Catégorie : Tokio Hotel

Paring : Bill/Tom.

Genre : Friend-ship, romance, humour (ouais, y paraît XD)

Rating : M.

Résumé : « Deux frères que la vie à séparé mais que le hasard va réconcilier. Peut être même un peu trop. Bien trop différents l'un de l'autre, la cohabitation risque d'être dure. Chacun à ses problèmes, chacun à sa vie. L'un dans un quartier riche, l'autre dans un quartier pauvre.
Petit à petit, passant au-delà des différences, un rapprochement se fait. Tout se complique quand Tom commence à se poser beaucoup trop de questions. Pourquoi ressent-il se besoin d'être près de lui ? Pourquoi cette envie de le protéger ?
Et Bill dans tout ça ? Qu'en pense-t-il ? »

Mise en garde : En plus d'être centrée sur un couple gay, cette fic est basée sur une relation entre deux frères. Donc homophobe, puriste, ou chieur : casse-toi !

Note de l'auteur : j'avais dit que je ne répondrais plus aux reviews anonymes pour ne pas entré en contradiction avec les règles de ce site, mais je ne pouvais pas restée de marbre face à la review de "Last-Chance". Qui que tu sois, merci de croire autant dans cette histoire et surtout, merci de m'avoir redonné l'envie d'écrire.


Deux frères, deux mondes

Chapitre 31 : Jouer et déjouer

Affalé en travers sur l'un des fauteuils du salon, Tom feuilletait négligemment le magazine d'instruments de musique que Georg avait oublié la dernière fois qu'il était venu, espérant vaguement y trouver son prochain coup de cœur. Le guitariste n'y accordait pas beaucoup d'attention, se demandant pour la centième fois de quelle façon il allait bien pouvoir occuper sa soirée. Gustav était encore en pleines révisions, Georg avait apparemment un rendez-vous en charmante compagnie, et Bill ne devrait plus tarder à l'abandonner lui aussi. Son colocataire occupait d'ailleurs leur salle de bain depuis un petit moment déjà et les sons qui lui parvenaient étaient loin de le rassurer. Un ouragan n'aurait pas fait moins de bruit. La porte qui les séparait s'ouvrit brusquement, laissant apparaitre un brun légèrement énervé :

« - Darling, c'est toi qui as pris ma brosse à dents ?

- Pardon ? »

La nature de la question le surprit tellement qu'il s'arracha aussitôt à sa lecture. Il s'attendait presque à une blague, ou quelque chose comme ça, mais le visage préoccupé de son colocataire le détrompa :

« - Elle n'a pas pu s'envoler toute seule.

- J'suis bien d'accord, mais qu'est-ce que tu voudrais que j'en fasse ? T'es sûr que t'as bien cherché ?

- J'suis pas con, non plus.

- C'est bon, t'énerves pas. »

Le musicien consentit à se lever de son siège et rejoignit son ami dans la salle de bain. Du regard il fit le tour de la pièce, s'attardant sur les endroits improbables où auraient pu être l'objet manquant. Il voyait mal comment une brosse à dents aurait pu atterrir en haut de leur armoire à pharmacie, mais depuis qu'il habitait avec Bill il avait appris à ne plus s'étonner de rien. Lorsqu'il longea l'étagère où s'entreposaient leur bazar collectif, quelque chose attira son attention :

« - Bizarre, on dirait qu'il manque la mienne aussi. »

Il fouilla un peu partout mais il dut se rendre à l'évidence : leur brosse à dents respective avait disparu. A ses cotés, l'androgyne pestait contre ces affaires qui disparaissaient toute seules et marmonna qu'il allait finir par être en retard. Levant les yeux au ciel, le guitariste ouvrit l'un des placards et tendit finalement une nouvelle brosse à son colocataire. Celui-ci s'en empara rapidement et le remercia d'un sourire avant de continuer de se préparer.

« - Qu'est-ce que tu ferais si je n'étais pas là ?

- J'me le demande Darling, j'me le demande. »

Ayant sortit le brun de sa détresse, Tom retourna au salon et se replongea dans son magazine. Du moins il essaya. Il tournait les pages sans trop y prêter attention, encore perturbé par ce qu'il venait de se passer. Les résidences universitaires étaient plus ou moins bien protégées et il avait déjà entendu parler de quelques vols, mais qui irait commettre un cambriolage pour deux malheureuses brosses à dents ? Il haussa finalement les épaules, se moquant légèrement de lui-même. Il était grand temps qu'il arrête de regarder toutes ces séries policières. Du mouvement sur sa droite attira son attention, lui signalant par la même occasion que Bill avait enfin libéré la salle d'eau.

« - C'est bon, j'crois que je suis prêt. Tu es sûr que tu ne veux pas venir avec moi ?

- Non merci. Je ne me sens pas assez en forme pour affronter Mel et son caractère.

- Et si j'te promets qu'elle se tiendra bien ? »

Il haussa un sourcil alors qu'un sourire amusé prit place sur ses lèvres. Le brun leva aussitôt les yeux au ciel et enchaina :

« - Bon, d'accord, j'ai menti. Même moi je ne pourrai pas l'empêcher de se défouler sur toi. Mais Jezz et Matt seront heureux de te voir.

- Une autre fois peut-être. Si j'me trompe pas, ça fait un moment que tu ne les as pas vus et j'ai pas envie de me retrouver au milieu d'une effluve de sentiments.

- Idiot. »

Tom esquiva un coussin qui arrivait droit sur lui sous le regard mécontent de son ami, dépité d'avoir raté sa cible. Il devenait bon à ce jeu-là. Il fallait dire aussi qu'il avait désormais un certain entraînement. Le guitariste sentit un baiser papillon sur sa tempe, juste avant que ne retentisse un « à ce soir ! », suivit d'une porte refermée brusquement. Quelque chose lui disait que la journée allait être longue.

- B & T -

Il zappait désormais d'une chaine à l'autre, piochant distraitement dans le saladier de pop-corn qu'il s'était préparé. C'était officiel, il détestait ces jours où rien ne l'attrayait et où l'ennui venait s'installer tranquillement. Il éteignit finalement le téléviseur et abandonna la télécommande entre les coussins du canapé, réfléchissant vaguement à ce qu'il allait bien pouvoir faire de ses dix doigts jusqu'à ce soir. Gustav révisait encore et Georg avait du trouver un prétexte comme un autre pour ne pas être obligé de faire de même. Quand à son Honey ... Il aurait peut-être dû l'accompagner, finalement. Au moins ses joutes verbales avec Mel auraient animé sa soirée.

Il caressait distraitement Mikka, déclenchant immanquablement un concert de ronronnements, lorsqu'on frappa à la porte. Il décida dans un premier temps de ne pas se manifester -après tout les trois seules personnes qu'il aurait envie de voir étaient éparpillée un peu partout dans la ville- mais voyant que l'inconnu s'acharnait, il finit par abandonner le chaton et se lever, traînant les pieds jusqu'à l'entrée. Il ouvrit la porte sans ménagement et s'apprêtait à envoyer balader l'opportun mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Devant lui se tenait une jeune fille probablement de son âge, aux longs cheveux blonds et un peu trop maquillée à son goût. Il n'arrivait cependant pas à se détacher de ses yeux verts qui semblaient exprimer un nombre incalculable de choses à la fois. Il y avait encore quelques mois il aurait assurément sortit son grand jeu de séducteur, mais il constata avec étonnement que l'inconnue ne lui procurait pas le moindre effet, en dehors de son regard aussi attractif que perturbant.

« - Je peux faire quelque chose pour toi ? »

Irrité d'avoir été dérangé par quelqu'un qu'il ne connaissait même pas, donc pour une raison qu'il jugerait futile, il laissa dès le début tomber les règles de politesses. Il pouvait dire sans se tromper qu'il ne l'avait jamais vu à Malmedy et pourtant son visage lui était comme familier, ce qui attisa sa curiosité malgré son début de mauvaise humeur.

« - Je cherche Bill, est-ce qu'il est là ? »

Il exprima sa surprise en haussant un sourcil. Elle ne pouvait pas faire partie de sa bande de Thuringe, comme il disait, sinon elle aurait été au courant de leur soirée. Mais alors qui pouvait-elle bien être ?

« - Il n'est pas là. Tu aurais du lui téléphoner, tu aurais su qu'il voyait Jezz ce soir. »

Le visage de la jeune fille se renfrogna à cette réponse. Tom se dit aussitôt que soit elle n'avait pas le numéro de Bill, et que donc elle ne le connaissait pas si bien que ça et qu'elle lui avait mentit, soit elle n'appréciait que moyennement les fréquentations de son petit ami.

« - Je voulais lui faire une surprise mais je crois bien que c'est raté. »

Le musicien se retint de lui claquer la porte au nez pour retourner à ses occupations ô combien captivantes. Il s'apprêtait à la congédier avec tout le tact dont il était capable lorsqu'elle lui tendit sa main droite tout en lui offrant un regard qu'il qualifierait d'aguicheur :

« - J'm'appelle Sam. Tu dois être Tom, le coloc de Bill, pas vrai ? »

La lumière se fit aussitôt dans l'esprit du guitariste. Ce visage, il avait déjà vu sur quelques rares photos dans la chambre de son Honey, noyées parmi toutes les autres représentant Mel, Jezz et Matt. Il avait donc en face de lui celle qui avait le bonheur de sortir avec Bill Harkins et qui lui avait déjà brisé le cœur une fois.

Avant qu'il n'ait pu répondre à sa question ou dire quelque chose, elle s'empara de sa main et la serra dans la sienne. Il sentit le pouce de la blonde le caresser légèrement. A ce contact il mit fin à leur échange et recula d'un pas, perturbé par ce touché. Malheureusement pour lui, elle interpréta mal son léger déplacement et avant qu'il ne puisse dire ou faire quoique ce soit, elle avait déjà investi son salon, regardant autour d'elle comme si elle cherchait à en apprendre le plus possible sur eux en peu de temps. Lorsqu'il la regardait plus en détails, il pouvait comprendre que Bill ait eu envie de sortir avec elle. Elle était jolie, il devait bien le reconnaître. Le genre de fille qui devait se faire retourner pas mal de garçons sur son chemin. Le genre de fille tout à fait consciente de ses charmes et qui en jouait tout le temps. Et puis elle n'avait pas l'air stupide. Il y avait pourtant chez elle quelque chose de dérangeant. Tom n'arrivait pas à mettre le doigt dessus mais il était persuadé que cette fille n'était pas ce qu'elle semblait être. Son propre ressenti se mélangeait doucement avec ce que lui avait déjà dit son ami sur elle. Comme s'il y avait deux Sam. Celle qu'il connaissait à travers les yeux de son Honey, capable de choses horribles, et celle qui était venue frapper à la porte de leur appartement, gentille et polie. Mais c'était peut-être parce qu'elle représentait tout ce qu'il n'était pas, tout ce qu'il ne serait jamais. Tout ce qui faisait qu'elle sortait avec Bill alors que lui ne le pourrait probablement que dans une autre vie. Et encore.

« - Est-ce que tu sais s'il doit renter bientôt ? »

Il cessa de la détailler et de se poser tant de questions auxquelles il n'obtiendrait pas la moindre réponse. Il ramassa distraitement les quelques affaires qui trainaient là, comme s'il voulait mettre un peu d'ordre dans la pièce sans bien savoir pourquoi.

« - Il est parti il n'y a pas si longtemps que ça et franchement je doute qu'il revienne avant le lever du jour. Tu ferais mieux de repasser demain. »

Elle enroula une mèche de cheveux autour de son index avant de les suçoter doucement. Avant, il aurait pu y voir une invitation à peine voilée. Avant il aurait pu y voir plus qu'il tic inconscient. Et peut-être qu'il ne se serait pas trompé, finalement.

« - Zut. Ma soirée tombe à l'eau. »

Il s'apprêtait à la congédier lorsqu'elle se laissa tomber sur l'un des coussins du canapé, déposant son sac-à-main à ses pieds. Tom passa une main sur son visage dans l'espoir d'effacer sa lassitude mais comme il s'y attendait, ce ne fut pas le cas. Il inspira discrètement, se retenant de ne pas hurler pour qu'on lui foute la paix, et referma enfin la porte d'entrée. Il se traina jusqu'à l'un des fauteuils et s'y laissa choir tout en croisant les bras sur sa poitrine, voulant ainsi démontrer que la situation était loin de l'enchanter. Sam sortait avec Bill, il devait donc se montrer un minimum courtois envers. Du moins c'est ce que sa conscience lui dictait. Parce qu'au fond de lui, il n'avait pas la moindre envie d'être là. Il ne voulait pas entamer une quelconque discussion avec elle ni faire semblant de la trouver sympathique. Elle avait fait pleurer Bill. Elle avait été horrible avec lui et, à ce qu'il sache, elle n'avait pas pris la peine de s'excuser convenablement. Sans oublier que juste au moment où il pensait que la chance tournait enfin en sa faveur, il avait appris que Sam était de nouveau sur son chemin. Alors non, il n'avait aucune envie de partager quoique ce fût avec elle.

« - Tu comptes rester là jusqu'à ce qu'il rentre ?

- Pourquoi pas ?

- Tu risques de trouver le temps long.

- Alors peut-être qu'on pourrait ... je sais pas moi, s'occuper un peu ? »

Le regard et le sourire qu'elle lui lança ne lui plurent pas du tout. Il savait ce que tout ce cirque signifiait. Lui-même avait agis de la sorte à de trop nombreuses reprises. Il décroisa les bras et s'agrippa aux accoudoirs. Il ne pouvait tout simplement pas croire qu'elle était là, face à lui, en train de lui faire du gringue. Comment pouvait-elle draguer le colocataire de son petit ami avec tant d'aplomb ? Il s'était fait une vague idée du personnage à force d'en entendre parler, mais il devait admettre que cela dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer.

« - Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ?

- Écoute. Tu es venue voir Bill, il n'est pas là, alors tu vas gentiment rentrer chez toi.

- Sincèrement, quand Bill m'a parlé de toi, je ne m'attendais pas du tout à ça. Mais la vérité, Tom, c'est que tu me plais. Et puis ... ce que Bill ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, n'est-ce pas ? »

L'espace de deux secondes, il avait imaginé répondre à ses avances. Ce qu'il voyait d'elle ne lui plaisait pas le moins du monde et les propos qu'elle tenait lui donnaient envie de vomir plus qu'autre chose. Avant il aurait marché. Il aurait couru, même. Avant il n'avait aucun scrupule à coucher avec une fille qui n'était pas célibataire. Mais cette fille-la était la petite amie de la personne à qui il tenait le plus au monde. Il ne pouvait tout simplement pas croire ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qui se déroulait sous ses yeux. Alors s'il songea à entrer dans son jeu, ce n'était pas dans le but de rajouter à un nom à son tableau de chasse. Ce qu'il aurait voulu, c'était voir jusqu'où elle était capable d'aller tout en sachant qu'elle n'était pas libre. Il aurait voulu aller aussi loin que possible avec elle et prendre la scène en photo pour prouver à Bill que sa copine du moment n'était définitivement pas la personne qu'il lui fallait et qu'elle ne changerait jamais, malgré toutes les promesses qu'elle pourrait lui faire. La vérité déjà à peine dissimulée éclaterait au grand jour, Sam perdrait et lui gagnerait. Avec un peu de chance, le nom de sa rivale ne serait même plus jamais prononcé. Mais c'était faire souffrir inutilement son Honey. La vérité, tous trois la connaissaient déjà. Il n'y pouvait rien si Bill refusait de la voir en face. Alors il allait museler son cœur, faire taire les tumultes de son âme et renvoyer la jeune fille chez elle avec toute la délicatesse dont il était capable et tenter d'oublier que celui dont il était épris appartenait déjà à une autre qui ne le méritait définitivement pas.

Il décrispa ses mains lorsqu'il remarqua que ses jointures commençaient doucement à devenir blanches et ouvrit la bouche pour lui faire par de ses intentions à son invitée non désirée mais avant qu'il n'ait pu dire quoique ce soit, Sam se leva brusquement et se retrouva sur lui, une jambe de chaque côté de ses cuisses, les bras de par et d'autre de sa tête. Il était à présent évident qu'elle n'avait pas pour habitude qu'on lui résiste bien longtemps. Le cœur du guitariste s'affola, dérangé par cette proximité. Il tenta de la repousser mais elle s'accrocha au dos du fauteuil, résolue à ne pas bouger. Sa mère lui avait appris à ne pas frapper les filles et à cet instant, il maudit sa génitrice pour tous ces foutus principes qu'elle lui avait inculqué. La situation lui échappait complètement et le dérangeait atrocement. Il empoigna brutalement la taille de Sam dans le but de la faire reculer, de l'obliger à descendre, mais elle profita de ce cour instant d'inattention pour fondre sur lui et s'emparer de ses lèvres. Il l'attrapa alors par les poignets et tenta de se dégager mais la blonde faisait preuve d'une force qu'il n'aurait jamais soupçonné. Il gardait les yeux résolument ouverts alors que ses lèvres demeuraient obstinément closes. Il la sentait faiblir doucement alors qu'il tentait toujours de la repousser. Mais sans prévenir, la porte d'entrée s'ouvrit et son monde s'écroula avant qu'il ne soit parvenu à le faire :

« - Hey Darling, tu vas te foutre de moi mais j'ai encore oublié mon ... »

La main toujours sur la poignée, le sourire de l'androgyne se fana sitôt que ses yeux tombèrent sur eux et son regard se voila. Tom profita aussitôt de la surprise de Sam pour décoller sa bouche de la sienne et la repousser le plus loin possible. La jeune fille ne s'en offusqua pas tellement. Elle tapota sa jupe, comme pour y chasser un quelconque plie, et se tourna finalement vers son petit ami :

« - Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! C'est lui qui m'a fait des avances ! »

Le musicien s'étrangla à cette phrase. Cette fille était douée pour la comédie, il devait le reconnaître. Avec un peu d'entrainement, elle pourrait devenir une grande actrice. Mais il n'était pas question qu'il se fasse accuser à tort :

« - N'importe quoi ! Qui a sauté sur l'autre ? Qui m'a fait une tonne de sous-entendus ? Assume tes actes, bordel ! »

Son poing se ferma et il lutta du mieux qu'il put pour ne pas l'envoyer dans le visage de cette fille qu'il avait détesté avant même de connaître. Mais Bill ne pourrait que le croire, n'est-ce pas ? Après tout, ce n'était pas la première fois qu'elle lui faisait un coup comme ça. Il la connaissait. Il le connaissait. Il savait qu'il ne pourrait jamais lui faire ça. Et pourtant la douleur qu'il découvrit dans ces yeux chocolat lui comprima le cœur, manquant de l'étouffer.

« - Honey ... »

Il fit un pas en avant mais le brun recula.

« - J'peux pas le croire. Pas toi, Tom. Pas toi ...

- Mais non, je ... »

Malheureusement pour lui, Bill ne lui laissa pas l'occasion de finir sa phrase. Il eut à peine le temps de cligner des yeux que l'androgyne avait déjà franchi le seuil de leur appartement. Les bras ballant, il fixait désespérément l'endroit où s'était tenu le brun quelques secondes auparavant, incapable de bouger, comme paralysé. Un léger bruissement attira pourtant son attention, lui rappelant que Sam n'était toujours pas partie. Il la vit récupérer son sac, remettre un peu d'ordre dans sa tenue et s'avancer vers la sortie tout en pestant contre ce manque de chance. Elle quitta finalement les lieux sans lui accorder le moindre regard, claquant la porte derrière elle, ce qui fit sursauter le guitariste et le sortit de sa léthargie. Pestant contre son manque de réaction, il se précipita à son tour dans les couloirs du lycée à la poursuite de Bill, bien décidé à tout mettre au clair avec lui.

- B & T -

Les larmes contenues dans ses yeux et l'obscurité de la nuit l'empêchaient de voir clairement ce qui se déroulait autour de lui malgré la présence d'éclairages. Les rares passants s'écartaient légèrement sur son passage tandis qu'il voyait défiler les rues au rythme de ses foulées. Il ne distinguait pas grand chose, mais cela l'importait peu. Il avait fait ce chemin tellement de fois depuis qu'il était à Malmedy qu'il aurait pu le faire les yeux fermés. Il ne prenait pas garde à la route qu'il empruntait, se contentant de faire confiance à ses jambes. Il n'avait rien décidé clairement mais il savait déjà où il se rendait.

Il essayait de penser à autre chose, de se concentrer sur ces actes présents mais son esprit restait obstinément bloqué sur cette image de Tom embrassant Sam. Il ne parvenait pas à croire que celui qu'il appelait son ami ait pu lui faire une telle chose. Et sous son propre toit ! Il n'avait pourtant pas rêvé, Tom lui avait bien parlé de grande amitié, de confiance ! Où étaient passées toutes ses belles promesses ? Est-ce qu'elles n'avaient toujours été que ça pour le musicien ? Juste des mots prononcés sans qu'ils ne soient pensés ? Il refusait d'y croire. Ces longs mois passés ensemble ne pouvaient pas n'être que mensonge et comédie. Non. Hors de question qu'on l'ait mené en bateau encore une fois.

Lorsqu'il distingua les HLM du quartier de Thuringe, il accéléra sa course et ouvrit toutes les portes sur son passage sans aucune douceur. Il lui fallut s'y reprendre à deux fois pour parvenir à insérer sa clé dans la serrure de l'appartement de Jezz et lorsqu'il entra finalement, il se précipita dans les bras de Mel qui avait investi le canapé un peu plus tôt. Ses bras se refermèrent autour du corps de son frère de cœur par réflexe mais il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour comprendre ce qu'il se passait. Matt et Jezz avaient cessé leur conversation et regardaient maintenant avec inquiétude le quatrième membre de leur bande. Seuls les soubresauts de ses épaules et les sanglots de l'androgyne brisaient le silence devenu pesant. La jeune fille ouvrit et referma la bouche plusieurs fois de suite, hésitant à poser la moindre question. Elle sentit Bill enfouir un peu plus son visage dans son cou, comme s'il cherchait à se fondre en elle. De cette manière, plus rien ne pourrait l'atteindre. On ne pourrait plus jamais le blesser ou le décevoir. Il agrippa les vêtements de sa petite sœur avec force, comme s'il avait peur qu'elle ne le repousse. Les deux garçons la rejoignirent sur le canapé, comme pour faire corps avec elle et rappeler à l'androgyne qu'eux aussi étaient là. Tous trois échangèrent des regards lourds de sens et Mel se décida à parler la première :

« - Petit prince … »

Elle suspendit sa phrase, ne sachant pas comment la poursuivre. Toujours blottit contre elle, Bill n'émettait plus le moindre son. Seules le mouvement de ses épaules indiquaient que ses pleures n'avaient pas cessé.

« - Raconte-moi. Raconte-nous.

- Ça fait tellement mal … »

D'un accord tacite, Matt et Jezz inspectèrent leur ami du regard, cherchant une quelconque blessure, même s'ils étaient prêts à parier qu'il ne s'agissait pas de ce genre de douleur.

« - Quoi ? Qu'est-ce qui fait mal ?

- Je lui faisais confiance … J'me suis pas méfié … J'ai voulu y croire. Mais t'avais raison, putain ! T'avais foutrement raison ! »

Ses explications étaient entrecoupées de sanglots mais même sans ce léger inconvénient, la jeune fille n'aurait pas compris où voulait en venir son frère. Elle lui répétait souvent de se méfier de telle ou telle chose, alors laquelle de ses mises en garde s'étaient révélée être juste ? Au moment même où elle se posa la question, la réponse apparut clairement dans son esprit, comme écrit en lettres de feu.

« - Tom … »

A l'entente de ce prénom, Bill resserra son emprise sur son pull et Mel sut qu'elle avait visé juste. L'inquiétude et la compassion qu'elle avait d'abord ressenties pour l'androgyne volèrent en éclats pour se transformer en une haine sourde envers celui qui s'était petit à petit immiscé dans leur monde contre sa volonté. Elle avait toujours dit qu'elle ne voulait pas de lui, qu'elle était persuadé que cette histoire se finirait mal, et malheureusement pour elle, elle ne s'était pas trompée. Oubliant ses préoccupations premières, elle commença à se lever, bien que Bill la tenait désormais par la taille :

« - Le fils de pute, je vais te me le …

- Mel ! »

Le plus âgé d'eux quatre lui adressa un regard noir et l'obligea à se rassoir. Sa fureur ne se calma pas mais elle se replia sur son frère et sur elle-même, comme si elle voulait le protéger du monde extérieur et de tout ce qui les entouraient. Les deux autres se regardèrent, impuissants. À leur tour ils se joignirent à l'étreinte comme ils purent, ne formant désormais qu'un tout.

« - Dis-nous ce qu'il s'est passé.

- Je … j'étais … j'étais parti depuis une vingtaine de minutes lorsque je me suis rendu compte que je n'avais pas pris mon portable. »

Sa voix tremblait et était à moitié étouffée mais il ne pouvait se résoudre à sortir de ce cocon de chaleur et de protection qu'on lui offrait.

« - Je suis retourné à l'appartement, parce qu'on ne sait jamais. Il suffit que j'ai pas ce foutu téléphone pour en avoir besoin. Tom m'avait dit qu'il ne faisait rien de spécial ce soir, qu'il était crevé et qu'il allait probablement végéter devant la télé. »

Ses larmes étaient toujours plus nombreuses et les sanglots avaient refait leur apparition. Le fait d'en parler semblait rendre la scène qui s'était déroulée sous ses yeux encore plus réelle. Il ne parvenait pas à penser à autre chose et il revoyait encore sa petite amie collée à son colocataire. Il inspira pour se donner un semblant de courage et reprit :

« - Il … il était bien mais il … Il y avait Sam aussi et … »

Sa voix se brisa et il ne parvint pas à terminer sa phrase malgré toute sa volonté. Il n'avait cependant pas besoin d'aller plus loin, chacun avait parfaitement compris où il voulait en venir. Tous connaissaient Sam et savaient de quoi elle était capable, il n'y avait pas besoin de plus d'explications. Mel serra les points, sentant ses ongles pénétrer les paumes de ses mains. Elle se retenait de hurler, de se précipiter à Malmedy pour aller expliquer à Tom sa façon de penser, et accessoirement lui coller sa plus belle droite. Matt murmurait des mots réconfortants et essayait de faire du mieux qu'il pouvait tandis que Jezz retournait la situation dans tous les sens pour trouver une explication logique à ce qu'il s'était passé. Il avait vu comment se comportait le lycéen, il l'avait observé interagir avec leur petit prince et avait fini par être persuadé qu'il ne lui ferait pas de mal. Pour Sam il ne se faisait aucune illusion, mais Tom ?

Il poussa un soupir tout en passant une main dans ses cheveux, les ébouriffant involontairement un peu plus, et posa un regard compatissant sur les deux plus jeunes de ses amis. Il avait beau réfléchir, il ne voyait pas ce qu'ils allaient bien pouvoir faire.

« - Mel ? »

La jeune fille releva la tête et dévoila des yeux au bord des larmes. La colère semblait l'avoir finalement quitté, ne laissant derrière elle que tristesse et désolation.

« - Emmène-le dans sa chambre, s'il te plait. Il a besoin de se reposer. »

Elle acquiesça et aidée de Matt, ils soutinrent le brun jusqu'à l'une des pièces voisines et le couchèrent sur son lit. Le jeune homme s'éclipsa rapidement, préférant laisser son amie s'occuper de tout. Elle avait toujours été plus habile que lui lorsqu'il s'agissait de réconforter l'androgyne. Lorsque Matt eut refermé la porte derrière lui, Mel rejoignit Bill sur le matelas et le prit de nouveau dans ses bras. Son frère s'accrochait désespérément à elle, ce qui lui donnait envie de pleurer encore plus fort. Elle se retint néanmoins et essuya les larmes qui perlaient sur ses joues.

« - T'avais raison. On ne peut pas faire confiance à un snob. On ne peut faire confiance à personne. »

Elle voulut lui répondre quelque chose mais les mots lui manquèrent. Que dire de toute façon ? Elle ne se voyait pas lui rappeler qu'elle l'avait prévenu mais qu'il avait refusé de l'écouter. Il y avait cependant quelque chose qu'elle ne comprenait pas. Il savait très bien que Sam n'était pas quelqu'un de fidèle. C'était même à cause de ça qu'il avait rompu la première fois. Et son frère n'était pas stupide au point de croire qu'une fille comme Sam avait pu changer du jour au lendemain. En toute logique, il devait donc s'attendre à ce qu'elle recommence à un jour. Les filles comme elle ne pouvaient tout simplement pas s'en empêcher. Alors pourquoi une infidélité de plus l'affectait à ce point-là ?

« - P'tit prince, je ne comprends pas. Tu connais bien Sam. Tu savais que ça arriverait. Alors pourquoi ... »

Elle laissa sa phrase en suspend, ignorant comment la finir sans trop le blesser davantage. Bill ferma les yeux un peu plus fort, comme si cela pouvait le protéger. De quoi, il n'en était pas très sûr. Peut-être de la vérité. Parce que lui aussi s'était posé la question. Lui aussi avait suivit ce raisonnement et la réponse qu'il avait entraperçu le terrifiait. Cette histoire ne devrait pas le toucher à ce point. Il savait de quoi était capable sa petite amie et il y avait longtemps qu'il avait appris à blinder son cœur contre tout ce qu'elle pourrait faire. De toute manière, il y avait longtemps qu'il avait armé son cœur contre toute attaque. Alors pourquoi est-ce que cela faisait si mal ?

Il n'était pas amoureux de Sam. Ça, il en était persuadé. Ses lèvres ne lui faisaient pas le moindre effet et qu'elle soit ou non à ses côtés, au fond, cela l'importait peu. C'était même pour cette raison qu'il avait accepté de sortir avec elle. Il savait qu'il n'attendait rien d'elle, qu'il n'attendrait jamais rien, et que leur relation ne pourrait jamais évolué puisqu'il ne pourrait jamais rien ressentir pour elle. Il la connaissait trop bien, il savait ce qu'elle était, ce qu'elle faisait. Et même si au début il avait espéré, la première fois qu'elle l'avait trompé il avait compris qu'elle ne changerait pas pour lui. Alors pourquoi son cœur lui faisait si mal ? Pourquoi avait-il l'impression qu'on le lui avait arraché pour ensuite le piétiner ? Lorsqu'il avait vu Tom en train d'embrasser Sam, quelque chose s'était brisé en lui. Peut-être la confiance qu'il lui portait. Après tout, un véritable ami n'était pas sensé se jeter sur votre petite amie dès que vous avez le dos tourné.

Non. Non, ça ne pouvait pas être ça. Il était indéniable que Tom l'avait énormément déçu, qu'il avait trahi sa confiance, mais ce n'était pas.

Les caresses de Mel dans ses cheveux le ramenèrent au présent et il se blottit un peu plus contre elle. Ses sanglots s'étaient calmés et il pleurait maintenant en silence, sans chercher à retenir ses larmes. Peut-être qu'elle pourrait l'aider à y voir plus clair. Peut-être que d'un point de vue extérieur elle avait remarqué quelque chose qui lui avait échappé. Peut-être.

« - Moi non plus je ne comprends pas. Mais ça fait si mal, là. »

Il posa l'une de ses mains contre son torse avant de serrer le poing. Il se mordit la lèvre tandis qu'il ferma les paupières pour tenter de retenir la nouvelle vague de larmes qui menaçaient de faire leur apparition.

« - Est-ce … est-ce que t'étais amoureux d'elle ?

- Mel, pitié, ne raconte pas de conneries. Tu sais très bien que la fille qui me fera tomber amoureux n'est pas encore née. »

Il esquissa un petit sourire auquel la jeune fille répondit tout aussi faiblement. Elle se souvenait de cette conversation comme si c'était hier. Mais elle se souvenait aussi lui avoir dit qu'on ne contrôlait pas ses sentiments et que personne ne pourrait museler son cœur à jamais. Elle resserra son étreinte autour des épaules de Bill et refoula un sanglot lorsqu'une autre possibilité s'imposa à son esprit. Elle avait pourtant fait tout ce qu'elle avait pu pour que cela n'arrive jamais. Elle avait tenté de montrer au brun les inconvénients qu'il y avait dans une amitié avec un "snob", elle avait plus que démontré son hostilité envers Trümper, elle lui avait sans cesse fait la liste de ses défauts, … Mais elle n'était pas constamment avec eux, elle ne savait pas ce qu'il se passait à Malmedy, ce qu'ils faisaient. Elle papillonna des yeux pour retenir ces perles salées qui lui brûlaient les prunelles et inspira pour se donner du courage et chasser tout tremblement dans sa voix :

« - Je veux que tu me répondes franchement, d'accord ? »

Il acquiesça en silence, et bien qu'elle ne le vit pas, elle le sentit bouger contre elle. Elle recommença à passer sa main dans les cheveux bruns de son grand frère et ferma les paupières, comme pour se protéger de la réponse à venir :

« - Qu'est-ce qui te fait vraiment mal ? Le fait que Sam était encore à deux doigts de te tromper ou … ou le fait qu'elle ait failli le faire avec Tom ? »

Si Mel gardait les yeux clôt, ceux de Bill s'ouvrirent en grand. Son cœur se mit à battre plus vite et sa respiration s'accéléra. Il se releva brusquement, prenant appuis sur ses bras, et s'éloigna faiblement de sa petite sœur. Étonnée par ce changement brutal, la jeune fille ouvrit finalement les yeux et s'appuya sur ses avant bras afin de se redressée suffisamment pour voir le visage de l'androgyne malgré la pénombre. Elle croisa alors un regard effrayé, au bord de la panique, qui semblait la supplier, bien qu'elle ne sache pas de quoi. L'affolement commença à la gagner lorsqu'elle remarqua la respiration sifflante du brun. Tout comme Jezz et Matt, elle savait parfaitement reconnaître les premiers signes d'une crise d'hyperventilation. Elle s'agenouilla alors rapidement face à Bill et prit son visage dans ses mains pour l'obliger à la regarder. Elle chercha à accrocher son regard mais le brun était visiblement perdu dans ses souvenirs. Des larmes lui échappaient toujours et il murmurait maintenant des « non, non » à répétition, comme s'il cherchait à se convaincre de quelque chose. Mel l'agrippa par les épaules et commença à le secouer légèrement pour attirer son attention.

« - P'tit prince, je t'en prie, fais un effort ! Regarde-moi … Regarde-moi ! »

Il sursauta, papillonna des yeux et inspecta les alentours, comme s'il cherchait à se rappeler où il se trouvait. Il tomba finalement sur les prunelles azurs de sa petite sœur qui tentaient de le rassurer malgré son inquiétude. Tous deux étaient à genoux et face à face, attendant que l'autre se lance. Il attrapa les mains qui encadraient son visage et s'y accrocha désespérément.

« - Dis-moi que c'est pas vrai … Mel j't'en prie … j't'en supplie. Dis-moi que c'est pas vrai … Dis-moi que je me plante complètement, dis-moi que je me suis trompé quelque part et que je ne suis pas … que je ne suis pas ... »

La jeune fille ne répondit pas, se contentant de mordre sa lèvre inférieure. Ses épaules s'affaissèrent et il n'en fallut pas plus à l'androgyne pour avoir confirmation de ce qu'il redoutait. De nouvelles larmes firent leur apparition. Il laissa sa tête glisser tout doucement vers l'avant, jusqu'à rencontrer celle de Mel.

« - Je suis désolée … Je suis tellement désolée. »

Il se laissa glisser petit à petit dans les bras de sa sœur de cœur, anéantit par ce qu'il venait de réaliser. Il ne parvenait pas à comprendre comment une telle chose avait pu arriver. Il aurait du écouter les conseils de Mel. Il aurait du se méfier plutôt que de la rabrouer gentiment. Mais il n'avait pas voulu y croire. Parce qu'il pensait qu'il ne craignait plus rien. Parce que c'était Tom. Parce que c'était eux. Mais la vérité … la vérité c'était qu'il l'avait toujours su, au fond de lui. Il avait toujours su qu'avec son Darling, c'était différent. Il n'avait simplement pas compris à quel point.

Il resserra sa prise sur les épaules de Mel, sans doute un peu trop. Lui-même sentait une légère douleur faire son apparition dans ses membres, mais ce n'était rien comparé à celle de son cœur. Malgré toutes ses méfiances et sa prudence, malgré sa profonde détermination, il avait échoué et devait maintenant se rendre à l'évidence. Il était amoureux de Tom.

A suivre ...


Un tout nouveau chapitre tout beau tout neuf :) mais j'avoue ne pas être entièrement satisfaite de ce que j'ai écrit, surtout sur la façon dont Bill prend conscience de ses sentiments. Il y a un truc qui me chifonne, mais je ne trouve pas quoi é.è

Prochain chapitre dans 15 jours sans faute, si mon opérateur internet a bien fait son boulot ! (je déménage, donc ça va être un vrai bordel T.T)

*hugz*