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5. Conspirations.
« Aïe ! »
Le garçon de seize ans qui venait juste de foncer sur Sakura eut droit à un regard noir qui en aurait effrayé plus d'un. Il baissa les yeux et rejoignit rapidement son ami.
« Ça va ? » demanda celui-ci dans un murmure anxieux.
« Oui. »
« T'es sûre qu'elle t'a rien fait ? Y en a qui disent qu'en c'en est une, tu sais. »
Sakura se contenta de secouer la tête et de quitter le couloir. Les rumeurs et chuchotements semblaient être devenus la nouvelle façon de s'exprimer ces derniers temps, aussi bien à l'école que dans les rues, partout. Les étudiants discutaient silencieusement en petits groupes fermés, en jetant des coups d'œil autour d'eux.
Dans la salle de classe, où d'ordinaire Sakura ne voyait que des adolescents luttant pour se faire entendre par-dessus le brouhaha incessant, tout le monde essayant de parler à tout le monde, il n'y avait que des jeunes silencieux, ne discutant doucement qu'avec leurs voisins ou proches amis.
Au fond, dans le coin gauche, elle repéra les héritiers, ainsi que Tenten et Lee. Leurs camarades ne leur adressaient pas la parole et évitaient de les regarder. Naruto ne faisait rien pour amuser le monde, une grande première. D'ordinaire si heureux de vivre, Kiba affichait un air bien sombre. Et Ino, toujours sollicitée par tout le monde d'habitude, n'était vue ces derniers jours qu'avec ses amis.
On nageait en pleine quatrième dimension. Un monde parallèle si semblable à celui de Sakura, mais si, si gris. Comment les choses avaient-elles pu changer si vite ?
Ou avait-ce été un lent processus que Sakura avait été incapable de remarquer ?
Ce qui ne serait franchement pas surprenant. Elle évitait généralement de trop s'intéresser à ses camarades et au monde autour d'elle.
Hatake entra dans la classe et commença immédiatement à parler.
Et Sakura découvrit que l'Académie n'était vraiment pas la même quand les idiots qui l'entouraient se montraient si silencieux et sérieux.
Non, ce n'était vraiment pas pareil.
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« Hey, Kiba. »
Akamaru grogna doucement. Son maître, surpris, se tourna vers la petite brune qui venait de les rejoindre.
« Dina. Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je viens juste chercher ma sœur. Je t'ai vu, alors je suis venue te saluer, » expliqua t-elle, un doux sourire sur son visage que son ex petit-ami ne lui rendit aucunement.
« Bonjour, Dina, » dit Naruto en apparaissant derrière son ami, Tenten et Hinata à ses côtés.
« Tu es loin de ton école, » remarqua Tenten en prenant la main de Kiba dans la sienne, sans cesser de regarder froidement l'autre jeune fille.
Ce qui ne la perturba pas le moins du monde. Elle se contenta de continuer de sourire, ses mains dans ses poches.
« Mais pas de celle de ma sœur, » répliqua t-elle tranquillement. « Je voulais prendre des nouvelles. »
« On quitte les cours, tu vois, » informa Kiba, non sans suspicion.
Hinata hocha la tête, sa voix timide s'élevant entre eux.
« Comment vas-tu ? »
« Ah, ma sœur est là, » lança Dina sans même la regarder. « Je dois y aller. A plus. »
Ils l'observèrent partir, et Kiba fronça les sourcils.
« C'était bizarre. »
« Si elle croit qu'elle va te récupérer comme ça, cette garce ! »
« Du calme, Tenten. Je doute que c'était son plan. »
« On a tous vu qu'elle n'arrêtait pas de te sourire. Nos présences l'ont fait fuir, c'est tout. »
Akamaru était d'accord avec elle, mais Kiba savait bien qu'il n'avait jamais apprécié Dina, principalement parce qu'elle n'aimait pas beaucoup les animaux.
« En tout cas, elle déteste toujours autant les Hyuuga, » remarqua Naruto en soupirant. « Je comprendrais jamais ces gens. »
« L'entreprise de sa famille est écrasée par Hyuuga Inc. Ils n'arrivent pas à la faire décoller face à cette concurrence. Du coup, toute la famille Mizuno a du ressentiment pour les Hyuuga. »
« Elle ne nous a jamais aimés, Neji et moi, » confirma Hinata.
Tenten haussa les épaules.
« Elle n'a jamais aimé aucun d'entre nous. C'est pour ça qu'on ne te voyait presque pas quand tu sortais avec elle, Kiba. Pas vrai ? »
« On s'était engueulés à cause de ça plus d'une fois. Je crois bien qu'elle n'a même jamais rencontré Ino et Choji. Allez, venez, on a des choses plus intéressantes à faire que de parler d'elle. »
« Ouaip ! En route ! »
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« Sakura ! Oi, Sakura ! SAKURA ! »
Bordel.
C'était soit attendre le garçon, soit le laisser hurler son nom assez fort pour que tout Konoha l'entende.
Elle attendit.
« Salut, Sakura ! »
« Bonjour, » répondit-elle, impassible.
Pourtant, il lui sourit de toutes ses dents et marcha avec elle, comme s'ils faisaient ça tous les jours.
« Tu ne viens jamais à nos réunions du vendredi. Tu en as déjà manqué deux. »
« Je peux prendre soin de moi. »
« Personne ne peut vivre complètement seul. »
Elle était sur le point de le contredire, mais elle réalisa très vite que ce serait complètement inutile face à lui. Naruto n'était pas homme à douter de ses principes.
« Où est-ce que tu vas ? » demanda t-elle plutôt, pour finir par lever les yeux au ciel lorsqu'il haussa les épaules.
Génial.
« Je vais à la bibliothèque, tu sais, » informa t-elle en espérant s'en débarrasser. « Je suppose que tu as des choses plus importantes à faire. »
« Tu aimes vraiment lire, hein ? Mon père aimait lire, lui aussi. Je suis plus comme ma mère pour ça. Elle ne lisait pas beaucoup. »
« Ah, » répondit-elle, principalement parce qu'elle ignorait ce qu'une personne était censée dire lorsqu'une autre personne lui parlait soudain de ses parents décédés.
Elle ne voulait pas le blesser, parce qu'il était vraiment gentil, mais elle n'en avait rien à faire, de sa famille morte. Elle se fichait aussi de ces réunions stupides, d'ailleurs.
« Ça fait déjà treize ans, » murmura t-il, un peu comme s'il pensait à voix haute. Parce qu'apparemment, il était incapable de comprendre qu'elle n'avait aucune envie de passer du temps avec lui. « L'anniversaire de leur mort approche. C'est le 25 novembre. »
Les yeux de Sakura s'écarquillèrent.
« Quoi ? » demanda t-il lorsqu'elle hésita dans ses pas.
« Rien. Je pensais juste aux coïncidences. »
Elle n'avait jamais fait attention à la date, bien sûr. A cette époque, elle avait eu d'autres choses à penser. Alors c'était un choc immense d'apprendre que leurs vies avaient été irréversiblement bouleversées le même jour.
« Je m'ennuie, » gémit Naruto en fourrant ses mains dans ses poches.
« Pourquoi tu ne vas pas voir Hinata ? »
« J'étais avec elle plus tôt, mais Ko est venu la chercher. »
« Ko ? »
« Ko Hyuuga. Un cousin à je sais pas quel degré. Il est supposé veiller sur elle ou quelque chose. En tout cas, tout le monde est occupé. »
J'en ai de la chance, songea Sakura amèrement.
« Tu vas venir à la réunion cette semaine ? »
« Je peux te poser une question, Naruto ? »
« Bien sûr ! »
« Pourquoi est-ce que vous vous intéressez tous à moi ? »
« On s'inquiète pour toi, » répondit-il avec un sourire amical. « On sait que t'as pas de clan derrière toi pour t'aider si t'en as besoin. Si ces gars décident de s'en prendre à toi, ta famille ne pourra pas te protéger. Je sais que tu es forte, mais les amis veillent les uns sur les autres, c'est comme ça. »
Complètement abasourdie, Sakura cligna des yeux, sans savoir comment réagir à une telle déclaration.
« On s'est à peine parlés en-dehors des devoirs ces dernières années, » lui fit-elle remarquer. « On se connaît seulement parce qu'on avait Monsieur Hatake comme tuteur tous les deux en intégrant l'Académie. »
« Et alors ? Argh, j'ai faim… Où est-ce que je peux aller pour des ramen ? Hey, où on est ? »
« Pourquoi est-ce que vous êtes tous si sûrs de pouvoir me faire confiance ? »
« Parce qu'Ino est sûre, » répondit-il, son sourire plus fin et pourtant plus lumineux, ses yeux bleus soudain sérieux.
« Ino… est sûre ? »
« Exactement. Et Ino est l'une des nôtres, et nous nous faisons confiance. Tu es importante pour elle, elle a confiance en toi et elle s'inquiète pour toi, alors nous aussi. C'est très simple, tu vois. En plus, Ino ne se trompe jamais sur les gens. Bon sang, il n'y a aucun endroit où manger dans ce coin ? »
Yamanaka…
Toi, encore une fois.
Pourquoi ?
« Sakura ! Où est-ce qu'on va manger ? »
« On ? »
« Oh ! Oui ! Là ! Des ramen ! Je me demande si c'est bon ? Bah, personne ne peut être aussi bon chef qu'Ichiraku, mais faut tenter ! Viens ! »
Il attrapa son bras et la traîna presque jusqu'au petit restaurant.
« M-mais ce n'est même pas midi ! »
« Et alors ? Bonjour ! » salua t-il bruyamment en s'asseyant à une table. « Deux bols de votre spécialité, s'il vous plaît ! Mmh ? Sakura, assieds-toi ! »
Elle s'exécuta, trop choquée pour réagir autrement. Pourquoi est-ce que ce genre de choses totalement absurdes lui arrivait tout le temps lorsqu'elle était avec l'un d'entre eux ?
Malgré tout, lorsque la nourriture arriva, l'odeur réveilla sa faim et elle se souvint qu'elle n'avait rien avalé depuis le déjeuner de la veille. La soupe était bonne, elle n'en avait plus mangé de telle depuis des années. Naruto en demanda un second bol pour chacun d'eux et lui sourit.
« Je t'invite, pour une fois il me reste de l'argent. En plus, je t'ai pas vraiment demandé de m'accompagner de façon correcte. » Il rit doucement, embarrassé. « Si tu pouvais ne jamais mentionner aux autres que je t'ai plus ou moins forcée à entrer dans le restau… Kiba ne me le laisserait jamais oublier, et Lee, Ino et Tenten me tueraient pour mon manque de manières. »
« D'accord, » murmura t-elle.
Ils mangèrent en silence une nouvelle fois. Apparemment, Naruto était capable de se taire seulement lorsqu'il avait la bouche remplie. Mais même cela ne dura pas très longtemps.
« Ça fait plaisir à voir, tu sais. »
« Quoi ? »
« Tu as l'air mieux ces derniers temps. » Il fronça les sourcils, haussa les épaules, comme s'il essayait de trouver les bons mots sans être certain d'arriver à un bon résultat. « Tu étais toujours… je sais pas. Tu avais toujours l'air fatiguée, et menue. Pas vraiment menue, parce que tu es plutôt grande, mais… c'était comme si tu disparaissais. Tu es silencieuse, c'est vrai, mais t'avais un peu l'air malade, mais là, t'as l'air mieux. Un petit peu. Enfin, je pense. J'aime bien. »
Elle le regarda comme une andouille, incapable de comprendre si elle devait être embarrassée, ou en colère, ou blessée, ou touchée, ou… Elle ne savait pas. Il lui sourit, et c'était chaud, et sincère, et vrai.
Elle ne dit rien, finalement.
Et ils continuèrent à manger.
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Etrangement, une heure plus tard, Sakura marchait toujours en compagnie de Naruto. Elle ignorait pourquoi, mais quelque chose chez lui la poussait à vouloir le suivre.
Ils parlèrent un peu de leurs premiers souvenirs de l'Académie et de leur rencontre, de Sasuke aussi. Ou plutôt, il parla, car Sakura avait trop l'habitude d'être seule et était trop occupée à analyser la situation dans laquelle elle se trouvait. Mais Naruto ne semblait en rien perturbé par le fait qu'il discutait assez pour deux.
« Et donc maintenant j'essaye de moins utiliser les clones. Tu vois, pour empêcher les gens de parler et de s'imaginer des choses. C'est dommage, je peux plus envoyer un clone faire mes corvées pendant que je joue à la console. Ce que je n'étais pas censé faire de toutes façons. »
« Ca ne te dérange pas ? » demanda Sakura soudain, sans pouvoir s'en empêcher.
Elle grimaça intérieurement alors que Naruto lui jeta un coup d'œil curieux.
« Quoi ? D'être différent ? D'avoir des dons ? Non, bien sûr que non. Je suis né comme ça. C'est un peu comme avoir des cheveux blonds ou roux ou bruns, pas vrai ? C'est une loterie, aidée par la génétique. Mon père était blond, ma mère, rousse. Et moi, j'ai les cheveux de mon père, les traits de ma mère et leurs deux pouvoirs. Et puis, mes dons sont fun. C'est l'héritage de mes parents. Je ne regretterai jamais de les avoir. »
« Je vois, » répondit-elle, un peu jalouse de sa manière de voir les choses.
« Bien sûr, ça doit être plus dur pour des gens comme Neji et Hinata, ou comme Ino. Des gens qui sont immédiatement identifiés par tout le monde comme pouvant faire des choses extraordinaires parce qu'ils portent leur héritage sur leur corps. Sasuke, lui, était vraiment très fier d'être un Uchiha. Il adorait l'attention des gens. Neji et Hinata ont tous les deux été élevés pour rester indifférents à la manière dont les gens les regardent. Ils ont tous les deux appris à leur propre manière à y puiser leur force, et ils sont tous les deux respectés. Ou l'étaient. Et Ino… la moitié du temps je n'arrive pas à deviner ce qu'elle pense, et je la connais pas aussi bien que la connaissent Shikamaru ou Choji. On le vit tous différemment. Mais les Spéciaux n'ont pas le monopole de la différence. Tu crois vraiment que tous ces gens autour de nous n'ont pas une seule chose dans leur cœur qui les rend différents ? Je crois que nous souffrons et aimons et espérons et craignons et ressentons tous de la même manière justement parce que nous sommes tous différents à notre propre manière. Tu ne crois pas qu'au fond, nous sommes tous pareils ? »
Sakura ne répondit pas. Elle ne le put pas. Elle ne comprenait pas ce dont il parlait, pour elle ces mots n'avaient aucun sens. Il était tout simplement impossible d'être unique et pareil à tout le monde à la fois.
« J'aime être différent, et je sais que d'une certaine façon, tous mes copains aiment ça aussi. Les différences sont ce qui fait de ce monde ce qu'il est. Tu ne devrais jamais te sentir mal à cause de ça, ou laisser qui que ce soit te traiter différemment. »
« Mais n'est-ce pas exactement ce qui est en train de se passer ? Les gens vous traitent différemment parce que vous êtes différents d'eux. J'ai vu comme les autres se sont éloignés de vous à l'école. Je suppose que ce n'est pas différent en dehors. »
« Les choses sont bizarres ces temps, mais bientôt tout sera rentré dans l'ordre, » affirma Naruto en haussant les épaules. Puis il sourit. « J'ai hâte de pouvoir essayer mes nouvelles blagues sur les profs et d'enfin battre Sasuke dans un combat ! »
Vraiment, Sakura lui enviait son innocence. Ou était-ce de la naïveté ? De l'idiotie ? Peut-être que ce n'était rien de tout ça.
Peut-être que Naruto était tout simplement trop tolérant et trop plein d'espoir pour voir à quel point les gens étaient des monstres.
Comment quelqu'un comme lui pouvait-il exister ?
Il était presque trop lumineux et bon pour être humain.
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Ino prit le plateau en silence et hocha la tête pour remercier Grey Kino, l'homme âgé d'une cinquantaine d'années qui travaillait pour sa famille.
Elle monta au second étage lentement et s'arrêta devant la porte noire derrière laquelle se trouvait les quartiers de son oncle.
« Oncle Irake ? »
Personne ne lui répondit, mais elle put entendre des murmures et du verre qui se brisait. Comprenant qu'elle ne pourrait l'atteindre avec sa voix, elle choisit le moyen de communication préféré de son clan.
Oncle Irake ? Je t'amène ton dîner. Est-ce que je peux entrer ?
Il ne répondit pas, mais elle put sentir l'agitation dans son esprit. Alors elle déposa son fardeau au sol et ouvrit prudemment la porte.
Oncle Irake ? C'est moi, Ino.
Taisez-vous ! Taisez-vous, toutes ! Je m'entends pas, je m'entends pas ! PARTEZ !
Ino posa les yeux sur lui et son cœur se brisa. Son oncle fort et fier tremblait dans un coin de la pièce, son dos pressé contre le mur, ses yeux verts pâles (les mêmes que ceux de son père) rougis par le manque de sommeil. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il entendait ou voyait, peut-être hallucinait-il. Lorsque leur télépathie leur échappait, ils découvraient souvent de nouvelles fonctions de leur don qu'ils n'avaient jamais été capables d'utiliser lorsqu'encore sains d'esprit.
Elle calma ses propres pensées et se concentra sur lui. Mais il n'y avait rien qu'elle pouvait faire, rien qu'ils pouvaient mettre en œuvre pour l'aider. Il était trop tard.
Pourquoi ? Pourquoi êtes-vous là ? Partez ! Laissez-moi seul ! C'est mon esprit, le mien ! S'il vous plait…
IRAKE ! S'il te plait, écoute-moi ! Je ne pourrai pas garder ces barrières longtemps dans ton esprit. Je voulais juste… je voulais te dire…
Ino ?
Ça ira, tu sais ? On prendra soin de toi, on…
Fera quoi, Ino ? T-ton père m'a empêché d'attaquer mentalement les voisins hier, m-mais vous ne pourrez pas toujours réagir à temps. Et ensuite quoi ? Bon sang…
Nous ne laisserons rien arriver !
Bien sûr, mais vous êtes humains et vous avez vos vies à vivre. Ino… Tu es encore si jeune. Et quel don incroyable tu as… J'espère… Oui, si je pouvais faire un dernier souhait, ce serait que tu vives une vie longue et heureuse, sans cette épée de Damoclès dans ton dos.
Mon oncle…
Non, ne sois pas triste, princesse. Un jour, je retrouverai mon amour et mes enfants. Tu sais, j'en ai rêvé pendant des années, de les revoir. Mais te voir grandir a allégé la souffrance. Et je t'en remercie, Ino. Ah !
Irake ? Oncle Irake ! Reste avec moi !
« Argh ! »
Lorsqu'elle se retrouva violemment éjectée de l'esprit de son oncle, Ino crut que sa tête allait exploser. La tempête qu'était à présent la conscience d'Irake l'empêcha complètement d'essayer de l'apaiser une fois encore, même pour un court instant.
Irake était perdu.
Oncle Irake…
Son appel fut perçu comme une attaque et Irake leva la main vers elle, relâchant une vague psychique qui l'envoya valser contre le mur. Elle grogna quand son dos reçut le gros de l'impact, mais elle avait heureusement eu le réflexe de protéger son esprit juste à temps.
Sonnée, sa vision floue, elle essaya de se lever et sentit des bras forts la porter hors de la pièce. Elle se tendit mais reconnut très vite son père, qui força son oncle à s'endormir puis essaya de la contacter par télépathie. Elle le laissa faire, lui montra ce qu'il venait de se passer et le rassura sur son état.
Il la déposa dans leur salon, à l'étage inférieur, sur le canapé.
« Est-ce que ça va ? »
Elle hocha la tête, reprenant enfin ses esprits.
« Bien, » affirma t-elle. « Je vais juste avoir un bleu. »
« Mmh, » soupira t-il, soulagé, mais Ino réalisa qu'elle ne l'avait jamais vu aussi épuisé. « Tu ne devrais pas retourner là-haut, Ino. »
« Comment pouvons-nous être sûrs qu'il ne va pas entrer dans l'esprit d'autres personnes ? »
« On ne le peut pas, pas si on ne se concentre pas sur lui tout le temps. Nous allons devoir le garder endormi dans ses quartiers jusqu'à ce qu'on trouve une solution plus appropriée, ou au moins jusqu'à ce qu'on bloque son don, mais il va nous falloir un moment. »
« Je peux t'aider, » offrit-elle d'une voix murmurée.
« Je sais, et tu m'aideras. Ino… »
« Je bloquerai aussi ta télépathie lorsque le temps sera venu, » promit-elle, ses yeux bleus dans ceux, verts, de son père. « Et je t'empêcherai de blesser qui que ce soit. »
Un petit sourire apparut sur ses lèvres, mais les traits de son visage n'auraient pas pu être plus tristes.
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Avec un immense agacement, Sakura s'aperçut qu'elle ne pouvait faire autrement que de s'interroger.
Même à la bibliothèque, deux livres de médecine ouverts devant elle, elle ne parvenait pas à arrêter de penser à ce que Naruto avait dit, sur ses amis et sur leur manière de vivre et de voir les choses.
Elle ne les comprenait vraiment pas.
D'ordinaire, ça ne la perturberait pas le moins du monde, mais dernièrement elle se trouvait intriguée par des choses qu'elle ne remarquait pourtant jamais d'habitude.
Tout ça à cause de ces maudits idiots. De Naruto. De Yamanaka. De Mari, aussi.
Ils avaient tous surgi dans sa vie brusquement, après des années à être simplement des figurants.
Elle n'aimait pas ça. Ça ne faisait pas partie du plan. Son plan, c'était d'en finir avec l'Académie, les meilleures notes possibles en poche, et d'utiliser l'argent gagné pour entrer à l'Université Senju, étudier la médecine et se créer une nouvelle vie, peut-être déménager dans une autre ville une fois ses études terminées et ne plus jamais penser à Konoha.
La vie craignait et il était déjà difficile de la mener à bien, Sakura n'avait nul besoin de distractions.
Entre ces gens impossibles à éviter et ces rêves qui n'arrêtaient pas de la réveiller… Pourquoi se montrait-elle incapable de se souvenir d'eux ? Et pourquoi était-ce important ? Ils n'étaient que des stupides rêves, après tout.
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« Sakura ? »
« Hein ? Monsieur Hatake ? »
Elle se stoppa dans ses pas, leva la tête vers son professeur et attendit. Comme d'ordinaire, elle se trouvait dernière dans la classe, et le regard de Kakashi Hatake sur elle n'inspira pas la nervosité que Sakura s'attendait à ressentir. Ces derniers temps, sa frustration semblait avoir gonflé sa confiance en elle face au regard des autres.
« Ca fait des années que je te dis de m'appeler par mon prénom. Ah, je suppose que c'est une cause perdue. »
« Vous vouliez me parler ? »
« Oui. »
Quelques secondes passèrent.
« Mais encore ? » demanda Sakura, impatiente.
« Oh, je voulais simplement savoir comment ça allait. »
« Comment j'allais… »
« Tu sais, en classe. »
Elle n'avait jamais vu cet homme si maladroit. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?
« Vous avez accès à mon dossier, vous étiez mon tuteur. Je me débrouille plutôt bien. »
« C'est un euphémisme. »
« Ai-je fait quelque chose ? »
« Non, non. Tu es toujours aussi intelligente et transparente. »
Sympa. Sakura commençait vraiment à en avoir assez.
« Bon, je peux y aller ? »
« Je voulais juste savoir si des gens ont montré un intérêt pour toi dernièrement… »
« Je vous demande pardon ? »
« Non ! Je voulais dire… »
Il se frotta une joue, embarrassé, et soupira.
Bordel. Du grand n'importe quoi. C'était quoi, ça ?
Kakashi Hatake était clairement bien plus doué pour enseigner et incarner le prof sympa et mystérieux que… ce truc qu'il essayait de faire dans cette conversation.
« Je me demandais si quelqu'un s'était montré intéressé par tes dons ou par toi dernièrement, » expliqua t-il, sa voix enfin normale, un soulagement. « De façon suspicieuse, tu vois. »
Il était très clair que ce rôle d'adulte inquiet ne lui allait pas du tout, comme le prouvait son attitude. Et cette question agaça profondément Sakura.
« Vous n'êtes pas le premier à me le demander. Puis-je savoir d'où vient ce soudain intérêt ? »
« Je suis simplement inquiet. »
« Les seuls montrant un intérêt étrange pour moi sont les professeurs de cette école. Je commence à croire que vous êtes ceux dont je devrais me méfier. Pourquoi toutes ces questions ? »
« Je t'ai dit – »
« Ils devraient envoyer quelqu'un d'autre, vous ne savez pas mentir. Je sais que je dois être prudente, j'ai été prévenue. » Contre mon gré… plus ou moins. « Mais je vais finir par croire que cette école est plus dangereuse pour moi que le monde à l'extérieur. »
Le Club des héritiers, les profs, les élèves suspicieux,…
C'était une foutue conspiration !
Et ça commençait sérieusement à l'énerver. Surtout qu'elle commençait vraiment à angoisser avec tout ça.
« Souviens-toi que nous sommes là pour te protéger, Sakura. »
Bien sûr, comme si elle pouvait leur faire confiance !
La seule chose qu'ils voyaient dans tout ça était le fait que si les Ombres posaient les mains sur elle, ils auraient un plus gros problème sur les bras. Dans leurs yeux, elle était un risque, dans les yeux des ennemis, elle était un outil ou une cible à abattre.
Super.
Au final, ça ne signifiait qu'une seule chose pour Sakura. Des ennuis.
Elle quitta la salle sans un mot de plus pour son professeur.
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« Tu as l'air agité, » nota Danzo.
Le jeune homme près de lui retint une expression de dérision.
« Vraiment ? Il se pourrait que ce soit par ce que je le suis. Qu'est-ce qu'on attend ? »
« Patience. J'ai du mal à supporter ton insubordination ces derniers temps. N'oublie jamais ta place. »
« Oh, je sais, » sourit cyniquement l'homme de vingt-trois ans derrière le masque noir qu'il portait constamment. « Est-ce parce que j'ai les tripes de vous appeler par votre prénom ou en raison de mon inintérêt pour vos noms de code stupides que vous avez du mal à me supporter ? »
« Tu es une part importante du plan, Ekari. Mais tu n'es pas le seul. »
La pression de l'air changea dans le bureau sombre, et le jeune homme se redressa. Le silence emplit la pièce. Danzo était sérieux et Ekari savait quand la fermer.
L'atmosphère tendue fut brisée par le son de quelqu'un frappant à la porte.
« Oui ? »
Deux personnes entrèrent, toutes les deux calmes et silencieuses. La première était un homme de vingt-sept ans, les cheveux foncés, un visage rond caché derrière un masque blanc aux étranges arabesques rouges. La seconde, une fille de douze ans aux cheveux noirs et courts, ses vêtements noirs ressemblant à ceux que les deux jeunes hommes portaient eux-mêmes. Elle aussi portait un masque cachant ses traits, mais le sien arborait des courbes violettes sur fond blanc.
« Ichi, Konchu, quelles nouvelles ? »
« Notre espion à Hyuuga Inc. nous fait savoir dans son dernier message que Minako Hyuuga est extrêmement prudente. Son fils est aussi méfiant. »
« Ce n'est pas une surprise. Ce Sai donnerait des frissons à Lucifer lui-même, » soupira Ekari en repoussant une mèche blonde derrière son masque.
« Konchu, qu'as-tu appris sur Demari ? » interrogea Danzo en l'ignorant.
« Risa Demari est toujours dévouée à notre cause. Elle continuera à soutenir financièrement la Racine. »
« Nos alliés attendent, Maître, » informa Ichi de sa voix posée, tranquille. « La ville sera prête très bientôt. »
« Mes jeunes protégés doivent être remerciés pour ça. Sans eux, nous ne serions pas si proches de réussir. » Danzo ferma les yeux. « Konoha sera sauvée. »
« Ces gamins sont si facilement influençables, » sourit Ekari. « Je suis surpris de voir que de simples mots peuvent avoir quasiment le même pouvoir que ma méthode. Le pouvoir que quelques rumeurs et la peur peuvent donner est… spectaculaire. »
« J'ai vraiment échoué dans ton entraînement, » murmura Danzo avec dégoût. Il lui jeta un regard froid. « Est-ce si difficile d'étouffer ta satisfaction et ta soif de pouvoir ? »
« En parlant de tout ça, je pensais que vous vouliez nous voir travailler à trouver un nouvel hôte pour donner à votre plan ce dernier petit coup de pouce dont il a besoin pour fonctionner ? »
« J'ai quelques idées, mais les Clans sont trop méfiants ces temps-ci. La plus petite chose pourrait les mener jusqu'à nous. »
« Et pour cette fille qu'ils ont ? » demanda Ichi. « Celle que nous avions placée auprès des Hyuuga avant Sai ? »
« Nous nous en sommes chargés. Ils n'apprendront rien d'elle. »
« J'ai nettoyé son esprit, » précisa Ekari.
Ichi plissa les yeux, mais ne dit rien. Cependant, il pouvait presque sentir le sourire caché par le masque noir. Ekari le défiait de dire quelque chose devant leur maître. Mais le plus âgé des trois membres spéciaux de la Racine était bien plus respectueux que son camarade. Il ne parlerait pas librement sans y avoir été invité.
« Et les Uchiha ? » interrogea t-il, se concentrant de nouveau sur la conversation menée par Danzo.
« Nous devons les trouver avant qu'ils nous trouvent, et avant que le Cercle et l'Agence leur mettent la main dessus. Konchu ? »
D'étranges petits insectes noirs apparurent de nulle part pour voleter autour de la tête de la jeune fille.
« Ils les ont sentis au nord-est de Konoha ce matin. Il y en a trois. Les adultes, deux mâles, une femelle. »
« Très bien. Il s'agit sans doute de Fugaku, de sa sœur, Uruchi, et de leur cousine, Inabi. Ils ont dû cacher leurs derniers enfants avec Sasuke. Ichi, tu les attireras directement dans notre piège. Et souvenez-vous, je veux au moins un Sharingan intact. Pas de démonstration de pouvoir, les garçons. Si vos jeux et votre compétition interfèrent avec une mission, vous payerez. »
« Oui, Maître. »
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« Tu as l'air fatiguée. »
« Merci, Choji, » répondit Ino, non sans sarcasme.
Le jeune homme avala une frite et lui jeta un coup d'œil désolé.
« C'était juste… Excuse-moi. »
« Il a raison, » insista Shikamaru sans se soucier de son humeur. « Tu as une sale tête. »
« Les gars, vous allez un peu loin, là. »
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu n'es vraiment pas comme d'habitude. » Choji fronça les sourcils. « Tu es malade ? »
« Je vais bien, » soupira la jeune fille. « Ne vous inquiétez pas comme ça. »
« Tu n'es pas allée faire les magasins avec Hinata hier soir. Tu as l'air crevée et tu n'as même pas remarqué que Cho porte un nouvel anneau que sa petite-amie lui a offert. Tu ne vas pas bien. »
Les yeux d'Ino se posèrent sur le bijou et elle offrit à Choji un petit sourire.
« Il est chouette. »
« Ino, qu'est-ce qu'il y a ? »
Elle se leva de la table, leur sourit brillamment et secoua la tête.
« Je fais juste des rêves bizarres, c'est rien. On se voit plus tard ! »
« Où est-ce qu'elle va ? » demanda Choza en apportant leurs plats à leur table dans un coin du restaurant Akimichi. « Elle n'a même pas encore mangé ! Ta mère va nous faire une crise si elle l'apprend. »
« Quelque chose ne va pas chez elle, » partagea Choji sans même un regard pour son repas. « Elle est distante ces temps-ci. »
Les yeux de son père s'assombrirent et il fronça les sourcils.
« Mmh. »
« Choza ? Tu sais quelque chose ? » interrogea Shikamaru en l'étudiant du regard. « Tu ne nous as jamais vraiment dit pourquoi vous n'êtes plus aussi proches, tous les trois. »
« Papa ? C'est Ino, tu dois nous dire si tu sais des trucs. »
Choza soupira et s'assit lourdement en face d'eux. La salle était vide puisque l'heure du déjeuner datait déjà de deux bonnes heures.
« Je suppose que je peux vous en parler maintenant. Nous, les Akimichi, nous n'avons jamais beaucoup aimé les secrets, au contraire des autres clans. »
« Comme les Yamanaka. »
« Ah, ils pourraient sûrement égaliser les Uchiha, au moins. C'est compliqué de vous expliquer clairement ce qui est arrivé à notre amitié. Je suppose qu'on pourrait dire qu'on s'est éloignés. Mais nous nous en sommes vraiment aperçus quand Ino est née. Inoichi a perdu son père lorsqu'il était jeune, vous savez. Treize ou quatorze ans. Inai a dû quitter le manoir. Je crois qu'il avait eu Inoichi assez tard. »
« Il a dû quitter le manoir ? »
« Oui. Alzheimer précoce. Il vit dans l'Institut Jinsu, un complexe privé où se rendent les personnes âgées ou les malades fortunés quand ils ne peuvent plus vivre seuls et qu'ils ont besoin de soins constants. Je crois qu'avoir Ino a rappelé à Inoichi des souvenirs de son père, et de son neveu décédé. Je me souviens qu'il était vraiment nerveux pendant la grossesse. On se moquait tous de lui. »
« C'est à la naissance d'Ino qu'il est devenu distant ? » demanda Shikamaru en s'adossant à la banquette.
« Quelques années plus tard. Nous étions déjà moins proches, mais c'est à ce moment qu'un fossé s'est vraiment creusé. Shikaku et moi étions devenus un peu trop curieux quant à certains sujets qu'Inoichi ne voulait pas aborder. Il n'y a rien qu'on puisse cacher à un Yamanaka, et il a appris que nous continuions à poser des questions. Je suppose qu'il a trouvé plus simple de garder ses distances. »
« Vous étiez curieux à propos de quoi ? » demanda Choji, si immergé dans la discussion et son inquiétude pour son amie qu'il en avait oublié sa nourriture.
« A propos de la même chose que vous. Quand vous étiez très jeunes, Inoichi est devenu de plus en plus inquiet par rapport à quelque chose, son esprit était toujours ailleurs, il avait l'air fatigué, il était sans arrêt occupé. Et il ne répondait jamais à nos questions. Une fois, nous sommes allés au manoir pour prendre des nouvelles et en savoir plus, mais Hiza nous a demandé de partir sur le champ. Elle aussi avait l'air éreintée. »
« La grand-mère d'Ino ? »
« Oui. Ino devait avoir quatre ans, je crois. Peut-être cinq. On pouvait l'entendre pleurer à l'intérieur, et quelques minutes plus tard, alors que Shikaku et moi étions en train de remonter dans notre voiture, nous avons vu sa mère partir du manoir avec elle dans ses bras. »
« Ces derniers temps, il est rare qu'on soit invités au manoir. »
« Les Yamanaka sont très prudents par nature. En tout cas, quelques semaines après notre visite avortée, Santa est mort. »
« Santa ? »
« Le cousin d'Inoichi. Il avait une vingtaine d'année de plus que nous. Au début de la cinquantaine à l'époque, je crois. Dans les mois précédant sa mort, il a été rarement vu à l'extérieur de la propriété. Il avait aussi demandé plusieurs congés sans solde. Il était dans l'Agence, et certains disaient qu'il pensait démissionner. Mais il est mort avant. »
« Que lui est-il arrivé ? » demanda Shikamaru.
« Tué en faisant son devoir, il y a treize ans. Après sa mort, Inoichi est doucement redevenu lui-même. »
« Tu crois que son attitude avait quelque chose à voir avec Santa ? »
« Je crois que ce qu'ils cachent est un secret qu'ils protègent depuis des générations, peut-être même avec l'aide d'autres personnes. Et je crois que le mieux que vous puissiez faire pour Ino est simplement d'être là pour elle. Vous trois êtes plus proches que nous l'étions. Je crois qu'un jour elle pourrait vous parler, quand elle sera prête et quand elle décidera que les secrets de son clan seront en sécurité avec vous. »
« Mais si jamais elle ne va pas bien ? »
« Ne t'inquiète pas, fils. Les Yamanaka prennent soin les uns des autres quoi qu'il advienne. Rien ne lui arrivera tant qu'elle aura sa famille et vous deux à ses côtés. »
Shikamaru n'était pas franchement convaincu, mais il acquiesça.
Il avait un mauvais pressentiment au sujet de tout ça.
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Le garçon gesticula, mal à l'aise dans le bureau. Il se sentait petit, ridicule.
Pourquoi avait-il accepté ?
« Ah, je vois, » lui répondit le directeur de l'Académie d'une voix douce après avoir entendu sa requête. « Alors tes camarades t'envoient comme porte-parole. Un noble rôle, Raito. »
Poussé par une fierté soudaine, le regard de son directeur sur lui le faisant se sentir important, le jeune adolescent parla une nouvelle fois, sa voix plus forte. Les compliments chaleureux et le fait que son interlocuteur connaissait son nom ravivèrent son courage.
« Nous pensons que l'atmosphère de l'Académie ces derniers temps n'est pas très bonne pour nos études. Personne ne se sent vraiment à l'aise. Nous avons noté que beaucoup des délégués de classe et des membres du Conseil de l'Académie sont des Spéciaux, choisis à cause de leur ancienne popularité. Nous songeons que ce serait une bonne idée d'organiser de nouvelles élections bientôt, pour que nous ayons une nouvelle chance de choisir. »
« Je fois. C'est une sage suggestion, Raito. Je discuterai de cela avec les professeurs et nous déciderons si nous organiserons cet évènement. »
« Merci, Directeur. »
« J'écoute toujours les idées de mes étudiants. Comme tu le sais, j'ai bien conscience du problème actuel, et je suis là pour vous aider à réussir dans les meilleures conditions possibles. Pendant ce temps, je vous conseille, à tes amis et à toi, d'être prudents mais de ne pas s'inquiéter. Personne en ce monde est tout puissant. »
Raito s'inclina et quitta le bureau, ses yeux pétillants. Il se sentait fort et spécial, membre d'une force invisible, une armée secrète de gardiens destinée à protéger les étudiants et tout Konoha d'un groupe de puissants citoyens les menaçant tous.
Dans le bureau, loin du garçon qui s'éloignait, un homme laissa échapper un petit rire amusé en entrant dans la pièce par une porte dissimulée derrière un casier.
« Devrais-je vous appeler leader de l'Alliance des Communs, à présent ? Et qu'est-ce que je deviens dans tout ça ? »
Le directeur ne se tourna pas vers l'impertinent.
« Les choses progressent bien. »
« En effet. Ces gamins vous admirent et vous respectent. »
« Je suis là pour veiller sur eux, ils le savent. Ils sont précieux. Ce sont eux, le futur de Konoha. »
« Et nous, que sommes-nous ? Vous êtes attaché à votre rôle ici, à ces stupides enfants. Et qu'en est-il des Spéciaux ? Eux aussi sont vos étudiants. »
« Tu sais bien ce que je pense d'eux, » répliqua froidement le directeur. « Tu connais ton rôle et ta place. N'est-ce pas ? »
Le blond hocha la tête, soudain tendu.
« Oui. »
« Pourquoi es-tu là ? »
« Nous sommes prêts à exécuter le plan. »
« Très bien. Je ne veux pas de problème. Pas de survivant cette fois, Ekari. »
« Bien sûr. Ce Fugaku m'a pris par surprise l'autre jour, ça ne se reproduira pas. »
« Veilles-y. »
Frustré, son maître toujours dos à lui comme s'il n'existait pas, Ekari resta en place et attendit.
« Qu'y a-t-il ? »
« Je dois vous informer que vous ne contrôlez pas votre chère petite école aussi bien que vous le pensez. Certaines choses vous échappent visiblement. »
Shimura Danzo se tourna vers son agent, ses yeux plissés dans un avertissement évident.
« Que veux-tu dire ? »
« Le gamin. C'était discret, léger, mais j'ai senti une trace psychique dans son esprit. »
« Une trace ? Quelqu'un aurait pénétré dans l'esprit de cet enfant… »
« Et il a fait quelque chose. »
« Nous avons un hors-la-loi dans le clan Yamanaka. Intéressant. »
« Qu'est-ce que vous allez faire ? »
« Ne sois pas si impatient. Leur clan payera. Je ne peux pas faire grand-chose sans tout risquer. Mais ça montre bien que j'ai raison. Il faut mettre un terme aux agissements de ces Spéciaux. Et au plus vite. »
Les yeux assombris par sa détermination, Danzo congédia Ekari.
Sarutobi et son cercle tomberaient bientôt.
Ce n'était plus qu'une question de semaines.
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