Catégorie : Tokio Hotel
Paring : Bill/Tom.
Genre : Friend-ship, romance, humour, univers alternatif
Rating : M.
Résumé : « Bill, un jeune homme comme tant d'autres, se retrouve propulsé au coeur de Malmedy, le lycée "riche" du quartier. Il fait la connaissance de son colocataire, Tom, avec qui les débuts sont plutôt difficile. A force d'effort, les deux garçons finissent par trouver une certaine stabilité, mais tout se bouscule lorsque Tom devient un peu trop curieux. Bill s'enfuit sans un mot tandis que Tom décide de le suivre. Les deux colocataires se réconcilient finalement, pour le plus grand soulagement de leurs amis respectifs. Mais tout le monde n'apprécie pas cette étrange amitié qui semble se renforcer de jour en jour entre Bill et Tom. Tout ce complique quand Tom sans que la situation lui échappe chaque jour un peu plus, jusqu'à ce que, profitant de l'ébriété de Bill, ils passent la nuit ensemble. Perdu et totalement déboussolé, Tom s'enfuit sans rien dire à personne, provoquant de nombreux doutes et suscitant diverses questions où chacun se remet en cause. Georg et Gustav finissent par avoir le fin mot de cette histoire, mais les problèmes ne font que commencer pour le guitariste qui s'est enfin avoué ses sentiments pour son colocataire. Sans nouvelle de son ami, Bill s'inquiète puis finit par lui en vouloir pour ce long silence inexpliqué. Ne voulant pas perdre son ami, Tom lui présente finalement ses excuses le soir de Noël mais refuse toujours de lui avouer ses sentiments.»
Mise en garde : En plus d'être centrée sur un couple gay, cette fic est basée sur une relation entre deux frères. Donc homophobe, puriste, ou chieur : casse-toi !
Disclaimer : Les quatre personnages ne m'appartiennent pas. Par contre les autres, l'univers dans lequel je les fais évoluer, ou tout du moins ses particularités, vient de mon cerveau tordu.
Note de l'auteur : Enfin un touuut nouveau chapitre ! On va pouvoir passer aux choses sérieuses =D Au programme : retrouvailles entre Bill & Tom !
Deux frères, deux mondes
Chapitre 18 : Noël par téléphone
Lorsqu'il s'était réveillé, la première chose que Tom avait réalisé c'était qu'il ne se trouvait plus sur le sol de sa chambre mais bel et bien dans son lit. Il constata également que tout semblait avoir été rangé, nettoyé, effaçant toute trace de ses derniers jours. Il supposa que Gustav et Georg n'y étaient pas pour rien. Remarquant leur absence, il décida de se lever pour partir à leur rencontre. Il n'aurait pas à les chercher bien longtemps. Ses pas le conduisirent automatiquement au rez-de-chaussée, dans cette pièce qu'ils avaient aménagé pour leurs répétitions. Déjà au bout du couloir il pouvait entendre les premières notes de leurs instruments. Avec une certaine appréhension, il franchit le seuil de la porte. La mélodie se tue, accentuant son angoisse. Mais deux sourires et un signe de tête en direction de sa guitare firent envoler ses peurs. Pas besoin de mot, tout avait déjà été dit. La vie reprenait son cour, mais cette fois, sans secret.
- B & T -
Dans l'allée menant au garage, Simone empilait les valises dans le coffre de sa voiture, laissant supposer à Tom que leur voyage ne durerait pas uniquement le temps des fêtes en famille. Démoralisé, il préféra ne pas y penser pour le moment. Assis sur les marches du perron, il écoutait Georg et Gustav se chamailler, encore une fois. Un sourire vint fleurir sur ses lèvres. Il avait toujours été conscient de leur présence à ses côtés mais aujourd'hui, c'était comme s'il le comprenait pour la première fois. Des amis, ça vous soutient, quoi que vous fassiez. Ca ne vous juge pas, ça vous remonte le moral. Ca se tient près de vous pendant les coups durs.
« - Tom, il va falloir y aller. »
Il poussa un soupir puis se leva. Combien de temps encore devrait-il endurer toutes ces idioties ? Résigné, il se tourna vers les deux G et les étreignit chacun leur tour. Cette scène avait des airs d'adieu. Ce n'était pourtant pas le cas. Un dernier regard, un dernier signe de la main et le guitariste se dirigea vers la mondeo de sa mère. Une main le retint, l'agrippant par la manche :
« - Tu devrais appeler Bill ce soir. Ou demain. Mais s'il te plait, téléphone lui.
- Euh je ... suis pas sûr d'en être capable.
- Il se fait beaucoup de soucis pour toi. »
Le musicien baissa la tête, comme pris en faute. Bill multipliait les appels mais lui refusait toujours de décrocher. Il n'était pas certain de pouvoir lui parler sans faire de faux pas. Mais à force de se murer dans son silence, il risquait de finir par le décourager. Dans les deux cas il le perdait.
« - J'le ferai, t'en fait pas. »
Un autre cri de sa mère le rappela à l'ordre. De mauvaise grâce, il traîna les pieds jusqu'à la voiture et s'installa côté passager. La conductrice semblait d'humeur joyeuse, mais lui n'avait pas la moindre envie de se rendre dans le trou perdu qu'habitait ses grands parents. Le véhicule démarra, prêt à le conduire en enfer. Il aperçu dans le rétroviseur ses deux amis qui lui adressaient un dernier au revoir. Il aurait donné n'importe quoi pour rester. Maintenant que quelqu'un était enfin au courant de sa situation, il aurait voulu en parler. Pour essayer de comprendre comment ça avait pu arriver, mais aussi afin de savoir quel comportement adopter. Résigné, il chercha son iPod dans le sac qu'il avait pris avec lui et se barricada avec ses écouteurs dans les oreilles. Le volume était peut-être un peu fort, mais au moins il n'entendrait pas la voix de sa mère lui faire des reproches ou lui poser des questions sur sa vie. Il n'avait aucune envie d'engager un semblant de discussion. Le front appuyé contre la vitre, il regardait le paysage défiler. Les deux heures qui le mèneraient à Böhlen lui paraissaient soudainement bien trop courtes.
- B & T -
Le bruit d'une portière qui claque le réveilla en sursaut. Sortant doucement de son sommeil, il réalisa que la mondeo s'était arrêtée et que sa mère n'était plus au volant. Un coup d'œil jeté par la fenêtre lui permit de reconnaître la maison de ses grands parents. D'autres véhicules agrémentaient déjà la cour. Il restait sur son siège, n'ayant aucune envie de descendre. L'idée de passer les fêtes ici, sans bouger, lui traversa l'esprit. Jusqu'à ce que Simone ne l'appelle.
« - Tu viens m'aider à décharger le coffre ? »
Il poussa un énième soupir. Encore quelques minutes avant de devoir se mêler à la foule. Il se décida finalement à descendre et empoigna les deux valises les plus proches. Les bras chargés, sa mère le précéda, l'entraînant dans la demeure de son enfance. Cette dernière eut à peine le temps de poser un de ses bagages afin de sonner, que la porte s'ouvrit d'elle même. Comme si leur arrivée était surveillée. Devant eux, se trouvaient maintenant ses grands-parents, avec ce qui leur servait de sourire de bienvenue. Il aurait plus facilement dit que leurs bouches étaient tirées en un rictus de dégoûts. Mais là encore il devait sûrement psychoter selon Simone. Celle-ci entra sous l'invitation. Sitôt entré, Tom se chercha un endroit paisible et à l'écart du monde. Mais comme si les ancêtres l'avaient prévu, tous les recoins possibles pour une discrète évasion étaient condamnés. Il soupira. Il allait devoir les affronter tours à tours. Suivant sa génitrice de près, il essuya les regards noirs de dégoûts ainsi que les sourires faux. Et ses épaules s'affaissèrent malgré tout. Après toutes ces années, ce refrain sordide des fêtes de Noël se répétait et l'affectait toujours autant. Ce qu'il détestait le plus ? Les chuchotements sur son passage. Ou alors, les conversations qui se stoppaient lorsqu'il s'approchait pour parler. Chose qu'il refusait de faire de plein gré mais qu'il exécuta cependant. Il continua d'avancer les yeux presque baissés, en se demandant s'il verrait le bout de cette soit disant embrassade de bienvenue. Tom réalisa alors qu'une fois de plus, ils étaient arrivés bons derniers. Il continuait de saluer les membres de sa famille comme un robot, ne cherchant pas à savoir qui il avait en face de lui, lorsque la personne qu'il était censé saluer l'entraîna à l'écart :
« - Comment va mon cousin préféré ? »
Reconnaissant la voix d'Ava, il releva la tête et sourit enfin. La jolie rousse le prit dans ses bras quelques instants. Elle repoussa l'une de ses mèches bouclée avant de reporter son attention sur lui. De toute la famille, elle était bien la seule qui le traitait comme une personne normale. Elle jeta un coup d'œil aux adultes, puis constatant qu'ils en étaient toujours aux salutations et aux formules de politesse, elle le conduisit jusqu'à la véranda, loin des oreilles indiscrètes.
« - Dis moi tout. Qu'est-ce que tu deviens ?
- Ben ... toujours le même.
- Encore un tableau de chasse impressionnant ? »
Cette question le fit sourire. Si elle savait ! Mais comme à son habitude, elle ne lui laissa pas le temps de répondre et commença à lui raconter tout ce qu'il s'était passé dans sa vie depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Elle était comme ça. Très gentille, mais beaucoup trop bavarde. Pourtant, cela ne dérangeait absolument pas Tom. Il adorait voir sa bonne humeur, ses mimiques, tous ses petits mouvements qu'elle faisait sans s'en rendre compte lorsqu'elle parlait. Aucun ne savait depuis combien de temps ils étaient là lorsque la porte s'ouvrit, laissant entrer Simone.
« - Vous venez les enfants ? On va bientôt passer à table. »
La jeune fille ravala sa réplique, grognant qu'ils n'étaient plus des gosses. A contre cœur, Tom s'apprêtait à suivre sa mère lorsque sa cousine l'agrippa. Son air sérieux ne présageait rien de bon, elle qui ne quittait presque jamais son sourire. Elle chuchota, comme si elle avait peur de se faire surprendre :
« - Il y a quelque chose dont il faudra que je te parle. En privé. »
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et rejoignit le reste de la famille, son éternel sourire de nouveau sur les lèvres. Le musicien ne la suivit pas tout de suite. Toute cette histoire commençait à devenir louche. Mais si Ava était en mesure de lui apporter des réponses, il n'allait certainement pas refuser.
- B & T -
Allongé sur son lit, ses bras croisés derrière sa tête, Bill fixait le plafond sans vraiment le voir. Les premiers invités arriveraient dans moins d'une heure. A l'étage en dessous, ses parents s'afféraient dans la cuisine, l'angoisse les gagnant peu à peu. Il avait préféré s'éclipser, gênant plus qu'autre chose. Lucie avait des tonnes de petits rituels qu'il ne respectait pas toujours, ce qui avait le don de la stresser. Comme chaque année, il fallait que tout soit parfait. Bill ne s'en plaignait pas. Il devait bien avouer que côté organisation, sa mère était douée. Mais à quel prix ? Alors comme à chaque grande fête, il avait déserté, laissant Julien subir seul l'ouragan Lucie.
Malgré toutes les décorations et la bonne humeur ambiante, il ne parvenait pas à pleinement profiter de l'effervescence qui gagnait tous ses proches. Tous les jours il avait essayé de le joindre. Mais il n'avait pas décroché une seule fois. Avait-il dit ou fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Georg et Gustav lui conseillaient d'attendre. Facile à dire. Cette histoire lui plaisait de moins en moins. Il commençait par disparaître sans prévenir, puis ne répondait pas au téléphone. Quel ami serait-il s'il ne s'inquiétait pas un minimum de cet étrange silence ? Les deux G pouvaient birn dire ce qu'ils voulaient, lui commençait sérieusement à se faire du soucis.
Un fracas assourdissant et répétitif lui indiqua que quelqu'un empruntait l'escalier menant à l'étage sans aucune douceur. Il entendit des pas longer le couloir puis se stopper devant sa porte. Celle-ci s'ouvrit brusquement, laissant apparaître une tête hirsute aux longs cheveux blonds parsemés de mèches bleues. Avant qu'il n'ai pu esquisser le moindre mouvement, l'arrivant lui sauta dessus et l'entraîna dans une étreinte auquel il répondit. D'abord surpris par la nouvelle couleur de cheveux de son amie, il reconnu finalement Mel.
« - Y a que toi pour faire des entrées fracassantes comme ça !
- Ose dire que tu n'es pas heureux de me voir ! »
Un petit rire lui échappa tandis qu'il resserrait ses bras autours de ce corps qu'il connaissait par cœur. Il avait toujours été quelqu'un de très tactile, mais ces derniers temps il ressentait un besoin toujours grandissant de contacts. La jeune fille se détacha finalement de son presque frère et s'assit en tailleur, le fixant en silence. Elle pensait que la perceptive de cette soirée lui aurait remonté le moral mais elle s'était visiblement trompée. Tout ça à cause de cet abruti de colocataire.
« - T'as toujours pas de nouvelles, c'est ça ? »
Il soupira tout en hochant la tête de gauche à droite. Il se trouvait ridicule et pourtant ne parvenait pas à tourner la page. Plus que la colère, c'était la culpabilité qui le rongeait. Il savait que Tom avait des problèmes lorsqu'il était seul mais il ne pouvait pas non plus passer son temps à le coller. Peut-être aurait-il dû l'inviter à passer Noël ici ?
« - Arrête de te prendre la tête avec lui. Tu vas finir par me rendre dingue.
- Excuse-moi.
- C'est plus fort que toi, je sais. Mais tu vas quand même pas rater une super soirée à cause de lui ! Si ça se trouve, il est entouré de filles super sexy et s'éclate comme pas possible.
- Ou alors il est au bord du suicide.
- Bill ...
- D'accord, d'accord. Je me tais. Et j'arrête de délirer. »
Elle se mordit la lèvre pour éviter de laisser s'échapper ses dernières pensées. Pour elle, cette inquiétude n'était pas tout à fait normale. Mais elle refusait de le lui faire comprendre. Pas question qu'il prenne conscience de son propre comportement. Elle risquait de lui faire réaliser certaines choses qu'il n'était peut-être pas prêt à admettre.
« - Au fait, où est Jezz ?
- En bas. On est venu ensemble mais ta mère l'a réquisitionné. »
Il s'imagina aussitôt la scène et douta que leur ami en sorte vivant. Le sentant un peu moins mélancolique, Mel lui agrippa la main et l'obligea à se lever. Le tenant toujours, elle commença à courir et dévala les escaliers. Ils se retrouvèrent rapidement au salon, s'occupant des derniers préparatifs. Peu à peu, il se laissa emporter par la bonne humeur communicative de sa petite sœur et la suivit avec entrain lorsqu'elle commença à enchaîner les quantiques.
La sonnette de la porte d'entrée les interrompit finalement. Ils se fixèrent l'espace de quelques secondes, avant de se mettre à courir en direction du hall. Se chamaillant et se poussant légèrement, c'était à celui qui ouvrirait la porte en premier. Le couloir étant trop étroit, la blonde aux reflets bleus se retrouva bloquée par un meuble alors que l'androgyne la distançait. Atteignant finalement son but, il posa sa main sur la poignée et l'actionna. Mais au lieu de recevoir ses invités, il se tourna vers son adversaire, lançant un tonitruant :
« - J'ai gagné ! »
L'interpellée croisa les bras, boudant légèrement. Les nouveaux arrivants ne s'en formalisèrent pas, désormais habitués à ce genre d'accueil. La maîtresse de maison vint à leur rencontre, tandis que Bill consolait la jeune fille par un câlin. Discrètement, Lucie posa un regard sur son fils. Son comportement de ces derniers jours la préoccupait un peu, mais le voir sourire ainsi la rassurait enfin.
- B & T -
Rapidement, le maître de maison demanda à tout le monde de prendre place autours de la table. Tom s'exécuta sans rien dire. En face de lui, sa tante Adèle. Ô joie. A ses côtés, son cousin Lukas. Venu seul, pour une fois. Aurait-il eu peur que sa petite amie soit aussi infidèle que les autres ?
Lentement, les langues se déliaient et les anecdotes ressortaient des tiroirs. Il ne disait rien et se contentait de regarder passer les plats. Son estomac noué ne lui permettrait pas d'avaler quoi que ce soit. Seule Ava lui adressait la parole, au prix de nombreux regards noirs. Ce qu'elle lui avait dit un peu plus tôt le perturbait. Ils ne pouvaient pas s'éclipser maintenant sous peine de se faire surprendre. Il prenait donc son mal en patience mais s'inventait diverses théories.
Les heures passant, il avait finit par laisser tomber ses scénarios catastrophes, terrassé par l'ennui. Ce genre de repas de famille était naturellement long, mais lorsque personne ne vous adressait la parole, les minutes semblaient défiler encore plus lentement. Sa tête négligemment soutenue par sa main gauche, le guitariste triturerait ses petits pois, priant pour que tout cela se termine vite.
Les conversations allaient bon train, et la bonne humeur régnait dans le salon. Lassé de jouer avec la nourriture présente dans son assiette, Tom se leva discrètement et quitta la pièce. Comme il s'y attendait, personne ne fit vraiment attention à lui, ce qui facilita son échappée. Il récupéra son manteau dans la penderie de l'entrée puis emprunta les escaliers jusqu'à l'étage supérieur. Il longea le couloir, passant devant diverses chambres et autres salles. Arrivé au bout du corridor, il leva les yeux au plafond. Rapidement, il repéra la fine corde et s'en empara, faisant ainsi descendre l'escaliers menant au grenier. Il gravit les marches puis referma le passage derrière lui. A tâtons, il chercha l'interrupteur qu'il actionna. Sa première constatation fut que ses grands-parents n'étaient visiblement pas montés ici depuis plusieurs années à en juger par la couche de poussière accumulée au fil du temps sur les meubles et le sol. Il ne s'attarda pas sur les montagnes de souvenirs bazardés en ce lieu mais se dirigea vers le velux, qu'il ouvrit. Il grimpa sur la première caisse à sa portée puis se glissa dehors par l'ouverture menant au toit. Prudemment, il s'assit sur les tuiles couvertes de neige, rapprochant ses jambes de son torse. Sortir en pleine nuit d'hiver n'était peut-être pas la meilleure idée qu'il ait eu , mais au moins ici, il serait tranquille. Il avait découvert cet accès plusieurs années auparavant lorsque, plus jeune, sa mère l'obligeait à passer ses vacances scolaires dans cette maison.
Il prit son téléphone à deux mains, comme s'il avait peur de le laisser s'échapper, puis fit défiler les noms de son répertoire jusqu'à « Honey ». Il fixa l'écran, indécis. Il soupira avant de se laisser tomber en arrière. Il était monté jusqu'ici pour pouvoir appeler son colocataire sans se faire prendre, et maintenant qu'il était à l'abri des oreilles indiscrètes, il hésitait. Lui même avait refusé toute conversation téléphonique depuis qu'ils avaient quitté le lycée. Alors comment savoir de quelle manière allait réagir Bill ? Mal, probablement. Et il aurait raison.
Les yeux fermés, il inspira puis expira, cherchant à se calmer. Préférant mettre toutes les chances de son côté, il se mit en numéro caché. Il appuya finalement sur la touche verte, faisant ainsi résonner le « bip » caractéristique d'un appel. Une sonnerie. Puis deux. Puis trois. Il commençait seulement à réaliser ce que le brun avait dû ressentir chaque fois qu'il avait essayer de le joindre. Le stresse montait à chaque nouveau signal sonore. La déception de constater que l'interlocuteur n'avait toujours pas décroché. Et en même temps, l'angoisse que l'autre ne réponde jamais. Et puis finalement :
« - Harkins à l'appareil.
- Honey ? C'est Tom. »
Pas de réponse. Juste une respiration régulière qui lui permit de savoir que son ami était toujours là. Il pouvait entendre également des éclats de rire, de la musique. Ca lui donnerait presque envie de sourire tant l'ambiance festive était communicative. Les bruits s'éloignèrent, avant qu'une porte ne claque. Il entendit le son caractéristique du bois qui craque et en conclue que son colocataire était en train de gravir un escalier. Mais toujours pas le moindre mot de prononcé.
« - Honey ?
- ...
- Bill ... »
Le musicien soupira, désespéré. Il avait imaginé une toute autre scène de retrouvailles. Mais il devait bien admettre que le comportement de son interlocuteur était justifié. Lui-même avait délibérément ignoré chacun de ses appels. Il n'avait donc qu'un juste retour des choses.
« - Bill, j'suis désolé. Sincèrement. Je ... je sais même pas quoi te dire. J'ai agis comme un con avec toi.
- ...
- J'comprends que tu m'en veuille.
- ...
- Dis quelque chose, s'il te plaît. N'importe quoi ! Cris-moi dessus, je le mérite ! Engueule-moi, hurle ! J'sais pas, moi ! Mais réagis ! J't'en prie ... J't'en supplie ... Parle-moi.
- ...
- J'te demande pardon Honey. J'te jure que tout ça c'était pas contre toi. Tu sais que ... j'vis pas une situation très facile avec ma famille. »
Il était en train de mentir, il en était conscient. Mais il ne pouvait pas lui avouer que son silence était dû à une remise en question de sa sexualité depuis qu'une certaine nuit avait eu lieu.
« - C'est pas une excuse, je sais. Mais je ... »
De nouveau un soupir. A l'autre bout de la ligne, l'androgyne s'était installé sur le rebord de sa fenêtre et regardait tomber la neige. Il se moquait bien de ses excuses. Ce qu'il voulait, c'était comprendre pourquoi Tom l'avait rejeté de cette façon. Il ne demandait pas de grandes explications lorsqu'il téléphonait. Juste quelques mots pour le rassurer. Pour lui prouver que toutes ces belles paroles n'étaient pas que du vent. Il n'entendait même plus les mots prononcés. Tout ce dont il avait conscience était cette voix qui tremblotait étrangement. Un sanglot mal dissimulé, un autre qu'on n'a pas réussit à retenir ...
« - Honey ... Bill ... S'il te plaît. M'abandonne pas. J'ai besoin de toi, tu le sais.
- Pourquoi ? »
Un soupir de soulagement se fit entendre. Le brun pût sans peine imaginer le sourire timide qui vint prendre place sur les lèvres du guitariste. Lui n'eut aucune réaction, les yeux perdus dans le vague. Il faisait sans doute une montagne d'un rien. Et pourtant il voyait ce trop long silence comme une trahison.
« - Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tu n'as jamais répondu à mes appels ? Pourquoi tu es partis sans rien dire ? Pourquoi tu m'as promis un roman d'amitié si tu n'as pas envie de me parler ou de me voir ?
- Non ... non, tu te trompes Honey. Je donnerai n'importe quoi pour te voir en ce moment. Mais je ... j'avais besoin d'être seul. Certaines choses dans ma vie viennent de changer et je ... voulais faire le point. Pour les accepter. Ca n'a rien contre toi, je te le promets. Je voulais pas te blesser.
- Alors pourquoi tu l'as fait ?
- Pardon Honey. Pardon.
- ...
- Je ... je suis pas doué avec les mots. Avec les gestes non plus, d'ailleurs. Mais je suis vraiment vraiment vraiment désolé de t'avoir fait de la peine. C'est pas ce que je voulais.
- Je sais que la vie c'est jamais tout rose. Mais avec toi, je sais jamais comment va se passer le jour suivant. J'ai l'impression ... que tu recules chaque fois que je m'approche un peu trop de toi. Alors j'en viens à me demander ... si tu veux vraiment de moi dans ta vie. »
Un silence pesant qui s'installa suite à une demande un peu étrange. Dans l'esprit de Bill, tout se jouait ce soir. Soit ils poursuivaient leurs chemins ensembles, soit leur brève histoire se voyait affublée d'un point finale et définitif. Pour Tom, la situation n'était guère plus simple. Il était encore trop tôt pour tout dévoiler. Mais pas question que tout s'arrête.
« - Bill. Je sais qu'avec toi, j'ai fait pas mal d'erreurs. Mais cette fois, tout est clair dans ma tête. J'ai profité de ces derniers jours pour tout mettre à plat. Et ... j'en ai conclue que je ne voulais pas te perdre. »
Des mots lourds de sens qui peuvent être compris de différentes manières. Est-ce à ça que ressemblera désormais leurs discussions ? Le musicien attendit, les nerfs à fleur de peau. Il pensait avoir tout dit et ne voyait pas quoi rajouter d'autre pour sa défense. De son côté, le brun pesait le pour et le contre. Il avait envie d'y croire. Après tout, leur début aussi avait été chaotique. Et pourtant ils avaient passé de bons moments ensemble. Alors peut-être qu'il pourrait ... remballer son égos et admettre qu'effectivement, la solitude est parfois la meilleure conseillère. De plus, il devait bien reconnaître que le poids qu'il avait sur le cœur s'était envolé dès les premières excuses prononcées. Un reniflement à peine caché lui rappela qu'il n'avait toujours rien répondu. Un petit sourire orna enfin son visage et c'est d'une voix enfantine qu'il reprit :
« - Darling ?
- Hum ?
- J'peux te dire un secret ?
- Bien sûr.
- Tu m'as manqué. »
Des yeux qui s'écarquillent sous la surprise tandis que des joues s'empourprent. Il ne sentait plus la morsure du froid, mais constata que son rythme cardiaque s'accélérait. Il remercia le ciel que son interlocuteur ne puisse pas le voir. C'est dans un murmure qu'il répondit, presque gêné :
« - Toi aussi. Tu n'imagines même pas à quel point. »
Au loin, il pouvait entendre les cloches de l'église qui se mettaient à sonner. Il regarda sa montre et constata qu'il était déjà minuit. Il posa son regard devant lui. A plusieurs dizaines de kilomètres de là se trouvait son premier amour. Et bizarrement, ça lui faisait chaud au cœur.
« - Joyeux Noël Honey.
- Joyeux Noël Darling. »
A votre avis, quel est ce cadeau ? :)
J'espère que ce chapitre vous à plut !
Prochain chapitre :
n°20 : Cadeau et révélation
