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2. Télépathes
« Shiranui était hyper chiant aujourd'hui, nan ? » grogna Kiba.
« Je l'ai trouvé normal, moi, » répondit Lee en s'asseyant près de lui à la table de la bibliothèque avec un sourire.
« Est-ce que c'est parce que t'es un Commun, toi aussi ? »
« Haha. »
« Est-ce que tu pourrais arrêter de plaisanter sur ce qu'il s'est passé la semaine dernière ? Sasuke aurait pu blesser quelqu'un. »
« Tenten, t'es pas drôle, » se plaignit le jeune homme alors qu'Akamaru soutenait son maître en gémissant doucement.
« Allez, Naruto. Ne déprime pas, hein ? Je suis sûr qu'ils prennent soin de lui. »
« Ouais, » acquiesça Kiba avec un sourire pour leur ami d'ordinaire si enthousiaste, « et tu as lu le journal, non ? Les derniers Uchiha essayent déjà de le faire sortir. Il va rentrer en un rien de temps. Il était pas dans son état normal, c'est pas de sa faute. Pas vrai, Ino ? Ton vieux va pas le garder éternellement, hein ? Eh ? Ino ? »
« Euh, oui, oui. Bien sûr, » répondit la jeune femme doucement, l'esprit ailleurs, ses yeux se baissant sur ses mains.
Autant le dire, cette attitude n'était guère rassurante.
« Tu pourrais lui demander ? Appelle-le, tiens, utilise mon portable ! » Naruto lui jeta presque son téléphone dans sa hâte, ses yeux bleus ciel plein d'espoir. « Ah, non, attends, utilise pas le mien, je suis déjà en hors-forfait, utilise le tien plutôt ! Demande-lui comment il va, et où il est, et quand il va revenir, et si on peut aller le voir aussi ! Ton père, c'est le directeur de l'Agence, donc il pourrait faire ça, pas vrai ? Allez, appelle ! »
Ino resta figée, incapable de savoir comment réagir. Naruto était parfois comme un enfant, naïf, adorable, plein d'espoir et d'amour et de cette force étonnante née d'altruisme et de tant d'innocence qu'Ino sentait sa tête et son cœur et peut-être même son âme elle-même souffrir d'être près de lui.
Parce qu'elle n'était pas comme lui, et qu'elle se sentait cruellement indigne d'être l'amie d'une personne si incroyable.
« C'est… » Elle pouvait entendre ses pensées joyeuses à l'idée de voir son meilleur ami, à l'idée de l'aider, et elle eut du mal à trouver la force de détruire ses espérances. « Naruto, il travaille, en ce moment il n'a pas une minute, je ne peux pas le déranger comme ça. »
« Pourquoi pas ? » demanda t-il, gémissant presque. « Tu es sa fille ! Moi, j'appelle Iruka tout le temps et ça le dérange pas ! »
« Il est à la tête de l'Agence, je ne peux pas le distraire. »
« Mais – »
« Iruka enseigne dans les petites classes à l'Ecole aux feuilles. Ce n'est pas la même chose. »
Hinata, douce Hinata, qui voyait et comprenait bien plus de choses que ce que les gens songeaient.
Parfois, Ino pensait qu'elle comprenait beaucoup trop. Lorsqu'elle sentit les yeux blancs laiteux de la jeune fille sur elle, elle ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise, ce qui n'était pas vraiment une première pour elle, mais ce qui demeurait une des seules fois où elle ne réussit pas à le dissimuler complètement.
Akamaru gémit doucement, poussant sa main avec son museau tendrement mais attirant trop l'attention des autres sur elle. Elle lui caressa la tête et sourit.
« Kiba, je crois qu'il a faim. »
Le jeune homme leva vers elle un regard insulté, haussant un sourcil pour lui signifier que sa tentative de distraction avait été parfaitement inutile.
Elle rougit presque, mais réussit à apparaître aussi régale que d'ordinaire.
Près de Naruto, toujours trop silencieux, Hinata frottait doucement ses mains l'une contre l'autre.
« Tu sais, » lui dit-elle timidement, « on pourrait aller manger des ramen après les cours. »
A l'idée de sa nourriture préférée, le gourmand leva la tête vers elle et sourit.
« Oui. D'accord. »
Il sembla reprendre le dessus après cela, et Tenten et Ino échangèrent discrètement un regard amusé. Tout le monde dans leur petit groupe savait qu'Hinata aimait Naruto, et que leur ami ne serait pas opposé à l'idée d'une relation. Si seulement l'un d'eux voulait bien faire le premier pas.
Son mal de tête empira, et Ino grimaça discrètement. Les migraines arrivaient parfois, lorsqu'elle était stressée, fatiguée ou préoccupée, lorsqu'elle ne parvenait pas à se contrôler assez pour stabiliser sa télépathie. Alors chaque petite pensée aggravait la douleur. Ce n'était pas comme si elle pouvait couper le son, les gens ne pouvaient pas arrêter de penser.
Heureusement, lorsqu'ils étaient concentrés sur une conversation ou lorsqu'ils étudiaient, leurs pensées étaient plus silencieuses, et elle pouvait presque les ignorer. Les mots se trouvaient incompréhensibles, juste des bruits à la surface de son esprit qu'elle était incapable d'oublier.
« Alors, Tenten, tu vas pouvoir m'aider avec le devoir de sciences ? » demanda Kiba à la petite brune près de lui, à la plus grande surprise d'Ino. « Ça fait que deux semaines depuis la rentrée et ils nous tuent déjà par devoirs interposés. »
Ino savait très bien qu'il n'avait pas de grosses difficultés en SVT, puisqu'elle était son binôme dans ce cours. Mais Tenten sourit, se rapprocha de lui à la table et commença à lui expliquer certaines notions du cours d'une voix basse, ce qui provoqua un sourire adorable chez le garçon.
Ah. Ino avait bien sûr entendu certaines choses çà et là, mais elle ne pouvait pas dire qu'elle l'avait vu arriver, celle-là. Après tout, les ados (et aussi les adultes d'ailleurs), avaient ce type de pensées constamment. L'affection, l'amour, la colère, le dégoût, le désir, l'envie, le sexe, ils traversaient l'esprit de tout le monde chaque jour (voire chaque heure dans certains cas). Bien normal lorsque des humains interagissaient avec d'autres êtres humains. Ino avait dû s'y faire dès son plus jeune âge.
Elle sourit, puis essaya de concentrer son attention sur ses maths une nouvelle fois, ignorant les deux presque couples autour d'elle. Mais son regard trouva naturellement le fond de la salle, et elle se figea.
Être télépathe voulait également dire détecter toute personne alentour incapable de protéger son esprit.
Mais elle ne l'avait pas sentie, elle. Elle ne la sentait jamais.
Elle était seule, bien sûr, assise à une petite table près des sciences naturelles, pleinement concentrée sur les livres ouverts devant elle, complètement sourde et aveugle à ce qu'il se passait dans la bibliothèque.
Sakura Haruno était… un mystère. Adorable, brillante, toujours sur la défensive, solitaire.
Fascinante.
« La Terre à Ino ! »
« Quoi ? » demanda t-elle en se tournant vers Kiba, ennuyée.
« Ne mors pas, princesse ! Elle t'intrigue vraiment, hein ? »
« Pardon ? »
« Sakura. Tu la regardais. Encore, » ajouta Naruto d'une voix absente, travaillant toujours à son devoir avec l'aide d'Hinata (la seule raison pour laquelle il n'avait pas déjà abandonné).
« C'est faux. »
« C'est vrai, » insista Kiba. « Comme tu le fais dès qu'elle est dans le coin. Tu ressembles à une petite fille dans un bac à sable qui se dandine en essayant de trouver le courage d'aller parler à une autre petite fille pour qu'elle devienne son amie. »
Tenten gloussa, amusée.
« C'est tout à fait ça ! »
« C'est n'importe quoi ! »
« Allez, pourquoi tu ne vas jamais la voir ? Tu es amie avec presque tout le monde – au moins avec ceux qui ne te détestent pas. »
« Tsss. »
« C'est vrai, » soutint une nouvelle fois Tenten. « Elle est bizarre et vraiment introvertie, mais elle a l'air cool. En tout cas, elle l'était quand j'ai travaillé sur ce truc en Histoire avec elle l'année dernière. On pourrait l'inviter à aller au ciné avec nous ou quelque chose. »
Avec enthousiasme, Naruto hocha la tête et se redressa sur sa chaise.
« Je l'aime bien, » déclara t-il. « Autoritaire, c'est vrai, mais elle est drôle quand elle est autoritaire, et elle est silencieuse le reste du temps. Et timide aussi. Elle n'arrêtait pas de rougir quand on essayait de lui parler, vous savez, quand Sasuke, Sakura et moi avons eu Kakashi comme tuteur lorsqu'on est arrivé à l'Académie. »
« Alors, Ino, va lui parler ! »
« C'est pas aussi simple, » répliqua Ino en essayant de contrôler son ton.
« Pourquoi ? »
Elle était différente.
Mais Ino garda cette réponse pour elle, ses amis ne comprendraient pas. Ils ignoraient l'étendue de son don psychique, ne savaient pas ce qu'il s'était passé dix années plus tôt. Bien sûr, Ino savait que rien ne s'était vraiment passé. Et ce qu'il s'était effectivement passé n'était pas important. Vraiment, ce n'était pas si différent de tout ce qu'elle avait vécu des centaines de fois avec ses amis. Ino ne pouvait comprendre pourquoi elle continuait d'y penser, même à présent, des années plus tard.
Peut-être parce que ça avait été la seule et unique fois qu'elle avait brisé une promesse.
« Je dois y aller. A plus tard. »
Elle se leva rapidement, attirant l'attention sur elle.
« Pourquoi ? » demanda doucement Hinata. « Ils te taquinaient, c'est tout, tu sais. »
« Oh, c'est pas ça. J'ai promis un truc à un petit. Je vous verrai au prochain cours. »
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Sakura n'était pas inquiète.
Vraiment.
Ino Yamanaka ne semblait pas être du genre à aimer bavarder sur le compte des autres. Enfin, pas sur des trucs comme ça, pas à l'Académie.
Ce n'était pas un cas de vie ou de mort. Elle n'était pas la seule personne dotée de pouvoir surnaturel. Ils étaient une minorité, mais ça restait commun. L'Académie se composait d'une petite part de Spéciaux, et pour la plupart, ils s'intégraient très bien. Les héritiers des Anciens Clans restaient une exception. Les autres familles, plus anonymes et aux dons mineurs, étaient bien moins connues et presque invisibles dans la masse des Communs. Sakura pourrait être considérée comme l'une d'entre eux.
Mais elle ne serait pas si nerveuse à l'idée que Yamanaka l'avait vue utiliser son don si les choses n'étaient pas aussi étranges à Konoha.
Il se faisait tard. Comme toujours lorsqu'elle n'avait pas cours, Sakura était restée dans la bibliothèque municipale toute la journée. Ce n'était pas comme si elle avait des choses plus importantes à faire que lire et étudier, après tout, ou si elle était attendue quelque part. Elle avait souvent pensé à l'idée de se trouver un emploi à temps partiel, l'âge légal pour cela était de dix-sept ans à Konoha, mais elle ne serait considérée comme une adulte qu'à dix-huit ans. Cela voulait dire que même si elle parvenait à se trouver un job, elle aurait besoin que sa mère signe une autorisation légale et ça, c'était absolument hors de question.
Non, elle allait simplement devoir attendre d'être majeure et libre.
Elle attrapa le dernier bus, et ne perdit pas de temps une fois arrivée dans son quartier pour rentrer dans son immeuble. Les groupes de voyous et criminels qui peuplaient ce coin de la ville n'ennuyaient généralement pas les habitants, mais si jamais l'un d'entre eux était trop saoul ou stone ou excité, tout pouvait arriver.
Prenant doucement une inspiration, Sakura poussa la porte de l'appartement. La pièce principale (la seule vraie pièce) était emplie de vieilles et inutiles affaires que sa mère gardait en souvenir du passé. Elles n'avaient que peu de meubles, et ils étaient tous enterrés sous une couche dégoûtante de vieilleries en tous genres. Le coin cuisine n'était que très rarement utilisé à présent. Un vieux sofa était supposé être le lit de sa mère, mais il était en réalité bien plus souvent celui de Sakura.
Reika Haruno ne salua pas sa fille. Elle n'était pas dans la pièce, mais dans la supposée chambre qui était en réalité juste assez grande pour accueillir un lit simple (ou plutôt, dans leur cas, un matelas) et quelques affaires. Ce n'était guère plus qu'un placard. Et quand Sakura était chanceuse, c'était le sien. Le reste du temps, elle devait faire avec le sofa cassé, le bordel et cette odeur écoeurante qui semblait la suivre partout où elle allait. Puisqu'elle n'était jamais certaine de retrouver ses affaires lorsqu'elle rentrait à la fin de la journée, elle était obligée de les cacher chaque jour sous un bout de parquet cassé vers le coin au fond à droite du séjour, sous une pile de vieux albums et vêtements.
« Non, c'est comme je te le dis, » disait Reika doucement. Une fois de plus, elle discutait d'elle avec Sairi, sans aucun doute. Elles étaient toujours dans le placard. Ou la chambre, selon l'humeur de Sakura. « Elle est différente. Arrête ! Arrête d'essayer de la défendre ! »
Sakura comprit à peine les murmures suivants, mais elle n'avait pas besoin d'écouter à la porte pour savoir que tous étaient à son propos. Elle serra les dents et rassembla rapidement les affaires dont elle avait besoin.
« Oh, je t'en prie, » répondit sa mère. « Tu sais qu'elle est anormale ! On est même pas sûrs qu'elle est de notre sang ! Avec toi, il n'y a pas de doute, mais elle… »
Sakura ferma rapidement la porte de la petite salle de douche et se laissa glisser jusqu'au sol, contre le mur. Elle allait passer la nuit dans cette pièce, au moins pour éviter d'avoir à en entendre plus. Et ce n'était pas comme si sa mère et sa sœur avaient besoin d'elle de toutes façons.
Ce n'était pas comme si elle leur manquerait.
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« Maman ? »
« Oui ? »
« Vas-tu avoir besoin de mon aide à la boutique de fleurs après les cours ? »
« Non, mais je te remercie. C'est plutôt tranquille en ce moment, tu sais. »
« Oh, » répondit Ino, dissimulant sa déception. Elle ne passait plus beaucoup de temps avec sa mère, plus depuis son enfance. « Tu es sûre ? »
Kire sourit tendrement, ses yeux chocolat caressant le beau visage de sa fille. Physiquement, Ino n'avait hérité de quasiment aucun de ses gènes, excepté pour son sourire. Elle était l'héritière de son père avant toute autre chose. Et ça la blessait, Ino savait que ça la blessait terriblement, elle l'avait toujours su, car sa capacité à lire dans les pensées s'était éveillée très tôt dans sa vie, trop tôt. Ce n'était pas parce que les dons étaient héréditaires qu'ils étaient identiques pour chaque membre du clan, loin de là. Ils pouvaient varier grandement en puissance, le plus jeune oncle d'Ino était presque incapable d'utiliser le sien, ou les détenteurs pouvaient développer des spécialités, comme le père d'Ino, maître dans l'art de sonder d'autres esprits pour y trouver des informations, dans leurs souvenirs ou leur conscience, ou comme son oncle le plus âgé, Irake, qui pouvait utiliser sa télépathie pour créer des sortes de vagues psychiques qui s'apparentaient fortement à de la télékinésie.
Personne dans le clan Yamanaka actuel pouvait entendre et lire les pensées comme le pouvait Ino, et ses deux oncles, son père et son grand-père n'avaient pas développé autant d'aspects de leur télépathie aussi vite qu'elle.
Même si Kire savait comment protéger son esprit pour que sa fille n'entende pas toute pensée pouvant le traverser, Ino demeurait incapable de ne pas percevoir certaines choses. Le fait que sa mère était triste n'était pas un secret pour elle, ça ne l'avait jamais été. Kire était un membre du clan Yamanaka par mariage, comme la grand-mère d'Ino l'était. Mais Hiza était une Commune, pas Kire.
Elle venait d'une des quatre autres villes où des Spéciaux vivaient encore. Sa famille formait un clan mineur, petit, Kire étant l'une de leurs trois seuls descendants. Ino savait que sa mère, elle aussi, avait été élevée dans la tradition ancienne (et plutôt ringarde) des vieux clans, dans l'honneur et le devoir. Protéger leur lignée, leurs secrets et chérir leur héritage et leur histoire étaient leurs premières règles. Peut-être était-ce en raison de leur enfance et de leurs convictions communes qu'Inoichi et Kire étaient tombés amoureux si vite. Parce qu'ils se ressemblaient. Forts, honorables, beaux.
Mais en tant qu'héritière d'un petit clan, Kire avait naturellement songé à son héritage lorsqu'elle s'était retrouvée enceinte. Avec ses yeux si caractéristiques, il avait été évident dès sa naissance qu'Ino allait devenir télépathe. Et pendant quelques années, c'était tout ce qu'elle avait été, provoquant le désarroi silencieux de Kire. Et la terreur qui ne l'avait plus jamais quittée.
Ino avait finalement commencé à montrer des signes de son contrôle sur les végétaux autour de ses dix ans, alors que tout espoir avait semblé perdu. Elle avait été si fière de montrer son pouvoir à sa mère, si excitée à cette idée. Kire avait pleuré de joie et de fierté, et lui avait appris à contrôler son second don. Ino n'aurait jamais son niveau, mais elle était son héritière à elle aussi, et ça signifiait beaucoup.
Mais ce n'était pas suffisant, et Ino le savait. Elle n'avait jamais douté et ne douterait jamais de l'amour que sa mère avait pour elle, elle savait qu'elle était la personne la plus importante dans le cœur et la vie de Kire, elle savait que sa mère mourrait pour elle et donnerait tout pour la savoir heureuse, mais elle savait aussi que tout n'était pas aussi simple, pas dans leur famille, jamais dans le clan Yamanaka.
Sa mère ne pouvait pas poser les yeux sur elle et ignorer leur avenir.
« Tu devrais manger, » conseilla Kire en jetant un œil au petit-déjeuner d'Ino, presque intact. « Tu es encore malade ? »
« Non, ça va mieux. »
« Tu es sûre ? »
« Oui, » sourit Ino pour la rassurer. « Où est papa ? »
« Il n'est pas rentré la nuit dernière, » répondit sa mère doucement. « Son travail, tu sais comment c'est. »
« Avec Sasuke ? »
« Tu sais qu'il ne m'en parle pas. Mais je suis certaine que ton ami va bien. »
« Seulement, il ne va pas bien, » murmura Ino.
Sa mère ne tenta pas de la rassurer, ne la contredit pas. Ce n'était pas ainsi que les choses se passaient sous leur toit, où tellement de non-dits flottaient sans cesse.
Ino se leva de table et attrapa son sac en silence, son petit-déjeuner à peine touché. Il était trop tôt pour partir, mais elle s'en moquait, et sa mère ne lui fit aucune remarque quant à ce départ abrupt.
« Ino… »
« Oui ? »
Le silence était oppressif, parce qu'il n'était pas vraiment silence, pas pour Ino. Elle se tendit, entre espoir et lassitude, et tourna légèrement la tête vers l'endroit où Kire était toujours assise, dos à elle.
Passe une bonne journée.
Ino hocha la tête, sachant que sa mère ne pouvait la voir, sachant que ces mots étaient vides et très loin de ce que sa mère aurait peut-être aimé lui dire, et elle quitta le manoir, ses lunettes noires sur le nez. Elle comptait aller à pieds à l'Académie malgré le froid, et elle ne désirait en rien voir les regards que lui lanceraient les gens qu'elle croiseraient s'ils voyaient et reconnaissaient ses yeux.
Ses maux de tête revinrent tout à coup, mais elle lutta pour les ignorer pour le moment.
Elle avait d'autres choses sur lesquelles se concentrer.
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Il était étrange, songeait Sakura, que dans une société comme la leur, quelques personnes se retrouvaient placées sur un piédestal et surnommées légendaires, que l'on enseignait aux enfants leurs vies et leurs exploits, que l'on entretenait toutes ces fables.
A Konoha, ils apprenaient que Su Suei était un Commun à l'origine du remède contre la terrible maladie de la Mort Noire. Qu'un autre, Dani Jiramana, avait été le premier enseignant à promouvoir une classe où Communs et Spéciaux pourraient apprendre ensemble et jouer ensemble. Ils apprenaient que Hiro Kana avait été un homme de paix qui avait invité les autres Communs à accepter les derniers héritiers des ninjas qui peuplaient leurs histoires. Il fut même l'un des cinq Fondateurs de la Nouvelle Konoha et de l'Académie.
On leur enseignait également comment, vingt-sept ans plus tôt, l'arrière-petite-fille d'un des Fondateurs, Tsunade, son ami Jiraiya, un Premier, et Orochimaru, leur camarade, avaient participé à une bataille si violente et extraordinaire que les gens avaient commencé à murmurer que le retour des ninjas se préparaient. En réalité, comme leur professeur le leur rappelait, Orochimaru avait été un psychopathe qui avait utilisé son génie et son incroyable pouvoir sur les reptiles pour conduire d'horribles expériences sur des humains. Apparemment, il avait cherché à obtenir plus de capacités. Personne ne savait vraiment combien de personnes il avait tuées ou détruites, mais l'Histoire en retenait au moins cinquante.
Tsunade et Jiraiya étaient tous les deux puissants, mais aussi altruistes et dévoués au peuple de Konoha et à la paix. Lorsqu'ils avaient commencé à suspecter les véritables activités d'Orochimaru, ils l'avaient suivi, une bataille avait éclaté à l'extérieur de Konoha, et Orochimaru avait trouvé la mort après des heures de combat.
Les Trois avaient eu une chose en commun. Leurs pouvoirs leur avaient permis d'invoquer des créatures géantes, un crapaud pour Jiraiya, une limace pour Tsunade et un serpent pour Orochimaru.
Après la bataille qui avait laissée de profondes cicatrices dans le paysage autour de la ville, le pouvoir immense que détenaient la dernière héritière des Senju et le Premier avait commencé à être craint par tous. Ils avaient tous deux été des héros avant la défaite d'Orochimaru. Tsunade avait été le meilleur médecin que Konoha avait jamais connu, en partie parce qu'elle pouvait créer des sceaux médicaux pour aider ses patients, en partie parce qu'elle était un véritable génie dans son domaine. Quant à Jiraiya, il avait été l'unique Premier à être aussi populaire, adoré de tous, et il avait été le premier à utiliser ses pouvoirs librement pour aider les gens et Konoha, aidant grandement les Communs à accepter les Spéciaux.
Après la mort d'Orochimaru et en raison du mélange d'adoration et de méfiance que les gens avaient montré à leur égard, Tsunade et Jiraiya avaient quitté la ville. Personne ne savait exactement où ils vivaient à présent, mais leur légende avait parcouru le monde entier.
Sakura songeait que si elle avait été à leur place, elle aurait fait la même chose et se serait trouvé un coin sympa bien loin de tous ces gens cinglés. Pourtant, elle ne pouvait empêcher cette excitation enfantine à l'entente de cette histoire qu'elle connaissait pourtant par cœur. Elle se demanda comment ce combat s'était vraiment déroulé, et pourquoi personne n'avait arrêté Orochimaru avait qu'il ne fasse autant de mal et que ses amis aient à le tuer.
Les gens étaient stupides et aveugles, résonna t-elle. Heureusement pour eux, Tsunade et Jiraiya avaient été aussi puissants que le psychopathe.
Enfin, la fin du cours arriva et Sakura quitta la salle lentement. Elle devait trouver quelque chose à manger, elle tremblait. Ignorant la foule d'étudiants autour d'elle, elle rejoignit l'aile ouest, destinée aux plus jeunes. Elle savait que les cuisines seraient déjà ouvertes puisque les petits chanceux avaient droit à un goûter à dix heures, et Sakura connaissait l'emplacement de la porte de derrière.
Elle frappa doucement et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'une vieille femme joviale apparut pour la saluer.
« Sakura ! Ça fait un moment ! J'ai pensé que tu ne viendrais plus me voir ! »
« Désolée, Madame Yonto. J'ai été occupée. »
« Tu es en dernière année, c'est normal. Comment vas-tu ? »
« Je vais bien, » répondit-elle rapidement, maladroite.
La cantinière n'était pas aveugle ni stupide, mais elle ne dit rien, comme souvent. Elle disparut un instant derrière la porte, puis revint avec un sac plein. Sakura fronça les sourcils, ce n'était pas la pomme et le chocolat qu'elle était venue chercher.
Elle accepta le sac prudemment, jeta un œil à l'intérieur et secoua la tête.
« Je ne peux pas – »
« N'importe quoi, » contredit Yonto d'un ton dur. « Prends-le, ça ne manquera pas. »
Sakura hésita, hésitant cruellement entre sa fierté, sa faim et sa logique. Mais Madame Yonto avait toujours été gentille avec elle depuis qu'elle était entrée à l'Académie, lui donnant deux fois sa part lors des goûters lorsqu'elle avait été plus jeune, alors elle serra le sac contre elle et s'inclina poliment.
« Merci, » souffla t-elle doucement, les joues en feu.
La vieille dame sourit brillamment.
« Ah, ce n'est rien. Vraiment ! Tu sais, il y a peu d'internes ces dernières années, alors on a toujours un peu trop en stock. Et puis tu as toujours été ma préférée. Maintenant file, ou tu seras en retard en cours. Et garde la première place ! »
« Promis ! » lança Sakura en s'en allant, le cœur plus léger.
Si quelqu'un pouvait lui faire réviser son avis sur ses congénères, ce serait cette personne.
Elle marcha jusqu'au bout du bâtiment tout en mettant les cinq barres chocolatées, les deux pommes, les paquets de biscuits et les cookies dans son sac. Elle prit l'un des sucres dans la boite au fond du sac et le mit dans sa bouche, se forçant à attendre un peu pour manger plus.
Le couloir était bondé d'élèves de tous âges. Sakura garda la tête baissée et avança vers l'escalier nord. Par là, il y avait déjà moins de gens, mais ce fut à ce moment qu'elle entendit une voix claire, presque cristalline.
« Hey ! Hey, attends ! »
D'abord, Sakura ne comprit pas qu'on s'adressait à elle, mais ses instincts lui hurlèrent très vite des avertissements. Alors elle tourna la tête, méfiante, et ses yeux verts s'écarquillèrent d'horreur lorsqu'elle vit le garçon s'avancer vers elle, un grand sourire aux lèvres.
C'était le gamin qu'elle avait aidé dans l'allée, deux semaines auparavant. Bien sûr, il allait à l'école ici ! Et ses béquilles ne l'empêchaient pas de crapahuter !
« Salut ! J'arrive pas à croire que t'es là ! Je voulais te dire merci. »
Sakura n'était que trop consciente des quelques paires d'yeux curieux qui s'étaient tournées vers eux.
« Je ne vois pas de quoi tu parles, » répliqua t-elle rapidement, mais elle ne réussit pas à lui échapper.
« Tu étais dans la rue, tu m'as aidé ! »
« Tu me confonds apparemment avec quelqu'un d'autre. »
« Non ! » rétorqua t-il, indigné.
La ferme !
Mais Sakura ne pouvait pas s'énerver face à lui, pas sans attirer encore plus l'attention.
« Tu m'as aidé ! C'était trop cool ! »
Oh, non. Elle commença à paniquer. Elle ne savait pas pourquoi elle paniquait, ce n'était pas si grave si le gamin criait à tous qu'il l'avait vue utiliser son don et l'identifiait comme une Première officiellement. Et pourtant, pour une raison étrange que son instinct lui soufflait, c'était très, très grave. Il fallait qu'elle reste le plus discrète possible en ce moment.
« Je veux dire, tu sais, que tu as pris la benne et que- »
Sakura était prête à l'arrêter, le gifler, n'importe quoi pour le faire taire, ce qui n'aurait fait qu'aggraver son cas, vraiment, mais soudain il cessa de parler, simplement, comme ça, d'un coup. Ses yeux marrons et vides n'étaient plus fixés sur rien, et Sakura fronça les sourcils, perdue.
« Euh… eh ? »
Le garçon cligna des yeux.
« Quoi ? » demanda t-il, soudain très calme et posé.
« Ça va ? »
« Ouais, » répondit-il en l'observant étrangement, comme s'il n'avait pas été sur le point d'informer tout le couloir qu'elle avait bel et bien des pouvoirs. « Je voulais juste te remercier d'avoir appelé les secours et d'être restée un peu avec moi. »
« De… de rien. »
Complètement abasourdie, Sakura l'observa partir alors que les élèves vidaient petit à petit les couloirs pour les salles de classe. Mais alors qu'elle allait faire de même, ses yeux rencontrèrent un regard bleu sombre sans pupille. Figée au bout du couloir, pâle et tremblante, Ino Yamanaka fit demi-tour soudainement pour se diriger vers la sortie du bâtiment.
« Qu'est-ce que… ? »
Perdue dans ses pensées, Sakura alla s'installer à sa place, dans sa salle de classe, et remarqua quelques minutes plus tard que Yamanaka restait absente, ses amis inquiets ne cessant de jeter des coups d'œil à sa chaise vide.
Ce ne fut que lorsqu'elle se souvint de la peur dans les yeux de la jeune fille que Sakura comprit exactement comment et pourquoi le garçon s'était tu d'un seul coup avant d'apparemment oublier ce qu'elle avait réellement fait dans cette ruelle.
Mais elle restait incapable de comprendre pourquoi Ino Yamanaka ferait une chose pareille.
Tout ce qu'elle savait, c'était que si l'autre fille avait vraiment fait quelque chose à l'esprit du gamin pour qu'il oublie, elle avait brisé les Lois de la pire manière qui soit et sa vie telle qu'elle la connaissait pouvait bien se terminer ce jour-là.
Et la seule qui avait été témoin de ça était Sakura, et elle était peut-être la raison pour laquelle Yamanaka avait pris un tel risque. Bien sûr, elle s'était protégée elle-même également, puisque si le gamin avait parlé, tout le monde aurait su qu'Ino avait menti aux secouristes et lui avait demandé de se taire. Mais ce n'était absolument rien comparé à ce qu'elle venait de faire, et Sakura ne comprenait absolument pas son choix. Mais avait-ce été un choix ? Peut-être que Yamanaka était simplement incapable de contrôler son don, après tout.
Ino ne se montra pas pour le reste de la journée de cours, au plus grand soulagement de Sakura.
Elle décida d'oublier tout ça pour le moment.
Les choses n'étaient jamais simples, n'est-ce pas ?
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Le dîner fut silencieux chez les Yamanaka cette nuit-là.
Kire semblait fatiguée. Même si elle avait dit ne pas avoir besoin d'Ino à la boutique et à la serre, la jeune fille savait que même avec trois employés elle avait assez de clients pour être surmenée à cette période de l'année.
Inoichi était rentré, lui aussi. Mais il était pâle, un signe qui ne trompait guère sur son manque de sommeil, et parlait peu. Un fait courant ces dernières années, et plus encore ces derniers mois lorsqu'il rentrait de l'Agence. Ino n'avait pas besoin de savoir tout ce qu'elle savait pour voir que quelque chose de pas net se passait à Konoha. C'était inscrit dans l'attitude de son père.
« Alors, tout va bien pour toi ? » demanda t-il soudainement à sa fille.
Ino hocha la tête.
« Oui. »
« Tu es silencieuse. »
« Nos profs nous donnent une tonne de devoirs. »
« Je vois. »
Son regard était perçant. Mais Ino avait foi en ses capacités psychiques. Même s'il décidait d'entrer dans son esprit et d'y fouiller, il ne trouverait que ce qu'elle le laisserait trouver. Et ce qu'elle craignait qu'il trouve se trouvait enfermé dans une petite boite imaginaire si cachée et gardée au fond d'elle que même son père ne pourrait sentir sa présence. Les souvenirs de ce qu'il s'était passé avec Sakura et le garçon se trouvaient à l'intérieur, avec ce qui était arrivé dix années plus tôt.
La pensée de ces secrets serra son estomac cette nuit-là, alors qu'elle était allongée dans son lit. Deux fois, et les deux à cause de Sakura Haruno. (Pour Sakura Haruno ?)
Elle n'avait pas voulu faire ça. Ça avait été une réaction, instinctive, trop rapide pour qu'elle la stoppe. Elle était arrivée dans le couloir juste à temps pour entendre le garçon et avait su que le laisser continuer serait dangereux, alors elle avait réagi. Elle ignorait même comment faire exactement pour changer les souvenirs d'autrui, mais son instinct avait pris le dessus, et elle avait réussi. Elle ne pouvait qu'espérer l'avoir fait correctement et n'avoir rien changé de plus.
La réalisation qu'elle pouvait altérer des choses aussi précieuses que des souvenirs la terrifiait. Il y avait des tas d'aspects différents à la télépathie, mais en général un télépathe ne pouvait en contrôler qu'un ou deux parfaitement, pouvait en utiliser quelques autres de manière très approximative, et ne pouvait même pas commencer à comprendre tous ceux qui restaient. Elle savait cela parce qu'elle en avait développé un aspect aussi tôt qu'il était possible d'en développer et avait été entraînée dans d'autres une fois que son habilité naturelle avait été découverte lorsqu'elle avait été toute jeune. Elle savait aussi qu'elle était très douée pour sonder les esprits, mais qu'elle restait loin du niveau de son père dans ce domaine. A présent, il semblait qu'elle était aussi capable de manipuler les souvenirs.
Ino comprenait très bien que ce n'était en rien une bonne nouvelle pour elle, et pour son futur. Elle avait vu ce que la télépathie pouvait faire, et le fait qu'elle était une sorte de prodige ne pouvait signifier qu'une chose pour elle, et ce n'était pas joyeux.
A son avis, le chanceux était son oncle Idaiki, le cadet de son père. Même si lui voyait son faible don comme une malédiction et une honte, Ino était persuadée qu'il était le seul d'entre eux né sous une bonne étoile.
Quelle charmante famille nous formons. Et je suis supposée être parfaite.
Les filles parfaites ne brisaient pas les Lois, les filles parfaites ne passaient pas leurs journées à mentir, les filles parfaites ne faisaient pas l'école buissonnière.
Ino ferma les yeux, essaya de contrôler ses pensées et les quelques-unes qu'elle percevait des gens alentour, et pria pour que le sommeil vienne l'emporter. Mais ce n'était pas si aisé.
Je ne suis pas une criminelle.
Je ne le suis pas.
O
« Alors… »
« Alors quoi ? » demanda Ino, une semaine plus tard.
« J'ai entendu dire que Choji avait une petite-amie. C'est vrai ? » interrogea Tenten avec un sourire durant leur déjeuner.
« Oui. Elle est sympa, drôle, mignonne aussi. On s'est rencontrées le week-end dernier. »
« Tu l'as forcé à te la présenter, tu veux dire, hein ? »
Ino sourit. Ses amis étaient étranges, mais ils étaient le meilleur remède du monde lorsqu'il s'agissait pour elle d'oublier sa vie.
« Peut-être. »
« En parlant de ça, t'as des nouvelles de Daiki ? » demanda Kiba, la bouche pleine.
« Non. Heureusement. Peut-être qu'il s'est trouvé une nouvelle petite-amie. L'École aux feuilles est presque aussi grande que l'Académie, donc il doit rencontrer des tas de filles. »
« Ah, mais elles ne sont pas Ino Yamanaka. »
La jeune femme leva les yeux au ciel face à Lee. Daiki avait été son petit-ami l'année précédente, pendant un court moment. Il était gentil, séduisant, drôle aussi. Mais ça n'avait pas été au-delà de quelques sorties. Ce n'était pas qu'elle ne s'était pas amusée, mais c'était compliqué, et pas seulement parce qu'elle avait pu entendre la moindre de ses pensées. Elle en avait l'habitude, et il avait été un vrai gentleman malgré ses désirs.
Peut-être qu'elle ne pouvait simplement pas être elle-même avec les gens qui ne connaissaient pas quelques vérités à son sujet, c'était déjà assez complexe d'être son ami. Les seuls qui connaissaient la vérité quant aux capacités de son clan étaient Shikamaru et Choji, mais ils étaient plus ou moins frères et sœur à présent. En tout cas, elle aimait les voir ainsi.
« Et au sujet de Dina ? » interrogea Tenten, d'un ton faussement léger.
Kiba se renfrogna à la mention de son ex. Elle l'avait laissé tomber six mois auparavant, et ça avait été un coup dur pour le jeune homme. Ino n'était pas sûre de la raison derrière la rupture, et elle n'avait pas cherché à savoir (d'une façon ou d'une autre).
« Je ne veux pas penser à elle, merci. »
Heureusement pour lui, Dina fréquentait le Collège du rocher, qui se trouvait de l'autre côté de la ville. C'était aussi l'école la plus petite de Konoha, puisqu'elle n'accueillait traditionnellement que des Spéciaux et qu'ils n'étaient qu'une petite minorité de la population. Les enseignants par contre y étaient mixtes.
« J'ai entendu dire que Sasuke va rentrer chez lui bientôt, » informa Naruto, ses yeux sur Ino.
« Vraiment ? » demanda Kiba. « Qui te l'a dit ? »
Hinata rougit.
« Neji me l'a dit, » confia t-elle. « Je crois qu'un des clients de sa mère est proche d'un agent. Père était furieux. »
« Je pensais que Neji était le protégé de ton père maintenant ? »
« C'est le cas. »
« Je ne savais pas pour Sasuke, » remarqua Ino, tout en sentant toujours le regard de Naruto sur elle. « J'ai à peine vu mon père ces derniers jours. »
Le blond sourit.
« Je suis certain que très bientôt il sera avec nous de nouveau ! »
L'enthousiasme du jeune homme n'avait pas de limite, vraiment. Être près de lui chaque jour poussait à entretenir espoirs et rêves en vie, c'était en partie ce qui faisait de Naruto quelqu'un de si spécial.
Les garçons décidèrent de sortir un peu avant leur prochain cours, ce qui laissa aux filles tout le temps qu'il leur fallait pour discuter d'eux.
« Alors, tu lui as parlé ? » demanda Hinata à Tenten d'une voix basse.
« Non, mais lui l'a fait. »
« Quoi ? » Ino se pencha vers elle avidement. « Kiba t'a parlé ? Comment ça ? »
« On va faire un mini golf ce week-end. Enfin, avec Akamaru, bien sûr. »
« Bien sûr, » s'amusa Ino. « Mais Akamaru t'adore, tu l'as déjà de ton côté. »
« Il t'adore aussi, » remarqua Tenten en haussant un sourcil.
« C'est différent. Je suis proche d'Akamaru parce que j'ai eu l'occasion de passer du temps avec lui, pas avec Kiba. Non pas que je n'aime pas Kiba, bien sûr. Mais raconte, qu'est-ce que tu vas mettre pour ce rendez-vous ? »
Les yeux de Tenten témoignèrent de son inquiétude. Elle savait très bien comment était Ino lorsqu'il s'agissait de fringues, et elle détestait faire les magasins. Bien heureusement, Hinata la sauva de sa manière douce habituelle.
« Je suis heureuse pour vous deux. »
« Et Naruto ? »
Tenten fut désolée de voir Hinata rougir à ce point.
« Tu devrais lui demander de sortir avec toi. »
« Qu… quoi ? Ino, je ne peux pas… faire ça. »
Ino lui sourit gentiment et prit une de ses mains dans la sienne.
« Naruto est un idiot, un gentil idiot, mais un idiot tout de même. Surtout lorsqu'il s'agit de filles. Il ne fera jamais le premier pas. Il faut que tu le fasses, Hinata. »
« Je ne peux pas ! »
La jeune fille avait l'air terrorisée à cette simple idée. Ino croisa les bras et sourit.
« Sois courageuse, c'est juste une question. Demande-lui s'il veut aller manger quelque part avec toi une nouvelle fois, mais sois plus explicite dans tes intentions. »
« Ouais, il ne pourra jamais refuser de la nourriture. »
O
« Père ? Quelque chose est arrivée ? »
Inoichi posa le regard sur sa fille, qui avait été occupée à regarder la télé dans leur salon, Shikamaru et Choji près d'elle sur le grand canapé en cuir.
Ces deux-là ressemblaient tellement à leurs pères, autant qu'Ino lui ressemblait. Ça lui serrait le cœur, et lui rappelait que Choza, Shikaku et lui n'étaient plus aussi proches qu'ils l'avaient été par le passé. Ils ne se voyaient que rarement malgré l'amitié que partageaient leurs enfants.
La vie était ironique.
« Père ? »
« Sasuke Uchiha est libre. Son père est venu le chercher cet après-midi. »
« Il va bien ? »
« Je veux que vous restiez loin de lui, tous les trois. »
« Pourquoi ? » demanda Shikamaru. « Est-il coupable de quelque chose ? »
« Ne vous approchez pas de ce garçon, » ordonna Inoichi une nouvelle fois en les fixant tous les trois tour à tour.
Puis il quitta la pièce.
O
« Ton père est effrayant, » lui fit remarquer Choji en fourrant deux chips dans sa bouche.
Ino ne put le contredire. Elle n'était pas tout à fait à l'aise lorsqu'il était dans le manoir dans cet état d'esprit.
« Je me demande ce qu'il s'est passé avec Uchiha… »
Gardant le silence, Ino haussa les épaules, mais elle avait déjà quelques idées. Si Sasuke avait été libéré, c'était parce qu'ils n'avaient rien contre lui à part ce qu'il s'était passé en classe, et étant donnés ses circonstances atténuantes et le fait qu'il n'avait blessé personne, ils avaient dû le laisser partir. Sans doute était-il sous haute surveillance des agents malgré cela.
Mais il y avait forcément quelque chose d'autre, quelque chose qu'Inoichi avait dû voir ou sentir dans l'esprit de Sasuke, quelque chose qui l'inquiétait. Ino savait que son père avait examiné le jeune homme pour déterminer ce qui l'avait poussé à autant changer, et sans doute dans l'espoir de trouver quelque indice quant au massacre des Uchiha.
« Excusez-moi. »
Elle se leva et rejoignit le bureau de son paternel, sentant sa présence à l'intérieur, et entra doucement.
« Qu'as-tu vu dans son esprit ? » demanda t-elle directement.
Inoichi ne se tourna pas vers elle, et continua de contempler leur jardin sous la pluie.
« Rien de clair. »
« Rien ? Mais Sasuke n'a pas de bouclier psychique aussi puissant. »
« Exactement. »
« Tu penses qu'il est devenu fou ? Ça expliquerait pourquoi il est si confus. »
« Je pense que son esprit n'a pas pu supporter ce qu'il s'est passé cette nuit-là, peu importe s'il a eu un rôle à jouer ou non. Quelque chose de terriblement sombre habite ce garçon, et je n'ai pu déterminer quoi. »
« Mais… mais t'empêcher, toi, de trouver la vérité dans son esprit demanderait un pouvoir incroyable. Je veux dire, je sais que les Uchiha sont puissants, mais… »
« Ino, je t'interdis de t'approcher de Sasuke Uchiha ou d'un autre membre de son clan. Et si tu aimes tes amis, tu veilleras à ce qu'ils restent loin d'eux également. »
Un frisson parcourut la colonne vertébrale de la jeune fille. Pour la première fois de sa vie, elle vit de l'incertitude au fond du regard de son père.
C'était bien assez pour la convaincre que quoi qu'il se passait à Konoha, c'était quelque chose qui dépassait ce qu'ils avaient pu imaginer, quelque chose de terrible.
« Il est temps que nous reprenions ton entraînement. »
Ino hocha la tête, et les yeux de son père sur elle étaient sans expression, durs et vides. Elle savait que leurs regards étaient étranges, mais elle espérait que le sien demeurerait plus humain que celui de son père encore un long moment. Cet espoir était tout ce qu'elle avait.
« Quand ? » demanda t-elle avec un peu de difficulté, sa gorge soudain sèche, l'appréhension serrant son estomac.
« Demain. »
O
