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13. A l'aurore.

Lever les paupières lui paraissait une tâche insurmontable.

Elle se sentait si fatiguée…

Où était-elle ? Pourquoi était-elle épuisée comme ça, si elle avait été en train de dormir ?

Tout semblait lourd. Aucun de ses membres ne voulait lui obéir. Jambes, bras, mains, doigts. Elle les sentait à peine. Bouger lui était impossible.

Penser restait difficile.

« Mademoiselle Haruno ? Ouvrez les yeux. Allez. Mademoiselle Haruno ? Sakura ? »

Quelqu'un se trouvait là, près d'elle. Une voix masculine lui parvenait clairement. Un effort. Un essai. Encore un effort.

Ses paupières se levèrent enfin. Se fermèrent. Se levèrent. Pourquoi était-si difficile ?

« C'est bien. C'est très bien, Sakura. Continuez d'essayer. »

Il n'y avait que du blanc. Trop de lumière. Et puis, enfin, elle commença à discerner des formes.

« Bon retour parmi nous, Sakura. »

Retour ? Retour d'où ? Où était-elle allée ?

Mais ses questions restaient prisonnières de sa poitrine, à peine formées dans son esprit. Parler. Elle n'arrivait pas à parler. Elle parvenait à peine à rester consciente.

« Est-ce vous pouvez me voir ? Regardez-moi. »

Sa tête et son cou ne lui obéissaient pas non plus. Mais du coin de l'œil, elle pouvait le voir, debout près du lit. Il était habillé étrangement, en blanc et bleu… Un infirmier. Grand, carré, la quarantaine. Ses yeux sombres emplis de douceur et d'attention.

« Je m'appelle Yusuke Ishiyama. J'ai été votre infirmier ces derniers jours. Est-ce que vous vous rappelez m'avoir déjà vu ? »

Sa vision semblait un peu plus nette, mais l'épuisement ne la quittait pas. Elle ouvrit la bouche. Les sons sortirent de sa gorge tout craqués et faibles.

« Non ? Très bien. Ce n'est pas grave. Vous vous êtes réveillée plusieurs fois déjà, mais seulement pour quelques minutes. Est-ce que vous pouvez essayer de rester avec nous un peu plus longtemps cette fois-ci ? »

Une femme, une infirmière aussi, plus jeune, avec les yeux clairs et les cheveux noirs, l'aida à boire un peu d'eau.

L'hôpital. Elle était à l'hôpital parce que… Parce qu'elle avait été blessée ? Maintenant que ses sens se renforçaient, elle pouvait sentir un bandage sur son mollet, la brûlure d'égratignures et de coupures sur son avant-bras, des bleus sur sa peau. Une douleur sourde provenait de ses mains. Et il y avait manifestement une intraveineuse au niveau de son poignet.

« Vous êtes restée endormie longtemps. Dix jours déjà. Vous nous avez inquiétez pendant un temps, mais vous allez mieux. »

Allait-elle mieux ? Et si oui, pourquoi avait-elle dormi aussi longtemps ? Un coma ? Mais pourquoi ?

Un coma… L'épuisement…

Son chakra. Elle l'avait beaucoup utilisé durant son combat contre… Oui. Oui, c'était ça. Contre les Ombres. Contre Ichi. Et le chakra qui lui était resté, elle l'avait utilisé pour…

Ino !

Elle ouvrit la bouche, essaya de parler, de demander, mais ses paupières se baissaient déjà.

« Sakura ? Essayez de rester éveillée un peu plus. Sakura ? »

Trop tard. Impossible d'ouvrir les yeux une nouvelle fois. Elle se sentait partir, et pourtant elle n'était pas encore tout à fait endormie.

« Nous devrions aller parler au docteur, » disait l'infirmière à son collègue.

« Mmh. Je suis sûr qu'elle se réveillera bientôt, et cette fois pour de bon. Elle a réagi à la chambre et à nos présences, c'est bon signe. Tout semblait normal. »

« Dans ce cas, nous devrions demander que quelqu'un reste ici avec elle. Elle aura des questions quand elle se réveillera vraiment. J'avoue qu'une part de moi pense qu'il serait mieux pour elle qu'elle dorme quelques jours de plus. Avec tout ce qu'il se passe en ce moment… »

« Oui. L'Agence doit publier un nouveau communiqué ce soir qui précisera certaines choses. »

« Etrange. Déjà ? Le directeur a bien assez à faire comme ça. Et le Clan Yamanaka est… Enfin. Je ne peux même pas imaginer ce qu'ils ressentent. Quand je pense que le télépathe était l'un des leurs ! »

« Ils l'ont officiellement exclu de leur clan la semaine passée. Pas étonnant, on en aurait tous fait autant. Tous ces crimes, et ce qu'il a fait à la fille… »

« L'enterrement est demain, n'est-ce pas ? »

« Je crois. Les Yamanaka sont restés très discrets. Et les journalistes ont déserté la rue depuis que le rapport a été rendu public. »

« Encore heureux ! Un peu de décence. Ils n'ont vraiment pas besoin d'être harcelés en plus du reste. Bon sang, quand je pense à la pauvre mère… »

« J'espère qu'ils sauront s'en remettre. Au moins, notre petite patiente semble enfin reprendre le dessus. Avec un peu de chance, les journalistes campés devant l'hôpital seront partis avant qu'elle se réveille. »

« J'espère qu'elle fait de beaux rêves. »

« Est-ce que… »

Leurs voix s'effacèrent. Sakura perdit sa bataille contre l'inconscience.

O

Des fleurs. Plusieurs bouquets de fleurs.

C'était stupide, mais c'était la seule chose sur laquelle Sakura arrivait à se concentrer.

Les fleurs qui peuplaient sa chambre, colorées, jolies.

Depuis qu'elle s'était réveillée, quelques minutes plus tôt, elle les fixait. Les fleurs dans sa chambre d'hôpital.

Jaunes. Bleu clair. Orange. Roses.

Elle récitait leurs couleurs, leurs formes – à défaut de pouvoir les identifier.

Tout pour éviter de songer à ce qu'elle avait entendu avant de se rendormir la veille.

Ne surtout pas penser à…

Ino.

Parce qu'Ino était morte. Ino était morte. Elle avait échoué et Ino était morte.

Et les fleurs.

Toutes ces écœurantes fleurs pleines de belles couleurs. Les regarder ne l'aidait pas du tout, les sentir non plus… C'était stupide ! Elle n'était qu'une idiote !

Les fleurs étaient liées à Ino, les fleurs seraient toujours liées à Ino.

Et Ino n'était plus.

L'épuisement écrasait toujours son corps, elle ne parvenait pas à trouver la force de s'asseoir. Elle ne se souvenait pas du moment dans la bataille où elle s'était blessé les mains. Pourquoi étaient-elles toujours bandées ?

Et les autres ?

Tenten ? Naruto ? Où se trouvaient-ils ? Dans quel état ?

Etaient-ils morts, eux aussi ?

Et les Ombres ou la Racine ou elle-ne-savait-quel-nom-on-leur-donnait ? Ichi, s'était-il enfui ? Et Danzo ?

Bordel, que s'était-il passé lorsqu'elle avait perdu connaissance en tentant comme une imbécile de jouer à dieu avec des forces qui la dépassaient ?

« Tiens. Tu es réveillée. »

La voix, dure mais féminine, venait de l'entrée de la chambre. Sakura n'avait même pas entendu la porte s'ouvrir. La femme avait refermé derrière elle et avançait dans la pièce sans un autre regard pour la patiente. Elle se saisit du dossier accroché au lit, le survola rapidement avant d'y ajouter une ligne ou deux. Puis elle le reposa près d'un des vases, sur le bureau.

Elle ne portait pas l'uniforme du personnel soignant. Ses longs cheveux blonds, bien qu'en partie retenus par des élastiques, encadraient un joli visage aux grands yeux noisette, et son maintien élégant criait toute sa fierté et son caractère. Quelque part dans la cinquantaine, elle était une belle femme à l'aura et au charisme impressionnants.

L'inconnue déplaçait des choses comme si elle se trouvait dans sa maison, et Sakura nota alors la taille de la pièce. Pour une chambre d'hôpital, elle était immense, agrémentée d'une large télé accrochée au mur, d'un bureau, d'une petite table ronde, de trois chaises et d'un fauteuil. Il y avait aussi une table de nuit, une commode et d'élégantes photos en noir et blanc de Konoha, encadrées et accrochées aux murs. Sans parler des grandes fenêtres.

Peu d'établissements proposaient un tel luxe. Il s'agissait d'une clinique privée, sans aucun doute.

« Tu es possiblement la personne la plus insolente qu'il m'ait été donné de rencontrer, Sakura Haruno. »

La bonne femme daignait enfin lui adresser la parole, et c'était pour l'insulter.

Super.

« Pardon ? » demanda Sakura, sa voix encore rauque et éraillée. Elle l'aurait préférée plus forte, au moins. « Et vous, qui êtes-vous ? Non, je m'en fiche. Laissez-moi tranquille. Sortez d'ici. »

« Qui je suis ? » Un petit rictus s'afficha sur le visage de la femme alors qu'elle se concentrait sur l'alitée. « Tu es vraiment réveillée, alors. Une bonne chose, je suppose. »

Agacée, triste, confuse, fatiguée, Sakura se força à s'asseoir et leva les yeux au ciel en notant le pyjama blanc en coton qu'elle portait. Incapable de se redresser complètement, prise de quelques vertiges, elle reposa son dos contre ses coussins et lutta quelques instants contre les bandages entourant ses mains. Lorsqu'elle réussit enfin à les retirer, elle fronça les sourcils face aux cicatrices. Les pires avaient agrémenté ses paumes d'une marque plus ou moins circulaire, quelques lignes fines partaient du cercle imparfait pour courir un peu plus loin sur sa peau, certaines tirant jusqu'à la base de ses doigts ou aux dos de ses mains. En fermant doucement les poings, Sakura s'aperçut que toute douleur avait disparu.

Comment avait-elle pu recevoir d'aussi étranges blessures ?

Et comment avaient-elles pu guérir et cicatriser si bien aussi rapidement ?

« Je croyais que j'avais été inconsciente pendant dix jours. »

« Plus ou moins, » confirma l'inconnue, son ton posé, neutre.

« Mais mes blessures… même celle sur mon mollet… Elles sont soignées. Complètement. Et mes mains ? »

« Des brûlures. »

Impossible. Les marques ressemblaient à d'étranges soleils irréguliers, peut-être même à des créatures vaguement rondes qui se seraient accrochées à ses mains avec de fines tentacules.

« Je n'arrive pas à me souvenir… »

« Je suppose que tu étais trop occupée à arracher une âme des mains de la Mort pour accorder de l'attention aux détails. Comme je l'ai dit, ton insolence n'a pas de limite. »

« Quoi ? » Les yeux de Sakura s'écarquillèrent, elle posa le regard sur la femme et sentit son cœur se serrer. « Qu'est-ce que vous avez dit ? Elle est… Elle est vivante ? Elle… »

Sa voix se perdit, coincée dans un espoir peut-être vain, et l'inconnue fronça les sourcils.

« Ino ? Oui, elle est… vivante. Nous ne sommes pas certains de ce qu'il en est pour son esprit malheureusement. Mais si on considère qu'elle serait morte sans ton intervention, je suppose qu'on peut dire qu'il y a de l'espoir. »

« Je ne… » murmura Sakura, incapable de comprendre, de croire. Ses mains tremblaient, ses yeux la brûlaient. « Je ne comprends pas. Ils ont dit… un enterrement… »

« Sûrement l'enterrement d'Inoichi Yamanaka, » répondit la femme, quelque chose de sombre dans la voix. « Il est mort durant l'opération, comme deux agents et trois policiers. »

Le soulagement qui envahit Sakura s'accompagna immédiatement de honte et de tristesse. Mais il lui était impossible de ne pas être soulagée d'apprendre que c'était Inoichi et non sa fille qui avait disparu.

« Une opération ? »

« Votre enlèvement a étrangement coïncidé avec la préparation d'une opération d'envergure pour arrêter les criminels de ce réseau ainsi que leurs alliés. Lorsque l'information quant à votre disparition et votre localisation les a atteints, l'Agence, le Cercle et la police étaient déjà sur le qui-vive. Les interventions ont dû être lancées vingt-quatre heures plus tôt que prévu, c'est tout. »

« Que s'est-il passé ? »

« Danzo a été tué. Il a refusé de se rendre, comme beaucoup de ses hommes. Plusieurs alliés ont été identifiés au fil des mois et les polices de leurs villes respectives les ont arrêtés. Mais les forces de l'Ordre continuent à traquer complices et espions, et il nous faudra certainement des mois d'enquêtes et d'interrogatoires avant d'en venir à bout. Certains échapperont à la justice, c'est inévitable, j'en ai peur. »

« Et… et Naruto et Tenten ? Ils vont bien ? »

« Oui. Ils sont très vite rentrés chez eux. »

« Et la fille Aburame ? »

« Elle est à l'Agence, dans une cellule. Malheureusement, nous ne pouvons rien contre les effets de la télépathie, et pour le moment elle ne montre aucun signe du moindre souvenir de sa famille ou de son passé. Elle ne réagit à aucune de nos tentatives. »

« Oh. Et où suis-je ? »

« L'hôpital Kenji. »

Privé. Et cher. Et aussi l'hôpital où Ino avait emmené Mari il n'y avait pas si longtemps.

Pourquoi Sakura serait-elle soignée ici ? Elle n'avait ni l'argent ni l'assurance pour pouvoir y être admise, et l'hôpital public de Konoha avait très bonne réputation lui aussi.

« Tu as des amis puissants, Sakura Haruno, » avança posément sa visiteuse comme si elle avait lu ses interrogations sur son visage.

« Moi ? »

« Le Clan Yamanaka a insisté pour que tu sois amenée et soignée ici. Et je n'aurais pas accepté qu'il en soit autrement. »

« Vous ? »

« Je faisais partie de l'opération contre la Racine et je suis ton médecin. »

« Et Ino ? »

« Elle a été traitée ici, elle aussi, mais nous ne pouvions rien faire de plus pour elle une fois stabilisée. Tu avais déjà fait tout ce qu'il était possible de faire pour l'aider, et plus encore. Sa famille a décidé de la ramener à la maison le jour suivant. Physiquement, elle n'a plus aucune blessure, mais elle ne réveille pas. »

« Elle ne s'est pas réveillée ? Pas une fois ? »

« Non. Tu as soigné ses blessures internes parfaitement, Sakura. Tu n'aurais absolument rien pu faire d'autre pour elle. Mais la télépathie n'est pas quelque chose que nous maîtrisons assez bien pour comprendre vraiment son état. Et apparemment, c'est quelque chose que même ton don ne peut atteindre. Il faut que tu comprennes que nous ne savons pas si ou comment son esprit a été atteint. Alors même si elle se réveille – ou quand elle se réveillera, il y a une possibilité pour qu'elle ne soit plus vraiment là. »

L'idée lui semblait inconcevable. Avoir réussi à la maintenir en vie, à soigner son corps, pour ça ? Sakura n'était pas certaine de pouvoir se le pardonner si elle avait condamné Ino à ce sort elle-même, bien avant que la maladie ne s'en charge.

« Je… Je ne suis pas sûre de ce que j'ai fait, » confia t-elle d'une voix blanche.

« Tu possèdes un don très vieux et aujourd'hui très rare. Dans le passé, certains ninjas étaient spécialisés dans les techniques médicales. Seuls ceux possédant un contrôle excellent de leur chakra pouvaient devenir des ninjas-médecins, et seuls les meilleurs de ceux-là se distinguaient dans cette branche. En tant que Première, tu as un énorme potentiel. Sans doute que certains de tes aïeuls étaient de brillants ninjas-médecins. »

« Mes aïeuls… » murmura Sakura avec ironie et subjugation.

Elle aurait vraiment aimé savoir qui ils avaient été.

« Enfin. Je dois te demander comment tu te sens, en tant que ton docteur. »

« Je me sens bien. »

« Vraiment ? »

En réalité, elle était toujours nauséeuse et épuisée, elle avait mal un peu partout et voyait encore trouble. Mais l'avouer voudrait sans doute vouloir dire plus de médicaments, de repos, de visites d'infirmiers ou de cette envahissante et étrange bonne femme qui se prétendait médecin et ne portait même pas de blouse.

« Vraiment. »

« Bon. Après tout, c'est toi qui vois. Et je suis douée, c'est vrai. La meilleure. Du moins jusqu'à ce que tu grandisses assez pour être appelée docteur. »

« Excusez-moi ? » interrogea Sakura, confuse, méfiante. Personne ne savait ce qu'elle comptait faire de sa vie. « Quoi ? »

« Avec un don comme le tien, je me sentirais personnellement insultée si tu ne devenais pas le meilleur médecin que Konoha a connu depuis, eh bien, moi. »

« Vous ? Vous voulez dire que… » Les yeux de Sakura brillèrent. « Vous êtes Tsunade Senju ? »

« Etrange. J'ai entendu beaucoup de choses sur toi ces derniers jours et tu semblais plutôt brillante. »

« Je le suis ! Je suis juste… » Elle soupira. « Qu'est-ce que vous faites là ? »

« Konoha, c'est chez moi, même si j'en suis partie pendant un moment. »

« Vous étiez en contact avec les membres du Cercle, c'est ça ? »

« Oui. Nous ne pouvions pas laisser ces petits jeunes faire tomber le réseau sans nous, quand même. Une bonne chose que j'ai été là. Tu étais quasiment morte. Personne ne t'a jamais dit qu'utiliser autant de chakra est très dangereux, imbécile ? »

« Si. Je sais ça. »

« Ce que tu as fait était idiot. Tu es encore bien maladroite avec ton don. Tellement que lorsque tu as utilisé ton chakra pour manipuler celui d'Ino et la guérir, l'énergie que tu as concentrée a brûlé tes paumes. »

« Oh, » souffla Sakura, posant les yeux sur ses mains.

« L'un de mes sceaux médicaux a permis de réduire les dommages au minimum et d'accélérer la guérison. »

« Merci. »

« Nous allons devoir travailler sur ce don que tu as, au moins sur la guérison. Tu devrais pouvoir te guérir toi-même aussi, une fois que tu auras appris à mieux le maîtriser. Et un minimum de leçons d'anatomie te serait bien utile. »

« Nous ? » Le regard que lui lança Tsunade stipulait clairement que Sakura n'avait guère le choix. « Bien sûr, nous. »

La porte de la chambre s'ouvrit un peu et la tête d'un homme apparut dans l'entrebâillement. Il sourit en grand en voyant Tsunade et entra sans attendre d'invitation.

« Ah, tu es là ! Je n'arrive pas à trouver un endroit tranquille dans cette ville pleine de jolies filles et de belles femmes. »

« Jiraiya, » avertit Tsunade en tournant un regard noir vers lui, agacée.

« Je n'ai d'yeux que pour toi, bien entendu ! »

L'homme était grand, les cheveux blancs et longs, avec un étrange sourire et une expression avenante.

« Oh ! Elle est réveillée ! »

« Oui, et elle commence à croire que sa chambre est un hall de gare ouvert à tous, » répliqua Sakura sans pouvoir s'en empêcher.

Heureusement, le célèbre Premier se contenta de sourire plus grand.

« Tu es une célébrité, miss Haruno. Mais ces photos dans les journaux ne rendent pas justice à ta beauté. »

« Pardon ? »

« Jiraiya, vraiment ! Tu ne changeras jamais ! » grogna Tsunade, se retenant visiblement de le frapper.

Son ami se contenta d'hausser les épaules avec une expression joviale et charmeuse.

« Je pensais que c'était pour ça que tu m'avais épousé. D'ailleurs, en parlant de ça, Shizune a dû empoisonner notre fils ou un truc dans ce genre-là, parce qu'il semble incapable d'arrêter de la suivre partout depuis qu'on est arrivés. Il a ce sourire idiot sur son visage et il porte même ce cochon, Tonton, pour elle. »

« Laisse Kenta et Shizune tranquilles, je te préviens. Et cesse d'ennuyer les patients. »

« Bien, bien ! Je m'en vais ! Je dois aller manger des ramen avec Naruto de toute façon. On se voit tout à l'heure ! »

Il quitta la pièce avec un signe enjoué, et son épouse se contenta de lever les yeux au ciel.

Sakura, elle, observa la scène, bouche-bée. Jamais elle n'aurait songé rencontrer les deux Légendaires, et encore moins les voir se comporter ainsi. Leur vie avait été loin d'être facile dans leurs jeunes années, mais ils semblaient tous les deux étrangement libérés de leurs fantômes. Avaient-ils réussi à se détacher de leur passé, ensemble ? Où aimaient-ils simplement se cacher derrière cette humeur légère ?

« Ne fais pas attention à lui. Où en étions-nous ? Ah, oui. Tes mains. »

« Mes mains vont bien. De quelles photos parlait-il ? »

« Le Conseil et l'Agence ont décidé il y a quelques jours de publier le rapport quant à l'opération contre la Racine. Il valait mieux éviter que des rumeurs erronées circulent sur les évènements, qu'ils soient récents ou plus anciens. Ainsi les doutes quant aux Spéciaux ont été levés, et les morts honorés. La population a eu droit à un résumé condensé de la vérité quant à Danzo et à son réseau, leurs agissements, la mort des Uchiha, les années d'investigation et ce qu'il s'est passé dans les souterrains. Bien que presque rien n'a été précisé sur votre rôle, les journalistes ont tout de même fait des recherches sur chacun d'entre vous. Des photos ont fait surface. »

« Que savent les gens ? »

« Pas de détails. Ils savent pour votre détention. Ils savent que Naruto s'est battu pour protéger ses amis, que tu as défait le Premier et qu'Ino s'est sacrifiée pour arrêter le télépathe, qui n'était autre que son cousin cru mort depuis des années. »

Pourquoi avait-il fallu qu'ils risquent tous leur vie pour que Konoha se réveille et se rende compte qu'elle faisait fausse route ? Que des gens meurent, et que Sakura et ses amis vivent les pires heures de leur existence ?

Et si Ino ne se réveillait pas ? Si elle n'était déjà plus tout à fait là ?

« Je te laisse à présent. Tu vas devoir rester ici sous surveillance encore trois jours au moins. Je repasserai pour valider ou non ta sortie. Et tu pourras dire à tes agaçants amis qu'ils pourront venir te rendre visite demain, mais pas avant. »

Sans un autre mot ou regard, Tsunade quitta la chambre. Sakura soupira doucement. Elle n'avait que peu d'énergie, elle sentait ses paupières tirer vers le bas, et pourtant son esprit ne semblait pas vouloir démordre de cette information qu'il mâchait depuis plusieurs minutes.

Ino. Ino était plongée dans une sorte de coma, au manoir Yamanaka.

Et Sakura devait la voir.

Elle savait qu'elle ne pourrait pas se concentrer sur autre chose, ni dormir paisiblement tant qu'elle n'aurait pas posé ses yeux sur elle.

Une heure plus tard, un peu revigorée par la nourriture qu'une infirmière lui avait emmené, Sakura entreprit de se lever et d'aller jusqu'à la commode. Les vertiges ne la quittèrent pas tout à fait, elle tremblait un peu, mais elle restait déterminée à accomplir son plan. Dans le premier tiroir, elle eut la surprise de retrouver quelques vêtements bien à elle, pliés et bien rangés.

Qui avait bien pu les apporter ? Pas sa mère, ça, c'était certain. D'ailleurs, il était étrange que personne ne lui ait posé des questions quant à sa famille.

Décidant d'ignorer le mystère pour le moment, Sakura passa dans la salle de bains pour faire sa toilette et s'habiller, un peu maladroitement. Elle se dirigeait vers la porte quand ses yeux furent attirés par une enveloppe blanche près des bouquets de fleurs. Curieuse, elle l'attrapa et en sortit une carte lui souhaitant une bonne convalescence.

Ils l'avaient tous signée.

Naruto, Hinata, Tenten, Kiba, Lee, Neji, même Nara et Akimichi. Il y avait aussi un post-scriptum de la main de Naruto. Et son écriture ne s'était pas améliorée avec les années.

Ils ont dit que tu devrais te réveiller bientôt. Si l'hôpital t'angoisse ou autre chose, n'hésite pas à t'échapper et à venir nous voir ! (Ils nous ont interdit de rester, Tsunade a même essayé de me frapper. Fais attention, elle est timbrée !).

Elle se trouva un peu stupide, mais elle ne put s'empêcher de sourire en relisant une nouvelle fois la carte, le petit mot, plutôt générique, pour lui souhaiter du courage et une bonne santé, les signatures, le message de Naruto.

Ils s'étaient inquiétés pour elle. Ils avaient même essayé de venir la voir (sans doute plus d'une fois), ils avaient amené des fleurs pour elle.

C'était gentil. Et touchant. Très touchant.

Mais si Sakura s'échappait de sa chambre à cet instant, ce n'était pas pour aller voir l'un d'entre eux.

Personne ne traînait dans le couloir. Elle ferma la porte derrière elle doucement, releva la capuche de sa veste sur son visage et se dirigea rapidement vers les escaliers. Au rez-de-chaussée, au travers les portes vitrées, elle put apercevoir quelques journalistes campés sur le trottoir d'en face. Ils attendaient sans doute des nouvelles d'Ino ou espéraient voir une quelconque célébrité locale présentement dans l'hôpital.

Sakura hésita, sachant qu'elle avait été mentionnée dans le rapport et qu'à moins que Jiraiya ait menti, il y avait une photo d'elle dans un journal. Et puis elle se rassura. Après tout, ils ignoraient sans aucun doute qu'elle était réveillée et qu'elle se baladait hors de sa chambre. D'un pas nonchalant, faussement assuré, le visage dissimulé sous sa capuche, Sakura quitta l'établissement et avança jusqu'au prochain croisement. Elle prit à droite et respira plus tranquillement.

Son sac n'avait pas fait partie des affaires présentes dans sa chambre, du coup elle n'avait pas de monnaie ni de carte de transport. Alors malgré les courbatures et la fatigue, les quelques vertiges, elle prit la direction du nord de la ville. Le manoir Yamanaka n'était pas tout prêt.

Et bien sûr, il gelait.

Avec un tout petit peu de chance, Sakura réussirait à l'atteindre avant de s'évanouir.

O

Tout avait tendance à tourner autour d'elle. C'était agaçant. Mais elle se trouvait face au portail des Yamanaka, enfin.

Elle respira lentement, se força à se calmer et attendit une réponse de l'interphone. Quand elle entendit un petit son, elle baissa sa capuche et se tourna vers la caméra.

« Bonjour, ici Monsieur Kino. Comment puis-je vous aider ? »

« Euh. Bonjour. Je suis Sakura Haruno. Je suis là pour – »

« Oh, mademoiselle Haruno ! Bienvenue ! Entrez ! »

Une petite sonnerie lui signifia que le portail était déverrouillé. Une main sur le métal noir, Sakura s'apprêta à utiliser sa force pour pousser l'énorme battant, mais elle fut surprise de découvrir qu'il était en réalité plutôt léger. Elle entra dans le parc, repoussa le portail derrière elle et avança vers le manoir.

Le mois de décembre était bien avancé à présent. Noël arriverait bientôt, et il y avait déjà des décorations colorées et des lumières dans les rues. Visiblement, les gens avaient hâte de laisser la crise derrière eux et de fêter la paix. Konoha avait toujours adoré les fêtes, toutes les fêtes. En levant ses yeux verts en direction du ciel, elle le découvrit gris-blanc et bas. Il neigerait bientôt.

Dans le jardin, les fleurs semblaient plus ternes que lors de sa dernière visite. Leurs couleurs plus tristes, les pétales pointant vers le sol. Sakura se demanda si ce n'était qu'un effet de la saison, ou si la végétation était liée à l'humeur de Kire Yamanaka.

A peine avait-elle posé son pied sur la première des cinq marches menant à la porte d'entrée que celle-ci s'ouvrit. Sakura sursauta et se figea, ses yeux dans ceux de la mère d'Ino. Elle était pâle, ses yeux chocolat rougis, les traits épuisés. Sa détresse n'enlevait rien à sa beauté, mais la voir ainsi serra un peu plus le cœur de la jeune fille. Son élégance, son maintien, rien ne semblait suffire à cacher le fait qu'elle se brisait, à l'intérieur.

« Sakura. »

« Bonjour, Madame Yamanaka, » salua Sakura en s'inclinant.

« Entre, viens. »

Kire ferma la porte derrière elles avant d'observer la jeune fille d'un œil critique, de la tête aux pieds.

« Regarde-toi, tu es gelée. Tes lèvres sont bleues. Donne-moi ta veste. »

Trop fatiguée et surprise pour protester, Sakura s'exécuta. Arrivé derrière la maîtresse de maison, Monsieur Kino prit la veste pour la ranger et lui donna une paire de chaussons doux et chauds pour remplacer ses baskets.

« Aimeriez-vous du thé ? Ça vous aidera à vous réchauffer. »

« Euh, quoi ? Euh, oui. Oui. »

« Je vais en apporter un peu. »

« Apportez-le dans la chambre d'Ino, s'il-vous-plait, » demanda Kire doucement.

« Bien sûr. »

Soudain vraiment anxieuse de se trouver là, avec Kire, sous de telles circonstances, Sakura garda ses yeux sur ses pieds et essaya de reprendre le contrôle sur le tremblement de ses mains.

« Je… Je suis désolée pour votre époux. J'ai appris… »

Elle était censée dire quelque chose de gentil, censée regarder son interlocutrice dans les yeux, et pas murmurer maladroitement quelques pauvres mots la tête baissée vers le sol, bon sang ! Quel droit avait-elle d'être ici, d'ailleurs ? Il était de notoriété commune que les Yamanaka étaient des personnes très privées, qu'ils détestaient que des étrangers cherchent à mettre leur nez dans leurs affaires. Ils avaient demandé à ce qu'on les laisse tranquilles, n'avaient fait aucune déclaration à la presse, n'avaient vu personne, n'étaient peut-être sortis que pour l'enterrement.

Et elle, elle débarquait comme ça, sans prévenir, une fille qu'ils connaissaient à peine, incapable de parler clairement et intelligemment !

« Merci. »

La voix de Kire était douce et lorsque Sakura trouva le courage de relever la tête, elle découvrit que les yeux marron de son interlocutrice se voilaient de tristesse.

Kire lui fit signe de la suivre et se dirigea vers les escaliers. Après une hésitation, Sakura lui emboita le pas, intimidée. Une fois au premier étage, elles ne tournèrent pas à droite vers le salon que Sakura connaissait, mais elles avancèrent dans le couloir de gauche, large et lumineux. La troisième porte sur la droite, une double-porte en bois blanc, était close. Elles s'arrêtèrent devant.

« Je dois te remercier, Sakura. »

« Pardon ? »

« Naruto et Tenten m'ont dit que tu as fait quelque chose pour l'aider. Ils ne savent pas quoi, ils savent seulement que tu lui as sauvé la vie. Tsunade a confirmé que sans toi, Ino serait décédée avant leur arrivée. Je te remercie d'avoir sauvé la vie de ma fille. Sache que le clan te sera toujours redevable. »

« Je n'ai pas… » Sakura prit une profonde inspiration pour stabiliser sa voix. « Le docteur Senju a dit qu'elle était dans le coma. »

« Tu devrais l'appeler Tsunade. Tout le monde l'appelle ainsi depuis toujours. Et Ino est… Elle ne s'est pas réveillée. Pas encore. Mais… mais je sais qu'elle se réveillera. »

Ces mots sonnaient beaucoup trop comme la prière d'une mère désespérée pour rassurer Sakura. Kire ouvrit la porte et elles entrèrent dans la grande chambre d'Ino. Une pièce élégante, à la décoration simple et chaleureuse, mais Sakura ne s'attarda pas vraiment sur les détails.

Ino avait l'air minuscule au milieu de son large lit. Sa peau était trop blanche, sa poitrine se soulevait à peine avec sa respiration. Plusieurs petits appareils médicaux la surveillaient. C'était terrifiant de la voir ainsi.

« Parfois, elle ouvre les yeux, » informa doucement Kire. « Mais elle ne voit pas vraiment et ne réagit à rien. Elle ne semble pas nous entendre non plus. » Elle se pencha sur sa fille, passa ses doigts sur son front doucement, tendrement. « J'ai essayé de lui parler, mais… »

Elle s'interrompit, sa voix s'éteignit. Monsieur Kino entra, déposa un plateau sur le bureau, puis sortit. Sakura ne pouvait détacher son regard d'Ino.

« Tu peux rester là. Bois ton thé et mange un peu. Je vais appeler l'hôpital pour leur dire que tu es ici. »

Kire quitta la pièce, mais Sakura s'en aperçut à peine. Elle fit un pas vers le lit, observa Ino encore un instant. C'était la première fois qu'elle la voyait endormie, si… inerte. Elle n'aimait pas du tout cette image.

Elle ouvrit la bouche, essaya de dire quelque chose. N'importe quoi. Rien ne vint. Son esprit resta vide. Gardant le silence, elle se dirigea vers la petite table ronde près d'une fenêtre qui supportait un bouquet de fleurs déposé dans un vase. Sakura les reconnut immédiatement. Elle avait toujours la fleur qu'Ino lui avait offerte dans la forêt.

Elles ne ressemblaient à aucune autre. Entre la tulipe et la rose, plus petite que ces deux variétés, et leur couleur… Au début, il semblait qu'elles étaient simplement entre le bleu et le vert. Mais en réalité, leurs pétales étaient recouverts de minuscules touches bleues et de touches vertes qui ne se mélangeaient jamais mais qui semblaient se confondre de loin. Il y avait plus de bleu à la base des pétales, plus de vert à leur bout, ce qui donnait aux fleurs leur look unique.

Elles étaient magnifiques. Et elles lui rappelaient autant la couleur de ses yeux que celle des yeux d'Ino.

Après quelques secondes, sentant les vertiges la reprendre, elle alla boire un peu de thé et mangea un biscuit. Puis, n'y tenant plus, elle finit par s'asseoir sur le fauteuil près du lit et prit la main d'Ino dans la sienne. Tout ce qu'elle désirait, c'était la voir se réveiller, bouger, parler.

Epuisée, toujours incapable de prononcer le moindre mot, Sakura abaissa ses barrières mentales, pour la première fois complètement, et laissa Ino entendre la moindre pensée qui pouvait traverser son esprit. Du moins, elle espéra qu'elles atteignaient Ino.

Et qu'Ino répondrait.

O

« Sakura ? Sakura, réveille-toi. »

Clignant des yeux, Sakura leva la tête difficilement et s'aperçut qu'elle s'était endormie dans la chambre d'Ino. Kire l'aida à se lever et la guida dans le couloir puis dans une autre chambre. Sakura aurait aimé protester, mais elle se sentait trop fatiguée, un peu malade.

« Voilà. Tu peux dormir ici. »

Kire la poussa à se coucher, releva les couvertures sur elle.

Sakura s'endormit avant même que la porte se referme.

O

C'était magnifique.

Le soleil brillait, il faisait chaud. Tout était paisible.

Les fleurs bleu et vert poussaient partout, couvraient la vallée entière. D'immenses arbres à couper le souffle agrémentaient le paysage.

Sakura se sentait bien. Il n'y avait plus d'épuisement, plus de courbatures, plus de blessures. Même les cicatrices avaient disparu.

Ses mains… Pourquoi étaient-elles aussi petites ?

Pourquoi… ? Oh. En fait, tout son corps était petit. Parce qu'elle n'était qu'une enfant dans cet endroit. Une enfant habillée d'un simple maillot vert et d'un pantalon blanc, les pieds nus.

Quel étrange rêve.

Une petite minute.

Un rêve ?

Le cœur battant, Sakura observa autour d'elle une fois encore, plus attentivement. Ces fleurs, les arbres géants, le soleil chaud, l'air si doux…

Et ce silence.

Ce n'était pas un rêve à elle. Elle le sentait. Sauf s'il avait été modifié.

Ino ?

Sakura courut de toute la force de ses petites jambes, scanna les alentours du regard, et elle crut que son cœur allait exploser de soulagement quand elle remarqua une petite présence près du tronc d'un immense saule pleureur. Elle tourna et sprinta dans cette direction.

C'était bien Ino. Une toute jeune Ino, aux cheveux coupés au carré comme dans leur enfance, habillée d'un pantalon noir et d'un pull violet.

C'était Ino. Juste là. Du moins, une image mentale d'elle. Dans son esprit.

Sakura s'arrêta devant elle, l'observa quelques secondes de plus. La fillette était recroquevillée, les genoux remontés contre elle, la tête baissée.

« Ino ? »

Sa voix la fit sursauter. Redressant la tête prudemment, Ino posa des yeux mouillés de larmes sur elle, et malgré ces joues humides, Sakura sentit un profond soulagement l'envahir.

« Salut, » sourit Sakura en s'asseyant près d'elle.

« Salut, » répondit Ino, l'observant curieusement. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Est-ce que tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? »

« Je… » Ino fronça les sourcils et effaça les traces de ses larmes à l'aide de son poing droit. « Je… Non. J'avais mal. J'avais mal et après j'étais très fatiguée… »

« C'est rien. »

« Je veux rentrer à la maison. »

« Tu es à la maison. »

La voix enfantine d'Ino poussa Sakura à se demander si elle la reconnaissait, jusqu'à ce qu'elle croise son regard. Et ce regard sombre n'était pas celui d'un enfant.

« J'ai entendu ta voix. »

« Vraiment ? »

Ino hocha la tête.

« Je t'ai sentie. Près de moi. »

Quand elle avait abaissé son bouclier, sans doute. Et puis elle s'était endormie, ce qui avait sûrement permis à Ino de la suivre dans son esprit, exactement comme lorsqu'elles avaient été plus jeunes.

« Je suis près de toi, » confirma Sakura. « J'ai cru… » Sa gorge se serra, elle dut baisser les yeux sur les fleurs autour d'elle pour se reprendre. Ou essayer. « J'ai cru que tu n'étais peut-être plus là. J'espérais, mais… »

« Je suis toujours là. »

« Oui, je vois ça. Et… Et si tu peux faire ça, utiliser ton don comme ça, m'entendre… Alors tu peux te réveiller, n'est-ce pas ? »

« Je suis endormie ? »

« Bien sûr. Tu dors depuis des jours. Onze, je crois. »

« Pourquoi ? »

« Parce que tu es un idiote ! »

« C'est pas vrai ! »

« Si ! »

« Non ! »

Sakura secoua la tête mais ne put s'empêcher de sourire. Elles agissaient comme des gamines de huit ans, mais au moins, elles en avaient l'apparence.

« Tu ne te souviens pas qu'on a été enlevés dans les souterrains ? Tu te souviens du Premier ? Et… d'Ekari ? »

« Ekari, » murmura Ino lentement. « Je me souviens de lui. »

« Tu l'as empêché de te tuer, de tuer beaucoup de monde. Mais tu as été blessée. Tu mourais, Ino. »

« Oui. Je… je crois que je suis morte, pendant quelques secondes. Et puis… Je ne sais pas. Quelque chose est arrivée. »

« C'était moi, et je jure que si tu recommences un truc aussi stupide je te tuerais moi-même. »

« Tu… Mais comment ? »

« Mon don. Je peux soigner apparemment. Je ne sais pas vraiment comment, ou ce que je peux soigner ou non, mais j'ai pu réparer ce que ton corps avait subi à cause de ce que tu avais fait, ou de ce qu'Ekari avait fait, peu importe. Mais je peux rien faire pour ton esprit, et tout le monde était très inquiet. Mais tu es là. »

« Oui. »

« Ta famille est si inquiète, Ino. Tu dois te réveiller. »

« Mais je… »

« Quoi ? »

« Je ne sais pas. »

« Ino ? » Elle prit sa main, la força à croiser son regard. « Tout ira bien. »

« Non, » murmura la télépathe, et ses yeux s'emplirent de larmes.

« Ino… »

« Je… Mon père m'avait dit de l'utiliser si… Je voulais seulement protéger mon clan, et toi et les autres et… Je ne connaissais pas d'autre moyen. C'était le seul moyen que j'avais. »

« Je sais. »

« Mais… » La voix d'Ino se brisa, alors elle s'interrompit pour contrôler ses sanglots. Sans trop de succès. « Ekari est mort, pas vrai ? »

« Oui, » confirma doucement Sakura dans le silence de ce monde. « C'était un monstre. Ino, ton cousin est mort il y a longtemps, ce qu'ils avaient fait de lui, ce qu'il est devenu… Il n'y avait pas grand-chose de bon en lui. Si tu ne l'avais pas arrêté, il aurait fait du mal à beaucoup d'autres gens. »

« Mais ce n'est pas comme ça que c'est censé se passer. Ce n'est pas ça, la justice. »

« Tu étais la seule capable de l'arrêter. Arrestation, procès, emprisonnement, exil,… Ce n'était pas possible pour lui, tu sais ça. »

« C'est juste que… Je… » Elle ferma les yeux, des larmes coulèrent sur ses joues. « Je ne voulais pas. »

« Je sais que tu ne voulais pas, » assura Sakura, le cœur brisé. Elle haïssait la voir dans cet état, détestait se sentir si inquiète, si hésitante. Alors elle passa un bras autour de la taille de cette petite Ino et la serra contre elle. « Je sais. »

« Je l'ai tué. »

Que pouvait-elle dire ? Comment pouvait-elle la rassurer ? Il n'y avait rien qui pourrait adoucir cette vérité.

« J'ai tué un homme. »

Dire que personne ne la condamnerait n'aiderait en rien.

L'un des pires cauchemars d'Ino était devenu réalité, et elle devrait apprendre à l'accepter et à vivre avec à tout jamais.

Elles restèrent un instant dans le silence, au milieu de ce beau paysage, jusqu'à ce qu'Ino prenne la main de Sakura dans la sienne sans bouger de sa position, tout contre elle.

« Est-ce que ça va ? » lui demanda t-elle, sa voix rauque, encore tremblante, mais ses larmes semblaient avoir cessé.

Sakura acquiesça.

« Ca va maintenant. »

« Est-ce que tu as été blessée ? »

« Un peu. Je vais bien. J'ai dormi quelques jours, moi aussi. »

« Pourquoi ? »

« Ne t'inquiète pas pour ça. Je vais bien. »

« Et les autres ? »

« Aussi. »

Il y eut une pause, courte et étrangement tendue, et Sakura sut d'instinct quelle direction prenait leur conversation.

« Mon père est mort, n'est-ce pas ? »

« Oui. Je suis désolée. »

« J'ai… je crois que j'ai entendu les pensées de ma mère, ou les tiennes… Je ne suis pas sûre. Je… J'arrive pas à y croire. »

« Il est décédé. Je… je ne sais pas grand-chose, juste qu'il a perdu la vie durant l'opération contre Danzo et son réseau. Danzo est mort. »

« Alors c'est la fin. »

« Il semblerait. »

« Mon père aurait été heureux. »

Sakura la laissa digérer la nouvelle, mais Ino semblait étrangement plus calme à présent. Peut-être n'avait-elle simplement plus de larmes, ou peut-être avait-elle décidé de ne plus montrer sa douleur si librement.

Avait-elle entendu les pensées de tous ses proches ces derniers jours ?

Allait-elle réellement bien, ou n'était-ce qu'une illusion ? Peut-être qu'elle ne se réveillerait jamais, en fait. Peut-être que cette image était tout ce qu'il restait d'elle.

Non. Sakura refusait cette possibilité. Hors de question.

« J'étais terrifiée, » confia t-elle dans un murmure, serrant instinctivement la main d'Ino plus fort. « Je pouvais te sentir mourir, et je… Je suis heureuse que tu sois là. »

« Merci. De m'avoir sauvé la vie. »

« Ouvre les yeux, tu veux ? Ouvre les yeux et parle-moi dans le monde des conscients. »

« J'essayerai. »

« D'accord. »

« Mais pour le moment, restons ici un peu plus longtemps. Juste toi et moi. D'accord ? S'il te plait. »

« D'accord. »

O

Il était près de midi quand Sakura ouvrit les yeux. Désorientée, elle mit quelques minutes à se souvenir de tout. Alors elle se leva prudemment, retrouva la chambre d'Ino et entra.

La télépathe dormait toujours.

Inquiète, mais ayant à présent l'espoir qu'Ino était toujours là, quelque part, Sakura redressa ses protections mentales et retourna dans la chambre dans laquelle elle avait passé la nuit. Elle y trouva des vêtements propres à sa taille, bien pliés sur une chaise près du lit. Une fois changée et présentable, elle se mit timidement en quête de quelqu'un.

Le salon et la cuisine du premier étaient vides, mais elle sentit très vite des présences au rez-de-chaussée. Une fois en bas des marches, elle hésita avant d'entrer dans les quartiers communs. Personne dans le salon là non plus. Et pas étonnant, car en réalité la famille était réunie dans le séjour, occupée à déjeuner.

Génial.

Tous les regards se posèrent sur elle, et certains eurent l'air étrangement soulagés de la voir apparaître, peut-être bien parce qu'un lourd silence enveloppait la scène. Sakura supposa que ce ne devait pas être simple de se retrouver ensemble à table alors qu'ils venaient seulement de perdre deux des leurs, d'apprendre qu'un garçon qu'ils avaient cru mort depuis longtemps avait en réalité été kidnappé pour devenir psychopathe, et qu'ils pourraient bien être en train de perdre leur benjamine. Et tout cela sous le regard attentif de tout le pays.

Complètement figée, Sakura attendit que quelqu'un veuille bien réagir. Lorsqu'enfin l'aînée du clan se leva, elle manqua s'écrouler de soulagement. Et d'inquiétude. La grand-mère s'approchait d'elle, un sourire un peu tremblant au visage.

« Nous te devons beaucoup, jeune fille. »

Sakura ouvrait la bouche pour mettre fin à ces idioties quand la vieille dame passa ses bras autour d'elle. Comme ça. Sans prévenir.

Elle ne bougea pas, tendue, choquée, jusqu'à ce qu'elle veuille bien la relâcher.

Non mais vraiment, c'était ça, les manières d'un clan de la bonne société ?

« Oh, je suis désolée, ma petite. Je ne me suis même pas présentée. Je suis Hiza Yamanaka, la grand-mère d'Ino. Et tu connais déjà Kire. Voici mon plus jeune – » Ses mots moururent, elle pâlit mais se reprit bien vite, des années d'habitude l'aidant à chasser la peine et la douleur. « Voici mon fils, Idaiki, et sa fiancée, Aya Aido. »

Sakura s'inclina respectueusement, gênée et timide. Bordel, elle n'avait rien à faire là. Ils essayaient de faire leur deuil, en famille, ils n'avaient pas besoin qu'elle s'immisce dans ces instants. Et ils étaient le clan Yamanaka, aussi petit fusse-t-il devenu.

Une véritable tragédie, toute cette histoire. Un gâchis injuste et bien triste.

« Viens, installe-toi. Grey ? »

L'employé de maison hocha la tête avec un petit sourire. Il alla rapidement chercher des couverts pour Sakura, absolument mortifiée, qui se retrouva installée à côté de Kire, en face d'Aya.

Qu'est-ce qu'elle fichait là ?

Elle laissa son regard se promener autour d'elle pour essayer de se calmer, mais voir les peintures et les photos des membres passés et présents du clan ne fit que l'angoisser davantage.

Comment s'était-elle retrouvée là, autour d'un déjeuner avec l'un des plus prestigieux clans du Pays du Feu, alors qu'elle avait été élevée dans le district sud par une mère pauvre, malade et alcoolique ?

Génial.

« Tu peux manger, tu sais, » l'invita gentiment Idaiki avec un petit sourire taquin.

Il ressemblait à Ino. Le seul autour de la table à avoir autant l'air de… d'un Yamanaka. Des cheveux d'un blond brillant, des yeux sans pupille,… Ses yeux étaient bleus. Plus clairs que ceux d'Ino. Son visage, bien que portant les traces des épreuves récentes, gardait un air lumineux plein de jeunesse. Il semblait ouvert, plus que ne l'avait été Inoichi et, en un sens, plus que ne l'était Ino.

Sakura se força à manger un peu. La nourriture était délicieuse.

Après quelques secondes, peut-être pour la mettre plus à l'aise, Hiza discuta avec Kire de la boutique de fleurs. Peut-être cherchait-elle aussi à pousser sa belle-fille à songer pour quelques secondes à autre chose qu'à son défunt mari et à sa fille malade. Et comment se sentait Hiza elle-même, alors qu'elle venait de perdre deux de ses fils ? Pâle et fatiguée, comme eux tous, la grand-mère avait aussi l'air forte, comme déterminée. Ino avait mentionné son grand-père et son sort, et Sakura ne pouvait qu'admirer Hiza. Après toutes les pertes qu'elle avait subies, ses enfants, son époux, sa belle-fille, ses petits-fils, et maintenant sa petite-fille qui…

Qui…

Sa...kura…

Ino ?

Abandonnant ses couverts, Sakura n'hésita pas, sauta sur ses pieds et se précipita à travers le séjour, le salon, en direction des escaliers, sans un mot ou un regard en arrière. Elle monta, courut jusqu'à la chambre d'Ino et y entra.

« Ino ? » Elle alla s'asseoir au bord du lit puis se pencha pour poser une main sur la joue de son amie. « Ino ? »

Et là, comme un rêve, comme un miracle, Ino bougea la tête, lutta pour ouvrir les yeux. Et lorsqu'elle réussit, quelques secondes plus tard, son regard trouva naturellement celui de Sakura.

« Hey, » murmura celle-ci, sentant sa gorge se serrer.

« Salut, » chuchota Ino, sa voix rauque.

Ce simple mot poussa les larmes que Sakura retenait jusque dans ses yeux. Elle les ravala avec difficulté.

« Je croyais que j'avais replacé mon bouclier mental. »

« Tu devrais le renforcer alors. Ou peut-être que tu m'as laissé passer. »

« Peut-être, » sourit Sakura, sa voix toujours basse. « Comment tu te sens ? »

« Fatiguée. Ce qui est bizarre, non ? Et ma tête me fait un peu mal. Mais je crois que ça va. »

« Bien. Très bien. »

En sentant le chakra des membres de la famille avancer rapidement vers elles, Sakura se leva après avoir serré la main d'Ino. Elle lui sourit.

« Je crois qu'il y a beaucoup de gens qui souhaitent te voir. »

Lorsqu'ils entrèrent, Sakura tourna la tête vers eux et croisa le regard de Kire.

« Elle va bien, » rassura t-elle en s'éloignant du lit.

Immédiatement, Kire se précipita vers sa fille. Un petit sanglot s'échappa d'entre ses lèvres lorsqu'elle serra Ino contre elle, avec douceur et amour.

Et alors qu'elle observait cette réunion, Sakura songea pour la toute première fois de sa vie que la chance existait peut-être.

O

Quelques temps plus tard, les deux filles se retrouvèrent seules. Sakura observa enfin un peu autour d'elle, la bibliothèque au contenu varié, l'ordre, les photos d'Ino avec sa famille ou ses amis, et elle soupira.

« Il faut vraiment que j'y aille. Je dois rentrer chez moi. »

« Tu n'es pas censée rentrer, » protesta Ino du lit qu'il lui était interdit de quitter jusqu'à nouvel ordre. Elle restait faible et un peu désorientée, mais elle avait aussi assez de force pour s'asseoir un peu. « Tu devrais même être à l'hôpital. »

« Tu peux parler. »

« Tu trembles, regarde. Viens t'asseoir ici, » invita t-elle en tapotant la place près d'elle. « Tu vas t'évanouir si tu ne te reposes pas. »

Avec un autre soupir, Sakura obéit et la rejoignit.

« Je suis encore un peu fatiguée. Mais je sens que mon chakra s'est déjà bien renouvelé. »

« Maman a dit que Tsunade l'a autorisée à te garder ici pour le reste de ta convalescence. »

« Je ne peux pas rester. »

« Pourquoi ? Ce n'est pas comme si on n'avait pas la place. »

« Mais je dois aller voir ma mère. Et Mari et Haruka aussi, elles doivent s'inquiéter. »

« Tu… ne sais pas ? »

Le cœur de Sakura se serra alors qu'Ino se tendait.

« Quoi ? »

« J'ai… entendu des choses provenant de ma mère. Je pensais que quelqu'un te l'avait dit. »

« J'ai quitté l'hôpital plutôt précipitamment. De quoi tu parles ? »

« Apparemment ta mère a été hospitalisée. »

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Je n'en suis pas certaine. Elle était désorientée, ou quelque chose comme ça. »

« Merde. »

« Attends ! » Ino attrapa son bras pour l'empêcher de se lever. « Tu ne peux pas partir, tu ne vas pas assez bien. »

« Je dois savoir ce qu'il s'est passé pour Reika. »

« Je sais qu'elle n'est pas en danger. Tu peux appeler l'hôpital public. Ou Tsunade pourrait te donner des nouvelles. »

La simple idée d'appeler Tsunade Senju pour lui demander ce qui était arrivé pour que sa mère se retrouve à l'hôpital lui semblait complètement impensable et ridicule.

Même dans une telle situation Reika trouvait le moyen de lui compliquer la vie.

« Tiens, » lui dit Ino en déposant son téléphone dans les mains de Sakura. « Appelle. »

« Tu as le numéro de Tsunade la Légendaire dans ton téléphone portable ? »

« C'est une amie de la famille depuis longtemps. Je ne l'ai pas mentionné ? »

Sakura secoua la tête mais appela. Ce fut court, Tsunade n'était pas exactement la personne la plus aimable à laquelle il lui ait été donné de parler.

Apparemment, quand Sakura avait été retrouvée et hospitalisée, deux policiers s'étaient rendus à son domicile pour avertir sa famille. Ils avaient trouvé sa mère ivre et désorientée, une profonde coupure au bras, et avait dû appeler une ambulance. C'était à ce moment-là qu'Haruka et Mari avaient donné aux policiers quelques affaires pour Sakura.

Elle allait devoir les appeler un peu plus tard, pour les remercier et les rassurer.

Le fait que Reika avait été hospitalisée voulait signifier qu'ils se rendraient compte qu'elle ne prenait pas son traitement correctement. Les Services Sociaux allaient réagir et pourraient devenir un problème. Sakura ne serait pas majeure avant le mois de mars, et il y avait de bonnes chances pour que Reika sorte de la clinique rapidement. Elle avait toujours refusé d'être soignée.

« Ça va ? »

« Oui, » mentit Sakura.

Ino le sut mais n'en fit pas cas. Elle se contenta de lui prendre la main.

« Qu'est-ce qui est arrivé à tes mains ? » s'inquiéta t-elle immédiatement en traçant du bout des doigts les cicatrices sur ses paumes.

« C'est rien. »

« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? »

« Juste des brûlures. Ne t'en fais pas, c'est pas grand-chose et ça ne fait pas mal. Tsunade m'a soignée. »

« Oui, elle est géniale dans son domaine. Tu… Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

Stupéfaite, Sakura ne put répondre. Elle avait été trop préoccupée plus tôt pour le remarquer, voir la différence. Mais…

Ça ne pouvait être vrai. Comment était-ce seulement possible ?

Le chakra d'Ino était intact.

Sakura l'observa, de la tête aux pieds, força la jeune femme à se tourner un peu en la tirant par l'épaule pour jeter un œil à son dos, mais… Cette fracture qui l'avait marqué auparavant était devenue si discrète qu'elle pouvait à peine la percevoir.

« Sakura ? Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Ino en la regardant avec incrédulité.

Qu'est-ce que ça voulait dire ?

« Rien. Rien. Désolée. Je… Désolée. »

« Tu es sûre ? Tu te sens bien ? Tu as besoin de quelque chose ? »

« Non. Enfin, je suis fatiguée, mais… »

« Hey, » murmura Ino en posant sa main sur sa joue. « Tu es sûre que ça va ? Tu es pâle. »

« Je suis sûre. Et toi ? »

« Ça va. Grâce à toi. »

Etait-ce possible ? Sakura ne savait pas vraiment comment elle avait réussi à guérir Ino. Et si elle avait soigné ce truc, cette… maladie ? Si elle ne pouvait quasiment plus voir cette marque dans son chakra, cela signifiait-il qu'Ino pourrait échapper à son destin ? Comment en être sûre ?

La réponse était simple. Elle ne pouvait être certaine de rien. Seul l'avenir le lui dirait.

« Sakura ? »

« Désolée. Je vais bien, arrête de me regarder comme ça. »

« D'accord. Dans ce cas… »

La main d'Ino se posa sur sa nuque et ses lèvres rencontrèrent les siennes. Elle l'embrassa lentement, et Sakura ferma les yeux, brusquement apaisée.

Ino allait bien. Elle était là, et elle allait bien.

Elles allaient bien toutes les deux.

O

Le lendemain matin, Sakura se réveilla tôt.

Une fois douchée et habillée, elle sortit dans le couloir et ne put résister. Elle frappa doucement à la porte de la chambre d'Ino, mais aucune réponse ne lui parvint. Sans un bruit, elle entra.

Ino dormait toujours. Son sommeil semblait paisible et elle respirait bien, alors Sakura put souffler et se détendre une nouvelle fois. La veille, Ino avait dormi une partie de l'après-midi. Puisqu'elle restait trop faible pour se balader, elles avaient pris leur dîner dans sa chambre, et puis Tsunade en personne était venue les voir pour faire un check-up. Selon elle, toutes les deux se portaient bien, et Ino avait été libérée de son intraveineuse et autres joyeusetés médicales avant de se rendormir tôt dans la soirée.

Les fleurs bleu et vert attirèrent son regard et Sakura s'approcha du bouquet. Tout en les observant, elle laissa ses pensées la rattraper.

Rester au manoir n'était pas une bonne idée. Elle devrait partir bientôt, rentrer chez elle, retourner en cours. Enfin, dès qu'elle en aurait le droit. Il fallait qu'elle reprenne sa vie.

Ses doigts effleurèrent les pétales qui commençaient à se fatiguer doucement sous la pâle lueur du matin d'hiver, et elle repensa à ces derniers mois, à quel point sa vie avait changé.

Elle en eut le vertige.

« Elles sont magnifiques, n'est-ce pas ? »

Surprise, Sakura se tourna vers Kire, qui venait d'entrer silencieusement derrière elle. La fleuriste jeta un œil à sa fille, avant de sourire à Sakura, sa voix douce pour éviter de déranger la dormeuse.

« Ino m'a demandé d'en ramener quelques graines il y a quelques semaines, alors que j'étais à l'étranger. Je l'ai prévenue qu'elles étaient trop fragiles pour survivre à Konoha et qu'il était inutile d'essayer, mais elle n'en démordait pas. Elle a travaillé sur ces fleurs pendant des semaines avant d'arriver à trouver le bon équilibre pour leur permettre de pousser et de durer avec son don. Elles ne survivraient pas à l'extérieur, mais Ino les a cultivées dans la serre. » Kire s'avança vers le vase pour prendre l'une des fleurs délicatement. « Elles poussent bien plus au sud, mais même là-bas elles restent rares. Ino en a vu dans un de mes livres et je ne sais pas pourquoi, mais elle les a aimées tout de suite. Je ne l'avais jamais vue travailler autant sur une plante auparavant. J'en prends soin à sa place en attendant qu'elle se sente mieux. »

Sakura garda ses yeux sur les fleurs, se remémorant cet après-midi qu'Ino et elle avaient passé dans la forêt, et aussi cette vallée dans leur rêve commun. Quelle signification avait ces fleurs pour Ino ? La même que pour Sakura ?

« As-tu bien dormi ? »

« Oui, je vous remercie, » répondit Sakura. « Je voulais juste… »

« Je sais. Mais Tsunade a dit qu'elle sera vite sur pieds. »

Ça n'empêchait pas Kire de s'inquiéter, et Sakura se demanda si elle avait vraiment dormi. Elle avait l'air fatiguée, peut-être avait-elle passé sa nuit à faire des allers et retours entre sa chambre et celle de sa fille.

Tout de même, c'était étrange qu'ils acceptent si aisément l'intrusion de Sakura dans leur vie, dans leur foyer. Bien sûr, elle était une amie d'Ino et elle l'avait apparemment sauvée, mais il restait qu'ils la connaissaient à peine. Ils ne se posaient pas plus de questions. Ca semblait être la norme avec Ino, et apparemment même sa mère ne l'interrogeait pas sur ses pensées, motivations ou faits et gestes.

C'était bizarre. Après tout, Sakura ne se gênait jamais pour questionner Ino.

« Je vais retourner dans ma chambre. Si tu as besoin de quoi que ce soit, Monsieur Kino va bientôt commencer sa journée. »

« Merci. »

O

« Choji, je vais bien. Vraiment. »

« Je suis désolé, » répondit le jeune homme, luttant encore contre ses larmes. « Désolé. Je suis si content ! »

Il la lâcha enfin pour aller s'asseoir sur une chaise près du lit et sourit.

« Tu nous as fichu une de ces trouilles ! »

Shikamaru s'approcha lui aussi, l'air faussement nonchalant. Sakura pouvait voir qu'il était tendu, son regard intense braqué sur Ino semblait étudier chacun de ses traits ou de ses gestes. Il passa les mains dans ses poches, peut-être pour enrayer sa propre envie de prendre son amie d'enfance dans ses bras.

Avec un soupir, il alla s'asseoir dans le fauteuil.

« Tu es pénible, » informa-t-il.

Sakura, assise près de la fenêtre, garda son attention toute tournée vers sa lecture même si elle écoutait d'une oreille.

« Nos parents voulaient venir aussi, » informa Choji, « mais ils ne voulaient pas te fatiguer. Ils passeront dans quelques jours. C'est de la part de tout le monde, » précisa t-il ensuite avec un geste vers les présents que son ami et lui avaient déposés sur le bureau. « Nos parents, les cousins, les oncles et tantes, les grands-parents,… Une fois que tu seras sur pieds, tu vas devoir aller voir tout le monde. »

« Très bien, avec plaisir. Mais ce n'était pas la peine de venir les bras chargés. »

« Oh, ce ne sont que des petits choses. »

« Je suis désolée de tous vous avoir inquiétés. »

« Qu'est-ce que t'as dit Tsunade ? » demanda Shikamaru, et sa voix trop sérieuse, trop rapide trahissait son inquiétude.

« Que je vais bien. Je dois me reposer quelques jours, c'est tout. Je retournerai sans doute en cours après les fêtes. »

« Bien. »

« Excellent, même, » confirma Choji.

« Ino… » commença Shikamaru, sa voix plus basse.

Sakura se tendit, et elle vit Ino baisser les yeux.

« Je suis vraiment désolé pour Inoichi. »

« Moi aussi, » renchérit leur ami d'une voix chaude et douce. « Il va nous manquer. »

« Nous sommes là si tu as besoin de quoi que ce soit. »

« Je sais, » murmura Ino avec un petit sourire un peu tremblant. « Je sais. Merci. »

Quelques heures plus tôt, Kire et Ino avaient passé un moment seules, dans la chambre. Lorsque Sakura avait de nouveau pu voir la jeune femme, les yeux rouges et encore larmoyants qui s'étaient levés vers elle l'avaient priée de faire quelque chose.

Mais tout ce que Sakura avait pu faire avait été de passer un bras autour de ses épaules et de l'écouter. Kire avait raconté à sa fille comment Inoichi était mort, son enterrement et tout ce que son clan avait fait ces derniers jours, la réaction des gens, des journalistes, toutes ces fleurs, ces mots et ces petits présents qui leur avaient été envoyés par leurs amis ou même des étrangers, l'équilibre qui se reformait à Konoha, l'enquête et les arrestations qui continuaient.

« Est-ce qu'ils vous ont dit ce qu'il s'est passé dans les souterrains ? » demanda Shikamaru après quelques secondes.

« Pas dans les détails. Juste l'essentiel. »

« L'opération a bien failli se terminer tragiquement pour tout le monde, » partagea Choji.

« Comment ça ? »

Sakura leva la tête elle aussi.

« Ce Premier, Ichi, il s'est réveillé quand ils vous ont trouvés et qu'ils vous évacuaient. Et quand il a vu que… » Il hésita. « Quand il a vu que le télépathe était mort, il a pété un câble. Il a tout fait exploser. »

« C'est à ce moment-là que deux des policiers sont morts. Heureusement, l'équipe sur les lieux avait donné la priorité à votre évacuation, alors vous vous trouviez assez loin de lui pour ne pas être tués. »

« Apparemment cette partie des souterrains s'est écroulée. Ils n'ont pu retrouver que quelques morceaux des corps. »

« Choji… »

« Désolé. »

Ino hocha la tête, et Sakura se demanda si elle pensait à Ekari une nouvelle fois. A sa connaissance, personne n'en avait parlé directement à Ino. Elle se demanda si ce sujet deviendrait un tabou au sein du clan et du groupe d'amis, comme tant d'autres.

Ino leva la tête et rencontra son regard. Quelque chose dans le cœur de Sakura s'allégea.

Elle sut qu'entre elles, le silence ne régnerait jamais.

O

Le soir-même, Kire entra dans la chambre juste avant le dîner. Sakura et Ino regardaient un film – ou plutôt luttaient contre leur fatigue vaillamment pour essayer de voir un film.

La fleuriste leur sourit alors que sa fille mettait le DVD sur pause.

« Désolée de vous déranger. J'apportais seulement ceci à Sakura. »

La jeune femme lança un regard curieux vers le sac vert qu'elle tenait et fronça les sourcils.

« C'est le mien, » remarqua t-elle.

« Ta voisine l'a apporté à l'hôpital ce matin en pensant que tu en aurais besoin. Monsieur Kino a eu la gentillesse d'aller le récupérer. Ce sont des vêtements et des affaires de toilette apparemment. Et il y a aussi tes livres et tes cours dedans. »

« Oh. C'est très gentil, merci. Mais comme je le disais à Ino, je partirai demain matin. Je vous remercie beaucoup pour votre hospitalité. »

« Hors de question. »

« Pardon ? »

Kire leva un sourcil sans se départir de son calme.

« Tu vas rester ici le temps de ta convalescence. »

« Mais je vais bien. Tsunade m'avait imposé trois jours de repos, et ça fait trois jours. Je dois retourner en cours lundi, et – »

« Tu ne retournes pas à l'Académie, il est trop tôt, et puis ce sera la dernière semaine avant les vacances. Tu as besoin de plus de repos. Tu es la bienvenue ici aussi longtemps que tu le souhaiteras. Passez une bonne nuit ! »

« Bonne nuit, maman. »

Kire partit avant que Sakura puisse répondre ou la contredire. Lorsqu'Ino se mit à rire, elle tourna son attention vers elle, agacée.

« C'était quoi, ça ? » demanda t-elle.

« Désolée, Sakura, mais apparemment tu n'as toujours pas compris qu'aller à l'encontre de mon clan est inutile. Nous obtenons toujours ce que nous voulons, alors nous n'acceptons quasiment jamais un refus. »

« Je le savais en ce qui te concernait, mais pas pour ta mère… Mais il faut vraiment que je parte. Je – »

« Elle s'inquiète pour toi, » l'informa doucement Ino. « C'est tout. Elle ne veut pas que tu retournes… »

« Où ? Dans le district S ? C'est l'endroit où je vis, Ino. C'est chez moi, c'est là-bas que j'ai vécu presque toute ma vie, et ça n'est pas si terrible. »

« Je n'ai pas dit… Nous ne sommes pas snobs, enfin, nous avons peut-être quelques a priori, mais c'est juste… » Elle soupira. « Ta mère est toujours à l'hôpital, non ? »

« Je n'en suis pas sûre, » répondit Sakura, les yeux devant elle, tendue.

Ino hésita. Blesser son amie ou la braquer n'était vraiment pas dans ses intentions.

« Et même si elle est rentrée chez vous, tu es mieux ici, tu ne crois pas ? »

Sakura ne répondit pas, le visage fermé.

« Je vais parler franchement, d'accord ? » reprit Ino en se redressant. « S'il te plait, ne le prends pas pour toi. Ta mère n'a pas d'argent, et d'après ce que j'ai entendu dans ton voisinage à son propos, le peu qu'elle a n'est pas dépensé pour prendre soin de toi. Et je sais que tu peux te débrouiller, tu es presque adulte et tu as toujours su prendre soin de toi, mais il fait très froid et tu es toujours un peu malade. Tu as besoin de bien manger, de bien dormir, et honnêtement l'idée que tu retournes là-bas maintenant m'angoisse, et je sais que ta relation avec ta mère est complexe. Je ne dis pas que je comprends, mais je – »

Deux doigts posés contre ses lèvres coupèrent Ino dans sa lancée. Sakura rencontrait enfin son regard, et elle espéra que ce qu'elle pouvait voir dans ses yeux verts n'était pas de la colère.

« Tu aurais pu simplement me demander de rester, tu sais. »

« Reste. S'il te plait. »

Avec un soupir, Sakura se tourna vers l'écran plat accroché au mur en face du lit mais Ino ne parvenait pas à détacher son regard de son visage, pleine d'espoir.

« Alors, tu restes ? »

« Juste un peu plus longtemps. Jusqu'à ce que tu te sentes mieux. »

Avec un sourire, Ino pressa le bouton lecture. Puis elle se pencha vers Sakura pour déposer un baiser sur sa joue.

« Merci. »

O

Une semaine plus tard, Sakura se trouvait toujours au manoir Yamanaka et commençait à croire qu'ils ne la laisseraient pas partir avant qu'elle entre à l'université. Ino allait mieux, mais toutes les deux étaient forcées de rester à l'intérieur en raison du froid. Enfin, c'était la version officielle et médicale, mais Sakura soupçonnait Hiza, Kire et Idaiki de chercher à les protéger de l'attention générale et des médias.

Mis à part certains repas, Sakura n'avait que peu vu les membres de la famille d'Ino. Ils semblaient tous très occupés, sortaient beaucoup et avaient sans doute dû gérer des tas de choses en lien avec la disparition d'Inoichi et la presse.

Au final, puisqu'elles avaient passé une dizaine de jours enfermées et plus ou moins isolées de tout, ce n'était pas vraiment surprenant qu'Ino se montre aussi excitée qu'une enfant simplement parce qu'il neigeait. Et le fait qu'elle ne soit pas autorisée à sortir pour en profiter la rendait malheureusement encore plus survoltée. Hiza avait mentionné en passant qu'ils commenceraient à décorer le manoir pour les fêtes de fin d'année le jour suivant, et Sakura espérait que ça calmerait un peu la télépathe.

Parce qu'honnêtement, Ino version pile électrique était carrément effrayante.

Lorsque Kire lui avait dit que le clan lui serait toujours redevable, Sakura n'avait pas compris à quel point elle avait été sincère. Elle comprenait seulement que pour une famille aussi influente et fière, de tels mots n'étaient jamais prononcés à la légère. Certains amis de longue date d'Ino n'avaient jamais mis les pieds au manoir, et elle vivait parmi les Yamanaka depuis des jours comme invitée de marque. C'était presque embarrassant à quel point ils souhaitaient qu'elle se sente bien.

Mais Sakura ne pensait pas être capable de s'habituer à ce qu'un employé serve tous ses repas, nettoie derrière elle et lave ses vêtements, sans parler du reste, comme par exemple la véritable nature de sa relation avec Ino.

Garder ce secret n'avait rien de difficile, ce qui était ironique quand on considérait le fait que ces murs avaient vu des générations de télépathes naître et grandir.

Le pays, comme beaucoup d'autres, autorisait le mariage et l'adoption pour les couples gays depuis des années. Et si ça ne signifiait pas que dix-sept ans de légalité avaient changé toutes les mentalités, ça voulait au moins dire que les homosexuels s'intégraient généralement bien. Mais Sakura n'était vraiment pas pressée de voir sa vie privée être discutée et analysée, et elle savait qu'Ino ne désirait pas dévoiler leur secret à son clan pour le moment. Le fait qu'elle se retrouvait parachutée à sa tête n'aidait sans doute pas.

Il était simplement trop tôt, et beaucoup trop de choses étaient arrivées.

Ce jour-là marquait le début des vacances, et les amis d'Ino – enfin, leurs amis – leur rendaient visite. Une surprise de Kire.

Réunis dans le séjour, ils échangèrent des salutations excitées et quelques commentaires (Sakura ne réussit pas à échapper à une ou deux embrassades), puis Naruto se plaignit de ne pas avoir pu venir les voir plus tôt, ni même les appeler.

« Navrée, » grimaça Ino. « Ma mère a été un chouia surprotectrice. »

Tenten, qui s'appuyait encore sur des béquilles mais s'en passerait vite, sourit.

« On avait remarqué. Mais c'est rien, on comprend. Je suis si contente de vous voir debout ! »

« Merci. »

« Et… » commença Lee avec un pause théâtrale, « nous avons quelque chose pour vous deux. »

Hinata sourit en tendant une petite boite enveloppée de papier cadeau à Sakura. Kiba déposa un carton bien plus grand aux pieds d'Ino.

« C'est comme des cadeaux de Noël, juste un peu en avance. »

« Merci, mais pourquoi ? » demanda Ino.

« Parce que vous êtes vivantes, » répliqua Neji platement en croisant les bras. « Ouvrez, allez. »

Sakura et Ino échangèrent un regard avant d'ouvrir leur présent respectif. Ils avaient acheté un téléphone portable à la première, l'un de ces outils technologiques fins et plats qui pouvaient à peu près tout faire sauf le café. Tenten lui précisa qu'ils avaient payé le forfait sur six mois.

« Tu n'auras aucune excuse maintenant, » la prévint Naruto. « Tu devras venir à toutes nos sorties. »

« Merci, » murmura t-elle, touchée, mais ne sachant que répondre au jeune homme.

« Kiba… C'est… »

Sakura baissa le regard vers Ino, qui se tenait toujours à genoux devant sa boite. Et, gigotant joyeusement à l'intérieur, une petite boule de poils réclamait de l'attention. Un chiot. Lorsqu'Ino le prit dans ses bras, le petit chien commença immédiatement à lécher son visage.

« C'est un mâle, » informa Kiba fièrement. « Il s'appelle Hoshimaru, mais il semble mieux répondre à Hoshi. Il est le petit-fils de Kuromaru, et le cousin d'Akamaru. » Le chien en question émit un petit jappement, comme pour confirmer les dires de son maître. « Hoshi vient de notre meilleure lignée. Ma mère élève et entraîne personnellement sa portée pour les forces de police. Le clan Inuzuka est heureux de te le confier. Nous espérons qu'il sera un bon compagnon. »

« Il l'adore déjà, » s'amusa Lee en observant le chiot japper joyeusement dans les bras de la télépathe.

Ino sourit.

« Merci, Kiba. Ça me touche beaucoup. Je le ferai moi-même dès que je pourrai, mais en attendant, remercie ta mère et ton grand-père de ma part, s'il te plait. »

« Bien sûr, t'inquiète. Au fait, ma mère a dû un peu batailler avec la tienne pour qu'elle accepte qu'on te le confie, mais maman a gagné. »

« Tu m'étonnes, » murmura Naruto pour Lee qui sourit en grand.

Sakura n'avait jamais rencontré la mère de Kiba, mais elle avait entendu des rumeurs sur son fameux caractère. Elle espérait ne jamais se la mettre à dos.

Aussi blanc qu'Akamaru, Hoshimaru avait tout de même la fourrure noire sur le bas de ses quatre pattes. Il avait l'air de porter des chaussettes. Même le bout de sa queue était noire, tout comme son oreille gauche.

« Peut-être qu'à présent tu arrêteras de disparaître avec Akamaru, » blagua Kiba avec un grand sourire, jusqu'à ce que son chien gémisse. « Il n'est pas d'accord. Il sera là si tu as besoin de lui. »

« Merci, Akamaru, » s'amusa Ino. « Et merci à tous. Je suis tellement contente de vous voir ! Venez vous asseoir, il y a des boissons chaudes et des gâteaux, servez-vous. »

Une fois installée, le groupe informa les filles qu'il leur avait apporté les leçons qu'elles avaient manquées ainsi que leurs devoirs. Très vite, ils commencèrent à commérer sur tout et n'importe quoi, les évènements ayant eu lieu à l'Académie comme à Konoha, et même sur les autres pays également touchés par la chute de la Racine.

Très bientôt, Naruto se lança (sans doute une énième fois) dans un récit condensé et quelque peu romancé de ce qu'il s'était passé dans les souterrains. Ses antiques rendaient l'histoire rocambolesque, loin de toute peur ou de tout mauvais sentiment, et il passa outre les détails quant à la défaite de leurs ennemis pour terminer sur une explication grandiloquente de la manière dont il avait refusé d'être aidé par les policiers seulement pour s'évanouir après trois pas.

Après les rires, ses mots semblèrent réveiller la curiosité de tous.

« Dis, Sakura, je voulais te demander, » commença Tenten en se tournant vers la jeune femme qui était restée très silencieuse, préférant profiter de leur présence et discussions sans trop s'impliquer. « Qu'est-ce que c'était, ce que tu faisais contre Ichi ? »

« Ce que je faisais ? »

« Tu as fait plein de trucs extraordinaires, mais la façon dont tu l'as assommé était super bizarre. J'ai rien compris. Je ne comprends d'ailleurs toujours pas ce qu'est ton don. »

Tous leurs amis se tournèrent vers elle avec des regards plus ou moins accusateurs. La jeune femme croisa les bras sans se laisser impressionner.

« Quoi ? » leur lança Tenten. « Je sais que c'est contre la règle ou quelque chose dans le genre, mais elle peut choisir de ne pas répondre. »

Parce qu'elle ne voulait surtout pas se retrouver au centre d'un de leurs débats interminables, Sakura répondit :

« J'ai utilisé son propre chakra contre lui. Je l'ai volé et je le lui ai lancé. C'est mon don. Contrôler le chakra. »

« Cool, » commenta Naruto, la bouche pleine. « Qu'est-ce que tu peux faire avec ? »

Avec un froncement de sourcils, Sakura se tourna vers Ino.

« Est-ce que ça, ce n'est pas contre les règles ? »

« Je crois que si, » répondit Ino avec sérieux.

« Allez, Ino ! » se plaignit leur ami. « Tu ne nous as jamais dit non plus ce que tu peux vraiment faire. Ce truc, là, la discussion télépathique, c'est super. »

« On ne s'en servira pas en cours, Naruto. »

« Ino, tu te rends pas compte des avantages, » gémit-il, incrédule, avant de bien vite se reprendre. « Comme tu veux. Alors, tu sais faire quoi d'autre ? »

« C'est une télépathe qui a aussi un pouvoir sur la végétation, tout le monde sait ça. »

Sakura aurait pu utiliser un ton plus sec mais elle n'en avait vraiment pas envie. Taquiner Naruto se montrait toujours distrayant, et elle ne souhaitait aucunement répondre à plus de questions sur son don. Elle ne voulait pas non plus qu'Ino se sente mal à l'aise à cause de leurs interrogations. Malheureusement, le fait qu'elle était venue à sa défense ne passa pas inaperçu.

« Tu sais ! » l'accusa Kiba en pointant un doigt vers elle. « Tu sais ce qu'elle peut faire et elle sait ce que tu peux faire. »

« Non. »

« Tsss, vous êtes pas drôles. Hey, passe-moi une autre part de ce gâteau au chocolat. Il est délicieux. Si je pouvais enlever Monsieur Kino pour qu'il vienne travailler pour moi, je ne me gênerais pas. »

« Je doute que ton argent de poche soit assez pour régler son salaire, » commenta Neji tranquillement.

Kiba leva les yeux au ciel.

« Hey, » lança Tenten, « vous avez vu Mitarashi foutre la trouille à Hoto et ses stupides copains l'autre jour ? C'était hilarant. »

Ils passèrent trois heures à plaisanter et discuter, à faire des plans pour les vacances, à se taquiner, et pour la première fois, Ino et Sakura purent vraiment oublier ce qu'elles avaient vécu dans les souterrains et enterrer leurs inquiétudes.

Etre au milieu de leurs amis, tous heureux et en bonne santé, sembla enfin ouvrir la porte à leur avenir.

O

« Je peux entrer ? »

Sakura leva la tête de son livre d'Histoire et sourit.

« C'est ta maison. »

« Mais c'est ta chambre, » rétorqua Ino en avançant vers le lit, Hoshimaru dans les bras.

Par le passé, cette pièce avait été celle d'Idaiki, et avant cela, la chambre de Satoshi.

Ses parents l'avaient redécorée dans des tons bleus et taupe, quelques peintures habillaient les murs, destinées à apaiser les invités. Mais en réalité, à part Sakura, Ino ne se souvenait pas avoir déjà vu un étranger au clan occuper l'une des chambres d'amis du manoir. Elle se demanda s'il y avait eu un temps où sa famille n'avait pas été si secrète, si méfiante.

Avoir tous ses amis chez elle pour la première fois avait été un vrai plaisir, entendre des éclats de voix et des rires rebondir de pièce en pièce une véritable découverte. Les seules fois où ses parents ou ses oncles avaient reçu, ça avait été pour des repas avec leurs plus proches amis, Ibiki, les Nara ou les Akimichi, parfois quelques connaissances de sa mère ou de sa grand-mère.

Peut-être pourrait-elle leur demander si inviter plus souvent le groupe les dérangerait ? Ce serait sympa de voir plus de vie au manoir. Et briser un peu le mystère entourant le clan, du moins pour ses proches, ne serait pas si négatif. La plupart de ses amis n'avait même jamais rencontré Idaiki ou sa grand-mère.

« Ino ? »

Ino sortit de ses pensées rapidement et sourit à Sakura.

« Tu devrais décorer un peu. »

« Non, parce que je vais partir. »

« Mais… »

« Ino, ça fait deux semaines. Je vais bien, et toi aussi. Haruka m'a dit que ma mère a réapparu hier matin. Je dois rentrer chez moi. »

« Je sais, » soupira Ino.

Mais elle ne faisait pas confiance à Madame Haruno et l'idée de voir Sakura partir ne lui plaisait pas du tout.

Pourquoi les choses restaient-elles si compliquées ?

Elle cacha son soupir en se penchant pour déposer Hoshi au sol.

« Et puis, » dit Sakura d'une voix douce, essayant sans doute de l'apaiser, « ce sera Noël dans quelques jours. »

« Tu pourrais le fêter ici, avec nous. »

« Tu as besoin de passer du temps avec ta famille. »

Avec sa famille. Mais sans son oncle, sans son père, avec le fantôme d'Ekari hantant ses pensées.

Dans une grande demeure à moitié vide, avec ses occupants au regard plein d'ombres. Ino se demandait ce qu'ils pourraient supporter d'autre avant de se briser complètement, eux qui pourtant savaient bien que leur futur leur réservait inévitablement de nouvelles épreuves.

« Hey, » appela Sakura gentiment en attrapant sa main pour la pousser à s'asseoir sur le lit.

« Est-ce que tu fêtes Noël ? » lui demanda Ino en chassant sa tristesse.

« D'habitude non, pas vraiment. Mais j'ai été invitée chez Haruka et Mari cette année, alors… nouvelle expérience. Mari m'attend pour décorer le sapin. »

« Oh. »

« Je pars demain. »

« Et tu reviendras après les fêtes ? »

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Ma maison est plus près de l'Académie ? »

« C'est ridicule. »

« S'il te plait. Ma famille n'y verrait pas d'inconvénient, et je sais que ma mère songe à te demander de rester un peu plus longtemps. »

« Mais… »

« Mais quoi ? » poussa Ino un peu plus. « Je sais que tu dois parler à ta mère, et que tu as des choses à régler. Mais après, tu pourrais rester ici quelques temps. »

« Je ne peux pas accepter. »

« Pourquoi ? Nous savons toutes les deux que les sociaux pourraient te placer dans un foyer, ou peut-être dans une résidence étudiante, s'il y a de la place et que tu défends ton dossier. Pourquoi ne pas rester ici plutôt ? Au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire. On te le doit bien. »

« Ne dis pas ça, » la réprimanda Sakura sèchement.

« C'est vrai. Allez, dis que tu y penseras au moins. »

« Même si une procédure est engagée contre ma mère, le temps qu'ils fassent leur enquête je serai majeure. »

« Là, tu n'accordes pas assez de confiance à l'administration. Et tu oublies ta célébrité. »

« Qui sera vite oubliée, j'espère. On verra. »

« Tu bosses toujours ? » demanda Ino en jetant un œil sur les livres ouverts sur le lit.

« Oui. Pas toi ? »

« Je suis restée bloquée sur les maths. »

« Les maths. Encore. »

« Je les déteste. Du coup, j'ai décidé de faire une pause. Qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Quand ? »

« Après l'Académie, je veux dire. »

« Oh. » Sakura eut l'air étrangement embarrassée. « Ca dépend. »

« De quoi ? »

« De combien sera la bourse que j'obtiendrai. »

Ino espéra qu'elle ne rougissait pas. Comment faisaient les gens qui n'entendaient pas les pensées d'autrui pour ne pas être sans arrêt blessants sans le vouloir ?

« Ah, » fut tout ce qu'elle, héritière, télépathe, chef de clan, brillante élève, trouva à dire.

Idiote.

Mais Sakura ne semblait pas lui en vouloir le moins du monde. Il y avait même une jolie étincelle au fond de ses yeux.

« J'aimerais entrer à l'Université Senju. Médecine. »

« Vraiment ? Génial ! »

« C'est des années d'études. »

Et beaucoup d'argent. Mais Konoha ne laissait que rarement tomber ses jeunes bourrés de talent et travailleurs, et Sakura avait obtenu de bien assez bons résultats pour candidater à plusieurs bourses.

Sans parler de Tsunade. D'après ce qu'avait entendu dire (et penser) Ino, la Légendaire comptait bien surveiller de près le parcours de Sakura. Comme si elle allait la laisser étudier ailleurs qu'au département médecine de l'Université Senju.

« Et toi ? »

« Droit et criminologie, » répondit Ino simplement.

« Droit et… ? » Les yeux de Sakura brillèrent mais elle ne semblait pas vraiment surprise. « Tu veux entrer à l'Agence. »

« Ce n'est pas seulement un truc de famille. Je crois vraiment en ce que fait l'Agence pour la population. Et avec mes… talents, je serai plus utile là-bas que dans la police. J'aurais pu choisir de travailler avec ma mère, ou de faire je ne sais quoi d'autre, ou de ne rien faire du tout et partir explorer le monde ou quelque chose, mais je veux - j'ai besoin d'utiliser ma télépathie pour aider les gens. »

« Je comprends. »

Et Ino n'en doutait pas, et c'était ce qu'il y avait d'aussi extraordinaire entre elles. Elles comprenaient.

« Comment va Sayuri ? »

Ino hocha la tête.

« Elle va bien. J'ai réussi à retirer les barrières qui bloquaient ses souvenirs, mais certains étaient trop endommagés et d'autres ont été effacés. Sa personnalité réelle a l'air d'émerger de plus en plus, même si elle ne se souviendra jamais de toute son enfance. Elle ne sera jamais la même qu'avant, mais elle est Sayuri de nouveau. Elle reconnait sa famille, ses amis, se reconnait. Et j'ai assez repoussé ses souvenirs en tant que Konchu pour qu'ils restent flous. »

« Ce sera plus facile pour elle. »

« J'espère. »

« C'est bien, ce que tu as fait. Pour elle et pour sa famille. »

Ino baissa les yeux sur ses mains, la gorge serrée.

« Ino ? »

« Je… Je ne sais pas. »

« Tu ne sais pas si c'est bien ? »

« Oui. Non. Je… Ma télépathie… »

Elle resta silencieuse, chercha les mots. Comment exprimer cette peur qui l'avait toujours habitée ? Qu'elle avait pu lire dans le regard de son père, de ses oncles, de sa mère aussi, parfois ?

Elle joua avec Hoshi, qui s'amusait à mordiller ses chaussettes, et Sakura ne la poussa pas. Sa présence rassurante la réconfortait, et songer à ce qu'elle avait fait pour elle lui serrait toujours autant le ventre. C'était un sentiment étrange, de devoir la vie à une autre personne.

« Ekari disait vrai, tu sais, » murmura t-elle un instant plus tard, alors qu'Hoshi se couchait sur ses pieds. « Si nous ne parlons pas de notre don, c'est parce que nous ne voulons pas que les gens nous craignent ou nous accusent au moindre doute. Mais nous sommes dangereux. Ou nous pourrions l'être. Je pourrais l'être. Vraiment, vraiment très dangereuse. »

Sakura se rapprocha un peu d'elle, posa une main dans son dos, la voix douce, le regard sur son visage.

« C'est toi qui m'a dit que nous ne sommes définis que par ce que nous faisons avec nos dons, qu'avoir le pouvoir de tuer ne fait pas de nous des assassins. Et tout le monde sait ça. Tout le monde ou presque sait pour Kan et pour Ekari, et ils savent aussi pour Santa et pour ton père qui sont morts héroïquement en protégeant d'autres vies, en protégeant ce en quoi ils croyaient. Et ils savent aussi pour toi, qui as risqué ta vie en affrontant ton cousin pour l'arrêter. Ils n'ont pas besoin d'en savoir plus, Ino, c'est aussi simple que ça, parce qu'en réalité ils savent déjà. »

Un raisonnement simpliste, pas vraiment faux mais plein de raccourcis, qu'elle n'aurait jamais cru entendre de la part de Sakura. Elle se demanda si elle y croyait vraiment ou si elle voulait y croire, mais l'entendre de sa bouche rassura étrangement la télépathe.

Il fallait juste qu'Ino arrête de douter d'elle, arrête de se poser des questions. Les valeurs qu'elle portait en son cœur continueraient à la guider, les mêmes que celles de son grand-père, de son oncle et de son père. En leur mémoire et par conviction, elle userait de ses dons dans le respect des Lois et des gens.

Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était croire en elle-même, en son contrôle sur sa télépathie.

Il fallait qu'elle cesse d'avoir peur.

Après tout, si Sakura devenait presque sociable et optimiste, tout était possible, non ?

« Tu sais, » commença la Première en se penchant pour attraper Hoshi et le poser sur ses genoux, « sur quel don j'aimerais en apprendre plus ? »

Ino secoua la tête, curieuse, en poussant sur ses jambes pour s'asseoir à côté d'elle, contre la tête de lit.

« Celui des Inuzuka, » confia Sakura avant de soulever le chiot pour qu'il soit sur ses pattes arrière, face à elles. « A ton avis, à quoi pense Hoshi maintenant ? Tu es une spécialiste en la matière, alors est-ce que tu crois qu'il pense comme nous ? Avec des phrases, des mots et des images ? D'ailleurs, est-ce qu'il parle avec des mots ? Et est-ce que les autres races utilisent le même langage que les chiens ou est-ce qu'il y en a des tas de différents ? Et si c'est le cas, est-ce que Kiba les comprend tous ? Si ça se trouve, Hoshi nous insultait ce matin quand il nous a jappé. Peut-être même qu'il nous insultait en ours. »

« Effectivement, présenté comme ça, » s'amusa Ino, « moi aussi ça m'intrigue. Alors, Hoshi, est-ce que tu parles l'ours ? Le singe ? »

« Il a dit oui. Ce gémissement, c'était un oui, n'est-ce pas ? »

« Je crois bien. »

Ino laissa le chien se placer entre elles, bien blotti, malgré le fait que sa mère lui avait demandé de ne pas le laisser monter sur les meubles, y compris lits et canapés. De toute façon, elle était certaine que Kire serait la première à le gâter dès qu'elle aurait le dos tourné.

« Ce chien est un philosophe. J'en suis sûre. »

Le cœur bien plus léger, un sourire aux lèvres, Ino se tourna vers Sakura et s'émerveilla de sa capacité à la rassurer, à chasser la glace et les ombres.

« Merci. »

« Pourquoi ? »

« Tu sais pourquoi. »

L'expression lumineuse de Sakura s'agrémenta d'un petit sourire, tendre, un peu incrédule, heureux aussi.

« Toujours, » murmura t-elle, et Ino sentit son cœur se réchauffer.

Toujours.

Ino aimait beaucoup cette idée.

Elle posa la tête contre l'épaule de Sakura alors que celle-ci se concentrait une nouvelle fois sur ses livres. Les yeux clos, elle se laissa bercer par le sentiment, doux et léger, d'être enfin en paix avec elle-même et le monde autour d'elle, ou presque.

Et mieux encore, avec la certitude que Sakura ressentait la même chose, pour elle, pour leur avenir, pour tout.

O

Fin.

Voilà. Les filles sont enfin à l'aube de leur vie d'adulte. Ce qu'il advient d'elles et de leurs proches après ça, c'est une autre histoire que chacun peut imaginer comme il le souhaite.

Un petit mot pour la fin ?