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8. Artifice.
« M-mais, Mademoiselle… »
« Pas de mais, Aoba. Je sais que mon père et Ibiki vous ont demandé de me suivre partout et de garder un œil sur nous, mais ça commence à me fatiguer, » expliqua Ino, agacée, tout en fusillant l'agent âgé d'une trentaine d'années du regard. « Ca fait des semaines, j'ai été patiente. Maintenant, prenez vos chers corbeaux et laissez-moi tranquille. »
Aoba Yamashiro sourit secrètement. Bien sûr qu'elle avait su qu'il la suivait, Inoichi l'avait prévenu qu'elle le repérerait tout de suite. Mais qu'elle ait l'aplomb (et l'habilité) de venir le trouver, ça l'amusait grandement.
Alors il hocha la tête, les yeux pétillants.
« Je transmettrai votre message à votre père, Mademoiselle. »
Un geste de sa main, et les deux corbeaux qui l'avaient accompagné disparurent dans deux nuages de fumée. Un autre geste, et un oiseau noir se tint à l'endroit où avait été Aoba une seconde plus tôt.
« Passez une bonne journée, » salua la jeune fille avec un joli sourire avant de se remettre à marcher dans la direction opposée.
Alors il s'envola vers le ciel, songeant avec un peu de nervosité à la discussion qu'il devrait avoir avec son directeur lorsqu'il arriverait à l'Agence.
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Il pleuvait, il faisait froid, et la nuit était tombée. Sakura détestait le fait inéluctable que l'hiver approchait à grands pas.
Elle avança rapidement au milieu des immeubles et, même si elle détestait vivre dans ces quartiers, elle ne put s'empêcher de respirer un peu mieux à présent qu'elle évoluait dans le district Sud. Il n'y avait que peu de choses qu'elle ne comprenait pas dans cet endroit. Les gens, leurs règles, les dangers. Tout était simple. Ces quartiers étaient comme une autre Konoha à l'intérieur de Konoha. Seuls les gens ayant grandi ici ou y ayant vécu des années pouvaient réellement être à l'aise avec la façon dont les choses fonctionnaient.
Par exemple, le district Sud était le seul endroit où il était possible de voir autant de mendiants et de SDF, et pourtant ils étaient pleinement intégrés à la vie communautaire. Et même si les voleurs et les dealers peuplaient les rues, l'insécurité et la violence n'étaient pas des éléments quotidiens. Lorsqu'une personne faisait partie de la population du District Poubelle, elle devait se plier à ses lois inhérentes, surtout si elle ne souhaitait pas avoir de problèmes. S'occuper de ses affaires et uniquement d'elles restait le maître-mot.
L'immeuble de Sakura se situait au centre du district. Et même si beaucoup de gens y habitaient, elle pouvait affirmer qu'elle les connaissait tous d'une façon ou d'une autre, principalement en raison des bavardages de rue. Le fait que Sakura était méfiante et asociale ne voulait pas dire qu'elle était aussi aveugle, sourde et invisible, alors les autres habitants la connaissaient également. Mais Mari demeurait la seule qu'elle considérait comme une amie.
Ce fut pourquoi, lorsqu'elle s'approcha de son entrée et vit la petite fille seule avec trois hommes, ses poings se serrèrent. Deux d'entre eux avaient la vingtaine passée, le dernier était plus âgé. Ils étaient tous connus dans le district comme étant membres d'un groupe de dealers et de bookmakers influent. Et le plus vieux n'était autre que le second du gang.
« Mari ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Même si son visage était dissimulé par la capuche de son manteau, au moins l'un d'entre eux dut la reconnaitre parce qu'ils la laissèrent les rejoindre sous le porche.
« Mari ? »
La petite leva son visage vers elle, ses yeux rougis par ses pleurs. Elle tremblait, mais ça s'expliquait aisément par le fait qu'elle n'avait même pas de veste.
« Salut, Sakura, » murmura t-elle avec un pauvre petit sourire.
« On l'a trouvée comme ça il y a quelques minutes alors qu'on zonait dans le coin, » expliqua le plus âgé avec sa voix râpeuse.
Sakura le gratifia d'un regard froid.
« Je m'en occupe. Au revoir. »
L'un des deux plus jeunes se tourna vers elle avec une attitude menaçante exagérée, et elle se retint de lever les yeux au ciel.
« Fais gaffe à ce que tu dis, fillette. Tu sais à qui tu parles, là ? C'est Lloyd. »
Comme si elle pouvait être impressionnée.
« Tu devrais te calmer, Jam. Haruno et moi sommes de vieilles connaissances. »
Sakura haussa un sourcil. Elle ne l'expliquerait certainement pas ainsi, ils ne se connaissaient que de vue et en raison de ce qu'ils avaient entendu l'un sur l'autre. Mais il était vrai que Sakura avait une fois ou deux eu une altercation avec ses hommes et leur avait fait savoir qu'elle n'aimait pas beaucoup les voir dans le coin. Elle se demanda d'ailleurs si l'œil du dernier avait guéri depuis. En tout cas, ce genre de rencontres avait nourri les murmures au sujet de Sakura et les gens la respectaient, ou du moins gardaient leurs distances.
« C'est l'une des nôtres, » affirma Lloyd. « Tu devrais ramener la petite à l'intérieur. Ce n'est pas sûr à ce point la nuit pour les gosses. »
Les trois hommes partirent rapidement sous la pluie, et Sakura posa une main sur l'épaule de Mari.
« Allez, viens. Rentrons, il fait froid. »
« D'accord. »
Une fois à l'intérieur, Sakura guida Mari vers les escaliers. Elles s'assirent comme à leur habitude en haut de la volée de marches qui menait à leur palier.
« Je veux que tu m'écoutes, Mari. Je ne veux plus te voir près de ces gens. Tu as compris ? »
Son ton était dur. Elle voulait être certaine que l'enfant lui obéisse. Elle ne savait que trop bien ce qu'il advenait des jeunes paumés dans le coin, à quelle vitesse ils se retrouvaient embrigadés dans ces groupes de voyous et de criminels, ou finissaient esclaves de la drogue.
« Mais ils étaient gentils, » protesta Mari doucement. « Ils voulaient m'aider. »
« Ils ne sont pas gentils avec tout le monde. Mari ? »
« D'accord. Je ferai attention. »
« Est-ce que tu veux m'expliquer pourquoi tu étais dehors sans ta veste à une heure pareille ? »
« Papa était en colère contre nous et maman m'a demandé de sortir un petit moment. Parce qu'après un petit moment, il se calme. »
Sakura soupira doucement.
« Je vois. »
« Il me fait peur, tu sais, » murmura Mari.
« Je sais. »
« Est-ce que tu as peur parfois ? »
« Tout le monde a peur parfois. »
« Où est-ce que tu étais ? L'école a fini il y a longtemps. »
« J'étudiais. »
Avec Ino, comme ça arrivait de plus en plus régulièrement. Elles n'avaient pas parlé de ce qui était arrivé la semaine précédente avec Neji et Shikamaru, et c'était une excellente chose de l'avis de Sakura. Mais elle savait bien qu'elle devrait avoir une discussion avec Ino au sujet de ses rêves. Et ça ne la réjouissait pas. Sakura appréciait leur temps ensemble, elle n'avait pas envie qu'il cesse.
« Tu fais ça tout le temps, étudier. »
« Je veux avoir un bon travail plus tard. »
« Ta maman ne travaille pas. Pourquoi ? »
Quelle agaçante et curieuse gamine. Sakura détestait parler de sa famille.
« Elle ne peut pas. »
« Sakura ? »
« Oui ? »
Mari la regarda, son visage tellement sérieux que Sakura faillit en rire.
« Est-ce que tu as des amis ? »
« Excuse-moi ? »
« Est-ce que tu as des amis ? » répéta la fillette plus lentement, comme si sa question n'était pas complètement impolie et pleinement embarrassante.
« Je… » Le visage d'Ino flotta dans son esprit, puis ce fut le tour du rire de Naruto de résonner dans ses oreilles, le sourire d'Hinata, les voix des autres. « Oui. Je crois que j'en ai. »
« Est-ce qu'ils sont comme toi ? »
« Je ne comprends pas. »
Mari l'observait toujours avec ses grands yeux innocents trop brillants, et Sakura avait du mal à réfléchir sous ce regard.
« Est-ce qu'ils sont comme toi, tes amis ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire, Mari ? »
« Les gens disent que tu es spéciale. Y en a qui disent que tu as des pouvoirs. C'est vrai ? »
« Euh… je… »
« Je m'en moque si c'est vrai. Je pense que tout le monde s'en moque. Je crois qu'ils aiment juste parler. »
Cette journée devenait de plus en plus étrange.
« Attends, je ne te suis pas vraiment. Et tu as tort. »
« J'ai tort ? Tu n'as pas de don ? »
« Non. Je veux dire, si, j'en ai un, mais je voulais parler des gens. »
« Mais à l'école on apprend que les Spéciaux ont toujours été là, et qu'ils étaient nombreux au temps des ninjas. Mon professeur dit que tous les gens sont pareils et qu'on vit tous ensemble en paix depuis longtemps. »
« Eh bien, oui, mais – »
« Tu vois, les gens s'en moquent. Je crois qu'il y en a qui sont jaloux, mais eux, ils sont pas très importants. »
Peut-être que Mari avait raison. Peut-être que les choses n'allaient pas si mal à Konoha. Peut-être que le problème venait du fait que les haineux étaient plus bruyants que tous les autres.
« Alors, est-ce que tes amis sont comme toi, Sakura ? »
« Quelques-uns, oui. »
« Tu me montreras ? »
« Quoi ? »
« Tes pouvoirs ! »
« Ce n'est pas si génial, tu sais. »
« C'est des pouvoirs, comme dans les histoires sur les ninjas ! Montre-moi. »
« Je te montrerai. Un jour. Mais maintenant nous devrions toutes les deux rentrer chez nous, il se fait tard. »
« Oh. »
« Ne sois pas déçue. Je te promets que je te montrerai, d'accord ? »
« D'accord. »
Sakura lui souhaita une bonne nuit et s'assura qu'elle entrait bien chez elle avant de faire de même. Il y avait des périodes qui étaient plus faciles. Quand sa mère prenait son traitement régulièrement, elle allait mieux, était plus lucide, plus calme, elle sortait même parfois. Mais la plupart du temps, l'alcoolisme gagnait.
La pièce était aussi triste que d'ordinaire. Ces dernières années, Sakura avait trouvé tout et n'importe quoi en ouvrant cette porte. Elle avait même trouvé sa mère le poignet entaillé une fois. Sa vie n'avait pas été en danger, mais Sakura se demandait toujours si elle n'aurait pas dû tourner les talons et la laisser finir ce qu'elle avait commencé.
Mais au final, elle savait bien qu'elle serait incapable de faire ça.
Horrible ou non, Reika Haruno était sa mère, la femme qui lui avait donné la vie et qui l'avait aimée durant ses cinq premières années de vie.
Ce soir-là, tout semblait normal, le bazar y compris. Rien n'était cassé, aucune saloperie sur le sol, rien n'avait brûlé dans le four. Mais il n'y avait aucune trace de sa mère non plus.
« Reika ? » appela Sakura avec lassitude.
Son don lui apprit qu'elle n'avait pas à s'en faire. La faible énergie de sa mère provenait de la salle d'eau et lui apprenait qu'elle allait bien. Elle était toujours en train de se demander si elle devait ouvrir la porte pour voir si elle aurait à porter sa mère jusqu'au matelas une fois encore quand quelque chose sur la table attira son attention.
La photo était ancienne, mais malgré les traces du temps, l'image restait cruellement nette. Quatre personnes y figuraient. Quatre personnes souriantes. Une famille heureuse. Ils se tenaient dans un petit jardin bien entretenu, sous le soleil. Reika avait été mince alors, et belle, avec des yeux verts pétillants et des cheveux auburn retenus dans une queue de cheval. A ses côtés se tenait son mari, Kenji, et il riait, ses cheveux blonds indisciplinés, ses yeux bleus clairs à demi clos en raison de sa joie apparente. Et devant eux, deux petites filles aux cheveux roses.
Le passé.
Il hantait Reika chaque jour, et à cause de ça, il hantait Sakura également.
Elle soupira, se dirigea vers la pile de vieilles affaires dans un coin et récupéra son ordinateur de sous ce fatras, non sans soulagement de le retrouver où elle l'avait laissé. Le tenant d'une main, elle rejoignit le frigo qu'elle ouvrit, puis se saisit d'un yaourt et d'une bouteille d'eau avant d'aller s'enfermer dans la minuscule chambre.
Si elle étudiait assez longtemps, peut-être qu'elle oublierait tout.
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« Qu'est-ce que tu veux faire ? » lui demanda Ino, hésitante.
Sakura lui avait demandé de la retrouver après les cours, et le fait que c'était la première fois qu'elle prenait l'initiative semblait rendre son amie nerveuse.
« Rien de spécial, » lui répondit Sakura en se dirigeant vers le parc.
Il faisait froid, mais il ne pleuvait pas pour la première fois de la semaine. Sakura appréciait passer son temps libre avec Ino, elle pouvait au moins s'avouer ça. Elle la faisait rire et leurs débats étaient toujours distrayants. Oh, et le fait que l'épuisement sur le visage d'Ino disparaissait presque lorsqu'elle souriait était une excellente raison de continuer.
Sakura aimait les sourires d'Ino.
La télépathe avait l'air de craindre qu'elle ne parte en courant si elle mentionnait quoi que ce soit au sujet de dons ou des Ombres. Ça arrangeait bien Sakura la plupart du temps. Mais ce jour-là, elle était inquiète, et agacée. A présent que ses rêves étaient plus clairs, elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce que ça voulait dire. Elle faisait confiance à Ino – peut-être parce qu'Ino semblait lui faire confiance, et c'était ce qui l'aidait à rester calme malgré ses suspicions.
« Sakura ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Je veux que tu sois honnête avec moi, » annonça t-elle en cessant ses pas.
Elle se tourna vers Ino seulement pour rencontrer son propre regard. Avec un soupir de frustration, elle attrapa ces foutues lunettes de soleil pour les retirer du visage de l'autre fille. Les yeux d'Ino reflétèrent son anxiété alors qu'elle les récupérait.
« D'accord, » dit-elle doucement. « Mais à propos de quoi ? »
« Je rêve de toi. »
Le regard alarmé et plutôt embarrassé qu'Ino posa sur elle poussa Sakura à reformuler rapidement.
« Je veux dire que je te vois enfant, dans mes rêves, en train de parler à une petite moi. »
L'embarras d'Ino changea pour se muer en panique, ce qui ne fit qu'entretenir la suspicion de Sakura.
« Tu peux expliquer ? »
« Expliquer quoi ? »
« Les rêves. »
« Ce sont des rêves. Je ne comprends pas. »
« Vraiment ? Tu as dit que tu serais honnête. Est-ce que ce n'est pas ce que sont toujours censés être les Yamanaka ? »
Bien entendu, Ino prit ces mots comme une insulte et ses yeux s'illuminèrent de colère.
« Mon clan n'a rien à voir là-dedans. »
« Je sais que ces rêves ne sont pas que des rêves ! Je les fais depuis des semaines. Je sais qu'ils ne sont pas normaux. Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que tu as joué avec mon esprit ? Tu as effacé mes souvenirs de cette période ? »
« Quoi ? Non ! Non, absolument pas ! J'ai juste… »
« Tu as juste quoi ? »
« Je… »
« Ino ! »
« Tu étais malade ! Tu… tu étais à l'infirmerie de l'école et… »
Pâle, Ino ne cessait de triturer les lunettes qu'elle tenait toujours. Puis elle se frotta les yeux et observa les arbres du parc autour d'elles.
« Et quoi ? » insista Sakura.
« A l'époque, ma télépathie continuait à progresser et j'avais encore des problèmes pour la contrôler. Les maux de tête étaient constants, je me retrouvais souvent à l'infirmerie le temps qu'ils demandent à ma mère de venir me chercher. Un jour, tu étais là, toi aussi. Tu avais de la fièvre, et l'infirmière avait du mal à contacter ta famille. Elle nous a laissées seules, et tu avais l'air si mal et si effrayée… Je voulais simplement que tu te sentes mieux, c'est tout, mais j'étais trop malade moi-même pour me lever et venir te voir. Alors j'ai fait autrement. »
« Tu as utilisé ton don ? »
Ino hocha la tête et se tourna vers elle une nouvelle fois, peut-être parce qu'il n'y avait plus aucune colère dans la voix de Sakura.
« J'étais maladroite, et pour moi c'était un réflexe que j'avais encore du mal à enrayer. Je ne savais pas grand-chose sur ma télépathie. Quand j'ai ouvert les yeux, j'étais dans ton rêve. Je n'ai pas compris tout de suite. C'était un accident, je suis désolée. »
« Tu peux aller dans les rêves des gens ? » demanda Sakura, abasourdie, et pas qu'un peu intriguée.
« Je… En tout cas, j'ai réussi à aller dans le tien et à te parler à l'époque. Je n'ai jamais réessayé. »
« Mais je pensais… je croyais que mon don empêchait le tien de m'atteindre. »
« Tu étais enfant, et tu étais très malade. Je crois que ton bouclier n'était pas encore aussi puissant que maintenant, ou que tu as senti que je voulais t'aider. »
« Pourquoi est-ce que tu as arrêté ? »
« Pardon ? »
« C'est arrivé plusieurs fois, n'est-ce pas ? Alors pourquoi tu as arrêté ? »
« Parce que c'était mal ! Tu ne t'en souvenais jamais, même quand on se voyait en classe, tu ne te rappelais jamais des rêves, ou de moi. Et je me sentais vraiment coupable. C'est toujours le cas. Tu ne comprends pas ? C'est comme ce que j'ai fait à Raito, je ne suis pas censée faire des choses comme ça ! J'ai utilisé ma télépathie sur vous sans votre accord, c'est contre les Lois ! Si mon clan savait… Et si les gens l'apprenaient… »
« Mais pourtant tu as recommencé plusieurs fois ces visites. »
« Tu avais l'air triste, » murmura Ino. « Tout ce que je voulais, c'était t'aider. J'étais une enfant, moi aussi, et j'aimais bien m'amuser avec toi. »
« C'est pour ça que tu voulais passer du temps avec moi, » comprit enfin Sakura. « Parce qu'on était amies quand on était petites. »
« On l'était. Et on l'est aujourd'hui. On l'est, pas vrai ? »
Il y avait tellement d'hésitation dans cette question que la réaction de Sakura fut instinctive. Elle prit l'une des mains d'Ino dans la sienne pour la serrer doucement.
« On l'est, » confirma t-elle, se sentant ridicule. Franchement, Ino la forçait à faire de ces choses… « Je voulais juste des réponses. D'ailleurs, pourquoi est-ce que tu crois que je me souviens de tout ça seulement maintenant ? »
« Je ne sais pas. Ecoute, je suis vraiment désolée, je n– »
« Oh, tais-toi. Est-ce que j'ai dit que je t'en voulais ? Je suis juste furieuse que tu ne m'aies pas dit la vérité tout de suite. »
« Tu ne m'aurais jamais cru ! »
« C'est… probablement vrai, » concéda Sakura.
« Probablement ? »
« La ferme. »
« Est-ce que tu as faim ? Je suis d'humeur à manger du chocolat. »
« Sans blague ? »
Sakura savait qu'Ino n'avait pas cessé de se sentir coupable et elle n'aimait pas ça, cette ombre dans son regard, alors elle hocha la tête et apprécia la petite étincelle de soulagement dans les yeux d'Ino alors qu'elles quittaient le parc. Plusieurs minutes lui furent nécessaires pour remarquer que la main de l'autre fille était toujours dans la sienne, mais quand elle s'en aperçut, elle la délivra rapidement, rougissant affreusement. Elle n'osa pas jeter un coup d'œil à Ino pour voir sa réaction.
« On peut prendre un truc à emporter et aller dans la boutique de ma mère. Je n'ai pas trop envie de me retrouver entourée de trop de gens. »
« Très bien, comme tu veux. »
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La mère d'Ino fut ravie de les voir arriver. Tout comme sa fille, Kire restait une très belle femme même si elle apparaissait fatiguée aux yeux de Sakura, comme si elle avait tout le poids du monde sur les épaules. Son regard, chaleureux et curieux, l'étudia un instant alors qu'elle la saluait, ce qui mis la jeune fille mal à l'aise.
Heureusement, Ino sembla sentir son humeur et l'entraina dans le fond de l'une des serres. Elles s'installèrent près de fleurs rouges et jaunes et commencèrent à manger en discutant tranquillement de leur journée. Ino s'amusa de la blague qu'avait faite Naruto à Shiranui tandis que Sakura critiquait vivement son attitude, ce qui semblait ne faire qu'ajouter à l'humour que voyait la blonde dans la situation. Puis finalement, Sakura demanda des nouvelles de Kurenai Yuhi.
« Elle va bien, » sourit Ino, son visage lumineux. « Elle a eu le bébé hier. Il s'appelle Atsu. Shikamaru dit qu'il est mignon. »
« Nara a dit ça ? » douta immédiatement Sakura.
Le jeune homme laconique n'était vraiment pas le genre à décréter ce genre de commentaires.
« Après que je le lui ai demandé à peu près un millier de fois, oui, il l'a dit. Je vais aller voir Kurenai et le bébé demain après-midi, alors je pourrai te confirmer ça. »
« Vous étiez proches de Sarutobi tous les trois. »
« Oui, » confirma Ino plus doucement. « Asuma nous a enseignés beaucoup de choses. Nous l'avons rencontré quand nous étions très jeunes, nos parents sont amis avec son père. »
« L'Hokage. »
« Oui. »
« Je suis désolée, » lui offrit doucement Sakura,, n'appréciant guère les ombres qu'elle avait fait naître dans les yeux d'Ino avec sa remarque.
« Ce n'est rien. C'est juste que… il me manque toujours. Tu sais, Shikamaru pense que son accident n'en était pas un. »
« Vraiment ? »
« Asuma était un excellent conducteur, et avec son don… La moto n'avait pas l'air d'avoir été trafiquée, mais quand même… Il y a quelque chose de très étrange dans sa mort. »
« Tu crois que c'est les Ombres ? »
« Je ne sais pas. J'ai demandé son avis à mon père, mais je crois qu'il essaye de me protéger. »
Sakura hocha la tête, l'air grave. La théorie lui aurait paru folle quelques semaines auparavant, mais plus du tout à présent. Après tout, Asuma Sarutobi était le fils de l'Hokage et avait été membre du Cercle.
« Ino ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Ma mère m'appelle. »
« Quoi ? J'ai rien entendu. »
Ino se leva avec un petit sourire. Elle pointa un doigt vers sa tempe droite et fit un clin d'œil à Sakura qui la suivit.
« Ta mère n'est pas télépathe. Comment elle peut te parler comme ça ? »
« Elle se contente de penser ses mots très fort, avec insistance. Je ne peux pas faire autrement que de les entendre. Mon père et mes oncles ne peuvent pas lire les pensées, mais ils savent communiquer télépathiquement. Tous les membres de mon clan ont toujours pu faire ça. Ça marche seulement si on est proches physiquement, dans le même endroit. Et crois-moi, si on pouvait se contenter de communiquer par ce moyen, on ne parlerait plus jamais à voix haute. C'est beaucoup plus naturel pour nous que d'utiliser nos voix. J'ai pu parler télépathiquement avant même de prononcer mon premier mot, pour la plus grande frustration de ma mère. »
« J'imagine, » sourit Sakura. « Je suis sûre que les gens paniqueraient si tu te mettais à leur parler par la pensée. »
« Ca, et ma mère nous tuerait. Tu peux imaginer ce que c'est d'être constamment exclue des conversations. Ça la rend dingue. Maman ? »
Kire était un peu plus loin, vers le comptoir. Elle parlait avec un homme, grand et mince, presque chauve. Il était clairement un peu plus âgé qu'elle, et son sourire était plus grand.
Les pas d'Ino ralentirent, et Sakura put clairement voir la tension dans tout son corps. C'était une réaction qu'elle avait appris à reconnaître. Même si rien n'apparaissait sur le visage d'Ino, Sakura savait exactement quand elle entendait des pensées qui la perturbaient. Elle n'expliquait pas leur lien étrange, la façon dont elle semblait si en phase avec les réactions de l'autre fille, c'était simplement un fait.
Kire aperçut sa fille s'approcher et lui sourit, mais son sourire apparaissait trop lisse, trop parfait, et son regard trop perçant.
« Ino, viens-là. Tu te souviens de Monsieur Hikata ? »
Ino s'approcha, sourit et inclina poliment la tête.
« Bonjour, Monsieur. »
« Mademoiselle Yamanaka, c'est un plaisir de vous revoir. La dernière fois vous pouviez à peine atteindre cette table. »
« Ça fait longtemps, c'est vrai. »
« Merci pour les fleurs, Madame Yamanaka. Mon épouse aimera beaucoup, j'en suis sûr. »
« Je vous en prie. Passez une bonne fin de journée. »
Il les salua et quitta la boutique, et Sakura resta en retrait, un peu perdue. Puis Kire tourna vers Ino un regard inquiet.
« Est-ce que ça va ? »
Ino acquiesça, les yeux sombres.
« Chérie, je sais que tu n'aimes pas en parler, mais nous avons besoin de savoir. Je ne t'aurais jamais demandé si ce n'était pas nécessaire. »
« Je sais. »
« Très bien. Alors ? »
Tout ce que fit Ino fut d'hocher la tête, mais ça suffit amplement à Kire.
« Je vais appeler ton père. »
Alors qu'elle suivait Ino à travers l'une des serres une fois encore, Sakura fronça les sourcils.
« Tu m'expliques ? »
« Ma mère pensait qu'Hikata cachait quelque chose. Elle voulait que je le lui confirme. »
« Et ? »
« Je le lui ai confirmé. Apparemment, il fait partie d'un groupe qui utilise des moyens illégaux pour s'enrichir. Et il déteste ma famille. »
« Vraiment ? » s'étonna Sakura en songeant à l'échange plaisant.
« Crois-moi. »
Il y avait une sorte de colère grondant sous la surface à ce moment-là chez Ino que Sakura n'aima pas du tout. Mais que pouvait-elle y faire ?
« Ton père va intervenir ? »
« Hikata n'a pas de don, mais sa femme, si. Elle est membre d'un clan mineur. C'est possible qu'ils soient tous impliqués, alors mon père va vérifier s'ils respectent bien les Lois. Si c'est le cas, l'enquête sera transférée à la police. »
« Je vois. Mais comment ta mère a-t-elle su ? »
« Elle dirait que c'est parce qu'elle a passé beaucoup trop de temps avec nous, mais en fait elle n'a pas besoin de don pour voir au travers des mensonges. »
Sakura acquiesça. Puis quelques secondes plus tard, une pensée s'imposa dans son esprit.
« Nous n'étions pas proches. »
« Pardon ? »
« Tu as dit tout à l'heure qu'il fallait que tu sois proche de ta famille pour que vous poussiez communiquer par télépathie. Mais tu es entrée dans mes rêves quand nous étions enfants, alors que tu vis d'un côté de la ville et moi de l'autre. »
N'ayant visiblement pas trop envie de s'expliquer, Ino finit par soupirer.
« Je ne l'explique pas, » confia t-elle doucement. « Je suppose que c'est parce que je connaissais ta signature psychique, que ça m'a aidée à te retrouver. »
« Ca ne t'est jamais arrivé autrement ? »
Ino passa les mains dans ses poches alors qu'elle s'arrêtait entre deux tables présentant d'étranges plantes vertes.
« Eh bien, quand j'étais plus jeune, j'ai contacté mon père une fois. J'ai paniqué et je l'ai appelé. Et il m'a entendu. »
« Comment il explique ça ? »
« Il ne l'explique pas non plus. Tu sais, les dons sont comme ça. Des mystères. Il y a des choses que tu ne peux pas expliquer, et il faudra t'y habituer. Il semble que mon père et moi soyons tous les deux des télépathes puissants, et ça nous permet de communiquer plus aisément. Peut-être que c'est la même chose avec toi. »
Même si elle acquiesça, Sakura n'était pas franchement convaincue, ayant toujours des difficultés à accepter son propre don.
« Oh, merde ! Quelle heure est-il ? » s'inquiéta brusquement Ino.
« Euh, presque cinq heures trente. »
« Je suis en retard ! »
« Quoi ? »
« Je suis en retard ! »
« Pour quoi ? »
« J'étais supposée retrouver Hinata et deux amis à cette heure-ci dans un café ! J'y serai jamais à temps ! »
Amusée, Sakura haussa un sourcil en la voyant paniquer et la suivit à travers la boutique.
« Et tu nous fais presque un infarctus pour ça ? »
Ino se stoppa dans ses pas assez longtemps pour la fusiller du regard.
« Etre en retard est impoli. Et je suis bien élevée. Et aussi, j'ai été en retard une ou deux fois ces derniers temps et ils vont finir par croire que je le fais exprès. A plus tard, maman ! »
« Au revoir, les filles. »
« Au revoir, Madame Yamanaka. »
Elles quittèrent la boutique et Sakura suivit Ino en essayant de retenir son rire. La voir aussi inquiète et perturbée se révélait aussi surprenant que distrayant.
« C'est vrai que c'est impoli d'être en retard, mais je croyais que les amis se pardonnaient de telles choses. »
« Est-ce que tu te moques de moi ? »
« Non. »
« Tu te moques de moi ! J'arrive pas à le croire ! »
Ino s'était stoppée devant elle, ce qui força Sakura à faire de même. Elle leva les yeux vers ceux de la télépathe qui la regardait en silence, immobile.
« Quoi ? » lui demanda Sakura, souriante, toujours amusée.
Ses propres réactions la stupéfiaient parfois. Des sentiments de plus en plus étranges la traversaient ces temps-ci, surtout lorsqu'elle était près d'Ino, mais parfois lorsqu'elle était en compagnie des autres aussi.
Aimer être avec eux en attendant qu'un cours débute, à écouter simplement leurs bavardages et idioties, ou même apprécier être forcée de manger avec eux à la cafétéria lui faisait plutôt peur.
Mais commencer à voir le monde différemment et les considérer tous comme ses amis était absolument stupéfiant. Sakura ne savait pas si elle était capable de gérer ça. Elle devrait peut-être recommencer à prendre ses distances. Ou du moins s'éloigner un peu, se laisser le temps de la réflexion.
Avec Ino, c'était encore autre chose. Elle n'était pas certaine de parvenir à stopper complètement le temps qu'elle passait avec elle. Et ça, c'était terrifiant.
Et Ino l'observait toujours bizarrement.
« Ino, quoi ? » répéta t-elle.
Un grand sourire apparut sur le visage de la blonde, ses yeux brillaient sous la lumière du lampadaire au-dessus d'elles.
« Rien. »
« Alors pourquoi tu me regardes comme ça ? » demanda Sakura, à présent bien plus mal à l'aise qu'amusée.
Elle se sentit rougir mais essaya d'arrêter cette réaction stupide. Le sourire d'Ino s'adoucit.
« J'aime quand tu ris, » confia t-elle doucement, timidement même.
Et puis, juste comme ça, elle prit la main de Sakura dans la sienne et se pencha pour déposer un petit baiser sur sa joue droite, avant de s'éloigner rapidement.
« On se voit demain, Sakura. »
Et elle disparut au coin de la rue.
Plusieurs minutes plus tard, Sakura réussit à se reprendre pour se diriger vers son arrêt de bus. Et le souvenir de la douceur des lèvres d'Ino sur sa peau lui fit oublier pour un temps que le 25 novembre arriverait deux jours plus tard.
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« Naruto, est-ce que je peux entrer sans être traumatisé pour le reste de ma vie ? »
Iruka attendit d'entendre ou l'accord du jeune homme ou les sons provenant de deux adolescents en train de s'habiller en catastrophe. Mais lorsqu'il n'entendit rien du tout, il fronça les sourcils, inquiet.
« Naruto ? »
Le professeur ouvrit la porte lentement et jeta un coup d'œil dans la chambre. Son fils adoptif était seul, debout devant sa fenêtre.
« Hey. Je croyais que tu passais l'aprem avec Hinata. »
« Oh, elle a dû rester avec sa sœur chez elle, » lui répondit-il d'une voix trop basse.
Ça ne lui ressemblait pas d'apparaître si calme, si posé, et si seul. Iruka s'assit sur la chaise du bureau et l'observa quelques minutes avant de parler doucement.
« Est-ce que tu penses à tes parents ? »
« J'essaye de me souvenir d'eux. En général, j'y arrive. Mais parfois j'ai l'impression de ne pas les connaître du tout. »
« Tu sais tout d'eux, et si tu as des questions, je suis là, comme tous leurs amis. »
« Je sais, mais ce n'est pas pareil. »
« Ce n'est pas la seule chose qui te travaille ces temps-ci. Tu es rarement aussi contemplatif. »
Naruto soupira et se tourna vers lui. Ses yeux azurs apparaissaient plus sombres, son visage plus mature. Il avait l'air d'un jeune homme. Iruka était fier de sa personnalité, de la façon dont il avait grandi, mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir nostalgique. Bientôt, Naruto quitterait l'appartement pour vivre sa vie d'adulte, et il construirait peut-être sa propre famille.
« Est-ce que tu penses que je suis naïf ? » lui demanda le garçon.
« D'où est-ce que ça sort ? »
« Sasuke me le disait tout le temps. »
Iruka fronça les sourcils en essayant de déterminer où cette conversation les mènerait.
« Si tu es naïf, alors je le suis, moi aussi. Je t'ai élevé. Tes parents l'étaient peut-être aussi. Mais je doute qu'être confiant et que croire en ce que la gentillesse peut accomplir est une faiblesse, Naruto. Je dirais plutôt que c'est une force que peu de personnes possèdent. »
« Surtout dans cette ville. Des meurtres, des kidnappings, des secrets. Et maintenant tout le monde se méfie de tout le monde. »
« Ils ne comprennent pas ce qu'il se passe. Bien sûr qu'ils sont suspicieux, mais ils ne savent pas tout, et ils ont peur pour leurs proches et pour eux-mêmes. »
« Mais ils font plus de mal que de bien ! Comment peut-on découvrir qui est derrière tout ça alors qu'ils agissent tous comme s'ils voulaient qu'on disparaisse ? »
« Est-ce que c'est ainsi que tu penses qu'ils voient les choses ? »
« Que je pense ? C'est ce qui est en train de se passer ! »
« Est-ce que tu crois vraiment que parce que les choses n'ont pas été faciles ces derniers temps à Konoha, les gens ne vont soudain plus s'entendre, ne pourront plus vivre ensemble, auront oublié toutes ces décennies de paix ? Qu'ils voudront voir les Spéciaux partir, alors qu'ils ont toujours été là ? »
« Apparemment. »
« Je me sens insulté. »
« Tu es différent ! »
« Le suis-je ? Je n'ai pas de don. Je ne sais pas ce que ça veut dire, tout ça, tout ce qui est en train de se passer, je m'inquiète pour mes amis, mes élèves, ma famille, pour toi. Et je dois avouer que parfois je me surprends à me méfier des gens autour de moi. Alors, en quoi suis-je différent ? »
Naruto le regarda d'un air contrit, doute et colère dansant dans ses yeux comme s'il les avait longtemps réprimés.
« Naruto, même si je ne discute pas avec autant de personnes qu'avant lorsque je me promène, même si je tends à être méfiant envers les étrangers, ça ne veut pas dire que j'ai soudainement changé. Observe mieux autour de toi à l'école, dans les rues, tu verras que ces gens sont les mêmes qu'avant. Est-ce que quelqu'un s'en est pris à toi ? »
« Non, mais – »
« T'ont-ils demandé de quitter la ville ? »
« Non, pas vraiment, mais c'est clair que – »
« Est-ce qu'ils t'insultent plus que d'habitude ? Est-ce que tu sens de la haine dans leurs mots ou dans leurs regards ? »
« Peut-être pas de la haine, mais il y a quelque chose ! »
« De la méfiance ? Dis-moi, pour que tu remarques tout ça, tu as dû les observer autrement, toi aussi. Tu dois te méfier d'eux, toi aussi. »
Les mots durent tourner quelques secondes dans l'esprit de Naruto, parce qu'il ouvrit la bouche pour protester et la ferma immédiatement sans une parole. Il s'assit sur son lit en passant une main dans ses cheveux blonds.
« On n'est pas vraiment différents, » murmura t-il.
« Bien sûr que non. Tu l'as toujours su. Et ils le savent aussi. Enfin, la majorité le sait, les autres profitent de la tension pour déverser leur poison. Il y aura toujours des crétins. »
« Sans rire, » souffla Naruto. « Bon sang, je suis crevé. »
« Et un peu idiot. »
« Hey ! Mais il y a autre chose qui me dérange. »
« Quoi ? »
« Beaucoup de gens s'inquiètent depuis longtemps, des mois. »
« A cause de la mort des Uchiha. »
« Oui, mais même avant ça, les gens s'en faisaient à cause des Spéciaux. Mais les enquêtes sur les kidnappings et les meurtres… elles sont gérées par la police et par l'Agence. Tout le monde sait ça. Mais les détails des affaires ont toujours été gardés secrets. »
Iruka fronça les sourcils.
« Ce qui veut dire que la plupart des gens n'est pas censée savoir que les criminels sont soupçonnés d'être en grande partie des Spéciaux. »
« Alors pourquoi tout le monde, y compris les Spéciaux, pense depuis autant de temps que les criminels ont des pouvoirs ? »
« Ça pourrait simplement être des fuites, puis des rumeurs. »
« Je crois pas. Il n'y a jamais de fuite à l'Agence, et seule l'Agence enquête sur les meurtres des Uchiha en raison du statut du clan. »
« Et les gens ne sont pas censés savoir pour les liens entre tous les crimes. »
« Ils peuvent avoir deviné. »
« Ou quelqu'un veut vraiment que les gens se tournent les uns contre les autres. Et que tous accusent les Spéciaux. »
« Exactement. »
« Ça pourrait vouloir dire… » murmura Iruka, « que le leader est un Commun. Peut-être quelqu'un qui hait les dons. »
« Mais il travaille avec des Spéciaux. Pourquoi, s'il déteste les dons ? Ça n'a pas de sens. »
Iruka fit tourner l'idée dans son esprit, mais il avait bien conscience d'être très loin de tout savoir sur l'affaire (Naruto lui avait raconté certaines choses). Au final, il secoua la tête.
« Non, pas vraiment. Je crois que nous sommes fatigués. Ou cinglés. »
« Parle pour toi. »
Iruka se leva en voyant Naruto faire de même et l'observa récupérer ses affaires.
« Où vas-tu ? »
« J'ai besoin d'air frais ! Je serai là pour le dîner ! Et je veux des ramen ! »
« Bien sûr, » répondit Iruka avec un sourire un peu forcé.
Il en avait tellement marre des ramen qu'il avait établi des règles pour éviter d'en manger trop souvent.
« Iruka ? »
« Oui ? »
Naruto stoppa ses gestes juste assez longtemps pour lui sourire, un petit sourire, lumineux et touchant.
« Merci. »
Cette fois-ci, le grand sourire d'Iruka ne fut en rien contrit.
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« Je m'en moque, » affirma Jun Hikata à son épouse et à son beau-père. « Tant que nous bénéficions toujours de ce partenariat. »
« Sans lui, nous aurions déjà tout perdu au profit des Hyuuga. Nous savons au moins trouver les meilleurs alliés. Et tous ces clans tout puissants méritent bien tout ce qui pourrait leur arriver. Avec un peu de chance ils seront détruits ou exilés à terme, et nous pourrons enfin prendre notre vraie place dans cette ville. »
Rin Hikata acquiesça aux mots de son paternel. Bien que leur clan était grand, il était considéré mineur, ne descendant pas des plus prestigieuses familles de ninja et ne possédant ni patrimoine conséquent, ni fortune, ni grand pouvoir. Leur compagnie s'était bien portée pendant des années, jusqu'à ce que Hyuuga Inc. étende ses activités et lui vole plus ou moins tous ses clients. L'actuel clan le plus puissant de Konoha n'en finissait plus de déployer ses tentacules à travers le pays entier.
Mais leur ressentiment envers les Hyuuga remontait aussi loin que les ninjas, sans qu'aucun des membres de la famille n'en sache exactement l'origine. Le sentiment était simplement passé de génération en génération, entretenu par l'amertume de certains.
« L'argent, d'où qu'il vienne, est aussi un gros avantage de ce partenariat, » complétait Jun. « Mais Danzo tend à oublier qui exactement lui a permis de rester cacher pendant si longtemps. »
« Notre clan respectera ses engagements, » prévint immédiatement Masaharu Mizuno. Il contempla son beau-fils d'un regard glacé avant de poursuivre. « Rin, Dina a-t-elle dit quoi que ce soit au sujet des enfants ? »
« Ma chère nièce a été incapable de regagner la confiance du fils Inuzuka. Ce qui n'est pas une surprise, si l'on se souvient la façon dont elle a rompu l'année passée. »
« Nous devions tenter le coup. C'est dommage. Mais Danzo saura trouver ses informations d'une autre façon. »
« Il n'a pas attendu que nous daignons avancer, Jun. Je suis certain qu'il avait plusieurs autres plans dans la manche. Rin, rassemble tout le monde. Je veux voir toute la famille ce soir. »
« Oui, père. »
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C'était une belle journée.
Du moins, Ino songeait que c'était une belle journée. Il pleuvait. Et même s'il était à peine midi, il faisait bien sombre dans la salle à manger. A l'extérieur, le vent battait les murs. Mais c'était une belle journée.
« Ino, peux-tu m'aider, s'il te plait ? »
« Bien sûr, mère. »
Elle suivit Kire jusqu'à la cuisine et attrapa les assiettes pleines pour aller les servir à la table. Ils avaient offert à leur employé sa journée, comme il était de tradition de le faire en cette occasion. Le repas avait donc été préparé par eux-mêmes, et Ino adorait ces moments domestiques avec les siens. Et pour la première fois depuis des mois, sa famille entière se trouvait réunie. Ça lui rappelait tout ce temps dans son enfance, lorsqu'elle avait été entourée constamment par les membres du clan.
En passant près d'elle, sa mère la gratifia d'un beau sourire et passa une main dans son dos alors que Kire se dirigeait vers sa place autour de la table, juste à côté de son père. Hiza, bien sûr, s'était installée en bout de table, avec ses deux aînés près d'elle. Suivaient du côté d'Inoichi, Kire et Idaiki, et du côté d'Irake, Ino et Aya. Même s'il n'allait pas bien, ils avaient tenu à ce qu'Irake, toujours incapable de communiquer, soit parmi eux en cette occasion. Ils devraient l'aider à se nourrir, ses muscles ne lui obéissant que très rarement. Mais, et c'était difficile à dire, ils avaient l'habitude de prendre soin des leurs dans ces moments-là, jusqu'à ce qu'ils ne le puissent plus, jusqu'à ce que le choix de leur offrir les meilleurs conditions de vie possible s'impose. Et puis chaque membre du clan se rendait régulièrement à la Maison Jinsu pour y voir Inai, et ils feraient de même pour Irake.
Ino s'était déjà promis d'y aller une fois par semaine au moins. Les Yamanaka n'abandonnaient pas les leurs.
Une fois qu'ils furent tous installés et qu'ils eurent leur apéritif, Hiza se leva, son verre à la main, avant de leur sourire à tous.
« Je suis heureuse que nous ayons enfin la chance de rencontrer officiellement Mademoiselle Aido aujourd'hui. Je commençais à me dire qu'elle n'existait que dans l'imagination débordante d'Idaiki. »
« Mère, » avertit celui-ci platement, mais ses yeux qui pétillaient trahissaient son amusement, « s'il te plait. »
« Oh, laisse-moi te taquiner un peu, mon fils. »
« Il faut t'y habituer, » prévint Inoichi en se penchant vers son cadet avec un fin sourire. « Elle sera ainsi tant que le mariage ne sera pas passé. Encore huit mois. Je t'avais dit que le printemps serait parfait mais non, toi tu as tenu à le faire en août. »
« Très drôle. »
« Les garçons, nous avons une invitée, » leur rappela Kire.
« Puis-je continuer ? » interrogea Hiza. « Bien. Aya, nous sommes fiers et très heureux de t'avoir parmi nous. Tu as appris nos valeurs et nos traditions, et tu découvriras notre histoire et notre passé, et j'espère que tu chériras comme nous tous cette famille. Nous serons heureux de rencontrer les tiens, et d'apprendre à te connaître. Nous t'avons confié nos secrets, et nous ne pouvons dire qu'ils ne sont pas terribles à porter… » Ino baissa les yeux pour éviter de voir le regard que posait certainement sa grand-mère sur son oncle, « mais tu découvriras que l'amour est ce qui nourrit avant tout cette famille. Aya Aido, en attendant votre mariage l'été prochain, c'est avec joie que nous t'accueillons dans le clan Yamanaka aujourd'hui. »
« Bienvenue, Aya. »
« Bienvenue ! »
« Bienvenue dans la famille. »
« Merci, je suis heureuse d'être ici. »
« Trinquons. »
Alors qu'ils levaient tous leur verre, Ino sentit un grand sourire s'afficher sur son visage. C'était la première fois qu'elle accueillait quelqu'un dans le clan, étant la plus jeune. Elle se sentait heureuse pour son oncle, qui semblait plus calme, plus sage, et dont le visage irradiait d'amour et de joie.
Il était vrai que l'argent n'intéressait guère Aya. Ino s'en était assuré deux semaines auparavant, la première fois qu'elle l'avait rencontrée. Aya aimait sincèrement Idaiki, même si tout ce qu'elle avait appris de lui l'effrayait un peu. D'ailleurs, même si elle se montrait d'ordinaire assurée et rarement impressionnée, elle semblait présentement quelque peu nerveuse en présence de l'ensemble de la famille pour la première fois. Et Ino ne pouvait pas l'en blâmer. Elle savait que son père pouvait paraître impressionnant, sans compter sa réputation et sa position à l'Agence, et la présence d'Irake autour de la table était une preuve tangible de ce qu'Idaiki lui avait confié quant au clan.
Malgré tout, Aya était là, parmi eux. C'était une jolie femme, plus petite qu'eux tous, un peu menue même, avec des cheveux et des yeux foncés, et un sourire facile. Tous ces éléments formaient un étonnant contraste avec les membres du clan, et Ino aimait beaucoup ça. Comme elle appréciait son humour et son énergie. Très bientôt, Aya serait sa tante, et Ino avait hâte d'apprendre à mieux la connaître, au-delà de ces pensées qu'elle entendait.
« Mangez, les enfants. J'espère qu'Inoichi n'a pas trop participé en cuisine. »
« Je ne suis pas si mauvais, mère. »
« Oui, continue à essayer de t'en convaincre. »
Elle va être comme ça toute la journée. A votre avis, est-ce que je peux l'endormir et espérer survivre à son réveil demain ?
Tu plaisantes ? répondit Idaiki à son frère, essayant de cacher aux autres son sourire. Elle nous tuerait tous. Je suis fiancé, je ne peux pas mourir maintenant et c'est ce qu'il m'arrivera si elle comprend que j'étais au courant de ton plan et que je ne l'ai pas prévenue.
Sans compter que ça pourrait faire fuir Aya, ajouta Ino. Il est peut-être un peu trop tôt pour lui expliquer nos dons en détails.
Oh, je lui en ai déjà un peu parlé. Je ne pense pas que ça la ferait paniquer. Non, le plus gros risque reste Kire et maman. Elles vous tueraient, j'en suis convaincu.
Ino échangea un regard amusé avec son père alors qu'Hiza passait la bouteille de vin à son fils. Elle remarqua leurs sourires et soupira, avant de tourner son attention vers Aya.
« Et ça, ma chère, ce sont ces individus impolis et rustres en train d'avoir une conversation sans nous y inclure, nous, pauvres mortelles. »
Kire confirma avec un petit sourire.
« Tu t'y habitueras, » expliqua t-elle. « Et quand tu seras en mesure de les prendre sur le fait, tu pourras leur rappeler copieusement les règles de base de la bienséance.
« Désolée, mère, » lui dit Ino. « Ca n'arrivera plus… aujourd'hui. »
« C'est très généreux de ta part. »
« Je sais. »
La réplique que sa mère aurait pu lui envoyer fut coupée par la sonnerie de portable d'Inoichi.
« Oh non, pas aujourd'hui, » prévint Kire en fronçant les sourcils.
Son mari lui sourit après avoir jeté un coup d'œil à l'écran de l'appareil.
« C'est seulement Shikaku. L'anniversaire de Choza approche. Je le rappellerai. Ne t'inquiète pas, Ibiki peut se débrouiller sans moi pour une journée. »
« Oh, Inoichi, » grimaça soudain Hiza en jetant un regard déçu à son assiette. « Tu as bien aidé en cuisine. »
« Euh, c'est plutôt moi qui ai aidé, Grand-mère. »
« Oh, Ino, ma pauvre petite. Tu as vraiment hérité trop de choses de ton père. »
« Notre princesse ne peut pas être parfaite en tout, » la taquina Idaiki.
Ino plissa les yeux en se concentrant sur lui.
« Je ne ferai pas le malin si j'étais toi, mon oncle. Je suis certaine qu'Aya adorerait entendre certaines choses… »
« Sale gosse. »
Ne lui… parle pas… comme ça…
Ils se figèrent tous, ayant tous été inclus dans cette communication mentale, et se tournèrent vers Irake qui n'avait pas bougé. Hiza sourit et lui prit la main, ses yeux beaucoup trop brillants brusquement.
« Tu es avec nous, Irake ? »
Comme si je… pouvais vous ignorer…
Merci, oncle Irake.
Une fois encore, Irake tomba dans le silence, peut-être parce qu'il venait de perdre le contrôle du seul aspect de sa télépathie qu'il pouvait encore utiliser, ou peut-être parce qu'il était de nouveau enfermé dans un recoin de son propre esprit.
Plusieurs secondes passèrent, pendant lesquelles ils cherchèrent tous à enterrer leur tristesse. Ce fut Kire qui brisa le silence et cette lourde atmosphère.
« Ino, j'ai oublié de te demander une chose. Cette fille avec laquelle tu es venue plusieurs fois à la boutique, Sakura, c'est ça ? »
Le cœur d'Ino se serra alors qu'elle levait le regard vers sa mère.
« Oui ? »
« C'est une nouvelle amie, n'est-ce pas ? »
« J'ai beaucoup d'amis, maman. Sakura est dans ma classe depuis des années, tu sais. »
« Mais je ne l'avais jamais vue avant. »
« Je… J'ai eu un peu de mal à la convaincre d'être mon amie. »
« Depuis quand as-tu besoin de convaincre qui que ce soit ? » demanda curieusement Idaiki. « J'aimerais bien rencontrer cette fille, elle doit être étonnante. »
« Tu as l'air de l'apprécier, » remarqua doucement Kire.
« L'apprécier ? » répéta Ino, soudain nerveuse sous le regard de tous.
« Oui. Tu n'amènes que très rarement tes amis à la boutique. Et Monsieur Kino a mentionné qu'elle était ici la semaine dernière. »
« Sakura est une Première, n'est-ce pas ? » demanda Inoichi.
« Oui. Pourquoi ? »
« Pas de raison particulière, c'était simplement une question. »
« Sakura est un peu… sur la défensive quand il s'agit des gens. Mais elle est très intelligente, c'est la meilleure étudiante de l'Académie. »
« Mmh, » fut la seule réponse de son père.
Ino fronça les sourcils.
« Quoi ? »
« Quoi ? »
« Qu'est-ce que tu sais ? »
« Rien. »
« Oh, je t'en prie. Ne m'insulte pas. Tu sais quelque chose que j'ignore. »
« Si ton amie veut t'en parler, elle le fera. Ce n'est pas à moi de le faire. Nous avons tous notre propre passé à porter. »
Il la regarda dans les yeux et pendant une seconde, elle contempla l'idée d'aller chercher la réponse dans son esprit.
N'essaye même pas, ma chérie.
Ino lui offrit un petit sourire coupable.
« Tu me connais trop bien. »
« Tu tiens de moi, tu te souviens ? »
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« Il va pleuvoir. »
« Et alors ? Viens ! C'est ton tour ! »
Sakura soupira et rattrapa le ballon avant d'essayer de faire un panier. Et d'échouer. Encore.
« Le basket, c'est vraiment pas ton truc, » s'amusa Mari.
« Ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai gagné la dernière fois. »
« A peine. »
« Mais j'ai gagné. »
« Vrai. »
« Mari, allez, viens. On ne peut pas jouer sous un orage, c'est dangereux. Et il fait froid. »
L'enfant soupira, prit le ballon et suivit Sakura à l'intérieur de l'immeuble.
« Bonjour, les filles. »
« Bonjour, Madame Nakamura, » salua joyeusement Mari en souriant à la vieille femme occupée à récupérer son courrier. « Comment vous allez ? »
« Je suis rouillée. Et toi, gamine ? »
« Sakura et moi, on va au parc demain ! »
« Oh ? Tant mieux pour vous. Oh, putain, mon foutu dos me tue. »
Sakura fronça les sourcils face à ce langage et jeta un regard noir à la femme. Même si elle était habituée aux mots colorés des habitants, elle ne souhaitait pas que Mari finisse par croire que tout le monde s'exprimait ainsi en société.
« Vous ne devriez pas rester dehors quand il fait nuit, les filles, » leur lança la grand-mère alors qu'elle commençait sa lente ascension des marches. « Merde. Le sol est encore tout collant. Heureusement, moi, je serai bientôt loin de ce trou. L'enfer peut pas être pire que cette putain de ville. »
Sakura leva les yeux au ciel face à tant de comédie et alla récupérer son courrier elle aussi. Rien d'intéressant, en dehors d'une facture qui la fit soupirer.
« Sakura ? » demanda l'enfant alors qu'elles montaient les escaliers.
« Mmh ? »
« Est-ce que tu m'aimes bien. »
« Pardon ? »
« Est-ce que t'aimes bien être avec moi ? »
« Je ne passerai pas de temps avec toi si je n'aimais pas ça. C'est une question stupide. »
Avec un petit sourire, Mari hocha la tête.
« Pourquoi tu me demandes ça tout à coup ? Mari ? »
Elles s'arrêtèrent devant l'appartement de la fillette.
« Tu as dit l'autre jour que tu as des amis de ton âge, et tu as beaucoup de devoirs pour l'école. Papa dit que tu dois en avoir marre que je passe tout ce temps avec toi. »
Sakura fronça les sourcils en sentant une vague de colère l'envahir. Elle se baissa à hauteur de l'enfant et la regarda dans les yeux.
« Tu ne devrais pas l'écouter. Est-ce que je t'ai déjà menti ? »
« Tu ne mens pas. »
« Exactement, » répondit Sakura, tout en sachant bien que c'était un mensonge en soi. Mais elle ne mentait pas à Mari sur les choses importantes, jamais. « Je te trouve bizarre et agaçante parfois, mais, et je ne l'explique pas, j'aime assez passer du temps avec toi. Tiens, regarde. » Elle releva la manche de son manteau et montra à Mari le cordon et la perle en plastique qu'elle portait toujours en guise de bracelet. « Tu vois ? »
« Tu l'as gardé ! »
« Tu l'as fabriqué pour moi, bien sûr que je l'ai gardé. »
« La même couleur que tes yeux, j'avais raison ! »
« C'est vrai. Maintenant, il est temps de rentrer. »
Sakura frappa à la porte de l'appartement et ne fut pas surprise de voir autant de fatigue dans les yeux de la mère de Mari. La femme timide laissa sa fille passer et sourit à Sakura.
« Merci. Ça lui fait tellement de bien de sortir… »
Sakura se contenta d'hocher la tête avant de se détourner.
« Attends ! » l'interrompit la femme. « Je… j'ai fait des lasagnes. J'ai pensé que tu aimerais peut-être en avoir un peu ? »
La jeune fille lança un regard suspicieux au plat qu'on lui tendait. Elle n'avait jamais mangé de lasagnes, et encore moins faites maison, alors elle fit un pas vers la femme et prit le plat.
« Merci. »
« De rien. »
Cette fois-ci, Sakura se détourna d'elle et rentra dans son appartement. Sa mère était toujours là où elle l'avait trouvée en rentrant de l'Académie plus tôt dans l'après-midi. Ronflant sur le canapé.
Au moins, Sakura pourrait dîner tranquillement, un dîner pour lequel Ino n'avait pas payé, pour une fois. Yamanaka avait pris l'agaçante habitude d'acheter un goûter ou de lui payer un repas chaque fois qu'elles passaient du temps ensemble en dehors de l'école. Sakura ne s'en plaignait pas, pas exactement, parce qu'elle aimait assez avoir de la nourriture gratuite finalement, mais elle détestait être incapable de lui rendre la pareille. Enfin, il était vrai qu'elle aidait Ino dans un certain nombre de matières scolaires, mais elle avait l'impression que ça ne suffisait pas.
Parfois, c'était humiliant d'être en sa compagnie. Ce n'était aucunement de la faute d'Ino, Sakura doutait qu'elle soit capable d'avoir de mauvaises intentions – et c'était plus que troublant. Mais elles étaient différentes en tellement de points. Ino connaissait plus ou moins tout le monde et toute la ville savait qui elle était. Elle était une héritière avec un futur brillant tout tracé, et elle vivait dans un manoir. Sakura, asociale, n'était personne, et, avec un peu de chance, elle n'irait à l'université que grâce à quelques maigres économies et à des bourses. Elle n'avait aucune famille à part une mère malade et pathétique, et elles vivaient dans un minuscule appartement qui avait dû connaître des jours meilleurs bien des décennies avant même qu'elles emménagent.
Malgré tout ça, elles étaient amies.
Et Ino avait même risqué beaucoup à deux reprises pour Sakura. Elle était loyale, et têtue, et altruiste, et bizarre, et… et elle avait un sourire magnifique.
« Je suis foutue. »
Ino n'avait pas été en cours ce jour-là, une obligation familiale ou un truc du genre apparemment. Et Sakura avait été encore plus agacée que d'ordinaire par tout et n'importe quoi toute la journée. Et c'était bien difficile de s'avouer que la source de sa mauvaise humeur se trouvait dans la raison la plus stupide qui soit : l'absence de l'autre fille.
Sakura repensa à ce baiser qu'Ino avait déposé sur sa joue la veille et se demanda ce qu'il pouvait bien signifier pour elle.
Et puis brusquement, à sa plus grande horreur, elle se demanda ce que ce serait de la tenir dans ses bras, de toucher ses lèvres avec les siennes.
« Si, si foutue. »
Jamais auparavant Sakura n'avait entretenu ce genre de pensées frivoles. Pour personne. Pourquoi ? Pourquoi maintenant, et pourquoi Ino Yamanaka, parmi tous les habitants de Konoha ?
Mais au moins, ces questions lui firent oublier que quelques heures plus tard commencerait la journée du 25 novembre.
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Sasuke Uchiha pénétra calmement dans les locaux souterrains de la Racine. Son feu n'eut aucun mal à détruire toute trace de système de sécurité. Il pouvait sentir son cœur s'accélérer dans sa poitrine, son sang filer à travers ses veines, réchauffant tout son être et attisant sa soif de vengeance. Il lui avait fallu des semaines pour les trouver.
Les premières salles, froides en raison du manque de chauffage, ne contenaient que de l'équipement. Les deux salles d'entraînement qu'il passa étaient vides, elles aussi. Mais il pouvait percevoir des bruits provenant de la pièce suivante, sur sa droite. Il poussa la porte et entra, un rictus aux lèvres.
Enfin.
« Danzo, » gronda Sasuke, sa voix basse et rauque.
Il ne s'était pas attendu à le trouver si vite, et encore moins à tomber sur lui en premier. Parfait. Son Sharingan s'activa immédiatement et il le braqua sur son ennemi.
Danzo, lui, ne parut pas surpris de le voir pénétrer dans son bureau ainsi. Il se contenta de sourire.
« Sasuke. Tu nous as manqué, mon garçon. »
« J'en suis sûr. »
« Que puis-je faire pour toi ? »
Il était si calme, si sûr de lui, cet assassin ! Le sang de Sasuke bouillait presque de rage. Danzo n'était rien face à lui, comment osait-il montrer autant d'arrogance, alors qu'il détenait sa vie entre ses mains ?
La moitié de la tête et du visage de son ancien directeur se trouvait dissimulée sous des bandages blancs et immaculés. Il avait l'air vieux et malade, c'en était presque ridicule.
« Tu vas payer, Danzo. »
« Payer ? Et pour quoi ? »
« N'essaye même pas de mentir. »
« Mon pauvre garçon. Ça a dû être un terrible choc pour toi d'apprendre ce que ton bien aimé clan planifiait dans l'ombre. Ne me dis pas que tu étais d'accord avec ce qu'ils comptaient faire. Je te connais, Sasuke. »
« Cela ne te donnait pas le droit de les massacrer. »
« Je n'ai rien fait de tel. Itachi les a massacrés. Et tu le sais. »
« Ne me prends pas pour un imbécile. Je sais que tu travailles avec un télépathe. Et je le tuerai, lui aussi. »
« Alors tu es ici pour me tuer ? » sourit Danzo, et son œil brilla sous la lumière pâle du néon au-dessus d'eux. « Ne sois pas si confiant. »
« Comme si tu pouvais me stopper ! »
Les mains de Sasuke se remplirent de flammes et il envoya deux boules ardentes dans la direction de Danzo, incapable de contrôler sa fureur et son dégoût. Il avait tellement hâte de l'entendre hurler de douleur, après tout ce qu'il avait fait subir aux siens.
Mais à sa plus grande stupéfaction, une bourrasque de vent arrivant de nulle part dispersa ses flammes pour finir par les éteindre.
« Tu vois, Sasuke, tu es à des lieux de comprendre la situation. »
« Tu n'es pas un Commun. »
« Oh, si, je le suis. Je peux te l'assurer. Et dans tes yeux, ça veut dire que je suis en-dessous de toi et de tes semblables, n'est-ce pas ? Tu vois, c'est à cause de gens comme toi que j'ai dû agir. Tu n'es pas un dieu. Tu es comme tout le monde. »
Le jeune homme sourit, dénigrant chaque mot de Danzo. Le vieil homme était encore plus fou que ce qu'il avait songé. Pensait-il réellement que ces petits tours de passe-passe pouvaient rivaliser avec ses dons ?
« Nous verrons cela, » se contenta t-il de dire.
Il activa le pouvoir du Sharingan, puis essaya de se concentrer sur l'œil de Danzo. Mais celui-ci disparut, comme ça, en un battement de cils. Invisible. Un rire bas indiqua à Sasuke que son ennemi se tenait juste en face de lui quand Danzo réapparut à sa vue.
« Je savais que tu viendrais à moi, Sasuke. Tu es né au sein d'un clan puissant, il est vrai. Mais le pouvoir du Sharingan des Uchiha a grandement faibli depuis le temps des ninjas. Du moins, pour ceux qui ne savent pas où trouver de l'aide. » Sous le regard suspicieux du jeune homme, Danzo commença à retirer lentement ses bandages. « Tu viens ici, si sûr de toi, de ta force. De ta supériorité. Croyais-tu vraiment qu'il serait si facile de nous tuer ? Au fond, tu n'es qu'un stupide gamin. »
Les yeux rouges de Sasuke se plissèrent sous sa rage, mais il fut incapable de dissimuler le choc qui apparut dans son regard.
Parce que le second œil de Danzo détenait le Sharingan.
« Qu'as-tu fait ? » souffla le jeune homme, et des flammes à peine contrôlées grandirent autour de ses mains.
« Je me suis servi. Avec cet œil, mes alliés et mes agents, Konoha sera bientôt sous mon contrôle. Et je pourrai enfin la protéger de gens tels que toi, comme le voulait mon père. »
« Comment as-tu osé prendre cet œil ! Il ne t'appartient pas ! »
Sasuke tenta de poser ses mains enflammées sur l'autre homme, seulement pour se rendre compte que ses bras ne voulaient plus lui obéir. Son feu s'éteignit de lui-même, refusant de se soumettre pour la première fois de sa vie. Ses yeux brillèrent de surprise, et Danzo sourit.
« Tu n'es bel et bien qu'un jeune idiot, Sasuke. Et maintenant, tu es mien. Mon agent va réarranger quelques petites choses dans cette charmante tête, et après ça, tu seras des nôtres. Et quel grand avantage tu nous donneras, héritier des Uchiha. »
« Jamais. »
Du coin de l'œil, Sasuke aperçut une petite coccinelle rouge et jaune voler de son cou à la jeune adolescente qui venait juste d'entrer dans le bureau. Elle portait un étrange masque qui couvrait tout son visage, avec des arabesques violettes sur fond blanc.
« Inutile de lutter, Sasuke, » commenta Danzo tranquillement. « La morsure de cet insecte a paralysé ton contrôle sur ton corps. Tu as perdu. »
Hors de question qu'il finisse ainsi. Il était un Uchiha ! Et Danzo, lui, n'était rien ! Il fallait qu'il paye pour ce qu'il avait fait à son frère et à sa mère, il fallait qu'il paye pour son ignominie, pour avoir arraché un Sharingan sur le corps de l'un des leurs et l'avoir fait sien.
La haine se déversa dans son cœur, dans son esprit, dans tout son corps avec une intensité dévorante. Depuis cette nuit-là, c'était tout ce qu'il parvenait à ressentir. La douleur, l'horreur, la rage. Les images tournaient et tournaient dans son esprit, il ne dormait plus que rarement, il ne pensait plus qu'à ça. A se venger.
Il sentait la sueur recouvrir tout son corps sous l'effort, ses muscles hurler au supplice, mais il n'arrêtait pas de lutter. Il ne deviendrait pas une marionnette de plus au service de cette ordure.
Et s'il ne pouvait pas le tuer, alors il le ferait souffrir et reprendrait ce qui appartenait à son clan et à personne d'autre.
A force de concentration, la rage nourrissant son adrénaline, il réussit à sentir une étincelle naître au creux de sa paume. Encore un effort, et une petite flamme grandit et se plia à sa volonté. Danzo l'avait sous-estimé, et il en payerait le prix.
Il ne lui laissa pas le temps de réagir. Un grondement sourd monta de sa poitrine alors qu'il mettait toutes ses forces dans son action, et avec une nouvelle vague de haine, son feu s'intensifia, les flammes grandirent, se nourrirent les unes des autres, grimpa sur ses bras, leur chaleur plus haute que jamais. S'il avait pu aussi bien contrôler son corps que son don, Sasuke aurait souri en réponse à la stupéfaction sur le visage de Danzo.
« Impossible ! Tu – »
Sasuke laissa les flammes l'engloutir complètement et, dans un dernier effort, leur ordonna de s'attaquer à l'homme en face de lui.
Il n'entendit pas les hurlements de douleur de Danzo.
Et quelques minutes plus tard, il ne resta de Sasuke Uchiha que des cendres.
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