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3. Le cercle.

« Mmh ? »

Tsume Inuzuka cligna plusieurs fois des yeux pour tenter d'en chasser le sommeil. Ce qui l'avait arrachée à ses rêves n'était autre que Kuromaru, son chien, qui s'agitait près de son lit. L'animal grogna doucement, mais Tsume demeurait certaine qu'elle n'était pas attendue au poste de police avant le soir. Ces jours-ci, elle était de nuit, alors il était bien trop tôt pour un réveil.

Bon sang, il était bien trop tôt pour que quiconque soit réveillé. Elle était rentrée à peine une heure plus tôt et le soleil commençait à peine à se lever !

« Ca a intérêt à être important ! »

Elle attrapa sa robe chambre et l'enfila sur le chemin de la porte d'entrée. Son fils dormait sans doute à poings fermés dans sa chambre, le sale gosse. Avec humeur, elle grogna son mécontentement et se demanda quel était l'imbécile qui osait frapper à sa porte à une heure pareille. Après tout, son caractère terrible était célèbre dans toute la ville.

« Akamaru ? » s'étonna t-elle en voyant le chien blanc de Kiba attendre sa venue près de l'entrée, dans le salon.

Il savait apparemment qui était l'importun qui avait dérangé la quiétude de leur maison et se montrait même un peu inquiet, et très vite Kuromaru fut dans le même état.

Tsume alla ouvrir la porte et attendit que la jeune fille blonde veuille bien parler. Ino Yamanaka n'était pas du genre à garder la tête baissée pendant très longtemps, mais ce matin elle semblait étrangement fascinée par ses pieds alors qu'elle la saluait doucement et s'excusait pour cette visite trop matinale.

« Je me demandais si Akamaru pouvait m'accompagner pour une promenade ? »

Le ton doux et bas intrigua Tsume. Elle n'était pas du genre à respecter la faiblesse, mais elle savait pertinemment que cette attitude n'était pas dans les habitudes de la fière jeune femme face à elle. Quelque chose n'était pas normal, et le maître-chien ne l'avait pas vue ainsi depuis très longtemps.

Elle ne répondit pas, parce qu'il ne lui appartenait pas de répondre. Et puis Akamaru était déjà dehors, à lécher la main d'Ino, sa manière de lui témoigner soutien et affection. Ce chien avait toujours été étrangement sentimental.

« Merci, » murmura Ino avant de tourner les talons et de partir rapidement avec le chien.

Tsume les observa s'en aller. Elle entendit Akamaru japper doucement, et vit Ino hocher la tête. Puis le chien partit en courant, la jeune fille sur le dos.

Fermant la porte, Tsume croisa le regard de Kuromaru, assis fièrement près du canapé, son sérieux et son attention silencieuse un contraste net avec la personnalité joueuse et sensible d'Akamaru.

« Bizarre, hein ? »

Kuromaru lui témoigna son accord.

« Ouais, on en parlera à Kiba, ou Akamaru le fera. Je me demande si on devrait en parler aux autres aussi ? »

Le chien répondit, son œil gauche brillant d'une lueur dorée dans la douce lumière du matin.

« Mmh. Je ne sais pas comment ça pourrait y être lié moi non plus. Mais on devrait être plus prudents. Le Cercle est toujours à la traîne ces derniers temps. On ferait mieux de faire circuler toutes les infos qu'on a, même si c'est peut-être rien. »

O

« C'est ennuyeux. »

« Tu passeras du temps avec ton père plus tard, Shikamaru. »

« C'est pas ça. Ces jours-ci il est toujours absent, ça soulève quelques questions. »

« Il est diplomate, » remarqua Kiba en haussant les épaules. « C'est pas normal ? »

« C'est pas pour le boulot. Hier, il a vu le maire. »

« Sarutobi ? J'ai entendu dire qu'il était débordé en ce moment, » nota Tenten, marchant avec Choji et les deux autres garçons.

« Où t'as entendu ça ? » interrogea Kiba en haussant un sourcil dans sa direction.

« A l'Académie. Deux gars en parlaient. Dites, vous avez vu Hinata et Naruto ? Ils étaient supposés manger avec nous, non ? »

« Ils devraient être par là, quelque part. Naruto m'a dit qu'ils nous retrouveraient près du centre commercial. »

« Hey ! Les voilà ! Naruto ! Hinata ! Oh, oups. »

« C'est nouveau, ça, » s'amusa Choji en observant ses amis s'embrasser quelques mètres plus loin.

Puis ils les remarquèrent et Hinata vira complètement au rouge.

« Sa…salut. »

« Bonjour, » répondit Kiba. « Est-ce que vous voulez qu'on vous laisse et qu'on vous attende à l'intérieur ? Étrange que tu ne nous aies pas remarqué tout de suite, Hinata. Trop occupée ? »

Il cessa ses taquineries lorsque sa propre petite-amie le frappa à l'épaule.

« Laisse-les tranquilles, » sourit Tenten.

« Où sont les autres ? » demanda Naruto, tout sourire.

« Lee ne peut pas venir. »

« Et Ino ? »

« Elle nous retrouve plus tard. Elle est avec Akamaru. »

« Ah ? Vraiment ? Pourquoi ? »

Kiba haussa les épaules.

« Je crois qu'ils sont en dehors de la ville. Une balade dans les bois ou quelque chose dans le genre. »

« Dans les bois ? » répéta Tenten, sa voix pleine de doute. « Ino ? »

« C'est pas une première. Ils y sont allés la semaine dernière, lundi matin. »

« Ils faisaient des trucs comme ça il y a quelques années, non ? » se souvint Hinata doucement.

« Oui. C'est tout ce que je sais. Akamaru est toujours loyal en amitié. Ne vous inquiétez pas, il veillera sur elle. »

« C'est vrai qu'elle est bizarre en ce moment. » Choji fronça les sourcils. « Comme… silencieuse. »

Shikamaru secoua la tête.

« Elle est simplement fatiguée, c'est tout. Elle a sûrement besoin d'un peu de temps pour elle. Elle sera là très vite. »

« Hey, les gars ! »

« Vous voyez ? »

Akamaru jappa pour les saluer alors qu'ils les rejoignaient. Ino avait l'air bien, un beau sourire aux lèvres, et même Shikamaru ne put s'empêcher de se demander où elle avait été. Mais il ne posa pas de question. Aucun d'entre eux n'en posa.

« Ooooh, Tenten, on doit te trouver une jolie robe ! »

« Q-Quoi ? Pas question ! »

Tout en suivant les filles à l'intérieur, Shikamaru soupira.

Les filles, et les mystères.

Tout était ennuyeux.

O

Sakura ne pouvait faire autrement que d'être de bonne humeur.

Elle avait gagné.

Elle avait gagné !

Rien n'aurait pu lui faire deviner qu'entre tous les participants à ce concours scientifique, elle décrocherait la première place. Une année de travail, trois tests et un projet développé sur papier plus tard, et cette jolie feuille se retrouvait dans sa boite aux lettres. La couronnant gagnante.

« Noël est arrivé tôt cette année, » murmura t-elle, ravie.

Dans une semaine, elle serait l'heureuse propriétaire d'un splendide microscope et d'un ordinateur portable. Et l'argent n'était pas mal non plus.

« Un bon repas par jour. »

Comme souvent dans sa vie, Sakura ne put se réjouir très longtemps. Elle entendit des petits sanglots venant des escaliers de l'immeuble et ne put s'empêcher d'aller voir ce qu'il se passait.

« Mari ? » demanda doucement Sakura en s'approchant de sa jeune voisine de palier.

La petite fille de huit ans leva la tête d'un air coupable, ses yeux marrons rougis par ses pleurs. Et la peau de son menton virant doucement au bleu.

« Salut, Sakura. »

L'enfant effaça rapidement ses larmes, ses bras entourant ensuite ses genoux dans une posture que Sakura connaissait bien. Avec un petit soupir, la jeune femme alla s'asseoir près de la petite.

« Mauvaise journée ? »

« Mmh. »

« Est-ce que ça va ? »

« Ça guérira. Ça guérit toujours. »

« Je croyais qu'il avait arrêté. »

« Il était en colère. Comme toujours. »

Il y avait de la colère en Mari aussi. Il n'y avait pas vraiment de lumière au bout du tunnel pour elle, ni même dans ses yeux. Parfois, Sakura se demandait si elle avait ce regard elle aussi, malgré sa force, malgré sa détermination et son plan. Elle savait qu'un jour elle serait libre, très bientôt, elle aurait une vie normale.

Pas Mari.

« Tu me parles presque jamais d'habitude, » remarqua Mari.

« Je sais. »

« J'ai entendu ta mère partir. Elle parlait à quelqu'un. Je la vois rarement. Et elle est comme toi, elle parle à personne d'autre, presque. »

« Elle n'aime pas quitter l'appartement. »

« Et tu n'aimes pas y être. »

Un silence. Puis l'enfant sauta sur ses pieds.

« Tu viens jouer avec moi ? »

« Hein ? »

« Jouer ? Au basket ? »

« Je… je ne sais pas. »

« S'il te plait ? Personne ne veut jamais jouer avec moi. »

La solitude. C'était une chose que Sakura pouvait comprendre, au moins. Et Mari l'observait avec tant d'espoir.

Mince. Mince, mince. Apparemment, elle avait un point faible pour les enfants.

« D'accord. »

« Ouais ! »

O

« Uzumaki avec Rock et Tsumata. Inuzuka avec Suba et Azae. Silence. » Tenzo Yamata les fixa d'un regard dur pour les pousser à se taire et attendit quelques secondes. Une fois la classe plus calme, il reprit. « Yamanaka avec Hyuuga et… » Toute la salle retint son souffle. Les deux filles étaient appréciées, mais l'idée de se retrouver sur un devoir avec les deux héritières ces derniers temps inquiétait tout le monde. « Haruno. »

Sakura leva la tête si vite que sa nuque craqua. Ses joues rosirent quand elle remarqua les regards de ses camarades sur elle alors que le professeur de sciences continuait d'appeler des noms.

Se concentrant sur ses mains une nouvelle fois, Sakura jura en silence. Bien sûr, après tous les efforts qu'elle avait faits pour éviter l'autre fille, elle se retrouvait dans le même groupe de travail qu'elle ! Et avec Hyuuga, pour couronner le tout ! Son plan de rester dans l'ombre tombait à l'eau en beauté !

« Hey. »

Ses yeux verts rencontrèrent les deux regards les plus perturbants et les plus célèbres de la ville, les seuls connus sans pupille. Les yeux des Hyuuga étaient grands et presque blancs, l'iris se démarquait par une couleur légèrement plus foncée. Mais ils étaient moins intenses et bien moins inquiétants que les iris bleus d'Ino.

« H-hey. »

« On peut s'asseoir ? »

Étonnamment, Ino attendit sa réponse pour agir. Elle tira une chaise pour elle et une autre pour son amie et elles s'installèrent en face de Sakura.

« Ça va être facile. Je veux dire, les sciences, c'est ton truc, après tout. »

« Oui. »

Doucement, les adolescents quittaient la classe après s'être donné rendez-vous pour travailler sur leur devoir. Leur vendredi venait de se terminer, le week-end enfin arrivé.

« On pourrait aller quelque part pour parler du projet ? » suggéra Ino après un silence un peu tendu.

Hinata hocha la tête.

« D'accord. »

Sakura, elle, était plus intéressée par la façon étrange dont Yamata les avait observées juste avant de quitter la pièce. Elle avait soudain l'impression qu'il les avait mises sur ce devoir ensemble pour une raison qui n'avait rien d'académique. Elle fronça les sourcils.

« Euh, Sakura, ça te va ou pas ? »

« De quoi ? »

Les joues d'Hinata rougirent.

« On va dans un café pour discuter de nos emplois du temps ? Pour trouver des moments pour travailler ensemble ? »

« Oh. Oui. Okay, » répondit Sakura, un peu prise au dépourvu.

C'était la première fois qu'une personne rougissait sous son regard. D'habitude, c'était plutôt l'inverse, même si elle s'était nettement améliorée ces dernières années. Et c'était aussi la première fois en bien longtemps que Sakura était invitée quelque part par des camarades. A force de refus, ils avaient fini par abandonner.

Elle suivit les filles à l'extérieur, pas du tout surprise de découvrir que l'atmosphère entre elles demeurait inconfortable. Hinata et Ino ne parlaient pas non plus, apparemment décidées à atteindre le café le plus rapidement possible.

Face à leur pas rapide, Sakura fronça les sourcils. Son agacement était en partie dû au fait que sa fatigue atteignait déjà des sommets ces jours-ci. Elle n'avait pas besoin de crapahuter dans le centre-ville à cette vitesse en prime. Prête à se plaindre de ce rythme qui n'avait aucun sens, elle sentit un frisson la parcourir toute entière. Elle tourna la tête pour observer autour d'elle mais ne vit personne se démarquer dans la rue bondée.

« Continue d'avancer, » conseilla Yamanaka doucement, mais fermement.

Elle ne se tourna même pas vers Sakura pour lui parler, et la jeune fille ne se rendit compte qu'à cet instant de la tension chez ses deux camarades.

« Il nous suit depuis que nous avons quitté l'Académie, » informa Hinata, et Sakura se demanda ce qu'elle pouvait percevoir d'autre avec son Byakugan.

« Pour autant que je puisse en juger, il est seul. »

Les yeux de Sakura brillèrent. C'était quoi, cette embrouille ? Quinze minutes avec elles et elle se retrouvait déjà dans la quatrième dimension.

« Qui est-il ? » demanda Hinata à la blonde d'une voix basse.

Yamanaka secoua la tête.

« Ne me demande pas, » fut tout ce qu'elle répondit, mais ses mots étaient étrangement précipités, anxieux, suppliants.

Hinata tourna son attention vers elle.

« Désolée, » murmura t-elle, mais Sakura sentit qu'elle ne comprenait pas la réaction d'Ino beaucoup plus qu'elle.

« Il est toujours derrière nous ? »

« Il s'en va, » répondit Hinata. « Il est parti. »

« Merde. »

« Tu crois que vous devrions nous inquiéter ? »

Ino sembla se le demander quelques secondes, perdue dans ses pensées. Puis finalement, elle secoua la tête.

« Non. Pour ce qu'on en sait, c'était l'un des hommes de mon père. Je suis plutôt certaine qu'il ne représentait pas une menace. »

Sakura n'était pas prête à la croire sur parole, et elle ne parvenait pas à chasser cette tension dans tout son être alors qu'elles s'installaient dans un petit café chaleureux et commençaient à parler de leur devoir.

Voilà quelque chose qu'elle pouvait faire et maîtriser, même avec des camarades, même avec Yamanaka et son amie. Travailler était rassurant, c'était routinier. Alors même si la situation la rendait vraiment nerveuse, elle participa à la conversation autour de leur projet tandis qu'Hinata prenait tout en notes.

Ce n'était pas si difficile, découvrit Sakura, d'être en compagnie d'autres personnes. Elle devait surveiller ses mots et se forcer à parler, mais c'était presque… agréable. Même si Yamanaka avait une forte tendance à dériver loin de la science. Sakura n'en était pas certaine, mais elle avait l'impression que l'autre fille essayait de l'attirer vers d'autres sujets de conversation, des sujets personnels ou du moins des sujets non-liés-au-devoir, donc inutiles.

Était-ce en raison de ce qu'il s'était passé l'autre jour ? Avec le gamin ? Et si Ino avait manipulé le professeur d'une manière ou d'une autre pour se retrouver dans le même groupe qu'elle ? Et si tout avait été planifié ?

Quel était son but dans tout ça ?

Sakura essayait d'ignorer ses doutes alors qu'elle refusait un second soda. Elle avait soif, mais ne s'était pas encore habituée à avoir un peu plus d'argent en poche depuis qu'elle avait remporté son prix.

« Pourrait-on avoir une bouteille de jus de fruits frais, s'il-vous-plait ? Et des frites pour tout le monde. Merci, » commanda Ino avec un sourire poli tout en tendant de l'argent au jeune homme.

« Tu n'aurais pas dû, » lui dit Hinata pour la remercier alors que le serveur s'éloignait.

Yamanaka haussa les épaules.

« Je t'en prie, c'est rien. »

Sakura ne saurait jamais vraiment, même bien plus tard, pourquoi elle réagit aussi mal. Peut-être à cause du stress, de la fatigue, de tout ce qui arrivait ces temps-ci. Peut-être à cause du fait qu'il s'agissait d'Ino, et, okay, de la honte et de la jalousie aussi. Peut-être à cause de la paranoïa, de la méfiance, ou d'autre chose encore.

Et peut-être que ce n'était rien de tout ça.

En tout cas, Sakura ne contrôla pas sa réaction.

« Tu aurais pu nous demander si on voulait quelque chose. Ce n'est pas parce que tu es une Yamanaka que tu as le droit de décider pour nous. »

Les deux autres filles la regardèrent avec surprise.

« Euh, désolée ? » se reprit Ino avec hésitation. « Je ne pensais pas que ça te dérangerait. »

« C'est peut-être ça, ton problème ! Tu ne penses jamais ! »

« C'est quoi ton problème ? »

« Oh, quoi ? Est-ce que je t'ai offensée ? »

« Tu sais quoi ? Je ne sais pas pourquoi tu es ainsi avec nous tous, mais tu devrais vraiment apprendre à te comporter normalement ! »

« Peut-être que je suis simplement énervée à l'idée de devoir passer du temps avec vous pour ce stupide projet ! »

« Qu'est-ce qu'on t'a fait ? »

« Les gens de votre genre – »

« Et que veux-tu dire par ça ? »

La voix d'Ino était devenue incroyablement glacée. Elle braqua son regard dans le sien, la couleur de ses yeux celle d'un océan durant une tempête.

Sakura se tut, peu sûre de ses mots. Elle était furieuse, c'était une réalité, et ses propos en avaient été affectés, mais elle se sentait très mal à l'aise sous le regard froid d'Ino et celui, choqué et nerveux, d'Hinata.

« Ironique, venant d'une Première, tu ne crois pas ? »

Si la réplique était impossible, mieux valait fuir.

Sakura se leva et quitta le café sans se retourner.

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« C'était… euh… »

Ino soupira tout en marchant à côté d'Hinata.

« Ouais. »

« Je peux te demander ce qu'il s'est passé ? Je veux dire… je ne t'ai jamais vue maladroite face à quiconque. Tu sais toujours que dire ou faire pour que tout se passe parfaitement. Mais il semble que face à Sakura tu… eh bien, tu as l'air d'être dans le noir. »

Dans le noir. En fait, c'était exactement ça. Ino ne savait vraiment pas comment agir lorsqu'elle était avec Sakura, simplement parce qu'elle n'avait pas l'habitude de devoir deviner. Il était aisé de discuter avec Hinata parce que, même si elle ne le voulait pas, Ino entendait constamment ses pensées les plus fortes, qui étaient le plus souvent celles en lien avec la conversation. Les pensées plus enfouies étaient les plus intimes, celles qu'Ino essayaient de toutes ses forces de ne pas entendre, celles qu'elle arrivait à ignorer parfois.

A cet instant, Ino savait que son silence rendait Hinata nerveuse, que son amie se demandait s'il y avait une raison derrière son intérêt pour Sakura, si elles se connaissaient en dehors des cours ou si quelque chose qui pourrait expliquer la scène dans le café s'était passé entre elles.

« Je ne la connais pas du tout. C'est un vrai mystère, cette fille, pas vrai ? » dit-elle alors, répondant à toutes les pensées d'Hinata avec ce commentaire.

La tension chez l'autre jeune femme retomba un peu et elle hocha la tête. Elle n'était pas convaincue qu'Ino ne lui cachait pas des choses mais elle ne chercherait pas à en savoir plus.

« Qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Je suppose que je vais devoir lui présenter mes excuses. »

« Demain ? »

« Peut-être. Quoi ? Je ne suis pas la seule à avoir eu tort ! »

O

« Monsieur Hyuuga ? »

Neji leva la tête, mais ne montra pas sa surprise. Son visage pâle resta de marbre, ne trahissant aucune des questions qui lui traversèrent l'esprit.

« Oui ? »

Le jeune homme, qui devait avoir environ son âge, la peau encore plus pâle que la sienne et des yeux noirs d'encre, lui sourit. Un sourire étrange, peu naturel, qui lui fit froid dans le dos.

« Je suis nouveau, et je voulais vous demander où mettre mes affaires. C'est mon premier jour dans l'entreprise. »

Sa mère ne lui en avait pas parlé. Neji passa une mèche de ses longs cheveux noirs derrière son épaule et s'interrogea sur cette étrangeté. Il était collaborateur junior dans la société de pub de sa famille, sa mère et son assistant lui apprenant les ficèles du métier et comment manager la petite équipe qu'ils avaient placée sous sa responsabilité. Il travaillait dans le plus petit service de la compagnie, mais aussi le plus important, car c'était entre ces murs que naissaient toutes les nouvelles idées et les nouveaux projets qui assureraient la première place à l'entreprise dans les années à venir.

Minako Hyuuga avait toujours été une femme intelligente et sereine, une publiciste extraordinaire et une personne pleine de compassion. C'était ses idées et son travail qui avaient poussé le père de Neji à aller rencontrer cette jeune associée, son esprit qui l'avait séduit, son sourire qui l'avait charmé. Depuis sa mort, Minako était dévouée à son travail et à leur fils. Neji savait qu'elle avait du mal à travailler avec son oncle, qui lui dirigeait la branche commerciale de l'entreprise, mais elle ne voulait pas se retirer de la compagnie tant que Neji ne serait pas prêt à reprendre le flambeau. Elle était déterminé à le former, et donc à toujours le tenir informé de toutes les affaires du département, et c'était la raison pour laquelle il voyait cette arrivée surprise avec méfiance.

« Et vous êtes ? » demanda t-il de son ton habituel, posé, détaché.

Le jeune homme ne cilla pas sous son regard blanc sans pupille.

« Sai. Sai Ayauri. Bonjour. »

« Vous avez l'air jeune. »

« Je suis presque sûr que je suis plus âgé que vous, Monsieur Hyuuga, » répondit l'inconnu, souriant toujours.

Neji plissa les yeux pour mieux observer cette expression flippante.

« Quelles sont vos qualifications ? »

« Oh, j'ai étudié à L'École aux feuilles, puis deux ans à l'Université Senju. »

« Senju ? »

Autrement dit l'université la plus prestigieuse de la région, située à Konoha. Fondée par un politicien respecté et un docteur en génétique, l'établissement tenait son nom de deux des Fondateurs de la Nouvelle Konoha, tous les deux membres du très célèbre clan Senju qui avait donné naissance à de très puissants héritiers et dont un seul membre connu vivait toujours, celle qu'on surnommait la 'princesse de Konoha', Tsunade.

« J'ai étudié la politique et l'économie, mais mes matières majeures étaient centrées sur l'art et la publicité. J'espérais terminer mon mémoire en travaillant ici depuis quelques temps déjà. Je suis très honoré. »

« Nous avons déjà un stagiaire dans cette équipe, nous ne pouvons pas en former un second. »

« Si vous parlez d'Eli Watanabe, j'ai bien peur qu'elle ne soit plus dans l'équipe. »

« Je vous demande pardon ? »

« J'ai entendu Madame Hyuuga parler avec quelqu'un à ce propos. »

« Allez au dernier bureau sur votre gauche. Apparemment, il est maintenant le vôtre. »

« Merci. »

Une fois le jeune homme parti, Neji laissa ses doutes apparaître sur son visage. Le travail d'Eli avait toujours été parfait et l'équipe l'appréciait beaucoup. Tant et si bien que, malgré ses vingt-et-un ans, elle était considérée par le personnel comme l'une des leurs à part entière. Minako ne l'aurait jamais mise à la porte ainsi, sans même lui en parler.

Et comment ce Sai pouvait déjà être ici alors que l'information n'avait même pas encore circulé ?

Ce gars bizarre…

Minako avait été distante ces temps-ci, mais il était vrai que c'était la période la plus chargée pour l'entreprise.

Plus tard dans la journée, quand il eut l'occasion de lui demander pour la situation d'Eli, la seule réponse de sa mère fut une manière de lui dire de ne pas poser de question à ce sujet.

Neji n'était vraiment pas du genre curieux, mais ses interrogations restèrent avec lui pendant des jours.

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« Qu… quoi ? Oh, non ! »

Sakura sauta du canapé vieux et puant, lutta pour s'habiller le plus rapidement possible et pour trouver son sac et jura.

« Pourquoi tu m'as pas réveillée ?! »

Pas de réponse. Avec colère, Sakura attrapa ses clés et leva les yeux au ciel en avisant l'état du petit appartement.

« Charmant, » murmura t-elle. « Tu pourrais au moins nettoyer un peu entre deux bouteilles ou entre deux crises. Maman ? Bien sûr. Merde. »

Le corps inconscient de sa mère l'attendait dans la salle de douche. Sakura baissa le regard sur elle avec dégoût et haine, se demandant comment cette pitoyable personne pouvait aussi être la mère qui dans ses lointains souvenirs leur avait lu des contes de fées, à sa sœur et à elle, qui avait joué avec elles et avait pris soin d'elles. Mais c'était justement ça, la véritable nature humaine, non ? La faiblesse, la malice, le fait que sans le moindre avertissement, les gens pouvaient changer et devenir votre pire cauchemar.

« Et je suppose que ces bouteilles vides veulent dire que le frigo est tout aussi vide ? »

Seuls des ronflements lui répondirent, mais Sakura les préférait à une réponse. Le silence était vide de mots haineux, d'insultes, de reproches. De cris furieux et de larmes amères.

« Je m'en fiche, tu sais. J'ai un peu d'argent, et je n'ai pas faim aujourd'hui. J'ai pu dîner hier soir, tu vois ? Et j'ai même acheté une nouvelle couverture. L'hiver arrive. J'en aurai besoin, puisqu'on ne pourra pas payer le chauffage encore une fois. »

Elle était en retard, elle le savait. Sa mère était complètement sonnée, elle le savait, ça aussi. Et malgré ça, elle restait là, debout près du lavabo, ses yeux verts sur la femme à ses pieds, sa voix calme, basse.

Elle ne remarqua pas ses tremblements.

« Est-ce que tu entends ça ? Je n'ai pas besoin de toi. Grâce à toi, je n'ai besoin de personne. Je n'ai besoin de personne. »

Mais en dépit de tout, Sakura Haruno restait un être humain avec tous ses défauts. Se haïssant pour ce qu'elle allait faire, elle usa de sa force extraordinaire pour prendre sa mère dans ses bras et se redresser. Une fois qu'elle l'eût déposée sur le matelas, elle fit un pas en arrière et secoua la tête.

« T'inquiète pas, maman. Un jour, je partirai. Et tu ne me verras plus jamais. »

« Sairi… »

Sakura fit un pas en arrière, et le gémissement cessa. Mais le nom résonnait toujours contre les murs, dans son esprit, dans son être. Sairi. Toujours Sairi. Ce serait toujours Sairi.

« S'il te plaît… »

Il y avait quelque chose sur le visage de Reika, une douleur terrible peut-être, et elle faisait étrangement écho à celle logée dans le cœur de Sakura. Sa main vint trouver la joue de sa mère sans qu'elle ne puisse s'en empêcher, suivit les lignes gravées dans la peau.

« Apparemment, Sairi est déjà partie pour l'école. Elle aurait pu me réveiller, hein ? Elle aurait pu me laisser quelque chose pour le petit-déjeuner. Mais je suppose que c'est trop demander. Ce n'est pas comme si elle en avait quelque chose à faire, de moi. Dors maintenant. »

Un coup d'œil à sa montre, et elle soupira. Elle venait de manquer deux cours déjà. Lorsqu'elle quitta l'appartement, elle décida de ne pas se rendre à l'Académie. Elle trouverait bien une excuse.

Que faire dans ce cas. La bibliothèque municipale ?

« Sakura ? »

« Mari ? Tu es supposée être à l'école ! »

« Toi aussi. »

« Err… oui. Peu importe. »

Sakura avança vers le bout de la rue, mais elle pouvait entendre les petits pas de sa voisine derrière elle.

« Mari, qu'est-ce que tu fais ? »

« Je m'ennuie. Qu'est-ce que tu vas faire, Sakura ? »

« Je vais au centre-ville. »

« Oh. J'y vais presque jamais. C'est là qu'est ton école à toi, hein ? »

« Pourquoi n'es-tu pas à l'école aujourd'hui ? »

« Je… » Mari baissa les yeux. « J'ai oublié mon sac à l'intérieur et… je voulais pas y retourner pour le chercher. Papa est réveillé. Il travaille pas aujourd'hui, et maman est déjà partie. »

« Est-ce que tu as oublié ta veste aussi ? »

Mari rougit.

« C'est… elle est vieille et y a un trou dedans. De toutes façons, elle devenue trop petite. » Ses yeux brillèrent et elle lui sourit fièrement. « J'ai grandi, tu sais ! »

« Euh… ouahou ? Ecoute, je ne vais pas faire quelque chose de marrant ou quoi que ce soit, tu sais. »

« C'était marrant quand on a joué au basket l'autre jour. Tu es marrante. »

Et bien. Ça, c'était une première.

« Ah. Désolée, mais je dois vraiment aller étudier. »

Mari ne la suivit pas cette fois-ci, mais Sakura pouvait sentir ses yeux sur son dos. Elle s'en fichait. Vraiment. Mari était une gentille petite fille, mignonne – petite et un peu trop mince, mais mignonne. Maline, et pleine de positivisme, bavarde. Et c'était ça, la chose la plus étrange chez elle. Comment cette minuscule fille avec sa vie si rude pouvait-elle être si… lumineuse ?

Ça n'avait pas d'importance. Non, aucune.

Sakura s'en fichait.

« Allez, viens, » finit-elle pourtant par soupirer en stoppant ses pas.

Elle ignora le grand sourire sur le visage de Mari lorsque la fillette courut pour venir marcher à ses côtés.

Sakura s'en fichait.

Vraiment.

« Merci ! »

« Pas un mot à qui que ce soit, d'accord ? »

« Mes parents pensent que je suis à l'école, et je dirai à mon professeur que j'étais malade. »

« C'est un mensonge, n'est-ce pas ? »

« Tu ne mens jamais ? »

« Je n'aime pas mentir. Mais je devrai le faire moi aussi, même si ça ne m'enchante pas. »

« Tu sais, tu es trop cool. »

« Je… quoi ? »

« On va où ? »

Sakura se contenta de soupirer.

O

Naruto était un homme en mission.

Il se foutait qu'Iruka lui ait interdit de s'approcher des propriétés Uchiha. Il se foutait des avertissements de ses amis chaque fois qu'il parlait de Sasuke.

Sasuke était son meilleur ami, et Naruto ne laissait jamais tomber un ami.

Il poussa le lourd portail et avança vers les jardins, se souvenant de temps plus heureux, lorsqu'il venait là après la mort de ses parents pour jouer avec Sasuke. Madame Uchiha avait toujours fait son possible pour lui rendre le sourire, et même Itachi était resté avec eux quelques fois. Naruto se souvenait que Sasuke avait toujours voué une adoration sans faille à son frère aîné, même alors.

Et à présent tout ça, l'amour, la complicité, les rires, tout avait disparu. Seul le silence habitait la propriété autrefois pleine de vie.

Depuis le massacre, il n'y avait plus que Fugaku et Sasuke, ainsi que deux adultes, un ado et un enfant dans le clan. Ils étaient restés discrets depuis le drame, et personne ne semblait comprendre ce qui était réellement arrivé entre ces murs lors de cette terrible nuit.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Monsieur Uchiha ! Bonjour. Je voulais parler à Sasuke. Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu. »

Chef de son clan, Fugaku Uchiha était un homme imposant, grand et carré, aux cheveux aussi noirs que ses yeux (tant qu'il n'utilisait pas le Sharingan, bien sûr). Toujours digne, sévère, Naruto l'avait toujours vu distant de ses fils et dur avec eux. Sasuke avait toujours été intimidé par son paternel, et c'était dire beaucoup, parce que Sasuke n'était intimidé par personne.

« Sasuke est occupé, et il ne souhaite pas avoir de visite. Rentre chez toi, et ne reviens pas. »

Un frisson parcourut la colonne vertébrale de Naruto lorsque l'homme lui lança un regard plein de dédain et de colère.

Mais le garçon n'était pas du genre à prendre congé aussi facilement. Alors bien qu'il fit mine de quitter les lieux, il utilisa la même méthode qu'il avait toujours utilisée pour aller voir Sasuke même lorsque ça ne leur avait pas été permis. Très vite, il se retrouva devant la fenêtre de la chambre de son ami d'enfance sans avoir été vu.

« Naruto. »

Ou peut-être que si.

Il sursauta violemment et sourit à Sasuke, embarrassé, en se tournant vers lui. Le garçon était apparu de nulle part dans son dos.

« Salut ! »

Sasuke était pâle, plus mince aussi, mais il semblait plus musclé. Il portait la tenue d'entraînement traditionnelle de ses ancêtres ninjas, un katana dans son dos.

« Je me demandais ce que tu faisais. Tu ne réponds à aucun de mes appels ! »

« Tu es pénible. »

Mais au lieu de voir cette habituelle lueur taquine dans le regard de son ami, Naruto n'y détecta que froideur.

« Tu pourrais venir avec moi, on peut aller quelque part, passer du temps avec les autres ? »

« J'ai des choses à faire ici. Je n'ai pas de temps pour ça. »

« Quelles choses ? »

« Des choses importantes. Tu ne pourrais pas comprendre. »

« Je comprends la tristesse, et la colère. Tu as été là pour moi quand mes parents sont morts. C'est à mon tour d'être là. »

« Naïf, naïf petit Naruto. Il y a un monde entre ta colère et ma haine. » Sasuke fit un pas vers lui, lui marchant presque sur les pieds. L'une de ses mains alla caresser son katana, l'autre se posa sur l'épaule de Naruto, et un sourire dérangeant allongea ses lèvres fines et pâles. « Ne prends pas la peine de revenir ici. Jamais. »

Les yeux écarquillés, Naruto fut incapable de comprendre ce qui était arrivé à son meilleur ami. Comment quelques semaines pouvaient-elles changer quelqu'un à ce point ? Qu'avait donc vu Sasuke cette nuit-là pour qu'il devienne ainsi ?

« Haine ? » répéta Naruto. « La police et les agents recherchent les meurtriers de ta famille. Ils les trouveront ! »

« Ils n'y arriveront jamais, » contredit Sasuke avec une finalité si froide qu'elle figea les pensées de Naruto une seconde. « Ils ne peuvent même pas commencer à comprendre ce qui est en train de se passer. Tu ne peux pas. Mais j'aurai ma vengeance sur eux tous. »

Lorsqu'il se redressa pour faire un pas en arrière, ses yeux noirs avaient viré au rouge écarlate. Mais son Sharingan était légèrement différent de ce dont Naruto se souvenait. L'étroit cercle noir qui entourait la pupille sombre à quelques millimètres de distance d'elle était orné de trois petites marques en forme de goutte, et non plus de deux.

« Dégage, Naruto. Ne te dresse pas sur mon chemin. »

« Ou alors ? »

« Dans mes yeux, tu seras pareil aux meurtriers de ma famille. » Ses yeux rouges brillèrent, et Naruto put sentir la crainte prendre le dessus en son cœur. « Et tu mourras de mes mains comme eux tous ! »

Lorsque Naruto reprit le contrôle de ses sens, Sasuke avait disparu.

« Que… ? »

Il cligna des yeux, puis jura, encore tremblant. S'empressant de quitter les lieux, il lutta pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Il n'arrivait pas à y croire.

Colère, tristesse, détermination, doute, toute une panoplie d'émotions tiraillait son cœur. Il dut secouer la tête pour réussir à se reprendre, mais rien ne pouvait effacer l'évidence qui le rendait presque malade.

Sasuke venait d'utiliser son Sharingan contre lui.

O

« Il… ? »

« Ouais, » soupira Naruto.

Hinata prit une lente inspiration près de lui, avant d'hocher la tête.

« Oh. »

« On ne peut le dire à personne, » décida son petit-ami. « Si les agents apprennent que Sasuke a utilisé son pouvoir contre moi, ils l'arrêteront une nouvelle fois, et cette fois son père et son clan ne pourront rien faire pour lui. »

« Et les autres ? »

« Je ne sais pas. Ils semblent l'avoir déjà laissé tomber. »

« Tu sais que c'est faux. Ils l'aiment eux aussi. Mais Sasuke n'est plus le même, Naruto. Tu l'as constaté toi-même. Notre ami ne nous aurait jamais laissé autant de temps sans nouvelles, et il n'aurait jamais brisé les Lois, encore moins en te prenant pour cible. »

« Il ne m'a pas blessé. »

« Tu sais ce que je veux dire. »

« C'est toujours Sasuke. J'en suis certain. J'ai juste besoin de le faire revenir à la raison. »

Hinata lui sourit tendrement, observant son visage, sa détermination, sa foi, sa loyauté. Chacune de ses émotions semblait multipliée par une force née d'amour et d'altruisme.

Il était si spécial.

« Ce sont nos amis aussi. On ne peut pas garder des secrets, surtout en ce moment. »

Naruto tourna la tête vers elle, puis sourit.

« Je sais. Mais est-ce que ça peut attendre un peu ? Je leur dirai. Mais tout le monde a l'air si distant ces derniers temps. Neji travaille tellement qu'on le voit presque jamais. Choji et Shikamaru sont occupés avec leurs études, Lee passe plus de temps avec ses parents et ses sœurs, et Ino fait ce qu'elle fait toujours, quoi que ça puisse être. Même Kiba partage son temps entre Tenten et le cabinet vétérinaire de sa sœur. Les choses changent tellement… »

Une main douce sur la sienne le fit taire. Hinata lui souriait, ses yeux pleins de douceur.

« Tu n'abandonnes jamais, Naruto, et tu n'abandonneras jamais. Ils sont tous toujours là, un coup de fil et ils débarqueront, je peux te l'assurer. Tu n'as vraiment aucune idée de la loyauté que tu inspires. »

Les joues rosies d'embarras, Naruto laissa échapper un petit rire étranglé.

« J'aimerais que ce soit vrai, et que Sasuke revienne aussi facilement. »

O

La migraine était insoutenable.

Elle ne voulait pas baisser en intensité et au contraire empirait, la forçant à se recroqueviller sur son lit, son corps couvert de sueur. Ino avait l'habitude des maux de tête, mais ceux-ci se montraient bien plus compliqués à maîtriser. Impossibles à contrôler. Elle espérait que l'inconscience l'enlèverait très bientôt à la douleur, mais son esprit éreinté semblait incapable de sombrer.

La souffrance avalait tout, même les voix, le monde devenait noir autour d'elle. Ses propres pensées lui échappaient, et la terreur qui agrippait son cœur n'avait rien à voir avec ce calvaire.

Il était trop tôt. Trop tôt. Elle était trop jeune pour ça commence. Jamais ce n'était arrivé avant l'âge adulte, plus depuis des générations, et la quarantaine était déjà exceptionnellement jeune.

Ino n'avait même pas dix-huit ans.

C'était trop tôt !

Elle gémit lorsque la douleur et le silence se transformèrent en douleur. Les pensées des habitants du quartier entrèrent dans son esprit avec une force presque vicieuse, et la jeune fille se força à se lever pour tituber jusqu'à sa salle de bains à temps pour vomir dans les toilettes.

Il lui fallut quelques longues minutes d'intense concentration pour qu'elle reprenne un minimum de contrôle sur sa télépathie et sur la douleur, mais son esprit était trop fatigué pour faire davantage. Son père avait presque explosé ses barrières psychiques lors de l'entraînement, mais elle avait néanmoins réussi à l'arrêter avant qu'il n'aille trop loin. Elle progressait, mais cette idée ne lui semblait plus si victorieuse alors qu'elle ne parvenait même plus à tenir debout.

Un moment plus tard, elle réussit à se tenir sur ses jambes tremblantes une nouvelle fois, et se dirigea vers la porte de sa chambre. Elle pouvait entendre des voix basses de l'autre côté, dans le couloir. Ses parents.

Elle fronça les sourcils et calma sa respiration pour avoir une chance de les entendre. La nuit avançait, ils devraient déjà être couchés.

« -coute moi ! Tu ne peux pas lui faire ça, c'est une enfant, c'est notre enfant ! »

« Je sais, Kire, et c'est exactement pour ça que je l'entraîne, et tu le sais bien. »

« N'as-tu pas vu à quel point elle était malade ?! Mais bon sang à quoi tu penses ces temps-ci ! »

« Je pense à protéger ma fille et ma ville, c'est à ça que je pense. Elle a besoin de contrôler sa télépathie, de protéger son esprit, ou elle pourrait finir comme – »

« Elle n'a pas besoin d'apprendre tout ça, parce qu'elle ne sera jamais mêlée à ces histoires ! »

« Tu ne peux pas le savoir. On ne peut pas le savoir tant que le Cercle n'en sait pas plus. Ino est notre seule héritière, la seule héritière de nos deux clans, et si les choses en arrivent là, si elle est la seule à le pouvoir, ils lui demanderont de l'aide. »

« Jamais ! » cracha sa mère, et Ino n'avait jamais entendu un tel ton venir d'elle, si élégante, si composée. « Est-ce que tu t'entends ? Il n'y a plus de ninjas ou de héros, elle n'est pas un outil ou un soldat, pas elle ! »

« Je veux juste qu'elle puisse se défendre. »

« Ne vois-tu pas ce que tu fais ? J'ai du mal à te reconnaître en ce moment. Tu n'es plus l'homme que j'ai épousé. »

« Tu savais que ça arriverait un jour, » répondit son père d'une voix basse, et Ino ferma les yeux pour contenir ses larmes.

« Et si ton soi-disant entraînement blessait son esprit ? Et si tu l'accélérais au lieu de l'aider ? Et alors quoi ? Es-tu prêt à prendre ce risque ? »

« Tu sais bien que non. Mais tu ne sais pas ce qui est en train de se passer, et je ne veux pas que notre famille finisse comme les Uchiha. »

« Je t'aime, mais si je perds ma petite fille plus tôt à cause de tes actes, Inoichi, je te tuerais moi-même. J'en fais le serment. »

Ino ne réussissait plus à les entendre. Ils avaient enfin dû s'éloigner. Alors la jeune fille avança jusqu'à son lit et se laissa tomber dessus.

Que se passait-il à Konoha, bon sang ?

Pourquoi son père était-il si inquiet ?

Elle avait vu quelques petites choses dans son esprit, mais pas assez. Aussitôt qu'elle avait réussi à perforer ses extraordinaires barrières, il l'avait expulsée, mais pas avant qu'elle puisse jeter un petit coup d'œil.

Du progrès, elle en faisait, il n'y avait aucun doute. Elle était plus forte, plus habile, plus rapide. Inoichi était encore jeune, mais il était un télépathe très puissant, alors ça avait commencé plus tôt que la normale chez lui, et un jour prochain, ce serait son tour.

Son destin était inscrit dans ses gènes, mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne se battrait pas contre lui. Elle ignorait comment, mais elle se battrait.

Pourtant, elle avait bien conscience que rien ne l'empêcherait de finir comme tous ses aïeuls, comme son grand-père, son oncle Irake, et bientôt son père.

C'était le sort réservé aux Yamanaka doués de télépathie.

C'était leur malédiction.

O

« Et à propos d'Eli Watanabe ? » demanda Shikaku Nara, son visage un masque de gravité.

Hiruzen Sarutobi tourna son attention vers les autres membres présents ce soir-là. Kakashi Hatake écoutait en silence, Anko Mitarashi, la plus jeune d'entre eux, semblait s'ennuyer ferme.

« Elle a été incarcérée dans une cellule isolée dans le bâtiment de l'Agence. Inoichi et Ibiki l'interrogeront aussitôt qu'elle sera prête, mais Minako Hyuuga a confirmé qu'elle était une espionne. »

« Très bien, » acquiesça le maire posément. « Ça m'attriste de devoir arrêter d'aussi jeunes gens, mais nous n'avons d'autre choix étant donnée la situation. Il semble que notre ennemi ait accéléré les choses, mais nous ne l'avons toujours pas identifié. Ce doit être notre priorité. »

« Et au sujet de nos alliés ? » demanda finalement Kakashi. « Des nouvelles ? »

« Ils travaillent toujours dans l'ombre, mais une délégation va bientôt arriver. Il est temps d'agir avec plus de fermeté. »

« Et pour les Uchiha ? Depuis la mort d'Itachi, nous n'avons plus aucune information quant à leurs plans. »

« Nous les surveillons toujours, Shikaku. Les agents d'Inoichi sont prudents, ils doivent respecter les règles de la police. Mais il est devenu apparent que les Uchiha ont changé leurs préoccupations. Quelles sont-elles à présent ? Et combien de temps avant qu'ils ne reviennent à leurs plans initiaux ? Cela, nous l'ignorons toujours, mais nous savons qu'ils ne pourront pas faire grand-chose en étant seulement trois. »

« On est toujours pitoyablement ignorants, » grogna Anko. « On n'a quasiment rien appris de nouveau. On aurait dû agir avant tout ça, l'année passée, quand il était encore temps ! »

« Patience. Les Ombres feront bien un faux pas tôt ou tard, » conseilla Kakashi, ses cheveux argent brillant sous la lumière artificielle. Son jeune visage demeurait pourtant terne. « C'est inévitable. »

« Ils ont presque tous les Anciens Clans de Konoha sur leurs traces, le maire et le directeur de l'Agence inclus, sans parler de nos alliés. » Tanzo haussa les épaules. « Ils n'auront aucune chance de nous échapper, surtout si nous divulguons tout ce que nous savons à la population. »

« Il est un peu tôt pour ça. Mais ça viendra. »

« J'ai hâte qu'ils payent pour toutes les souffrances qu'ils ont causées ! Et j'espère bien qu'ils morfleront ! »

Personne n'essaya de calmer Anko cette fois-ci. Personne ne s'en sentit le droit.

Beaucoup dans le Cercle avait souffert à cause des actions de ceux qu'ils surnommaient les Ombres. Anko était l'une d'entre eux, et la seule avec assez de cran pour dire à voix haute ce qu'ils pensaient tous.

Mais les membres du Cercle ne pouvaient pas savoir que leurs chances ne reposaient pas uniquement en leurs actions, mais aussi (et surtout) en leurs étudiants et en leurs enfants.

O

Elle était triste.

Triste et malade. Et seule.

Elle était perdue dans ce monde si, si grand dont elle ne comprenait pas la plupart des choses.

Qu'avait-elle fait de si mal ?

Et la voilà ici, toute seule dans le noir, tremblante, sanglotant comme la jeune et confuse enfant qu'elle était.

Elle voulait sa maman. Et son papa aussi. Mais ils ne viendraient pas. Ils ne répondraient pas à ses pleurs, à ses cris. Ils n'y répondaient plus ces derniers temps.

Parce qu'elle était une mauvaise fille. Parce qu'elle était différente.

Honteuse, et fatiguée, et fiévreuse, elle se sentait mieux perdue dans cet étrange et sombre endroit que dans le monde réel où ses camarades l'intimidaient et où sa mère la haïssait.

Elle rêvait de pouvoir disparaître dans ces ombres pour toujours.

« Salut. »

Terrorisée par cette soudaine intrusion, elle leva ses yeux verts pour trouver une fille de son âge debout devant elle. Elle avait des cheveux blonds coupés au carré, d'étranges yeux bleus profonds, et un doux sourire sur son visage délicat.

« Qu – qu'est-ce que tu fais là ? »

« Qu'est-ce que tu fais là ? » lui demanda la fille à son tour, son sourire un peu plus nerveux.

« Je… je me suis endormie, je crois. J'étais malade, et ils m'ont laissée dans l'infirmerie. »

« Tu dois être en train de rêver alors. Je m'appelle Ino. »

Sakura baissa les yeux sur ses pieds. La fille blonde lui paraissait familière, mais elle n'arrivait pas à se souvenir pourquoi, ni où elle avait pu la voir.

« Tu n'as pas de prénom ? »

« S- Sakura. »

« Joli nom, » complimenta Ino avec un sourire lumineux. « Tu ne devrais pas pleurer et te cacher derrière tes cheveux comme ça. Tu es jolie, tu devrais montrer ton visage, garder ta tête levée. »

Sakura n'avait plus entendu d'aussi gentils mots à son encontre depuis aux moins deux ans. Elle leva un regard curieux vers cette fille, belle et assurée. Elle devait avoir huit ans, comme elle.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Est-ce que c'est important ? » demanda Ino. « On pourrait aller ailleurs, dans un endroit plus drôle. Et jouer ! »

« Comment ? »

« C'est ton esprit, tu dois juste choisir, je pense. » Ino lui tendit sa main droite. « Alors ? On est amies maintenant, pas vrai ? »

Sakura était complètement abasourdie par cette étrange fille. Elle prit sa main et ne put empêcher son petit sourire timide lorsque le visage d'Ino s'illumina de joie.

« Allons-y. »

Tout semblait bien moins sombre et effrayant lorsque sa main était dans celle d'Ino.

O