Catégorie : Tokio Hotel
Paring : Bill/Tom.
Genre : Friend-ship, romance, humour (ouais, y paraît XD)
Rating : M.
Résumé : « Deux frères que la vie à séparé mais que le hasard va réconcilier. Peut être même un peu trop. Bien trop différents l'un de l'autre, la cohabitation risque d'être dure. Chacun à ses problèmes, chacun à sa vie. L'un dans un quartier riche, l'autre dans un quartier pauvre.
Petit à petit, passant au-delà des différences, un rapprochement se fait. Tout se complique quand Tom commence à se poser beaucoup trop de questions. Pourquoi ressent-il se besoin d'être près de lui ? Pourquoi cette envie de le protéger ?
Et Bill dans tout ça ? Qu'en pense-t-il ? »
Mise en garde : En plus d'être centrée sur un couple gay, cette fic est basée sur une relation entre deux frères. Donc homophobe, puriste, ou chieur : casse-toi !
Note de l'auteur : Encore une attente beaucoup trop longue entre deux ahpitres *soupire* Je me demande si j'y arriverai un jour, mais c'était à croire qu'une force obscure ne voulait pas me laisser poster ce chapitre u.u J'ai d'abord vaincu le syndrome de la page blanche (je ne peux plus nier qu'on se rapproche dangeureusement du mot "fin" et ça me terrifie malgré moi et me bloque horriblement é.è) et après ma beta et moi avons du affronter la révolte de la techonologie qui s'est honteusement liguée contre nous u.u
Deux frères, deux mondes
Chapitre 30 : Voir les choses différemment
Cachant sa bouche derrière sa main, Bill ne parvint pas à retenir ce qui devait être son dixième bâillement en moins d'une demi-heure. Il appréciait les rayons du soleil qui lui réchauffaient la peau malgré la barrière de verre que formait la fenêtre, mais cette douce chaleur ne faisait que l'assoupir un peu plus. Il entamait sa troisième journée de cours depuis la rentrée, mais il ne parvenait pas à reprendre ce rythme bien particulier que demandait toute scolarité. Il n'aspirait encore qu'à se coucher alors que le soleil commençait à peine à se lever mais sa conscience l'avait rapidement rappelé à l'ordre. Pas question de décevoir Lucie en redoublant sa dernière année de lycée. Mais son corps n'avait pas encore saisit que les choses avaient changé et le sommeil avait tendance à le fuir aux heures où il aurait du l'emporter entre les bras de Morphée. Et puis il fallait bien admettre que ses conversations nocturnes avec son colocataire ne l'incitaient pas à vouloir dormir. Il s'étonnait parfois de la facilité avec laquelle ils pouvaient tenir une discussion pendant des heures et des heures alors qu'ils avaient l'impression de s'être déjà tout dit depuis bien longtemps.
L'androgyne accorda son attention à leur professeur d'allemand mais ne tint pas plus de trois minutes. Il n'était bon à rien aujourd'hui, ce n'était pas la peine de lutter contre ça. Il jeta un coup d'œil sur sa gauche et remarqua que son voisin de table n'était pas dans un meilleur état que lui. Son visage soutenue par sa main, Tom faisait tout ce qu'il pouvait pour garder les yeux ouverts. Le brun retint un rire devant tête d'endormi puis reporta son attention sur ce qu'il se passait deux étages plus bas, dans la cour de l'école. Lui-même luttait contre ses paupières qui n'aspiraient qu'à rester closes.
Sans prévenir, une main se posa sur sa nuque et commença doucement à le masser. Il rouvrit ses yeux qu'il n'avait pas conscience d'avoir fermé puis interrogea son colocataire d'un simple regard. Le musicien continua ses mouvements de doigts tout en décalant discrètement sa chaise vers celle de son voisin, l'air de rien. Les deux sièges finirent par se rencontrer, l'empêchant d'aller plus loin. Il savait que n'importe qui pourrait surprendre leur manège mais il n'avait pas pu se retenir. Il avait besoin de sentir son ami plus proche de lui alors il n'avait pas hésité. Chuchotant pour ne se faire entendre que de l'androgyne, il demanda :
- Fatigué ?
- A ton avis ?
- Désolé. J'te promets que cette nuit on ne fera rien d'autre que dormir.
- Est-ce que j'ai dit que ça me dérangeait ?
Le guitariste esquissa un sourire, heureux d'apprendre qu'il n'était pas le seul à apprécier la façon dont ils passaient leurs soirées. Il continua son massage improvisé, en profitant parfois pour glisser sa main dans les cheveux bruns de son vis-à-vis. Ce dernier ferma les yeux à moitié, profitant pleinement des caresses que lui prodiguaient ces doigts sans doute expert en la matière. Combien de filles avaient eut droit à cette faveur avant lui ? Il chassa bien vite cette idée de son esprit, refusant de penser à quelque chose susceptible de le mettre de mauvaise humeur et se contenta d'apprécier pleinement le moment.
Lorsque la sonnerie annonça la dernière heure de cours, Bill se redressa et s'étira longuement sous le regard assassin de son professeur. Malgré toute sa bonne volonté, il avait fini par s'endormir. Le remord le gagna l'espace de trois secondes mais la satisfaction l'emporta lorsqu'il réalisa que ces quelques heures de sommeil volées lui avaient fait le plus grand bien. Tout en rassemblant ses affaires, il remarqua que les gestes de Tom étaient moins lents et en conclue que lui aussi avait du s'accorder une sieste improvisée. Il songea à le réprimander pour l'avoir laisser s'assoupir mais se ravisa. Il haussa les épaules et attrapa son sac avant de rejoindre Georg et Gustav qui attendaient patiemment dans le couloir que leurs deux amis daignent les rejoindre. Le guitariste se joignit à eux, essuyant un énième regard noir de la part de l'enseignant. Il réprima l'envie d'entrelacer ses doigts à ceux de l'androgyne et se contenta d'avancer à ses côtés.
Ils descendirent les deux étages, se frayant un chemin parmi la foule d'élèves pressés de sortir. Ils gagnèrent enfin l'extérieur, frissonnant sous le vent de l'hiver, mais appréciant cet air frais qui les revigorait après plus de quatre heures enfermés dans une salle de classe. Ils se dirigeaient vers le bâtiment réservé aux appartements lorsque Georg demanda :
- Alors, vous avez prévu de faire quoi cet après-midi ?
- Ola, si tu savais !
Tom reçu un coup de poing dans l'épaule accompagné d'un regard furibond. Il ne put retenir son sourire plus longtemps face aux prunelles indignées de son colocataire. Ce dernier tourna ostensiblement la tête, montrant ainsi son mécontentement. Il pressa le pas et continua d'avancer sans attendre les trois autres. Face aux regards interrogateurs des deux G, le guitariste leur expliqua :
- C'est juste que je me retrouve embarqué dans une séance shopping dont je ne suis pas sûr de revenir vivant.
- Hey !
Par cette simple protestation, Bill se trahit et démontra qu'il n'avait rien perdu de leur conversation. Les bras croisés sur son torse, l'androgyne affichait maintenant un air boudeur, vexé de s'être fait avoir si facilement. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, Tom lui ébouriffa affectueusement les cheveux avant de lui prendre la main. Tant pis pour les rumeurs que ce simple geste déclencherait.
- J't'ai pas obligé à venir, hein. J'peux y aller tout seul, ce sera pas un problème.
Le guitariste leva les yeux au ciel tandis que les deux autres musiciens échangeaient un regard entendu. Comme si le dreadé pouvait refuser de passer un peu de temps avec son Honey. Ils craignirent un instant que l'un des deux ne leur propose de se joindre à eux. Ils commençaient à être à court d'excuse valable pour décliner l'invitation et Bill allait bien finir par se douter de quelque chose. Heureusement pour eux, aucun des deux ne leur posa la question et ils laissèrent les deux amis devant leur appartement, se chamaillant encore. Ils n'étaient même pas sûrs qu'ils aient remarqué leur absence et réprimèrent une remarque moqueuse sur leur capacité à oublier le monde extérieur lorsqu'ils étaient ensemble.
Sitôt qu'il eut franchi le seuil de leur foyer, Bill s'engouffra dans sa chambre pour quitter cet uniforme qu'il ne supportait toujours pas. Tom délaissa son sac dans le salon et se rendit dans la cuisine. Du congélateur, il sortit une simple pizza qu'il mit au four. Il connaissait suffisamment bien son ami pour savoir qu'il voudrait se lancer dans son après-midi de folie le plus rapidement possible, avalant le premier truc qui lui tombera sous la main pour calmer son estomac. Et si le brun ne mangeait pas assez, le musicien était certain de devoir écouter ses jérémiades entre deux essayages parce que sa simple pomme avalée en vitesse ne lui suffisait pas finalement.
Il se dirigea enfin dans sa propre chambre pour passer ses larges vêtements, souriant à chaque fois qu'il entendait son colocataire pester ou grogner contre quelque chose qui n'allait pas comme il le voulait ou qui ne daignait pas rester en place. Lorsqu'il quitta ses quatre murs pour retourner dans la pièce principale, il trouva son ami en train de mettre la table. Il qualifia cette idée de stupide dès qu'elle lui apparue à l'esprit mais il ne put s'empêcher d'apprécier ce simple moment. Ils n'avaient échangé aucune parole, mais l'un avait poursuivit l'initiative de l'autre, et cela lui procurait une joie qu'il ne soupçonnait pas. Avec Bill, vivre à deux lui semblait moins contraignant, moins problématique. Avec Bill, vivre à deux lui semblait être une chose qu'il accepterait bien toute une vie.
- B & T -
Toute fatigue avait apparemment quitté le brun qui ne cessait de s'agiter dans tous les sens et de multiplier les commentaires sur tout ce qu'il voyait. Un bus les avait rapidement déposé dans le centre-ville et Tom sentait la panique le gagner doucement. Il avait déjà eu droit à une journée shopping en compagnie de Bill Harkins et se souvenait parfaitement d'avoir finit sur les rotules, incapable de tenir le rythme effréné de son colocataire. Celui qui trouvait ce genre de sortie distrayante ou amusante n'avait visiblement jamais passé une après midi complète en compagnie d'un fana de vêtements prêt à essayer tout et n'importe quoi du moment que cela lui plaisait.
Agrippé à son bras, l'androgyne ne cessait de lui montrer diverses enseignes, se souciant peu de se faire entendre de la rue entière, débitant un nombre incroyable de paroles en si peu de temps :
- Et faudra qu'on aille là aussi ! Et ça c'est quoi ? Tu connais ? On ira jeter un œil, histoire de voir. Oh et celle là ! J'adore ce qu'ils font !
Tom n'avait pas le temps de répondre à la moindre question que Bill était déjà parti sur autre chose. Il tenait vraiment à son Honey, ça il pouvait le jurer sur ce qu'il avait de plus cher, et il n'existait pas grand chose qu'il ne ferait pas pour lui. Mais la peur, l'angoisse et le désespoir s'emparaient peu à peu de lui au fur et à mesure que la liste des magasins à visiter s'agrandissait. Ce fut presque à reculons qu'il pénétra finalement dans la première boutique. Aussitôt le brun l'abandonna à son triste sort et se rua dans les allées, déplaçant, inspectant, jugeant, balançant le moindre bout de tissu, sous le regard effaré du musicien.
- Pitié, faite que je m'en sorte vivant.
Une femme passa à côté de lui, réprimant un sourire amusé face à ce comportement peu orthodoxe pour un client. La remarquant, le guitariste s'apprêtait à lui demander si un peu de compassion serait trop demander lorsque quelque chose de mou et de léger lui tomba sur la tête, détournant son attention et l'empêchant de voir ce qui se passait autour de lui. Partagé entre curiosité et indignation, il agrippa le bout de tissu et lui jeta un regard noir. Tenant le vêtement à deux mains, il se retrouva devant un pantalon gris foncé aux nombreuse poches qui aurait pu lui rappeler l'un de ses baggy s'il n'avait pas été si normalement taillé. Il commençait à se demander qui avait bien pu lui balancer ce vêtement et pour quelle raison lorsqu'une tête brune sorti du rayonnage juste à côté de lui, laissant bientôt apparaître un corps entier.
- Essaye-le ! J'suis sûr qu'il va parfaitement t'aller !
Il posa sur son colocataire un regard incrédule, comme s'il venait de lui annoncer la nouvelle la plus improbable de l'année.
- Tu veux que moi je mette un truc pareil ?
- Ben quoi ? Il est beau, non ?
- Il est surtout un peu trop normal, oui. Qu'est-ce que tu veux que je foute avec ça ?
- Oh allez, s'il te plaît ! Ça va pas te tuer de quitter tes trucs trois fois trop larges pendant cinq petites minutes !
- Hey ! Fous la paix à mes fringues ! Est-ce que je critique les tiens, moi ?
- Tout le temps.
Le guitariste allait répliquer lorsqu'il réalisa que l'androgyne avait parfaitement raison. Mais ce n'était quand même pas sa faute si son ami n'en faisait qu'à sa tête et ne portait que des choses beaucoup trop serrées à son goût ! Quel être humain normalement constitué prendrait plaisir à se battre tous les matins pour rentrer dans un tee-shirt plus que moulant ? Certainement pas lui !
- Allez Tommy ! Ça ne te coute rien de l'essayer !
Et comme à chaque fois, il ne put dire non à ces yeux de chiot battu et se dirigea d'un pas trainant vers les cabines d'essayage, grommelant contre " ces-foutus-bruns-au-regard-noisette-qui-n-était -pas-foutus-de -rester-tranquilles-au-lieu-de-se-mêler-de-ce-qui-ne-les-regardait-foutrement-pas." Bill laissa échapper un petit rire et le suivit, emportant lui aussi quelques vêtements avec lui.
Caché derrière son rideau, Tom changeait d'habit avec toute la mauvaise volonté dont il était capable. Il terminait de remonter la fermeture éclair lorsqu'un bras apparu près de lui, tenant un pull orange à l'allure parfaitement normale. Il ne pu retenir un gémissement plaintif lorsqu'il comprit ce que son ami attendait de lui. Passant une main sur son visage, il poussa un soupir de découragement avant de s'emparer du pull.
Il quitta finalement sa cabine, marmonnant dans sa barbe inexistante, tirant désespérément sur son pantalon avec l'espoir de l'élargir un minimum. Mais le tissu ne bougea pas d'un iota et une main vint s'abattre brusquement sur les siennes :
- Arrête de tirer dessus, tu vas le déformer !
- C'est le but.
- Idiot.
Tom ne releva pas et se contenta de croiser les bras sur sa poitrine, bien décidé à montrer qu'il entamait une séance de bouderies. Il fut néanmoins déstabilisé lorsque le brun commença à tourner autour de lui, l'observant sous tous les angles avec un air conspirateur. Il fit appel à tout son self contrôle pour ne pas se mettre à rougir et ainsi déclencher une série de questions auxquelles il n'avait aucunement envie de répondre.
- Le pantalon te va parfaitement, mais pour ce qui est du haut … J'crois que le orange, c'est vraiment pas ta couleur. Retire-le, j'vais te chercher autre chose.
Le musicien n'eut pas le temps d'esquisser le moindre mouvement que son relookeur attitré avait déjà disparu entre les rayonnages. Il retint comme il put un gémissement plaintif et se demanda pour la énième fois ce qu'il faisait là. Comment avait-il pu se laisser embarquer dans cette histoire si facilement ? Un frisson le parcouru lorsqu'il se rendit compte que Bill pourrait lui faire faire n'importe quoi sans qu'il n'oppose la moindre résistance.
- J'suis pas dans la merde …
Il s'abstint d'ajouter tout commentaire lorsqu'il vit son tortionnaire revenir vers lui, amenant avec lui un autre pull désespérément normal, mais vert cette fois-ci. Résigné, il le lui arracha presque des mains et s'engouffra dans la cabine, ne manquant pas de pester suffisamment fort pour que son ami comprenne à quel point cette situation lui déplaisait. Une fois le vêtement passé, il sortit encore une fois, la mine renfrognée. Il croisa de nouveau les bras sur sa poitrine et attendit le verdict, pas vraiment certain de vouloir le connaître.
De son côté, Bill admirait son œuvre en silence, se félicitant une fois de plus pour avoir su choisir les bonnes tailles. Finalement, ce n'était pas si difficile de montrer son colocataire sous son meilleur jour, loin de ses vêtements beaucoup trop grands qui cachaient toutes ses formes. Non pas qu'il ait un jour pensé que le guitariste était repoussant, non, loin de lui cette idée. Mais là, paré de ces habits presque à l'opposé de ceux qu'il portait habituellement, il perdait son air de gros dur au cœur froid pour une allure plus touchante, presque plus innocente. Et si jusque là il lui avait semblé banal, comme tous ces adolescents qu'il croisait à longueur de temps, là, dans cet ensemble, sous cette lumière légèrement tamisée, Bill réalisait à quel point Tom pouvait être beau.
- B & T -
Ils sortirent finalement du dernier magasin, emportant leurs nombreux sacs avec eux. Le calvaire de Tom prenait fin, à son plus grand bonheur. Mais s'il devait être honnête, il ne pouvait pas dire qu'il avait détesté chaque seconde de cet après-midi de folie. Il ne repartait pas les mains vides et puis surtout, ces quelques heures volées au reste du monde se transformeraient en merveilleux souvenirs qu'il ne serait pas près d'oublier. Il avait perdu le compte de leur fou-rire au bout du dixième, peut-être.
Autour d'eux, les enseignes s'éteignaient les une après les autres, jetant gentiment les derniers clients dehors. Bill ne disait plus rien, probablement autant fatigué que lui par cette journée de folie. L'inquiétude le gagna néanmoins lorsqu'il le fit s'arrêter une nouvelle fois :
- Oh non pitié, pas encore une !
Le musicien n'avait pu retenir cette phrase et le regrettait amèrement. Il chercha aussitôt les yeux noisette de son ami et tenta de montrer à quel point les mots avaient dépassés sa pensée. Contre toute attente, l'androgyne ne mit pas en colère et éclata de rire.
- T'inquiète Darling, ton calvaire est fini. Mais pour te remercier, j'voudrai t'offrir un café. Ou c'que tu voudras.
Remis de ses émotions, le guitariste releva la tête et son regard se posa sur la devanture faiblement éclairé du Clover. Il ne connaissait cet endroit que de vue mais il devait reconnaître qu'il l'avait toujours attiré. Il acquiesça finalement et suivit le brun qui le précéda dans l'établissement. Son corps se réchauffa presque aussitôt et ses membres s'engourdirent légèrement, dérangés par le brusque changement de température. Il rejoignit rapidement son colocataire, installé à l'une des tables du fond, loin des autres clients. Il se débarrassa de ses sacs et se laissa choir sur la banquette rouge, appréciant le fait de pouvoir enfin s'assoir après avoir tant marché.
- Mes pieds demandent grâce. Et le reste aussi, d'ailleurs.
- P'tit joueur.
- Excuse-moi de ne pas être un pro du shopping intensif.
Un sourire d'excuses lui répondit et son cœur se sentit tout de suite plus léger. Il se désespéra lui-même, incapable d'en vouloir à son colocataire plus de cinq secondes. Il ferma les paupières et profita de ce moment bien-être. La légère musique d'ambiance le berçait, la présence de Bill le faisait se sentir bien. Il aurait presque pu s'endormir. Un bruit de talon claquant contre le sol le tira de sa quiétude et il rouvrit les yeux juste au moment où la serveuse s'arrêtait à leurs côtés :
- Bonsoir, qu'est-ce que je vous sers ?
Une jolie rousse qui ne devait pas être bien plus âgée qu'eux attendait sagement leur réponse, sans la moindre arrière pensée au fond des yeux. Elle ne semblait pas les juger sur leurs apparences, et bizarrement le guitariste se sentit soulagé. Pris au dépourvu, Tom adressa un signe de tête à son vis-à-vis assis juste en face de lui pour l'inciter à passer commande en premier :
- Un chocolat liégeois, s'il vous plaît.
- Deux.
- C'est noté ! Je vous apporte ça tout de suite.
Elle s'éclipsa après un dernier sourire auquel le musicien ne répondit que par simple politesse et non pas en vue d'une future séance de drague comme il en avait l'habitude autrefois. Le coude sur la table, le menton calé dans la paume de sa main, il jetait des regards un peu partout autour de lui, observant les alentours. L'endroit était simple et pourtant il s'y sentait bien. La couleur bordeaux des murs et le calme des lieux l'apaisaient, lui ôtant tout sentiment négatif sans qu'il ne puisse réellement l'expliquer. C'était tout simplement le genre de café où il aurait pu passer des heures entières entouré d'amis, à refaire le monde.
La serveuse revint vers eux, plateau en main, le sortant de sa contemplation. Elle déposa devant chacun d'eux une tasse remplie de chocolat chaud surmonté d'une bonne dose de chantilly, le tout agrémenté d'un chamalow.
- Et voilà !
Deux remerciements plus tard, elle s'éloignait pour débarrasser une autre table. Le brun porta aussitôt la tasse à ses lèvres, ce mettant immanquablement de la chantilly tout autour de la bouche. Tom ne chercha pas à retenir son rire mais Bill n'y prêta pas attention. Il lécha consciencieusement la moindre petite trace de mousse et laissa échapper un soupir de contentement. Presque inconsciemment, les yeux du guitariste suivirent ce petit bout de chair rose qui lui semblait soudainement atrocement attirant. Il secoua violemment la tête de gauche à droite pour chasser ces idées déplacées de son esprit
- N'empêche, j'arrive pas à croire que tu aies réussi à me faire acheter ces foutus fringues.
L'androgyne leva les yeux au ciel, partagé entre amusement et agacement.
- Tu vas t'en remettre un jour ? Et puis … tu me remercieras plus tard lorsqu'un troupeau de filles fera le pied de grue devant la porte de notre appart' pour obtenir un rencard avec toi, une fois qu'elle t'auront vu sapé comme ça.
Il se mordit l'intérieur des joues afin d'éviter de lui crier dessus pour lui faire comprendre une bonne fois pour toute qu'il n'en avait strictement rien à faire de toute ces filles. L'unique personne qu'il voulait était probablement la seule qu'il n'aurait jamais. Ce n'était pas pour elles qu'il avait accepté d'acheter ces vêtements ô combien beaucoup trop normaux pour lui. Mais lorsque Bill l'avait regardé, dans ce magasin, il avait décelé quelque chose de différent dans son regard. Il ne savait pas vraiment quoi mais il était certain de l'avoir vu. Est-ce qu'il serait prêt à changer de style vestimentaire par amour pour son Honey ? Pas sûr. Peut-être, qui sait.
- B & T -
A cette heure relativement tardive, les corridors du lycée étaient déjà presque déserts mais les rares personnes présentes ne purent retenir un sourire face au spectacle qui se déroulait devant leurs yeux. Dans le couloir du premier étage, Tom Trümper traînait littéralement son colocataire derrière lui, le tenant fermement par le poignet.
- S'te plaîiiit ! J'suis pas motivé du tout, là !
- Ranafoutre ! Ça fait trois jours qu'on fait rien d'autre que profiter des plaisirs de la vie, là faut qu'on pense à bosser.
- Mein Gott, qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon Darling ?
- Idiot.
Il leva à nouveau les yeux au ciel, pestant contre ce fichu brun qui s'obstinait à lutter contre quelque chose de bien plus fort que lui. Il lui avait pourtant expliqué que toute cette situation était due à Gustav. Gustav et sa foutu obsession de la réussite scolaire. Gustav et son refus d'être recalé au moindre examen. Gustav qui, dans sa grande générosité, emmenait ses amis avec lui sur le chemin du succès, donc forcément sur la route des révisions. Depuis le temps, Tom avait pu constater les effets positifs qu'avaient eus les méthodes parfois drastiques de son ami blond sur sa moyenne scolaire, mais ce n'était pas encore le cas de l'androgyne.
Lui non plus ne ressentait pas la moindre once de motivation face au programme très certainement chargé que le batteur leur avait prévu pour les prochains jours. Le guitariste frissonna rien qu'à l'idée d'imaginer ce qui les attendait lorsque la fameuse « opération baccalauréat » serait lancée. Il préféra se concentrer sur le présent et maudire une fois de plus leur professeur de philosophie qui avait décrété qu'une épreuve de bac blanc ne leur ferait pas de mal. Tom était loin d'être d'accord avec lui, mais malheureusement il devrait bien s'y plier. Il préférait encore affronter bravement les révisions intensives qui l'attendaient sagement plutôt que de faire face à la fureur de Gustav si l'un deux avait le malheur de ne pas réussir ce devoir de quatre longues heures. Il songea un instant à mettre Bill au courant de ce qui l'attendait en cas d'échec mais jugea finalement préférable de ne pas rajouter davantage de pression sur ses frêles épaules. Le brun avait tempêté et pesté aussi fort qu'il le pouvait, mais Tom avait compris depuis longtemps que le comportement de l'androgyne était dû à la peur, tout simplement. Peur de ne pas réussir un examen blanc, donc de ne pas réussir non plus celui qu'ils passeraient au mois de juin. Peur de décevoir Lucie. Et ça, il savait que son colocataire ne le supporterait pas.
N'écoutant pas le moins du monde les jérémiades de ce fardeau qu'il avait traîné sur plusieurs mètres, il toqua à la porte de l'appartement 109. Il attendit à peine une minute avant de se retrouver face au visage souriant de Georg :
- Alors mec, toujours vivant ?
- Ha ha, très amusant.
Sans attendre d'y être invité, il bouscula légèrement le bassiste et entra. Il relâcha enfin le poignet de Bill, qui se résigna à accepter son sort. L'androgyne préféra ignorer la pique concernant leur séance shopping qui eut lieu quelques heures plus tôt et se laissa choir au pied du canapé et s'y adossa. Il n'avait aucune envie de travailler ce soir, bien que cela fasse partie de leur accord : une après midi à dévaliser les boutiques de vêtements en échange d'une soirée intensive de révision. Sans grande conviction, il tendit la main vers le guitariste qui lui rendit son sac de cours. Il en sortit le classeur où il rangeait toutes ses prises de note sur la philosophie et le jeta négligemment à côté de lui.
Gustav les rejoignit, quittant sa cuisine, les bras chargés de paquets de chips, de gâteaux en tout genre et de plusieurs sodas. Il salua brièvement les nouveaux arrivés et déposa son fardeau sur la table basse, installant ces provisions censées les soutenir dans leur combat contre la cinquantaine de pages de révisions qui les attendaient. Tom s'installa sur le sofa, juste à côté de son colocataire, tandis que leurs hôtes prirent place sur les deux fauteuils. Chacun sortit ses propres cours et se plongea dans ses notes, avec plus ou moins de bonne volonté.
Il s'écoula une heure, ou peut-être plus, avant que le silence qui entourait les quatre étudiants ne soit brisé. Dans son coin, Georg marmonnait tout seul, tournant furieusement ses pages, apparemment à la recherche de quelque chose. Légèrement irrité par tant de bruit, le batteur finit par demander :
- Tu as un problème ?
- Ouais. J'ai noté un truc mais j'arrive pas à retrouver de qui ça vient.
- Et c'est quoi ? s'empressa de demander Tom.
La philosophie n'avait jamais été sa matière préférée et il sentait que les rouages de son cerveau commençaient doucement à saturer, aussi avait-il saisit l'occasion de penser à autre chose l'espace de quelques secondes. Georg revint sur ces précédentes prises de notes avant de reprendre :
- Le prof nous a dit que "l'art est moins le miroir de la nature que celui de l'esprit." Quel est le philosophe qui a dit ça ? Et ça veut dire quoi ?
- Euh ... Attends, faut que je retrouve ce passage.
Tom chercha dans son propre classeur, lisant en diagonal tout ce qu'il avait accumulé au fil des mois. Gustav était en pleine réflexion, plongé dans ses souvenirs. Ce chapitre consacré à l'art lui avait posé pas mal de problème lorsqu'il avait été abordé en classe, et malheureusement il constatait que c'était encore le cas aujourd'hui. Bill leva le nez de sa feuille et manqua de pousser un soupir d'exaspération. De nouveau concentré sur ses lignes, il consentit néanmoins à apporter cette réponse qui se faisait tant désirer :
- C'est une théorie de Hegel. Selon lui, quand un artiste peint un paysage, ce qu'il cherche à représenter dans sa peinture ce n'est pas ce qu'il voit mais ce qu'il ressent. Il veut exprimer l'émotion que ce paysage a suscité en lui. Dans un sens, Hegel rejoint le concept de Freud qui dit que l'artiste élabore son œuvre à partir de ses pulsions refoulées.
Trois paires d'yeux se posèrent sur lui, surprises. Se sentant observé, le brun releva la tête et haussa un sourcil, se demandant ce qui pouvait bien accaparer ainsi l'attention de ces camarades de galère. Le guitariste sortit le premier de sa torpeur et laissa échapper un petit rire avant d'ébouriffer les cheveux de son presque voisin de canapé, provoquant immédiatement de grands cris de protestation.
- Je savais bien que t'étais pas une brèle en philo. Tu caches bien ton jeu, en fait.
- C'est pas une raison pour me décoiffer !
Les deux amis partirent dans une micro bagarre, au grand dam de Gustav. Il referma ses cours et déclara suffisamment fort pour attirer l'attention des deux autres :
- J'ai compris, une pause s'impose !
Sa proposition fut accueillie par trois cris de joie. Il se leva et commença à faire quelques pas pour se dégourdir les jambes, imité rapidement par Georg. Bill remit un peu d'ordre dans sa tenue et alla de se poster devant la fenêtre qu'il avait ouverte pour s'aérer un peu l'esprit. Tom s'étira, se ravança sur le canapé de façon à être assis au bord, puis s'empara de la première canette à sa portée. Il avala une gorgée de son Red Bull avant de fermer les yeux et de se masser doucement les paupières à l'aide de son pousse et de son index. Ce n'était peut-être pas une si bonne idée que ça de réviser après une journée pareille. Il se sentait fatigué et un futur mal de crâne pointait doucement le bout de son nez. Il allait avoir besoin d'une sacrée dose de caféine pour tenir le coup. Il entendit quelqu'un venir s'accroupir entre ses jambes puis deux mains vinrent se poser sur ses joues. Rouvrir les yeux fut inutile pour savoir qui lui faisait désormais face. Un petit sourire prit place sur son visage lorsqu'il reconnut parfaitement l'odeur de celui qui faisait battre son cœur.
- Ça va pas Darling ?
- Crevé, c'est tout.
Il ne le vit pas mais devina le regard triste de l'androgyne. Il allait dire autre chose, pour le rassurer mais deux lèvres se posèrent doucement sur les siennes, lui ôtant toute envie de dire quoique ce soit. Il profita de ce baiser de surface qui s'attarda peut-être un tout petit peu plus que d'habitude et sentit son début de mal de tête s'estomper lentement, ne laissant plus qu'une sensation de bien être. Il sentit Bill se redresser et ouvrit finalement les paupières lorsque le brun grimpa à son tour sur le canapé et vint s'assoir juste derrière lui, glissant une jambe de part et d'autre de son ami, avant de l'attirer contre son torse. Deux bras posés sur sa poitrine le défiaient d'oser se retirer. Profitant honteusement de l'instant, il se laissa aller dans cette étreinte qui lui procurait tant de bien.
- T'y aies pour rien.
- Un peu quand même.
- Nan. C'est moi qui ai voulu enchaîner shopping et révisions.
- Oui mais ...
- Chut ! Tais-toi et savoure.
L'androgyne leva les yeux au ciel mais obéit, souriant malgré tout. Il glissa sa tête dans le cou du musicien et ferma lui aussi les paupières, se contentant d'apprécier le contact de l'autre, comme si le monde extérieur n'existait plus.
À l'autre bout de la pièce, Gustav n'avait rien manqué de la scène et ne savait pas très bien quoi en penser. Bill était loin de se comporter comme un simple ami mais il ne semblait pas du tout en avoir conscience. Comme bien souvent, il se contentait de suivre ses envies et son instinct sans se rendre compte que son comportement pourrait prêter à confusion. Mais que ressentait-il vraiment à l'égard du guitariste ? Qui avait-il réellement derrière les surnoms affectueux et les gestes tendres ? Pour la première fois depuis longtemps, le batteur sentit comme une vague d'espoir se répandre dans ses veines. Tout n'était peut-être pas perdu pour Tom.
- B & T -
Au même moment, dans l'appartement 121, quelqu'un avança d'un pas hésitant, redoutant de trébucher sur un objet qui traînait malencontreusement sur le sol. Aidé de sa lampe torche, il fit le tour du salon, s'interrogeant sur sa prochaine étape. Il savait pertinemment qu'il ne devrait pas être là. Le gamin lui avait donné l'autorisation de fouiner un peu partout pour obtenir ses renseignements mais Müller doutait que ce lieu fasse partie de leur accord. Avait-il seulement le choix ? Ses récentes découvertes l'avaient mené devant quelque chose qu'il n'aurait jamais envisagé et il préférait être sûr de ce qu'il avançait avant de tout dévoiler.
Il passa une main sur son visage dans un geste las. Pourquoi prenait-il tant de risque ? Il pourrait prendre appuis sur tous les documents qu'il avait accumulés depuis le début et annoncer de but en blanc à son patron du moment qui était son frère. Mais non, au lieu de ça il avait pris encore plus de risque, ce qui l'avait conduit au milieu de ce salon pas parfaitement rangé mais où on percevait tout de même qu'un effort avait été fait. C'était bien la première fois qu'il s'inquiétait autant des ravages que pourrait causer la vérité.
Il chassa toutes ses idées bien loin de son esprit et ouvrit la première porte qu'il trouva. Bingo. Refermant derrière lui, il alluma la lumière et fit rapidement le tour de la pièce du regard. Il s'attarda sur cette étagère fixée au mur où s'entassait divers produit d'entretien corporel. A en jugé par le maquillage mélangé aux produits conçus spécialement pour l'entretient des dreads, aucun système de rangement n'avait été adopté, et aucun des deux propriétaires n'avaient apparemment jugé utile de délimiter qui occupait quel emplacement. Étrangement, un sourire prit place sur ses lèvres lorsqu'il vit les deux brosses à dents rangées négligemment dans le même gobelet en plastique. C'était stupide et passablement ridicule, et pourtant il souriait. Il secoua la tête de gauche à droite et se reconcentra sur sa mission. Il s'empara des deux brosses à dents qu'il glissa dans deux sacs plastiques transparents différents. Leur absence se fera forcément remarquer, mais il n'avait plus le temps de chercher autre chose. Les deux propriétaires pouvaient renter à n'importe quel moment, il ne voulait pas risquer de se faire prendre sur le fait. L'espace d'un instant, il se demanda s'il avait pris la bonne décision. Avait-il raison de continuer son enquête ? Il pourrait très bien dire au gamin que ses recherches n'avaient rien données, qu'il ne savait rien. Oui, il pourrait. Mais chaque fois qu'il y pensait, il revoyait ces yeux emplis d'espoir qu'il avait croisé lorsqu'il avait accepté ce boulot.
Il soupira, éteignit la lumière et quitta la pièce, s'apprêtant à partir loin de cet appartement. Si Tom Trümper voulait retrouver son frère, il n'avait pas le droit de le lui interdire. Pour le reste, ce n'était pas à lui de décider.
