainement.
« Moi aussi John, moi aussi je t'aime… Tout est fini maintenant, je te le promets, John. Moriarty est mort. Il ne te fera plus jamais de mal. Tu entends ? C'est fini. Respire, maintenant, tu es en sécurité, et nous sommes ensemble. Tu hyperventiles, là… Respire par la bouche. Ça va aller maintenant, je ne te lâche pas, d'accord ? »
Sherlock posa délicatement ses lèvres sur le front du blond, humant son odeur, pas tout à fait remplacée par celle de l'hôpital, pendant que ses mains décrivaient de grands cercles dans son dos, se voulant rassurantes. Il s'éloigna un tout petit peu, tentant de faciliter la respiration de John, et posa son front contre le sien. La main valide du futur médecin s'était agrippée fermement à son flanc, mais sa jumelle la rejoignit rapidement, la caressant délicatement pour la détendre.
« Je suis là, John, je reste près de toi. »
Ils reprirent progressivement conscience de ce qui les entourait, des médecins qui attendaient, gênés, autour d'eux. Sherlock se tourna légèrement indiquant qu'il leur laissait la place, tout en montrant qu'il ne lâcherait pas le blessé.
Le responsable leur fit un point sur l'état de santé de John, désignant tour à tour la main brisée qui devait rester plâtrée trois mois, les deux côtes brisées et plusieurs autres fêlées, que John avait oublié dans sa panique et qui le rappelaient maintenant à l'ordre, et qui allaient le laisser au repos un bon moment également. Il avait également plusieurs plaies à surveiller, et c'était pour cela qu'il resterait une semaine à l'hôpital.
Cette semaine aurait été un calvaire extrêmement long si Sherlock n'avait pas créé le scandale le plus épique qu'il ait jamais vu pour rester également.
A force d'arguments de plus en plus dénigrants pour ces pauvres médecins et grâce à l'intervention de Mycroft, exaspéré par toute cette histoire, pour finir de les convaincre, ils se virent attribuer une chambre double dans une aile de l'hôpital.
John le revoyait encore taper du pied sur le sol pour se faire entendre, tel une diva en plein caprice. La pensée le faisait encore rire, ce qui au final ne l'arrangeait pas tant que ça, étant donnée la douleur qui lui enserrait le torse juste après.
Mais il voyait les choses différemment maintenant.
Une deuxième fois.
Il avait survécu une deuxième fois au supplice d'un fou.
Et il avait bien l'intention que ce soit la dernière.
Malgré toutes les corvées à faire avec la police pour se dégager de toute responsabilité dans le meurtre de Glasgow, et les témoignages à donner pour l'affaire la plus récente, John se sentait léger. Il était heureux de vivre, heureux que Sherlock soit à ses côtés, en bonne santé. Heureux de pouvoir l'observer tout au long de la journée, alors qu'il passait de pipelette à muet comme une tombe en un instant qu'il tentait de masquer le léger sourire en coin qui apparaissait maintenant automatiquement, même quand il râlait contre les programmes ennuyeux de la télévision.
John parvenait maintenant à apprécier de nouveau la vie. Une vie bien meilleure que celle qu'il avait pu avoir jusque-là.
Durant les quelques moments de calme qu'il parvenait à extraire de son colocataire hyperactif, il put repenser à tout ce qui lui était arrivé en quelques mois. Le tournant qu'avait pris sa vie se révélait positif malgré des débuts plus que difficiles. Mais il ne risquait pas de regretter d'avoir rencontré cet énergumène de Sherlock. Ni Mrs Hudson, ni Greg, ni même peut être Mycroft, en un certain sens.
Sa vie misérable de Glasgow était terminée. Sa vie de fuyard également. La vraie pouvait commencer.
S'il devait garder un souvenir de son séjour à l'hôpital, il n'hésiterait pas une seconde.
Se réveiller d'une sieste pas totalement prévue, à une heure plus qu'incongrue, et retrouver son Sherlock allongé contre lui dans son lit d'hôpital, presque roulé en boule, malgré ses jambes interminables, donnait une image si attendrissante du jeune chimiste qu'il en oublia presque que son corps se retrouvait du coup un peu trop proche du bord.
Fasciné par l'être pour une fois endormi, John profita de l'instant en glissant délicatement ses doigts dans sa chevelure sauvage. Les boucles brunes étaient extrêmement douces et brillantes. Il ne put empêcher son cerveau de faire une analogie avec un chat, en cet instant. Sherlock respirait doucement, lové contre lui, dans sa robe de chambre rose pâle d'hôpital, et semblait pour une fois paisible.
Il ne put empêcher un doux sourire d'étirer agréablement les traits de son visage.
John fut enfin autorisé à sortir après une semaine passée dans cette chambre. Il n'attendait plus que ça. De plus, le soleil était radieux au dehors, exceptionnellement. Il apprécia longuement les rayons dorés contre sa peau, attendant que les infirmières finissent de dire au revoir à Sherlock, séduites mais aussi exténuées par le jeune chimiste, qui ne leur avait épargné aucune peine.
John aurait beaucoup apprécié de marcher pour rentrer sur le campus, pour profiter du temps, mais il ne pouvait toujours pas vraiment marcher normalement à cause de ses douleurs aux côtes. Ils se décidèrent alors à héler un taxi.
A peine arrivés, ils eurent la visite de Mrs Hudson, qui, impossible à arrêter, fit du thé, versant un peu de lait qu'elle avait apporté avec elle, retapa les coussins de John avant qu'il ne s'installe à moitié allongé sur son lit, vida leur frigo avant de le remplir de courses fraiches… Tout en papotant, leur laissant à peine le temps de lui répondre.
« … Mais n'oubliez pas les garçons, je ne suis pas votre gouvernante ! C'est exceptionnel pour ce pauvre John qui fait toujours tout dans cette chambre… Sherlock, cette réflexion vous est adressée ! Vous devriez l'aider un peu ! Enfin je compte sur vous pour prendre soin de lui, au moins, après tout ce qu'il a vécu, ce pauvre petit… Mais je ne dis pas qu'il ne vous est rien arrivé, mon pauvre Sherlock… Quand je pense que j'ai laissé ce fripon, ce… malade dans cette école aussi longtemps ! Ah, comme je m'en veux ! Je suis désolée les enfants, tout est de ma faute… »
A ce point-là, John avait cessé d'écouter. Il se contentait de l'observer vaguement, laissant un léger sourire compatissant peint sur son visage. Il adorait cette femme au grand cœur, mais là tout ce qu'il souhaitait c'était retrouver enfin son lit chaud et confortable, ainsi que le corps de son amant contre le sien…
Sherlock finit par réussir à faire partir la vieille dame, contre de nombreuses promesses, oui je ferai attention à John, oui je lui ferai à manger, oui moi aussi je mangerai, oui je remercierai Mycroft… Tout y était passé pour cesser le flot continu de paroles.
La fin d'après-midi apporta les derniers rayons de soleil jusqu'à leur chambre, les retrouvant allongés l'un contre l'autre, John sur son dos et Sherlock délicatement posé contre lui, leurs jambes entremêlées, leurs mains libres jointes, leurs fronts en contact. Ils se chuchotaient des blagues que seuls eux pouvaient comprendre, entre deux baisers, entre deux silences doux et agréables, profitant enfin pleinement de leurs retrouvailles.
John eut une soudaine vague d'inquiétude.
« Sherlock, quel jour sommes-nous ?
-Hmm… le 2 janvier. Nous avons encore trois jours devant nous avant de retourner en classe ou au labo… Ennuyeux d'avance. Restons ici. »
Sherlock, sur ces paroles, frotta doucement le bout de son nez contre la joue de son colocataire avant de s'étirer comme un chat. John rit doucement, avant de continuer :
« Bonne année, Sherlock ! »
Le brun le regarda un instant, un peu perdu, avant de se reprendre et de lui répondre :
« J'ai toujours considéré que fêter la nouvelle année était juste une excuse minable pour prendre de fausses résolutions et de se montrer hypocrite auprès des personnes qui se disent proches lors d'une célébration datée arbitrairement en fonction d'un évènement fictif, mais en cet instant… C'est comme si ça prenait un tout nouveau sens… On est là, tous les deux, débarrassés de nos démons personnels, et la vie s'offre à nous alors… Alors… Je me dis que je suis heureux de commencer la nouvelle année avec toi… »
Les joues du chimiste se colorèrent légèrement de rose alors que ses yeux fixaient leurs mains jointes.
La seule réponse du blond fut un doux baiser sur les lèvres. Leurs yeux se lièrent un instant avant que la bouche de John ne s'entrouvre, laissant s'échapper un doux Je t'aime. Le brun y répondit en fusionnant de nouveau leurs lèvres, avec un peu plus de force, et la volonté de transmettre au blond tout ce qu'il lui faisait ressentir.
C'est en trainant les pieds que John retourna au laboratoire n°3 le lundi suivant. Il n'avait aucune envie de quitter sa chambre calme et reposante, et encore moins Sherlock. Ses côtes le lançaient encore, et sa main plâtrée le démangeait et le dérangeait de plus en plus. Autant dire qu'il était plutôt de mauvaise humeur.
Au pas de la porte du laboratoire, il marqua un temps d'hésitation. Il se rappela la balle dans sa poche, la lamelle ensanglantée… Un frisson glacé parcourra son échine. Tout ce qu'il souhaitait était de retourner dans son lit encore un peu. Mais sa thèse était totalement à l'abandon, et s'il ne voulait pas être viré de cette Université, il avait plutôt intérêt à mettre ses intérêts personnels de côté.
Il soupira et s'apprêta à faire un pas en avant lorsqu'il fut interrompu dans ses pensées.
« Ah tiens, tu es là ? Je te croyais disparu de la circulation ! lança une voix froide et hautaine.
- Bonjour, Anderson… Comment vas-tu ?
Décidément, sa journée ne pouvait pas mieux commencer…
- Mieux que toi apparemment ! J'ai appris que tu t'es fait tabasser ? Je t'avais bien dit de ne pas traîner avec le taré… D'ailleurs où est-il, que je le félicite pour autant d'égoïsme ?
- Ne l'appelle pas « taré », Anderson, je te préviens. J'ai beau être plâtré…
- Sinon quoi ? Enfin, John, rends-toi compte, tu t'es fermé à toute l'Université en restant avec lui, et qu'est-ce qu'il t'apporte ? A part des risques inutiles et une mort rapide ? Quand je te dis qu'il est taré… »
John ne put se retenir un instant de plus. Il lança son poing gauche en avant, touchant son camarade de laboratoire en plein nez, sentant un craquement sinistre alors qu'une coulée de sang s'en échappa. Anderson recula brusquement, s'adossant au mur avant de glisser au sol.
John, après s'être secoué la main pour récupérer les sensations dans ses phalanges, pointa un doigt accusateur face aux yeux effrayés d'Anderson. Sa voix laissait transparaître toute la colère qui l'étreignait.
« Je t'avais prévenu, pauvre tache, de ne plus le traiter de taré. Sans lui je serais mort à l'heure qu'il est. Alors je ne te permets pas la moindre réflexion sur lui. Tu es minable, tu ferais mieux de te regarder en face avant de parler de lui. Jamais tu ne seras à son niveau. Tu ne lui arrives pas à la cheville. Et te parler me dégoûte. Si ça t'amuse de te moquer de personnes qui n'ont pas eu la vie facile, alors commence par moi, et on verra ensuite comment je te le rendrai, d'accord ? Maintenant je te conseille de dégager, parce que je ne vais pas pouvoir me retenir plus longtemps ! »
Ils se fixèrent un instant, Anderson toujours à terre et se tenant le nez, John tremblant de rage, lorsque des pas se firent entendre.
« Watson ! Puis-je savoir ce qu'il se passe ici ? Anderson, relève-toi enfin ! » interrompit le responsable de leur laboratoire, sortant de celui-ci.
« J'ai entendu des cris, j'aimerais que l'on m'explique ! Mais… Tu saignes, Philippe ! Va à l'infirmerie immédiatement ! Quant à toi, John, je crois que nous avons deux mots à nous dire ! »
John ne put empêcher un sourire sadique face au regard douloureux de son vis-à-vis, qui partit en direction de l'infirmerie sans un mot de plus. Il n'avait eu que ce qu'il méritait, et il avait permis à John de libérer un peu la tension qui l'étreignait depuis qu'il s'était levé.
« Bon, alors, tu vas m'expliquer ? Tu n'as pas justifié ton absence des derniers jours avant les vacances de Noël !
- Excusez-moi, intervint une voix douce, Je souhaiterais m'entretenir avec Monsieur Watson, si ça ne vous dérange pas… »
Les deux se retournèrent pour se trouver nez à nez avec Mrs Hudson, qui s'approchait d'eux.
« J'ai à discuter de faits importants avec ce jeune homme, je suis sûre que son explication peut attendre, n'est-ce pas mon cher ? Bien, je vous laisse retourner à votre laboratoire ! Bonne journée ! »
Elle fit signe à John de la suivre, qui obéit automatiquement, avant que son responsable ne puisse réfléchir à une réponse à donner. Il jeta un œil au-dessus de son épaule, le regardant repasser la porte en soupirant.
Il se demanda ce que lui voulait Mrs. Hudson. Sans doute était-elle au courant de ce qu'il venait de se passer, et il espéra un instant ne pas s'attirer ses foudres. Le sourire qu'elle lui lança le rassura immédiatement, tant il était amical et complice.
« Très beau crochet, si je puis me permettre ! Ce garçon a toujours été exécrable avec Sherlock ! Tout ce qu'il a pour lui, ce sont des parents qui payent sa scolarité… Enfin, ce n'est pas vraiment la question. Que diriez-vous d'un jour de tranquillité de plus ? Je pense que ça ne vous ferait pas de mal, non ? »
Elle lui lança un petit clin d'œil avant de disparaitre à l'angle d'un couloir, ne lui laissant pas le privilège d'une réponse. Il resta un moment au milieu du croisement, éberlué, avant de hausser les épaules et de retourner chez lui. Tant qu'à faire, autant profiter d'un peu de repos supplémentaire.
Il vit immédiatement en passant la porte du 221B que Sherlock avait décidé de sécher encore une fois les cours. Il était assis à son bureau, lui tournant le dos, penché sur une expérience.
John reposa son sac dans l'entrée avant de se diriger vers lui. Sherlock ne montra aucun signe qu'il l'avait vu ou entendu.
Le blond glissa ses bras autour du torse du chimiste, l'enlaçant de derrière, avant de poser son menton sur l'épaule du brun. Sherlock n'avait pas sursauté, signe qu'il l'avait bel et bien senti rentrer, et qu'il acceptait simplement sa présence pendant qu'il travaillait. John resta un moment ainsi, dans ses pensées alors qu'il observait les longs doigts s'activer entre les fioles et les béchers.
Il ouvrit doucement la bouche, frôlant l'oreille du brun, avant de chuchoter :
« Je viens de casser le nez d'Anderson… »
Sherlock frissonna en sentant les lèvres de son compagnon contre le lobe de son oreille, et la nouvelle qu'il lui apportait sonnait tellement agréablement…
Il ferma un instant les yeux, se laissant retomber en arrière pour s'appuyer contre le torse du blond, qui s'était redressé. Ses longues mains de violoniste vinrent caresser les avant-bras de son John, accompagnant leurs jumelles qui se frottaient à présent délicatement contre le tissu de sa chemise par-dessus son torse.
Il sentit une chaleur s'éveiller dans son abdomen et se répandre rapidement dans l'ensemble de son corps. Au diable son expérience, il pourrait la refaire plus tard. Immédiatement un signal d'alarme se déclencha dans son cerveau depuis quand le Travail était passé en arrière-plan ? Depuis que John était entré dans sa vie, simplement. Il ne pouvait taire ce qu'il ressentait, et en cet instant, tout ce qu'il voulait était de toucher le blond, de le retrouver entièrement, de faire taire son esprit quelques instants dans ses bras… Lâcher prise. Quelque chose qu'il n'avait jamais su faire auparavant. Quelque chose qu'il avait appris à apprécier auprès de John.
Déjà s'était-il redressé et retourné dans les bras de son amant, déviant sa chaise de la trajectoire de leurs corps, avides de se retrouver.
Déjà John avait glissé ses mains sous la chemise blanche du brun, et caressait délicatement son dos si fin, si sensuellement musclé, alors que Sherlock avait saisi son visage de ses deux mains et joignait leurs lèvres.
Leur baiser était peut-être un peu hâtif, peut-être un peu violent. Les dents mordaient les lèvres, s'accrochaient entre elles, alors qu'une langue d'abord timide venait caresser sa conjointe, avant que l'émotion ne les submerge et ne les laisse essoufflés, les pupilles dilatées de désir, se fixant obstinément avant que l'un d'eux, ils ne sauraient dire lequel, n'entame le mouvement en direction du lit de Sherlock, miraculeusement vide de tout objet.
John se retrouva allongé sur le dos, pantelant, alors que Sherlock se laissait tomber au-dessus de lui, le recouvrant de son corps et leurs lèvres à nouveau jointes. Le blond glissa ses doigts avec délectation dans les boucles brunes alors que Sherlock caressait d'une main sa clavicule droite et se rapprochait doucement de sa gorge.
Les premiers boutons de sa chemise s'ouvrirent sans qu'il ne s'en rende compte, perdu dans toutes les sensations qui le submergeaient. Sherlock se redressa soudainement, laissant immédiatement une sensation de froid partout où leurs corps avaient été en contact. Leurs yeux se trouvèrent immédiatement, et le bleu-gris-vert des iris du brun le figea sur place, laissant aux mains de Sherlock l'opportunité de terminer leur tâche.
Son pantalon subit le même sort, avant d'être retiré complètement, tirant par la même occasion son sous-vêtement.
Avant même qu'il ne comprenne ce qui lui arrive, qu'il ne puisse réagir, la bouche de Sherlock s'est refermée sur son membre déjà totalement gorgé de sang. Il ne put s'empêcher de penser que de traumatiser Anderson pouvait résulter de très, très bonnes choses.
Il ne put retenir un bruit extrêmement gênant sortir de sa gorge, sa tête se renversant en arrière et ses yeux roulant dans leurs orbites.
Il venait de sentir la langue de Sherlock caresser timidement sa verge, s'enrouler doucement autour de son sexe et oh mon dieu lécher la fente d'où s'écoulait déjà du liquide pré-séminal.
Son bas ventre se contracta, forçant un soubresaut involontaire de ses hanches plus profondément dans la bouche du brun.
« Sherlock je suis désolé arrête ne te force pas tu n'es pas obligé de faire ça… » ne put-il s'empêcher de sortir à vive allure.
Le regard que lui renvoya Sherlock à ces paroles, en dessous de ses boucles folles, lui fit perdre un peu plus la tête. Le brun le prit un peu plus en bouche et tout ce que John arriva à formuler dans son cerveau fut mon dieu mon dieu pourquoi n'a-t-il pas de haut-le-cœur ? Mon dieu mon dieu mon dieu je ne vais pas tenir telle une litanie tournant en boucle.
Son corps tremblait, l'orgasme tout d'un coup extrêmement prêt à percer à la surface. Il avait à peine conscience des sons produits par sa bouche alors que sa tête tournait, les yeux incapable de se fixer sur quelque chose, et que cette boule de chaleur qui grandissait dans son abdomen menaçait d'exploser.
Oh.
L'espace environnant devint blanc une fraction de seconde, alors que son corps, incontrôlable, s'agitait tandis qu'il se libérait dans la bouche du brun. Celui-ci maintenait ses hanches ancrées au matelas tandis qu'il avalait les dernières gouttes.
Ses muscles semblèrent faits du coton, son cœur battait la chamade et ses doigts libérèrent doucement les draps qu'ils avaient maintenus dans une étreinte mortelle.
Il sentit la rougeur envahir son visage alors que Sherlock remontait à son niveau d'une manière très féline, se léchant les lèvres tout en le fixant de ses pupilles totalement dilatées, toute couleur quasiment disparue.
Les lèvres du brun vinrent se sceller aux siennes, et son corps recouvrit de nouveau celui de John, prenant appui sur ses coudes pour ne pas appliquer de pression supplémentaire sur les côtes de son vis-à-vis.
La révélation de John avait envoyé un éclair de désir dans son bas ventre, et c'est sans se poser de question qu'il lui avait rendu la monnaie de sa pièce, se souvenant de ce que lui avaient procuré les attentions du blond le lendemain du match et de leur soirée au bar. Seulement deux semaines les séparaient de ce moment-là, mais Sherlock avait l'impression qu'une éternité avait eu le temps de passer et de revenir depuis la dernière fois que leurs corps s'étaient rejoints dans le plaisir.
Ses lèvres fondirent sur leurs jumelles alors que les bras de John se refermaient autour de son corps.
Un peu plus d'un mois était passé, et John était retourné au laboratoire. Il y avait fait ses excuses à son référant, mais pas à Anderson. Il avait pu retrouver sa sérénité, son projet médical et ses habitudes. Sherlock – fidèle à lui-même – n'allait pas plus en cours qu'avant, mais l'attendait toujours à l'heure de la pause devant la porte d'entrée du laboratoire. Ils rejoignaient ensuite la cafétéria en se tenant la main, calmement, maintenant que tout danger était écarté.
Sa main droite avait enfin été libérée de sa prison de plâtre, et la rééducation qu'il subissait quatre fois par semaine lui permettait enfin de retrouver une liberté totale… et son uniforme. Il avait pu assister à tous les entrainements de rugby, et même s'il ne pouvait participer, se donnait une grande joie d'aider Greg, et de reprendre progressivement les footings, puis les échauffements lorsque ses côtes le lui permirent.
Un peu plus d'un mois était passé, et John était nerveux. Sherlock n'allait pas tarder à rentrer de son rendez-vous avec l'Inspecteur Lestrade.
Le blond s'était arrangé avec Greg pour que ceux-ci se rencontrent ce soir-là en particulier, et le message que venait de lui transmettre Greg lui annonçait qu'ils étaient sur le point de partir du poste de police. Le policier avait voulu l'aide de Sherlock pour obtenir le plus d'informations possibles sur le réseau de Moriarty, qui s'était révélé bien plus étendu et indépendant que prévu. Même la tête de la bête coupée, la toile continuait à se tisser dans tout le Royaume-Uni.
Sherlock ayant été, d'une certaine manière, proche de Jim, il avait pu fournir de nombreux détails sur celui-ci, et ses déductions donnèrent d'importantes informations sur de nombreux responsables du réseau. Il put ainsi fournir l'identité du sniper responsable de la mort du professeur dans l'Université de John, à Glasgow. Il s'agissait d'un certain Sebastian Moran, ancien militaire proche de Jim Moriarty.
Après plusieurs heures de discussion et d'études de fichiers, Sherlock et Greg se dirigèrent vers l'Université et leurs logements respectifs. Chacun était attendu avec impatience.
John souffla profondément une dernière fois et passa en revue son environnement.
La table de la cuisine était recouverte d'une nappe blanche et d'un chemin de table rouge. Deux assiettes étaient disposées face à face dessus, accompagnées de couverts et de serviettes élégamment pliées. Deux bougies encadraient les verres à pieds, ainsi qu'une bouteille de vin rouge.
Il n'avait pas chômé durant son après-midi. Mrs Hudson l'avait laissé lui emprunter certains ingrédients avec un sourire.
John était particulièrement fier de ce vinaigre de cacao qui se mariait parfaitement à des aiguillettes de poulet à la crème, qui mijotaient encore doucement sur le feu pour rester à la bonne température. Le riz sauvage qui allait l'accompagner était également prêt. Il avait découvert cette recette par hasard, et avait été immédiatement tenté. Une fois la sauce goûtée du bout des doigts, il fut totalement convaincu. Simple, et efficace.
Une tarte poire-chocolat terminait le repas, élégamment décorée par ses soins. Il savait que le mélange de ces deux saveurs était le pêché mignon de Sherlock, même s'il ne le lui avait jamais vraiment dit. Il avait lui aussi quelques notions d'observation, quoi que le brun en dise.
C'est donc ainsi qu'il se retrouva debout près de la table de la cuisine, se balançant d'une jambe à l'autre, le soir de la Saint-Valentin.
Sherlock remontait les escaliers, pressé de retrouver son appartement et John. Il sentait la tension poindre le bout de son nez, alors qu'elle avait été mise de côté pendant ses heures avec le DI. Mécaniquement, il glissa les mains dans ses poches, avant de saisir, du côté droit, une petite boîte en velours. Il la retourna entre ses doigts plusieurs fois, avant de la reposer, de souffler un grand coup, puis d'ouvrir la porte du 221B.
Relevant les yeux, il stoppa net dans l'embrasure. John se tenait face à lui, le regard rivé au sol. A côté de lui, la petite table de la cuisine était dressée dans des tons rouges et blancs, et une bouteille de vin y reposait. Deux bougies étaient allumées.
Une légère odeur acidulée émanait d'un plat couvert qui patientait sur les plaques. Cette odeur lui était inconnue et l'intriguait. Mais avant de percer ce mystère, ses yeux revinrent sur John. Il n'avait pas bougé, rien dit. Sherlock put voir des rougeurs sur son visage toujours baissé, et une pensée le traversa : John angoissait. Il avait peur que ce qu'il avait fait ne lui plaise pas. Qu'il se ficherait de la Saint-Valentin et le lui ferait sentir.
Une vague de tendresse le submergea alors qu'il quittait enfin le pas de la porte, pour prendre John dans ses bras.
« Merci, John. Ça me touche beaucoup.
- Ce… ce n'est rien… C'était juste comme ça hein, ne t'inquiète pas ! Passons à table, le plat va refroidir… » sortit John à toute allure.
Le regard que Sherlock lui lança lui fit comprendre qu'il avait compris. Qu'il savait ce que ça représentait. Le brun se pencha légèrement avant de frôler ses lèvres des siennes. John le suivit automatiquement lorsqu'il redressa la tête, puis ils se séparèrent. Sherlock ne put s'empêcher de sourire devant la vision qui s'offrait à lui le blond avait toujours les yeux fermés, le visage tendu vers le haut, dans l'espoir de l'atteindre de nouveau… il observa les deux orbes bleus réapparaître, envahies du noir de ses pupilles.
Il dut se secouer pour passer à table et ne pas savourer immédiatement le dessert.
Sherlock venait de terminer son assiette, sa deuxième assiette, lorsque John se leva pour débarrasser le plat. Il en profita pour sortir la petite boite de sa poche et la poser en évidence près du verre de vin de John.
Lorsque le blond revint, il marqua un temps d'arrêt en fixant l'écrin, puis Sherlock, et de nouveau l'écrin. Le sourire que le brun lui lança le réveilla et le convainquit de se rassoir.
« Je… Qu'est-ce que c'est, Sherlock ? demanda timidement John.
- Ouvre, et tu verras. » répondit simplement le brun.
John baissa de nouveau les yeux sur le petit paquet de velours, avant de le saisir délicatement et de l'approcher de son visage. Lançant un dernier regard en direction de son vis-à-vis, il se décida à l'ouvrir.
Il ne put retenir ses sourcils de s'élever alors que sa bouche s'ouvrait en un « O » presque parfait.
Délicatement posé sur le velours, se tenait un fin porte-clés muni d'une plaque en acier brossé, portant engravée l'inscription JW – 465.
Il saisit le porte-clés doucement, l'observa quelques instants à la lumière de la lampe, avant de regarder Sherlock d'un air interrogateur. Son regard se reposa sur la plaque tandis que Sherlock lui répondait. Le porte clé était épuré, simple par sa forme, mais le lettré présentait une écriture ronde et allongée, les jambages subtilement entremêlés.
« Ce nombre correspond à la longueur d'onde de la couleur de tes yeux. Bien sûr, ce n'est pas une valeur exacte, parce que tes yeux sont d'une couleur bien plus complexe… Mais c'est la valeur dominante… Après de nombreuses réflexions, cela me semblait approprié – original, discret, non dangereux… moins dangereux qu'une fiole d'acide et plus romantique que la balle que s'est tiré Jim dans la tête. »
Après quelques instants hébétés, John reprit la parole.
« Et… et toi ?
- Retourne-le. » suggéra simplement Sherlock.
John obéit, avant d'écarquiller de nouveau les yeux. Sur l'autre face trônait un SH – 488.
« Waw… Je… Je ne sais pas quoi dire… C'est magnifique Sherlock. Si personnel, si… représentatif… Je n'aurais jamais pu faire aussi bien…
- Tu veux savoir le meilleur ? » questionna le brun, malicieux.
John quitta le porte-clés des yeux pour les ancrer dans ceux de Sherlock.
Il vit son vis-à-vis glisser une main dans sa poche de pantalon, et sortir un porte-clés identique.
Les yeux de John étaient maintenant grands ouverts, et un instant plus tard, sans qu'aucun d'eux ne comprenne vraiment comment c'était arrivé, le blond se tenait debout face à Sherlock, tenant son col de chemise à pleines mains, l'embrassant avec force.
Automatiquement, celui-ci glissa ses doigts dans les doux cheveux blonds, maintenant un peu plus longs, et répondit au baiser.
Leurs langues se mêlaient et la tension montait. Sherlock, ne supportant plus la distance entre eux, se releva abruptement de sa chaise pour écraser John contre son torse. Celui-ci laissa échapper un léger gémissement de surprise, avant de reprendre contenance et possession des lèvres pleines face à lui.
Un instant plus tard, John saisit une poignée de boucles brunes, tirant sa tête en arrière, rompant abruptement le contact de leurs lèvres pour s'autoriser l'accès au long cou blanc maintenant tendu. Il prit son temps pour le redécouvrir, laissant sa langue glisser tout contre la carotide affolée avant de prendre délicatement entre ses lèvres le lobe de son oreille gauche. Ce fut au tour de Sherlock de gémir de désir alors que leurs hanches se rejoignaient. La tension entre eux était maintenant à son apogée, et le brun décida que son amant était bien trop habillé à son goût. Il s'empressa de détacher un à un les boutons de la chemise qui lui faisait face, dévoilant le torse tanné et marqué de John. Son John. Ses mains se posèrent sur les pectoraux, profitèrent un instant de la sensation, avant de s'aventurer plus haut, caressantes au-dessus des clavicules, avant de glisser le long des bras pour les libérer du tissu.
John, quant à lui, avait repris son exploration du cou du brun, laissant des marques sur son passage, sa main libre voyageant des clavicules aux fesses de Sherlock. Il ne pensait pas pouvoir être plus dur qu'il ne l'était en cet instant jusqu'à ce qu'il entende la plainte du jeune homme face à lui.
« John… Fais-moi l'amour… »
Cette demande libéra en lui un désir jusqu'ici inassouvi. Leurs gestes se firent instantanément plus bruts, plus pressés, plus avides.
La chemise de Sherlock rejoignit sa jumelle au sol sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, absorbé par toutes les sensations, tous les sentiments qui l'assaillaient.
Rapidement, leurs pantalons furent ôtés, et John le guida aveuglément jusqu'à son lit, celui qu'ils partageaient depuis qu'ils s'étaient avoués leurs sentiments. Il se laissa tomber sur le matelas, ne quittant pas des yeux le blond qui l'y rejoignit rapidement.
Ils reprirent leurs baisers alors que leurs mains parcouraient l'ensemble du corps de l'autre. John fut le premier à lâcher prise, se redressant en respirant amplement, essoufflé. Il fit glisser ses mains le long du torse d'albâtre de Sherlock, descendant lentement jusqu'à ses hanches, avant de saisir l'élastique de son boxer et de le faire glisser délicatement le long de ses jambes fines. Il prit ensuite le temps de le regarder entièrement, de le regarder vraiment.
Il ouvrit un instant la bouche, marqua une pause, puis dit finalement :
« Je t'aime, Sherlock. Je t'aime tellement… Merci pour tout ce que tu as fait pour moi…
- Je t'aime aussi, John… »
Manquant de mots, le brun tendit les bras vers John, avant que celui-ci ne se décide à revenir contre lui.
Aucun d'eux ne put retenir un soupir de contentement au contact du corps de l'autre, brûlant, envoûtant.
Leurs lèvres ne se quittèrent pas alors que Sherlock ôtait gauchement le dernier rempart de tissus entre leurs corps, et enfin, enfin, ils étaient entièrement en contact.
Leurs érections se frôlèrent un instant, envoyant de violents frissons dans leurs deux corps. D'instinct, ils réitérèrent le contact. Bientôt, ils furent haletants, couverts d'une fine couche de sueur. Sherlock tendit le bras au hasard, attrapa à tâtons le tiroir du haut de la table de chevet, le tira sans ménagement, avant de récupérer ce qu'il cherchait.
Il lança plus qu'il ne donna un tube de lubrifiant et un paquet de préservatifs à son amant, qui le regardait faire, un peu hagard.
« Tu as déjà fait ça, Sherlock ? demanda timidement le blond.
- Non, jamais. Mais tu es médecin, tu connais l'anatomie humaine, non ? »
Pour toute réponse, John lui tira la langue en le foudroyant du regard, se redressant et se glissant entre les cuisses glabres du brun.
Il s'agenouilla, écarta doucement les jambes offertes face à lui, avant d'ouvrir le tube de lubrifiant. John en versa une bonne quantité sur ses doigts. De son autre main, il commença de lents va-et-vient le long du membre érigé devant lui. Sherlock laissa échapper un nouveau soupir.
Doucement, de son index lubrifié, John vint caresser en de doux cercles l'entrée du brun, tout en continuant de lui donner du plaisir, tentant de le faire se relâcher et ne pas penser à ce qui allait suivre. Délicatement, il introduisit un premier doigt dans le cercle de chair.
Sherlock sursauta à l'intrusion, avant de se détendre sous les caresses. La présence n'était pas gênante. Surprenante, plutôt, la première fois. John bougea doucement en lui, testant, observant de près le visage du brun, prêt à se retirer au moindre signe de douleur.
Quelques instants plus tard, il en introduisit un deuxième, puis un troisième dès qu'il sentit Sherlock prêt.
Finalement, il retira ses doigts et cessa toute caresse, laissant une sensation de vide en Sherlock, qui le lui fit savoir par quelques plaintes. Il rouvrit les yeux, qui s'étaient clos sans qu'il ne s'en rende compte, et observa John enfiler le préservatif et rajouter du lubrifiant sur son membre laissé à l'abandon, mais toujours aussi gonflé.
Une fois la tâche faite, John saisit les mains de Sherlock et le redressa.
« Tu me fais confiance ? lui demanda-t-il, leurs visages si proches que Sherlock pouvait sentir son souffle.
- Oui… John. Totalement. Fais-moi l'amour.
- Ok. Lève-toi un instant. »
Sherlock le regarda quelques secondes, puis lui obéit.
John s'allongea sur le dos, et c'est alors que Sherlock comprit.
Il enjamba le corps du blond pour finalement s'agenouiller au-dessus de ses hanches.
John lui laissait le contrôle. John voulait s'assurer qu'il ne lui ferait pas mal. John, John…
Doucement, il saisit le membre de John et le mit en contact avec son entrée.
Il s'abaissa régulièrement, faisant des pauses pour souffler et s'habituer à sa largeur, entamant de lents allers-retours sur la verge de John.
Déjà le blond semblait essoufflé, une main fermement serrée autour d'un morceau de drap, l'autre agrippant sa hanche.
Enfin, enfin, John était entièrement en lui. La douleur qu'il avait pu ressentir était maintenant totalement évanouie, remplacée par le puissant plaisir de se sentir rempli, entier, en symbiose avec l'homme qu'il aimait.
Ecartant un peu plus les cuisses pour augmenter encore la surface de contact, Sherlock se releva légèrement, puis redescendit, leur arrachant à tous les deux un cri rauque de pur plaisir. Il essaya de trouver son rythme, se calant sur les mouvements de bassin de John, qui le tenait maintenant de ses deux mains sur les hanches. La friction créée donna naissance à un frisson qui remonta l'ensemble de sa colonne vertébrale.
Il ouvrit les yeux, les fixa dans ceux si bleus de John, et ils ne se lâchèrent pas durant de longs instants, avant que la verge de John ne vienne frôler cette boule de nerf enfouie dans ses entrailles. Ses prunelles roulèrent dans leurs orbites alors qu'un flash aveuglait son esprit. John réitéra le geste, frôlant répétitivement la prostate de Sherlock. Sa main gauche relâcha sa prise sur la hanche du brun pour venir se saisir de son membre turgescent et y appliquer un mouvement de va et vient coordonné avec ses propres coups de butoirs.
Sherlock ne bougeait plus vraiment maintenant, perdu dans son extase. Il sentait le plaisir contracter ses muscles, grandir rapidement, prêt à exploser. Une bouffée de chaleur monta jusqu'à ses joues, et John accéléra les mouvements de sa main, augmentant en même temps la pression exercée.
C'est à ce moment-là qu'il perdit tout contrôle. L'orgasme qui l'atteignit alors le terrassa, le faisant crier inconsciemment le nom de John.
John, sentant le corps de son amant se contracter et ses mouvements devenir incohérents sous l'emprise de son orgasme, et à la vue qu'il lui offrait en cet instant, se sentit partir également. De longs râles gutturaux lui échappèrent, l'esprit vide en dehors de Sherlock, Sherlock, qui prenait son pied au-dessus de lui, et bordel il n'avait jamais vu de chose aussi sexy…
Ils reprirent doucement leurs esprits, essoufflés. Sherlock se pencha en avant, relâchant le poids qu'il avait inconsciemment mis sur ses bras, puis posa délicatement son front contre celui de John. Il l'observa un instant, les yeux fermés, les traits détendus mais le cœur battant la chamade. Ses mains vinrent se glisser dans les cheveux blonds, et celui-ci ouvrit les paupières.
Leurs regards s'accrochèrent immédiatement, dépendants de l'autre. Maintenant que leur désir s'était quelque peu calmé, les sentiments revenaient au premier rang. Ils s'embrassèrent, longuement, calmement, savourant pleinement l'autre. La tension redescendait et ils n'avaient plus qu'une envie : rester languidement dans les bras de l'autre pour se remettre de leurs émotions.
Sherlock, toujours au-dessus de John, se recala de manière à poser sa tête sur le torse du blond, l'oreille collée contre son cœur. Il l'entendait battre, plus calmement, mais avec un pouls puissant. Le son était envoutant, et bientôt ses yeux se fermèrent contre son gré, et il glissa dans un sommeil profond, son corps détendu contre celui de John.
Celui-ci, conscient que pour une fois, le brun avait pu s'endormir facilement, se décala doucement vers l'une des extrémités du lit pour lui laisser de la place le faisant glisser sur le côté tout en le gardant dans ses bras, surveillant à chaque mouvement si le corps contre lui montrait des signes de réveil. Il ôta rapidement son préservatif et nettoya leurs abdomens avant de reprendre délicatement Sherlock contre lui. Le brun vint automatiquement caler le bout de son nez contre la base du cou de John, un bras enserrant sa taille.
John soupira de contentement. Sherlock était décidément plein de surprises. Il se remémora son cadeau lui qui pensait que le brun refuserait de fêter la Saint Valentin. Il ne s'était vraiment pas attendu à ça. Le porte-clés resté sur la table était la plus belle façon que Sherlock avait trouvé pour lui montrer ses sentiments. On pouvait la trouver froide et scientifique, mais au final, dès qu'on le connaissait un peu, on se rendait compte à quel point c'était intime.
Il laissa traîner ses lèvres quelques instants dans les boucles brunes, resserrant sa prise autour du corps frêle, avant de les couvrir tous les deux et de glisser lui aussi dans les bras de Morphée.
Le dessert attendra bien demain.
Les jours s'enchainaient et amenaient leurs lots de surprises, de joies et de moments de complicités entre les deux occupants du 221B.
John avait pu reprendre avec plaisir les entrainements et les matchs de rugby, et Anderson n'avait plus jamais fait la moindre réflexion envers Sherlock, qui prenait un malin plaisir à lui rendre la monnaie de sa pièce. Donovan, qui avait laissé tomber ses espoirs de séduire Greg et s'était rabattu sur le pauvre étudiant en médecine au nez à peine réparé, fulminait à chaque fois, mais un regard de l'un des deux amants suffisait à la dissuader de porter tout cela plus loin.
La fin de leur année scolaire arriva bien plus vite que ce à quoi John s'attendait.
Il ne sut pas comment il se retrouva à boire le thé dans le bureau de Mrs. Hudson en compagnie de Sherlock, Mycroft et Greg en ce dernier jour.
Il se sentit soudainement nostalgique. Maintenant que son année était terminée, qu'il avait été innocenté et qu'il ne risquait plus rien, devrait-il repartir à Glasgow ? Il n'avait vraiment pas les moyens de se payer une Université comme celle-ci.
Il était tellement reconnaissant envers ces quatre personnes qui l'avaient aidé, s'étaient mis en danger pour lui, l'avaient accepté malgré son passé et les problèmes qu'il avait amené avec lui.
Il se racla la gorge, coupant les diverses petites conversations qui s'étaient lancées.
« Hum, je voulais vous dire à tous, merci, merci de m'avoir tellement aidé cette année. Je ne pourrai jamais assez vous remercier, ni vous rendre la pareille. Bien que je ne l'espère pas pour vous hein ! » ajouta-t-il rapidement, gêné. « Vous comprenez ce que je voulais dire. »
Le silence s'était fait dans la salle, et tous l'observaient, perdus. Le regard de Sherlock était particulièrement pesant.
Il reprit alors :
« Je crois cependant qu'il est temps pour moi de rentrer à Glasgow. »
Ça y est, le regard de Sherlock n'est plus pesant, il est foudroyant. John n'osa même pas le regarder, de peur de voir la douleur qu'il ne peut que comprendre, son propre cœur en train de se fendre en deux à l'idée de partir.
« Qu'entendez-vous par là, mon garçon ? » demanda finalement Mrs. Hudson, brisant le silence bien trop lourd à supporter.
« Et bien, j'ai passé une année formidable ici, malgré tous mes déboires. J'y ai rencontré des gens fabuleux… »
Il osa enfin croiser le regard de Sherlock.
« Mais je n'ai pas les moyens de payer les deux années qu'il me reste pour mon doctorat dans cette Université. Cela me semble être la seule possibilité. »
Il baissa les yeux, honteux, se sentant misérable face aux quatre personnes qui le regardaient maintenant intensément. Sherlock ne dit rien. Ne bougea pas. Ne réagit pas.
Il commençait sérieusement à paniquer.
Sherlock… Je t'aime tellement… Si seulement je pouvais trouver le moyen de rester… Ne m'en veux pas s'il te plait, c'est déjà si dur…
Les larmes commençaient à affluer sous ses paupières quand Mycroft prit à son tour la parole.
« John. Je pense qu'il y a un malentendu. La totalité de tes frais de scolarité a été réglée. Tu ne dois rien à l'école.
- Comment ça ? coupa le blond, éberlué.
- Et bien, disons qu'un don anonyme a été fait à l'Université pour que tu puisses continuer. Il serait dommage de gâcher cet argent, n'est-ce pas ?
- Euh, oui, certes, mais…
- John, coupa Greg, je ne peux pas me permettre de perdre mon meilleur demi de mêlée. La compétition reprend dès la rentrée, je n'ai pas le temps de former un nouveau à ton poste. J'ai besoin de toi. Et j'en connais un qui ne dit rien, mais qui n'en pense pas moins. »
Le regard de Greg se déplaça vers le brun, et John suivit le mouvement.
Sherlock était recroquevillé sur lui-même, et semblait tellement blessé.
Merde.
John s'élança, agrippant le visage de son amant fermement de ses deux mains, l'empêchant de détourner le regard.
« Pardon, Sherlock, je te demande pardon. Je ne partirai pas, je te promets ! Je ne te laisse pas, je reste avec toi, pardonne moi s'il te plait, je pensais vraiment que... »
Le regard brillant de larmes de Sherlock le coupa dans son élan. John le prit dans ses bras, le serrant de toutes ses forces contre lui. Une main glissa dans les boucles brunes tandis que l'autre se referma sur un pan de la chemise de Sherlock.
Après quelques instants de silence total, il sentit deux bras se refermer timidement autour de sa taille, et se permit enfin de respirer de nouveau.
Il caressa doucement le dos du brun jusqu'à ce que celui-ci se dégage de ses bras.
Leurs yeux se rencontrèrent, et instinctivement, John l'embrassa. L'embrassa comme s'ils avaient été séparés pendant des mois. L'embrassa comme s'ils se retrouvaient enfin.
Il sentit les pouces de Sherlock caresser ses joues, et refusa de penser que c'était pour effacer les larmes qui s'étaient décidées à couler toutes seules.
« Bon, et bien, mes garçons, voilà que le problème est réglé ! Vous voulez des Scones ? » conclut Mrs. Hudson.
Le front collé à celui de son amant, John souriait radieusement.
Il vit les lèvres de Sherlock former les mots « Je t'aime » et ne put s'empêcher de le serrer de nouveau dans ses bras.
The end.
En espérant que notre voyage de Glasgow à Londres vous aura plu. N'hésitez pas à reviewer pour nous donner votre avis !
A très bientôt,
Nalou&Flo'w
