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11. Garder espoir.
La joie.
C'était une émotion qu'Ino connaissait bien. Parce qu'elle aimait son monde, son pays, sa ville, les gens peuplant son existence. Parce que malgré son jeune âge, elle en savait déjà plus que beaucoup, et que cette expérience lui avait appris à pardonner, lui avait enseigné la compassion et la sagesse. Parce qu'Ino était aimée par sa famille et ses amis. Et parce que malgré tout, sa colère, ses doutes, sa tristesse, son futur écrit, elle demeurait assez forte pour être heureuse de vivre son présent, de vivre chaque nouveau jour qui s'offrait à elle.
Elle n'oubliait jamais, ni toutes les ombres du monde, ni la douleur, ni le compte à rebours, mais elle vivait avec, elle avançait et elle vivait.
De toute façon, elle ne comprenait pas comment les gens pouvaient oublier. Oublier ce qui les troublait, comme si ces pensées ne leur appartenaient pas en premier lieu. Ils ne les aimaient pas, alors ils les repoussaient tout au fond de leur esprit et choisissaient de se concentrer sur autre chose, quelque chose de plus léger, de plus joyeux, de plus pragmatique. Quelque chose qui allégerait leurs inquiétudes pour un temps. Ino n'avait pas cette chance. Elle ne pouvait jamais oublier, parce que lorsque ses propres pensées ne la hantaient pas, les leurs s'en chargeaient.
Alors elle avait beau vivre, avait beau essayer de repousser son chagrin et ses peurs pour sourire à la vie, elle n'était plus tout à fait capable d'entretenir la joie dans son cœur, plus à présent. Elle donnerait le change, comme d'ordinaire. Mais toutes ces bribes d'idées et de pensées qu'elle percevait, toutes ces rumeurs sur des complots, sur des Spéciaux, sur son clan, sur elle, tout ça lui arrivait pas vagues chaque fois qu'elle croisait d'autres personnes. La ville baignait dans le doute, dans l'anxiété, dans la peur et la rancœur. Konoha craignait son propre futur – une situation qu'elle ne connaissait que trop bien.
Grâce à des années d'actions dans l'ombre, un groupe de criminels détruisait tout ce pour quoi ils avaient travaillé si dur par le passé. Danzo, sans aucun doute l'un d'entre eux, se trouvait sur le point d'obtenir les clés de la ville. Et même si Ino voulait croire qu'un seul homme ne pouvait changer des décennies de respect et de lois, elle pouvait sentir qu'il saurait forcer une guerre civile s'il en avait l'occasion.
« Ino ? »
Elle tourna la tête pour voir que son père avançait silencieusement dans la salle d'entraînement, au centre de laquelle était été assise en tailleur.
« Oui ? »
« Tu ne viens pas ? La fête de Choza va bientôt commencer. Ils ne s'attendent pas à ce qu'on reste longtemps, mais nous devons y faire une apparition. Pour Choza. »
« Oui. Bien sûr. »
« Est-ce que ça va ? »
Elle se leva, lui fit face et plongea son regard dans le sien. Elle aurait pu lui dire que même si elle avait fait son deuil petit à petit ces derniers mois, Irake lui manquait. Que la sensation de sa mort ne la quitterait plus jamais. Que si elles ne coulaient plus, ses larmes continuaient de la noyer, à l'intérieur.
Mais tout ça, il le savait. Tout ça, il le vivait en partie, à sa manière.
Ce qu'il ignorait, c'était ce qui la troublait, c'était toutes ces choses qu'elle apprenait de Konoha elle-même et qui l'inquiétaient.
Elle hocha la tête, sans lui faire part de ses réflexions. Elle lui aurait tout dit il n'y avait pas si longtemps, toutes ses suppositions, toutes ses conclusions. Elle avait foi en lui, en sa force et en son honneur. Mais plus les jours passaient, plus elle percevait de pensées brisées s'échapper de son bouclier psychique. Elle savait que sa télépathie détruisait déjà petit à petit l'homme qu'il était. Alors elle devait garder certaines choses pour elle, et il avait conscience qu'il ne devait plus tout savoir – c'était pourquoi Ibiki avait secrètement pris la direction de l'enquête sur les Ombres depuis quelques temps. Avec un télépathe dans les rangs ennemis, ils ne pouvaient pas se permettre de prendre plus de risques.
Des silences peuplaient à présent ces confidences qu'elle lui aurait faites ne serait-ce qu'un mois auparavant. Mais tous les deux l'acceptaient malgré leur cœur brisé, parce que tous les deux savaient que leur devoir envers leur clan et envers Konoha passait avant tout. Y compris eux-mêmes.
« Sait-on exactement combien d'enfants ont kidnappé les Ombres par le passé ? » demanda t-elle doucement, consciente que si elle ne pouvait plus vraiment partager ses théories avec lui (elle devrait contacter Ibiki plus tard), il pouvait continuer à répondre à ses questions.
« Non. Mais nous avons retrouvé certains corps. Une partie de ceux qui restent introuvables ont certainement été élevés pour devenir de loyaux agents dévoués à leur cause. »
« Mais comment auraient-ils pu les réintégrer à la société sans que personne ne s'en aperçoive ? »
« Les papiers sont faciles à falsifier, surtout quand on a des amis haut placés. Les enfants, qui doivent être des ados et de jeunes adultes à présent, ont dû être intégrés à des villes différentes de celles dans lesquelles ils ont été enlevés. Certains sont sans doute à Konoha. Les trouver est une autre histoire. »
« Ils servent à émettre les rumeurs, à convaincre les gens des idées que les Ombres veulent faire passer. »
« Ino, tu ne devrais pas réfléchir à tout ça. Pas aujourd'hui. »
« Je sais. Mais j'y peux rien. Ils pensent tous à ça, père. Tous, et beaucoup sont effrayés par ce qu'il se passe. J'ai peur que la plupart regarde ailleurs si le pire venait à arriver, au lieu de défendre ce en quoi ils croient vraiment. »
« C'est généralement ce qu'il se passe dans ce genre de contexte. Les gens craignent pour les leurs et choisissent trop souvent de se taire pour les protéger. C'est ce que beaucoup ont fait durant la dernière guerre, avant que les Lois ne soient créées pour s'assurer que ça ne recommence pas. »
« Il y a soixante ans, quand les clans du Pays des Eclairs et du Pays de la Terre se sont battus pour leurs droits. »
« Les gens craignaient tellement les dons qu'ils avaient établi des lois abusives et inéquitables envers les Spéciaux. Elles sont restées en vigueur plusieurs années avant la révolte. Le racisme et les discriminations étaient plus ou moins présents dans tous les pays, mais surtout dans ces deux-là. Lorsque les protestations ont commencé, les gens ont pris parti un peu partout dans le monde et tout a très vite déraillé vers la violence. Konoha n'avait que très peu connu de tensions avant mais même elle a dû faire face à des conflits meurtriers à cette période. »
« Et ça aurait pu dégénérer en une nouvelle guerre si ces extrémistes n'avaient pas assassiné ces familles au Pays de l'Eau. »
« Oui. Un horrible massacre. Six familles ont été tuées en quelques heures, avec une cruauté jamais vue avant. Trente-sept personnes, dont les enfants. Ça a choqué toutes les populations, et les autorités ont pu reprendre le contrôle sur les pays. Les Conseils se sont réunis et ont établi les Lois, pour protéger les Spéciaux de toute discrimination et violence et pour que les Communs se sentent en sécurité. »
« Alors tu penses que ça pourrait recommencer ? »
« Je ne sais pas, honnêtement. Mais j'en doute. Pas comme ça. Les gens se battaient dans la rue, attaquaient leurs voisins pour un oui ou un non, les polices se sont retrouvées impuissantes,… Les mentalités ont changé au cours de ces dernières décennies. »
« Mais si l'influence des Ombres poussaient les gens à se méfier les uns des autres ? »
« Ino, je sais que tu dois supporter beaucoup plus que n'importe lequel d'entre nous. Mais tu ne dois pas perdre espoir. »
« Ca n'arrivera pas, » protesta t-elle, un peu vexée. « J'ai foi en Konoha. C'est juste que certaines personnes… »
« Malheureusement, ce genre d'imbéciles existera toujours. »
L'ombre d'un sourire releva le coin des lèvres de son père, mais l'expression n'alla pas plus loin. Oui, ces gens existeraient toujours, mais lui disparaissait déjà, et ils le savaient. Son futur et le futur de leur clan reposaient à présent entre les mains d'Ino. Il aurait aimé une autre vie pour elle, elle pouvait le lire dans ses yeux. Ses regrets, son impuissance.
Ils n'avaient pas le choix. C'était sa vie, et c'était son devoir.
Ce qui lui rappelait…
« Est-ce que tu sais comment fonctionne le Byakugan des Hyuuga ? »
« Je sais certaines choses. Pourquoi ? »
« Le Byakugan permet à son détenteur de voir le chakra d'autrui, n'est-ce pas ? »
« Oui. Mais je crois savoir que ça dépend du détenteur. Aujourd'hui, peu de Hyuuga peuvent voir les variations et la nature du chakra, même s'ils peuvent le voir circuler à travers le corps. »
« Alors ils ne peuvent déterminer si quelqu'un est un Spécial ou un Commun en observant son chakra ? »
« Je n'en suis pas certain. Certains le peuvent, je pense, mais tu sais aussi bien que moi que nous gardons tous des secrets quant à nos dons. Pourquoi me demandes-tu tout ça ? »
« Je n'en suis pas sûre, mais je crois que Danzo a fait quelque chose pour modifier la nature-même de son chakra. Est-ce que c'est possible ? »
« En théorie, le chakra est une manifestation des possibilités que notre sang nous donne, de l'énergie que notre corps produit. Plus cette énergie est importante, plus la personne a de chance de développer un don. Plus l'énergie est intense, plus le don est puissant. Alors je dirais que non, qu'il est impossible de changer la nature de son chakra, pas plus qu'il est possible de changer nos gènes, mais qui sait ? Les recherches d'Orochimaru mentionnaient bien quelque chose là-dessus. Il était certain que nous pourrions emmagasiner de nouveaux dons en modifiant notre corps et notre sang pour les accommoder. »
« Alors les Hyuuga ne pourraient pas confirmer ou infirmer quoi que ce soit quant au chakra de Danzo ? »
« C'est ce que mes conversations avec certains d'entre eux me laissent penser, mais je ne suis certain de rien. »
« Tu pourrais t'en assurer ? »
« Je demanderai à Hiashi s'il peut détecter quoi que ce soit d'anormal concernant Danzo. »
« Merci. »
D'autres questions lui brûlaient les lèvres. Mais il lui avait demandé lui-même de faire attention à ce qu'elle lui disait, de garder un œil sur lui. Alors ces interrogations, elle les ravala. Elle attendrait de pouvoir voir Ibiki, attendrait d'en savoir plus aussi.
« Ino, cesse de t'inquiéter pour tout ça, » lui conseilla son père, sans doute en voyant son air troublé. Sa voix était posée, chaude, et elle la laissa pénétrer jusqu'à son cœur, lui donner l'illusion que tout irait bien. « L'Agence et le Cercle travaillent à mettre la main sur les Ombres et crois-moi ils ont de sérieuses pistes. Danzo, ses alliés et ceux qui tirent les ficèles sont fous s'ils croient qu'il peut agir en plein jour sans que nous réagissions. On arrive à peine à retenir Anko, et elle est loin d'être la seule à être si vexée et emplie de colère à l'idée que l'un d'entre eux se soit tenu juste sous nos yeux tout ce temps. Nous ne sommes pas certains de son rôle, mais il est évident qu'il en sait beaucoup. Dès que nous aurons la moindre preuve contre lui, nous l'arrêterons. Nous l'arrêterons et il nous mènera aux autres. »
« J'espère. »
« Assez parlé de tout ça. » Son expression s'adoucit, et il sourit. « Viens avec moi. »
Il se détourna d'elle et quitta la salle. Elle se dépêcha de le suivre, et une fois qu'ils eurent remis leurs chaussures et attrapé leurs manteaux, ils sortirent. Pleine de curiosité, Ino marcha près de son père alors qu'il la menait tout droit vers l'un des deux garages. Il n'y avait vraiment rien d'intéressant là-bas, et pourtant, alors qu'elle frissonnait face à l'air glacé, Inoichi déverrouilla la porte et ils entrèrent.
« Qu'est-ce qu'on fait ici ? »
Il sourit, ses yeux pétillants, et alluma la lumière.
« Pour toi, » expliqua t-il doucement.
Epoustouflée, Ino posa les yeux sur une voiture qu'elle n'avait jamais vue auparavant, un élégant petit véhicule décapotable (mais en cette saison, le toit était bien évidemment en place) d'une couleur bleu foncé.
« Pour moi ? » interrogea t-elle, sa voix douce et timide lui rappelant celle de son enfance. « M-mais… »
Bien sûr que sa famille avait de l'argent. Bien sûr qu'elle avait déjà reçu de beaux et onéreux présents. Mais jamais sans raison et jamais sur un coup de tête.
« Nous voulions te l'offrir à Noël, » lui expliqua son père, avec un mélange de douceur, de joie et de mélancolie. « Mais puisque tu as eu ton permis et que tu continues à avoir d'excellents résultats malgré… malgré tout, nous avons pensé que tu la méritais bien. Et puis elle te facilitera la vie. Qu'est-ce que tu en penses ? »
« Tu rigoles ? Je l'adore ! » Elle se tourna vers lui, un grand sourire aux lèvres. « Merci ! Vous êtes géniaux ! Merci ! »
Il rit et la prit dans ses bras, des bras assurés et forts, et elle se blottit contre lui pour profiter de sa chaleur, des assurances qui n'existaient plus que dans ses rêves. Pendant quelques secondes, aucun ne parla, ils profitèrent de la présence de l'autre et de leur amour et s'en nourrirent.
« De rien, ma chérie, » murmura finalement Inoichi dans ses cheveux. « C'est nous qui te remercions. D'être toi. J'ai choisi le modèle, ta mère la couleur, et ta grand-mère et ton oncle ont pris la liberté de mettre quelques trucs utiles à l'intérieur. »
« Merci. »
« Ino, je suis fier de toi. N'oublie jamais ça. »
Sentant son cœur se serrer, Ino hocha la tête et avala pour éclaircir sa gorge.
« Je suis fière d'être une Yamanaka. »
Il sourit, un petit sourire entre ombre et lumière, et se pencha pour déposer un baiser sur son front.
« Tu devrais y aller, » lui conseilla t-il ensuite. « Montre-la à Shikamaru et Choji. Ta mère et moi arriverons vite. »
« En fait, » hésita Ino, « il y a quelqu'un que j'aimerais voir. Si ça ne te dérange pas ? Je ne voudrais vraiment pas décevoir Choza. »
« Décevoir Choza ? » s'amusa t-il. « Il te mange dans la main depuis que tu es née. Ne t'en fais pas pour ça. »
« J'y vais, alors. »
Il avait l'air curieux mais se contenta d'hocher la tête, un petit sourire aux lèvres.
« Vas-y. Je lui dirai que tu lui parleras plus tard. »
« Dis bonjour à tout le monde pour moi. »
« Bien sûr. Sois prudente. »
« Ne commence pas à t'en faire comme ça ! » lui lança t-elle en pénétrant dans sa nouvelle voiture. « A plus tard ! »
Alors qu'elle sortait du garage, elle lui fit un signe de la main et lui sourit. Il lui rendit son geste alors qu'une pensée, délicate et douce, atteignait son esprit.
Je t'aime, princesse.
O
« Est-ce que tu es en train de me kidnapper ? Encore ? » fut la première chose que Sakura lui dit lorsqu'elle entra dans la voiture à l'invitation d'Ino.
« Ce n'est pas un kidnapping, tu es entrée de ton plein gré. »
« Comment tu m'as trouvée ? »
« J'ai pensé que tu te dirigeais sûrement vers la bibliothèque à cette heure-là. Le reste, c'est de la chance pure. »
« Et où as-tu volé cette voiture ? »
« Ma famille m'en a fait cadeau ce matin. »
« Et où allons-nous ? »
« J'ai pensé que nous pourrions aller dans la forêt, pour une fois qu'il y a un peu de soleil ! »
« Tu n'es pas censée être chez les Akimichi ? »
« Quoi ? Est-ce que tu lis mes pensées maintenant ? »
« Hilarant, » rétorqua Sakura en levant les yeux au ciel, sans parvenir tout à fait à dissimuler son sourire. « Naruto a mentionné la fête hier. »
« J'irai plus tard. Qu'est-ce que tu fais demain ? »
« Rien d'intéressant. J'ai de la lecture en retard. Je passe le week-end chez Haruka et Mari. Et toi ? »
« Oh, je dois étudier. J'ai pris un peu de retard cette semaine et avec les examens d'hiver qui approchent… »
Sakura hocha la tête sans un mot. Depuis quelques semaines, Ino ne passait presque plus de temps avec ses différents groupes d'amis de l'Académie, préférant visiblement la compagnie de Naruto et des autres – lorsqu'elle n'était pas avec Sakura. Il y avait quelque chose d'étrange dans le fait de voir la jeune fille si sociable cesser d'être partout à la fois, et elle se demanda si c'était parce qu'Ino ne trouvait vraiment plus le temps ou si tous ces derniers évènements l'avaient également changée, elle aussi.
Elle l'étudia du coin de l'œil, et se trouva un peu agacée de ne pas parvenir à lui poser toutes ces questions qui tournaient dans son esprit. Ses recherche avaient été vaines pour le moment, bien sûr, mais ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour elle, et ces sentiments étaient aussi frustrants que déconcertants.
Une fois la voiture garée dans un petit parking à dix minutes de Konoha, elles avancèrent le long d'un sentier s'enfonçant dans la forêt, et Sakura fut agréablement surprise de découvrir que les arbres les protégeaient du froid alors que les rayons du soleil les réchauffaient agréablement. Le mois de décembre débutait tout juste, mais les températures restaient largement supportables.
Ino l'entraîna bien vite entre les arbres et Sakura devina qu'elles avançaient vers cette partie de la forêt que l'autre fille semblait affectionner. Et pour une jeune femme qui vivait dans un manoir, Ino n'avait aucun mal à crapahuter en plein milieu des bois avec sa grâce ordinaire… ce qui n'était pas le cas de Sakura, habituée à une toute autre jungle.
Alors que, à son plus grand embarras et son plus grand agacement, elle trébuchait pour la deuxième fois sur une racine, Ino attrapa sa main pour la stabiliser – parce qu'en plus de tout le reste, bien sûr qu'elle avait d'excellents réflexes. Sakura ne savait pas si elle devait la détester ou l'aimer un peu plus pour ça.
Sans un mot, sa main toujours autour de la sienne, Ino la guida entre les arbres et ne semblait absolument pas décidée à la lâcher, ses yeux braqués devant elle. Sa prise ferme et douce était peut-être la raison pour laquelle Sakura ne chercha pas à se dégager. Et pour laquelle ses doigts serraient ceux d'Ino, eux aussi. Et pour laquelle elle appréciait autant cette petite balade.
Bon sang, comment un simple contact pouvait lui faire un tel effet ? Comment pouvait-il apaiser ses pensées et ses émotions ainsi ? Elle n'était pas censée apprécier ce genre de trucs qui allaient avec les relations fleur bleue.
Si Ino et elle avaient une relation. Ce qui n'était pas le cas. Ou si, en fait. Non ?
« Tu sais, » commença Ino doucement, « je n'ai pas besoin d'entendre tes pensées pour savoir que quelque chose te trouble. »
« Quoi ? »
« Ton expression te trahit. »
« Désolée. Je n'ai pas très bien dormi. »
« Tu veux en parler ? »
Elle hésita, mais parler à Ino avait toujours été étrangement facile et elle se sentait en sécurité, au milieu de ces arbres avec elle, sa main dans la sienne.
« Est-ce que ça ne te trouble pas, toi ? »
« Je suis désolée, tu vas devoir être plus claire. Je n'ai pas l'habitude d'avoir à lire entre les lignes, souviens-toi, » lui rappela t-elle, un peu embarrassée.
Sakura se trouva partagée entre affection et frustration. Elle n'avait aucune envie d'avoir à préciser ses pensées, mais voir Ino loin de son assurance ordinaire demeurait un privilège qui serrait toujours autant son cœur. Pour toute explication, elle se contenta de lever leurs mains liées et trouva sa surprise et le rose sur ses joues plutôt adorables.
« Oh. Euh, o – oui. Enfin, je veux dire, parfois. Pas tout le temps. Mais parfois. »
Sakura sentit les doigts d'Ino se relâcher et resserra sa prise. L'hésitation de l'autre jeune femme effaçait ses propres doutes et la poussait à agir en suivant son instinct, tout en sachant que ne pas suivre sa logique brisait tout ce en quoi elle avait toujours cru.
Son geste sembla calmer Ino. Elle rencontra enfin son regard et sa voix se posa de nouveau.
« Et toi ? » lui demanda t-elle.
« Parfois. Et parfois… non. Parce que c'est – Je ne sais pas. Tout semble plus facile quand je suis avec toi. »
Le regard qu'Ino posait sur elle alors, plein de surprise et de bonheur, fit fondre Sakura. Elle lui en voulut un peu d'ainsi pouvoir la pousser à être aussi ouverte – même inconsciemment, et d'avoir cet effet sur elle. Mais c'était un fait, et elle se trouvait désarmée face à cette conclusion.
Impossible de nier la chaleur dans tout son être quand Ino lui souriait comme ça.
Alors Sakura se retrouva à serrer sa main un peu plus, à se pencher vers elle pour déposer ses lèvres contre les siennes. Elle l'embrassa, parce que c'était la chose la plus évidente alors, cette envie, ce besoin, cette tendresse.
Et lorsqu'Ino retourna ses baisers, toutes ces émotions agaçantes qui tournaient et tournaient en elle et faisaient accélérer son cœur pétillèrent, puis s'apaisèrent.
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Elles avaient fini par rejoindre la petite clairière fleurie d'Ino et s'étaient installées au pied d'un arbre gigantesque. Tranquillement, elles parlèrent de tous les sujets légers qui semblaient à présent si rares en ville, comme les cours, les amis, la météo, tout et n'importe quoi.
« Quoi ? Tu te souviens de ça ? » s'étonna Sakura en riant un peu, abasourdie.
« Bien sûr, » affirma Ino en hochant la tête, un sourire aux lèvres alors que son pouce dessinait des formes aléatoires sur le dos de la main de son amie. « Tu lisais Sa majesté des mouches discrètement, pas le moins du monde concernée par ce que disait Hatake, et Naruto et Sasuke n'arrêtaient pas d'essayer de te décider à t'impliquer dans les jeux parce qu'ils ne voulaient pas perdre contre Shino, Hinata et Kiba. Mais tu avais l'air de ne même pas les entendre. »
« Oui, ben en même temps, c'est un excellent bouquin. »
« Et quand Naruto te l'a pris des mains pour te forcer à participer, tu avais ce regard…. Tes yeux avaient presque la couleur de l'émeraude. »
« Evidemment, ils sont verts, » rappela Sakura pour couvrir son embarras.
« Ils sont bien plus clairs que l'émeraude, sauf quand tu es furieuse. Tu l'as frappé à l'épaule, même si tu étais minuscule à l'époque. Et le cri de Naruto a alerté Hatake. »
« Et il m'a interdit de participer aux jeux, oui, je m'en souviens. »
« Ce qui, bien sûr, t'arrangeait bien. »
« Ces jeux ont toujours été stupides. Heureusement qu'ils n'ont lieu que les trois premières années. Comme si on avait besoin de ça pour apprendre à tous se connaître. »
« J'aimais bien ça. »
« Que c'est étonnant. »
Ino se contenta de sourire.
« C'était marrant, et on avait l'occasion de passer du temps avec les élèves des autres années. »
« Tu as gagné plusieurs jeux avec Nara et Akimichi les deux premières années. »
« Oui, la dernière année ils ne pouvaient plus participer. »
« Je me souviens que lorsque j'ai fait perdre notre équipe après avoir tapé Naruto, Sasuke ne m'a pas adressé la parole pendant des semaines, même pendant les activités scolaires. »
« Sasuke a toujours détesté perdre. Parfois, je n'arrive pas à croire que ça fait des mois qu'il n'est plus avec nous. Un moment il était là, heureux et fier et un super ami, et puis il est devenu l'ombre de lui-même, taciturne et silencieux et plein de colère, et maintenant… Il n'est plus là. Je ne sais pas. Ça ne semble pas réel. »
« Je suis désolée. »
« Je sais. » Elle prit quelques secondes pour que les souvenirs et la peine se retirent, puis sourit à Sakura. « Tu t'es vraiment donnée en spectacle en frappant le pauvre Naruto comme ça ce jour-là. Toi qu'on n'entendait jamais d'habitude. »
« J'en doute. En dehors de toi, des garçons et du prof, je crois que personne n'a remarqué. Ce qui est bizarre. Comment peux-tu te souvenir de tout ça ? »
« Eh bien, » commença Ino lentement, son sourire plus réservé, « tu étais mignonne. Et fascinante. »
« Et tu as passé beaucoup de temps à me filer ces dernières années ? »
« Je ne t'ai jamais filée ! Je gardais un œil sur toi, c'est tout. Je voulais que tu te souviennes de moi, et en même temps l'idée me faisait peur. Je voulais juste voir si on pouvait devenir amies dans la réalité aussi. Et je suis têtue. »
« Sans blague. »
Même si Sakura jouait les impassibles, elle se trouvait stupéfaite que quelqu'un se soit intéressée à elle ainsi pendant si longtemps. Combien de fois Ino avait-elle essayé de lui parler ? De lui tendre la main ? De devenir son amie ? Combien de fois avait-elle espéré que Sakura la remarque ?
C'était une sacrée ironie. Elle avait toujours été l'élève dans l'ombre, ravie d'être ignorée, et Ino la célébrité sur laquelle tous les regards étaient braqués. Dans les livres qu'avaient lus Sakura, ces situations se trouvaient toujours inversées. Stupides bouquins.
L'attention d'Ino était tournée sur sa main. Elle venait de sortir une petite graine de sa poche et avait fait pousser une fleur sur laquelle elle travaillait toujours. Son expression était paisible, ses yeux clairs, la tristesse et l'inquiétude quasiment effacées de ses traits. Elle avait rarement été plus belle.
Pendant plusieurs minutes, Sakura prit le temps de l'admirer, de profiter de sa présence. Puis elle parla, d'une voix basse et douce, respectueuse du silence relatif de la forêt.
« J'ai vu Nara il y a deux jours, au centre-ville. »
« Ah ? »
« Il était avec quelqu'un. Une jeune femme blonde. » Le petit sourire d'Ino confirma qu'elle savait où Sakura voulait en venir. « Je suis presque certaine de l'avoir reconnue, » affirma t-elle néanmoins. « Ils se faisaient discrets, mais pas assez. »
« Shikamaru déteste parler de sa vie privée. Alors personne ne sait. Enfin, officiellement, je veux dire. Il sait que je ne peux faire autrement que de savoir, mais on prétend que je ne sais rien. Je pense que Choji l'a compris, lui aussi. »
« Alors il sort vraiment avec la princesse royale du Pays du Sable ? »
« Yep. »
« Ouah. Mais ils n'avaient pas franchement l'air de s'amuser. »
« Je suppose qu'ils parlaient de la situation, comme tout le monde. Suna, en tant que capitale, a toujours été une alliée de Konoha, même si ses relations avec le Pays du Feu lui-même ont parfois été tendues. Et peu de personnes le savent, mais la grand-mère maternelle de Temari, Kazami Kuma, a été assassinée il y a quelques années dans son village natal. »
« Laisse-moi deviner. »
« Oui, les Ombres. Elle a été enlevée et on ne l'a jamais retrouvée, mais ils savent qu'elle est morte. »
« Si je ne me trompe pas, il y a plusieurs dons chez les royaux de Suna. »
« Pour quelqu'un qui abhorrait discuter de dons il n'y a pas si longtemps, tu es bien informée. »
« J'ai lu certaines choses dernièrement. »
« Les Kuma ont le don de générer et de contrôler le vent. Les Sabaku, comme le roi Rasa, contrôlent le sable, mais la lignée possède depuis quelques générations un second don, celui de contrôler des objets, comme des marionnettes. Donc Kankuro, Temari et Gaara, les princes et princesse actuels, ont dans leur sang trois dons potentiels. »
« Lesquels se sont manifestés ? Est-ce que tu le sais ? »
« Eh bien, Kankuro a le don de manipuler les marionnettes, mais il a aussi un don mineur sur le sable. Il est si faible qu'il ne l'utilise quasiment pas, d'après ce qu'on m'a dit. Temari a un grand pouvoir sur le vent, mais elle peut aussi contrôler des marionnettes, à moindre mesure. Et Gaara, qui a été élu roi parmi eux trois après la mort de leur père, peut seulement contrôler le sable, mais on dit qu'il est très puissant. »
« Je vois. Je suppose qu'ils sont décidés à voir les Ombres tomber, eux aussi. »
« Ils enquêtent de leur côté et partagent leurs infos avec le Cercle, d'après ce que mon père m'a expliqué. C'est aussi le cas d'alliés dans d'autres cités. »
Sakura soupira.
« J'arrive pas à croire qu'avec autant de gens contre eux, ils continuent à échapper à la justice. »
« Moi non plus, » souffla Ino, les yeux sur l'étrange fleur bleue et verte qu'elle avait toujours à la main. Puis elle leva la tête et tendit la fleur vers elle, avec un petit sourire mi-tendre, mi-espiègle. « Pour toi. »
« Tu m'as fait une fleur, » remarqua Sakura idiotement en prenant entre ses doigts le présent délicat.
« Je sais, c'est vraiment cliché, mais cette variété me fait penser à toi, alors… »
« Terriblement cliché, » sourit Sakura. Elle ne put s'empêcher de rougir un peu, car c'était la première fois qu'on lui offrait une fleur. Celle-ci lui était totalement inconnue, non pas que Sakura s'y connaissait en plantes, mais la forme et la couleur singulières criaient sa rareté. « Merci. Elle est jolie. »
« De rien. »
« Alors… » commença Sakura, décidée à se sortir de cet instant un peu trop romantique, « combien de fois exactement est-ce que tu as essayé de m'inviter à sortir, Yamanaka ? »
« Ce n'est pas – j'ai jamais… ! Je voulais qu'on soit amies, c'est tout ! Je… Oh, c'est très drôle. Tu aimes beaucoup m'embarrasser, c'est ça ? »
Sakura retint son petit rire mais elle ne put rien contre son immense sourire.
« Je te trouve adorable quand tu bégayes et gigotes comme ça, madame parfaite. »
« Pour ma part, je te trouve encore plus belle quand tu souris comme ça. »
Prenant soin de ne pas abîmer la fleur, Sakura s'appuya sur sa main pour embrasser Ino, et le petit son surpris que l'héritière émit fut lui aussi tout à fait adorable. Cette dualité chez elle continuait de fasciner Sakura. Ino pouvait être si hésitante et timide parfois…
Mais s'il y avait une chose de constante chez elle, c'était qu'avec elle, Sakura se sentait toujours belle et importante.
Spéciale, dans le sens le plus pur et beau du terme.
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Ekari n'était pas un homme de patience. Il avait été entraîné, bien entendu, se montrait capable d'être un excellent agent au service de son maître et n'oserait jamais désobéir à l'un de ses ordres.
Mais à l'intérieur de lui-même, il bouillait. Attendre s'apparentait à une torture quand il pouvait sentir Konoha enfin sur la brèche. Oh, Ekari n'était pas idiot. Les idéaux de Danzo allaient à l'encontre de son existence même, il en avait parfaitement conscience. Son maître les avait entraînés, Ichi, Konchu et lui, dans le seul et unique but de servir ses intérêts. Tous ses autres jeunes agents étaient des Communs, tous élevés pour intégrer la société et se fondre en elle pour mieux l'espionner et agir.
De tous les enfants enlevés, ses coéquipiers et lui demeuraient les seuls Spéciaux à avoir été épargnés parce que Danzo avait eu besoin d'eux. Eduqués, entraînés, essentiels, ils n'avaient rien des idiots d'alliés comme le clan Mizuno-Hikata ni des robots comme tous ces répugnants espions, non, eux étaient des agents. Ils agissaient. Ils protégeaient et combattaient.
Alors oui, Danzo avait encore besoin d'eux présentement, mais ensuite ? Lorsqu'il aurait atteint ses buts ?
Resteraient-ils des agents ? Quels autres desseins Danzo envisageait-il ?
Un mystère qu'Ekari ne pouvait élucider en posant directement la question, alors il attendrait de voir. Et il servirait son maître jusqu'à la mort, non pas parce qu'il croyait en ces idées qu'on lui rabâchait depuis l'enfance, mais parce qu'il devait tout à Shimura Danzo. Grâce à lui, il avait pu développer son don, atteindre son réel potentiel pour devenir le télépathe le plus puissant.
Non, Ekari n'était pas un homme de patience, et pourtant il restait sagement enfermé dans les souterrains, car à présent que toutes les pièces de son plan étaient en place, Danzo ne les envoyait plus en mission. Il préférait les savoir cachés des yeux de tous, inatteignables. Mais sans rien de mieux à faire à part peut-être s'entraîner, Ekari n'avait plus qu'à songer à sa préoccupation première de ces derniers temps.
La vengeance.
Durant toutes ces années sous les ordres de Danzo, il n'avait jamais failli. Jamais.
Jusqu'à ce jour-là, avec le fils Hyuuga et la gamine Yamanaka…
Elle l'avait affronté pour lui arracher le contrôle de l'esprit du garçon et avait gagné. La rage qu'il ressentait rien qu'à cette pensée était plus forte que toutes les émotions qu'il avait connues dans toute sa vie.
Elle l'avait pris par surprise, et il avait hâte d'avoir l'opportunité de lui témoigner sa supériorité.
« Tu penses encore à ça ? » soupira Ichi en entrant dans la pièce.
« La ferme. »
Pour une fois, leurs masques avaient été mis de côté et Ekari pouvait librement plonger son regard brûlant dans celui de son interlocuteur.
« Pauvre de toi. Perdre contre cette enfant gâtée. »
« J'étais mal informé, c'est tout. Mais la prochaine fois… »
« Le maître t'a dit de ne rien faire contre les Yamanaka sans son autorisation. »
« Tss. Je peux la sentir, en haut. Son esprit est protégé, mais je peux sentir sa présence. »
« Ignore-la, » avertit Ichi en passant une main dans ses cheveux bruns. « Nous devons rester dans les ombres. Mais ton jour viendra. »
« Mmh, » émit Ekari sans gratifier son compagnon d'un regard. « Où est Konchu ? »
« Dans sa chambre, avec ses chers insectes, comme d'habitude. »
« Toujours flippante, cette gamine. Elle ne change pas. »
« C'est même inquiétant. »
« Elle a ses utilités, heureusement. » Il se redressa, fit quelques pas, et ça ne lui arrivait que rarement, mais à cet instant, il aurait aimé pouvoir plonger son regard dans un paysage. Seuls des murs gris l'entouraient. Si seulement tout était déjà terminé, il pourrait vivre à la surface. « Dommage que la mort des Uchiha n'aient pas instillé la peur dans leur cœur plus rapidement. »
« Notre objectif était de protéger Konoha et de les empêcher de prendre la ville par la force. Et nous l'avons atteint. Si Sasuke ne s'était pas réveillé et si Fugaku n'avait pas dissimulé ce qu'il s'est passé, les répercussions auraient été plus grandes et auraient joué davantage en notre faveur. L'Agence aurait arrêté Itachi et la ville entière l'aurait vu comme un assassin dangereux et violent. Et petit à petit, ils auraient perçu tous les Spéciaux comme des psychopathes potentiels. »
« Et au lieu de cela, l'Agence a couvert les faits et notre plan a été retardé de plusieurs mois. »
« Patience. »
« Oui, patience, » répéta Ekari sans pouvoir empêcher la frustration d'envahir son ton. « Danzo a mis des décennies à réaliser tout ça, à tisser sa toile. Et tout ça pour quoi ? Devenir Hokage ? Ou autre chose ? »
« Pour protéger Konoha et restaurer la vérité. »
« La vérité. Tout le monde sait pourquoi les Senju et les Sarutobi ont empêché les Uchiha d'accéder au gouvernement il y a trente ans. Et il a été prouvé qu'ils avaient raison sur le clan. Et s'ils avaient eu raison à propos de Danzo senior ? »
Ichi ne le contredit pas et, malgré la tension dans tout son corps, il ne l'attaqua pas. Il n'était en rien d'accord avec Ekari, mais il savait bien que son coéquipier se fichait bien de la vérité ou du passé. Il ne cherchait qu'à le provoquer pour passer le temps, et Ichi n'était pas assez immature pour le suivre sur ce terrain.
« Tu es tel un enfant, Ekari. Arrogant, impatient. Le maître sait ce qu'il fait. Contente-toi d'attendre, et sois prêt à agir. »
« Oh, ne t'en fais pas. Je suis plus que prêt. »
Tout ce qu'il espérait, c'était que le succès de Danzo lui donne enfin l'occasion d'accomplir ce dont il avait toujours rêvé.
Détruire le clan Yamanaka, en commençant par leur petite princesse.
O
« Que… ? Pourquoi tu m'as laissé dormir ? » marmonna Sakura en se redressant.
La dernière chose dont elle se souvenait, c'était une discussion autour du commerce de la mère d'Ino. La sensation des bras de l'autre fille autour d'elle et la chaleur de son corps contre le sien avaient dû la pousser à s'endormir.
Ino garda un bras autour de sa taille et sourit. Lorsqu'elle répondit, elle garda son ton bas, comme si elle ne souhaitait pas perturber le silence autour d'elle.
« Parce que tu en avais besoin. Tu as dormi presque une heure. »
« On est au beau milieu de la forêt et il fait froid. »
« Et alors ? On n'allait pas mourir d'hypothermie. Et j'aime être ici. C'est silencieux. »
L'admission poussa Sakura à lui faire face, et son inquiétude chassa les dernières traces de sommeil de son esprit. Celle qui aurait vraiment eu besoin de se reposer, c'était Ino, pas elle.
« Est-ce que ça va ? »
« J'avais juste besoin d'un peu de calme, » répondit simplement Ino. « Je vais mieux que ce matin. Sauf que je meurs de faim. On a sauté le déjeuner. »
« Bon sang, le soleil descend déjà. C'est cinq heures passées ! Ino, tu devais aller à la fête… »
« L'après-midi est passé vite, hein ? Ne t'en fais pas. J'ai dit à mon père que j'avais besoin d'aller quelque part. Il comprend. Ils comprennent tous. »
« Est-ce que tu viens ici souvent ? Les autres ont dit que ces derniers mois tu disparaissais moins. »
« J'essayais d'éviter, mais dernièrement les choses sont difficiles à ignorer. »
Elle ouvrit la bouche pour dire autre chose, mais se retint au dernier moment et se tut.
« Quoi ? » poussa Sakura en sentant son hésitation.
Elle prit ses mains, se rendit compte qu'elles étaient glacées.
« Je suis juste… C'est juste que je ne suis pas sûre de ce que je… » Elle hésita encore, puis secoua la tête et afficha un petit sourire. « Non, c'est rien. »
« D'accord. Comme tu veux. »
Sakura se leva et s'étira, mais les courbatures ne passeraient pas aussi facilement. Ino fit de même, réajusta sa veste et frotta son pantalon pour en détacher les traces de terre.
« On retourna à Konoha ? » proposa Sakura. « J'ai faim, moi aussi. »
« On pourrait aller au restaurant ? Si tu veux ? »
Même si Sakura détestait l'idée de laisser Ino payer une nouvelle fois leur repas, elle hocha la tête, principalement parce qu'elle aimait l'idée de rester avec Ino un peu plus longtemps. Et le sourire sur le visage de son amie lui prouvait qu'elle n'était pas la seule heureuse à cette idée.
Elles choisirent un petit établissement presque désert qu'Ino connaissait. A croire qu'elle avait exploré toute la ville de fond en comble et essayé tous les établissements de Konoha ! Le propriétaire se déplaça même jusqu'à leur table pour venir saluer Ino personnellement, ce qui sembla l'embarrasser au plus haut point – même si Sakura fut sans doute la seule à le remarquer. Pour les autres, Ino avait sûrement eu l'air aussi ouverte, gracieuse et polie que d'ordinaire.
Sakura avait presque terminé son plat lorsqu'Ino changea la direction de leur discussion.
« Sakura ? »
« Oui ? »
« Je peux te demander où est ton père ? »
La question avait été retenue pendant longtemps, alors Sakura avait eu le temps de se préparer et réussit à ne pas trop se fermer et à hausser les épaules, sa voix apparemment détachée.
« Je ne sais pas. La première fois, il est parti environ un mois après la mort de ma sœur. »
« Oh. »
« Je crois qu'il espérait attraper ses assassins. Ou alors il avait envie de prendre l'air. En tout cas, il est parti sans un au revoir, il n'a jamais appelé ou écrit. Et un jour, un an et demi plus tard, il est revenu, comme ça. Mais il n'était pas vraiment le même homme. Il avait dépensé tout son argent, il était amer, en colère. Et à ce moment-là, ma mère… Enfin, on avait déjà perdu la maison et elle avait été virée de trois boulots différents, alors je suppose qu'il n'a pas trouvé une raison de rester. Il est parti deux semaines plus tard. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui. »
« Je suis désolée. »
« Je sais. Mais tu n'as pas à l'être. »
« Ta sœur a été assassinée ? »
« Oui. Ce jour-là. »
Inutile de préciser ce qu'elle voulait dire et elle en était reconnaissante. En parler n'était pas aussi douloureux qu'elle l'avait songé, bizarrement. Ce n'était pas non plus libérateur. Elle se sentait presque détachée de cette histoire, la peine, la douleur, la colère, toutes ces émotions semblaient inutiles alors, après cette journée paisible bien loin de tout, avec Ino et ses sourires juste pour elle et leurs secrets.
Peine, douleur, colère, elles étouffaient sous la chaleur, la confiance et l'amour qui l'avaient baignée ces dernières heures. Qu'y avait-il chez Ino de si brillant, de si puissant que tous ses sentiments amers, toutes ses peurs s'en trouvaient repoussés ?
Ino ne demanda pas plus de précision. Elle préféra garder le silence, peut-être ne savait-elle pas que dire, comment le dire. Mais Sakura se surprit à parler, à déverrouiller tout ce qu'elle avait si longtemps enfermé en elle, ce qu'elle avait essayé d'oublier, ou du moins d'ignorer.
« Nous étions au mauvais endroit au mauvais moment. On vivait pas très loin du quartier où vivent les Nara, on rentrait chez nous. Et on s'est retrouvés coincés au milieu de l'affrontement. Sairi était ma sœur jumelle. Il y avait ce garçon, celui qui faisait tout exploser, il n'arrêtait pas d'utiliser son don sur les voitures garées dans la rue. Avec la force d'une explosion, l'une d'elle a volé et est tombée sur Sairi. On n'a rien pu faire, personne n'a rien pu faire. Elle est morte sur le coup, mais moi, j'étais trop jeune pour le comprendre. J'ai voulu l'aider. J'ai soulevé la voiture. Mes parents m'ont vue, et un agent aussi, sans doute, parce que peu après ça, j'ai été enregistrée comme Première. Ma mère… Elle n'a jamais accepté ce qu'il s'est passé cette nuit-là. La mort de Sairi, moi… Mes parents n'ont jamais accepté que je sois… différente. »
Elle s'arrêta là, n'en expliqua pas plus. Elle n'en avait pas besoin. La rancœur de Reika, son dégoût. Ses mots. La nervosité de son père, ses regards méfiants, ses départs au cœur de la nuit.
C'était presque poétique, à quel point un simple instant dans une existence pouvait modifier absolument tout.
Un moment elle avait été l'enfant gâtée et heureuse d'une bonne famille, adorée par ses parents, la meilleure amie de sa sœur, et le moment suivant elle s'était retrouvée seule avec une mère au cœur empli de rage et de tristesse. Elle était devenue une enfant négligée et misérable, pleine de honte et de dégoût envers sa propre nature.
Quelques semaines plus tôt, Sakura aurait été incapable de voir l'ironie là-dedans. Parce que même si elle avait été tuée à la place de Sairi comme sa mère l'avait souhaité devant elle, rien ne pouvait certifier que sa sœur n'aurait pas développé un don elle aussi. Après tout, les dons étaient inscrits dans le sang, dans les gènes, n'est-ce pas ? Et Sakura et Sairi avaient été jumelles. Peut-être que, si Sairi avait vécu, Sakura n'aurait pas été aussi seule, leur père ne serait pas parti, ses parents auraient continué à l'aimer.
Mais elle ne le saurait jamais.
Et d'une certaine façon, pour la première fois de sa vie, elle n'aurait pas voulu le savoir.
« Tu n'es pas différente, » affirma Ino d'une voix dure et claire en posant sa main chaude sur la sienne. Un sourire toucha ses yeux lorsqu'elle murmura ses prochains mots. « Tu es spéciale. »
Et là, avec les yeux d'Ino dans les siens, sa main sur la sienne, dans ce petit restaurant tranquille, Sakura se sentit plus que spéciale, et ce fut extraordinaire.
Elle se sentit aimée.
O
« Allez, laisse-moi tranquille ! »
« Hey, qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Ino en s'essayant à leur table à la cafétéria. « Désolée, j'ai été retenue par Tukumi. »
Naruto sourit en grand.
« Lee a une petite-amie, » chanta t-il.
Le garçon en question, les joues rouges d'embarras, essaya de donner un coup dans l'épaule de son ami. Malheureusement Naruto recula au dernier moment et le poing de Lee faillit bien atteindre le visage d'Hinata.
« Merde ! Désolé ! »
« C'est rien, » rassura Hinata d'une voix douce.
« Et je n'ai pas de petite-amie ! C'est une amie, c'est tout ! T'es lourd, Naruto. »
Ino échangea un regard avec Sakura, laquelle ces derniers temps n'avait presque plus besoin d'être tirée par le bras pour s'asseoir avec eux, et sentit un petit frisson parcourir son estomac. Elle se demanda ce que leurs amis diraient s'ils savaient pour elles. Mais pour le moment, elle aimait garder ce secret.
« Tu parles beaucoup d'elle ces derniers temps, » fit remarquer Kiba tranquillement en récupérant le reste de frites de Tenten.
« Arame est simplement une amie, merci beaucoup. C'est juste que c'est nouveau. Maintenant, passons. »
« Tsss. T'es pas drôle. »
« J'en suis désolé, Tenten. »
« Qu'est-ce que… ? » s'interrogea Kiba, ses yeux baissés vers Akamaru qui était visiblement en train de mâchouiller quelque chose. « Qu'est-ce que tu manges, toi ? Mais… Ino ! Arrête de lui glisser de la nourriture sous la table ! »
La jeune femme leva la tête vers lui, un petit sourire aux lèvres, entre excuse et espièglerie.
« Désolée, » murmura t-elle, moitié à Kiba, moitié à Akamaru.
Le grand chien blanc aux oreilles noires avait l'air très content de lui, un morceau de poulet entre les dents.
« Il avait l'air d'avoir faim, » se défendit Ino d'une voix un peu plus forte.
« Il a toujours l'air d'avoir faim, » grommela Kiba en levant les yeux au ciel. « Et il sait très bien que tu es incapable de lui refuser quoi que ce soit. »
Ino sourit et fit un clin d'œil à Akamaru.
Elle se concentra ensuite sur son repas, écoutant d'une oreille les différentes conversations de ses amis autour d'elle. Très vite cependant, sa bonne humeur commença à s'évaporer. La cafétéria était presque pleine à cette heure-ci, et si d'ordinaire elle parvenait à ignorer murmures et pensées, la tension ambiante rendait sa télépathie difficile à maîtriser. Lorsqu'elle sentit son attention glisser, passer des voix de ses amis aux murmures captés par son esprit, elle essaya de réguler sa respiration selon des exercices qu'elle pratiquait quotidiennement depuis sa petite enfance et posa sa fourchette pour renforcer son bouclier psychique.
Il fallait qu'elle se concentre plus. Elle savait qu'elle pouvait y arriver, il restait rare qu'elle se laisse dominer par son don. Pourtant à cet instant, chaque petite pensée semblait être une véritable attaque contre son esprit. Les réflexions de Naruto quant à ses problèmes de digestion couvraient ses mots, les inquiétudes de Tenten suite à sa dernière dispute avec sa mère devenaient des cris oppressants, la moindre pensée provenant des jeunes gens prenant leur repas autour d'elle augmentait le volume de la cacophonie résonnant dans sa tête. Ses efforts de concentration semblaient vains, peut-être en raison tout ce qui la troublait, peut-être en raison de son épuisement. Ou pire, peut-être était-ce tout simplement le fait que sa télépathie ne s'était toujours pas stabilisée.
Elle garda les yeux sur son assiette, sur ses mains immobiles, posées de chaque côté de ses couverts, chercha à réciter sa dernière leçon d'Histoire pour reprendre le contrôle.
Qu'est-ce qu'elle a tout à coup ? Pourquoi elle lui répond pas ?
Elle ne l'entend pas ? C'est bizarre.
Elle a l'air un peu pâle. Elle n'aurait pas dû revenir si vite après la mort de son oncle. Peut-être que…
Qu'est-ce que…
Elle est malade ? C'est…
Merde, on devrait…
Ino.
Elle a pas l'air bien…
Ino ? Elle…
Qu'est-ce qu'il se…
Elle est étrange ces derniers temps. Bon, elle est toujours…
On devrait partir d'ici. Ino est…
Ino ! Pourquoi tu…
« Bon sang, tais-toi, Kiba ! »
Quoi ?
Pourquoi elle lui parle comme ça ?
« Quoi ? Mais j'ai rien dit. »
C'est quoi ce bordel ? Qu'est-ce qu'il lui prend ? Elle ne va pas bien.
« Je vais bien ! »
Elle tremble.
« Je ne tremble pas ! » protesta t-elle, fermant les poings contre ses cuisses. Elle ne savait plus vraiment qui pensait quoi, qui disait quoi. « Je vais bien ! »
« Ino… Je n'ai rien dit du tout… »
Face à elle, Hinata l'observait, les yeux écarquillés, mais quelque chose de sombre et de compréhensif habillait son regard. Ino réussit finalement à repousser assez les pensées pour reprendre le contrôle, pour remarquer la façon dont tous la regardaient. Elle murmura une excuse et se leva pour quitter au plus vite la cafétéria, la tête haute, calmement, le besoin de ne rien montrer prenant le pas sur tout le reste. Elle ne pouvait se permettre d'attirer l'attention des autres étudiants.
Une fois dans la cour, elle continua plus loin, jusqu'à l'entrée est, puis traversa la rue pour aller s'asseoir sur un banc. Peu de gens se promenaient dans ce quartier résidentiel et elle ferma les yeux, respira lentement. Très vite, Akamaru la retrouva et s'installa devant elle, ses yeux interrogateurs levés vers elle.
« Non, pas aujourd'hui. Je ne peux pas sécher les cours. J'ai un devoir surveillé important cet après-midi. Ne t'en fais pas, ça va aller. J'avais juste besoin d'air. C'est tout. »
Il gémit un peu, lui lécha la main avant de se coucher à ses pieds, décidé à l'attendre avant de retourner dans l'Académie. Ils furent vite rejoints par Sakura, qui s'assit sur le banc près d'elle. Elle resta silencieuse un moment, lui passa une bouteille d'eau lorsqu'Ino sortit ses médicaments de sa poche.
« Merci. »
« Ça va mieux ? »
« Oui. Désolée. »
« Ne le sois pas. Arrête de t'excuser tout le temps. »
« Est-ce qu'ils… »
« Ils sont inquiets pour toi. Ce sont tes amis. »
« Ils doivent penser que je suis cinglée maintenant. »
« De toute façon c'était bizarre qu'ils ne le pensent pas avant. »
Ino ne put s'empêcher de sourire. Puis elle soupira et ferma les yeux quelques secondes.
« Tu as dû manquer le sujet de discussion de tout à l'heure. Mais c'était plutôt distrayant. »
« Oh ? » interrogea Ino doucement, curieuse.
Elle ne savait pas que penser du ton de Sakura, ou de ce qui pouvait être distrayant à ses yeux.
« Naruto n'arrêtait pas de dire que le fait que Danzo passait autant de temps dans son bureau quand il était directeur était bizarre, surtout maintenant qu'on le sait membre des Ombres. »
« Houlà. »
« Yep. Kiba a tout de suite été d'accord avec lui, puis Tenten les a suivis et bien sûr en quelques secondes ils en ont conclu qu'il fallait qu'ils trouvent le moyen d'aller farfouiller dans le bureau, parce qu'il avait sûrement laissé des choses peut-être intéressantes à l'intérieur. »
« C'est complètement dingue, comme idée. »
« Exactement. Mais je n'arrête pas de dire qu'ils sont tous dingues. Alors je commence à ne plus être surprise dès qu'une énormité sort de leurs bouches. Ça m'amuse presque maintenant, pour tout te dire. Enfin, en quelque sorte. »
« Hatake n'utilise pas ce bureau-là. Personne ne l'utilise. »
Sakura se redressa brusquement.
« Ne me dis pas que tu y penses, toi aussi ! »
« Eh bien, » commença Ino en souriant face à l'expression abasourdie mais résignée de Sakura, « Danzo passait vraiment beaucoup de temps là-bas dedans. Bien plus que nécessaire, c'est certain. Et je me souviens que les quelques fois où j'ai dû m'y rendre, il était très pressé que je m'en aille. »
« Comme s'il craignait que tu détectes qu'il cachait quelque chose ? »
« Exactement. Ça ne servira pas à grand-chose sans aucun doute, mais jeter un coup d'œil dans ce bureau ne peut pas faire de mal. »
« Vous êtes cinglés. Tous. Chacun d'entre vous, sans exception. Tous cinglés. »
Le rire d'Ino chassa presque l'expression exaspérée du visage de Sakura pour y laisser un petit sourire.
« Tu as l'air mieux maintenant, » nota t-elle, apparemment fière d'elle-même.
« Tu ne seras pas aussi contente de ce fait lorsque je te battrai en maths cet aprem. J'ai étudié des heures pour ce devoir. »
« Tu peux toujours rêver. Je parie que j'obtiendrai la meilleure note. C'est pas vraiment une matière qui te réussit, les maths. »
Ino fronça le nez en se levant.
« Je sais. Je déteste ça. Mais je me débrouille ! »
Ensemble, ils retournèrent dans l'enceinte de l'école mais Ino hésita à l'entrée de leur bâtiment. Sakura lui sourit gentiment.
« Ce sont tes amis, Ino. Et tu n'as rien à leur expliquer. Viens. »
Ses yeux étaient pleins de chaleur et malgré ses mots elle ne bougea pas, une main sur la poignée de la porte, alors Ino se demanda si elle viendrait avec elle si elle décidait de ne pas aller en cours. Akamaru semblait prêt à aller dans une direction ou dans l'autre, prêt à la suivre quoi qu'elle fasse.
Alors Ino décida d'avoir confiance en ses amis, comme toujours, comme ils avaient foi en elle, et elle suivit Sakura à l'intérieur pour les rejoindre, sa télépathie sous contrôle.
O
Shikaku Nara s'assit dans son salon, confiant que rien ne trahirait la conversation téléphonique qu'il s'apprêtait à avoir. Ni espion ni technologie ne pouvait être introduit dans sa demeure.
Il colla son portable à son oreille et entendit très vite une voix à l'autre bout.
« Shibi ? »
« C'est moi, » répondit le chef du clan Aburame. « Comment vas-tu, Shikaku ? »
« Bien, merci. Les choses avancent ici. Le Cercle garde les yeux ouverts, mais rester discrets devient difficile. Nous sommes des opposants évidents, et reconnus. Nos gestes sont sans aucun doute surveillés. »
« Je vois. Nous avons nous aussi quelques difficultés à contacter nos alliés sans risque. »
« Et vos essaims ? »
« Ils sont prêts. »
« Il y a un clan que nous souhaiterions surveiller plus étroitement. Ils sont sans aucun doute des alliés des Ombres. Et nous les soupçonnons aussi de financer la campagne de Danzo ainsi que d'acheter des votes pour son compte. »
« Qui sont-ils ? »
Shikaku pouvait entendre la colère dans la voix de l'autre homme, et il la comprenait bien. Cependant, il ne pouvait laisser aucun de ses alliés faire un faux pas sous le coup de ses émotions.
« Je sais que c'est dur pour vous, Shibi. Que les années ont été longues. Mais nous approchons de la fin, tu dois garder espoir. »
« Garder espoir ? Ma fille est quelque part dans ce monde, si elle est toujours vivante. Et qui sait ce que ces monstres peuvent lui avoir fait subir ? Ma famille a été obligée de fuir, de se cacher, de tout laisser derrière, et tu crois qu'on a encore du temps pour tes foutus jeux de patience ? »
« Tu as toujours été l'homme le plus patient que je connaisse. »
« C'était avant qu'ils nous prennent notre fille et nous menace de lui faire du mal si on ne disparaissait pas. Mais ne t'inquiète pas, Shikaku, nous n'agirons pas tant que tu ne nous donneras pas le signal. Maintenant dis-moi qui nous devons demander à nos insectes d'espionner ? »
« Est-ce que tu as croisé le chemin de Masaharu Mizuno lorsque tu étais à Konoha ? »
« Professionnellement, oui. Chef de clan, c'est ça ? Soixante ans et quelques. A une dent contre les Hyuuga. Il est aussi le cousin de Kanata Mizuno, qui est mort lors de la tentative d'enlèvement de ton garçon. Kanata était lié aux Ombres mais il n'avait plus vraiment de contact avec son clan et une enquête a lavé les autres de tout soupçon. »
« Parce qu'ils avaient sans aucun doute pris les précautions nécessaires. Il semblerait que Kanata n'était pas le seul à s'être allié avec nos ennemis. »
« Alors Mizuno et tout son clan seraient eux aussi des alliés des Ombres ? »
« Sans doute. Quant à l'argent qu'ils utilisent pour soutenir Danzo, il provient sûrement des comptes de l'héritière Damari, parmi d'autres. Nous aurions besoin que vos insectes les surveillent tous. Et dès que nous aurons assez de preuves, nous arrêterons tout ce beau monde. Et avec un peu de chance, ils nous mèneront à plus d'alliés, peut-être même aux Spéciaux et à celui qui est derrière tout ça. »
« Envoie-moi tout ce que tu as sur tes cibles, et nous enverrons les insectes dès ce soir. »
« Très bien. Tiens-nous informés. Et soyez prudents. »
« Toi aussi, mon ami. Toi aussi. »
O
« Ino ? »
« Mère ? Entre, je t'en prie. »
« Merci. »
Kire avança dans la chambre de sa fille et Ino lui sourit, refermant son cahier et son livre de géographie pour lui consacrer toute son attention.
« Est-ce que tu sors ce soir ? »
« Oui, je dois retrouver quelques amis. Ne t'en fais pas, je ne rentrerai pas tard. »
« Bien. »
Sa mère avait un air hésitant qu'Ino ne lui avait que rarement connu.
« Maman ? » demanda t-elle doucement, les sourcils froncés. « Tout va bien ? »
« Ton père… a appelé. Il travaillera tard ce soir. »
« Oh. Je suppose qu'avec les Ombres, il peut difficilement réduire ses heures sans attirer l'attention. »
« Oui. Ino, tu sais que j'ai entièrement confiance en toi. »
« Oui, » répondit-elle prudemment.
« Je sais que ton père est… » Kire avala difficilement sa salive et évita ses yeux quelques secondes, juste quelques secondes pour empêcher ses larmes de monter. « Je sais que ton père a commencé à décliner. Et je le connais. Il a dû te parler du Cercle ces derniers temps, parce qu'il veut être certain que s'il lui arrive quelque chose, il y aura toujours un télépathe puissant prêt à s'opposer aux Ombres. »
« C'est vrai, » confirma doucement Ino, figée debout, devant son bureau.
Bien que son père l'avait prise à part deux fois, en toute discrétion, dans la salle d'entraînement pour lui parler de sa participation au Cercle et de leurs actions, ils ne discutaient jamais aussi ouvertement de ce genre de choses. Ils ne parlaient ni des affaires secrètes de Konoha, ni de la condition de son père, ni même de la mort d'Irake ainsi. Le silence restait la manière de communiquer préférée des Yamanaka.
Kire fit quelques pas dans sa direction pour s'arrêter juste devant elle. Elle plongea son regard dans celui d'Ino avec tant d'intensité qu'elle crut un instant que sa mère avait développé le don de lire son âme.
« Ino, je ne te demanderai pas de trahir la confiance de ton père, bien sûr, et crois-moi il m'a entendu à ce sujet. Mais il y a bien assez de secrets dans cette maison pour tous nous détruire une bonne douzaine de fois. J'ai besoin de savoir. Est-ce qu'il t'a demandé de faire quelque chose ? »
« Non, » répondit-elle sincèrement, son cœur martelant sa poitrine.
Il y avait des dizaines de sentiments différents dans le regard de sa mère. Une vulnérabilité qu'Ino n'y avait jamais vu, et ce même si elle avait toujours pu entendre les quelques pensées qui échappaient parfois au bouclier imparfait de Kire. Voir de telles émotions chez elle...
C'était terrifiant.
« Il m'a dit qu'il t'avait enseigné quelques choses. Est-ce que c'est dangereux ? »
Franchement, Inoichi lui avait appris de nombreuses choses ces derniers mois. Ino apprenait vite, si vite qu'elle avait à présent un bouclier psychique assez puissant pour stopper son père lui-même, si vite qu'elle était parvenue à maîtriser des pouvoirs télépathiques qu'Inoichi n'avait jamais pu concevoir. Si vite qu'il n'avait eu aucun mal à lui apprendre le fonctionnement théorique d'une technique qu'il lui avait fallu des années pour comprendre. Elle était liée à la capacité de pénétrer l'esprit d'autrui, cet aspect de leur don que son père avait développé le plus.
Et il semblait qu'Ino n'était vraiment pas en reste dans ce domaine.
« Ino ? »
Elle était incapable de mentir à sa mère à ce sujet. Mais elle ne pouvait lui dire la vérité non plus, parce qu'elle ne voulait surtout pas la blesser ou l'inquiéter davantage. Et sa mère lut tout ça sur son visage sans aucun problème.
« Tu dois me promettre – Ino, regarde-moi s'il te plait. S'il doit te blesser, tu dois me promettre de n'utiliser ton don qu'en dernier recours. Promets-moi que tu penseras à toi aussi. Promets-le moi. »
« Je te le promets, maman. »
« Tu es ma fille, Ino. Tu es mon enfant, et je ne veux pas te perdre avant même que… Je t'en prie, prends soin de toi. Sois prudente. »
« Je le suis toujours. »
Avec un petit soupir tremblant, Kire passa ses bras autour d'elle pour la serrer contre elle avec force et douceur. Ses pensées avaient le goût de la crainte, tout comme son étreinte et ce baiser qu'elle déposa sur ses cheveux.
« Nous t'avons élevée du mieux que nous avons pu, mais nous ne sommes pas parfaits. Ça ne veut pas dire que tu doives répéter nos erreurs. Oui, tu es notre fille et le futur chef de nos clans, mais il y a tellement plus que l'honneur, le devoir et la force dans la vie, Ino. Et je sais que tu seras tellement plus que nous ne serons jamais, ma chérie. »
Ne sachant que dire ou faire face à cette discussion, Ino laissa sa mère l'examiner du regard avec tant d'amour et d'inquiétude qu'ils menacèrent de l'avaler toute entière.
« Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr, » acquiesça Ino avec conviction. « Et je t'aime aussi. »
« Nous sommes fiers de toi, de la jeune femme que tu es et de la femme que tu deviens. Je serai toujours fière de toi. Peu importent tes choix, tant que tu seras heureuse et en bonne santé. Je serai toujours là pour toi. Tu sais ça aussi ? »
Ino songea à sa télépathie qui ne semblait pas vouloir arrêter sa progression, elle songea à ses difficultés récentes à apparaître composée et calme face au monde, et elle songea à Sakura, à ces émotions qui ne cessaient de grandir pour elle, au futur des clans mourants de ses parents…
Peu importait quoi, vraiment ?
« Je sais, » répondit-elle néanmoins, parce qu'elle n'avait aucun doute sur l'amour de sa mère, elle savait qu'elle ne la laisserait jamais avoir froid ou faim, qu'elle ne la laisserait jamais penser qu'elle était un monstre, même si elle était parfois distante, même si elle avait parfois du mal à exprimer cet amour. « Je sais, maman. »
Bien sûr qu'elle savait tout ça. Et il était difficile de voir tant de peine et de douleur dans les yeux de cette femme si douce et si honorable. Comment Kire trouvait-elle la force d'endurer tout ça ?
Etre condamné n'était pas le pire, décida Ino. Non, le pire était sans doute d'aimer ceux qui l'étaient.
Elle songea une nouvelle fois à Sakura, et elle se demanda si elle ne faisait pas pour la première fois de sa vie preuve d'égoïsme.
Sakura n'avait vraiment pas besoin d'une autre personne qui finirait par l'abandonner. Mais il était vrai qu'elle n'était pas ignorante du futur probable d'Ino, et douter de sa compréhension de leur situation serait insulter son intelligence. Sakura faisait ses propres choix, tout comme elle. Lui faire du mal tuerait Ino, mais simplement arrêter de l'aimer était clairement impossible.
Et puis, pour une fois, ne serait-ce que pour cet aspect de son existence, Ino avait envie de vivre sans songer à son futur.
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« Vous êtes cinglés, » marmonna Sakura en suivant (non sans prudence) Naruto, Tenten et Ino dans l'Académie.
L'endroit était quasiment vide, ce qui n'était en rien une bizarrerie puisque la nuit était tombée et que l'école était fermée depuis deux bonnes heures. Naruto avait déverrouillé la porte, fier de montrer son savoir-faire dont il refusait cependant de dévoiler l'origine.
« Ben, tu es là, toi aussi, » remarqua Tenten avec un sourire. Elle avait vraiment l'air de s'éclater. « Tu dois être aussi cinglée que nous. Et puis tu devrais te sentir chanceuse, Kiba était super déçu de ne pas pouvoir être là. »
« On devait regarder un film ! » lui rappela Sakura entre ses dents. « Personne n'a rien dit quant à une effraction ! »
« Mais c'est tellement plus excitant ! »
« Pourquoi est-ce que vous murmurez comme ça toutes les deux ? » demanda Ino, son ton de voix normal alors qu'elle marchait tranquillement près d'elles, comme s'ils avaient tous les droits de se trouver là et qu'ils ne venaient pas de briser la loi.
Ou tout du moins les règles de l'Académie.
« Au cas où quelqu'un nous entendrait ? » chuchota Tenten, le évidemment résonnant dans son ton.
« Oh ! Non, ne vous en faites pas pour ça, il n'y a personne ici. »
« Si tu le dis, » lui lança la brune en haussant les épaules, élevant la voix à un niveau normal à son tour. « Je suppose que tu pourras nous avertir si tu euh… détectes quelqu'un ? »
« Oui. »
« Cool, » sourit Naruto. « Ca y est, on y est ! Vous ne pouvez même pas imaginer combien de fois j'ai rêvé de faire ça ! »
« Amuse-toi, » l'encouragea Ino en riant alors que leur ami se faisait craquer les jointures des doigts avec un air joyeux.
Il força la serrure en moins de trois minutes.
« Tadaa ! » triompha t-il en poussant la porte avant de s'écarter et de leur faire signe d'entrer.
« Merci beaucoup, Monsieur, » s'amusa Tenten en entrant dans le bureau. « Bon, alors qu'est-ce qu'on cherche ? Vraiment, je doute qu'il ait laissé des notes racistes et ou des plans de leurs intrigues derrière lui. »
« Non, mais il y a peut-être autre chose. Quelque chose qu'on ne peut pas voir, peut-être. »
« Ça c'est précis, Ino. »
Ils continuèrent de fouiller et de blaguer un moment, jusqu'à ce que Naruto mentionne un possible coffre-fort. Trouver quelque chose dans cette pièce n'était pas vraiment du domaine du possible, ils en avaient conscience, mais Sakura savait qu'ils en avaient tous assez de devoir attendre que la situation s'arrange. Si Danzo était un ennemi, lui qui avait été leur directeur si longtemps, alors ils voulaient participer à sa chute.
« Aha ! »
« Quoi, encore ? Si c'est une de tes blagues, Naruto… »
Sakura se tourna vers lui avec lassitude, et elle était la seule à avoir prêté attention à la énième exclamation de leur ami.
« Non, écoute, ça sonne creux. » Il se tenait debout contre le mur, derrière le bureau dans un coin sombre, et donnait des petits coups contre la paroi. « Là ! Tu vois ? Ecoute la différence ! »
Il avait raison ! Il y avait définitivement quelque chose d'étrange. La zone qui sonnait creuse semblait trop grande pour accueillir un coffre, et Sakura supposait qu'il y avait peut-être derrière ce mur un vieux couloir ou une pièce qu'on avait condamné. Depuis quelques années, l'Académie était rénovée petit bout par petit bout.
Elle observa Naruto essayer de pousser la paroi, de trouver un mécanisme qui ouvrirait un passage secret ou autre chose, sans succès. Sakura s'apprêtait à lui faire une remarque sarcastique quand une partie du mur bougea, comme ça, sans un son. La porte ainsi révélée s'ouvrait sur un escalier étroit et sombre qui descendait vers un endroit inconnu.
Complètement choquée, Sakura ouvrit la bouche pour la refermer sans un mot.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » interrogea Tenten en s'approchant d'eux, partagée entre l'excitation d'avoir effectivement trouvé quelque chose et une appréhension soudaine.
« J'en sais rien ! » répondit Naruto. « Venez ! »
Sakura lui lança un regard incrédule.
« Quoi ? Attends ! Attends, Naruto ! » Trop tard. Il avait déjà disparu dans les ombres. « Non mais quel idiot ! »
Elle s'engouffra après lui, incapable de le laisser s'enfoncer là-dedans seul, et fut soulagée d'entendre Tenten la suivre. Ino était juste derrière elles, et aussitôt qu'ils furent tous engagés dans l'escalier, la porte derrière eux claqua, comme si un mécanisme en prévoyait la fermeture dès lors que quelqu'un passait par l'ouverture.
« Ooooh, je n'aime pas ça, » murmura Tenten juste derrière Sakura. « Naruto ? »
« Je suis juste là, devant vous. »
Leurs portables leur permirent de voir où ils mettaient les pieds, et ils se rendirent vite compte qu'ils ne captaient aucun signal dans cet endroit.
« On doit se trouver sous l'école, n'est-ce pas ? » demanda doucement Tenten.
« Oui, » confirma Sakura en continuant à descendre. « Il y a cette légende qui dit qu'il reste beaucoup de vieilles galeries souterraines sous Konoha. Les ninjas s'en servaient pour évacuer les civils lorsque le village était attaqué. Normalement elles devraient toutes être scellées depuis longtemps. »
« Je n'ai jamais entendu cette légende sur des souterrains encore existants. »
« Dans le District S. c'est une des histoires les plus répandues sur l'Ancienne Konoha, surtout la partie qui parle des fantômes qui hanteraient supposément le sous-sol de la ville. Lloyd jure même qu'il utilise l'une de ces galeries pour échapper aux flics. »
« Lloyd ? »
« Oh, tu ne veux pas savoir, crois-moi. »
« Tu vis dans le S. ? »
Sakura ne put répondre puisque Naruto s'était soudain stoppé devant elle, face à un croisement. L'escalier se terminait sur un espace un peu plus large, creusé dans la terre. Deux passages s'offraient à eux, et aucun n'avait l'air plus accueillant que l'autre.
« Je crois que nous pouvons certifier que ces galeries n'ont pas été scellées dans le coin, » leur lança Naruto. « Gauche ou droite, les filles ? »
« On devrait chercher une sortie, et vite, » chuchota Ino, et son ton trahissait sa tension.
Sakura se rapprocha d'elle, presque instinctivement, et observa autour d'elle avec méfiance.
« Tu sens la présence de quelqu'un ? »
« C'est faible, mais… il y a quelque chose. Et toi ? »
« Je ne sais pas. C'est bizarre, je peux déceler des traces de chakra… mais c'est comme des petits points autour de nous, trop effacés et trop petits pour être humains. »
« Ça n'a pas de sens. »
« Je n'aime pas ça. On devrait se dépêcher. »
« Oui, s'il vous plait, » acquiesça Tenten avec une anxiété que tous ressentaient. « Je ne sais pas de quoi vous parlez, mais vous m'inquiétez. Et ces foutus moustiques ! » se plaignit-elle tout en en écrasant un qui s'était posé dans son cou. « Comment se sont-ils retrouvés ici ? Et en cette saison, en plus ! »
Il y eut un pic dans le faible chakra dansant autour d'eux, et Sakura sentit une petite brûlure sur sa nuque. Elle voulut y porter la main, essaya d'avertir ses amis, mais ses gestes et ses pensées lui échappaient. Sa vision se troubla, elle se sentit tomber.
Puis tout devint noir.
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