Catégorie : Tokio Hotel

Paring : Bill/Tom.

Genre : Friend-ship, romance, humour (ouais, y paraît XD)

Rating : M.

Résumé : « Deux frères que la vie à séparé mais que le hasard va réconcilier. Peut être même un peu trop. Bien trop différents l'un de l'autre, la cohabitation risque d'être dure. Chacun à ses problèmes, chacun à sa vie. L'un dans un quartier riche, l'autre dans un quartier pauvre.
Petit à petit, passant au-delà des différences, un rapprochement se fait. Tout se complique quand Tom commence à se poser beaucoup trop de questions. Pourquoi ressent-il se besoin d'être près de lui ? Pourquoi cette envie de le proteger ?
Et Bill dans tout ça ? Qu'en pense-t-il ? »

Mise en garde : En plus d'être centrée sur un couple gay, cette fic est basée sur une relation entre deux frères. Donc homophe, puriste, ou chieur : casse-toi !

Note de l'auteur : Oui je sais, je saiiiiiis ... Je suis impardonnable T.T Tout unt as de raisons ont fait que j'ai pas pu poster avant. Les deux plus importantes sont que chez mes parents (donc dans le trou du cul du monde u.u) la connection internet est plus que précaire T.T L'autre raison c'est que j'ai cherché désespérément une fac qui veuille bien de moi pour mon Master, et le pire c'est que j'ai toujours pas trouvé T_T (ne remettez jamais à demain ce que vous pouvez faire le jour-même où vous finirez SFF (sans fac fixe xD) comme moi -.-"


Deux frères, deux mondes

Chapitre 28 : Entrer dans son monde

Ils avançaient dans une rue étroite, décorée par plusieurs graffitis. Tom ne se sentait pas du tout à l'aise dans cette ruelle aux allures de coupe-gorge. Il resserra sa prise sur la main de son ami, s'empêchant de toute ses forces de trembler trop violemment. Jusqu'à présent il avait réussi à faire passer ses frissons pour une réaction dû au froid. Il ne manquerait plus que Bill le prenne pour un trouillard. Mais il fallait bien dire ce qui était, le quartier de Thuringe n'était vraiment pas fait pour lui.

Comme Tom l'avait supposé au début des vacances, l'androgyne était incapable de passer une semaine sans voir Mel , Jezz et Matt. Et exactement comme il l'avait prédit, le brun avait réussi à l'entraîner dans cette histoire, lui faisant traverser ce qui semblait être la moitié de la ville. Le musicien tentait de faire bonne figure mais il devait reconnaître qu'il n'était pas vraiment dans son élément.

Il ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement quand il reconnut l'immeuble où il avait passé la nuit lorsqu'il était parti à la recherche de Bill. Ce dernier lui adressa un sourire moqueur mais s'abstint de tout commentaire. Apparemment, son soupir n'était pas passé inaperçu. Le guitariste se maudissait intérieurement tandis que son acolyte l'entraînait déjà dans le hall d'entrée. Comme a chaque fois, l'androgyne utilisa la clé dont il ne se séparait jamais, bien cachée sous ses vêtements, comme une chose précieuse. A cette constatation, le regard du musicien se voila. C'était probablement déplacé, mais il ne pouvait pas s'empêcher de penser que jamais Bill ne tiendrait à lui comme il tenait à ses trois amis. Il se sentait ridicule d'avoir eut cette réflexion, mais il ne parvenait pas à contrôler sa jalousie. Le brun avait prit tellement de place dans sa vie que cela lui faisait peur. Et il suffisait d'un simple geste ou d'une toute petite phrase, pour lui rappeler que cette situation n'était pas partagée.

Le bruit que provoqua l'ouverture du verrou le ramena à la réalité. La porte s'ouvrit sur un appartement qu'il ne connaissait pas encore très bien mais qu'il appréciait. Le fait que la présence de l'androgyne se ressente dans chaque mètre carré devait y être pour beaucoup. Leurs mains se lâchèrent finalement, à son plus grand regret. Son colocataire embrassa la pièce d'un regard et leva les yeux au ciel.

- Je sais bien que je suis pas le mieux placé pour critiquer, mais ils pourraient faire un brin de ménage de temps en temps.

Tom ne put retenir un rire, approuvant aussi bien le fait que le salon ne ressemblait plus vraiment à grand chose, mais aussi le fait que Bill était loin d'être un maniaque du rangement.

- C'est toi qui dit ça ? Je galère toujours pour que tu laves trois malheureuses assiettes !
- C'est pas pareil. Faire les poussières ou passer l'aspirateur ça me bousille pas les ongles. Faire la vaisselle, si. Donc pas de vaisselle pour moi. Et puis faut bien que ton lave-vaiselle serve à quelque chose.

Le musicien haussa un sourcil, loin d'être convaincu, mais souriant tout de même. Il connaissait bien la mauvaise foi de son ami et ne pouvait s'empêcher d'être attendrit lorsqu'il en faisait usage. Le brun ramassa tous les vêtements qu'il avait à porté de main au fur et à mesure qu'il avançait dans le salon. Une fois qu'il en eut fait le tour, il jeta pèle mêle son tas de tee-shirt et autres tissus froissés dans la salle de bain, pestant contre la non organisation de Jezz malgré les années.

- J'sais pas comment ils font.
- Tant qu'ils ne touchent pas à ta chambre, laisse les faire. C'est pas toi qui vis sept jours sur sept dans ce capharnaüm. Même si parfois notre appart ne ressemble pas à grand chose non plus.

Tom ne se voyait pas passer son après midi à ranger, mais Bill semblait déterminer à remettre un peu d'ordre dans cette pièce. Ce n'était pas tout à fait comme ça qu'il comptait profiter de ses vacances :

- Rassure-moi, tu comptes pas jouer les fées du logis ?
- Non, t'inquiètes.

Il appuya sa réponse en repoussant simplement un carton de pizza vide plutôt que d'aller le jeter. En prêtant plus attention à ses gestes, le guitariste réalisa que l'androgyne ne tentait pas de redonner un bon aspect à cette pièce, mais plutôt qu'il cherchait quelque chose. Sa supposition se confirma lorsque le brun brandit un skateboard qu'il sortit de sous le canapé en poussant un cri de joie.

Il appuya sa réponse en repoussant simplement un carton de pizza vide plutôt que d'aller le jeter. En prêtant plus attention à ses gestes, le guitariste réalisa que l'androgyne ne tentait pas de redonner un bon aspect à cette pièce, mais plutôt qu'il cherchait quelque chose. Sa supposition se confirma lorsque le brun brandit un skateboard qu'il sortit de sous le canapé en poussant un cri de joie.

- Trouvé !
- Qu'est-ce que tu veux faire avec ça ?
- C'est simple, personne n'est ici et leurs propres planches ne sont plus là. Ils sont donc forcément au skatepark ! On y va ?

Il n'eut pas le temps de répondre qu'une main l'agrippait déjà et le tirait hors de l'appartement. A chacun des pas de leur course folle, Tom sentait que son cœur s'emballait de plus en plus, redoutant ce qui allait arriver. Une chance sur deux que Bill se moque de lui. Devant Mel, en plus. Il n'avait rien contre la jeune fille, mais il refusait de lui dévoiler le moindre de ses points faibles.

Là où se multipliaient les maisons, le paysage changea soudainement. Le musicien s'arrêta brusquement, les yeux écarquillés, obligeant son ami à faire de même. Il avait pensé se retrouver face à un petit skatepark de quartier mais devant lui s'étendant des dizaines de mètres de béton parfaitement lisse où différents modules semblaient sortir de terre tout en formant une certaine harmonie.

- Darling, bienvenu à Schlachhof, le meilleur skatepark de la région !

- T'en penses quoi ?
- C'est ... pas du tout comme je l'avais imaginé !

Un rire s'envola tandis que le guitariste essayait de redonner une taille normale à ses yeux. Il se faisait l'effet d'un découvreur de nouvelles terres, posant son regard sur chaque recoin. Il sentit qu'on lui tirait sur le bras, attirant du coup son attention :

- J'te fais visiter ?
- Bien sûr ! Tu ne m'as trainé pas ici pour rien, j'espère !
- Tu y connais quelque chose ou faut que je t'explique tout ?

Une légère rougeur s'empara de ses joues, lui évitant de répondre. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir ridicule. Il cultivait un look de rappeur hip-hop depuis des années mais n'était jamais monté sur une planche. La main de Bill se resserra sur la sienne et l'entraîna à l'intérieur même de l'espace aménagé. Quelques adolescents étaient là mais ne leur prêtaient pas la moindre attention.

- Déjà faut savoir qu'un skatepark peut être plus ou moins grand. Il y a d'un côté ceux des villages de petite taille, et de l'autre ceux des grandes villes où se tiennent régulièrement des compétitions. Mais le notre est un peu une exception. Vu la taille de la ville on devrait pas en avoir un aussi grand, mais le maire qui l'a fait construire se souciait pas mal des jeunes. Il préférait nous voir traîner ici plutôt que d'écumer les bars. Y a même une compète annuelle, ici. Bon, y a pas de vrai prix à gagner, mais y a toujours un nombre impressionnant de participants. En général, le skatepark est inspiré du mobilier urbain, si j'peux dire ça comme ça, ce qui fait qu'il en existe un nombre impressionnant ! Tous se distinguent par leur matière, leur forme, le type de figure qu'on peut y effectuer, ... Mais les plus courants sont le curb, le rail, la funbox, le half-pipe et le quarter-pipe.

Tom ne disait rien, se contentant de hocher la tête de temps en temps. Bill enchaînait les explications avec une telle frénésie qu'il n'osait pas l'interrompre lorsqu'une question lui venait à l'esprit. Il découvrait une nouvelle facette de son ami, et cela lui plaisait. Comment avait-il pu passer à côté de cette passion ? L'androgyne ne lui en avait jamais parlé et le musicien se demandait comment il avait fait pour garder tout ça pour lui pendant si longtemps. Les yeux du brun paraissaient s'illuminer un peu plus à chaque phrase.

- Tu vois, c'est simple !
- On va dire ça comme ça. Mais j'ai compris l'essentiel, donc ça va.

Il se laissa entraîner vers ce que Bill lui avait présenté comme un half-pipe, si sa mémoire ne le trompait pas. Pour lui, ce n'était ni plus ni moins qu'une rampe de béton en forme de U, sur laquelle un skateur effectuait des va-et-vient, prenant de la vitesse à chaque passage, et effectuait des figures plus ou moins compliquées à chaque extrémité. Plus il se rapprochait, et plus cette chevelure blonde aux reflets bleus lui rappelait quelque chose. La jeune fille s'arrêta à l'une des deux extrémités, planche en mains, et fit une révérence à son public resté quelques mètres plus bas sur la terre ferme. Des rires et des applaudissements se firent alors entendre, dévoilant la présence de deux autres personnes. Pour Tom, le doute n'était plus permis. Bill avait bel et bien retrouvé Jezz, Matt et Mel. L'androgyne lâcha finalement la main du guitariste et se dirigea vers les deux garçons. La jeune fille dévala rapidement la chute libre qui se présentait à elle et s'arrêta au centre de la piste, dans un parfait freinage. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, elle se jeta dans les bras de son frère de cœur. Elle donnait l'impression de ne pas l'avoir vu depuis des mois.

Ce fut le plus âgé des quatre qui remarqua en premier la présence de Tom. D'un signe de la main il l'invita à se joindre à eux, et si le musicien avait d'abord hésité, un seul regard de la part de son colocataire avait finit par le convaincre. Lorsqu'il arriva à leur hauteur, les deux garçons le saluèrent chaleureusement mais Mel se renfrogna, montrant clairement qu'elle n'était pas enchantée de le voir. Il ne s'en formalisa pas pour autant. Il savait qu'elle se méfiait de lui et qu'il aurait beaucoup de mal à lui faire comprendre qu'il tenait vraiment à Bill, mais il y arriverait. Il ne comptait pas cesser de voir le brun après le lycée et ne se voyait pas passer ses prochaines années à se battre avec la petite blonde.

La discussion allait bon train, même si Tom n'y participait pas vraiment. Il remarqua néanmoins que plus le temps passait et plus l'androgyne semblait gagné par l'impatience. Ses doigts se jouaient nerveusement avec son skateboard et il ne lui en fallut pas plus pour comprendre. Conscient d'interrompre brusquement la conversation, il lança :

- Dis donc Honey, tu m'as traîné ici uniquement pour parler ? J'pensais que tu prendrais le temps de faire quelques figures !

Le brun mordilla sa lèvre inférieure, semblant peser le pour et le contre. En un signe de tête, Jezz lui désigna le haut du half-pipe, souriant d'un air entendu. Bill se leva aussitôt et couru presque pour monter sur le plateau de gauche. Les quatre adolescents quittèrent le module pour lui laisser la place. D'en bas, Tom le regarda sortir son mp3, choisir une chanson, avant de mettre les écouteurs sur ses oreilles. Il fronça d'abord les sourcils, surpris, avant de lever les yeux au ciel tout en retenant un soupir lorsqu'il comprit. C'était à croire que son ami ne faisait rien sans musique.

Tout en haut de la rampe, l'androgyne fixait le vide devant lui, un pied sur sa planche à roulettes. Le guitariste sentit son cœur se mettre à battre plus vite, ne pouvant s'empêcher d'avoir légèrement peur malgré le visage serein qu'affichait le brun. Celui ci s'élança finalement, gagnant plus de vitesse à chaque seconde. Les yeux résolument fixés sur lui, Tom découvrait un nouveau Bill. C'est en voyant son sourire rayonnant qu'il réalisa vraiment ce que cette activité représentait pour son ami. Lui avait sa guitare et l'androgyne avait son skate-board. C'était un moyen de s'évader, de se sentir libre, de s'enfermer dans sa bulle. Un moyen de se couper du reste du monde l'espace d'un instant.

Il devait bien reconnaître qu'il n'y connaissait pas grand chose, mais la fierté le gagna lorsqu'il remarqua que plusieurs jeunes s'étaient arrêtés dans leurs activités pour observer son ami. Quelque part, le skate était comme la musique, un moyen d'expression. Les mouvements, les figures, étaient plus amples, et dans un sens plus simples, si l'on était dans un état d'esprit joyeux. Au contraire, la tristesse ou l'énervement s'exprimait à travers des figures plus vives, plus compliquées. Plus rageuses.

Pour le skateur, le temps semblait s'être arrêté. Les chansons s'enchaînaient au même rythme que ses figures. Il se sentait léger, comme prêt à s'envoler. Mais le rêve devait prendre fin alors il termina sa performance sur une réception digne de ce nom. Un immense sourire sur les lèvres, il reprit son souffle et redescendit doucement de son nuage. En bas, ses amis l'applaudissaient et poussaient divers cris enthousiastes. Il éclata de rire et pesta vaguement contre le manque de discrétion de ces trois-là. A leurs côtés Tom ne disait rien mais son regard parlait pour lui.

Il dévala la pente et rejoignit rapidement le petit groupe. Il se laissa tomber sur le sol, toujours envahi par ce sentiment de liberté absolue. Presque aussitôt Matt s'empara de sa propre planche et grimpa sur la rampe. A l'autre extrémité Mel avait fait de même. Dans un mouvement presque synchrone, les deux amis s'élancèrent à la conquête de leur bonheur éphémère. Jezz se rapprocha d'eux et commença à leur donner quelques conseils, criant presque pour se faire entendre.

Tom aurait voulu dire quelque chose, faire un compliment, ou n'importe quoi, mais rien ne lui venait à l'esprit. Il se contenta d'observer son colocataire qui, petit à petit, redescendait sur Terre. Son regard croisa finalement celui du musicien et il demanda :

- Ça te tente ?

Le guitariste fronça les sourcil, ne voyant pas où il voulait en venir. Une idée commença néanmoins à germer dans ses pensées et la peur le gagna en moins de deux secondes :

- Tu n'es pas en train d'insinuer ce que je crois que tu insinues ?
- Ça dépend. D'après toi, j'insinue quoi ?
- Que tu veux me faire monter sur cet engin de malheur !
- Félicitation, nous avons un gagnant !
- Même pas en rêve !
- Oh allez Darling, s'il te plaît !
- Pas question !
- Mais pourquoi ? Donne-moi une bonne raison, au moins !
- Tu vas te foutre de moi.

La bonne humeur de Tom s'était envolée et Bill le regretta aussitôt. Il ne comprenait pas ce refus catégorique ni le froid qui s'était soudainement installé dans l'air. Les iris résolument rivées sur le musicien qui refusait de croiser son regard, il essayait de comprendre. Et puis semblant venir de nulle par, la réponse lui sauta aux yeux.

- Tu ... tu ne sais pas en faire, c'est ça ?

Le visage du guitariste se renfrogna un peu plus et le brun comprit qu'il avait vu juste. Les bras croisés sur son torse, Tom attendait. Un rire, une mauvaise blague, une remarque vaseuse. Mais rien ne vint. Piqué par la curiosité, il laissa son regard dériver jusqu'aux prunelles de son ami. Là où il pensait trouver de l'amusement il ne trouva que de la tendresse.

- J'peux t'apprendre, si tu veux.

Cette simple phrase avait été dite avec tellement de douceur, avec tellement de bonne volonté que le musicien ne sut pas refuser. Tous deux se relevèrent et l'androgyne les entraîna un peu à l'écart, là où personne ne les dérangerait. A côté d'eux trônait fièrement un quarter-pipe et Tom commença à paniquer. D'accord c'était l'un des modules les moins impressionnants, mais il n'était pas prêt à ça. Sa peur s'envola néanmoins lorsqu'il comprit que son ami ne comptait pas lui faire quitter le plancher des vaches pour le moment. Posant son skate sur le sol, Bill se tourna vers lui, visiblement décidé à lui enseigner l'art du skateboard.

- Bon. La première étape : monter sur la planche et tenir debout.

Le premier réflexe de Tom fut de reculer d'un pas. Ce geste amusa l'androgyne mais il lui agrippa fermement la main et l'incita à poser un pied sur ce qu'il devait probablement voir en ce moment comme son pire cauchemar. Pas du tout rassuré, le musicien s'exécuta de mauvaise grâce et pesta quand le skate avança de quelques centimètres, manquant de le faire tomber.

- Putain, tu peux pas m'obliger à monter sur ce truc !
- S'il te plaît Tommy.

Il releva brusquement la tête et plongea son regard dans celui du brun. Il était habitué aux éternels « Darling » mais ce surnom là ne lui faisait définitivement pas le même effet. Il était plus tendre. Peut-être même plus intime. Plus rare aussi, alors chaque utilisation le rendait magique.

- J'veux juste te faire partager mon monde. Tu m'as fait découvrir ta musique, j'veux te faire découvrir mon moyen d'évasion. J'te promets qu'en cas de problème je serais là.

Il laissa échapper un soupir et maudit son manque de volonté flagrant. Il suffisait d'un regard, d'une phrase, pour qu'il parvienne à le faire changer d'avis. Bill le menait par le bout du nez et il n'en avait même pas conscience. Prenant son courage à deux mains, il reposa un pied sur la planche, plus fermement cette fois. Sentant qu'elle ne cherchait pas à s'enfuir, il fit de même avec son pied gauche. Perché sur ce simple morceau de bois, il commençait à prendre confiance en lui. Bill du le sentir puisqu'il démêla leurs doigts et lui rendit sa liberté. Mais les roues bougèrent de quelques millimètres et il n'en fallut pas plus pour le déstabiliser. Il battit des bras dans une recherche vaine d'équilibre et se sentit tomber en arrière quand son dos rencontra un torse rassurant et protecteur. Une tête vint s'enfouir dans son cou et des cheveux noirs au parfum de vanille le chatouillèrent un peu.

- Tu vois, j'te l'avais dit. J'lui là. J'te lâche pas. Jamais.

Le dernier mot n'avait été qu'un murmure mais Tom l'entendit parfaitement. Son cœur s'affola dans sa poitrine et un sourire s'empara de ses lèvres. Il devait probablement avoir l'air ridicule dans cette position, ne tenant sur ses jambes que grâce à l'androgyne, mais sur le moment il n'en avait que faire. Il se sentait heureux et Bill était à ses côtés. Le reste n'avait plus la moindre importance.

- B & T -

Avalant les toutes dernières gouttes de café, Müller balança le gobelet en plastique par-dessus son épaule, l'envoyant rejoindre la dizaine d'autres qui traînait déjà sur le plancher de sa Chevrolet Impala. Jugeant qu'il avait suffisamment attendu comme ça il descendit enfin de son véhicule. Par réflexe ou peut-être à cause du froid, il referma un peu plus son blouson sur son corps. Le faible éclairage des lampadaires disposés le long de la route lui permit d'atteindre les grilles de l'orphelinat Saarbrücken malgré la noirceur de la nuit. Il remercia le ciel que le portail ne soit pas fermé à clé, mais il changea rapidement d'état d'esprit et pesta intérieurement lorsqu'un crissement strident se fit entendre.

- Entretient de merde !

Il avançait à découvert et avait horreur de ça. Et comme à chaque fois, sa peur se manifestait par une mauvaise humeur constante. Malheureusement pour lui, le bâtiment était protégé par de haut mur de briques que rien ne permettait de franchir. Il soupçonna même la directrice de cet établissement d'avoir fait retirer tous les arbres alentours qui auraient pu servir de point d'appuis pour passer par-dessus le mur. Les gens étaient bien trop méfiants de nos jours. Arrivé devant l'entrée, il contourna la bâtisse à la recherche d'une porte de secours. Peu à peu ses yeux s'habituèrent à l'obscurité. Il stoppa sa recherche brusquement, pesant le pour et le contre. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu, mais pourquoi ? La facilité lui ouvrait les bras, il n'allait certainement pas dire non. Sans remord, il se rapprocha d'une fenêtre laissée entrouverte qu'on avait oublié de fermer. Il enjamba le rebord et atterrit sur le sol en silence, presque félinement. Si le plan des lieux qu'il avait dégotté et longuement étudié était encore valable, le bureau qu'il cherchait ne devait pas être loin.

Cette histoire commençait doucement mais sûrement à l'énerver. Jamais une enquête ne lui avait demandé tant de temps jusque là. Et tout ça pour quoi ? Un gamin qui voulait retrouver un frère dont il ne savait rien. C'était dans des moments comme ça qu'il songeait à changer de carrière. Et il ne lui fallait généralement pas plus de trois minutes pour se rappeler qu'il ne savait rien faire d'autre.

Il n'était même pas sûr de ce qu'il faisait là. Mais depuis que ses recherches l'avaient mené au cimetière de Hanovre, il se sentait tourner en rond. Il avait alors cherché la moindre petite trace lui indiquant que Jorg Kaulitz avait bien la garde de son fils avant d'être tué. Le corps de l'enfant n'avait pas été retrouvé dans les débris de l'accident, ce qui lui laissait encore une possibilité qu'il soit vivant. Mais personne ne savait où était passé le gamin. Le reste de la famille n'en avait plus entendu parlé, et si les voisins avaient confirmé que le jeune Bill vivait bien avec son père, aucun ne l'avait vu depuis le jour du carambolage. Müller avait couché sur papier toutes les idées qui lui étaient alors passées par la tête, même les plus farfelues. Et ce soir, le détective jouait sa dernière carte. Si cette effraction ne donnait rien, il devrait annoncer à son client qu'il renonçait à l'enquête. Ce serait la première fois que le détective devrait déclarer forfait.

Chassant ces pensées négatives de son esprit, il laissa échapper un soupir de soulagement lorsqu'il trouva enfin le bureau de la directrice. Sans faire le moindre bruit il actionna la poignée de la porte qui, heureusement pour lui, n'était pas fermée à clé. Il referma derrière lui scanna la pièce d'un regard. Il sortit une lampe de torche de sa poche et se dirigea directement vers les armoires métalliques qui cachaient presque entièrement le mur du fond. Il ouvrit la première, essayant de poursuivre ses recherches avec méthode. Parmi tous les dossiers, il chercha directement à la lettre K et pesta quand il réalisa que le nom de Kaulitz n'y figurait pas. Dans cette histoire, les choses ne semblaient décidément pas vouloir lui faciliter la tâche. Le privé se demanda l'espace de quelques secondes ce qu'il avait fait pour mériter ça. Avait-il dénoncé trop de femmes infidèles ? Qui pouvait-il lui, si les maris l'engageaient pour ça ?

Se giflant mentalement, il reporta son attention sur les dossiers. Sa nuit allait être longue, il n'avait pas le temps pour ces stupidités. Il délaissa les dossiers des orphelins possédant un nom de famille à leur entrée dans l'établissement et se concentra sur les anonymes. Bien souvent, les nouveaux arrivants n'avaient qu'un prénom comme vestige de leur vie passée. Et malheureusement pour lui, ses enfants là étaient les plus nombreux. Prenant une vingtaine de dossiers, il s'installa au bureau de la directrice et entreprit de tous les lire en diagonale. Ses yeux voyageaient d'une fiche d'inscription à une autre, portant une attention particulière aux enfants qui n'avaient pas été déposés volontairement ici. Il écarta également toutes les filles.

Les jours précédents, il avait réussi à obtenir une photographie du garçon qu'il cherchait grâce à une ancienne voisine qui adorait l'enfant. Lorsqu'elle lui avait remis le morceau de papier glacé, le privé cru que son cœur allait exploser de joie. Il avait enfin autre chose qu'un nom ! Mais c'était néanmoins bien loin de suffire.

Écartant ce qui lui semblait être le soixante-septième dossier, Müller jeta un œil au travail qu'il lui restait encore à accomplir. Il passa une main dans ses cheveux dans un geste las lorsqu'il réalisa qu'il n'était qu'au tiers de sa tâche. L'horloge murale fixée en face de lui lui indiquait quatre heures vingt-trois du matin. Il devrait bientôt partir. Cela signifiait revenir la nuit suivante, et peut-être même celle encore d'après. Il reporta son attention sur les renseignements recueillit sur un certain Charly mais passa bien vite au candidat suivant. La photo qui avait été joint au dossier lui avait suffit à comprendre qu'il n'était pas Bill Kaulitz. Les photographies accompagnaient généralement les dossiers d'enfants qui avaient trouvé un nouveau foyer. Mais malheureusement pour Lothar, ceux là étaient les moins nombreux.

L'espoir envolé au loin, le privé s'empara du dossier suivant qu'il ouvrit sans grande conviction. Il avait l'impression de perdre son temps, mais ce n'était pas vraiment comme s'il avait le choix. Les premiers mots qu'il lut attirèrent brusquement son attention. Son instinct de détective s'était soudainement réveillé. S'il en croyait ce qu'avait écrit la directrice, ce Bill dont le nom de famille était inconnu avait été déposé à l'orphelinat après avoir été retrouvé évanouie sur le bord d'une route. Son arrivée avait eut lieu peu de temps après l'accident de voiture de Jorg Kaulitz, et il sentit l'espoir se répandre dans chacune de ses veines. Son cœur se mit à battre plus fort au fur et à mesure que les mots qui défilaient devant ses yeux. Arrivé en bas de la page, il passa à la suivante et il cessa tout mouvement. Ses prunelles étaient fixées sur l'image d'un gamin d'une dizaine d'année au visage triste, à l'air presque perdu. Malgré ses gestes fébriles, il sortit de sa poche la photo que lui avait gentiment donnée la vieille dame et le doute ne fut plus permis. Il avait pris quelques années et ses cheveux avaient changé de couleur, passant du châtain au brun, mais c'était bien lui.

Un immense sourire sur les lèvres, il leva le poing en signe de victoire et retint de justesse le cri qui de joie qui menaçait de franchir sa bouche. Il parcourut rapidement le reste des informations et petit à petit, les pièces de ce puzzle apparemment insoluble se mettaient doucement en place. Il observa les traits de ce gamin au mal être évident et quelque chose le perturba. Il avait l'impression d'avoir déjà vu ce visage quelque part. Un regard un peu plus marqué et quelques anniversaires de plus. Il savait qu'il le connaissait. Il le sentait. Oui mais où l'avait-il vu ?

Un bruit provenant de la pièce au-dessus de lui fit revenir tous ces réflexes de détective et chassèrent au loin toutes ses réflexions. L'horloge lui indiquait maintenant plus de cinq heures du matin.

- Merde !

Malgré le léger tremblement de ses mains, il replaça chaque dossier à sa place initiale. Il hésita quelques secondes sur celui de Bill. Si quelqu'un remarquait son absence, cela risquait d'être problématique. Considérant avoir appris l'essentiel, il se dépêcha de noter l'adresse des parents adoptifs et rangea le dossier dans l'armoire, avec tous les autres.
Il se retrouva rapidement dans le couloir, priant pour ne pas tomber sur celui ou celle qui était si matinal. Il repéra la fenêtre par laquelle il était entré et l'enjamba. Accroupi contre le mur, il longea le bâtiment, essayant de ne pas se faire voir. Le plus gros problème serait de traverser toute la cour menant au portail d'entrée. Devait-il courir en espérant ne pas être vu ou faire comme si de rien n'était et avancer tranquillement en direction de sa voiture ? Il devenait trop vieux pour ces choses là.

- B & T -

Il était finalement rentré chez lui et avait profité de quelques heures de sommeil qu'il jugeait bien méritées. Il avait plus avancé en une nuit qu'en une semaine, ce qui l'avait conforté dans son idée de prendre le temps de dormir un peu. Lorsque l'après midi commença, il reprit les rennes de son enquêtes et se rendit devant la demeure de la famille ayant normalement adopté Bill Kaulitz. Les bras résolument posés sur le volant, Lothar essayait d'analyser la situation. Visiblement, la maison n'était pas déserte. Il avait vu le père partir il y avait un peu moins d'une heure mais il pouvait voir certaines ombres passer parfois devant les fenêtres. Il ne se voyait pas aller sonner et demander comme ça, de but en blanc, à voir celui qui devait maintenant être un adolescent. Il ne s'imaginait pas non plus camper dans sa voiture et attendre bien sagement que tous les membres de cette famille ne se décident à se montrer au grand jour. Il l'aimait son Impala, mais il lui semblait qu'en ce moment il la voyait un peu trop souvent.

Il poussa un soupir et plongea sa tête dans ses bras. Vivement que cette histoire se termine. Il était blasé de tout ça, mais il ne pouvait se résoudre à annoncer au gamin que finalement, il renonçait à cette enquête. Lothar Müller ne s'était jamais montré vaincu jusque là, il n'avait pas l'intention de commencer aujourd'hui. Et puis il devait bien avouer que sa curiosité avait été piquée. Maintenant qu'il était plongé dedans, il voulait le fin mot de cette histoire.

La musique qui jusque là faisait trembler tout le quartier s'arrêta brusquement à la fin d'une chanson. Le silence reprit ses droits, ce qui attira l'attention du détective. Il avait clairement établit que l'enchevêtrement de guitare, de basse et de batterie venait de la maison qu'il surveillait. Avec un peu de chance, l'un de ses habitants avait une course à faire - ou n'importe quoi d'autre, pour ce qu'il en avait à faire - du moment que ça l'obligerait à sortir.

Il remercia sa bonne étoile lorsqu'il vit la porte d'entrée s'ouvrir. Il ravala son sourire aussi vite qu'il était apparu. Il fronça les sourcils tandis que l'incompréhension le gagnait un peu plus à chaque seconde. Il réprima un juron tandis que ses doigts se crispèrent sur le volant. Mais que faisait donc son employeur du moment ici ? Avait-il lancé sa propre enquête ? Avait-il engagé un autre privé ?

La stupeur le gagna lorsque le gamin qui signait ses chèques fut rejoint par un autre adolescent. Tremblant légèrement, il sortit une photo de sa poche et l'observa, tout en jetant un œil sur le nouvel arrivant toutes les trente secondes. Il ne pouvait pas se tromper. Mais ça ne pouvait pas être ça ! C'était ... tellement absurde ! Et pourtant, son esprit se chargea de relier les éléments entre eux. La photo qu'il avait découvert à Saarbrücken lui revint en mémoire et ce fut comme un déclic. Il savait bien qu'il avait déjà vu ce visage quelque part. C'était il y avait quelques temps maintenant, dans un certain lycée. Il était passé voir Trümper et l'avait trouvé en compagnie d'un ami. Il ne l'avait pas reconnu sur les photos, mais il ne pouvait plus nier l'évidence.

Il resta plusieurs minutes sans bouger. Dans sa tête défila le reste de sa mission. Il lui faudrait juste vérifier que Bill Kaulitz n'avait pas été finalement placé dans une autre famille et il pourrait annoncer à son patron qu'il avait parfaitement rempli sa part du contrat et retrouvé son frère perdu. Après tout, Lothar Müller ne faillait jamais. Et pourtant, il n'était pas pleinement satisfait.

Son cœur se serra lorsqu'il vit les deux adolescents longer calmement la rue, pendus au bras l'un de l'autre, insouciants du monde qui les entourait. Il ne savait plus s'il devait être heureux ou non. Il fallait qu'il fasse part de ses trouvailles au gamin mais n'en avait plus tellement envie. Les deux frères semblaient s'être retrouvés sans même le savoir et il avait le sentiment qu'il allait briser quelque chose s'il ne gardait pas ses découvertes pour lui. Mais avait-il seulement le droit de ne rien dire ?

Il ne pouvait pas nier qu'il s'était attaché au gamin, même s'il ne le lui avouerait jamais. Qui ne le pourrait pas ? Il ressemblait à un chiot perdu qui tentait vainement de retrouver une part de lui. Il ne voulait pas le laisser dans l'ignorance mais il ne voulait pas non plus briser ce fragile équilibre qu'était sa vie. Il avait visité sa demeure, il pouvait donc dire qu'il le connaissait bien. Son monde semblait plus ou moins tourner autour de cette étrange amitié qu'il entretenait avec son ami androgyne et il ne se sentait pas le cœur de tout chambouler.

Parce que ce n'était pas un amour fraternel qu'il avait vu dans les yeux du gamin lorsqu'il regardait son ami. Non. C'était tellement tellement plus que ça.


Encore pardon pour ce long silence. Point positif, j'ai pu écrire pas mal de choses en trois mois :) Il faut que je relise tout ça, que j'envois en bêta, et jvous le poste !

Merci à celles qui sont toujours là 3