Catégorie: Tokio Hotel

Paring : Bill/Tom.

Genre: Friend-ship, romance, humour, univers alternatif

Rating : M.

Résumé: « Bill, un jeune homme comme tant d'autres, se retrouve propulsé au coeur de Malmedy, le lycée "riche" du quartier. Il fait la connaissance de son colocataire, Tom, avec qui les débuts sont plutôt difficile. A force d'effort, les deux garçons finissent par trouver une certaine stabilité, mais tout se bouscule lorsque Tom devient un peu trop curieux. Bill s'enfuit sans un mot tandis que Tom décide de le suivre. Les deux colocataires se réconcilient finalement, pour le plus grand soulagement de leurs amis respectifs. Mais tout le monde n'apprécie pas cette étrange amitié qui semble se renforcer de jour en jour entre Bill et Tom. Tout se complique quand Tom sans que la situation lui échappe chaque jour un peu plus, jusqu'à ce que, profitant de l'ébriété de Bill, ils passent la nuit ensemble. Perdu et totalement déboussolé, Tom s'enfuit sans rien dire à personne, provoquant de nombreux doutes et suscitant diverses questions où chacun se remet en cause. Georg et Gustav finissent par avoir le fin mot de cette histoire, mais les problèmes ne font que commencer pour le guitariste qui s'est enfin avoué ses sentiments pour son colocataire. Sans nouvelle de son ami, Bill s'inquiète puis finit par lui en vouloir pour ce long silence inexpliqué. Ne voulant pas perdre son ami, Tom lui présente finalement ses excuses le soir de Noël mais refuse toujours de lui avouer ses sentiments. A leur retour à Malmedy, Bill offre un chaton à son colocataire, scellant par la même occasion une nouvelle promesse. »

Mise en garde: En plus d'être centrée sur un couple gay, cette fic est basée sur une relation entre deux frères. Donc homophe, puriste, ou chieur : casse-toi !

Disclaimer: Je plaide coupable pour la montagne de connerie, l'univers tordu et les personnages loufoques de cette fic XD


Deux frères, deux mondes

Chapitre 21 : Une rentrée fracassante

Une sonnerie stridente et répétitive résonna dans toute la pièce. Sans ouvrir les yeux, Bill chercha à taton sur sa table de chevet, le responsable de tout ce vacarme. Une fois la main dessus, il tenta de trouver le bon bouton, mais n'arrivant à rien de concluant, il le rapprocha du bord, jusqu'à le faire tomber dans le vide. Le silence règnant à nouveau en maître absolu, il essaya de retourner dans son rêve.

Tom ouvrit difficilement les yeux, encore endormi. Le réveil l'avait tiré des bras de Morphée, à son plus grand regret. Reprenant peu à peu contact avec la réalité, il rougit face à la position qu'il avait adopté durant son sommeil. Apparament, son colocataire lui avait servit d'oreiller toute la nuit. Ses bras entourait la taille de l'androgyne tandis que leurs jambes étaient étroitement mélées. Il releva la tête et tomba sur un visage serein. Les paupières closes, les traits détendus, ... son ami semblait plongé en plein bonheur. Passer la nuit entre ses bras lui avait fait le plus grand bien. Comme souvent, il devait bien l'avouer. Et puis ... partager cette découverte lui avait permis de mieux l'accepter. Au moins maintenant, il comprenait mieux certaines choses. Comme cette impression de ne pas être entier. Ce sentiment de dégoût qu'il éprouvait pour sa famille s'était un peu plus accentué. Il n'avait pas demandé à venir au monde, mais on le lui reprochait chaque fois un peu plus. Aussi, apprendre maintenant que tous lui avaient menti durant toutes ces années ajouta encore plus de force à sa colère. Heureusement pour lui, il y avait bien longtemps que toutes leurs remarques ne l'atteignaient plus. Du moins plus autant qu'avant.

Il laissa ses mains voyager sur la peau dénudée de son compagnon de lit, retrouvant peu à peu son sourire. Finalement, il ne lui fallait pas grand chose pour être comblé. Juste sa présence à ses côtés. Ses caresses ramenèrent doucement le brun sur terre, l'empêchant de retourner à ses songes. Un grognement, un étirement, et il papillonna des yeux, essayant de s'habituer à lumière du jour. Lorsqu'il croisa deux prunelles noisettes, il ne pu empêcher un sourire de naître sur ses lèvres. Il entoura de ses bras ce corps qu'il avait serré contre lui une bonne partie de la nuit. Ils restèrent quelques instants comme ça, sans un mot. Et puis l'androgyne finit par demander, dans un murmure :

« - Tu te sens mieux ?
- Oui.
- Tes sûr, hein ? »

Tom laissa s'envoler un rire puis roula sur le côté, libérant ainsi son colocataire de son emprise. Il pris sa main dans la sienne, entremêlant leurs doigts, voulant garder un minimum de contact. Il n'avait pas mentit. Il se sentait vraiment bien. Comme apaisé. Il décida de se lever, entraînant avec lui son confident. Ils ne s'étaient toujours pas lâchés lorsqu'ils pénétrèrent dans la cuisine. Sur le seuil de la porte, ils s'arrêterèrent brusquement. De manière presque synchrone, un soupir leur échappa, signalant ainsi leur présence aux deux invités surprises. Le guitariste passa sa main libre sur son visage, las. Lui qui rêvait d'un petit déjeuner tranquille avec Bill ... il pouvait faire une croix dessus.

« - J'aurai jamais dû vous passer un double des clés.
- J'suis bien d'accord, Darling. Ce jour-là, t'as fait une belle connerie. »

Les deux G ne prêtèrent pas attention à la remarque et échangèrent un regard entendu. Encore une journée où leurs amis commençaient collés l'un à l'autre. Ils n'avaient pas la prétention de les surprendre en flagrant délit, mais ils comptaient bien assister à l'évolution des sentiments de l'androgyne. Ce dernier s'installa sur la première chaise venue tandis que le guitariste s'occupait de leur petit déjeuner.

« - Vous vous êtes encore couchés tout habillés. »

Le brun jeta un œil à sa tenue et constata qu'effectivement, il ne s'était pas changé avant de s'endormir. Une fois de plus, le sommeil avait finit par les surprendre dans leur discussion. Ne voulant pas s'attarder sur les causes qui les ont poussé à dormir comme ça, il préféra changer de sujet, plus ou moins discrètement :

« - On commence par quoi, ce matin ?
- Maths. »

Il poussa un profond soupir, visiblement désespéré. Malgré ses efforts, il ne se ferait jamais aux matières scientifiques ou politiques. Un bol de chocolat chaud fumant apparu devant lui. Il remercia son vis-à-vis d'un sourire, retrouvant un peu de sa bonne humeur. Même si les cours l'ennuyaient au plus haut point, il pourrait toujours discuter avec son voisin de table et colocataire. Un miaulement le sortit de ses pensées. A ses pieds, Mika semblait attendre quelque chose. Il prit le chaton dans ses bras et se dirigea vers le réfrigérateur. Ce fut Georg qui posa la première question sur ce nouvel arrivant :

« - Vous avez une bestiole, maintenant ?
- Depuis hier soir. »

Tom ne dit rien de plus, pas vraiment certain de vouloir raconter toute l'histoire. Il observa l'élu de son cœur caresser le chaton alors que celui-ci lapait tranquillement son lait. Conscient qu'ils leur faudrait tout de même un minimum d'explications, il ajouta :

« - C'est un cadeau d'Honey. »

Les deux amis échangèrent un regard complice, sous les yeux confus des deux G. Non, ce n'était pas un simple animal, ni un simple présent. C'était bien plus que ça. C'était la matérialisation physique d'une promesse.

- B&T -

Les heures passaient lentement, au plus grand malheur de l'androgyne. Il avait toujours eut du mal à reprendre le rythme des cours après plusieurs jours de vacances. Mr Zemermann, leur professeur de géo-politique, commençait doucement mais sûrement à l'endormir. Sa nuit avait été relativement agitée, se réveillant régulièrement pour vérifier que Tom était toujours à ses côtés. Il ne voulait surtout pas le laisser seul dans cet état d'esprit. Sans vraiment s'en rendre compte, il commençait à rejoindre le royaume de Morphée. Sa tête vint rencontrer l'épaule de son voisin tandis que ses yeux se fermaient petit à petit. Le guitariste se tendit sous la surprise, ne s'attendant pas à un tel contact entre eux en public. Son regard se posa sur le brun à côté de lui et un sourire apparu sur ses lèvres. S'il n'avait pas remarqué l'état de fatigue de son ami au petit déjeuner, là il ne pouvait plus le nier. Plutôt que de le repousser, il se détendit et lui offrit son épaule sans protester. La douce chaleur qui s'était emparée de son corps lui procura une sensation de bien être, de confort, qui l'incitait à rejoindre lui aussi le monde des rêves. Sa tête posée sur celle de Bill, il papillonna des yeux. La voix de son professeur lui paru plus lointaine, de même que les discussions chuchotées de leurs camarades de classe.

Un bruit sourd les réveilla en sursaut. Reprenant contact avec la réalité, les deux endormis croisèrent le regard furieux de leur professeur. Celui-ci avait les deux mains posées sur leur table et les fixait de manière furibonde, comme prêt à exploser. Autour d'eux, le silence était total, chacun attendant de voir comment se terminerait cet échange. Plus d'un avait été surpris de voir Bill et Tom endormit l'un contre l'autre. Les chuchotements s'étaient fait de plus en plus nombreux, jusqu'à ce que la classe ne parle plus que de ça, empêchant l'enseignant de poursuivre ses élucubrations.

« - Mon cours n'est pas assez intéressant pour vous, messieurs ?
- Et bien en fait, puisque vous en parlez ... »

Un coup de coude dans les côtes le stoppa. Ses yeux interrogateurs croisèrent les prunelles réprobatrices du musicien. L'androgyne haussa un sourcil, surpris. Il n'avait pas pour habitude de garder sa langue dans sa poche, ça n'allait certainement pas commencer aujourd'hui. Il se tourna de nouveau vers Mr Zemermann et repris là où il avait été interrompu :

« - Votre cours est particulièrement rasoir et votre discipline totalement inutile. »

Cette réplique provoqua un nombre incalculable de messes basses échangées rapidement entre les élèves, entraîanant rapidement un nouveau brouhaha insoutenable. Tom, choqué, regardait tantôt son colocataire tantôt le vieil homme qui fulminait et tentait de garder son calme. Mais au vu de l'attitude plus que fière que tenait Bill, il allait le perdre beaucoup plus rapidement que prévu. Et c'est dans un éclat de colère qu'il se mit à hurler sur le trouble-fait :

« - SORTEZ DE MA CLASSE !
- Puisque c'est demandé si gentiment ! »

Un grand sourire aux lèvres, le brun rangea ses affaires en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et se leva. Il passa devant l'enseignant sans lui accorder un regard. Arrivé devant la porte, une main sur la poignée, il se retourna vers son voisin de table, semblant attendre quelque chose. Celui ci l'interrogea du regard, n'ayant visiblement pas compris ce qu'on attendait de lui :

« - Ben alors Darling, tu viens ou tu restes là ? »

Le concerné éclata de rire, pas plus étonné que ça par la remarque. Il bazarda ses affaires dans son sac et se dirigea lui aussi vers la sortie. Il attrapa la main que lui tendait son colocataire, entremêla leurs doigts, et se laissa guider hors de la salle.

Les autres élèves ne purent s'empêcher de commenter ce qu'ils venaient de voir et les chuchotements reprirent, plus ou moins discrètement, émettant des rumeurs plus folles les unes que les autres. Georg et Gustav échangèrent un regard, sentant venir les problèmes. Inconsciemment ou non, ils venaient de se jeter tête première dans les emmerdes. Les deux G ne laissaient pas passer une journée sans qu'Axel soit mis au courant de cette petite altercation et surtout de cette sortie de cours des plus inhabituelle : Tom Trumper le véritable Don Juan de ces dames venait de sortir mains entrelacées avec le punk du bahut. Le batteur secoua la tête tandis que le bassiste posa sa main sur son épaule, lui faisant ainsi comprendre qu'il avait parfaitement saisit ce à quoi il pensait. Leurs deux amis fonçaient maintenant droit dans le mur.

Dans les couloirs de l'école, deux jeunes hommes courraient, main dans la main, comme si leur vie en dépendaient. Le sourire aux lèvres, ils dévalèrent les escaliers, longèrent les corridors et franchirent enfin les portes du bâtiments. Arrivés dans la cour, ils ne s'arrêtèrent pas et continuèrent leur course jusqu'aux grilles de l'école. Ils ne stoppèrent leur avancée que bien plus loin, les paumes sur les genoux, tentant de reprendre leur souffle. Une fois calmé, Bill remit de l'ordre dans ses cheveux sous le regard rieur du musicien. Satisfait de lui, le brun se tourna vers son colocataire :

« - Maintenant que nous sommes des fugitifs, que veux-tu faire de ta journée ? »

Le terme était sans doute un peu fort, mais le guitariste devait bien admettre qu'ils avaient transgressé le règlement du lycée. Chose qui serait noté sur son bulletin scolaire, comme aimaient à le rappeler les membres du corps enseignant. N'étant plus à une remarque près, Tom chassa ses maigres remords et fixa son vis-à-vis :

« - J'sais pas trop. Tu proposes quoi ? »

L'androgyne réfléchit quelques instants avant d'entrelacer leurs doigts et de l'inciter à le suivre. Il emprunta plusieurs ruelles étroites, bordées de bâtiments hauts et anciens. Le musicien remarqua que certains penchaient légèrement sur la gauche et ne pu s'empêcher de critiquer silencieusement les constructeurs d'autrefois. Les santiags de son guide cognaient sur les pavés, résonnant tout le long de ces petites rues désertes. Le chemin qu'il lui faisait prendre n'avait rien de très rassurant. Il poussa un faible soupir de soulagement lorsqu'ils se retrouvèrent dans une rue piétonne bien plus fréquentée. Il regardait tout autour de lui, essayant d'apercevoir cet endroit que Bill avait choisi de lui montrer.

« - Tu m'emmènes où comme ça ?
- Là où je vais toujours avec Mel et les autres. »

Curieux de connaître un peu plus les habitudes de son ami, il préféra ne pas lui faire remarquer que la jeune fille risquait de désapprouver son acte. Il n'était pas sûr qu'elle apprécie de le voir occuper les endroits qu'ils utilisaient habituellement pour se retrouver entre eux. Une fois de plus, le brun le conduisait dans une partie de la ville qu'il ne connaissait pas. Il resserra sa prise sur la main de son amour secret, ne voulant pas risquer de le perdre dans la foule. Les gens allaient et venaient, ne semblant pas les voir. Leurs uniformes scolaires, au milieu de tous ces vêtements ordinaires, auraient pourtant dû attirer l'attention.

Ils arrivèrent sur une grande place bordée de divers magasins. Une patinoire avait été aménagée et resterait là tant que l'hiver ne serait pas finit. Au centre du parvis, une quinzaine de petits chalets de bois offraient leurs créations artisanales, comme chaque année en période de fêtes. Tom regardait partout autour de lui, comme émerveillé par ce monde qu'il ne connaissait pas. Son comportement fit sourire son vis-à-vis, qui demanda :

« - T'as jamais vu de marché de Noël, ou quoi ? »

Il baissa la tête, presque honteux de ne pas connaître ces choses-là. Il n'y avait rien de tout ça dans le village qu'il habitait avant. Et depuis qu'ils avaient quitté Magdeburg, sa mère avait plus ou moins renoncé aux sorties en famille. Face au silence qui suivit sa remarque, Bill se rendit compte qu'il aurait mieux fait de se taire. Conscient de son erreur, il arrêta d'avancer et sans prévenir, pris Tom dans ses bras.

« - Pardon Tomy, j'voulais pas. »

Machinalement, le musicien répondit à l'étreinte. Ses joues s'empourprèrent quand il réalisa que pour une fois, il n'étaient pas isolés entre quatre murs pour leur échange de tendresse. Il n'était pas très démonstratif et se retrouver à faire un câlin, qui plus est à un garçon, en plein centre-ville le mettait mal à l'aise. Et pourtant, il ne s'éloigna pas, allant même jusqu'à enfouir son visage dans le cou du brun. Georg et Gustav le lui avaient bien fait comprendre : il ne devait pas avoir honte de ses sentiments.

Il sentit le froid le gagner de nouveau lorsque l'androgyne se sépara de lui. Celui-ci lui adressa un sourire d'excuse et pris de nouveau sa main dans la sienne. Ils traversèrent toute la place publique sans se presser, laissant le temps au guitariste d'admirer ce qui l'entourait. Le brun lui fit traverser quelques rues, avant de s'arrêter devant une esplanade. À la fois ouvert sur l'extérieur et coupé du reste du monde, cet endroit particulièrement calme l'apaisa immédiatement. Devant lui, une autre ruelle poursuivait son chemin. Sur sa droite comme sur sa gauche, de haut bâtiments s'élevaient, semblant lutter contre les années. Même l'église, dénudée des statues que l'on trouve habituellement sur les parois, lui semblait chaleureuse. Et au centre trônait une grande fontaine parfaitement ronde dont le cours régulier de l'eau produisait une douce mélodie. Bill desserra finalement sa prise sur la main de son colocataire, s'éloignant lentement de lui. Il posa son sac à même le sol puis s'installa sur le marbre blanc qui bordait la source. Il ramena ses genoux contre son torse, ses bras entourant ses jambes. En douceur, il rapprocha sa main droite de la surface de l'eau. Il l'a frôla, comme s'il la caressait, avant de l'effleurer du bout des doigts. Lorsqu'il se tenait là, sans faire de mouvement brusque, il avait le sentiment d'être pris entre deux mondes. D'un côté la douceur de cet élément que l'on ne pouvait pas capturer entre ses paumes, de l'autre le vide, aussi faible soit-il, qui le séparait du sol. Tom l'observait sans rien dire, n'osant pas briser le silence qui régnait. C'était comme s'il voyait son ami sous un nouveau jour. Il connaissait déjà la douceur de ses gestes, mais découvrait pour la première fois la tristesse qui l'habitait. Une certaine mélancolie se dégageait de cette scène sans qu'il ne puisse en expliquer la raison. Sans mot, il s'approcha et s'installa derrière lui, une jambe de chaque côté du corps de l'androgyne. Il l'attira contre lui et entoura sa taille de ses bras. N'ayant au départ pas prévu de sortir des couloirs du lycée, leur manteaux étaient restés à l'appartement. Il se colla le plus possible à lui, profitant de la chaleur humaine que dégageaient leur corps. Bill se tourna légèrement pour lui faire face, souriant :

« - Tu vois, ça n'a rien de particulier, mais on s'y sent bien. »

Il se contenta d'acquiescer, ne voyant pas quoi répondre. Cet endroit n'avait rien de spécial mais offrait un calme bien trop rare dans les grandes villes. La peine qui s'était emparée de son ami semblait avoir disparu, comme si elle n'avait été que le fruit de son imagination. Pourtant, il aurait juré l'avoir vu. Ressentit.
Ils restèrent plusieurs dizaines de minutes dans cette position, appréciant juste la présence de l'autre. Le musicien commençait doucement à s'endormir, bercé par les bruits réguliers de l'eau. Mais la voix du brun le ramena à la réalité :

« - Darling ... »

Il fronça aussitôt les sourcils. Quand son colocataire amenait une conversation en commençant de cette manière, cela présageait une longue discussion, abordant probablement un sujet sensible.

« - Je suis peut-être la meilleure personne pour ça, mais je sens que tu as besoin de parler. Alors si tu en a envie, moi j'veux bien t'écouter. »

Il resta silencieux, les yeux perdus dans le vague. Il y avait certaines choses qu'il aurait voulu avouer depuis bien longtemps. Sa mère ne l'écoutait plus et il s'était toujours refuser à en faire part aux deux G. Il ne voulait pas les ennuyer avec ses problèmes. Rien qui ne demandait de grandes réflexions. Juste ce besoin d'extérioriser un peu ce qu'il vivait depuis des années.

« - Qu'est-ce que tu veux savoir.
- J'sais pas. Ce que tu voudras. »

Mais Tom le connaissait suffisamment bien maintenant pour dire que son vis-à-vis avait déjà une idée précise en tête. Il ne dit rien, attendant simplement que son interlocuteur se décide, ce qui ne tarda pas :

« - En fait je ... j'aurai que tu me parles ... de ta mère. »

Le choix surprit beaucoup le guitariste. Cela faisait longtemps qu'on ne lui avait pas demandé de parler d'elle. La plupart des gens avaient réalisé que cela restait un sujet délicat. Son air froid et distant qu'il affichait à chaque fois dissuadait les gens de poursuivre sur ce chemin.

« - Je sais que tu la hais. Mais tu sais ... »

Il fut coupé avant d'avoir finit sa phrase. S'ils devaient avoir cette discussion, autant mettre les choses au clair dès le départ :

« - Je ne la hais pas. Je l'ai aimé jusqu'au jour où j'ai compris que ce serait moins douloureux de l'ignorer.

- On ne cherche pas en vain sa présence dans la foule le jour de son match de basket, y a pas de déception. On ne reste plus des heures sur une chaise lors des réunions parents-professeurs à attendre qu'elle arrive pour finalement recevoir un appel annonçant qu'elle n'a pas pu se libérer, y a pas de déception. On n'espère pas l'avoir à ses côtés le jour de son anniversaire, y a pas de déception. »

L'androgyne ne dit rien, se contentant de l'écouter. Quelqu'un avait-il seulement pris cette peine avant lui ? Les mots de Tom étaient sûrs, sa voix sans faille. Aucune hésitation dans ces propos pourtant si durs envers celle qui lui avait donné la vie.

« - Tu voudrais que je lui tombe dans les bras ? Qu'on aille manger au resto tous les deux comme une famille heureuse ? »

Il laissa échapper un petit rictus, partagé entre la résignation et le dégoût. Il y avait bien longtemps qu'ils ne faisaient plus ces choses-là. Tous deux avaient laissé la situation s'envenimer. Elle s'éloignait chaque jour un peu plus, et lui ne faisait rien pour la retenir. Ses nombreuses tentatives pour attirer son attention furent vaines. Il ajouta, répondant ainsi à sa propre question :

« - Non merci. Elle m'a déjà suffisamment déçu. »

Il posa son regard sur l'eau sans vraiment la voir. Il s'était fait à l'idée de ne plus vraiment avoir de mère. Il avait longtemps espéré que les choses s'amélioreraient, mais plus le temps passait et moins il y croyait. Et puis un jour, il avait tout simplement renoncé.

« - Je ne te comprends pas, Darling. Tu vois, moi j'ai Lucie. Je la considère vraiment comme ma mère. Après tout, c'est elle qui m'a élevé. Et aimé. Je sais qu'elle ferait n'importe quoi, juste pour me voir sourire. Pourquoi crois-tu qu'elle invite Mel et Jezz chaque année à Noël ? Mais d'un autre côté ... j'aurai voulu connaître celle qui m'a donné le jour. Savoir à quoi elle ressemble, ce qu'elle aime, ce qu'elle déteste. Ce qu'elle est devenue, aussi. Bien sûr, si j'ai atterri à l'orphelinat, c'est qu'elle m'a abandonné. Mais quel genre de mère se séparerai intentionnellement de son enfant ?
- Tu ne t'aies pas dit que peut-être, tu l'idéalisais un peu ?
- Possible. J'en sais rien. Mais je ne veux pas la juger. Pas sans l'avoir vu. Elle me manque, même si je ne l'a connais pas. Alors savoir que toi tu as encore ta mère, et que tu ne t'entends pas avec elle ...ça me chagrine. »

Le musicien soupira. Il posa son front contre le dos de l'androgyne, mordant sa lèvre inférieure. Bien qu'il le refuse, des larmes envahirent ses yeux. Il comprenait le raisonnement de son ami. Mais on ne pouvait pas comparer leur deux situations.

« - Honey ...ce que je vais te dire, je n'en ai encore jamais parlé à personne. Tu garderas ça pour toi ?
- Bien sur. J'te le promets. »

Tom inspira, puis expliqua ce qu'il avait découvert, il y avait bien des années.

« - Avec ma famille, on peut pas dire que ce soit le grand amour. Tout petit déjà, je me sentais mis à l'écart. Au début, je me disais que ça venait de moi, que j'imaginais tout ça. Et puis ... j'avais ma mère à mes côtés, donc je ne m'en inquiétais pas. Mais depuis qu'on a déménagé à Leipzig, les choses ont changé. Ma mère a changé. Elle me délaissait de plus en plus, prétextant que j'étais suffisamment grand pour me débrouiller seul. Ça ne m'a pas inquiété plus que ça. Tout ce que je voyais, c'est qu'elle m'accordait plus de responsabilités, donc plus de confiance. Tu n'imagines même pas à quel point je me trompais. Les fêtes de fin d'années sont devenus de vraies tortures. Même ma propre mère ne m'adressait plus la parole. C'était déjà dur à supporter, mais alors là ...
- Mais pourquoi ? Je veux dire ... qu'est-ce que tu avais fait ?
- Rien. J'existais, c'est tout. »

Bill se raidit à ses mots. Il ne savait plus s'il devait le laisser continuer ou pas. Bien sûr, il voulait connaître la fin. Mais son ami était-il vraiment près à la lui révéler ? Il allait lui proposer de s'arrêter là quand sa voix s'éleva à nouveau :

« - J'ai appris par hasard, que ma famille détestait mon père. Pour eux, il avait tout simplement abandonné ma mère. Mais même avant leur divorce les choses étaient plutôt tendues. Plus les années passaient, et plus ma grand-mère le critiquait, lui trouvant tous les défauts du monde. Tu penses bien que le reste de la famille a suivit le mouvement. Ma mère a commencé à douter. L'homme qu'elle avait aimé n'était peut-être pas si bien que ça, finalement. Elle l'aimait vraiment. Mais à force d'écouter leurs remarques, l'image qu'elle avait de lui a changé. Et moi ... moi j'étais le fils de cet homme que tous haïssaient. Apparemment, j'ai hérité de ses traits, ce qui ne m'a pas aidé. Je n'étais plus que le bâtard résultant de cette union désapprouvée. Mon géniteur n'était, pour eux, qu'un salaud qui avait profité de l'innocence de Simone. Au fil du temps, ma chère génitrice s'est laissé monter la tête. Elle ne pouvait pas se résigner à m'abandonner. Mais elle refusait de remettre sa mère à sa place. Alors elle la laissait parler et fermait les yeux sur la façon dont tous se comportaient avec son fils. Elle n'a pas su choisi entre eux et moi. Et aujourd'hui encore, elle fait semblant de rien voir. J'ai déjà essayé de la confronter à la réalité, de lui faire comprendre que je savais tout. Elle a simplement tout nié en bloc, comme à son habitude. J'ai renoncé à retrouver une vraie mère. Désormais, tout ce que j'attends c'est d'être majeur pour pouvoir prendre mon indépendance. Techniquement, ça ne changera pas grand chose. Mais au moins, je ne lui devrais plus rien.
- Je comprends mieux. Si en plus on ajoute à ça l'histoire de ton jumeau ... »

Il laissa sa phrase en suspend, conscient qu'il n'était pas nécessaire d'en rajouter pour le moment. Une perle salée rencontra la peau nue de son cou, suivit d'une autre. Et encore une autre. Le cœur serré, il se retourna rapidement et pris son ami dans ses bras, le serrant fort contre lui. Il le berçait légèrement, dessinant des arabesques dans son dos pour le calmer. S'il avait su que cette conversation les aurait mené là, il n'aurait jamais posé la question. Bien entendu, cet aveu était une marque de confiance. Mais Bill trouvait que les larmes de Tom étaient un prix bien trop cher à payer pour connaître la vérité.

- B&T -

La nuit était tombée depuis plus d'une heure lorsqu'ils se décidèrent à rentrer. Les pleurs du guitariste avaient finit par disparaître sous la tendresse que son ami lui avait apporté. Main dans la main, ils franchirent de nouveau les grilles de l'école, pas encore fermées. Ils ne croisèrent personne dans les couloirs, les élèves ayant probablement préféré la chaleur de leur foyer. Le propriétaire de l'appartement fronça les sourcils lorsqu'il vit que la lumière du salon était allumée. Il aurait pourtant juré l'avoir éteint ce matin. Il poussa un profond soupir lorsqu'il entendit deux voix provenir de la cuisine. L'androgyne lui adressa un sourire désolé, comme s'il était responsable. Ils se résignèrent et oublièrent rapidement leur idée de soirée tranquille dans les bras l'un de l'autre. Mais ce n'était que partie remise. Le musicien referma bruyamment la porte d'entrée, signalant volontairement leur présence. Une tête blonde vint à leur rencontre :

« - Enfin vous voilà. On avait finit par penser que vous iriez dormir quelque par là-bas.
- Alors vous vous êtes dit que vous pourriez venir piller mon frigo incognito, c'est ça ? »

Gustav leva les yeux au ciel, amusé par cette réplique qui se voulait sarcastique. Il retourna finalement vers Georg pour voir où il en était. Bill disparut rapidement dans sa chambre, quittant enfin cet horrible uniforme. Le guitariste se changea en vitesse avant de rejoindre les deux G. Les connaissant, il n'était pas très prudent de les laisser seuls. Il s'apprêtait à demander quel était l'étendu des dégâts quand le batteur le devança :

« - Non on a rien cassé et rien n'a changé de place. Satisfait ?
- Mais vous avez un appart à vous, alors pourquoi vous êtes venu là ?
- Plaint toi, on t'a préparé à manger.
- Et c'est quoi ?
- La seule chose que Georg sache faire. Pâtes, tomates, basilic. »

Sa remarque lui valu une frappe derrière la tête par le principal concerné. Le bassiste le fusilla du regard, hésitant entre rire et pleurer.

« - Ça va, on le saura que je sais pas cuisiner, c'est bon !
- Rooo, boudes pas Georgounet ! »

Faisant preuve d'une grande maturité, le brun lui tira la langue. Tom cachait comme il pouvait son sourire derrière sa main, refusant de prendre part au débat. Son cœur se mit à battre un peu plus fort quand deux bras entourèrent sa taille. Bill plaça sa tête sur l'épaule de son colocataire et embrassa doucement sa joue.
Avec l'accord des deux cuisiniers improvisés, les amis passèrent à table. Malgré leur curiosité, aucun des deux G ne posa de questions sur la façon dont les deux fugueurs avaient passé leur après-midi. Les discussions allaient bon train quand Tom demanda :

« - Et si on organisait une fête ? »

Les trois autres le fixaient silencieusement, attendant qu'il poursuive :

« - Ca fait longtemps qu'on a pas fait de soirée.
- Y en a eu une juste avant les vacances de Noël. rappella Georg.
- Oui mais celle-là, Honey n'a pas voulu y assister. »

Le concerné détourna les yeux, conscient du reproche qu'on lui faisait. Combien de temps encore le guitariste lui en voudrait-il ? Il n'était visiblement pas prêt à passer à autre chose.

« - On en a déjà discuté cent fois, au moins.
- Je sais. Mais cette fois, je veux que tu sois là.

- S'il te plait. Tu me l'as dit toi-même, on s'en fout des autres. Alors viens, s'il te plait. »

L'androgyne soupira, vaincu. Cette fois, il n'avait plus d'excuse pour refuser. Et puis Tom avait raison. Il n'avait jamais vécu en fonction des autres, alors pourquoi commencer aujourd'hui ? Lorsqu'il acquiesça, le musicien lui renvoya un sourire éclatant.


Réponse du petit jeu: Durch den Monsun, tout simpelment =D J'ai pas voulu utiliser de chanson conotative genre In die Nacht ou Geh parce que c'était pas le moment, et que leur symbolique ne collait pas à la scène u.u Plus tard, peut-être :)


Prochain chapitre

n° 22 : Encore une fête