O

12. Au crépuscule.

Dans les premières secondes, il n'y eut rien.

Rien d'autre qu'une douleur lancinante dans sa tête et son dos. Et puis, petit à petit, elle se souvint, et il y eut la peur, et puis la panique.

Ses yeux s'ouvrirent, un gémissement passa ses lèvres pâles. Nauséeuse, elle se redressa lentement, avec difficulté, et cligna plusieurs fois des yeux avant de regarder autour d'elle.

Ils se trouvaient toujours sous terre, dans une grande salle allumée par de vieux néons, et sous ses mains le sol poussiéreux de pierre et de terre était glacé. Aucun geôlier ne se trouvait avec eux, mais la situation était claire.

Ils étaient prisonniers.

Sakura soupira. Pourquoi les avait-elle suivis dans leur idiotie ?

« Est-ce que ça va ? » demanda une voix douce.

Elle tourna lentement la tête et vit Tenten quelques mètres plus loin, à sa droite. Elle était debout, l'air fatiguée et anxieuse, mais déterminée à ne pas trop le montrer.

« Ouais, » lui répondit Sakura en se levant prudemment.

A sa gauche, Ino se réveillait à son tour. Et à la droite de Tenten, Naruto avait l'air tout bonnement furieux.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » interrogea Ino en se levant avec une grimace discrète.

Elle parlait des étranges parois transparentes qui les enfermaient tous dans d'étroites cellules individuelles. Mais ce n'était pas du verre ou du pastique, c'était jaunâtre, changeant, comme si ça vibrait…

« De l'énergie, » répondit Naruto. « Des barrières d'énergie. Ne les touchez pas, ça fait un mal de chien. »

Sakura dut manquer une information cruciale dans ces mots parce qu'elle ne comprit absolument pas le regard interloqué qu'Ino lança à Naruto. Celui-ci soupira, et acquiesça.

« Oui, c'est le don du clan Mizuno. »

« Ils se sont alliés aux Ombres, » murmura Ino.

« Ha ! » lança Tenten en fronçant les sourcils. « Je savais bien que Dina était cinglée. »

« Dina ? » interrogea Sakura, essayant désespérément de les suivre.

« L'ex de Kiba. C'est une Mizuno. »

« Oh. »

« Ino ? » appela Naruto, le visage grave, ses yeux clairs brillants de colère. Sakura ne l'avait jamais vu aussi menaçant. « Tu te rappelles d'Arame ? »

« La nouvelle amie de Lee ? »

« C'est une Hikata. »

« Je vois. »

« Voir quoi ? » interrogea Tenten.

« Sa mère est une Mizuno, » expliqua Ino, l'air sombre. « Et on sait que son père, Jun Hikata, est un allié des Ombres. »

« Quoi ? Pourquoi on ne savait pas ça ? Lee n'en sait rien ! »

« Il n'a jamais mentionné son nom de famille. Sinon on aurait dit quelque chose, » se défendit Naruto. « On doit se tirer d'ici. »

« On peut briser les barrières ? »

« Pas sans une méthode spéciale. J'ai essayé avec plusieurs clones, sans succès. »

« Est-ce que vous avez vu quelqu'un ? » demanda Ino en observant autour d'eux.

Mais il n'y avait absolument rien dans cette salle, mis à part eux, et une seule entrée.

« Quelle heure est-il ? » demanda Tenten en se tournant vers la télépathe, la seule qui avait une montre. « Ils ont pris nos affaires. »

« Ca ne fait qu'une heure qu'on est là. Personne ne nous cherche. »

« Super. Naruto, t'as essayé un de tes sceaux ? »

Il secoua la tête.

« Je ne suis pas très doué pour le moment et je n'en connais aucun qui pourrait nous servir. »

« Quelqu'un approche, » les avertit Sakura aussitôt qu'elle sentit deux chakra différents s'avancer vers eux.

Tous ses amis se turent et se tournèrent vers l'entrée. Deux hommes pénétrèrent tranquillement dans la salle. Habillé d'un pantalon et d'un pull noir, le plus grand portait un masque blanc aux arabesques rouges. Le second, qui portait un pantalon et une veste de costume anthracite sur une chemise blanche, cachait son identité grâce à un masque complètement noir.

Du moins, il tentait de cacher son identité, mais c'était sans compter la télépathie d'Ino.

« Koseki Mizuno, » reconnut-elle aisément d'une voix posée et calme. « Etrange de ne pas voir ton frère jumeau à tes côtés. Vous êtes d'ordinaire inséparables. »

Le garçon – parce qu'il avait en réalité leur âge – retira son masque tranquillement. Ses yeux verts et froids étudièrent Ino avec méfiance.

« Yamanaka, je suis surpris que tu m'aies reconnu si facilement. Nous nous sommes rarement vus. »

« Qu'est-ce que vous croyez faire à nous retenir comme ça, bande de débiles ? Laissez-nous partir ! »

« Crois-tu vraiment que les choses marchent ainsi, Uzumaki ? »

« Pourquoi t'es là alors que tu sais ce que les Ombres pensent des Spéciaux ? »

« J'aime simplement être du côté des vainqueurs. Notre société est injuste de toutes façons. Ma famille n'a jamais eu ce qu'elle méritait. »

« Pars. Tu n'es plus nécessaire. »

La voix, grave et profonde, sans émotion, était venue du second homme, celui qui restait masqué.

« Mais, les barrières – »

« Tiendront un moment et nous saurons les dissoudre au besoin. Pars. »

Bien que l'ordre et le ton lui déplaisaient clairement, le jeune Mizuno se tut, sa crainte de l'autre homme évidente. Il quitta la pièce sans un autre mot, avec un dernier regard narquois vers eux et un rictus qui n'augurait rien de bon.

« Et qui t'es, toi ? »

L'homme ignora Naruto et ne bougea pas, figé près de l'entrée. Du coin de l'œil, Sakura perçut un mouvement discret d'Ino. Elle se concentra un peu plus sur elle et la vit porter un doigt vers sa tempe et lui lancer un regard rapide. Comprenant où elle voulait en venir, Sakura baissa son bouclier psychique juste assez pour qu'Ino puisse entendre ses pensées.

Elle fut stupéfaite lorsqu'une drôle de sensation l'envahit, à la fois légère et insidieuse. Mais quand la voix d'Ino lui parvint, comme dans une oreillette avec une bien meilleure réception, elle se rendit compte que ses pensées dans son esprit paraissaient presque naturelles, chaudes et douces, pas du tout intrusives.

Sakura ?

Ino. Je croyais que tu pouvais faire ça qu'avec d'autres télépathes.

Je peux le faire avec d'autres gens, mais c'est beaucoup plus difficile. Avec toi, ça n'est pas aussi dur par contre.

Okay.

Sakura, cet homme... Il…

Quoi ?

C'est le Premier. Sakura ? Je suis désolée.

Alors… C'est lui qui…

Le Premier. Le seul en dehors d'elle dans ce coin du monde. Celui qui avait un dangereux et très puissant pouvoir lui permettant de faire exploser tout ce qu'il souhaitait. Celui qui, alors âgé de quatorze ans, avait fait partie des criminels envoyés kidnapper Shikamaru. Celui qui durant l'affrontement avait transformé tout ce qu'il y avait eu autour de lui en véritables bombes, les boites aux lettres, les lampadaires, les poubelles, les barrières. Les voitures, aussi.

Celui qui avait tué les parents de Naruto.

Celui qui avait tué Sairi.

Qu'est-ce qu'il pense ?

Il n'y a pas grand-chose d'intéressant. Il est très discipliné. Mais Mizuno songeait à lui en le nommant Ichi.

Très original.

Je ne crois pas qu'Ichi sait qu'il fut un temps où il s'appelait Ren Hikari.

Qu'est-ce qu'on va faire pour se sortir de là ? Je doute qu'ils nous laissent partir.

Il attend quelque chose.

« Hey ! Tu ne vas pas nous dire ce qu'on fait là ? » lança Naruto, prouvant s'il le fallait qu'il n'avait ni patience, ni bon sens. « Allez ! Tu ne crois pas vraiment que nous kidnapper va aller dans votre sens ? On a des tas d'amis, des familles qui vont flipper de ne pas nous voir rentrer, et eux aussi ont des tas d'amis ! »

« C'est vrai, » confirma Tenten, affichant un calme ahurissant alors que Sakura savait qu'elle mourait de peur sans doute autant qu'elle. « Bon sang, vous savez qui elle est ? » demanda t-elle en faisant un geste dans la direction d'Ino. « Sa disparition va réveiller tout Konoha, croyez-moi. S'il y avait bien une personne que vous n'auriez jamais dû toucher dans cette ville, c'est elle. Et je ne dis pas ça que pour sa famille, même si la simple idée de mettre le clan Yamanaka en colère me glace le sang. »

« C'est vrai, ça ! » affirma Naruto en croisant les bras, l'air arrogant. Sakura ne savait pas si elle devait admirer leur bravoure ou si elle devait s'inquiéter. Provoquer leur ennemi ne semblait pas franchement bien malin. « Tout le monde l'aime bien parce qu'elle – »

Deux explosions poussèrent un petit cri de surprise hors de sa gorge.

La bonne option ? S'inquiéter.

Les oreilles sifflantes, Sakura tourna la tête vers sa droite. Naruto et Tenten avaient tous les deux été poussés au sol par le souffle des explosions et se relevaient doucement, grimaçant de douleur.

« Vous allez bien ? » s'enquit Ino.

« Ça va, » confirma Naruto entre ses dents, une main plaquée contre son genou plein de sang.

Tenten essaya de se mettre debout mais son pied gauche refusait de la porter.

« Ceci est un simple avertissement, » expliqua Ichi, sa voix glacée. « La prochaine fois, je chargerai votre peau plutôt qu'un peu de poussière près de vos pieds. »

« Alors c'est toi, hein ? » comprit Naruto d'une voix soudain grondante. « Ren Hikata. »

« Mon nom est Ichi. »

« Je me fous de comment tes salopards de copains t'appellent. Tu es un meurtrier. Et tu payeras ! »

« Vraiment ? Tu ne devrais pas être en colère contre moi, Naruto Uzumaki. Tu devrais en vouloir à tes parents. S'ils n'avaient pas décidé d'intervenir, ils seraient toujours en vie. »

« Espèce de co – »

« A présent, si tu tiens à ta chère amie là, tu te tais. Une Commune n'intéresse certainement pas mon maître, donc si l'un d'entre vous essaye quoi que ce soit, je la tue. »

La rage et l'horreur se battirent dans le cœur de Sakura et elle sentit ses amis ravaler leurs propres émotions à cette déclaration. Cet homme, Ichi, avait utilisé son don sans bouger, sans un geste, avec une simple pensée et une terrifiante précision. Même Sakura, qui n'avait que rarement vu d'autres personnes user de leur pouvoir, pouvait identifier la terrible menace qu'il représentait.

Alors ils restèrent silencieux, figés, et Sakura savait qu'ils se trituraient les méninges pour essayer de trouver une solution, comme elle. Mais quelles chances avaient-ils ? Ces barrières d'énergie avaient toujours l'air aussi solides, et leur geôlier les fixait sans doute en quête du moindre mouvement suspect de leur part.

Dans combien de temps s'inquièterait-on de leur absence ? En tout cas, personne ne se demanderait où était Sakura. Sa mère ne se rendrait pas compte qu'elle n'était pas rentrée, et Haruka ne se poserait pas de question avant au moins deux ou trois jours. Les parents de Naruto et de Tenten étaient convaincus qu'ils regardaient des films chez Ino, et même s'ils veillaient très tard et remarquaient que leurs enfants n'étaient pas rentrés, ils supposeraient sans doute qu'ils s'étaient endormis chez leur amie et avaient oublié d'envoyer un message. Quant à Ino… Sakura en savait assez sur sa famille pour comprendre que, occupés comme ils l'étaient apparemment tous, ils n'étaient peut-être même pas au manoir ce soir.

Donc au mieux, l'alerte serait donnée le lendemain matin. Et même ainsi, rien ne disait que l'Agence et la police arriveraient à les retrouver. Et d'ici là, leurs ravisseurs auraient largement le temps de leur faire tout ce qu'ils voulaient, de les tuer et de les faire disparaître.

Super.

Il fallait vraiment qu'elle arrête de passer du temps avec ce groupe d'idiots, ça nuisait clairement à sa santé.

Oui. Elle arrêterait, si elle survivait à ce cauchemar.

O

Sakura ?

Oui ?

J'ai besoin que tu distraies Ichi.

Pourquoi ?

On a besoin d'un plan. Mais j'ai peur de la réaction des autres quand ils m'entendront leur parler par la pensée pour la première fois, et je ne suis pas sûre d'arriver à les contacter simultanément correctement. Si Ichi remarque un truc, il pourrait comprendre, vu qu'il travaille sûrement avec le télépathe…

Je vois. Hum, je vais essayer. Prête ?

Oui.

« Est-ce qu'on va au moins avoir de l'eau ? Un sandwich ? Ton maître ne voudrait pas qu'on y reste avant qu'il arrive, si ? Et au fait, tu es tout seul ? Tu as été puni et dois jouer les chiens de garde ? Ça ne doit pas être très fun de rester coincé ici. Tous tes petits alliés sont tranquillement en train de passer une bonne soirée à la surface, et toi, tu es là. »

« Silence. »

« Non, je m'ennuie. Et si j'étais toi je ne m'en prendrais pas à moi parce que tu pourrais le regretter, tu sais. Tu ne sais pas de quoi je suis capable, n'est-ce pas ? C'est ce qui est marrant avec les Premiers, personne ne sait de quoi ils sont capables. Oh, attends. Tu en es un, toi aussi, non ? Alors, tu le sais déjà. »

« Silence ! »

Sakura ? C'est bon.

Whoa. La voix de Tenten sonnait étrangement dans l'esprit de Sakura, peut-être parce qu'elle avait moins l'habitude de son ton. C'est trop bizarre.

Hey, Ino, pourquoi tu nous as jamais dit que tu pouvais faire ça ? Ça aurait pu vraiment servir pendant les exams.

Sérieusement, Naruto ?

Désolé. J'ai rien dit.

Je ne savais pas que je pouvais faire ça, pas avec trois personnes qui ne sont pas télépathes. Enfin, je n'étais pas certaine de pouvoir le faire, du moins. Communiquer mentalement avec un membre de mon clan est aussi naturel que respirer, mais avec d'autres personnes c'est complètement autre chose. Quant au fait de maintenir ce lien entre nous quatre et vous permettre de vous parler entre vous, c'est… nouveau. Et fatiguant. On doit se dépêcher, si le télépathe est par ici il pourrait sentir le lien.

On ne peut rien faire avec ce psychopathe ici, leur dit Naruto. Pas quand il pourrait faire du mal à Tenten sans même avoir à se concentrer. T'as vu à quel point il est rapide avec son don ?

Ouais, acquiesça la principale intéressée. Il est flippant.

Comment va ton pied ?

Ça me fait mal. Je devrais peut-être essayer de retirer ma chaussure ? Mais j'ai peur que les brûlures s'aggravent si je fais ça.

Ne touche à rien, conseille immédiatement Sakura en faisant son possible pour ne pas regarder les autres alors qu'elle leur parlait. On ne sait pas à quel point c'est grave et tu pourrais aggraver les choses. Si on doit partir en vitesse, je te porterai.

Euh… D'accord…

Vous avez vu ça ?

Quoi, Naruto ?

Les barrières. Elles… ondulent.

Quoi ?

Je ne sais pas comment l'expliquer ! Regardez ! Elles sont pas toujours aussi solides, par moment elles s'affinent à certains endroits. Elles deviennent plus transparentes.

C'est normal, expliqua Ino. Sans un Mizuno pour les maintenir, elles deviendront de plus en plus faibles jusqu'à ce qu'elles disparaissent.

Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Tenten anxieusement. Comment croient-ils s'en sortir s'ils nous gardent ici ?

Danzo est leur clé, répondit sombrement Sakura. Il doit être protégé par leur chef, personne n'arrive à trouver des preuves solides contre lui. Et s'ils nous font disparaître comme une partie des gens qu'ils ont kidnappés par le passé, des preuves, il n'y en aura aucune.

Et en dehors de Kiba, personne ne sait où on est allés ce soir. Merde, jura Naruto. Et il ne s'attend pas à avoir de nos nouvelles avant demain matin. Eh, Ino, tu peux sentir s'il y a d'autres gens dans ces souterrains ?

Le télépathe est ici, il est arrivé. Il y a quelqu'un d'autre aussi. Et Danzo. Quelques Communs sont aussi dans le coin… Ils sont huit. Ça fait douze en tout. Pour le moment.

Et pour couronner le tout, ils pourraient être armés.

Et, hum,… Tenten hésita, et c'était si étrange de sentir quelqu'un hésiter ainsi dans son esprit. Est-ce que l'un d'entre vous peut faire quelque chose ? Vous savez, avec vos dons plus ou moins secrets…

Mes clones ne peuvent pas passer ces barrières, ils disparaissent dès qu'ils la touchent. Mais ils pourraient nous être utiles si on arrive à se libérer. Et je connais un ou deux sceaux qui pourraient nous aider à nous cacher si on arrive à les semer dans les galeries. Ino ?

Je… pourrais apprendre certaines choses de leurs esprits. Mais celui d'Ichi est hyper compartimenté et protégé par un bouclier. Celui de Danzo aussi. Je pourrais détruire leurs boucliers facilement mais pas sans alerter le télépathe.

Tu as affronté ce type une fois et tu as gagné.

Oui mais, Naruto, on ne parle pas de la même chose, là. Il saura. Ce ne sera pas facile.

Et… désolé de te demander ça, hein ? Mais est-ce que tu as des capacités offensives ?

Si… si je le dois, j'essayerais d'autres choses. Mais je crains qu'Ichi puisse nous atteindre avant que je finisse, il est aussi rapide.

Du coin de l'œil, Sakura vit Ino chanceler. Ce fut léger, elle se reprit très vite, mais ses mains tremblaient un peu.

Est-ce que ça va ?

Mal de tête.

Arrête la connexion.

Mais…

On sait ce qu'on doit savoir. Toi et moi sommes les seules à pouvoir agir avec les barrières en place mais nous ne sommes pas sûres de pouvoir tenter quelque chose sans risque. Pour le moment on ne peut pas faire plus. Ino, arrête la connexion.

Bien.

Aussitôt qu'Ino cessa de se concentrer, elle s'assit au sol, pâle, prenant soin de rendre son mouvement le plus naturel possible. Sakura eut un mal fou à ne pas se tourner vers elle et maîtrisa difficilement son inquiétude. Les migraines d'Ino semblaient s'aggraver ces dernières semaines et Sakura ignorait si c'était un fait normal pour les télépathes ou s'il fallait s'en inquiéter.

Après tout, Ino n'avait jamais précisé comment cette maladie dont son clan souffrait se manifestait dans les premiers temps. Mais elle avait aussi certifié qu'ils vivaient au moins une quarantaine d'années. Passant ses mains dans ses poches, Sakura tourna la tête vers Ino et étudia son chakra. Il n'avait pas l'air d'avoir changé, la fracture était toujours là et elle semblait identique. Bien sûr ça ne voulait rien dire, Sakura ignorait si ce qu'elle voyait était censé évoluer ou non, si c'était une manifestation d'un problème de santé, un défaut dans leur chakra qui causait leur perte, ou simplement une marque bégnine avec laquelle naissaient les Yamanaka.

Bon sang, mais qu'est-ce qu'ils faisaient dans ce pétrin ? Qu'est-ce qu'elle faisait là ?

« Eh bien, eh bien, quels invités de marque avons-nous ici ! »

Un autre homme entra dans la salle, habillé dans le même style qu'Ichi, des lignes bleues décoraient son masque noir. Sakura n'avait pas besoin de le connaître pour savoir qui il était. La tension dans le corps d'Ino et la manière dont elle se leva lentement lui apprirent que le télépathe qui avait détruit à lui seul le clan Uchiha venait de se montrer.

Et il n'avait ni le charisme de son collègue ni son professionnalisme. Il paradait devant leurs cellules fièrement, et alors qu'elle l'observait avec méfiance, Sakura réalisa qu'elle avait un peu de mal à discerner son aura. Peut-être ne manquait-il pas de charisme, en fait. Peut-être que, tout comme il parvenait à protéger son esprit, il avait appris à étouffer sa présence tout comme son chakra.

Même si elle restait très maladroite avec son don, Sakura se souvenait très bien qu'Ino lui avait certifié que leur contrôle était surtout instinctif. Alors même si elle n'avait jamais tenté de le faire sans contact physique, elle se concentra sur le chakra du télépathe. Son esprit sut immédiatement quoi faire, et elle réussit à sentir son aura. A l'instant même où elle établit le lien, son énergie commença à le quitter pour nourrir la sienne. Elle se dépêcha de se retirer et sourit secrètement.

Ainsi, elle pouvait absorber le chakra même à travers ces barrières. Malheureusement la distance restait un problème, il fallait que sa cible soit devant sa cellule pour pouvoir l'atteindre. Elle regretta pour la première fois de ne pas avoir davantage développé son don, peut-être aurait-elle pu atteindre les deux hommes à l'autre bout de la pièce si ça avait été le cas. La bonne nouvelle, c'était que le télépathe n'avait apparemment rien détecté. Ce qui voulait dire qu'il lui suffirait d'une opportunité pour l'endormir. En ce qui concernait Ichi, elle aurait préféré s'occuper de lui avec sa super force mais elle se contenterait de lui dérober tout son chakra.

Bien que, si elle devait être honnête avec elle-même, sa soif de vengeance n'était absolument rien comparée à son désir d'emmener Ino très loin de cet endroit et de ces tueurs. C'était étrange, mais ce sentiment dominait tout le reste, même la colère, même la peur. Elle laisserait volontiers Ichi et les autres à l'Agence ou à Naruto ou à quiconque, tant qu'ils étaient arrêtés et emprisonnés. Elle pourrait oublier tout ça, toutes ces horribles histoires d'enlèvements et de meurtres et de complots, et retourner à cette journée paisible dans la forêt avec une Ino souriante et heureuse. Elle pourrait tout laisser derrière elle, tout, son père, sa mère, sa sœur, sa rancœur, tant qu'elle aurait Ino, elle pourrait tout faire.

Quel sentiment étrange, brûlant et glacé à la fois, que celui-là.

O

« C'est bizarre, » remarqua doucement le télépathe, les yeux sur Sakura. Ils venaient de passer plusieurs minutes dans le silence, chacun perdu dans ses réflexions et ses recherches de solution. « Tu as la protection mentale la plus puissante que j'ai vue jusqu'alors chez un non-télépathe. »

Sakura, sans détourner le regard de son masque, ne répondit pas. Ino se tendit immédiatement.

« Est-ce que ça signifie que ton don est psychique, Première ? Oh, mes félicitations, au fait. Tu es vraiment douée pour garder un secret. Personne ne semble pouvoir trouver la moindre petite chose sur la nature de ton don. »

La jeune femme gardait le silence, et Ino trouvait sa capacité à rester impassible dans de telles circonstances absolument extraordinaire.

« Eh bien, voyons… »

Elle sentit le moment exact où le télépathe s'apprêta à envahir l'esprit de Sakura, alors elle agit avant même de penser. Pénétrer celui d'Ichi ne fut pas très difficile. Détruire la barrière mentale que son collègue y avait érigé fut même plus simple que ce qu'elle avait supposé. Elle poussa un peu plus loin, puis se retira aussi rapidement qu'elle était entrée, mais pas avant d'avoir entendu et vu quelques choses bien utiles. Le petit souffle qu'Ichi laissa échapper face à la sensation alerta le télépathe. Apparemment, il n'avait pas su détecter l'attaque de quelques secondes par lui-même.

Ichi fit un par vers sa cellule, perdant pour la première fois un peu de sa contenance.

« Espèce de sale petite – »

« Je serais plus prudent si j'étais toi, » le coupa Ino d'une voix qu'elle prit soin de garder posée. « Ne fais rien que tu pourrais regretter. Ces barrières dans ton esprit ne peuvent pas m'arrêter, moi. »

Il semblait prêt à répliquer, ou peut-être même à prendre le risque et exploser quelque chose, mais le télépathe le contint en levant simplement la main.

« Alors comme ça, tu peux me sentir, hein ? » dit-il à Ino. « Je dois admettre que je t'ai peut-être sous-estimée. Pour que tu sois capable de détecter mon intention et d'agir avant moi… Mmh. Les choses pourraient devenir intéressantes. »

« Qu'est-ce qu'elle a fait ? »

« Elle a brisé la barrière que j'avais mise en place dans ton esprit. »

« Tu crois vraiment que c'est la seule chose que j'ai eu le temps de faire ? Pourquoi ne pas demander à Danzo de venir nous rejoindre ? Après tout, il est celui que vous appelez maître. »

« Quoi ?! » s'écria Naruto en se tournant vers elle, puis vers eux, les yeux écarquillés, entre outrage et colère.

« Danzo est le grand manitou des Ombres ? Sérieux ? »

« J'ai toujours su que tu étais une force de la nature, Ino Yamanaka. »

Avec ces quelques mots et un fin sourire, Danzo entra dans la salle tranquillement. Dans cette atmosphère, avec ces bandages et sa peau pâle, ses joues creusées, il faisait presque peur. Mais Ino refusait d'être effrayée par ce traitre et ses pensées au goût de haine.

« Depuis que tu es une toute petite fille. La fierté de ton clan, couplée à ton charisme naturel et cette soi-disant honnêteté, toujours à défendre les plus faibles. Ce n'est vraiment pas surprenant qu'à dix-huit ans tu aies déjà le respect de presque tout Konoha. Ton père est respecté lui aussi, mais il n'est pas aimé comme tu l'es. Tu pourrais même être capable de leur faire oublier leur peur de ton don… ce qui serait inquiétant et dangereux, étant donné ce dont tu es capable. Tu as déjà prouvé que tu pouvais pénétrer les esprits pour y récupérer des informations et contrôler une personne. Même mon télépathe pense que ton don est impressionnant, et il n'est pas homme à émettre un tel avis aisément. »

« Peut-être n'est-il simplement pas aussi puissant qu'il le croit. »

« Vraiment ? Je pense plutôt que tu es plus puissante que tu aimerais le faire croire. Mais je comprends. Que penseraient les gens, s'ils savaient ce que tu pourrais leur faire ? »

« C'est des conneries et vous le savez ! Ino est la personne la plus respectueuse que je connaisse ! » s'insurgea Naruto. « Et on devrait plutôt parler de ce que les gens penseraient s'ils connaissaient le vrai vous, hein ? Bizarrement je pense qu'il y aurait beaucoup moins de gens prêts à écouter vos discours à la noix ! »

« Et ce serait bien dommage. Je suis le seul qui puisse sauver Konoha à présent. »

« Vous êtes cinglé ! »

« Sauver Konoha de quoi ? » demanda Tenten. « Konoha allait très bien avant vous. »

« La sauver d'eux, bien sûr. »

« Vous dites ça comme si vos deux toutous n'étaient pas des Spéciaux, et un télépathe et un Premier en plus de ça ! » Naruto secoua la tête. « C'est ridicule ! »

« Ridicule ? Tu as toujours été aussi idiot que ton père. Crois-tu réellement que j'aurais pu autant avancer si Konoha n'était pas malade ? Pendant des années, j'ai veillé sur leurs enfants. J'étais juste là, à œuvrer pour eux. Alors, dis-moi. Qui est ridicule, comme tu le dis avec autant d'éloquence ? »

Tenten, poussée elle aussi par sa colère et sans doute sa crainte, observait Danzo avec dégoût. Ino aurait préféré qu'ils gardent le silence, mais elle comprenait aussi leurs réactions. Tenten et Naruto ne gardaient que rarement leurs pensées pour eux.

« Kidnapper des enfants, les transformer en monstres quand vous ne les avez pas tués, et vous dites que vous sauvez Konoha ? Vous êtes abject ! »

« Non, je construis simplement notre futur. »

« Un futur sans Spéciaux ? »

« Ils sont bien plus dangereux que ce qu'on veut nous faire admettre. Connaissais-tu les capacités de ton amie Ino avant ce soir ? As-tu déjà pensé à ce que Mademoiselle Haruno pouvait être capable de faire ? Quant à tous ceux auxquels on donne des positions de pouvoir… Le Hokage, l'Agence, la Police, les plus grosses sociétés,… Le danger est évident. »

« Tel père, tel fils, » cracha Naruto amèrement. « Vous n'avez jamais été très différent de votre vieux, complètement toqué ! »

« Mon père a sacrifié sa vie pour Konoha. Senju puis Sarutobi ont obtenu le siège de Hokage parce qu'ils sont des Spéciaux, au contraire de mon père. Quand les Senju ont œuvré pour le voir exiler, personne n'a essayé de s'opposer à eux. »

« Exactement. Le Conseil entier a voté pour son exil suite à une enquête en bonne et due forme, parce qu'il était dangereux. Et au Conseil, il y a toujours plus de Communs que de Spéciaux. »

« Des Communs manipulés par les vôtres, des pantins, rien de plus. J'ai vu comment les choses marchent dans ce monde, Mademoiselle Yamanaka. Les décisions sont prises uniquement par ceux qui ont le pouvoir, le reste n'est qu'illusion. Mais une fois Hokage, je saurai empêcher ça. Je saurai protéger les habitants de Konoha. »

« En créant de nouvelles lois. En détruisant ce que les générations précédentes ont bâti au prix du sang et de l'horreur. Et lorsque seuls les Communs resteront, lorsque vous aurez le contrôle de la police et du Conseil, il n'y aura plus personne pour s'opposer. »

« C'est le prix à payer pour être libérés. »

« Et le fait que vous aurez tous les pouvoirs dans ce nouveau monde n'a rien à voir dans ce plan, » remarqua Sakura avec sarcasme. « Vous n'êtes en rien différent des gens que vous décrivez. »

« Oh si, je le suis. Je suis le père d'une toute nouvelle génération. Et je montrerai à tous qu'il n'y a rien de spécial dans le fait d'avoir des dons. »

« C'est épatant que vous ayez pu échapper à l'Agence aussi longtemps. Vous êtes complètement barjot ! Maintenant laissez-nous sortir, qu'on vous botte le train ! »

Une bourrasque de vent violent éjecta Naruto contre l'une des barrières de sa cellule. Il s'écroula au sol, à moitié sonné par la douleur, l'arcade sourcilière ouverte.

« Naruto ! »

« Alors voilà comment vous allez prouver votre petite thèse, » remarqua Ino, en partie pour détourner l'attention de son ami, le temps qu'il se remette. « Mais vous ne vouliez pas nous montrer ça, n'est-ce pas ? Ce n'est pas facile, de les contrôler. Parfois, les dons nous échappent, ils exigent de l'expérience, une discipline sans faille. D'autant plus quand ces dons ne vous appartiennent pas ! »

Danzo ne le montra en rien, mais Ino pouvait sentir sa rage, l'entendait dans les quelques pensées qui échappaient à son bouclier psychique.

« Vous… » Tenten tenta de contrôler son choc, mais elle resta incapable de le cacher. « Vous êtes un Commun, alors comment… ? »

« Le vent, » répondit Sakura sombrement, bien moins agitée que ses camarades. « Comme le don dont la famille royale de Suna a hérité de sa mère. Ou plutôt de la grand-mère, disparue il y a des années. »

« Comment avez-vous réussi à voler ce pouvoir ? C'est impossible… »

Danzo passa ses mains dans son dos, une position qu'il voulut plus relaxée sans doute.

« Pas du point de vue d'Orochimaru Yashagoro. Il a fait plus d'une découverte intéressante pendant ses recherches. Un véritable génie, cet homme. »

« Toutes ses notes ont été détruites. »

« J'ai bien peur que certaines aient échappé à ce triste sort. Les trouver ne fut pas facile et encore moins les comprendre et remplir les blancs. Mais après de longues années de travail, d'expériences et de désagréments, j'ai réussi. Un corps et un esprit peuvent réellement apprendre un don. Et même plus d'un. »

« Vous avez assujetti ces pauvres gens que vous avez enlevés à d'horribles expériences contre-nature ! »

« Les Spéciaux nous ont fourni les pièces, les enfants Communs incapables d'intégrer la Racine ont servi notre cause en devenant de – »

« Ils n'étaient pas des rats de laboratoire ! C'était des enfants ! » Tenten frappa du poing la barrière d'énergie devant elle et ne grimaça même pas face à la douleur, ses yeux brillant d'horreur et de colère. « Vous êtes un monstre ! »

« Et Sasuke ? » demanda soudain Naruto, sa voix grondante. « Vous savez ce qui lui est arrivé ? Cet œil qu'il vous manque… Est-ce que vous avez essayé de prendre l'un des siens pour le remplacer ? »

« Sasuke était un garçon perturbé. Il m'a trouvé, et il a essayé de me tuer. »

« Parce qu'il avait compris qui vous étiez, » murmura Ino, suivant le fil des pensées qu'elle entendait provenir d'Ichi et de Danzo. « Il voulait venger son clan, et il vous a trouvé. Et il… » Son ventre se serra, elle sentit la nausée l'envahir, son cœur marteler sa poitrine. « Il n'est pas mort sans combattre. »

« Quoi ? » souffla Naruto en se tournant vers elle, la pâleur de sa peau tranchant avec le rouge écarlate de son sang. « Sasuke est… Il est… »

« Sasuke était un battant, mais il était aussi un idiot, détruit par ce dont il avait été témoin, » expliqua tranquillement Danzo comme s'il leur délivrait une leçon. « Il pensait vraiment qu'il pourrait venir ici et me tuer sans aucun problème. Malheureusement, il a pris sa propre vie et le Sharingan que j'avais obtenu avant que nous puissions faire de lui un allié. Désolant. Il n'était pas aussi doué qu'Itachi, mais il était bon second. »

« Sale… ! » Naruto s'étrangla dans sa rage, dans son chagrin, dans cet espoir éteint qu'il avait tant lutté pour garder en lui. « Sasuke valait mille fois mieux que vous tous ! Et si vous croyez que vous allez vous en sortir après tout ça, vous rêvez ! »

« Quand les gens me verront moi, un Commun, utiliser des dons, ils arrêteront de vous craindre. Et que se passera t-il lorsque le voile de la peur et des Lois se lèvera ? Quand il s'agira de voter pour ou contre l'exil des Anciens Clans ? Puis celui des autres familles ? Quand leurs mains seront guidées par la rancœur, la jalousie, l'anxiété, l'espoir ? »

« Mais vous et vos sous-fifres serez toujours des Spéciaux, » remarqua Tenten, laquelle avait de plus en plus de mal à tenir debout alors que la fatigue la poussait à s'appuyer sur son pied blessé. « Si on suit votre logique tordue, ils ne l'accepteront jamais. »

« Oh, ils ne sauront jamais rien de mes agents. Il convient de doser les informations révélées dans le but de protéger la ville. Et je serai leur sauveur. »

« Vous n'avez rien d'un sauveur. Vous n'êtes qu'un fou rêvant de pouvoir et de vengeance. Rien d'autre. Vous avez détruit toutes ces vies, et pour quoi ? Venger l'exil de votre père ? Ces années où vous avez été mis à l'écart du pouvoir à cause de votre nom ? C'est pathétique. »

« Ce n'est que justice. Mais ne vous inquiétez pas, aucun d'entre vous ne verra cet avenir. Etant donné les défenses psychiques de Mademoiselle Haruno, nous ne pourrons en faire un bon agent. Nous nous contenterons d'étudier ses dons avant de nous en débarrasser. Quant à vous trois, la seule raison pour laquelle vous êtes toujours en vie est votre possible utilité pour mettre en place mes dernières pièces. A présent, je vais vous laisser. J'ai des choses à faire. »

« Quoi ? Hey ! Ramenez votre cul ici, sale lâche ! »

« J'avoue que dans ton cas, Naruto, je vais véritablement me réjouir de ne plus te croiser. Gardez un œil sur eux, » ordonna t-il aux deux agents. « Dès que les barrières tomberont, Konchu les endormira. »

« Et s'ils se conduisent comme des sales gosses ? » demanda le télépathe.

« Vous savez quoi faire. Je ne veux aucun problème. Est-ce clair ? »

« Très clair. »

Danzo quitta la salle alors qu'un nouvel agent, petit et fin, entrait. C'était une fille, plus jeune qu'eux de quelques années, qui portait un masque blanc et violet. Mais le fait que son visage restait dissimulé ne voulait absolument rien dire pour Ino. Elle sut immédiatement.

« Sayuri ! Oh mon dieu, Sayuri, qu'est-ce que tu fais là ? »

Tenten se tourna vers elle, puis vers le petit agent.

« Quoi ? » souffla t-elle. « Sayuri, c'est toi ? »

« Son nom est Konchu maintenant, » informa le télépathe posément, mais Ino pouvait deviner le rictus qu'il arborait sous son foutu masque.

« Elle s'appelle Sayuri Aburame ! » contredit Naruto énergiquement alors qu'il restait concentré sur la jeune fille de douze ans devant lui. « Sayuri, tu te souviens de moi ? Je suis venu chez toi plusieurs fois pour voir Shino avec mes amis. Tu te rappelles ? On a joué au Monopoly dans la même équipe et on a même triché ensemble, tu te souviens ? »

« Elle ne se rappelle d'aucun d'entre vous, ni de son ancienne identité. Elle est Konchu, agent de la Racine. »

« Qu'est-ce que tu as fait ? » accusa Ino en se tournant vers lui, incapable de complètement dissimuler son horreur.

« J'ai réorganisé son esprit, c'est tout. »

« Les esprits ne sont pas des jouets, et la télépathie n'est pas une arme ! »

Il fit quelques pas vers sa cellule, tranquille, amusé sans doute. Ino serra les poings, le cœur serré, éreintée et furieuse, apeurée aussi, pour ses amis.

« Vraiment ? » s'enquit le télépathe d'une voix faussement légère. « Alors dis-moi, petite Yamanaka, combien d'aspects de ta télépathie ne sont pas conçus pour être des armes ? Très peu, n'est-ce pas ? La télépathie est un outil, et un outil puissant. Ton clan adore donner des leçons aux autres. Mais en vérité, vous n'êtes pas meilleurs que nous tous. Ce n'est pas parce que les tiens utilisent les lois comme seconde arme que vous êtes différents. Au contraire. Je pense qu'on peut affirmer que ça fait de vous des hypocrites, en plus de tout le reste. »

« Ne compare pas les membres de mon clan avec toi ! » répliqua Ino sans pouvoir s'en empêcher.

Le simple fait qu'il ose proférer de telles choses sur les siens alors qu'il usait de ses dons de façon si écoeurante la révoltait. Et puis elle était fatiguée, ses migraines s'aggravaient avec sa colère et sa peur, et elle ne parvenait pas à trouver de solution qui ne serait pas extrême. Alors elle se fichait de contrôler son attitude.

Le télépathe fit encore un pas vers elle mais Ino ne détourna pas le regard, défiant des yeux ce masque qu'elle haïssait presque. Juste alors qu'il s'apprêtait à lui répondre, Ichi rappela sa présence.

« Non. »

« Tsss, » soupira l'autre. « Dommage. »

« Konchu, tiens-toi prête à agir si l'un d'entre eux essaye quoi que ce soit. »

Des insectes semblèrent apparaître de nulle part autour de la tête de la jeune fille. Ils volèrent et s'accumulèrent autour des cellules, comme prêts à agir. Ino avait l'intuition que ces petites bêtes noires, minuscules en fait, étaient responsables de leur inconscience et de leur capture.

Alors qu'elle restait concentrée sur leur situation qui semblait aller de mal en pis, elle nota que les pensées de Naruto devenaient de plus en plus fortes. Alors elle se centra sur lui sans le trahir, une seconde nature pour elle.

INO INO TU PEUX M'ENTENDRE JE NE SAIS MEME PAS COMMENT CA MARCHE SI ELLE –

Naruto ?

Ino ? Yay ! Tu peux m'entendre ! Wow, attends. Tu peux m'entendre ? Tu peux vraiment entendre ce que je pense ?

Naruto, qu'est-ce qu'il y a ?

Je me posais des questions pour Sayuri. Tu crois que les Aburame savent ? Est-ce que ton père savait ?

Je ne sais pas. Je suis aussi surprise que toi. Shino ne l'a jamais mentionné ?

Il n'a jamais répondu à nos lettres. Il a coupé son téléphone très vite. On ne sait même pas où il vit maintenant. Ça fait deux ans qu'ils sont partis.

Tu crois que c'est lié ?

Ils ont déménagé très vite sans le dire à personne. Bien sûr que c'est lié.

Ils l'ont kidnappée et ont forcé sa famille à garder le silence sur son enlèvement.

La vie de Sayuri contre leur silence. Mais pourquoi ont-ils pris un tel risque ? Comment pouvaient-ils être certains qu'ils ne feraient pas de mal à Sayuri ?

Peut-être… Peut-être que la situation n'était pas aussi déséquilibrée. Peut-être que les Aburame savaient des choses sur les Ombres, avaient quelque chose contre eux. Ils se sont cachés. Les Ombres leur donnaient peut-être une preuve de la survie de Sayuri, en échange de quoi les Aburame ne divulguaient par leurs informations. Tu imagines ? Rester deux ans en exil, loin de Konoha, tout ça pour essayer de garder Sayuri en vie…

Quand on partira, on partira avec elle. Même si je dois utiliser cinq clones pour la restreindre et la porter.

On est sur la même longueur d'ondes.

Et pour ces types ? On doit agir avant que Danzo ne revienne. J'ai le sentiment que la prochaine fois qu'on le verra, ce sera la dernière. Et je ne veux même pas imaginer ce qu'ils feront à Sakura.

J'ai un plan pour m'occuper du télépathe. Mais je ne suis pas certaine de m'en sortir indemne même si je réussis. Pour Ichi et Sayuri, des idées ?

Si on arrive à se débarrasser des barrières, je pourrais occuper Ichi au moins, et mes clones pourraient se charger des Communs s'ils débarquent. Mais comment faire pour les insectes ?

Sakura pourrait peut-être faire quelque chose pour nous en débarrasser. Peut-être.

Vraiment ?

Oui. Pour Ichi aussi, si tu peux l'occuper assez longtemps.

« J'ai entendu dire que tu connaissais le fils Sarutobi. »

Ces mots brisèrent la concentration d'Ino. Elle releva le regard vers le télépathe et le considéra avec méfiance.

« Asuma ? »

« Celui-là, oui. Un homme arrogant, pas vrai ? »

« Arrête, » avertit Ichi d'une voix posée et pourtant grondante alors que le télépathe se stoppait juste devant la cellule d'Ino.

« Oh allez, Danzo n'est pas là. Et même si c'était le cas, il serait satisfait de voir une menace disparaître. »

« Qu'est-ce que tu disais à propos d'Asuma ? »

« Son esprit était un sacré endroit. C'est dommage. S'il n'avait pas été en train de conduire sa moto quand j'ai essayé de prendre le contrôle, l'issue aurait pu être différente. Mais d'une façon ou d'une autre, le but était de l'empêcher de partager ce qu'il avait appris sur notre maître. »

« Tu l'as tué ! »

« Vraiment ? Il a eu un accident. C'est ça qui l'a tué. »

O

Un sentiment glacé avait envahi Sakura. En son for intérieur, elle sut, avec une terrifiante clarté, que toute cette histoire allait sombrer tout droit vers le pire, et très vite.

Les provoquer ravissait visiblement le télépathe. Son attention surtout tournée vers Ino montrait clairement qu'il souhaitait avant tout la défier, et il prenait grand plaisir à les avoir à sa merci pour l'aider à atteindre son but. Ichi, lui, restait plus froid, plus contrôlé. Quant à la fille Aburame… son immobilité et son silence l'apparentaient à un robot, ni plus ni moins.

Mais des traces de son chakra restaient accrochées à ses insectes, et Sakura savait qu'une seconde lui suffirait pour tous les neutraliser tant qu'ils ne s'éloigneraient pas trop d'elle. Elle savait aussi qu'Ino connaissait ce don, alors elle n'attendait qu'un signe de sa part pour agir.

Tout ce qu'il leur restait à faire, c'était se débarrasser de ces foutues barrières.

L'ennui, c'était qu'ils n'avaient aucune idée du comment.

O

La soirée de Lee se déroulait de manière fort sympathique. Ses sœurs dormaient, sa mère lisait tranquillement dans sa chambre, du coup son beau-père et lui avaient tout le loisir de regarder un film d'horreur bien glauque comme ils les aimaient.

Pris dans l'ambiance, à minuit passée, ils ne s'attendaient bien évidemment pas à recevoir de la visite. Alors quand on frappa à la porte de l'appartement, les deux hommes sursautèrent tous les deux avant de se reprendre, d'échanger un regard et de rire, mi-amusés, mi-flippés.

« Bon, au moins on n'a pas crié, » remarqua Kintaro.

« Et maman ne nous a pas vus faire un bon de dix mètres. Je vais voir qui c'est. Peut-être encore madame Hotoman qui cherche son chat. »

Mais derrière la porte ne se trouvait pas leur vieille voisine. Il s'agissait d'Arame. D'une Arame pâle, essoufflée, sans manteau et agitée.

« Ara – »

« Je suis désolée de débarquer à une heure pareille ! Nami m'a donné ton adresse l'autre jour, j'ai laissé mon portable chez moi cet aprem et je ne pouvais pas t'appeler et il fallait que je te le dise ! »

« Ouah, du calme ! Entre. Ça va ? Allez, entre. Tu as l'air gelée. Où est ta veste ? » Il ferma la porte d'entrée une fois qu'elle fut à l'intérieur et essaya de comprendre ce qui avait bien pu mettre la jeune fille dans un tel état. « Est-ce que ça va ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« C'est mon horrible famille de débiles ! Mon père les a tous invités aujourd'hui et un de mes crétins de cousins était très heureux de raconter à mes crétins de frères sa dernière mission ! »

« Je ne comprends rien à ce qui tu racontes, » avoua Lee, éberlué. « Ralentis et explique. Et respire. »

« Je n'ai pas le temps de respirer, Lee ! Je crois qu'ils ont tes amis ! »

« Quoi ? Qui ? » interrogea Kintaro en s'approchant d'eux, ses yeux sur Arame.

« La Racine ! La Racine a vos amis ! Mon cousin racontait qu'il a dû les enfermer dans des cages, c'est notre don, générer de l'énergie qu'on peut solidifier et à laquelle on peut donner la forme qu'on veut, et – »

« C'est quoi cette racine ? » demanda Kintaro d'une voix posée, mais l'air de plus en plus inquiet. « Quels amis ? »

« Tu veux dire les Ombres ? C'est eux que tu appelles la Racine ? »

« Oui ! Ma famille fait partie de leurs alliés depuis longtemps. Lee, je suis tellement désolée ! Mais je ne pouvais rien dire. Je ne pouvais le dire à personne, tu n'as aucune idée de ce dont ils sont capables ! »

« Qu'est-ce qu'il s'est passé pour mes amis ? Et quels amis ? »

« Koseki disait que quatre jeunes se sont trop approchés des locaux de la Racine et qu'il a été appelé pour créer des cellules indestructibles. Il ne pouvait pas librement nous dire de qui il s'agissait mais je suis sûre qu'il s'agit de certains de tes amis. Tu dois avertir l'Agence ! Lee, ils m'arrêteraient et poseraient des questions inutiles, mais si c'est toi qui leur dis ils te croiront tout de suite ! Ils doivent agir rapidement ou il sera trop tard pour eux, si ce n'est pas déjà le cas ! »

« Oh non. Où sont-ils ? Arame, où ils sont ? »

« Sous la ville. Ils sont dans les vieilles galeries souterraines. » Alors que Kintaro passait déjà le coup de téléphone, Arame restait concentrée sur Lee, les larmes aux yeux, tremblante. « Je ne savais pas où était leur planque. Je le jure, je l'ai su qu'aujourd'hui, et je ne sais quasiment rien de leurs activités. Je n'ai jamais voulu être impliquée là-dedans, j'essaye de rester loin de ma famille autant que je peux. Lee, je t'en prie… »

« Je sais, » confia t-il doucement, choqué, angoissé pour ses amis. Lorsque le premier sanglot s'échappa des lèvres d'Arame, il posa une main sur son épaule et essaya de la rassurer. « Je sais. Calme-toi. Ça va aller. Ils les trouveront. Ils les trouveront et ils iront bien. On te protègera de ton clan. Tout va bien se passer. »

« Je suis tellement désolée… »

« Tu as fait ce qu'il fallait. Tu entends ? Tu as fait le bon choix. »

O

Tout lui faisait mal.

Ce n'était pas une douleur violente qui poussait à crier ou à se plier en deux. C'était une souffrance sourde, constante, lancinante, qui démarrait dans sa tête pour descendre dans sa nuque et sa colonne vertébrale jusqu'à se propager dans tout son corps.

Mais Sakura ne pouvait se permettre de laisser paraître le moindre mal-être. Alors elle luttait pour rester sur ses deux pieds, bien droite, même si elle se sentait pâlir, même si elle commençait à trembler. Le télépathe pouvait essayer tout ce qu'il voulait, il n'entrerait pas dans sa tête. Le pouvoir de Sakura empêchait ce monstre d'atteindre son esprit, et elle continuerait à le combattre.

Ça avait commencé près d'une demi-heure plus tôt. Ichi s'était absenté quelques minutes, seulement pour revenir en annonçant que Danzo demandait à connaître la nature des dons de Sakura. Lorsqu'elle avait refusé de répondre, le télépathe s'était contenté de l'attaquer mentalement pour tenter de lui arracher la vérité. Bien entendu, Ino avait réagi, mais Ichi avait été prêt cette fois-ci. Son attaque avait atteint Naruto, son épaule saignait toujours et son bras n'était plus guère utilisable pour le moment. Alors Sakura avait demandé à Ino d'arrêter. Elle n'avait pas besoin de protection.

Bloquer le télépathe en renforçant ses barrières psychiques se montrait fatiguant. Epuisant, même. Mais Sakura savait d'instinct qu'elle pourrait tenir un moment encore, alors elle se permit un petit rictus.

« Alors, tu as fini ? » lança t-elle, modulant son ton pour qu'il soit posé, tranquille, assuré. « Je te l'ai dit. Mon don, c'est ça. Et en tant que Première, j'ai une puissance extraordinaire, alors tu n'arriveras pas à m'atteindre. »

La colère irradiait presque de lui malgré le masque qui le cachait. Elle aurait aimé qu'il soit assez furieux pour s'approcher d'elle, mais il se contenta de jurer.

« Ca n'a pas d'importance, » tempéra Ichi. « Nous n'aurons pas besoin d'elle de toute façon. »

La fille Aburame, toujours dans son coin, demeurait immobile. Qu'avait bien pu subir son esprit pour qu'elle soit ainsi dépossédée de toute personnalité ? La voir ainsi la bouleversait étrangement. Sakura ne la connaissait pas, mais la jeune adolescente était une amie d'Ino, une amie de Naruto. Sayuri était une amie de ses amis, et ça avait son importance. Elle était importante.

La vie de Sakura s'était nettement compliquée depuis que des gens étaient devenus importants pour elle.

Et elle se retrouvait là, face à deux meurtriers froids et faibles et monstrueux qui représentaient tout ce qu'elle détestait en l'Humanité, qui prouvaient qu'elle avait toujours eu raison, que les gens n'étaient que des êtres vils, égoïstes et dangereux.

Sauf que.

Sauf que certains d'entre eux avaient prouvé leur différence.

Les derniers mois de sa vie avaient été peuplés par Mari, par Ino, par leurs camarades. Par leurs visions du monde, par leurs paroles.

Ce que nous faisons avec ces dons que nous n'avons jamais demandés reflète qui nous sommes réellement, à l'intérieur.

La plupart d'entre eux sont comme nous. Ni bon, ni mauvais. Ils sont tous un peu cassés à l'intérieur, certains un peu plus que d'autres.

Tu crois vraiment que tous ces gens autour de nous n'ont pas une seule chose dans leur cœur qui les rend différents ? Tu ne crois pas qu'au fond, nous sommes tous pareils ?

Je sais que tu es forte, mais les amis veillent les uns sur les autres, c'est comme ça.

Le monde, c'est un bel endroit je trouve. Quand tu oublies tout le mal, c'est vraiment un bel endroit. Pas vrai, Sakura ?

Et elle comprenait enfin. Dans cette salle, à cet instant, elle comprit chacun d'entre eux comme jamais elle n'aurait espéré les comprendre. Et à cette seconde exacte, elle sut où était sa place dans ce monde.

Parce que oui, les gens pouvaient être des monstres, les gens pouvaient utiliser leurs dons pour blesser et pour tuer, les gens pouvaient user de leurs mots et de leurs actes pour faire du mal, les gens pouvaient haïr. Mais elle était différente. Elle pouvait choisir. Elle pouvait choisir de ne pas haïr ce monde, sa sœur, ses parents, elle pouvait choisir qui elle était et qui elle deviendrait.

Et elle voulait être une bonne amie, elle voulait être capable d'aider d'autres personnes, elle voulait devenir quelqu'un dont Ino pourrait être fière, une personne qui la rendrait heureuse.

« Est-ce que ça va ? » lui demanda la voix basse et inquiète de Tenten.

Se sentant épuisée, mais déterminée, Sakura hocha la tête en essayant d'arrêter de trembler.

« Ça va. »

Les barrières d'énergie autour d'eux s'affaiblissaient de minute en minute. Sakura se doutait que si les agents ne les avaient pas encore abaissées pour en finir, c'était parce qu'ils préféraient éviter toute confrontation avant d'être certains d'avoir toutes les cartes en mains. Ils comptaient sur les insectes pour tous les assommer, sinon pire, et ils avaient raison d'être prudents. Sakura savait que ses amis, tout comme elle, guettaient la moindre ouverture pour agir, pour essayer de sauver leurs vies.

« Je vais bien, » assura Sakura.

Et c'était la vérité. Parce qu'elle n'avait jamais senti aussi clairement le chakra auparavant, comme si le danger de la situation l'aidait à maîtriser son don. Son pouvoir vibrait dans ses veines, prêt à se plier à sa demande.

« Alors, » commença Ino pour le télépathe plus loin devant elle, et une colère froide s'échappait de sa voix, « tu te crois supérieur à tous parce que tu peux pénétrer l'esprit de personnes sans défense ? »

Apparemment, Sakura n'était pas la seule à n'avoir jamais entendu un tel ton de sa part, parce que Tenten et Naruto lui jetèrent tous les deux un regard stupéfait. Il y avait une rage inédite qui provenait d'elle par vagues, ses yeux bleus presque gris restaient braqués sur son homologue masqué.

« Tu crois que le fait d'être télépathe te donne des droits sur les autres ? »

« Allons-nous vraiment encore avoir cette discussion, petite Yamanaka ? »

« Exactement ! » Ino fit un pas en avant, s'arrêta juste avant de toucher la barrière devant elle. « Viens et affronte-moi, nous verrons alors si tu es vraiment si supérieur ! »

Le choc et la crainte étouffèrent presque Sakura. Qu'est-ce que cette idiote était en train de faire ?! Provoquer un meurtrier cinglé comme ça ! Et tout ça parce que…

Parce que…

Parce qu'il venait de passer une bonne partie de l'heure à essayer de violer l'esprit de Sakura, à essayer de lui voler des souvenirs, des pensées, provoquer des dommages auxquels elle ne préférait ne pas penser. Parce qu'Ino avait dû se retenir d'intervenir, avait dû attendre et compter sur la puissance du don de Sakura, avait dû rester plantée là, morte d'inquiétude… pour elle. Parce qu'elle avait eu peur pour elle.

« Ino, ferme-la, » conseilla Sakura entre ses dents avant qu'Ino puisse continuer sur sa lancée.

Sans succès.

« Quoi ? » continua la blonde, ayant apparemment perdu la raison. « As-tu vraiment si peur ? Es-tu juste un petit chien qui obéit à son chef de meute ici présent et à son maître ? Ouah, pour un homme qui se prétend tout-puissant, tu es juste pathétique. »

« Pathétique ? » répéta le télépathe, sa colère parfaitement audible dans sa voix glacée. Il avança vers elle et émit un petit rire, rauque et bas. « Pathétique, hein ? Pourquoi ? Parce que je ne suis pas membre d'un vénérable clan comme le tien ? Parce que tu es une Yamanaka ? Ta famille pense avoir toutes les réponses, toujours. L'argent, la célébrité, le pouvoir,… Tout ce dont vous avez besoin pour pousser les gens à vous voir comme des gens honorables quand en vérité, vous êtes exactement comme moi. »

« Nous n'avons rien en commun avec toi. »

« Ah oui ? Comme si aucun d'entre vous n'avait jamais utilisé sa télépathie… Tu te souviens de Kan ? Ton clan a travaillé très dur pour effacer son nom et ses actes des mémoires. Un manipulateur, un arnaqueur, un violeur, un meurtrier. Plus vous êtes puissants, et plus vous êtes dangereux pour la société. Et je crois que c'est pour dissimuler ce fait que vous ne parlez jamais de vos capacités. Dissimuler cette vérité, et bien entendu vos agissements au quotidien, lorsque vous utilisez la télépathie pour servir vos intérêts. »

« Nous ne le faisons jamais, » affirma simplement Ino.

« Bien sûr que si. Chaque jour. C'est dans votre nature. La télépathie est si naturelle, n'est-ce pas ? Les tiens l'utilisent pour l'Agence depuis Kan. Mais c'est loin d'être la seule utilité que vous lui trouvez. »

« Tu ne sais vraiment rien de mon clan. Tu ne sais rien de l'honneur, de la famille, de l'empathie. Tu es seulement un jouet dans les mains de Danzo, un sous-fifre incapable de penser par lui-même. Un comble, pour un télépathe. »

Lorsqu'il se planta juste devant elle, derrière la barrière, le corps irradiant de rage, Ino se contenta de sourire froidement.

« Fais attention, princesse. »

« Ton ego sera ta perte, » promit-elle.

« Abats cette barrière. »

Sa demande fut lancée à son camarade mais il ne bougea pas, ne se tourna pas vers lui. Ichi soupira et croisa les bras, apparemment ennuyé.

« Non, » répondit-il d'une voix lasse.

« On n'a pas besoin d'elle. »

Sakura donna un petit coup dans la paroi face à elle.

« Tu n'as pas intérêt à la toucher ! »

« Bien, » soupira finalement Ichi avant de lever une main vers Ino, presque paresseusement.

L'énergie de la cellule s'intensifia un instant, avant d'imploser et de complètement s'évanouir sous la force maîtrisée de l'attaque. Ino s'écarta juste à temps pour ne pas être trop touchée, mais les mains qu'elle avait levées pour se protéger furent légèrement brûlées. Lorsque le télépathe avança vers elle, Sakura commença à absorber son chakra mais se rendit vite compte que les quelques mètres qui les séparaient affaiblissaient beaucoup trop l'effet de son don. Il lui faudrait plusieurs minutes pour le pousser dans l'inconscience.

Et ces minutes, elle ne les avait vraiment pas.

« Tu as un esprit puissant, princesse, » dit-il en s'arrêtant prudemment à un mètre d'Ino, « mais ton bouclier n'est pas assez fort pour m'arrêter, moi. »

« Tu crois ça ? Moi, tout ce que je vois face à moi, ce sont trois pauvres gosses qu'on a arrachés à leurs parents aimants pour être transformés en soldats sans cervelle. Que crois-tu que Danzo pense réellement de vous, hein ? Allez, tu as dû le voir dans son esprit. Parce que moi, je l'ai vu. Le bouclier que tu as installé dans sa tête ? Faible. Comme celui chez Ichi. Danzo n'a aucun respect pour les Spéciaux, ils nous abhorrent parce qu'il a été élevé pour nous abhorrer. Tout ce qu'il veut c'est le pouvoir et la vengeance. Rien d'autre. Il vous utilisera jusqu'à ce qu'il n'ait plus besoin de vous et ensuite, que se passera t-il ? »

« Tu as tort sur un point. Le jour où Danzo m'a enlevé à ma famille fut le jour où ma vie a réellement commencé. Sais-tu pourquoi, petite Yamanaka ? Parce que je n'aurais jamais atteint mon vrai potentiel si j'avais dû rester avec eux. Ils sont faibles, et se plient aux règles des autres, doivent cacher leur propre nature, leurs propres actes. Je suis différent. Je suis ce qu'ils ne seront jamais. Et une fois que Danzo sera au pouvoir, je pourrai me libérer d'eux et de mes entraves. Oh, tu ne sais pas à quel point j'ai attendu ce jour. »

Avec chaque mot, chaque vérité qui passait ses lèvres et qui libérait ce qu'il contrôlait d'ordinaire, Sakura se trouvait plus à même de lire son chakra, comme s'il oubliait de le dissimuler alors qu'il confrontait Ino. Ça ne dura que quelque secondes, mais Sakura le sentit au plus profond d'elle, avec clarté et violence. Parce qu'en cette présence si étrangère, il y avait une trace bien familière. Comme une… fracture.

« Comment… ? » murmura t-elle, le cœur battant.

Mais personne ne faisait attention à elle.

« Et je vais commencer par toi, leur précieuse petite princesse. N'est-ce pas parfait ? »

Il y avait une étrange joie dans sa voix, dans ses gestes, alors qu'il levait la main pour retirer enfin son masque. Sakura entendit à peine le petit hoquet de stupeur d'Ino, trop occupée à observer la peau pâle du télépathe, ses cheveux blonds si clairs, ses yeux bleus.

Des yeux sans pupille.

« Ek – Ekari ? » murmura Ino, et sa stupeur fit trembler sa voix.

« Bonsoir, cousine. »

« Tu es mort. C'est impossible. »

« L'explosion de la voiture a rendu l'identification des corps impossible. Bien sûr, mon cher père a été éjecté de l'habitacle – un miracle qui lui a permis de survivre à l'accident. Mais pendant qu'il était inconscient, Danzo et les siens sont venus me chercher. Ils m'ont tiré de là avant que la voiture explose. »

« Ce n'était pas un accident. »

« Bien sûr que ce n'en était pas un. Danzo avait besoin d'étudier des enfants Spéciaux, et quoi de mieux que des Premiers et des héritiers puissants ? Un télépathe du clan Yamanaka était le choix parfait. A l'époque, j'étais leur seul héritier. Il pensait qu'Irake mourrait des suites de ses blessures, comme la femme dans la voiture. »

« Cette femme était ta mère ! Et ton frère qu'elle portait est mort ce jour-là, lui aussi. »

« Aucune importance. Mais je regrette que mon père soit mort, » commenta Ekari en haussant les épaules, tirant un visible amusement de la détresse que ses mots provoquaient chez Ino. « J'aurais aimé le rencontrer. Et par rencontrer, je veux dire affronter et tuer. »

« Tu n'as aucun droit de parler de lui, de parler de chacun d'eux ! Le garçon d'Irake est mort il y a longtemps. Et tu n'es pas un membre de mon clan. »

« Oh, mais je le suis. De par mon sang, je le suis. Je suis Ekari Yamanaka. Et devine quoi ? Je suis à la tête du clan, puisqu'au contraire de mon père, je ne compte pas confier ce rôle à un autre. Comment c'est, de ne plus être la princesse du château ? Et je dois te dire que j'ai de grands projets pour mon clan. »

« Tu n'es pas un Yamanaka, tu ne sais rien de notre vie et rien de nos traditions. »

« Ne suis-je pas assez bien pour toi, petite fille ? C'est bien dommage. Mais ne t'inquiète pas, tu ne seras plus là pour voir ce que je compte leur faire. »

Sakura ne souhaitait pas découvrir ce qu'il rêvait de faire subir à Ino. Lui montrer comment se débarrasser des barrières avait été une grave erreur d'Ichi, et elle allait lui faire regretter une telle négligence. Apparemment une simple démonstration de force et d'énergie suffisait, alors aussi rapidement qu'elle en fut capable, elle frappa avec toute sa puissance une paroi de sa cellule, sa main couverte de chakra, le même qu'elle avait utilisé pour entailler la table basse des Yamanaka. Dans la seconde où elle fut libérée, elle aspira l'énergie de tous les insectes qui s'approchèrent et courut vers Naruto pour briser sa cellule dans un mouvement vif et fluide. Malgré ses blessures, il créa immédiatement six clones qui se prouvèrent très vite utiles lorsque quelques gardes Communs entrèrent dans la salle, alertés elle ne savait comment.

Songeant que Tenten serait bien plus en sécurité dans sa prison, Sakura essaya de jeter un œil à Ino et Ekari mais la mêlée bloquait son champ de vision – ça, et l'explosion qui faillit lui coûter la jambe droite.

« Tu es très intéressante, Première. »

Elle se tourna pour découvrir qu'Ichi s'était approché d'elle. Ses yeux brillèrent lorsqu'il leva une main vers elle. L'adrénaline aidant, elle se précipita sur le côté pour éviter d'être sur sa trajectoire et grimaça en entendant le cri d'un homme suite à l'explosion. Son chakra disparut de sa perception dans la seconde. Ichi se fichait bien de tuer ses alliés apparemment. Konchu – non, Sayuri avait envoyé toute une nouvelle armada d'insectes envahir la pièce. Tout en essayant de garder ses distances d'avec Ichi, Sakura courut vers la jeune fille et lui envoya son poing dans la figure. Sayuri s'écroula immédiatement, inconsciente.

« Sais-tu seulement ce dont tu es capable, Sakura Haruno ? » lui demanda Ichi tranquillement alors qu'il avançait vers elle, son masque toujours en place, imperturbable.

Sakura eut le désagréable sentiment qu'il ne l'enlevait quasiment jamais, que l'accessoire faisait partie de lui.

« Je m'en fiche ! »

« Vraiment ? Alors que ça pourrait faire la différence, ici et maintenant ? Alors que ça pourrait te sauver la vie, et sauver celles de tes amis ? »

« Je ne suis pas comme toi, à rechercher la puissance pour mieux détruire d'autres personnes. »

« Ekari n'a pas tort. Le pouvoir est tout dans ce monde, et j'ai l'impression que tu en as parfaitement conscience. Et toi et moi, nous avons plus de pouvoir qu'eux tous. »

« Parce qu'on est des Premiers ? Etre le premier à développer un don dans une lignée n'est pas une chance, c'est une malédiction ! Une malédiction que nous passons à nos enfants, créant alors de nouvelles lignées Spéciales, de nouveaux clans, de nouvelles personnes qui seront regardées de travers à cause de leur propre sang ! Où est le pouvoir dans tout ça ? Où est le pouvoir quand nous n'avons eu aucun choix, aucune aide, rien ! »

Sa seule réaction fut un petit son, grave et profond. Il riait.

« Tu ne sais vraiment rien. Crois-tu vraiment que cette version qu'ils nous enseignent est la seule vérité quant aux Premiers ? Est-ce que tu crois vraiment que nous sommes des premiers dans ce sens ? Que les dons peuvent apparaître comme ça dans les familles ? Ne sais-tu donc rien ? »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » lui demanda Sakura, sa suspicion belle et bien liée à une certaine curiosité.

Elle ne pouvait nier qu'elle voulait apprendre ce qu'il savait. Après tout, elle était face à la seule personne dans cette région du monde à être comme elle. Et visiblement, il avait des réponses.

« Nous ne sommes pas les premiers de nos lignées respectives à avoir des dons, ignorante. Tous les Spéciaux sont des descendants de ninjas. Et c'est uniquement en raison de leur sang ninja qu'ils peuvent avoir cette capacité à utiliser leur chakra, chacun à leur propre façon. Pourquoi serions-nous différents ? »

« Tu… veux dire que… »

« Que nous sommes les héritiers de ninjas, nous aussi. Nos dons n'ont rien de très différents de ceux des autres Spéciaux, au fond. »

Les dons se trouvaient dans le sang, dans les gènes, parce que la nature et la quantité de chakra y étaient liées. Mais ils pouvaient être dormants, comme dans les lignées possédant plusieurs dons, ou ils pouvaient être actifs et se déclencher avec plus ou moins de puissance, plus ou moins de limites. Et si un don pouvait être récessif, ça pouvait vouloir dire que…

« Nos dons sont restés dormants pendant des générations, » réalisa t-elle.

« Exactement. Parfois, un enfant naît avec un don très faible, et plus exceptionnel encore, un don inexistant. Un jour, nos ancêtres ont été dans ce cas. Etrangement, par un caprice de la génétique, ce fut aussi le cas de leurs enfants. Et ainsi de suite, créant ainsi une branche presque Commune. C'est une anomalie. Il est très rare qu'un enfant né d'une lignée Spéciale ne montre absolument aucun don, que son chakra soit aussi faible que celui du reste de la population. Il est encore plus rare que les dons sautent plusieurs générations. Et à l'époque où c'est certainement arrivé pour nos familles comme pour les familles des quelques Premiers de ces deux derniers siècles, les enfants nés sans pouvoir étaient vus comme anormaux et étaient très souvent rejetés. Ironique, n'est-ce pas ? Ils étaient séparés de leurs familles, la plupart du temps envoyés dans un autre pays pour être élevés par d'autres, et là il créait leur propre clan. Une lignée de Communs. Leur passé et origine étaient cachés par honte et par rancœur. Jusqu'à ce que la vérité soit oubliée. Jusqu'à ce que des siècles plus tard, alors que ce pan de l'histoire familiale a disparu des mémoires, un enfant très spécial naît de deux parents apparemment on ne peut plus communs. »

« Un bébé avec un don actif. »

« Et après toutes ces générations au potentiel dormant, le chakra de l'enfant est toujours plus abondant, les dons au maximum de leur puissance. C'est un renouveau pour la lignée, et dans ce sens nous sommes vraiment des Premiers. Mais en réalité, nous sommes seulement les héritiers de nos parents. »

Sakura n'eut pas le temps de digérer ces informations, de songer à leur cruelle ironie, elle n'eut le temps de rien. Parce que soudain Ichi fit exploser la poussière autour d'elle et elle évita la mort de justesse. Elle put sentir la peau de son mollet gauche se déchirer, mais la douleur la poussa seulement à bouger plus vite.

Autour d'elle, Naruto avait réussi à s'occuper de plusieurs Communs. Son dernier clone et l'original était en train de désarmer le dernier. Quant à Ino… Elle pouvait la voir, dos au mur du fond de la salle, Ekari devant elle. Mais ce qu'ils disaient ou faisaient demeuraient un mystère inquiétant pour le moment.

Merde. Il fallait qu'elle se débarrasse d'Ichi au plus vite.

« Sakura ! Derrière toi ! »

Tenten l'avait avertie juste à temps. Sakura se tourna et sentit le chakra autour d'Ichi se moduler pour se plier à ses désirs. Ce fut à cet instant qu'elle comprit. Bien sûr ! Ichi utilisait sa propre énergie pour faire fonctionner son don, tout comme elle. Il chargeait ce qu'il voulait avec son chakra puis en décidait l'explosion quand il le souhaitait. Il n'avait même pas besoin d'un contact avec sa cible, juste d'un excellent contrôle. Et en tant que Premier, il avait un don parfait, ce qui signifiait qu'il n'avait besoin que de peu de chakra pour générer ses explosions. Ce qui voulait aussi dire qu'il n'était pas prêt de se fatiguer.

Lorsqu'elle sentit l'énergie s'accumuler autour d'elle, elle réagit à l'instinct et l'absorba. Plus il essayait de créer des bombes, plus elle luttait pour annihiler ses efforts.

« Intéressant, » nota Ichi.

« Tu n'as encore rien vu ! »

« Si tu le dis. »

Sakura pouvait voir Naruto derrière Ichi, près de la cellule de Tenten. Il était assis contre le mur, affalé sur lui-même, à peine conscient.

Au moins il n'y avait plus de Commun, mais ça ne s'annonçait pas très bien pour eux malgré cette petite victoire.

« Comment est-ce que tu peux obéir à Danzo comme ça ? Comment est-ce que tu peux être d'accord avec lui ? » demanda t-elle à Ichi, en partie pour gagner du temps, en partie pour essayer de comprendre comment un homme apparemment intelligent et puissant comme lui pouvait être aussi crétin.

« Il est mon maître. Je crois en ce qu'il croit. Je lui dois tout. »

« Alors tu es juste un imbécile sans cervelle. »

Derrière elle, Ino cria, et Tenten appela le nom de la télépathe avec crainte. Si Sakura ne pouvait se permettre de se retourner, elle réalisa alors qu'elle ne pouvait pas non plus se permettre de perdre, ni d'attendre plus longtemps.

Elle songea à la famille de Naruto, à sa propre famille, à ce qui aurait pu être sans Ichi.

Avec une inspiration profonde, les mains tremblantes, elle se concentra et laissa ses instincts la guider.

O

Ino avait à peine eu le temps de voir Sakura s'échapper de sa cellule. Ekari l'avait attaquée aussitôt. Leur lutte avait duré plusieurs minutes, et quand il avait enfin cessé d'essayer de forcer ses défenses psychiques, tous les deux s'étaient trouvés le souffle court, fatigués de leurs efforts respectifs.

« Comment réussis-tu… ? » murmura t-il, et elle fut heureuse d'enfin voir de l'hésitation dans ses yeux bien trop familiers.

« Je te l'ai dit la première fois que nous nous sommes rencontrés. La télépathie n'est pas toute puissante. »

« Vraiment ? Je peux sentir tes doutes dans tes mots. »

« Il n'y a aucun doute en moi. Et sais-tu pourquoi ? Parce que j'ai été élevée par mon clan, je sais tout ce qu'i savoir sur mes dons, sur mon histoire. » Malgré le mensonge, il y avait tout juste assez de vérité dans ses paroles pour qu'elle semble assurée. « Toi, tu ne sais rien. »

« Je sais que lorsque je représenterai le clan, je rétablirai joyeusement la vérité quant à toi, quant à ta chère famille et quant à tous nos ancêtres. Chaque petit secret que vous avez caché sera révélé jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de l'héritage Yamanaka. »

« Je ne te laisserai pas nous détruire. »

Elle l'attaqua à son tour, malgré tout ce en quoi elle croyait. Ils avaient travaillé si dur pendant si longtemps pour être de nouveau acceptés à Konoha après Kan… Et puis qu'arriverait-il à ses grands-parents ? A son oncle ? A ses parents ? Oh, ses parents. Ils avaient toujours fait passer la ville avant eux-mêmes, avant leur famille. Ils n'étaient pas parfaits, mais ils étaient altruistes, honorables, et elle ne laisserait pas ce meurtrier salir leurs noms.

Elle le laisserait encore moins leur faire du mal.

Faire du mal à quiconque, d'ailleurs.

Elle pénétra dans son esprit, laissant pour la première fois de sa vie libre-cours à toute sa puissance. Le bouclier d'Ekari se brisa en quelques minutes, et elle ralentit pour ne pas se perdre dans les méandres cachés derrière ces barrières en ruines.

Bordel ! Comment tu as fait ça ?!

Je suis une Yamanaka. Je sais utiliser mes dons parfaitement parce qu'on m'a appris comment. C'est exactement ce qu'il te manque ! La connaissance !

Ça n'a pas d'importance. Je te détruirai ici, dans mon propre esprit ! Tu es sur mon territoire maintenant.

Non. Je suis sur le mien.

Elle repoussa chacune de ses attaques, attaques qui lui semblaient bien faibles. La défense n'avait jamais été une priorité pour lui, arrogant comme il était. Apparemment, il pouvait seulement utiliser deux aspects de son don, la possession et l'attaque, et il était bon, excellent même, mais ce n'était pas assez. Pas contre elle.

Je détruirai ton précieux clan, puis je montrerai à tous les opposants de Danzo et aux miens ce qu'est réellement la télépathie.

Ino sourit alors qu'elle repoussait la conscience d'Ekari de plus en plus loin dans son esprit. Elle n'avait besoin que de l'enfermer et ensuite… ensuite elle ferait ce que son père lui avait appris à faire. Parce qu'elle ne pouvait pas laisser un télépathe tel que lui en liberté, parce qu'il était dangereux, fou et puissant. Et parce qu'il était ou avait été un membre de son clan.

Espèce d'imbécile ! lui cria t-elle, grimaçant alors qu'il l'attaquait pour essayer de l'éjecter de son esprit. Elle pouvait le sentir s'affaiblir, mais elle pouvait aussi sentir ses propres maux de tête s'intensifier, le sang couler de son nez. Ne sais-tu donc pas ? Tu ne l'as pas senti, avec ta puissance ? Tu meurs ! Tu meurs comme nous tous !

De quoi est-ce que tu parles ? Tu es folle !

Oh non, je ne suis pas folle. Pas encore, du moins. A partir du moment où tu es né avec ton don, tu as été condamné à vivre une vie très courte. Et tu l'as dit toi-même, tu es doué. Ça veut seulement dire que tu n'as plus que quelques années à vivre, crétin. Tu vois ?

Elle lui envoya quelques images, leur grand-père, Irake, les vieux rouleaux dans lesquels leurs ancêtres avaient écrit leurs découvertes et leurs essais quant à ce mal qui les rongeait tous. Le choc que provoqua cette information fut tout ce dont elle eut besoin pour sceller la conscience d'Ekari à l'intérieur de son propre esprit.

Sale petite peste ! Je te tuerai pour ça !

Tu n'auras pas le temps. Je te l'ai dit plus tôt. Ton ego a été ta perte.

Quoi ? Je te connais. Tu ne seras pas capable de me tuer.

Je serai un jour à la tête de mon clan, et en raison de cet héritage, j'ai des responsabilités. Et en tant que télépathe, je ne peux laisser un homologue dangereux et meurtrier détruire d'autres vies. Alors tout doit se terminer ici.

Tu n'as pas ce pouvoir. Tu n'es qu'une petite fille trop gâtée et trop arrogante.

Il rit, chercha à se libérer, mais son amusement ne dura pas très longtemps et Ino sourit, sans joie aucune. Ce fut facile de créer une image mentale d'elle-même (sans le sang sur son visage) pour se retrouver debout face à lui, enfermé dans la prison qu'elle avait créée dans ce plan mental reculé. Il ressemblait beaucoup à Irake, mais il avait le visage de sa mère. Et cette couleur de cheveux, ces yeux,… Savoir qui il était compliquait les choses, mais il n'était pas l'un des siens, n'est-ce pas ?

Elle l'observa tout en continuant à travailler, tout en sentant son propre esprit s'affaiblir, son corps réagir à la pression qu'elle lui faisait subir. Pourtant il n'y avait rien de compliqué, chaque geste mental qu'elle faisait, elle le faisait sans hésitation, sans grand effort.

Très vite, Ekari écarquilla les yeux de stupeur. Il commençait enfin à comprendre, à sentir ce qu'elle était en train de faire. A percevoir l'étendue de sa télépathie.

Non…

Etrange… Elle n'avait pas peur. Elle avait mal, était épuisée, mais elle n'avait pas peur. Son corps tremblait, mais son esprit n'en ressentait pas les effets. Elle pouvait deviner, comme un membre fantôme, son corps affalé contre le mur, faible, vulnérable. Pourtant elle continua, sans réelle crainte. Elle savait qu'elle faisait ce qu'il fallait.

Il devait être stoppé, et il n'y avait qu'une façon d'y parvenir.

Tu as raison, tu sais, lui dit-elle doucement alors que l'image mentale d'Ekari tombait à genoux devant elle, derrière les barreaux. Je ne peux pas t'arrêter, parce que même inconscient tu serais capable d'utiliser ta télépathie. Et je sais que si nous t'enfermions en prison, tu n'aurais aucun mal à t'en libérer. Alors au final, ça ne laisse qu'une seule solution.

Tu ne peux pas me tuer ! Tu n'as pas ce pouvoir !

Mais je l'ai. Cette capacité que tu as utilisée sur toutes tes victimes, sur ceux que tu as possédés, elle ne peut pas fonctionner sur un télépathe, c'est vrai. Mais je connais tellement plus de choses que toi sur notre don.

Tu… Tu… Qu'est-ce que tu es en train de…

Tu ne comprends pas ? Je suis en train de détruire ton esprit.

Elle n'avait jamais usé de ses dons ainsi, et encore moins avec autant de puissance. C'était si bizarre, parce que tout était si naturel. Elle pouvait sentir tous les autres, autour d'elle, ceux au-dessus, dans la rue, ceux plus loin, dans les souterrains. Leurs pensées lui parvenaient sans qu'elle ne s'en sente submergée. Leurs esprits se révélaient à elle dans toute leur complexité, Et elle sut, elle sut que même dans l'état affaibli dans lequel elle se trouvait à cet instant, elle aurait pu les atteindre, les posséder, communiquer avec eux, modifier leur perception, les tuer. Tous. Chacun d'entre eux.

Voilà à quel point elle était puissante, en vérité.

Ça la terrifiait. La stupéfiait. La dégoûtait.

Et elle n'avait pas le temps d'y penser une seule seconde de plus.

Non, tu ne peux pas ! Tu ne peux pas faire ça !

Je le peux. Je le dois.

Et elle était désolée. Tellement désolée. Désolée que son père ait eu à lui parler de cette technique qui n'avait plus jamais été utilisée depuis que son clan avait dû stopper Kan. Désolée d'avoir menti à sa mère, parce qu'à cet instant, elle ne pouvait pas penser à sa propre sécurité. Désolée de ne pouvoir dire au revoir à ses amis. Désolée de ne pouvoir aider Sakura qui luttait contre l'assassin de sa sœur. Désolée de ne pas pouvoir la prendre dans ses bras une dernière fois, l'embrasser une dernière fois, lui dire tout ce qu'elle était et représentait pour elle, tout ce qu'elles auraient pu être ensemble.

Oh. Elle pouvait les sentir. Les agents de son père. Partout autour d'eux. Avec des policiers. Ils se battaient contre leurs ennemis. Ils étaient ici, ils arrivaient pour eux. Pour les sauver.

Et…

Ce fut un tel soulagement de sentir l'esprit de son père si proche, d'entendre ses pensées, qu'elle faillit presque arrêter ses efforts. Un sanglot emprisonné au fond de sa poitrine menaça de la faire abandonner. Mais, non. Non ! Elle ne pouvait pas arrêter, elle était la seule capable de le faire. Elle devait le faire !

Je dois le faire. Je suis désolée. Pardonne-moi.

Elle ne sut pas vraiment à qui elle destinait ces mots. Son cousin ? Sa famille ? Ses parents ? Ses amis ? Sakura ?

Tout ce qu'elle savait, c'était que pour détruire l'esprit d'Ekari, elle devait détruire son propre esprit. Elle avait beau être puissante, ça ne serait jamais assez pour réussir à quitter ce plan mental et à regagner sa propre conscience avant d'être irrémédiablement touchée. Déjà, son corps réagissait, parce qu'à cet instant corps et esprit restaient profondément liés. Aussi, même si elle avait pu assez protéger sa conscience du choc, son corps, lui, serait mort de toute façon et l'aurait condamnée.

Elle aurait dû lui dire. Elle aurait vraiment dû partager avec elle tout ce qu'elle s'était retenue de lui dire toutes ces semaines, des choses les plus insignifiantes jusqu'aux plus essentielles. Quelle idiote elle avait été.

Sakura…

Je suis désolée.

Un dernier effort. Une dernière pièce à mettre en place, un dernier fil mental à tirer.

Et puis elle n'eut plus conscience que de la douleur.

Lorsque les ténèbres vinrent, la terreur l'envahit.

Et enfin, il n'y eut plus rien.

O

Elle n'avait plus le temps. Sakura pouvait le sentir au plus profond d'elle.

Et le chakra… Le chakra d'Ino… Quelque chose n'allait pas.

Qu'est-ce que cette idiote était en train de faire ?!

« Tu es distraite ! »

Sakura grogna quand une explosion l'empêcha de jeter un œil vers Ino. Elle se baissa, attrapa l'agent allongé inconscient à ses pieds comme s'il s'était agi d'une poupée et le lança directement sur Ichi tout en courant vers lui dans le même mouvement. Occupé à éviter le corps, il ne put éviter le poing qu'elle lui envoya dans la figure avant de battre en retraite rapidement quand il se releva.

« Tu es forte. »

« Je te l'ai dit. Tu n'as encore rien vu ! »

Dans ses bras, dans ses mains, l'énergie qu'elle lui avait volée boostait son propre chakra. Elle enveloppait ses doigts dans un pâle halo, et ce n'était pas le vert vif du scalpel, ni le vert pâle. Non, cette énergie-là était grise. Et presque brûlante.

« Il est temps de dire au revoir, Sakura Haruno. Il semble que ta lignée se termine avec toi. Et ensuite, je m'occuperai de tes amis. »

Alors qu'il préparait une autre bombe, bien plus grosse cette fois, assez grosse pour détruire toute cette partie du souterrain, elle lança l'énergie grise accumulée dans ses mains et, à son plus grand étonnement, la boule de chakra transformé vola droit vers lui – si vite qu'elle eut du mal à suivre sa trajectoire. Sa force avait ses bons côtés. Incapable de voir le chakra et donc le projectile, Ichi n'essaya même pas de l'éviter.

Il le reçut en pleine poitrine et s'écroula avec un cri silencieux, du sang s'échappant abondamment de sa blessure. Choquée par ses propres actions – et leur succès, Sakura fut soulagée de sentir qu'il n'était pas mort.

Des bruits provenaient des galeries autour de la salle. Des coups de feu, des cris. La cavalerie, avec un peu de chance. Elle s'apprêtait à souffler de soulagement quand une pensée, distante et faible, atteignit son esprit.

Je suis désolée.

Ino ?

« Ino ! » cria Tenten.

Sakura tourna sur ses pieds pour voir le corps d'Ekari tomber au sol, comme au ralenti, du sang s'écoulant de son nez, sa bouche et ses oreilles, ses yeux déjà éteints. La cellule de Tenten disparut enfin, mais la jeune femme ne parvint pas à se mettre debout, ses yeux sombres braqués sur la scène plus loin. Naruto, toujours affaibli, regardait lui aussi, inquiet et effrayé.

Déjà affalé contre le mur, le corps d'Ino commença à basculer vers le sol. Mais Sakura, malgré ses propres blessures, courut vers elle et la rattrapa juste avant qu'elle ne s'écroule complètement.

« Ino ? Ino ! Réponds-moi ! »

Ino cligna lentement des yeux, son regard voilé braqué devant elle. Lorsqu'elle toussa, quelques gouttes de sang coulèrent de ses lèvres et Sakura sentit et vit son chakra lentement disparaître.

« Non ! » s'étrangla t-elle. « Non ! NON ! INO ! INO ! Réponds-moi ! »

Elle la secoua doucement, et c'était stupide et dangereux et ça ne l'aiderait sûrement pas, mais elle la secoua quand même. Qu'est-ce qu'elle pouvait faire d'autre ?

Ino ? INO ! Ino… Je t'en prie, Ino, je sais que tu peux m'entendre. S'il te plait, ne pars pas. Ne meurs pas. Tu… Je t'en prie, ne me laisse pas.

Elle ne voyait plus rien. Comment… ? Oh. Elle pleurait. C'était pour ça. La respiration d'Ino s'affaiblissait, elle avait l'air de s'étouffer. Avec son propre sang. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? Ekari ne l'avait pas touchée… Si ? Il n'y avait pas de blessure. Et son chakra… C'était comme s'il se désintégrait, comme s'il coulait entre les doigts de Sakura pour disparaître.

Sa vie lui échappait.

Elle mourait.

Ino ? Ino, s'il te plait ! Je… Je ne sais pas quoi faire. Ino, réponds-moi, merde ! Tu me fais peur ! Fais quelque chose ! Ino… Je… Je…. Espèce d'idiote ! Qu'est-ce que tu as fait ? Qu'est-ce que tu as encore fait, hein ? Quelque chose de stupide, j'en suis sûre, quelque chose d'altruiste, et d'incroyablement stupide, hein ? Espèce de… de… ! ALLEZ !

« Qu'est-ce… ? »

Ses mains. Ses mains, qui tenaient Ino contre elle… Elles brillaient une fois encore. Et c'était le vert pâle. Ce chakra chaleureux et froid à la fois, réconfortant aussi, mais qu'elle ne connaissait pas vraiment. Celui qu'elle semblait incapable de contrôler consciemment, mais qui était apparu quand elle avait tant voulu aider Mari.

Et il réagissait. Il réagissait au contact des dernières traces du chakra d'Ino.

Alors Sakura déposa prudemment Ino au sol et plaça ses mains au-dessus d'elle, ses paumes circulant contre son chakra pouvait la sentir, son corps, ses blessures, son énergie et ses défauts. Elle pouvait tout sentir, et mieux encore, elle pouvait manipuler le chakra d'Ino, le renforcer, le nourrir, le combler.

C'était un pouvoir de guérison.

Guérir. Enfin un aspect de son don qui n'était pas offensif.

Je ne te laisserai pas partir sans me battre, Ino ! Tu m'entends ? Toi aussi, tu dois te battre !

Elle concentra tout ce qui lui restait de chakra dans ses actions, mais elle sentit toute la limite de son pouvoir. Ino allait très mal, et Sakura était déjà trop fatiguée, ses réserves amoindries.

Bon sang, elle ne savait même pas ce qu'elle faisait !

Combien de temps s'était écoulé ? Elle n'en était pas certaine. Ça aurait pu être des heures, mais ce n'était sans doute que quelques minutes, et très vite, elle s'épuisa.

Trop vite.

Une autre leçon que lui avait donnée Ino. Utiliser trop de chakra représentait un danger, et elle avait donné tout ce qu'elle avait pu pour essayer de l'aider.

Sa vue se flouta, elle ne sentait plus vraiment son corps.

Non… Je peux pas… Je dois rester consciente ! Ino…

I-no…

Ça ne pouvait pas se terminer ainsi. C'était impossible que ça se termine comme ça.

Mais elle se sentit glisser vers la pénombre, et elle s'interrogea sur sa destination.

Ino lui avait dit que si utiliser trop de chakra pouvait les affaiblir, épuiser tout leur chakra les tuait.

Merde…

Ino…

Je suis désolée.

O