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4. Des lignées.

« Et bien, Mademoiselle Yamanaka, c'est votre jour de chance. »

« Je suis désolée. »

« Je venais à peine de fermer la porte. Prenez votre place. »

Essoufflée, Ino hocha la tête pour remercier Gemma Shiranui, leur professeur de maths, un Commun, et alla s'asseoir, les yeux de la classe entière braqués sur elle. Ino Yamanaka n'était jamais en retard (ou presque en retard en l'occurence).

Sakura leva un sourcil mais ne réagit pas davantage. Elle n'avait toujours pas parlé à l'autre fille ou à Hyuuga au sujet de leur projet, et elle n'était pas pressée de devoir le faire. Elle était ennuyée et embarrassée en raison de ses actions au café et, en même temps, elle se trouvait plutôt agacée. Pile quand les choses s'arrangeaient pour elle, il fallait qu'elle se retrouve dans cette situation.

Une heure plus tard, Shiranui les laissa discuter entre eux durant les quelques minutes les séparant de leur prochain cours. Et à la plus grande horreur de Sakura, Ino se dirigea droit vers elle.

« Salut. Ecoute, à propos de l'autre jour, je suis désolée. Je ne voulais pas t'offenser. »

Sakura ravala son embarras et opina de la tête.

« Je suis désolée, moi aussi. Je n'aurais jamais dû dire ça. »

Ino lui offrit un petit sourire, et Sakura fut choquée par l'épuisement qu'elle pouvait lire dans ses traits.

« Bien. Hinata, toi et moi pourrions aller quelque part pour parler du devoir alors, après les cours. Si tu es libre ? »

Sakura allait acquiescer quand le professeur interpella la classe.

« J'ai presque oublié. Je veux vos devoirs sur mon bureau avant que vous ne partiez. »

« Il y avait un devoir à rendre aujourd'hui ? » s'étonna Ino.

« Euh, oui. »

« Mince. »

« Je veux savoir immédiatement qui ne l'a pas fait. Ne me forcez pas à compter les copies encore une fois. »

Un gars et une fille levèrent la main, l'un des deux bien plus sérieux que sa camarade, hilare. Shiranui était connu pour ses règles strictes au sujet des retards et des devoirs. Les enfreindre garantissait un ticket pour le bureau du directeur.

Le professeur et tous leurs camarades regardèrent Ino avec des yeux écarquillés par le choc lorsqu'elle leva sa main également.

« Yamanaka ? » remarqua Shiranui, sa voix d'ordinaire impassible portant toute la trace de sa surprise.

« Je suis désolée, Monsieur, j'ai oublié mon devoir. »

« Et bien, il y a vraiment un début à tout, apparemment. Vous irez dans le bureau du directeur après votre dernier cours. Taruno, j'espère bien qu'il s'agit de votre dernier oubli. »

La jeune fille, connue pour ses facéties, se contenta d'hausser les épaules.

A la fin de la journée, Sakura attendit ses deux camarades près de l'entrée nord (la plus grande) comme convenu. Plantée là, elle se sentait plutôt stupide. Elle n'avait plus du tout l'habitude de devoir attendre qui que ce soit, et réalisa que, en dehors de l'école et dernièrement de Mari, elle n'avait jamais besoin d'adapter son emploi du temps pour se plier à des obligations. Cela faisait des années qu'elle était complètement indépendante.

Hinata fut la première à la repérer. Elle lui sourit timidement et attendit patiemment à ses côtés. Un énorme chien blanc neige les rejoignit bien vite, et à la stupéfaction de Sakura, Hinata entreprit de les présenter.

« Voici Akamaru, le compagnon de Kiba, mais je pense que tu le sais déjà. Akamaru, je te présente Sakura Haruno. »

Le chien jappa doucement, comme s'il avait compris les mots de la jeune héritière, et Sakura put seulement hocher la tête, sans voix devant une scène aussi incongrue.

Enfin, Kiba, Naruto, Lee et Tenten arrivèrent.

A croire qu'ils s'étaient perdus dans les couloirs.

« Oh, Sakura ! Salut ! »

« Salut, Lee, » répondit Sakura prudemment en tournant le regard vers l'étrange garçon, toujours habillé de vert. Il avait beaucoup trop d'enthousiasme et était beaucoup trop bruyant au goût de Sakura. « Mais on a passé toute la journée dans les mêmes salles, tu sais. »

« Mais je ne t'avais pas saluée. »

« C'est vrai. »

« Bon, les gars, je dois vraiment rentrer. »

« Quoi ? Pourquoi ? » demanda Naruto en centrant son attention vers son ami.

« Ma mère veut que je m'assure que mes sœurs rentrent bien. Elles doivent m'attendre à la sortie sud. »

« Oh. D'accord. »

« Hey, tu sais si j'avais le choix, je resterais avec vous. Ma mère est juste hyper protectrice en ce moment. »

« Elle a peur de ce qu'on pourrait te faire, » comprit Kiba sombrement.

Et Sakura nota qu'il avait vraiment des airs de loup furieux lorsqu'il n'était pas l'habituel garçon jovial.

« Oh, allez, elle vous connait tous. C'est pas ça. Elle est juste nerveuse. »

« Nan, ça va, » sourit Kiba. « On est des durs à cuire, de vrais voyous. »

« C'est ça, ouais. Vous avez vu Ino ? Je voulais encore m'excuser pour mon absence à sa fête d'anniversaire le week-end dernier. »

« Ouais, je suppose que te laisser aller à la propriété des Nara pour fêter les anniversaires de leur fils et de l'héritière des Yamanaka, c'était un peu trop, » blagua Tenten.

« Très drôle. Vous pourrez lui dire ? Faut vraiment que j'y aille. »

« Ne t'en fais pas. Elle sait. »

« Bye. »

Une fois qu'il fut parti, Kiba soupira et son chien gémit.

« Putain, ça craint. »

« Yep. »

« Alors, Tenten, tes parents ne flippent pas trop de savoir que tu traînes avec les horribles enfants des Anciens Clans ? »

« Tu déconnes ! Ma mère trouve ça trop cool ! Mon frangin est jaloux comme un pou, il est ami avec deux ou trois Spéciaux, mais ils ne sont pas vous. »

« Ah, c'est bon de se sentir aimé, » sourit Kiba avant de déposer un baiser sur la joue de la jeune fille.

Sakura trouvait tout cela sans aucun intérêt, et elle en avait plus qu'assez d'attendre et de devoir les supporter. Elle était sur le point de tourner les talons et de partir quand enfin Yamanaka se montra.

« Désolée. »

« C'est rien. Alors, qu'est-ce qu'il t'a dit, le directeur ? » demanda Naruto.

Elle haussa les épaules.

« Il a laissé Shiranui nous donner une heure de colle et un devoir. Ça a duré deux secondes. »

« Il est sympa avec tout le monde sauf moi, » se plaignit Naruto. « Je vous jure qu'il me déteste. Il détestait mon père aussi. »

« Il est cool avec tous les élèves, je suis sûr que c'est juste de la malchance, » commenta Tenten avec un sourire amusé.

« Tsss. »

« Les filles et moi devons aller travailler sur notre devoir. »

« Okay. »

Ils quittèrent l'école et étaient prêts à se séparer lorsqu'un minivan s'arrêta à côté d'eux. Un grand jeune homme dont les cheveux un peu trop longs étaient retenus par un élastique sortit du côté passager avant de les saluer d'un signe de tête et de se tourner vers Ino.

Il s'agissait de Shikamaru Nara. L'un des héritiers des Nara, mais le seul de la branche aînée. Il serait par conséquent le prochain chef du clan selon ces traditions ancestrales complètement désuètes et idiotes. Quelle en était l'utilité, sérieusement ?

« On doit parler. »

Ino hocha la tête.

« Okay. A propos de quoi ? »

Shikamaru leur jeta un coup d'œil, visiblement peu enclin à parler devant eux. Il recentra son attention sur Yamanaka et plongea son regard dans le sien. Ils semblèrent se comprendre alors, parce qu'elle acquiesça d'un air grave. Et puis, après quelques secondes étranges durant lesquelles ils continuèrent à s'observer alors que tout le monde les regardait, Nara soupira.

« C'est ennuyeux, » murmura t-il. Il tourna la tête vers Tenten et Sakura et plissa les yeux. « Vous savez comment garder des secrets ? »

Tenten répondit immédiatement par l'affirmative, et Sakura se retrouva à acquiescer elle aussi.

C'était quoi encore, ce bordel ? Tout ce qu'elle voulait faire, elle, c'était ce foutu devoir !

« C'était quoi, ça ? » chuchota Kiba à l'attention d'Ino et de Shikamaru.

Mais les deux jeunes gens les invitèrent à entrer dans le minivan rouge. Un jeune homme enrobé aux cheveux châtains indisciplinés était assis derrière le volant.

« Hey, Choji, » sourit Ino, alors qu'elle entrait dans le véhicule en dernier et fermait la porte. « Comment vas-tu ? »

« Bien. Tu veux conduire ? »

« Ahaha. Mais tu verras, j'aurais mon permis avant l'hiver. »

« Hey, je l'espère, princesse. Mes parents et le reste de ma famille te passent le bonjour. Maman veut que tu viennes au restau, elle dit que ça fait trop longtemps qu'ils ne t'ont pas vue. »

« J'essayerai. »

« Je vous emmène où ? »

« Shika, tes parents sont chez toi ? »

Le jeune homme fronça les sourcils.

« Au travail. »

« C'est parti, dans ce cas. »

Choji se mit en route et leur offrit un petit sourire d'excuse par rétroviseur interposé lorsqu'ils se retrouvèrent tous écrasés sur le côté.

« Désolée, elle est un peu vieille. Mon oncle et mon père l'ont rafistolée pour mon anniversaire l'année dernière. »

« C'est cool. En plus, on tient tous là-dedans, » sourit Naruto. « J'espère que j'aurai une voiture à mon anniversaire la semaine prochaine moi aussi. »

« Ne rêve pas trop. Iruka n'a pas les moyens, et contrairement à la famille de Choji, il ne connaît rien à rien sur les voitures, » remarqua Kiba, amusé. « Au fait, tu ne nous as toujours pas parlé de ta fête. »

« Ce sera chez moi bien sûr. »

« Euh… à l'appart d'Iruka ? T'es sûr ? La dernière fois, si les voisins n'ont pas appelé la police c'est seulement parce que Neji et Sasuke sont ceux à être allés les voir. »

« Non, c'est cool, juré. Et ce sera que nous cette fois. Petit comité. Et pas de clone. Hey, Sakura, tu devrais venir ! »

Complètement surprise qu'ils ne l'avaient pas oubliée, la jeune fille leva les yeux vers le blond assis à côté d'elle. Il lui souriait de toutes ses dents.

« Ouais, tu devrais vraiment venir ! On va fêter mon dix-huitième anniversaire, le week-end prochain. La semaine dernière, on a fêté ceux d'Ino et de Shikamaru. Ils sont nés à un an et un jour d'intervalle. Vraiment, viens, pas besoin d'amener quoi que ce soit, ce sera juste une réunion d'amis avec des tonnes de bouffe et un tout petit peu d'alcool. Rien de fou, promis. »

C'était étrange de voir Naruto l'inviter alors qu'il venait juste de préciser que ce serait une fête entre amis proches. Mais Naruto était comme ça, supposa t-elle. Elle ne répondit ni oui ni non, et il n'insista pas.

« Whoa, regardez ça ! C'est pas une maison, c'est un château ! » s'amusa Kiba en observant les résidences par la fenêtre. « C'est quoi ce quartier ? »

Sakura tourna la tête pour voir de l'autre côté de la rue une grande propriété se dressant dans ce quartier calme, serein même. Il n'y avait que des grosses maisons et de magnifiques jardins, bien loin des immeubles gris du centre-ville. Mais la propriété que Kiba pointait du doigt était encore différente, avec ses murs de vieilles pierres grises et ses portes de bois élégantes. Ce qu'ils pouvaient apercevoir des jardins n'était que couleurs, et un mur ainsi qu'un lourd portail en fer noir (ce jour-là ouvert) protégeaient l'endroit des curieux.

Shikamaru secoua la tête.

« Kiba, ça, c'est le manoir Yamanaka. »

« Le… Merde, Ino, tu vis ici ? »

N'ayant pas réagi à la surprise de ses amis, Ino haussa les épaules.

« Je suis née ici. »

« Sérieux ? » demanda Tenten.

« Normalement, c'est une tradition qui n'est maintenue que pour le premier né des héritiers du clan, mais ma mère voulait m'avoir à la maison, malgré les craintes de mon père. »

« Mais… tu n'es pas la seule héritière de ta famille ? »

Un court silence s'installa avant qu'Ino ne réponde, ses yeux sur les quartiers qui défilaient.

« Mon père est le second de trois fils. Mon cousin ainsi que ma tante qui était alors enceinte sont morts dans un accident de voiture avant ma naissance, ce qui fait de moi l'unique héritière, mais pas la première née. »

« Oh. Je suis désolée. »

« Ce n'est rien. »

« Comment ça se fait qu'on ne soit jamais venus là ? Attends, Hinata, toi aussi tu vis dans un château ? »

La jeune fille rougit.

« Non. Notre propriété a été construite il y a quarante ans par mon grand-père, c'est une très belle maison mais pas aussi grande que le manoir ancestral des Yamanaka. Et puis il n'y a que mes parents, ma sœur et moi, donc la maison est largement assez grande. »

« Alors, combien de fois tu t'es perdue quand tu étais petite, Ino ? » demanda Kiba avec un rictus.

« Jamais. Mais Shikamaru s'est perdu une fois quand il avait cinq ans. »

« Il faisait nuit, » rétorqua le jeune homme.

« Et puis nous ne vivons pas seuls au manoir. Les quartiers de ma grand-mère se trouvent au rez-de-chaussée, mes parents et moi vivons au premier, et mes oncles au second. »

« Vous vivez tous là-dedans ? » s'étonna Tenten. « Ugh. Je détesterais vivre avec mes grands-parents et mes cousins. »

« Mon clan était l'un des plus grands à l'époque des ninjas, mais ces trois derniers siècles ont bien réduit notre nombre. C'est pour ça que nous vivons tous dans le manoir ces dernières décennies. »

Ino ne leur disait pas tout, Sakura pouvait le sentir. Bien sûr, elle en avait le droit, et personne ne lui posa plus de questions sur le sujet.

« C'était quoi le symbole sur le portail ? »

« L'emblème de mon clan. Tous les Anciens Clans en ont encore. »

« Nous y sommes, » annonça Choji.

Il se gara devant une maison traditionnelle, l'emblème des Nara gravé sur le mur de bois. C'était une belle maison de taille moyenne, bien entretenue, avec des tatamis et des panneaux en guise de portes. Ils se rendirent tous dans le patio intérieur et s'installèrent.

« Alors, c'est quoi le problème ? » interrogea immédiatement Kiba.

« Les derniers Uchiha ont disparu. »

« Quoi ? » s'exclama Naruto en se redressant. « Et Sasuke ? »

« Je ne sais pas. J'ai juste entendu mon père en parler avec le père d'Ino. Apparemment, les agents n'arrivent pas à les retrouver. D'après ce que j'ai compris, le clan préparait quelque chose de pas net avant les meurtres, et Inoichi et papa étaient inquiets à l'idée qu'ils tentent quelque chose bientôt. »

« On sait s'ils sont toujours à Konoha ? »

« Non. »

« Mais, Ino, » commença Tenten, « est-ce que ton père ne peut pas sentir leur présence ou quelque chose dans le genre ? »

Visiblement mal à l'aise, Ino fronça les sourcils.

« Il y a beaucoup de monde à Konoha. Le don de mon père pour détecter les présences n'est pas assez puissant pour couvrir un endroit aussi grand, loin de là, en fait. Sa télépathie n'est pas centrée sur cette capacité. »

« Est-ce que vous croyez que les Uchiha savent qui a tué les leurs ? » demanda Naruto sombrement. « Vous croyez qu'ils l'ont toujours su ? »

« C'est une possibilité, » répondit Shikamaru. « Peut-être qu'ils préparent leur vengeance, mais on ignore toujours ce qu'ils préparaient avant les meurtres. Et ça impliquait tout le clan apparemment. »

« Ino ? » demanda Choji. « Tu penses à quoi ? »

La jeune fille leva les yeux vers lui, surprise, et sembla nerveuse de voir toute l'attention tournée vers elle.

« Peu importe ce que le clan préparait, c'était criminel. »

« Comment tu sais ça ? Euh, laisse tomber, » ajouta rapidement Shikamaru avant de continuer. « Attendez. Les autorités n'auraient quand même pas quelque chose à voir dans ces meurtres, pas vrai ? »

« J'y ai pensé, » admit Ino. « Mais si ça avait été le cas, mon père aurait été impliqué, et je suis certaine qu'il ignore ce qu'il s'est passé cette nuit-là. »

« Peu importe ce que c'est, c'est quelque chose d'énorme. Ton père a rappelé au mien ses serments. Il avait l'air soucieux, autant que ton père peut avoir l'air soucieux. »

« Les serments ? Quels serments ? » demanda curieusement Naruto.

« Les clans Akimichi, Nara et Yamanaka sont liés par des serments depuis des siècles. Les ninjas de nos familles s'entraînaient ensemble et se protégeaient lors des guerres et des conflits. Ils s'aident financièrement et politiquement depuis aussi longtemps. A chaque génération, les héritiers doivent prêter serment. Ino, Shikamaru et moi l'avons fait lorsqu'on a eu seize ans. »

« Nos pères étaient amis, avec ou sans serment. Donc on se connaît depuis qu'on est bébés. Si mon père rappelle à Shikaku ses serments, c'est parce qu'il est inquiet pour la sécurité de mon clan, peut-être de tous nos clans. »

« Ça paraît évident que les Sept sont au centre de ce qui est en train de se manigancer, » déclara Kiba en caressant la tête d'Akamaru.

Sakura resta silencieuse, assise un peu à l'écart, mal à l'aise de se retrouver présente à cette étrange réunion. Sa curiosité était piquée par cette conversation surréaliste mais elle se demandait bien pourquoi ils n'avaient aucun problème à parler de telles choses devant elle. Ils la connaissaient à peine !

« Les Sept ? » répéta Tenten, perdue. « Sept quoi ? »

« Anciens Clans. Enfin, les plus puissants, encore aujourd'hui, parce qu'il y a plus de sept clans remontant aux ninjas, » expliqua Kiba. « Initialement quand Konoha n'était qu'un petit village ninja, sept familles s'élevèrent au-dessus des autres en raison de leurs techniques secrètes et de la puissance de leurs membres. Les Senju, les Uchiha, les Hyuuga, les Nara, les Akimichi, les Yamanaka et les Aburame. C'est seulement grâce à leur nombre et leur force que même après toutes les guerres ninjas ces clans sont restés assez grands pour ne pas disparaître durant les siècles qui ont suivi comme tant d'autres. Même aujourd'hui, les dons des membres des Sept clans sont toujours puissants, au-dessus de ceux des familles comme la mienne. On dit même que les Sept détiennent encore les secrets du passé et la vraie histoire de notre monde, qu'ils se passent ces connaissances de génération en génération. »

« C'est vrai ? » demanda Tenten à Ino, Hinata, Shikamaru et Choji, adorant visiblement ces histoires.

« Les secrets du clan doivent rester dans le clan, » répondit Choji en souriant. « La première des trois règles qu'on nous apprend lorsqu'on est enfant. »

« Lorsque les Sept étaient encore la force du Pays du Feu, le principal secret que tous les ninjas devaient garder par tous les moyens était celui de leurs techniques. A l'époque il était encore possible d'apprendre de nouvelles capacités, de nouveaux pouvoirs. C'est pour ça qu'on les appelait des techniques, et pas des dons naturels. »

« Et à présent, trois des Sept Anciens Clans sont très affaiblis ou près de s'éteindre, sans parler du fait que la seule héritière connue des Senju a quitté la ville il y a un moment sans jamais revenir. Les Aburame ne sont plus dans le coin non plus. Je doute fort que ce qui est arrivé aux Uchiha et le déménagement des Aburame soient arrivés par hasard. C'est ennuyeux, » ajouta lentement Shikamaru.

« C'est comme si on cherchait à affaiblir la ville. Comme s'ils craignaient les clans. »

« Alors… » murmura Hinata. « Ce doit être quelqu'un d'assez puissant pour oser s'en prendre à nos clans. Et apparemment, son plan remonte à des années. »

« Probablement. On doit tous rester en alerte. Quatre d'entre nous seront chefs de clan un jour, et Kiba et Naruto sont nés de lignées très respectées eux aussi, connues pour soutenir la justice. Nous pourrions être des cibles. »

« Ah ! Je plains le pauvre fou qui oserait essayer de s'en prendre à Hana ou à moi, » s'amusa Kiba en s'appuyant sur ses mains pour étaler ses jambes dans l'herbe. « Ma mère et les chiens les tailleraient en pièces. »

« Ou ils mourraient en essayant. »

« Ouah, Ino, que tu es positive aujourd'hui, un vrai rayon de soleil. »

« Désolée, » soupira son amie. « Shikamaru ? »

« Oui. Pour des raisons de sécurité, nous devrions tous nous retrouver une fois par semaine. »

« Tous ? » répéta Hinata.

« Avec Neji, s'il peut. »

« Pourquoi on ne ferait pas ça par téléphone ? » demanda Choji.

« Trop facile à pirater, sans parler d'imiter les voix. »

« Mais si on ne peut pas venir ? »

« C'est juste une fois par semaine, Choji. »

« Mais connaissant nos emplois du temps, ce sera le vendredi après les cours, pas vrai ? Ce n'est pas un moment idéal pour moi. »

« On interfère dans sa vie amoureuse, » taquina Ino.

« Hey ! Tu connais nos règles ! »

La jeune fille leva les deux mains.

« Tu as projeté. »

Sakura (comme les autres apparemment) n'avait aucune idée de ce dont ils parlaient, mais elle l'oublia bien vite lorsque le regard de Shikamaru se posa sur elle.

« Toi aussi. »

« Moi quoi ? »

« Tu devrais venir aux réunions, pour ta propre sécurité. »

« P-pardon ? Je n'ai rien à voir avec – »

« Tu es une Première. Tu ne le sais peut-être pas, mais tu n'es pas la seule à être née ces trois dernières décennies. Un garçon de quelques années notre aîné avait été déclaré comme Premier avant d'être kidnappé lorsqu'il avait trois ans. La police et l'Agence l'ont recherché pendant des mois, mais le bébé avait disparu sans laisser de trace. Tu es la seule, avec ce gamin et Jiraiya lui-même, à être née dans le pays depuis plus d'un siècle. Et beaucoup savent ça, et il est clair que nos ennemis ont un fort intérêt pour les Spéciaux puissants. Et les Premiers sont, par définition, les plus dangereux d'entre nous. Conclusion : tu es sans doute autant en danger que nous. »

Ils étaient cinglés !

« Je n'ai rien qu'ils pourraient vouloir, » affirma t-elle fermement, agacée et fatiguée. « Crois-moi, il n'y a rien de très puissant chez moi. »

« Ils ne le savent pas. Et la vérité, c'est que toi-même tu n'en sais rien. Il faut souvent des décennies pour apprendre à contrôler un don, et encore plus longtemps pour vraiment comprendre sa nature. Nos parents nous enseignent tout ce qu'ils savent sur nos pouvoirs et nous aident à les maîtriser dès qu'ils apparaissent. Mais malgré ça, nous sommes complètement seuls lorsqu'il s'agit de vraiment savoir de quoi nous sommes capables. »

« Et même sans parler de ça, ils pourraient te vouloir pour ton sang, » expliqua Naruto, et cette ombre dans ses yeux azur était perturbante. « Nos dons sont liés à nos gènes. Beaucoup de théoriciens ont étudié les familles de Spéciaux et leur sang pour déterminer l'origine des capacités, et quelques personnes ont même mené des expériences sur eux avant les Lois. »

Ino hocha la tête.

« Orochimaru lui-même était un grand scientifique, obsédé par les dons. Il était convaincu que, comme nos ancêtres, nous pourrions apprendre des techniques, et que la clé de cette connaissance était dans notre corps et notre sang. Certains pensent qu'il avait trouvé un moyen d'obtenir d'autres pouvoirs, mais ses recherches, trop dangereuses pour des raisons évidentes, ont été détruites par Tsunade et Jiraiya. Ce garçon, l'autre Premier, il n'a pas été le seul à disparaitre ces dernières années. D'autres enfants ont disparu dans d'autres villes. Personne n'a jamais pu prouver que ces drames étaient liés, mais c'est un fait suspecté par la police et l'Agence. Sachant tout ce qu'on sait, il est possible qu'un des buts des gens derrière tout ça est de reprendre les recherches d'Orochimaru. Mais on pourrait avoir tort. Peut-être que tout ce qu'ils veulent, c'est exterminer les Spéciaux, par haine ou prudence. D'une façon ou d'une autre, ils pourraient s'intéresser à toi tôt ou tard. »

Super. Vraiment super.

Était-ce toujours aussi plaisant de partager la compagnie d'autres personnes ?

« Fais ce que tu veux, mais penses-y, » lui conseilla Shikamaru avant de bailler. « Ma mère va bientôt rentrer. »

« On s'en va. On a toujours un devoir à faire, nous. Choji, tu seras là vendredi, point. »

Le jeune homme grimaça.

« Allez… »

« Tu n'as qu'à l'amener avec toi. »

« J'essaye de ne pas l'effrayer avec notre bizarrerie générale. Oh, tu pourrais simplement me contacter et tu sauras tout de suite si quelque chose ne va pas ! Comme ça, je – »

« Non, » intervint Shikamaru en s'étirant. « Elle n'est pas un moyen de communication. »

« On se voit la semaine prochaine ! » salua Ino avant de quitter le patio avec Hinata et Sakura.

Cette dernière se contenta de soupirer.

Comment sa vie avait-elle pu tourner ainsi aussi soudainement ?

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« Je suis désolée, » s'excusa Ino pour la dixième fois de la journée (au moins) lorsque les filles s'installèrent à une table de la bibliothèque municipale. « On t'a plus ou moins kidnappée tout à l'heure. »

« Oui, » appuya doucement Hinata. « Ça a dû te paraître très étrange. Je t'assure qu'on n'est pas toujours aussi bizarres. Et on ne kidnappe pas les gens non plus, bien sûr. »

« Ça va. Bon, à propos du devoir ? »

Sakura avait vraiment hâte d'en finir avec ce travail, et cette étrange journée flippante. Cette dernière heure lui en avait appris plus qu'elle ne l'aurait souhaité. Qu'est-ce qu'ils faisaient, tous ces cinglés ? Ils jouaient les détectives ? Et pourquoi donc avait-elle été embarquée dans cette histoire ? Elle n'avait même jamais parlé avec Nara et Akimichi auparavant, et eux avaient semblé tout savoir sur elle !

Mais, comme le songea la jeune femme en marchant sur le chemin du retour, il y avait une vérité au milieu de tout ça. Elle se souvenait que trop vivement des avertissements des autorités lorsqu'ils l'avaient enregistrée comme Première, des années auparavant. Et de tous ces conseils qu'elle avait entendus, encore et encore. A présent qu'elle y réfléchissait, tous, officiels comme professeurs comme camarades, avaient été insistants, comme anxieux de lui faire comprendre sa situation délicate et à quel point la discrétion était essentielle.

Une raison de plus de rester loin de tout le monde.

Le groupe Héritiers&Co était pénible à supporter, et s'ils croyaient l'avoir effrayée avec leurs discours pour qu'elle aille à leurs stupides réunions, ils allaient être déçus !

Elle ne les comprenait pas, ne pouvait les comprendre, et Sakura haïssait ne pas être au contrôle.

Heureusement, cette fois-ci Yamanaka, Hyuuga et elle avaient pu avancer sur leur projet. Les deux autres filles n'avaient pas essayé de parler d'autre chose.

Franchement, quelle bande d'idiots.

Enfin…

Sakura rirait bien de tout ce qu'il s'était passé, si seulement elle n'était pas aussi certaine qu'ils avaient raison sur beaucoup.

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Elle cligna des yeux. S'étudia une nouvelle fois. Cligna des yeux.

Pas trop mal, décida t-elle, pour la première fois depuis longtemps.

Ces dernières semaines, elle avait réussi à prendre un peu de poids et n'apparaissait plus aussi maigre. Même sa peau avait l'air moins pâle que d'habitude. De bons repas quelques fois par semaine changeaient tout, apparemment.

Tout en se moquant d'elle-même, Sakura attrapa son sac et partit pour l'Académie. Le projet de sciences devait être rendu ce jour-là, et cela voulait dire qu'elle n'aurait plus à supporter les autres filles, même si la troisième et dernière fois avait été plutôt normale (ce qui, après la fiasco au café et la visite chez Nara, n'était pas très difficile).

« Sakura ! »

Avec un petit soupir, la jeune femme stoppa ses pas et attendit la fillette. Mari lui offrit un sourire éclatant.

« Salut ! »

« Salut. »

Elle portait la veste que Sakura lui avait achetée d'occasion la dernière fois qu'elles s'étaient vues, quand elles avaient séché l'école. La petite en avait vraiment eu besoin. Elle semblait bien ce matin-là, ce qui était un soulagement. Sakura n'aurait pas apprécié commencer sa journée en étant énervée ou triste pour sa jeune voisine.

« Regarde ! Tu as vu ces nuages ? Il va pleuvoir ! Génial ! »

« Génial ? Tu trouves vraiment tout super, » marmonna Sakura, ce qui fit rire Mari.

« Ouais ! J'aime la pluie, et le soleil aussi ! Tu vois, c'est parce qu'ils sont différents. Tu crois pas qu'on s'ennuierait si c'était toujours pareil ? »

Elles marchèrent un moment encore, et Mari ne cessa de commenter tout ce qu'elle pouvait voir.

« Et regarde ce vieux monsieur ! T'as vu sa drôle de tête ? Oh, Sakura, regarde ! Les petits chiens, ils ont l'air trop contents ! Whoa ! T'as vu ces fleurs ? »

Sakura était prête à craquer. Vraiment. Heureusement, le bout de la rue approchait et avec lui, l'arrêt de bus, où elles prendraient chacune un véhicule différent.

« Tu l'aimes pas, Sakura ? » demanda curieusement Mari alors qu'elles s'asseyaient sur un banc pour attendre.

Elle l'observait de ses grands yeux ronds et Sakura ne put s'empêcher de lui répondre.

« Aimer quoi ? »

« Le monde. Tu ne souris presque jamais, tu sais. Tu ne l'aimes pas ? Avec le ciel qui devient noir quand ça va pleuvoir, et les feuilles rouges qui tombent par terre, c'est joli, et tous ces gens dans les rues avec toutes les vestes de toutes les couleurs,… »

Non.

Elle ne l'aimait pas.

Rien n'était beau aux yeux de Sakura. Tout avait perdu ses couleurs des années auparavant. Surtout à présent, puisque apparemment, chaque personne représentait un danger potentiel. Le monde était dur, cruel, froid. Il n'avait rien de beau lorsqu'on crevait de faim régulièrement, lorsqu'on n'avait plus aucune chaussure pour aller à l'école, lorsqu'on avait peur de s'endormir et de mourir d'hypothermie. Ou quand des petites filles aux grands yeux ronds qui aimaient ce monde froid, cruel et dur passaient leur temps à se faire battre par nul autre que l'homme qui était supposé les protéger de tout et les aimer inconditionnellement.

Mais ça n'existait pas, pas vrai ? L'amour inconditionnel.

Des règles implicites se cachaient toujours juste derrière, et un jour, sans avertissement, elles vous aveuglaient par leur existence et vous vous retrouviez désorienté, perdu et tout seul.

« Le monde, c'est un bel endroit je trouve. Quand tu oublies tout le mal, c'est vraiment un bel endroit. Pas vrai, Sakura ? »

Quelle étrange petite créature, cette Mari.

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« Hey. »

Sakura leva la tête et ne fut qu'à demi surprise de voir Ino Yamanaka debout à un mètre d'elle. Après un déjeuner rapide, Sakura avait décidé de s'isoler dans un coin de l'école, mais ces temps-ci personne ne semblait plus respecter son besoin de solitude.

« Hey, » répondit-elle néanmoins.

Ino semblait étrangement nerveuse. Elle serrait son sac bleu trop fort, sa voix tremblait presque. C'était subtile, mais assez inusuel pour être remarqué.

« Euh, je me demandais si peut-être, si tu avais le temps, tu pourrais m'aider avec mon devoir de maths, celui que Monsieur Shiranui m'a donné parce que j'avais oublié de rendre le dernier. »

« Tu es seconde dans cette classe, » lui fit remarquer Sakura.

« Troisième, » corrigea Ino avec un sourire embarrassé. « Et c'est vraiment pas une matière facile pour moi. Je… et bien, je passe beaucoup de temps à étudier pour avoir ces notes. Je ne suis pas comme toi, tout te semble si facile,… D'habitude, je demande de l'aide à Shikamaru, mais c'est un calvaire de le convaincre de travailler, et avec l'université… »

Sakura voulait lui dire de simplement travailler plus dur, mais elle avait conscience que cette remarque serait injustifiée. Ino était intelligente, et quand elle arrêtait de bavarder à propos de tout ce qui pouvait lui traverser l'esprit, elle se montrait studieuse et déterminée. Il ne leur faudrait pas très longtemps pour terminer ce devoir, et Sakura avait l'impression qu'elle devait lui rendre ce service puisqu'Ino avait tout risqué pour arranger la situation avec le gamin de la ruelle.

« D'accord, je t'aiderai. »

« Vraiment ? Génial, » sourit Ino. « Merci beaucoup ! »

« Est-ce que tu veux le faire aujourd'hui ? »

« Si c'est possible ? »

« Oui. Je te verrai après les cours. »

Ino hocha la tête, et son sourire lumineux éclairait ses yeux, rendant leur couleur plus clair que d'ordinaire. Elle s'éloigna, son pas presque sautillant.

Était-ce Sakura, ou les choses étaient-elle vraiment très bizarres ces derniers temps ?

O

Sakura dut attendre Ino à la sortie. La jeune femme s'était arrêtée pour rassurer une petite de sept ans qui était tombée devant la porte sud, devant tout le monde, et dont les camarades s'étaient allégrement moqués. La gamine avait aussitôt éclaté en sanglots, et Yamanaka l'avait immédiatement rejointe.

« Là, tu vois ? La tâche partira avec un peu d'eau, et ta robe sera comme neuve. »

La fillette renifla et hocha la tête.

« Merci, Ino. »

« De rien, » sourit gentiment la jeune femme. « Hey, tout le monde tombe au moins une fois ici. Inutile d'avoir honte. Et puis tout le monde pleure parfois. »

« Je sais, » affirma l'enfant, mais sa lèvre inférieure tremblait toujours.

« Demain, si quelqu'un t'en reparle, ne baisse pas la tête. Tiens-toi bien droite, fièrement, et souris, tu as un très beau sourire. Et un jour, tu ne seras plus une fille maladroite, mais une élégante jeune femme. »

« Comment tu peux le savoir ? »

« Parce que tous les bourgeons éclosent pour devenir de belles fleurs un jour. »

Alors qu'elle parlait, sa main droite alla chercher quelque chose dans sa poche et bientôt, à la stupéfaction de Sakura, une magnifique rose orange, rouge et jaune poussa entre ses doigts. Les yeux de la fillette brillèrent d'émerveillement et de joie.

« C'est magique ! »

Ino rit de sa réaction.

« Elle est pour toi. »

« Pour moi ? »

« Oui. »

La petite prit la rose prudemment, en faisant attention aux épines comme le lui conseilla Ino.

« Merci, Ino ! »

La jeune femme lui sourit et la salua de la main avant de rejoindre Sakura. Elles commencèrent à marcher lentement côte à côte, et Sakura aurait voulu lui demander si elle était toujours aussi altruiste, ou gentille, ou maternelle, peu importait le nom qu'elle utiliserait. Qu'y gagnait-elle dans tout ça ? Si un jour Ino avait besoin d'aide, tous ces gens qu'elle aidait tout le temps ne feraient absolument rien pour elle. C'était certain.

Et puis c'était quoi ce truc, avec la fleur ? Les Yamanaka n'étaient-ils pas des télépathes ?

« La boutique de ma mère n'est pas très loin. Je pensais qu'on pourrait y travailler, c'est calme à cette heure. »

« D'accord. »

O

Sakura n'avait jamais vu une boutique de fleurs aussi grande.

Quatre serres s'alignaient derrière le magasin, reliées à lui par des portes en verre. La boutique en elle-même était remplie de plantes colorées et variées, une odeur agréable flottait partout et l'atmosphère sereine baignait quiconque voulait bien y entrer. Les allées s'apparentaient un peu à un labyrinthe, et Sakura se demanda avec amusement combien de clients avaient été retrouvés morts là-dedans.

Enfin, elles arrivèrent devant le comptoir, derrière lequel travaillait une très belle femme. Elle avait des cheveux mi-longs auburn et des yeux d'un chocolat chaleureux.

« Mère ? »

Surprise, la fleuriste leva les yeux vers la jeune fille et lui offrit un petit sourire.

« Ino. Bonjour. Comment vas-tu ? »

« Bien. Merci. »

« As-tu besoin de quelque chose ? J'ai demandé à Monsieur Kino de faire quelques courses en début de semaine, mais il a pu oublier. »

« Non, non, ça va. Tu sais qu'il n'oublie jamais rien. Je pensais que tu devais rentrer tôt hier soir ? »

Madame Yamanaka semblait avoir du mal à soutenir le regard de sa fille. Ino était différente face à elle, moins fière, hésitante, presque timide.

« Je suis désolée. Tu sais que j'étais à Kiri ces derniers jours, et j'ai revu un de mes cousins là-bas. Du coup j'y suis restée un peu plus longtemps et je ne suis arrivée à la maison que très tôt ce matin. Je n'ai pas vu ton père. Comment va-t-il ? »

« Je ne sais pas. Je ne l'ai pas vu non plus depuis quatre jours. Et Oncle Irake et Oncle Idaiki n'ont pas mis les pieds dans les pièces communes non plus. »

Madame Yamanaka hocha la tête, comme partagée à l'idée de formuler ses pensées, mais Ino lui épargna d'avoir à faire un choix.

« Sakura et moi espérions utiliser une table pour travailler. On peut ? »

« Oui, bien sûr. Bonjour, Sakura, enchantée de faire ta connaissance. »

Sakura s'inclina.

« Bonjour, de même, Madame Yamanaka. »

Elle suivit ensuite Ino plus loin dans la boutique, un peu mal à l'aise. Visiblement, l'argent et le pouvoir n'arrivaient pas toujours tout cuits dans les mains, parfois ils demandaient du travail, et Sakura se demanda distraitement combien de repas prenaient vraiment les Yamanaka ensemble en une semaine. Mais elle s'arrêta là dans ses réflexions indiscrètes. Ça n'avait aucune importance.

Elles s'installèrent à une table, au milieu de la forêt de plantes et de fleurs de la seconde serre, et Sakura se rendit soudain compte que c'était la première fois qu'elle voyait Ino Yamanaka sans cette élégante joie de vivre qu'elle exhibait pourtant toujours. Pas l'ombre d'un sourire sur son visage, ses yeux d'un bleu-gris terne, elle n'était plus la même fille que tout le monde admirait, aimait ou détestait.

Alors Sakura découvrit qu'elle préférait ce regard lorsqu'il était d'un bleu marine éclatant.

« Je vais supposer que ton truc avec les fleurs te vient de ta mère. »

Ino leva le regard vers elle en ouvrant son livre de maths et hocha la tête.

« Oui. Mais je suis très loin d'avoir son contrôle. C'est ce qu'on pourrait appeler un don mineur dans mon cas. Je l'ai développé plutôt tardivement et je n'aurai jamais la puissance de ma mère. »

« J'ignorais qu'on pouvait hériter de deux pouvoirs. »

« Vraiment ? C'est pourtant pour ça que les Uchiha peuvent manipuler le feu. Il y a plusieurs générations, l'un de leurs ancêtres doué du Sharingan a épousé une femme ayant ce pouvoir, et leur fils a hérité des deux dons, et ainsi de suite. Mais personne ne peut développer plus de deux dons, peu importe combien de pouvoirs différents il y a chez les aïeux. Et en développer deux n'est pas une chose certaine même si les parents sont tous les deux des Spéciaux. Pendant longtemps, ma famille a cru que je n'avais pas hérité du don de ma mère. Les gènes déterminant les dons peuvent être récessifs, tu vois. Tiens, Neji, par exemple. Sa mère a le don de télékinésie, et pourtant il n'a développé que le Byakugan de son père. Mais il est possible, même si c'est très peu probable, que ses enfants ou ses petits-enfants aient le don de sa mère. Les Byakugan et Sharingan sont des dons dominants, comme la télépathie de mon clan. Naruto peut facilement créer des clones mais il arrive à peine à se servir de quelques sceaux, le don qui lui vient de sa mère. »

« Je vois. »

En réalité, Sakura se trouvait très intriguée par cette explication. C'était purement de la génétique et de la science, et ces sujets étaient ses favoris. Elle n'avait jamais rien lu là-dessus à la bibliothèque, et elle se demanda si seuls les étudiants suivant des études supérieures dans ces domaines pouvaient y avoir accès. Ou peut-être ces volumes étaient-ils interdits pour éviter que des cinglés comme Orochimaru tentent de développer des expériences horribles ou que des racistes élaborent des thèses sur le bienfait d'une Purification Finale – un terme interdit par les Lois depuis la création de la Nouvelle Konoha. Peut-être que Kiba avait raison, et que ces connaissances n'étaient détenues que par les clans à présent.

« Alors, pour ce devoir… »

O

« Salut, toi. »

Shikamaru faillit avoir une crise cardiaque. Il s'était apprêté à entrer dans sa voiture lorsqu'une voix féminine l'en avait empêché.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Temari Suna lui sourit, clairement amusée.

« Je représente mon pays pour une rencontre officieuse avec Hiruzen Sarutobi. »

« Où est ton équipe, dans ce cas ? » demanda le jeune homme, sachant bien que la blonde de vingt ans n'aurait jamais été autorisée à venir jusqu'à Konoha sans conseillers de Suna et sans garde du corps.

« Je les ai semés pour pouvoir venir te dire bonjour, idiot. »

« C'est ennuyeux, » répondit-il, laconique, mais un petit sourire pointait au bout de ses lèvres. « Comment vont tes frères ? »

« Voyons, Kankuro travaille sur un projet pour développer le tourisme de Suna, et Gaara se débrouille très bien vu qu'il n'a que dix-sept ans. Mais ayant été élu prince régnant, il a dû apprendre vite. »

« La mort de ton père a été soudaine, altesse. »

Quelques étincelles de colère allumèrent ses yeux noisette.

« Tu sais que je déteste être appelée comme ça. Je te l'ai dit quand tu avais douze ans, et je te le répète tout le temps depuis. »

« Ah, oui. Ce charmant voyage avec mon père pour rencontrer le roi de cette étrange cité perdue dans le désert. Mais au lieu d'un roi, j'ai rencontré trois sales gosses avec l'ennuyeuse habitude d'utiliser leurs dons sur tout le monde. »

« Je n'aurais pas utilisé le vent pour te donner une leçon si tu n'avais pas été tellement… toi. »

« Heureusement pour moi, tu n'es pas aussi douée pour contrôler des marionnettes que Kankuro. »

« Tu ferais mieux de te souvenir que je peux toujours te donner une leçon. »

« J'en doute, » lui lança t-il. « Combien de temps restes-tu ? »

« Seulement jusqu'à demain. Mais ça te laisse le temps de m'inviter à dîner. »

« Je n'ai vraiment pas envie. »

« Comme si je te laissais le choix. Et je ne te dirai pas pourquoi je suis là, n'essaye pas de m'avoir avec un plan machiavélique monté dans ton cerveau de génie. »

« Tu es vraiment ennuyante. »

O

Ino se préparait à passer une soirée froide et solitaire au manoir Yamanaka. Ces derniers temps, ses parents se trouvaient rarement à la maison, et lorsqu'ils y étaient, l'atmosphère était tendue et encore plus silencieuse que d'ordinaire.

Son père surtout était très taciturne, impatient aussi, ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Il avait tendance à oublier des choses, à perdre le contrôle sur son don. Il avait l'air épuisé et Ino savait que son entraînement y était pour beaucoup. Au moins, ils en avaient enfin fini avec ça.

Sa mère, elle, s'inquiétait pour eux. Et quand Kire s'inquiétait, elle rentrait dans sa coquille. Ino en avait été témoin quelques années auparavant, quand son père et son oncle avaient confirmé que sa télépathie était plus puissante que les leurs. Mais ils ne parlaient jamais de tout ça. De la peur qu'ils partageaient, de l'angoisse, des conséquences pour eux tous, pour le clan, pour leur société.

Ino perdait son père. Ça prendrait des mois, un an, peut-être plus, mais bientôt, très bientôt, elle le perdrait complètement. Et personne ne voulait en parler, parce que les Yamanaka devaient être parfaits, souriants, braves, serviables. Les Yamanaka devaient être infaillibles. Il devait en être ainsi pour leur protection, pour préserver l'équilibre.

Ça ne voulait pas dire qu'au fond d'eux, ils ne souhaitaient pas en parler. Que son père n'était pas furieux ou terrorisé par ce qu'il lui arrivait. Qu'Ino n'avait pas l'impression d'être une gamine terrifiée abandonnée dans une grande demeure vide. Une vieille maison qui ne résonnait plus de leurs rires et qui détenait le plus important de leurs secrets : leur sort. Une vieille maison qu'aucun d'entre eux n'avait choisie, et qui parfois ressemblait à une prison.

Ino se rendit dans les quartiers communs, où les membres du clan se réunissaient pour manger ensemble ou passer du temps les uns avec les autres. C'était ici que les deux dernières salles d'entraînement se trouvaient, ici qu'Ino avait fait ses premiers pas et célébré bien des anniversaires, ici qu'elle avait les plus beaux souvenirs de ses parents, ses oncles et sa grand-mère. Même s'ils avaient tous un salon et une cuisine dans leurs appartements privés, ils avaient toujours pris au moins quatre dîners par semaine dans la salle à manger commune lorsqu'Ino avait été plus petite. Son père et ses oncles avaient adoré lui raconter des histoires à propos de leur clan, de héros et de batailles épiques, de secrets et de légendes familiales. Sa grand-mère lui avait appris à se tenir et se comporter comme une dame et lui avait parlé de tous ces animaux qu'elle adorait tant. Sa mère avait partagé avec elle son amour des plantes et des arbres, de sa ville natale, Kiri, et de son clan, du monde et des gens.

Sa famille était une bonne famille. Aimante, noble, forte, altruiste, ils avaient tant fait pour cette ville, pour ce monde durant des siècles. Tous, ses oncles, ses parents, ses grands-parents mais aussi son défunt grand-oncle Satoshi et le cousin de son père, Santa, lui aussi décédé, tous avaient été ou étaient des gens merveilleux.

Ino n'aurait pu être plus fière d'eux, de son clan.

Même si chacun d'entre eux avait sans doute maudit son sang au moins une fois.

« Hey, princesse. »

Sa surprise fit naître un sourire de fierté sur le visage de son oncle âgé de trente-neuf ans. La télépathie d'Idaiki Yamanaka était à peine développée comparée à celles des autres membres du clan. Mais il était passé maître dans l'art de protéger son esprit et de dissimuler sa présence.

« Salut, Oncle Idaiki. Ça fait un moment ! »

« Oui, je sais, » répondit-il en allant leur servir des verres d'eau. « J'ai été occupé, et le reste du temps je suis resté en haut. »

Plus sombre, Ino hocha la tête.

« Irake ne va pas bien. »

« Effectivement. Nous allons devoir faire quelque chose pour lui très bientôt. Il devient trop dangereux, il ne peut plus rester au manoir sans surveillance. »

« Je sais. »

« Où sont tes parents ? »

« Ils travaillent. »

« Encore ? » Il fronça les sourcils. « Voilà pourquoi je suis heureux d'avoir opté pour ne pas intégrer l'Agence. Irake et papa étaient pareils quand il y avait une crise dans la ville. Jamais là. »

« Où étais-tu toute cette semaine ? »

« En galante compagnie. Et ça se passe très bien, pour une fois, » répondit-il en se passant une main dans ses cheveux blonds paille, ses yeux bleus perdant de ses étincelles. « Un Yamanaka sans boulot fixe tend à faire fuir les femmes. Même si je ne devrais pas avoir le droit de porter notre emblème avec un don aussi pitoyable. »

« Ne dis pas ça, » murmura Ino, son regard sur l'eau de son verre. « Ça n'a pas d'importance. Tu devrais plutôt te sentir chanceux. »

« Ino, quelque chose ne va pas ? »

« Ça fait un moment que tu n'as pas croisé papa, n'est-ce pas ? »

« C'est vrai. Pourquoi ? »

« Il ne l'a pas dit clairement. Mais ça a – »

« Non, » souffla Idaiki, pâlissant à vue d'œil. « Inoichi, aussi ? Mais… mais c'est trop tôt. Il est encore jeune. »

« Il a quarante-trois ans. Grand-père avait cet âge-là quand ça a commencé pour lui aussi, et leurs télépathies sont sensiblement de la même puissance. »

L'homme resta silencieux un moment. Puis il s'approcha d'elle et lui posa une main sur l'épaule.

« Tu sais qu'il est fort. Il va tout faire pour rester avec nous le plus longtemps possible. Et, Ino, je serai toujours là, non ? Je resterai avec toi, toujours. »

« Mais pas moi, » murmura t-elle.

La main sur son épaule se crispa. C'était dur pour lui, elle le savait. Il resterait le dernier debout, après avoir vu toute sa famille mourir ou disparaître.

« Parlons d'autre chose, » déclara t-il, avant d'aller s'assoir sur le fauteuil face à elle. « As-tu perdu ta virginité ou pas encore ? »

Elle faillit recracher l'eau qu'elle était en train de boire, et elle sentit à sa plus grande horreur ses joues chauffer.

« Quoi ? Idaiki ! »

« Quoi ? » Un sourire malin habilla son visage. « Alors ? »

« Non, » marmonna t-elle. « J'ai d'autres choses en tête. »

« Tu n'es pas sortie très longtemps avec ce Daiki. Tu n'as rencontré personne d'autre depuis ? »

« Ce n'est pas que je n'ai pas d'opportunités, c'est que je… ne me sens bien qu'avec mes amis. C'est juste… »

« Compliqué. Je peux le comprendre, même si je ne lis pas les pensées comme toi. Ça ne doit pas être facile. Certains ne seront intéressés que par ta beauté, d'autres par ton argent, ton nom, ta célébrité, tes pouvoirs. Très peu pourront vraiment te voir, toi, et parmi eux, très peu aimeront ce qu'ils verront. Mais un jour, quelqu'un de spécial trouvera une place toute particulière dans ton cœur, je le sais. »

« Depuis quand es-tu romantique ? »

« Je ne le suis pas. »

« Ce n'est pas important de toutes façons. Je ne cherche pas une relation. Les garçons ne sont pas une priorité. »

« Je suis sûre que ton père adorerait te l'entendre dire, princesse. »

« Alors, mon cher oncle, qui est cette femme mystérieuse ? Ça fait des mois, n'est-ce pas ? Combien ? Quatre ? »

« Bientôt six, » précisa Idaiki avec un sourire. « Elle n'est pas partie en courant en voyant mes yeux, ne m'a pas posé de questions tordues, se fiche complètement de l'argent, elle est fun, adorable et intelligente. »

« Wow. Commune ? »

« Ouaip. Elle s'appelle Aya. Aya Aido. »

« C'est génial, je suis contente pour toi. »

Son sourire s'adoucit.

« Je sais. »

« Et désormais je ne porte plus le futur du clan sur mes épaules. Quand comptes-tu me donner des cousins ? »

Ce fut son tour de s'étouffer.

« Cousins ? Des bébés ? Non, eh, ralentis ! »

« C'est la première fois que je te vois si… heureux. Tu es amoureux, n'est-ce pas ? Tu souris ! Allez, dis-moi tout ! Tu veux un avenir avec elle ? Une famille ? »

« Je ne sais pas pour la famille. Je… souhaitais lui demander de m'épouser avant toute autre chose. »

« Vraiment ? Un mariage ? Super ! »

« Un petit, petit mariage ! Quant aux enfants… C'est compliqué, n'est-ce pas ? » murmura t-il. « Je devrai lui dire plusieurs choses sur notre clan avant qu'on prenne ce genre de décisions. »

« Bien sûr, » acquiesça t-elle silencieusement. Elle hésita pendant un moment, avant d'oser parler. « Idaiki ? Est-ce que… tu crois que maman regrette de m'avoir eue parfois ? »

Le regard de son oncle sur elle se fit mortellement sérieux, sa voix grave ne souffrait d'aucune hésitation.

« S'il y a bien une chose dont je suis certain quant aux membres de notre clan, c'est qu'aucun d'entre eux n'a jamais regretté avoir donné naissance. Il n'y a pas une seule personne vivant sous ce toit qui ne t'aime pas de tout son cœur. Ta mère ne regrettera jamais ton existence, même avec la peur, même avec la douleur, elle ne regrettera jamais de t'avoir eue. Grâce à elle, tu es arrivée dans notre famille, et nous n'aurions jamais pu rêver d'un meilleur héritier pour le clan. »

Ino acquiesça, un sourire timide aux lèvres. Alors Idaiki se leva et s'étira paresseusement.

« Et tu sais, princesse, je n'hésiterais pas à avoir un enfant à moi si je pouvais être sûr qu'il ressemblera à une petite Ino. »

Il lui fit un clin d'œil, puis quitta la pièce pour laisser sa nièce seule.

« Merci, mon oncle. »

O

« Tu sais quoi ? Fais ce que tu veux, je m'en fiche ! »

« Je ferai ce que je veux, parce que je suis la mère ici, je suis l'adulte. »

Sakura retint un rire de dérision. L'adulte, c'était elle, ça avait toujours été elle. Sans elle, sa chère mère aurait fini à la rue.

Agrippée à sa dernière bouteille de vin blanc, Reika lui lança un regard mauvais, ses yeux couleur jade flouté par l'alcool. Ses cheveux roux tombaient pitoyablement sur ses épaules, sales et ternes. Sa peau pâle ne faisait qu'ajouter à l'image effroyable qu'elle renvoyait.

« Je ne t'ai jamais rien demandé. »

« Je disais juste que tu devrais arrêter maintenant, pas la peine d'être aussi agressive, » rétorqua Sakura.

« Si ta sœur était là, ce serait différent ! »

« Ouais, mais c'est juste moi ce soir, fais avec ! »

« Tu devrais rester avec tes semblables, laisse les gens biens en paix… » marmonna Reika. « Si on avait su, si on avait su avant… »

« Quoi ? Tu te serais fait avorter ? Mais alors tu n'aurais pas eu Sairi, pas vrai ? »

« Ne parle pas de Sairi ! »

« Ce n'est pas tout ce dont tu es capable de parler ce soir ? »

« J'aurais dû partir, comme ton père ! Lui, il a été plus malin, partir comme ça, l'enfoiré ! »

« Personne ne te force à rester ! T'as qu'à partir ! »

« Je te déteste ! »

Oh, je sais.

Sakura attrapa son sac, sa veste et quitta rapidement l'appartement avant de dire ou faire quelque chose qu'elle pourrait regretter plus tard. Il n'était pas tard, elle pouvait se rendre à la bibliothèque et revenir dans quelques heures. Sa mère serait assommée et elle pourrait dormir.

C'était plus simple que d'essayer d'empêcher Reika de boire ou de faire quelque chose de stupide comme littéralement jeter son traitement par la fenêtre. C'était plus simple que d'écouter sa mère et ses mots pleins de haine.

C'était plus simple que d'essayer toute la soirée de résister à l'envie de prendre ses quelques affaires et de partir de l'appartement, de la ville, du pays, sans jamais se retourner.

C'était juste plus simple.

O

« Attrape-moi si tu peux ! »

Sakura rit quand Ino la rattrapa aisément. La petite blonde sourit.

« Tu es lente. »

Elles s'assirent sur l'herbe émeraude de cette magnifique clairière, et Sakura soupira en levant les yeux vers le ciel bleu, chaud et sans nuage.

« J'aimerais qu'on reste toujours ici. »

« Mais tu te réveilleras bientôt, un nouvelle fois. »

« Mais ensuite je reviendrai, plus tard, et tu seras là. »

« Je ne sais pas. Je ne sais pas trop comment ça marche. » Ino fronça les sourcils. « Ça fait trois fois. Ça pourrait s'arrêter bientôt. Je pourrais disparaître. »

« Disparaître pour aller où ? »

Un sourire mystérieux se dessina sur les lèvres d'Ino.

« Ce n'est pas très important, si ? »

« J'aime bien jouer avec toi. J'aime bien cet endroit. »

« C'est très beau, » acquiesça Ino en observant toutes les fleurs autour d'elles. « Mais tu as créé cet endroit avec ton esprit, tu sais que ce n'est pas réel, pas vraiment. Mais moi aussi j'aime bien être ici avec toi. On s'amuse bien. »

« Tu vas me manquer. »

« Peut-être pas, » sourit Ino. « Peut-être que je suis plus près que ce que tu crois. »

« Mon esprit t'a créée, toi aussi. »

« Tu ne peux pas en être sûre. La prochaine fois, essaye de te rappeler. »

« Pourquoi ? Pourquoi tu ne me dis pas ? »

« Je peux pas, » chuchota Ino en regardant ses pieds. « Je ne devrais même pas être là. Si quelqu'un le savait... » Elle frissonna. « Je voulais juste t'aider. »

« Mais tu m'as aidée. »

« Pour de vrai ? Je veux dire, bien sûr que je t'ai aidée. Mais tu devras te souvenir seule. Et tu dois te rappeler de ce que je t'ai dit. Tiens-toi droite, fièrement, ne les laisse pas gagner, et tu écloras en une magnifique fleur, j'en suis sûre. Parfois ça prend juste un peu plus de temps. »

Avec un sourire, Sakura hocha la tête et se tourna vers son amie imaginaire.

« Tu es vraiment forte, Ino. J'aimerais bien être comme toi. »

« Oh, je suis pas si forte. Pas vraiment. »

« Est-ce qu'on se reverra ? Tu seras toujours là ? »

« Oui. On est amies, non ? »

« Alors on sera toujours amies ? »

« Oui, promis. Toujours. »

O

Sakura cligna des yeux, encore à moitié endormie. Il faisait encore sombre, ce rêve bizarre l'avait réveillée pour la troisième fois cette semaine. Mais elle ne parvenait pas à s'en souvenir, pas vraiment. Juste… des images, des impressions.

Un jour ensoleillé, chaud, un endroit calme, des rires, une enfant, une… amie.

Tu écloras en une magnifique fleur.

C'était quelque chose qu'elle avait déjà entendu avant…

Avec un soupir, Sakura ferma les yeux et se blottit sous sa couverture.

Ces rêves passeraient, sans doute.

Son stupide esprit devait juste réagir à cette folie qu'était sa vie ces derniers temps.

O