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7. Des liens.
« Alors, qu'est-ce que vous me voulez ? » demanda Anko Mitarashi, vingt-cinq ans, professeur à l'Académie de son état.
Elle s'assit (sans attendre qu'on l'y invite) dans l'élégant bureau d'Inoichi Yamanaka au sein de l'Agence. Située au centre-ville, dans un bâtiment à l'air anonyme et discret, l'Agence avait beaucoup d'entrées et de sorties, pour la plupart secrètes et gardées par une technologie toujours à la pointe. L'intérieur n'était pas différent, la plupart des pièces étant protégées par des codes que seuls les agents autorisés détenaient.
Inoichi fronça les sourcils face à l'attitude de la jeune femme mais ne dit rien. Son sous-directeur et ami de longue date, Ibiki Morino, s'appuya tranquillement contre le mur près de l'une des vitres blindées (teintées pour éviter qu'on voit l'intérieur du bâtiment de la rue en contrebas). Quelques plantes rendaient l'endroit plus vivant et coloré – sans doute grâce à Kire Yamanaka.
« Ces derniers temps, comme vous l'avez su aux réunions du Cercle, nous avons progressé dans notre investigation. »
« Vous appelez ça des progrès ? »
« En effet, » répondit Ibiki, son ton aussi impassible que son visage profondément marqué par des cicatrices.
« Nous pensons avoir trouvé la source de votre amnésie. »
« Mon… » Anko se redressa et croisa les bras contre sa poitrine. « Le doc a dit que c'était dû au choc. »
« Elle avait tort. »
« Shizune n'a jamais tort, c'est la meilleure à Konoha. On dit qu'elle serait même partie se former auprès de Tsunade Senju. »
« Je ne remets aucunement en cause le talent de Shizune. Nous pensions tous que vous aviez occulté votre kidnapping, votre temps avec les Ombres et votre évasion, mais des découvertes récentes nous poussent vers une autre explication. »
« Et… ? »
« Toute information délivrée dans cette pièce est hautement confidentielle, Anko. »
« Bien. J'ai compris. C'est quoi, la grande révélation, alors ? »
« Nos ennemis ont dans leur rang quelqu'un doué de télépathie, ou d'un don approchant. Nous savons déjà qu'il ou elle peut utiliser ce pouvoir pour entrer dans un esprit et y effacer des souvenirs. Et nous pensons que cette personne est derrière votre amnésie quant à ce qu'il vous est arrivé il y a quinze ans. »
« Ils m'auraient tout fait oublier, les enfoirés ? »
« C'est une possibilité, » acquiesça Inoichi sans réagir à l'attitude de la jeune femme. « Mais pour en être certain, j'ai besoin de votre permission pour entrer dans votre esprit. Je n'y ferai rien. Je ne verrai ni n'entendrai rien. Je chercherai seulement la trace d'une possible invasion et d'une manipulation passée. Ça ne devrait pas me prendre plus de quelques secondes, et vous ne sentirez rien. »
« Allez-y, si ça peut vous aider à retrouver les assassins de ma mère, vous pouvez visiter tous mes souvenirs, j'en ai rien à faire. »
Inoichi hocha la tête et ferma les yeux, et Anko attendit, cachant fièrement sa nervosité. Elle fut surprise de le voir ouvrir les yeux aussi rapidement. Elle n'avait absolument rien senti.
« La même trace que chez les autres. »
« Putain ! Ils jouent avec nos esprits ? Vous pouvez faire quelque chose ? Me rendre mes souvenirs ? Où j'étais, et ce qu'ils ont fait à ma mère avant de jeter son corps dans la forêt comme si elle était un vulgaire déchet ? »
« Je suis navré, Anko. Mais je ne peux pas défaire ce qu'un autre a fait, je n'ai pas cette capacité. Mais laissez-moi vous assurer d'une chose. »
Ses yeux verts se glacèrent, ce fut comme si sa présence grandit jusqu'à devenir presque étouffante, et Anko le trouva soudain bien plus effrayant qu'Ibiki, pour la première fois de sa vie. Sa voix, rauque et froide, la força à se figer toute entière.
« Si un télépathe est parmi eux et s'il s'amuse à violer l'esprit d'autrui ainsi, le clan Yamanaka ne trouvera pas le repos tant que cet individu ne sera pas neutralisé, peu importent les moyens nécessaires. »
Bien, Anko leur laisserait volontiers le télépathe, si elle pouvait passer sa rage contre les autres et leur faire regretter de s'en être pris aux Mitarashi.
Elle hocha la tête, puis se leva.
« Merci pour l'info. »
« J'espère que nous en aurons de meilleures la prochaine fois, » informa Ibiki.
« Ouais, on verra. Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda t-elle avec une impolitesse tout nonchalante en faisant un geste vers ses cicatrices.
« Les Ombres, » répondit-il tranquillement. « Vous savez ce qui est arrivé il y a treize ans dans le district ouest ? »
« La tentative de kidnapping sur le gamin ? Bien sûr, c'est l'évènement qui a mené à la création du Cercle. L'anniversaire est la semaine prochaine. Il y a eu plusieurs morts. Trois de leur côté, c'est ça ? Tous des Communs d'autres villes. Et ce Mizuno, le vieil ermite. Et trois des nôtres aussi, plus deux civils. »
« Une sacrée bataille, » confirma Ibiki avec une sombre expression. « Santa Yamanaka et moi sommes arrivés sur place avant les autres. Santa avait sentis la présence des ennemis alors qu'on patrouillait, et il a tout de suite deviné leur plan. L'un d'entre eux a une sorte de pouvoir sur le feu, ou peut-être est-il capable de provoquer des explosions, nous ne sommes pas sûrs. C'est le Premier qui a disparu il y a des années. A l'époque, il avait quatorze ans, mais il avait déjà un contrôle total sur son don, et il était déjà très puissant. J'essayais de sauver Santa quand il a fait exploser une voiture. D'où les cicatrices. »
« Le Premier que les Ombres ont kidnappé quand il était bébé ? Alors ils ne tuent pas tous les gamins qu'ils kidnappent. Ils en transforment certains en soldats. »
« Exactement. »
« En un sens, heureusement que les parents ont été tués lorsqu'ils ont volé le petit. Voir ce qu'il est devenu, ça les aurait détruits. »
« Etant un Premier, son pouvoir connaît peu de limites, et le fait que ce pouvoir est aussi destructeur est inquiétant. »
« Nous pensons grâce à cette information que les Ombres ne sont pas nombreuses. »
« Quoi ? » s'étonna Anko. « Comment ça ? »
« Nous appelons Ombres les Spéciaux qui sont derrière les kidnappings et les meurtres. Les Communs qui ont été tués par les forces de l'ordre il y a treize ans tout comme le vieux Mizuno n'étaient que des alliés. Au-dessus d'eux tous, un leader prend toutes les décisions et recrute ou manipule d'autres personnes pour mener ses plans à bien. »
« Une sorte de pyramide ? »
« En quelque sorte. Le leader, d'abord. Il doit être intelligent, discret, charismatique. Nous ignorons si c'est un Commun ou un Spécial. Juste en-dessous du leader il y a les Ombres, ces Spéciaux qui doivent former un petit noyau dur complètement loyal et soumis. Avec moins d'importance, en dessous se situent les espions, des agents endoctrinés depuis l'enfance, les victimes des kidnappings d'il y a quelques années. La plupart sont des Communs, il y a peut-être quelques Spéciaux aux dons mineurs mais nous en doutons. Ils sont intégrés à Konoha, mais aussi ailleurs sans aucun doute. Impossible de les identifier malgré nos efforts et nos recherches. Et enfin, tout en bas, un réseau d'alliés, des sympathisants à peine plus importants que des marionnettes et plus indépendants que les espions obéissant au doigt et à l'œil du leader, qui offrent un soutien indirect ou parfois direct pour certaines opérations, d'argent, des informations, peut-être des locaux. »
« Alors ceux que nous devons trouver en priorité et arrêter, ce sont ces Ombres dont vous parlez, les Spéciaux qui accomplissent les sales missions de l'ordure derrière tout ça ! »
« Ils peuvent tous avoir été kidnappés et endoctrinés comme le Premier, mais il est aussi possible qu'ils aient été simplement convaincus de le suivre. Nous ne savons exactement combien sont ces agents, mais nous doutons fort qu'ils soient plus d'une poignée. »
« Je ne comprends pas. Il pourrait y en avoir plus ! »
« Non, pas les Spéciaux. Si les Ombres elles-mêmes étaient plus nombreuses que ce que l'on pense, elles n'auraient pas complètement stoppé leurs opérations après leur échec il y a treize ans et le début de notre enquête. L'ennemi se serait senti assez puissant et au contrôle pour kidnapper d'autres jeunes Spéciaux, au moins dans d'autres villes. C'était clairement son but à cette époque. Nos actions et le fait qu'on ait enfin relié tous ces crimes les ont forcés à disparaître et se cacher. En un sens, nous les avons rendus bien plus dangereux, nous les avons forcés à devenir invisibles. »
« Mais ils ont repris leurs activités, » remarqua Anko. « Ils prennent plus de risques. Ils ont tué tous les Uchiha, et ces cinglés n'étaient pas des clowns ! Leur plan devait être bien réfléchi. Et s'ils risquent tout maintenant… ils doivent préparer quelque chose d'énorme. »
« Leur plan doit toucher à sa fin, » acquiesça Inoichi doucement. « Ce qu'il se passe à Konoha ces derniers mois y est lié. »
« C'est plutôt une bonne nouvelle, » décida Anko, ses yeux noirs brillant de détermination. « On saura bientôt qui ils sont et ce qu'ils veulent, et on pourra leur botter le cul ! »
« J'espère que ce sera aussi facile, » murmura Inoichi, ses yeux posés sur une fleur bleue plantée dans un pot près de son ordinateur. « Vraiment. »
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« Allez ! » pria Ino dans son portable alors qu'elle entrait dans le manoir. « Shika, je voulais vraiment voir ce film ! (…) Mais tu m'avais dit que tu viendrais ! (…) Non, je veux pas y aller seule, et Choji aide ses parents au restaurant ce soir. (…) C'est n'importe quoi. (…) Bien, d'accord, je te verrai demain. »
Elle soupira et fourra son téléphone dans sa poche. Shikamaru avait toujours été comme ça, annulant les sorties au dernier moment parce qu'il n'avait soudain plus envie de bouger de chez lui, mais Ino avait du mal à lui pardonner cette fois-ci. Les garçons lui manquaient. Choji était occupé par ses études et sa copine, sans oublier le restaurant, et Shikamaru était… Shikamaru. Au moins cette fois il avait une bonne excuse.
Le manoir était si silencieux qu'il en était presque inquiétant. Idaiki était chez Aya, et Irake… Irake était dans ses quartiers. Depuis le blocage de sa télépathie, il était resté muet, pâle, amaigri. Ses pensées venaient puis disparaissaient aussi vite. Les liens logiques entre elles lui échappaient, tout comme ce qu'il se passait autour de lui. Sa coordination physique avait aussi été touchée.
Il savait, comme eux tous, que la dégradation continuerait dans les semaines qui viendraient jusqu'à ce que son corps ne lui réponde plus, le paralysant totalement, puis ce serait le tour de son esprit. S'il était chanceux, sa télépathie ne reviendrait pas alors, comme c'était arrivé une fois ou deux par le passé (les dommages collatéraux avaient été évités de justesse). S'il était très chanceux, la mort l'emporterait dans son sommeil.
Le grand-père d'Ino était toujours vivant, vingt-quatre ans après le verrouillage de sa télépathie. Mais il n'était plus que l'ombre de l'homme qu'il avait été avant ses cinquante ans. Cloué dans un fauteuil roulant, incapable de communiquer oralement ou psychiquement, il restait prisonnier de son propre corps. Il vivait dans la Maison Jinsu depuis, où il était pris en charge par un personnel qualifié et attentionné.
Ça ne se terminait pas toujours ainsi. Parfois, le cerveau résistait mieux, et le corps n'était pas aussi atteint. Parfois, c'était l'esprit qui était épargné. Mais il fallait se rendre à l'évidence, de génération en génération, la perte de contrôle se faisait de plus en plus tôt, et de plus en plus rapidement.
Ino se demanda ce que songeait Irake à cet instant, si toutefois il parvenait à réfléchir correctement assez longtemps. Puis elle cessa de se poser des questions auxquelles elle ne voulait surtout pas de réponse. Bientôt, elle serait à sa place.
Ses parents étaient absents. Ino aurait aimé les avoir auprès d'elle, mais ses pas résonnaient contre les murs et elle ne leur entendait aucun écho.
Jusqu'à ce qu'elle sente quelque chose.
Une présence familière…
Ses yeux brillèrent avec une joie enfantine et elle tourna les talons pour se précipiter vers l'entrée. Elle poussa la lourde porte avec tant d'enthousiasme que le battant claqua contre le mur de pierre, puis courut vers la femme aux cheveux blancs qui était juste en train de refermer le portail derrière elle.
« Grand-mère ! »
Se souvenant de ses manières juste à temps, Ino s'arrêta en catastrophe et se redressa face à sa grand-mère, un grand sourire idiot sur les lèvres.
« Grand-mère ! Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi n'as-tu pas appelé ? Je suis si heureuse de te voir ! »
« Ino, regarde-toi ! Je jure que tu es plus grande que l'année dernière ! »
Sa grand-mère la serra dans ses bras avec un rire chaleureux, et Ino sentit un courant brûlant passer dans son ventre alors qu'elle inhalait son odeur familière, alors que son esprit se refamiliarisait avec le courant de ses pensées.
« Tu m'as manquée, grand-mère. »
Hiza Yamanaka rit de bon cœur.
« Oh, tu m'as manquée aussi, ma chère enfant. » Elle la lâcha seulement pour l'étudier de ses yeux chocolat, pétillants et chauds. « Tu es aussi belle que ta mère. »
« Merci, » souffla Ino, rougissant de plaisir. « Mais je n'ai pas tant changé que ça en un an. Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ? Tu étais censée revenir cet été ! »
« Oh, tu ne le croirais pas, Ino ! Nous avons découvert une nouvelle espère de singes noirs, et nous avons dû progresser plus profondément dans les forêts du Pays de la terre, au nord ! »
« Wow, » s'amusa Ino en prenant la valise de sa grand-mère. « Un sacrée aventure, hein ? »
« Oh, j'ai l'impression d'avoir vingt ans de nouveau ! »
« J'en suis sûre. »
Hiza avait toujours été une fervente défenseuse de la biodiversité. Sa carrière de dresseuse d'animaux et de vétérinaire l'avait conduite à rencontrer les spécialistes les plus reconnus du monde sur de nombreuses espèces. Même bien après sa retraite officielle, elle continuait d'aider les Inuzuka à Konoha et d'écrire des études. Un an plus tôt, l'un de ses vieux amis l'avait appelée pour lui parler d'une expédition qu'il préparait, et elle avait sauté sur l'occasion et était partie avec lui. Sa famille avait reçu de courts messages régulièrement, mais ces derniers mois Hiza n'avait pu les contacter, trop loin dans les terres pour avoir un quelconque signal ou service postal.
Elles entrèrent dans le manoir et se dirigèrent vers les quartiers communs. Le séjour était chaleureux, décoré élégamment, il y avait de nombreuses photos de membres du clan encadrées aux murs. Hiza regarda autour d'elle et sourit.
« Ah ! Enfin rentrée ! C'est bon d'être ici. Alors, raconte-moi tout ! Comment vont les garçons ? Et ta mère ? Et tous tes amis ? Je veux tout savoir. »
Soudain, juste avec ces quelques mots, la réalité reprit cruellement son emprise sur Ino. Sa grand-mère ne pouvait pas savoir…
« Ino ? »
Ino baissa les yeux, essaya de trouver les mots pour annoncer à sa grand-mère qu'elle avait perdu l'un de ses fils, mais Hiza n'eut pas besoin de l'entendre pour le comprendre.
« Lequel ? » demanda t-elle dans un murmure tremblant.
« Irake. Papa et moi avons bloqué son don il y a quelques jours. Il est toujours ici, mais il va avoir besoin d'une prise en charge bientôt. »
« Je… je vois… »
Dans les yeux d'Ino, il n'y avait personne de plus fort ni de plus jovial que sa grand-mère. Elle avait épousé Inai Yamanaka en sachant tout de leur condition. Elle avait eu trois fils malgré ça, et les avait élevés parfaitement, était restée lumineuse et pleine d'espoir même après avoir perdu son mari trop tôt. Elle avait été la force de tout le clan quand Irake avait perdu sa femme alors enceinte et son petit garçon, quand Santa avait montré des signes de déclin et quand il avait été tué. Sa détermination, sa force et sa fierté, sa capacité à toujours trouver un bon côté à la vie les avaient toujours aidés à rester confiants en la vie et en leurs valeurs.
Mais elle vieillissait, Ino pouvait le voir, et en dépit de cette flamme qui brûlait toujours en elle, Hiza était lasse.
« Je vais aller le voir maintenant. »
« Bien sûr, » répondit Ino doucement, ses yeux fixés sur la cheminée.
Hiza était presque à la porte lorsqu'elle s'arrêta. Après quelques secondes, elle tourna la tête vers elle et lui offrit un pâle sourire rassurant.
« Et ensuite, nous irons voir ton grand-père et tu me raconteras tout ce qu'il s'est passé dans ta vie depuis que je suis partie. »
Ino acquiesça, ne réussissant pas encore à lui rendre son sourire.
« D'accord. »
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« Vous avez vu le directeur aujourd'hui ? »
« Ouais, » répondit Kiba alors qu'il marchait avec Ino, Tenten, Lee et Naruto. « Tous ces bandages sur sa tête… Trop bizarre. »
Ils sortaient de l'Académie, et Ino ne les écoutait que d'une oreille. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu autant de raisons de se réjouir un peu malgré les circonstances. Sa grand-mère était de retour, Sakura et elle avaient fait des progrès, et ses amis étaient autour d'elle.
« Fuam a dit que Danzo avait raconté qu'il avait eu un accident, qu'il allait bien, » expliqua Lee. « Wow, les gens sont vraiment obsédés par les élections en ce moment, » remarqua t-il alors qu'ils passaient un groupe de jeunes qui distribuaient des flyers politiques.
« On a déjà tous les noms des candidats ? »
Franchement, Kiba s'en ficherait bien si le contexte n'était pas aussi tendu. Mais comme chaque citoyen de la ville, il avait pleinement conscience que ces élections pourraient bien déterminer le futur de Konoha.
« Deux Communs ont déjà été approuvés. L'un d'eux remplace Uchiha à la tête de la police. »
« Pas de Spécial ? »
Ino secoua la tête. Elle voulut lui rappeler que ça ne faisait pas de différence, mais elle savait qu'avec le climat actuel, ce serait mentir. Le futur maire bâtirait leur avenir à tous. Et qu'adviendrait-il s'il s'agissait d'un anti-Spécial ?
« Sarutobi ne peut pas se présenter une nouvelle fois. Mais il reste encore une dizaine de jours avant la clôture de la liste de candidats. »
Naruto fronça les sourcils.
« Et Sarutobi n'a pas nommé de successeur. Je me demande s'il va le faire, maintenant que sa fille et sa famille ont quitté la ville pour Suna. Il n'a peut-être aucun nom en tête, ou il se retirera sans nommer personne pour les rejoindre. »
Il était de tradition pour l'Hokage (autrement dit le maire de Konoha) de nommer un successeur, une personne qu'il pensait capable de continuer ses projets et de porter ses valeurs. Très souvent dans l'histoire de Konoha, les candidats soutenus par les Hokage avaient remporté les élections. Mais ce n'était pas une règle, loin de là.
« Oh merde. Vous croyez qu'ils arrêteront si je laisse Akamaru les mordre ? » grogna Kiba en avisant quelques passants leur jetant des coups d'œil, visiblement en train de parler d'eux.
« Ignorez-les, » conseilla Ino. « Ca continuera pour un temps de toutes façons, tant que ces rumeurs courent et que l'enquête sur la mort des Uchiha ne sera pas bouclée. »
« Génial. »
« Oh, je vous vois plus tard. »
« Où tu vas ? » demanda Tenten. « On devait aller acheter quelques films pour ce soir. »
« Désolée, vous pouvez y aller sans moi ? Je dois faire un truc. Mais je serai à l'heure, promis ! Merci ! »
« Bon sang, où est-ce qu'elle va encore ? »
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« Salut. »
Sakura sursauta violemment. Ouah, elle était vraiment nerveuse ces temps-ci, apparemment. Elle lança un regard agacé à Ino qui marchait près d'elle.
« Salut, encore, » répondit-elle.
« Quoi de neuf ? »
« On vient juste de passer toute notre journée dans les mêmes salles, à suivre les mêmes cours. On a eu la même journée. »
« Tu n'es pas drôle, tu sais ça ? »
« Oui, » répondit Sakura avant de pouvoir s'en empêcher. « Désolée, » ajouta t-elle rapidement, ne souhaitant pas offenser l'autre fille. « C'est une semaine étrange. »
« C'est rien, » sourit Ino, qui semblait étrangement joyeuse.
Cette fille était bizarre. Et un peu toquée. Il n'y avait aucun doute. Sakura en était convaincue.
« Tu voulais me parler de quelque chose ? »
« Hum, les gars et moi avons prévu un truc ce soir. Soirée films. »
« Oh non. Je ne viens pas. Pas question. »
Ino fit la moue.
Elle fit la moue ! Et c'était adorable, en plus !
N'importe quoi.
« Allez. S'il te plait. Ça va être sympa ! »
« Non. »
Sakura ralentit alors qu'elles arrivaient aux arrêts de bus, mais Ino lui attrapa la main avant de l'entraîner dans un véhicule qui n'était absolument pas celui qu'elle avait compté prendre.
« Qu'est-ce que tu fabriques ? »
« Tais-toi. »
« Où est-ce qu'on va ? »
« Chez Kiba. »
« J'ai dit non. »
« C'est vrai. »
Toquée !
« Tu me kidnappes ! Tu kidnappes souvent des gens comme ça ? »
« Non, » sourit Ino, et elle eut la décence d'avoir l'air un peu embarrassée. Il était temps qu'elle se rende compte qu'elle agissait comme une détraquée. « Mais je te promets qu'on ne parlera pas d'autre chose que des films. Et des sucreries. Et des pizzas. »
« J'ai des choses à faire. Je dois rentrer chez moi. »
« Non. Tu viens avec moi. »
Toquée !
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Tenten n'était pas le type de personnes qu'on remarquait immédiatement dans une foule. Elle n'avait ni aura exceptionnelle ni charisme. Non, Tenten se fondait dans le décor. Et elle aimait ça.
Elle avait beaucoup d'amis, certains plus spéciaux que d'autres, une famille aimante, et jusqu'à ces derniers temps, pas de soucis pour assombrir le tableau. Et elle aimait la vie ainsi.
« Je n'arrive pas à l'avoir, » soupira Hinata en remettant son téléphone dans sa poche.
« Neji doit être super occupé. Ne t'inquiète pas. »
« Ça fait un moment que je n'ai pas de nouvelles. Et lorsque je lui ai parlé la semaine dernière, il m'a dit qu'il viendrait. Mais depuis je tombe directement sur son répondeur, et il n'a répondu à aucun de mes messages. »
Naruto hocha la tête sombrement. Il était plus silencieux ces temps-ci. Tenten l'avait remarqué, mais elle ignorait comment lui en parler. Il était si rare de le voir comme ça.
« Ça fait longtemps qu'on n'a pas eu un moment tranquille tous ensemble, » remarqua Kiba alors qu'il ouvrait une bouteille de soda à la cerise. « On aurait dû inviter Choji et Shikamaru. Pour une fois qu'on ne va pas parler de l'avenir de cette ville et juste se gaver et se détendre. »
« Ils ont pas mal de boulot en ce moment apparemment, » lui répondit Tenten alors qu'il se rasseyait près d'elle. « Mais peut-être que ça aurait fait plaisir à Ino. Elle n'est pas comme d'habitude. »
« J'ai remarqué aussi, » approuva Hinata. « Elle nous cache quelque chose. Elle est trop… joyeuse. »
« Ino est toujours joyeuse. »
« Elle est trop… quelque chose. »
« Où elle est, d'ailleurs ? »
Akamaru se redressa et jappa une fois, et Kiba sourit.
« Elle est arrivée. Entre, Ino, c'est ouvert ! » invita le jeune homme sans se lever de sa place à côté de Tenten.
Si sa mère avait été à la maison, il se serait certainement fait incendier pour son manque de manières (ironique, quand on voyait les manières de la femme en question).
« Hey ! » leur lança Ino en avançant dans le séjour. « Désolée, je suis en retard. »
« C'est rien, » lui lança t-il tranquillement. « Salut, Sakura. »
Tenten sourit, amusée de voir leur camarade visiblement hésiter entre nervosité, timidité et agacement.
« Hey, Sakura, » lui dit-elle doucement.
Ses autres amis firent de même, aucune surprise apparente ni aucune question posée sur sa présence, ce qui sembla ne faire que perturber la jeune fille davantage. Mais beaucoup de choses entourant Ino n'avaient jamais eu de sens, alors ils avaient cessé de s'interroger longtemps auparavant. Et puis Ino ne répondait jamais vraiment.
Et Tenten en avait parfaitement conscience. Ça la mettait un peu mal à l'aise, elle préférait de loin les gens directs, les gens ouverts et sincères, assez chanceux et assez heureux pour montrer au monde qui ils étaient vraiment. Certains les pensaient sûrement naïfs, d'autres admiraient leur force de caractère. Tenten dirait que les gens comme ça, comme Kiba ou comme elle, étaient simplement si bien dans leurs baskets et dans leur vie qu'ils n'avaient aucune raison d'avoir peur. D'être si terrifiés à l'idée d'être blessés qu'ils devaient vivre dans la méfiance et se cacher.
Oui, ils étaient vraiment les plus chanceux. Ça ne signifiait pas qu'ils ne pouvaient pas être blessés, ou qu'ils ne savaient lire les ombres dans le regard de leurs amis.
Ino s'arrêta près d'eux, avant de retirer ses lunettes et de soupirer. Elle tourna sur ses talons, alla près de l'entrée où était restée plantée Sakura, l'attrapa par le poignet et la traîna à moitié jusqu'à l'espace salon. Là, elle s'assit sur le second canapé, et Sakura prit place à côté d'elle en mode automatique, ses yeux verts reflétant toute son indignation face à ce traitement.
Tenten ne put s'en empêcher, elle éclata de rire. Heureusement, Kiba la sauva, l'ayant sans doute venue venir.
« Est-ce que vous voulez boire quelque chose ? »
« Non, je te remercie, » lui sourit Ino.
Sakura se contenta de secouer la tête.
« Bon, on va pouvoir commencer. Qu'est-ce qu'on regarde en premier ? » interrogea Naruto.
« M'en fiche, » répondit Lee en attrapant un paquet de chocolats. « Tant que ce n'est pas ce navet pour filles – hey ! » protesta t-il en sentant quelque chose heurter sa tête. Il ramassa le projectile tombé sur ses genoux et fronça les sourcils. « C'est quoi, ça ? Une graine ? Ino ! »
Leur amie lui offrit un sourire charmant alors qu'Hinata cachait son rire derrière sa main.
« Tu ne devrais pas essayer de prononcer des idées sexistes en notre présence, » conseilla doucement cette dernière.
« Je disais seulement que ce stupide film pour pleureuses est – whow ! »
Il sauta presque par-dessus le dossier du fauteuil dans sa surprise, alors qu'autour de sa main poussait rapidement une plante étrange de couleur grise aux feuilles souples et fines.
« Ino ! »
« N'utilise pas tes dons à l'intérieur de la maison, s'il te plaît, ou ma mère aura nos têtes à tous, » prévint Kiba en allumant la télé et le home-cinéma.
Ino hocha la tête et la plante cessa sa croissance.
« Désolée, » sourit-elle, « mais c'était trop tentant. Vraiment, je suis désolée. »
« Nan, ça va, c'est rien, » s'amusa Lee. « Si on pouvait juste oublier mon sursaut. »
« Et ton cri aigu d'enfant perdu aussi ? »
« Tenten ! Ino, j'en fais quoi de ce machin ? »
La jeune fille se dirigeait déjà vers lui.
« Je vais la mettre dans le jardin ou elle va mourir. »
Elle libéra prudemment la plante avant de sortir par la porte-fenêtre.
« Ca va pas déranger ta mère d'avoir ce truc super moche derrière chez elle ? »
« T'inquiète, Naruto, elle ne va même pas le remarquer. »
Akamaru redressa soudain ses oreilles et se leva du tapis, avant de s'avancer vers la porte d'entrée.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea Tenten.
Son petit-ami haussa les épaules.
« Quelqu'un arrive, c'est tout. » Il alla ouvrir la porte et quelques secondes plus tard revint vers eux, Neji sur les talons. « Regardez qui est finalement là ! »
« Neji ! Salut ! »
« Ça fait longtemps. T'as pu venir du coup ? »
« J'ai pu me libérer, » expliqua t-il, son sourire plus fin que d'ordinaire. « J'ai eu ton message, Hinata. J'ai trouvé que c'était une bonne idée de revoir le groupe. »
Mise à part Sakura, Tenten était la seule à être restée assise. Elle fronça les sourcils en observant Neji. Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais il avait quelque chose de changé. Peut-être dans sa manière de se tenir…
Akamaru semblait de son avis, car il n'arrêtait pas de renifler le jeune homme et de gémir doucement.
« Qu'est-ce que tu as ? » l'interrogea Kiba. « C'est Neji. »
Comme confus, Akamaru recula mais son attitude resta étrange.
« Désolé, mec, » s'excusa Kiba pour son compagnon à pattes. « On est tous un peu tendus en ce moment. »
« Je comprends, ne t'en fais pas. »
« Prends un soda, sers-toi, » invita Naruto.
Ils commencèrent à discuter tranquillement et à prendre de ses nouvelles. La porte-fenêtre s'ouvrit et Ino entra dans le séjour. Tenten vit immédiatement que quelque chose n'allait pas. La jeune fille pâlit à vue d'œil, d'un coup, ses yeux s'assombrirent et elle se figea comme si quelqu'un venait de la frapper à l'estomac. Sakura, alertée elle aussi par sa tension, fut sur ses pieds avant même que Tenten eut l'idée de réagir.
« Reculez ! » ordonna Ino d'une voix forte derrière laquelle pointait une trace d'incrédulité et de crainte.
Tous la regardèrent, surpris, ne sachant que faire ou penser.
« Quoi ? »
« Eloignez-vous de lui ! »
« Mais c'est – »
Tenten ne laissa pas Naruto terminer sa phrase. Elle n'avait jamais vu Ino réagir ainsi à quoi que ce soit, et elle n'avait pas besoin de super pouvoirs pour comprendre l'urgence. Elle attrapa le blond et Hinata par les bras et les attira vers elle pour les éloigner de Neji. Lee sauta par-dessus un fauteuil pour faire de même, tandis que Kiba recula de quelques pas pour rejoindre Akamaru, son maintien plein de tension.
« Qui es-tu ? » interrogea Ino, ses yeux dans ceux de Neji.
Le jeune homme cessa immédiatement d'afficher son air perdu. Son corps se relaxa et il sourit, un sourire étrange, comme une grimace tant il ne ressemblait pas aux expressions qu'aurait pu avoir Neji en temps normal. Même sa voix ne semblait pas vraiment sienne avec ces intonations trop aigues.
« Eh bien, eh bien. Regardez-moi ça. Une Yamanaka. Ça, c'est pas de chance. Surtout pour mon hôte. »
« Qui es-tu ? »
« Neji Hyuuga. Pour le moment. »
« Quitte immédiatement son esprit. »
« Tsk. Ça ne fonctionne pas comme ça. Je laisse rarement mon hôte vivre, à moins que ce ne soit prévu dans la mission. »
« Tu vas le laisser tranquille ! »
La tête de Neji se tourna vers Kiba et il sourit plus grand.
« Ou quoi ? Tu vas m'attaquer ? Tu me blesses, tu le blesses, imbécile. La subtilité de la télépathie t'échappe, visiblement. Une des raisons pour lesquelles nous sommes si différents. »
« C'est ça, » rétorqua Naruto. « On pourrait te garder ici indéfiniment, jusqu'à ce que tu relâches Neji. »
« Ou je pourrais simplement le tuer et retourner dans mon corps. Vos dons médiocres ne peuvent rien contre moi. »
« La télépathie n'est pas toute puissante, » rétorqua froidement Ino.
« La tienne, sans doute pas. Que vas-tu faire ? Pénétrer son esprit, peut-être, si tu tiens de ton paternel. Mais tu ne passeras pas mes défenses comme ça. Et personne dans ton cher clan n'a mon pouvoir. »
« Es-tu vraiment certain de ce que tu avances ? »
Alors même qu'elle parlait, Ino forma un étrange signe à l'aide de ses deux mains. Tout son corps se relâcha, et Sakura eut juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne s'écrase au sol.
« Ino ! Qu'est-ce qu'elle a ? » demanda Kiba, sans oser détourner ses yeux de Neji.
« Je… je ne sais pas. Elle s'est évanouie. »
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » murmura Lee en observant le jeune homme face à lui.
Tenten quitta Ino des yeux pour se concentrer sur lui et ne vit qu'un visage sans expression. Les yeux de Neji semblaient complètement vides.
« Euh ? Hey ? » appela doucement Naruto.
Puisqu'il n'obtenait aucune réaction, il s'avança prudemment vers lui.
« Sois prudent, » conseilla Hinata anxieusement. « On ne sait pas ce qu'il se passe. »
« Neji ? Hey ? Bon sang ! Comment va Ino ? »
« Je vais bien. »
Naruto observa Neji, les yeux écarquillés.
« I… Ino ? »
Mais le corps de Neji s'écroula lui aussi, du sang s'échappa de son nez immédiatement et il se mit à trembler.
« Neji ! »
« Hinata, attend ! »
Ignorant l'avertissement, elle se précipita vers son cousin pour le pousser sur le dos. Neji reprenait déjà conscience.
« Hinata ? » murmura t-il, perdu. « Que… ? »
« Neji, c'est toi ? »
« Quoi ? »
Abasourdie, Tenten se retourna pour voir Ino se réveiller elle aussi.
« Doucement, » prévint Sakura en aidant la télépathe à se redresser.
Pâle, tremblante, Ino semblait heureusement être elle-même une nouvelle fois.
« Ça va, » murmura t-elle, grimaçant de douleur alors que Sakura l'aidait à se remettre sur ses pieds. « C'est bien Neji. »
« Et l'autre ? » interrogea Kiba.
« Parti. »
« Putain, c'était quoi, ça ? » souffla Lee, résumant parfaitement toute leur confusion.
Neji, encore tout tremblant, hocha la tête.
« Oui. J'aimerais vraiment savoir. »
« Tu devrais boire un peu d'eau. »
« Tu as été possédé, mec ! »
« Naruto, tes paroles n'ont aucun sens, comme toujours. »
Hinata lui donna une serviette en papier pour qu'il puisse contrôler son saignement de nez et lui expliqua rapidement :
« Un télépathe avait pris possession de ton esprit, sûrement la personne que recherche l'Agence. »
« Depuis quand avait-il mon corps ? »
« C'est quoi, la dernière chose dont tu te souviennes ? » lui demanda Tenten.
« Je travaillais. »
« Quand ? »
« Lundi. »
« Ca fait un jour et demi, alors. »
« Vraiment ? »
« Oui. Mais pourquoi toi ? Et pourquoi maintenant ? »
« J'espère qu'il n'a rien fait ou rien appris durant ce temps. Comment… comment avez-vous su ? »
« On savait pas, » lui répondit Naruto. « Ino a su. Et Akamaru, aussi. Je crois. Ino t'a libéré. »
« Merci. »
La jeune femme hocha la tête, mais elle avait l'air mal à l'aise, malade et fatiguée.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, Ino ? » lui demanda Hinata.
Tout comme eux tous, Tenten savait à quel point cette question pouvait être délicate. Ino sembla hésiter alors que Sakura lui tendait un verre d'eau. Elle le prit, lui offrit un petit sourire de remerciement et sembla se reprendre un peu.
« La seule manière connue de libérer une personne de ce type d'invasion est de combattre directement le télépathe pour obtenir le contrôle de l'esprit qu'il détient. »
« C'est pour ça qu'il était si arrogant ? » demanda Lee. « Il avait l'air de croire qu'aucun autre télépathe pouvait faire ce truc, alors il croyait qu'il ne risquait rien. »
« Le crétin. Tout le monde sait qu'on ne peut jamais être certain des capacités d'un Spécial, surtout s'il est membre d'un Ancien Clan. Ce mec manque sérieusement d'éducation. »
« J'ai dû prendre le contrôle de ton esprit et de ton corps pendant un court instant après l'en avoir chassé pour pouvoir te libérer sans te blesser, Neji. Je suis désolée. »
« Je t'en prie, ne le sois pas. Je te dois la vie. »
« Disons alors que nous sommes quittes. »
« On a eu du bol qu'Ino sache faire la même chose que ce type. Ou cette femme. »
« C'est un homme, et même si je peux pénétrer un esprit et le contrôler, il est bien plus puissant que moi pour ce genre de choses. Même si je le voulais, je ne pourrais posséder un esprit que pendant un court instant, et j'ai besoin de voir la personne pour le faire. Lui a pris possession de Neji pendant presque deux jours, et sans doute sans contact visuel. J'ai senti qu'il approchait de son maximum, mais ça reste du jamais vu. »
« Mais il est possible que cet aspect de son don soit le seul qu'il ait développé et qu'il contrôle, au moins à ce degré, » commenta Neji, son nez ayant enfin arrêté de saigner. « Est-ce que tu as appris des choses pendant que tu… le combattais ? »
« J'ai vu des choses. Je ne suis pas sûre de leur nature. Je… j'ai besoin de partir. »
« Est-ce que ça va ? »
« J'ai mal à la tête. J'ai vraiment besoin de rentrer. »
« Je vois ma voiture dans l'allée. Je peux te ramener, » proposa Neji.
« Non ! Je… Vous pourriez appeler Choji ou Shikamaru ? »
« Bien sûr, » répondit Neji en fronçant les sourcils.
Akamaru avança jusqu'à Ino, installée sur un fauteuil, et lui lécha la main en gémissant.
Quelques minutes plus tard, alors qu'ils attendaient Shikamaru, Neji s'excusa pour aller appeler sa mère. Ino se tenait près de la porte-fenêtre, pâle, silencieuse, ses yeux sur la plante grise qu'elle avait fait pousser plus tôt. Tenten la rejoignit pour lui proposer à boire, mais elle n'obtint aucune réponse.
« Ino ? »
« Elle ne t'entend pas, » l'informa doucement Sakura.
Tenten se tourna vers elle. Elle était debout, près du canapé, appuyée contre le dossier.
« Quoi ? »
« Inutile d'essayer de lui parler pour le moment. »
Il y avait une sorte de certitude dans la voix de Sakura, une douceur dans ses yeux aussi. Alors Tenten hocha la tête, comprenant que sa camarade en savait plus long qu'eux.
« Est-ce qu'elle va bien ? » lui demanda t-elle.
Mais cette fois-ci, Sakura ne semblait pas avoir la réponse. Alors Tenten alla s'asseoir près de Kiba, terriblement impuissante.
Elle se sentit si inutile que pour la première fois de sa vie, elle regretta être si normale.
Et en même temps, elle n'avait jamais autant détesté l'existence de dons qu'à cet instant.
O
Shikamaru salua rapidement tout le monde puis se dirigea vers Ino. Il lui murmura quelque chose et elle répondit de la même manière.
« Kiba ? » appela t-il ensuite.
« Ouais ? »
« Est-ce qu'Akamaru peut venir avec nous pendant quelques temps ? Je le ramènerai. »
Le jeune homme échangea un regard avec son chien et hocha la tête.
« Bien sûr. »
« Sakura, tu viens aussi. »
« Pardon ? »
« Je te déposerai plus tard. »
Sakura n'était pas ravie. Du tout. Mais entre rester avec les autres et partir avec Nara, Ino et le chien, elle choisit la seconde option.
Et puis Ino n'avait pas l'air bien et Sakura devait s'avouer qu'elle s'inquiétait.
« Bon. Appelez l'Agence, » conseilla Shikamaru en se dirigeant vers la porte d'entrée avec Ino. « Expliquez ce qu'il s'est passé. »
« Tout ? » demanda Hinata en jetant un coup d'œil à Ino.
Comprenant son inquiétude, Shikamaru hocha la tête.
« Demandez Inoichi, qu'il vienne lui-même. Et dites-lui que je ramènerai Ino chez eux plus tard. »
« Ça marche, » acquiesça Naruto.
Sakura suivit Shikamaru et Ino jusqu'à la voiture. Ils partirent rapidement et il lui apparut très vite qu'ils s'apprêtaient à quitter la ville.
« Où est-ce qu'on va ? »
« Vers la forêt. »
Un coup d'œil à Ino, installée à l'arrière avec le chien, les yeux fermés, confirma la théorie de Sakura. Ils quittaient Konoha pour éloigner Ino des habitants. Peu importe ce qu'elle avait fait pour aider Hyuuga, ça avait apparemment grillé son contrôle des pensées qu'elle entendait constamment et l'avait laissée épuisée. Elle le lui avait dit, sur le toit. La distance aidait.
Ils roulèrent ainsi dans un silence total, seulement perturbé par la respiration du chien, jusqu'à ce que des arbres centenaires les entourent complètement à perte de vue.
« Tu peux t'arrêter là, » murmura Ino soudain.
Shikamaru acquiesça et se gara sur le bas-côté, puis Ino et Akamaru descendirent.
« Ca va aller ? » lui demanda le jeune homme avant qu'elle ne ferme la portière.
Avec un pâle petit sourire, Ino hocha la tête. Quelques minutes plus tard, elle disparut au milieu de la forêt à dos de chien.
« Pourquoi tu ne vas pas avec elle ? » demanda Sakura.
« Parce que mon bouclier n'est pas parfait. Je ne suis pas télépathe. Elle ira bien, je sais qu'elle vient ici de temps en temps. Elle connaît bien cet endroit. »
Sakura n'était pas franchement rassurée. Après un temps de silence étrange, même s'il ne semblait pas perturber le moins du monde Shikamaru, elle ouvrit la portière et quitta la voiture.
« Je ne peux pas lui faire de mal, » rassura t-elle lorsque Shikamaru essaya de l'en empêcher.
La tournure de phrase la surprit elle-même. Elle s'éloigna rapidement dans la direction qu'avaient prise Akamaru et l'autre fille plus tôt et s'enfonça dans les bois. Il ne lui fallut pas très longtemps pour les retrouver. Elle ne savait pas vraiment comment elle avait fait, elle s'était simplement contentée de suivre son instinct. Elle pouvait sentir une sorte de chaleur près d'elle, pas très loin, alors elle s'était dirigée vers elle.
Cette douce chaleur pétillante provenait d'Ino et d'Akamaru, et c'était bien la première fois que Sakura ressentait quelque chose comme ça. Mais elle ignora cette nouvelle donnée et s'arrêta dans ses pas. Ino était assise contre un vieil arbre au large tronc, les yeux clos, le chien couché près d'elle. La petite clairière autour d'eux était couverte de petites fleurs colorées que Sakura n'avait vues nulle part ailleurs lors de sa petite balade. Elle devait avouer que l'endroit offrait une vision magnifique.
« Je vois que c'est vrai. »
Ino ouvrit les yeux pour les poser sur elle et se détendit de nouveau.
« Quoi ? »
« Que tu viens ici souvent, » expliqua Sakura en indiquant les fleurs. « Elles ne sont pas censées pousser ici, si ? Est-ce que tu vas mieux ? »
« Oui. Ça va, maintenant. Je suis désolée de vous avoir tous inquiétés. »
« Je n'étais pas inquiète. »
Ino sourit un peu mais ne releva pas le mensonge.
« Tu dois vraiment croire que nous n'attirons que des ennuis. Je te jure qu'on voulait seulement regarder des films. Je n'insisterai plus pour que tu viennes avec nous. »
« Tu n'insistes pas, tu me kidnappes. Et je peux prendre soin de moi. »
« Est-ce que ça veut dire que je peux continuer à t'inviter ? »
« Je n'ai pas dit ça. »
Ino sourit et se leva lentement.
« Nous devrions retourner à la voiture, » lui dit Sakura. « Nara doit s'inquiéter. »
« Bien sûr. Viens. »
Ce ne fut que lorsqu'ils approchèrent de la ville que Shikamaru parla.
« As-tu appris quelque chose lorsque tu étais dans l'esprit de Neji ? »
« J'ai vu certaines choses, comme je l'ai dit aux autres. Mais je ne suis pas sûre de ce que j'ai vu. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« J'ai vu des noms. Je ne sais pas si le télépathe les a tirés de l'esprit de Neji ou s'il les a appris alors qu'il était dans son corps. Et j'ai vu des images. »
« Quelles images ? »
« Le massacre des Uchiha, » murmura t-elle.
« Quoi ? » Shikamaru lui lança un coup d'œil stupéfait. « Est-ce que ça veut dire que le télépathe était là-bas ? »
« Oui et non. J'expliquerai quand on sera au manoir. »
Bien sûr, Sakura ne fut pas non plus ravie de cette information. Parce qu'une fois qu'ils furent garés devant la propriété Yamanaka, elle n'eut pas d'autre choix que de les suivre à l'intérieur. Et inutile de dire que l'endroit était très loin de la mettre à l'aise.
L'intérieur du manoir était magnifique. Ça aurait pu paraître froid en raison du manque d'habitant visible mais les fleurs et les plantes habillaient l'endroit d'êtres vivants. Ils s'assirent au milieu du séjour et Sakura ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil aux photos contre les murs. Certaines dataient, d'autres représentaient Ino et sa famille. C'était impressionnant de voir tous ces visages d'une même lignée. Sakura ne savait même pas à quoi avaient ressemblé ses grands-parents.
« Mademoiselle Ino, vous êtes de retour, » nota un homme souriant en entrant dans la grande pièce. « Akamaru, est-ce que c'est toi ? Je croyais que tu avais arrêté de grandir. Monsieur Shikamaru, toujours un plaisir de vous voir ici. Vous ressemblez de plus en plus à votre père. »
« Merci, Monsieur Kino. »
« Monsieur Kino, voici Sakura Haruno, une amie qui va à l'Académie avec moi. Sakura, Monsieur Kino, qui travaille pour mon clan depuis des années. »
« Bonsoir. »
« Enchantée, Mademoiselle Sakura. Aurez-vous besoin de quelque chose ? »
« Non, merci, » répondit Ino avec un petit sourire, et l'homme quitta la pièce.
Shikamaru croisa les bras avec un petit soupir.
« Ino, tes oncles sont ici ? Je ne les ai pas vus depuis des mois. »
« Idaiki est rarement là ces temps-ci. Il a une amie, et c'est plutôt sérieux. »
« Et Irake ? »
« Il… est très occupé. Tu connais ma famille. Le travail est une priorité. »
Le jeune homme dut entendre les mensonges derrière ces mots tout comme Sakura, mais il n'insista pas, et elle se demanda bien pourquoi.
« Alors, à propos de ce que tu as vu ? » lui demanda t-il plutôt.
« Pour les noms, il y en a beaucoup qu'on connaît. Hiruzen Sarutobi, ton père, mon père, mon oncle, ta mère et ton oncle, les Akimichi, Kakashi Hatake, Anko Mitarashi, la mère de Kiba, Tenzo Yamata, Minako Hyuuga, Asuma Sarutobi, Kurenai Yuhi, Genma Shiranui, et cinq autres que je n'ai pas reconnus. »
« C'est… »
« Le Cercle, » acquiesça Ino sombrement.
« Le quoi ? » interrogea Sakura, se demandant comment elle avait pu encore une fois se retrouver au milieu de tout ça.
« C'est… eh bien, quelque chose qu'on soupçonne depuis des mois maintenant, » expliqua Shikamaru. « Nos parents sont membres de ce groupe secret qui travaille contre les Ombres, peut-être depuis longtemps. »
« Pas de peut-être. Je sais qu'ils ont créé le Cercle il y a des années pour protéger les clans et la ville. »
« Mais pourquoi secret ? » s'étonna Sakura. « Le père d'Ino est directeur de l'Agence, il travaille déjà sur tout ça ! »
« Il y a un autre but qu'on ne doit pas encore comprendre, » réfléchit Shikamaru. « Je crois qu'il est temps que j'ai une discussion avec mon père. »
« Il y avait un autre nom sur la liste. Plus étonnant celui-ci. Itachi Uchiha. »
« Quoi ? »
« Le frère de Sasuke ? Mais vous aviez dit que les Uchiha complotaient contre Konoha. »
« Et le Cercle le savait, sans aucun doute. Itachi travaillait avec eux, c'était un agent double. »
« Stopper les Uchiha sans semer la panique en ville devait être un autre but du Cercle. Mais les Ombres ont été moins patientes que lui. Ils les ont arrêtés en premier. »
« Mais les Ombres sont loin d'être des citoyens modèles, » protesta Sakura. « Pourquoi essayeraient-ils de protéger la ville ? »
« On ne sait pas. »
« Ino ? » demanda Shikamaru en se tournant vers elle. « Il y a quelque chose d'autre ? »
« Quand… quand j'ai expulsé cet homme de l'esprit de Neji, j'ai vu ce qu'il s'est passé la nuit où… »
« Qu'est-ce que tu as vu ? »
« J'ai vu Itachi… en train de tuer les siens. »
« Quoi ? Mais… »
Shikamaru se tut, ses yeux écarquillés d'horreur. Sakura tourna son regard vers Ino qui avait la tête baissée, les joues bien pâles. Elle ne comprenait vraiment pas toutes ces règles stupides sur l'honneur et le devoir et le secret qui étaient attachées aux clans, néanmoins elle ne put s'empêcher de compatir. Qu'un autre télépathe puisse utiliser son don pour un acte aussi abject plongeait visiblement Ino dans l'horreur et la rage.
« C'est pour ça que Fugaku a menti à propos de ce qu'il s'est passé cette nuit-là, » murmura Shikamaru. « Mais comment a-t-il survécu ? Itachi était et de loin le plus puissant de son clan, même s'il était manipulé par un télépathe Fugaku et les autres n'auraient pas pu l'arrêter. »
« Il y avait un autre Uchiha très talentueux, » murmura Ino. « Itachi a commencé par toutes les autres maisons. Quand il n'a pas réussi à trouver ceux qui s'étaient cachés, il est retourné chez lui et a attaqué ses parents. Fugaku était blessé, alors il s'est caché dans la maison pour éviter Itachi. Mais Sasuke s'est réveillé. Quand il a vu le corps de sa mère, il n'a pas réalisé ce qu'il se passait au début, et puis le télépathe a essayé de le tuer. Sasuke a réussi à le blesser en se défendant. Fugaku est sorti de sa cachette en profitant de cet instant de faiblesse, et il a tué Itachi par derrière. »
« Merde. Pas étonnant que Sasuke ait perdu l'esprit. »
« Mon père pense qu'il aurait pu l'aider s'il l'avait pris en charge juste après les faits. Mais Fugaku n'a rien voulu entendre. Pour protéger ses secrets, il a sacrifié son fils. »
« Charmant, » commenta Sakura. « Sasuke n'a jamais été un idiot. Il sait ce qu'il s'est passé cette nuit-là, il sait que ce n'était pas vraiment son frère. Et s'il est toujours vivant, je parie qu'il cherche à se venger. Et le connaissant, il n'arrêtera pas avant d'avoir réussi. Ou avant qu'ils ne réussissent à le trouver. »
« Suna. »
Ino leva les yeux vers Shikamaru.
« Quoi ? »
« Le Cercle. Je pense que le Cercle et Suna sont liés. »
« Ton père a toujours été un ami proche de la famille royale. Il est possible que Sarutobi lui ait demandé de travailler à une alliance. Ils ont bien envoyé la nièce de Fugaku et le fils d'Inabi là-bas pour qu'ils y soient protégés. »
« Ca peut vouloir dire que Suna travaille contre les Ombres depuis des années aussi. Cette petite guerre a lieu depuis au moins ce qu'il s'est passé il y a treize ans. Peut-être qu'elle remonte à plus loin encore. »
« Ce qu'il s'est passé il y a treize ans ? » répéta Sakura, son cœur s'arrêtant presque. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Des gens sont morts, » répondit-il sombrement. « Pour me protéger. »
« Qu…quoi ? »
« Les Ombres kidnappaient des gamins. Pas seulement des enfants, d'ailleurs. Parfois, les corps étaient retrouvés un peu plus tard. Pour les autres, on n'a jamais retrouvé une seule trace d'eux. A l'époque, ils avaient développé un intérêt particulier pour les Premiers ou les enfants des Anciens Clans. Quelques tentatives avaient déjà été arrêtées et les clans étaient sur leurs gardes. Mais une nuit il y a treize ans, j'étais leur cible. J'ai été chanceux, parce que Santa Yamanaka, le cousin d'Inoichi, les a repérés et a donné l'alerte. Il est mort cette nuit-là comme d'autres pendant une véritable bataille. Ça a fait les gros titres, mais l'Agence et la police ont préféré passer certains éléments sous silence. »
« Je ne savais pas que c'était toi qu'il voulait, » s'étonna Ino.
« Je l'ai appris il n'y a pas très longtemps. Je crois que mon père est inquiet, il a commencé à me parler de certaines choses. Et vu ce que tu as réussi à faire aujourd'hui, je suppose que ton père fait de même pour toi. Je pensais que tu n'avais pas développé cet aspect de ta télépathie. »
Ino garda le silence, ses yeux soutenant ceux de son ami d'enfance.
Des secrets. Ils étaient tout ce à quoi pouvaient songer ces gens. Des secrets, toujours des secrets.
Sakura n'avait jamais su, comme la plupart de Konoha, ce qu'il s'était réellement passé cette nuit du 25 novembre, treize années plus tôt, et la raison pour laquelle ces gens étaient morts.
Pour laquelle la vie de Sakura n'avait plus jamais été la même.
A cause des Ombres. Et des secrets.
Elle se demanda si Naruto savait, si ses parents avaient été là pour défendre Shikamaru ou s'ils avaient seulement été au mauvais endroit au mauvais moment.
Elle se demanda si ça avait la moindre importance.
Putain de Cercle. Putain d'Anciens Clans. Putain d'Ombres.
Elle les maudissait, eux et tous les autres.
« Je dois rentrer, » annonça t-elle en sautant sur ses pieds.
Elle vit Ino discrètement faire un signe à Shikamaru pour qu'il se taise alors qu'elle quittait rapidement le manoir. Peut-être Ino pouvait-elle lire ses pensées finalement. Peut-être qu'elle avait menti, elle aussi.
Qu'est-ce que Sakura foutait ici, de toutes façons ? Elle se fichait de tout ça, d'eux, de tout.
Et pourtant, son esprit ne pouvait arrêter d'y repenser, d'essayer de rassembler les pièces du puzzle.
Par exemple, elle songea que quelque chose d'autre reliait forcément Konoha et Suna dans cette guerre. Elle songea qu'Ino lui cachait quelque chose depuis le début. Elle songea que ces Ombres avaient sûrement un lien avec quelqu'un de puissant à Konoha, pour avoir autant d'influence, autant d'informations.
Et elle commençait à songer qu'Ino avait eu raison à propos de son don.
Parce qu'elle n'avait jamais auparavant eu cette étrange impression que son corps vibrait d'une chaude et douce énergie, et elle n'avait certainement jamais senti cette énergie qui habitait les gens autour d'elle.
Et cette nouvelle évolution au milieu de tout ce bordel ne pouvait signifier que plus de problèmes encore.
O
Le palais était un endroit magnifique. Peut-être le plus beau que le jeune homme n'avait jamais vu. Mais il se montrait incapable d'apprécier quoi que ce soit depuis longtemps.
Sa mère, Sara, n'avait plus souri depuis, plus vraiment. Cela fait presque trois ans. Son père, Shibi, son oncle, Shikuro, son cousin, Shin, le cousin de son père, Muta, ils étaient tous devenus sombres, fatigués et tristes comme ils l'étaient constamment. Mais malgré tout, leur famille restait fière. Ils étaient toujours debout et, même alors qu'ils devaient vivre cachés, ils continuaient à se battre contre leur ennemi.
« Nous avons des nouvelles, » leur annonça le jeune prince alors qu'il avançait dans la salle, son frère et sa sœur sur les talons.
Il était toujours un peu amusant de les voir tous les trois. Kankuro, avec ses cheveux noirs d'encre, Gaara, aux cheveux roux épais, et Temari, aux longs cheveux couleur or.
« Quelles sont-elles, Gaara ? »
« Inoichi Yamanaka a appelé. Un télépathe a pris le contrôle de l'esprit du fils de Minako Hyuuga. Mais il va bien. Apparemment, Ino l'a libéré de l'emprise du criminel, » expliqua Kankuro, le frère aîné du prince, en s'arrêtant près de la large table.
« Vraiment ? » s'étonna Shin.
A vingt-quatre ans, il avait l'air chétif mais il était vif et intelligent. Son père, Shikuro, hocha la tête.
« Inoichi a bien mentionné une fois que sa fille avait un plus grand potentiel encore que lui. »
« Pourquoi s'en prendre à Neji ? Qu'est-ce qu'ils lui voulaient ? » s'interrogea doucement Muta, son ton presque celui d'un vieil homme malgré ses trente années de vie.
« La fille d'Inoichi a dit que le télépathe a tous les noms des membres du Cercle, » expliqua Gaara.
« Les nôtres inclus ? »
« Non, Sara. Elle ne vous a pas mentionnés, et Minako a précisé que Neji n'a jamais su votre localisation ou votre implication. »
« Si c'est tout ce qu'ils savent, ils perdent leur temps, » affirma Shibi. « Avoir leurs noms ne sert à rien, tous sont connus comme des défenseurs de l'égalité et de la fraternité entre Spéciaux et Communs. »
« Ça reste inquiétant. Même s'ils espéraient obtenir plus d'infos du fils Hyuuga, ils ont tout de même appris que le Cercle reste dans le noir quant à leurs identités. Ça pourrait les pousser à agir. »
« Vous ne devriez pas vous inquiéter pour ça, votre altesse, » lui répondit Shibi en ignorant le regard agacé de Temari face au titre honorifique. « Laissez-les agir. Nous en avons assez d'attendre. »
« Est-ce que… est-ce que la jeune Yamanaka l'a mentionnée ? »
« Non, Sara, » répondit doucement Gaara face à son inquiétude. « Je suis désolé. »
« Ne t'inquiète pas, » souffla Shibi à son épouse en posant une main sur son épaule. « Nous retrouverons Sayuri. Et un jour, nous rentrerons chez nous. »
Shino Aburame ne prononça pas un mot alors que ses parents continuaient à parler à voix basse. Il continua d'observer le désert de Suna s'étendre à perte de vue autour de la cité des sables par la fenêtre. Konoha lui manquait. Ses amis lui manquaient. Même l'Académie lui manquait.
Mais les Aburame formaient l'un des Sept Anciens Clans, ils étaient forts, déterminés, fiers, et ils avaient fait la seule chose possible dans leur situation.
Ils avaient décidé de combattre. Même forcés à se retrancher à l'abri d'un pays ami, dans le secret, ils se battaient.
Et bien sûr, Shino pouvait y voir toute l'ironie. Combattre des Ombres en se cachant dans les ombres.
C'était presque poétique.
O
Le sourire qu'Hiza Yamanaka offrit à son mari était triste malgré tous ses efforts. Tous les deux se trouvaient dans les jardins de la Maison Jinsu, elle assise sur un banc en pierre, lui dans son fauteuil roulant.
Autrefois grand et charismatique, il semblait petit et frêle à présent. Ses yeux baissés, il gémissait doucement, presque sourdement. Elle réajusta la couverture qu'elle avait posée sur ses genoux pour veiller à ce qu'il ne souffre pas de la fraîcheur de novembre, et soupira doucement.
« Tu m'as manqué, tu sais ? Oh, je sais ce que tu penses, Inai. Je ne me ramollis pas avec l'âge. Parfois, je suis presque soulagée que tu ne puisses voir ce que devient ta chère ville. Tu n'aimerais vraiment pas ce qu'il se passe. »
Elle l'étudia du regard, ce visage qu'elle avait tant aimé, creusé et marqué, et essaya d'imaginer à quoi il ressemblerait, debout et fort, si sa famille n'était pas invariablement destinée à cette horrible fin.
« Nous perdons notre petit garçon, Inai. Irake est mourant. Je le sais, je peux le voir. Même avec son don bloqué, il peut à peine parler. Je ne crois pas qu'il veuille nous parler, d'ailleurs. Il ne veut pas qu'on le voit ainsi. Son esprit s'éteint doucement. Inoichi pense qu'il serait mieux qu'il vienne vivre ici, lui aussi. Et nous n'aurons plus le choix bientôt. Nous ne saurons pas prendre soin de lui correctement. Notre beau bébé, Inai… Oui, je savais que ça arriverait, mais il est trop jeune. Il n'a que quarante-cinq ans… Inoichi pense que l'accident et le choc ont peut-être accéléré le processus, mais… Toi aussi, tu étais plus jeune que la normale. Peut-être tout simplement que la dégradation arrive plus tôt. Est-ce nos gènes ? Aurions-nous pu éviter cette accélération ? »
Elle prit une inspiration lente. Son époux avait cessé ses gémissements, et elle aimait penser qu'une part de lui quelque part l'écoutait, et l'entendait.
« Et Inoichi,… Personne ne m'en a parlé, mais je peux le voir dans ses yeux. » Elle serra son poing contre sa cuisse, et souhaita tant avoir les bras d'Inai autour d'elle. « Il a dû ressentir les premiers signes. Je ne comprends pas, tu sais, il a deux ans de moins qu'Irake, il devrait avoir plus de temps. Mais tu l'avais senti, n'est-ce pas ? Tu te souviens ? Quand il n'était qu'un petit garçon, tu m'avais dit qu'il était doué. Trop doué. Aussi doué que ton arrière-grand-oncle. Et plus le télépathe est puissant, plus vite il tombe, c'est ce que tu avais dit. Oh, Inai… Je pensais m'être préparée, je pensais… Mais rien ne peut préparer une mère à ça. »
Elle ferma les yeux, apprécia l'air frais sur ses joues qui l'aidait à contrôler ses émotions.
« Inoichi doit avoir encore un an, peut-être deux. Tu devrais voir Kire, elle est si perdue. Comme je suis heureuse qu'Idaiki ait un don si faible. Et cet idiot en a honte, et c'est de ta faute, avec toutes tes histoires sur le clan. Tu le sais, j'espère. Avec de la chance, il n'aura pas à connaître ce terrible destin, ou du moins pas avant très longtemps. »
Elle trembla, reposa le regard sur son époux. Ses cheveux blancs, sa peau pâle. Sa douce respiration.
« Mais nous avons déjà parlé de ça l'autre jour. Je me répète, c'est ce que tu penses, hein ? Tu penses que je devrais arrêter de me voiler la face, arrêter de tourner autour du pot et faire face. Dire ce que j'ai à dire. C'est ça ? » Elle avala sa salive, maudit son vieux cœur qui manqua un battement. « C'est la petite, Inai. Tu la vois souvent, elle vient tous les mois. C'est une bonne fille, n'est-ce pas ? Mais tu dois l'avoir senti, comme les garçons l'ont senti il y a des années. Elle est spéciale. La plus puissante que le clan a connue depuis Kan lui-même. Ils disent qu'elle pourrait le surpasser. Est-ce seulement possible ? Elle… elle rencontre déjà des problèmes. Cette enfant a dix-huit ans ! Oh, ce ne sont que des migraines, à cause de sa capacité à entendre les pensées des autres, mais comment ne pas se demander si ce n'est pas que le début ? Surtout avec Inoichi qui commence à… qui… »
Ses larmes roulèrent sur ses joues glacées, et elle se pencha pour poser une main sur le genou d'Inai, pour avoir ne serait-ce que ce contact avec lui, lui qui avait été le grand amour de sa vie, son meilleur ami et le père de ses enfants.
« Combien de temps leur reste t-il ? Est-ce que tu saurais combien de temps a encore Ino ? Elle est superbe, tu sais. Honnête, intelligente, fière, drôle, forte et elle est si altruiste. Elle… elle te ressemble tant. Tu l'aurais adorée. Tu l'adores, je sais. Chaque fois que je pose les yeux sur elle, je te vois. Et ça me terrifie. Je ne peux vraiment pas blâmer sa mère, parfois ça me brise le cœur d'être près d'elle, je n'imagine pas comment Kire doit se sentir, surtout avec Irake et Inoichi… et Ino… Et quand le temps sera venu, comment la protègerons-nous ? Comment protègerons-nous notre famille, la ville ? Protéger l'honneur du clan a toujours été la priorité, depuis des générations. Mais… »
Elle leva les yeux vers le ciel gris, effaça ses larmes d'une main tremblante.
« Mais que pouvons-nous faire contre la fatalité ? »
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« Tais-toi. J'essaye de travailler. »
« Oh, ne me parle pas comme ça ! »
Sakura soupira doucement pour se calmer. Elle ignorait si sa mère prenait son traitement dernièrement, mais elle buvait, ça c'était certain, et elle parlait. Très fort.
« Pourquoi est-ce que tu ne ferais pas un peu de ménage, pour changer ? » se plaignit la femme alors qu'elle tournait toujours autour de la table où Sakura était installée, occupée à essayer de lire.
« Tu te fiches de moi ? » répliqua la jeune fille. « Tu te fiches de moi ? Bordel, qui nettoie tout tout le temps ici ? »
« Oh, je t'en prie, on sait toutes les deux que Sairi fait tout le boulot. »
« Ah oui ? Alors où est-elle en ce moment ? »
« Au moins elle fait quelque chose de sa vie ! »
Sakura n'y tint plus. Elle était fatiguée, préoccupée, furieuse. Quelque chose cassa en elle et elle ne réussit pas à contrôler sa réaction et à se contenir. Elle sauta sur ses pieds, attrapa avec force les bras de sa mère et plongea son regard brûlant dans le sien.
« Pour la millième fois, j'ai dit que je voulais que tu te taises, » rappela t-elle entre ses dents, tremblante de rage. « Tu ne comprends pas ? J'ai besoin de silence pour étudier ! »
Elle la serrait trop, elle le savait. Mais elle n'arrivait pas à s'en empêcher, elle était épuisée, c'était comme si ses muscles ne lui répondaient plus, trop de choses tournaient dans son esprit…
Que… C'était quoi, cette sensation ? Une sensation étrange, chaude, vibrante, comme si quelque chose quittait sa mère pour la rejoindre, elle, comme un ruisseau de… d'énergie ?
« Ah ! »
Sakura lâcha sa mère qui tomba au sol, inconsciente. Choquée, la jeune fille ne put que la regarder, puis regarder ses mains, prises de fourmis. Elle savait que sa mère irait bien, parce qu'elle pouvait sentir l'énergie qu'elle avait encore en elle, plus faible, mais toujours là.
« Qu'est-ce que… ? »
Ino avait vraiment eu raison. Ce n'était pas sa super force, son don. Le bouclier psychique, et à présent ça…
Ils l'avaient prévenue. Ils lui avaient dit qu'il fallait des années pour parfaitement connaître ses dons. Ino elle-même avait avoué qu'elle n'avait même pas su qu'elle pouvait manipuler des souvenirs avant le garçon…
Et Sakura ne savait rien sur son propre pouvoir. Personne ne savait rien. Personne ne pouvait l'aider.
Ils l'avaient tous prévenue. Les Premiers étaient particuliers, toujours très puissants, très souvent instables et parfois complètement cinglés en raison de leur inhabilité à contrôler leurs dons.
Non, la force de Sakura n'était pas son don, mais seulement l'un de ses aspects. Tout était lié à cette énergie qu'elle pouvait sentir chez les autres, chez elle. Instinctivement, Sakura le comprit, comprit que c'était en se servant de l'énergie qu'elle pouvait magnifier sa force physique et avoir ce bouclier mental.
Elle avait senti cette énergie chez tout le monde. Elle se souvenait de celle d'Ino, brillante et forte, celle de Shikamaru, un peu plus pâle. Comparée aux leurs, l'énergie de sa mère était bien terne. Maintenant qu'elle y pensait, la plupart des gens qu'elle avait croisés depuis qu'elle s'était aperçue qu'elle sentait quelque chose de nouveau dans son environnement avaient été habités par la même énergie que Reika, faible et froide.
Dans ce cas… Oui, ça signifiait que l'intensité de l'énergie devait être liée aux dons. Les Communs en avaient moins, et la leur semblait presque… éteinte. Et les Spéciaux avaient une énergie vibrante, brillante, comme celle d'Ino qui s'était si aisément imposée dans l'esprit de Sakura lorsqu'elle l'avait cherchée dans la forêt. Plus les gens étaient puissants, plus ils avaient une énergie chaude et lumineuse.
Mais qu'est-ce que ça pouvait vouloir dire ? C'était quoi au final, cette énergie ? A quoi servait-elle ?
Et plus important, de quoi Sakura était-elle réellement capable ?
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« Donc, tu n'as rien appris de spécial en dehors de ces noms, et tu t'es fait remarquer et expulser par la fille Yamanaka ? »
Ekari serra les dents sous son masque.
« La fille m'a eu par surprise, c'est tout, Danzo. Ça ne se reproduira plus. Je ne savais pas qu'elle se trouverait là, et je ne savais pas que son don lui permettait de contrôler les esprits. »
« Oui, c'est certainement une surprise. Il semble qu'elle ait du potentiel. Quoi ? Es-tu jaloux ? »
« Bien sûr que non. Je suis bien plus puissant que cette gamine. »
« Elle n'a que quelques années de moins que toi, Ekari. Mais je suis sûre que tu auras ta revanche. Qu'as-tu d'autre à me dire ? »
« Ils ne connaissent rien de tes buts ou de ton identité. Et j'ai trouvé quelque chose d'intéressant. L'une des amis des petits héritiers est une Première. »
« Une Première ? »
« Une fille discrète avec une attitude. Sakura Haruno. »
« Je vois. J'avais entendu les rumeurs bien sûr, mais… cela pourrait être intéressant. »
« Hyuuga ne savait pas grand-chose sur elle. Rien sur son don. Il semble que Yamanaka se soit liée d'amitié avec elle. »
L'œil de Danzo avait l'air de briller dans la salle obscure. Ekari ne put s'empêcher de le trouver inquiétant avec ces bandages toujours autour de sa tête et cette expression sur ce qu'il pouvait apercevoir de son visage dur.
« Nous ne pouvons rien faire quant à son cas maintenant sans attirer l'attention davantage. Nous devons rester dans l'ombre à présent. C'est bien dommage. Ichi a prouvé que les Premiers sont toujours fascinants. Tu peux te retirer. »
Ekari tourna les talons et s'éloigna. Il savait déjà qu'Ichi ne le laisserait jamais oublier ce semi-échec.
Mais il le ferait taire. Il anticipait déjà le sourire qu'il afficherait quand il annoncerait à son camarade qu'il avait enfin pris sa revanche.
Oui, il anéantirait le clan Yamanaka comme il se l'était promis des années auparavant.
Et il commencerait avec plaisir par leur précieuse héritière.
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