Publié le jeudi 28 août 2014

Bonsoir Bonsoir ! Déjà, je remercie Aloyse (ça fait plaisir que tu aies lu la précédente fic) :) et Boudin (ton pseudo est trognon) pour leurs reviews ;

je remercie aussi toutes celles qui ont mis la fic en fav/follow et qui ont pris la peine de reviewer !

Le premier chapitre présentait Harry ; celui-ci traite de Draco en écho et l'intrigue (il y en a une ! ) s'y esquisse à grands traits.

Il n'y aura pas forcément une alternance systématique de POV dans les chapitres suivants, mais pour l'instant, ça me fait kiffer.

Résumons, wesh : Harry se brosse les dents - lit les petites annonces - est kécho par "JH cherche Muse" - y pense toute la journée - fête chez Neville leurs 20 ans - le lendemain, découvre que l'annonce est publiée aussi dans Metro, un journal moldu, et que c'était juste une impression de déjà-lu - MAIS BORDEL QUI EST CE PUTAIN DE JEUNE HOMME ? Combien de temps compte-il publier cette annonce et troubler le quotidien de Harry ?

On se retrouve... en bas ! Bonne lecture !


CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses

Chapitre 2 : Draco - JH cherche tranquillité


Il cracha. Dans sa bouche, le dentifrice n'avait même pas eu le temps de mousser. Résultat : le lavabo impeccable était désormais parsemé de petits tas mous et pâteux, qui ressemblaient à s'y méprendre à du guano. C'était sûrement du à la présence des micro-billes grises, censées aider à virer la plaque dentaire malodorante. En attendant, ces fichues micro-billes contribuaient considérablement à enlaidir le blanc éclatant de son lavabo. Et plus il les regardait, plus les morceaux de pâte étalés sur l'émail prenaient l'aspect de déjection d'oiseaux indisposés. C'était répugnant.

Il laissa couler l'eau longtemps, pour effacer les traces grisâtres. Puis il se rinça la bouche. Deux fois. Il refit ensuite couler l'eau, jusqu'à que la vasque, de nouveau éblouissante, le contraigne à plisser les yeux.

En tout, se brosser les dents lui avait pris moins de deux minutes. Nettoyer le lavabo, en revanche, lui en avait pris plus de trois. Il avait une conscience précise de cette répartition temporaire car il se chronométrait avec un vieux sablier de soixante secondes.

Demain matin, il essaierait d'allonger un peu plus son temps de brossage et de consacrer moins de temps au récurage de son lavabo. Après tout, ce dernier ne pouvait pas souffrir de maladie buccale. Lui, oui.

Mais Draco, au fond, ne concevait pas que se brosser les dents une minute de plus ou de moins puisse affecter sa santé dentaire. Lui, tant qu'il avait bonne haleine, les dents alignées et étincelantes, la langue rose sans dépôt blanc disgracieux, ça lui suffisait. Que des micro-organismes se développent dans sa bouche, tant qu'il ne les voyait, entendait et sentait pas, (comme s'ils n'existaient pas, en somme), ça ne le dérangeait pas... Enfin, pas trop.

Par contre, il ne supportait pas que son environnement immédiat puisse être ne serait-ce qu'un tout petit peu de chez petit peu sale. Il fallait que tout ce qu'il touche et utilise soit parfaitement propre et neuf. Aussi n'était-il pas rare qu'il change de brosse à dents tous les deux jours. Déjà, celle qu'il avait à la main, il l'avait utilisée hier matin, midi, soir et là, tout de suite. En tout, elle avait donc servi quatre fois. C'était trois fois trop.

Dès qu'il l'eut nettoyée et séchée avec application, il l'enferma dans une bulle protectrice vidée de tout air. Il avait manifestement peur qu'elle se salisse au contact de l'oxygène ou du dioxyde de carbone, ou d'un quelconque élément chimique hautement toxique. En fait, si elle entrait en collision avec quoi que ce soit d'autre que sa cavité buccale, il n'y survivrait pas.

Rien qu'à l'idée que les poils frottent accidentellement la porcelaine du lavabo, ou pire, le sol de sa salle de bain, il crut qu'il allait vomir. Ce qui le retint fut seulement la pensée de devoir nettoyer de la bile dès le matin.

Après s'être brossé les dents et avoir nettoyé la vasque, il s'attaqua au robinet chromé – il détestait les formes dessinées par les gouttes d'eau ou les dépôts de calcaire. Quand le métal brilla de nouveau de mille feux, il utilisa sa baguette pour l'ouvrir. Impensable qu'il touche de ses doigts sales le robinet désormais propre. Il se lava les mains précautionneusement avec un savon très doux. Il devait être une des seules personnes au monde à frotter ses ongles sur ses paumes et à respecter les trente secondes réglementaires.

Il referma le robinet d'un autre coup de baguette magique et se sécha les mains à l'aide d'une serviette neuve. Chez lui, une serviette ne durait rarement plus d'une semaine.

xXx

En fait, Draco Malfoy préférait, s'il le pouvait, acheter un produit en plusieurs exemplaires que d'en entretenir un seul dans la durée. On ne pouvait décemment pas changer de salle de bain tous les mois, par les cornes d'une brebis enrhumée. Sinon, il aurait été le premier à le faire. De ce fait, il en prenait grand soin.

Par contre, il pouvait sans mal racheter une serviette de bain toutes les semaines. Aussi ne faisait-il presque aucun effort pour les conserver en bon état. Au lieu de les laisser sécher dans un endroit aéré et sec, il les laissait traîner dans la salle d'eau, humide et étouffante. Au bout de quelques jours, elles commençaient à sentir l'humidité.

Alors, il les jetait et allait tout simplement s'en procurer d'autres.

Draco Malfoy était ainsi. S'il pouvait acheter la propreté, il n'allait pas s'embêter à la produire.

Bien entendu, avoir un ou plusieurs Elfes de Maison lui aurait épargné son travail de nettoyage quotidien. Quand il vivait au Manoir, il n'y a pas si longtemps que ça, et pourtant, ça lui semblait une éternité, y en avait toujours deux qui s'occupaient de ses affaires et de ses appartements.

Cependant, il avait maintenant trop peur de l'hygiène de ces créatures. Si elles s'occupaient de sa baignoire avec leurs petites mains aux ongles longs et sales, il pourrait tout aussi bien se mettre à lécher ses vitres, ce serait tout aussi propre. Non, décidément, Draco ne pouvait avoir confiance qu'en lui-même pour nettoyer son intérieur.

Après son petit rituel de maniaquerie quotidien, il alla s'asseoir à table et attendit neuf heures.

xXx

Comme chaque matin depuis une semaine, il s'était levé à huit heures trente. Cela bouleversait considérablement ses habitudes. Il était plutôt du genre lève-quand-je-veux, mais pas avant onze heures, et souvent après midi. Depuis qu'il avait quitté l'école, à la fin de la sixième année, il y a trois ans, il n'avait plus eu aucune contrainte horaire... jusqu'à il y a sept jours.

Depuis le lundi 31 juillet 2000, il se levait tôt, bon gré, mal gré, se brossait les dents et nettoyait tout ce qu'il avait touché. Puis, il s'asseyait droitement à table et attendait. Manger était hors de question : même si son corps n'était plus dans son lit, ses organes ronronnaient encore de sommeil. Rien que la pensée « nourriture » lui faisait mal à la tête. Ça lui retournait le corps dedans-dehors.

De toute façon, il ne petit-déjeunait jamais. C'était une mauvaise habitude prise depuis très jeune.

xXx

Quand il était enfant, il avait toujours eu le choix de l'heure à laquelle il se levait, si elle n'excédait pas midi. Il se réveillait toujours un quart d'heure seulement avant le déjeuner. Il avait alors tout juste le temps d'enfiler ses vêtements, de claquer ses deux joues bouffies de sommeil et de courir jusqu'à la salle à manger.

Bien entendu, il était persuadé que ses parents ne savaient pas qu'il se levait si tard. Mais il n'y avait qu'à voir son teint rouge d'avoir couru, ses yeux encore vaporeux de sommeil et ses cheveux en bordel pour savoir qu'il n'avait pas quitté son lit à neuf heures tapantes.

Narcissa et Lucius ne lui firent jamais la moindre remarque quant à l'heure à laquelle ils jugeaient bon qu'il se lève. Par contre, comme pour le punir, ils lui faisaient avaler des quantités astronomiques de nourriture particulièrement grasse et parfumée, ce qui ne manquait pas de l'écœurer. Il avait souvent droit à trois grosses tranches de foie gras, à un épais pavé de bœuf bien saignant, à une assiette de porc à la sauce aigre-douce, à plusieurs morceaux de fromage et à deux parts du gâteau le plus lourd et indigeste qu'ils avaient en réserve. Après, seulement, il avait le droit de quitter la table et d'aller dégueuler sans retenue.

Il n'avait jamais profité d'un seul de ses repas de midi, durant son enfance.

Bien sûr, cette situation avait une solution très simple. il lui suffisait seulement de se lever plus tôt et il aurait eu naturellement faim, à midi et quart. De plus, ses parents, satisfaits de le voir entretenir un rythme de vie sain, auraient arrêté de le gaver comme une oie obèse. Cependant, se lever plus tôt, c'aurait été s'exposer à un ennemi que Draco redoutait encore plus que les brûlures d'estomac : l'ennui. Le futur Serpentard n'était pas un gosse qui aimait s'ennuyer. A cette époque, il ne savait tout simplement pas comment s'occuper tout seul.

Ses après-midi étaient réglées à la lettre. Il suivait cours sur cours, loisir sur loisir, et cela lui allait très bien. Ses temps de repos étaient minutés et le contenu de ses récréations déjà décidé.

Si au lieu de se lever à midi, il se levait à onze heures, admettons, il aurait alors passé une heure entière chaque matin à ne savoir que faire et à tourner en rond en trépignant.

Quand il était entré à Poudlard, il avait eu, pour la première fois, l'obligation de se lever avant huit heures, heure à laquelle commençaient les cours. Fidèle à lui-même, il se levait toujours à la dernière minute. On ne le voyait presque jamais dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner.

Sauf s'il attendait un courrier exceptionnel, comme un énorme paquet de friandises envoyé par sa mère. Alors, il se levait à une heure convenable et attendait patiemment, assis à la bruyante table des Serpentards, que son hibou arrive. Mais il ne mangeait pas. Ou il faisait semblant.

Bref, Draco Malfoy ne se levait que s'il avait quelque chose de prévu. Sinon, il consacrait le maximum de ses heures disponibles au repos de son corps céleste. S'il y avait quelque chose qu'il adorait faire, c'était très certainement dormir.

xXx

Il était neuf heures moins cinq. A travers sa grande baie vitrée, il vit cinq points noirs au loin. Il leur faudrait quelques minutes pour arriver jusqu'à lui. Il alla donc chercher son courrier moldu, dans la boîte aux lettres qu'il avait installée il y a cinq mois, quand il avait emménagé ici.

C'était une mignonne petite boîte bleu pâle, en forme de maison, perchée à un mètre vingt du sol, à côté du portillon de fer. On aurait dit qu'elle avait poussé là, comme une herbe folle. Son côté délicieusement désuet contrebalançait la légère froideur de la maison vitrée de Draco.

Il y avait une lettre et trois journaux. le Daily Telegraph, le Times et le Daily Mirror. Le blondinet cala les trois quotidiens sous son bras gauche, se saisit de la lettre avec sa main droite et revint s'asseoir à table. Quiconque d'autre que Draco, qui se serait levé tous les matins à huit heures trente dans l'attente d'une lettre aurait très certainement déchiré l'enveloppe en chemin pour en dévorer le contenu.

Cependant, lui attendit d'être de nouveau assis à table et d'avoir fait une petite pile correcte avec les trois journaux avant de s'y intéresser. Elle provenait du service des petites annonces de Metro. Enfin !

Alors qu'il essayait de décoller le rabat de l'enveloppe sans la déchirer, – il refusait d'utiliser une invention moldue aussi stupide que le coupe-papier –, les cinq hiboux aperçus plus tôt atterrirent dans son jardin. L'un d'eux, le plus gros, toqua du bout du bec à la vitre. Draco abandonna donc son courrier toujours scellé (un couteau pour ouvrir des enveloppes, sérieusement !) pour ouvrir la porte vitrée. Il remplit une gamelle de gourmandises pour hiboux, glissa dans les trois bourses le nombre de noises correspondant et s'empara des trois journaux et des deux lettres qui lui étaient adressés.

Il posa les trois quotidiens sorciers sur la pile et commença enfin à lire, sans empressement, les trois lettres qu'il avait reçues.

Elles étaient plus ou moins identiques.

xXx


Service des Petites Annonce - Metro

Associated Newspapers Limited

Northcliffe House

2 Derry Street

London W8 RTT

A l'attention de : M Draco Malfoy

Objet : votre petite annonce (Metro n° 581)

Par la présente, nous avons le plaisir de vous annoncer que vous avez obtenu une réponse à votre annonce publiée dans le Metro n°581.

Ci-après, le message que nous avons reçu pour vous.

« Monsieur, je suis intéressée par votre annonce. Je suis une femme de quarante ans, blonde et grande et je cherche un travaille qui me permettrait d'arrondir mes fins de mois. Vous pouvez me contacter au : 06 20 78 54 89. Dans l'attente de vous rencontrer, Pat »

Pour y répondre, il suffit de nous envoyer votre message à l'adresse mentionnée au verso, nous le transmettrons.

Veillez agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.


xXx

Attendre une semaine pour recevoir une réponse aussi... décevante. Il était impossible que la muse de Draco Malfoy ne sache pas faire la différence entre un substantif et un verbe conjugué. « Un travail » pas « un travaille », bordel, c'était pas compliqué !

Il passa rageusement à la lettre de la Gazette.

xXx


Service des Petites Annonces Magiques

Parue, répondue

La Gazette du Sorcier

19, Chemin de Traverse

Londres

Très cher Monsieur Malfoy

Au sujet de : Petite annonce publiée dans le n° 94765

Très cher lecteur, nous commençons par vous remercier d'avoir choisi notre journal pour publier votre petite annonce. Sachez que c'est un choix judicieux que vous avez fait, et en voici la preuve : vous avez reçu non pas une, non pas deux mais bien trois réponses !

Veillez trouver ci-joint les trois parchemins qui vous sont destinés.

Je vous prie de croire, Monsieur, en l'assurance de nos respectueuses salutations.


xXx

Les trois parchemins joints étaient courts. Les deux premiers ne présentaient aucun intérêt. C'était plat, sans inventivité. Le dernier, en revanche, retint assez viteuf l'attention du blond.

« Je suis une jeune femme ayant des connaissances en poésie sorcière, il est donc tout naturel que je me tourne vers vous pour vous adresser ma candidature. Je suis capable de poser, de chanter et, éventuellement, de danser. Je serais enchantée de vous rencontrer pour un entretien. Vous pouvez me contacter par cheminette ou par courrier à l'adresse qui suit : Mademoiselle Kim Winter, 95 impasse des violettes, Londres. Amicalement. »

Ça devait être la délicieuse dissonance du nom, qui l'avait attiré. Kim Winter, c'était catégoriquement moche. Ça n'allait pas du tout ensemble. Il appréciait aussi l'adresse : 95, impasse des violettes, ça faisait une bien longue impasse. Ça ne manquait en tout cas pas de charme.

Il garda le parchemin de côté.

La troisième lettre était de Sorcière Hebdo. Le magasine lui faisait parvenir la réponse d'une jeune lectrice hystérique.

« Bonjour, j'ai seize ans. J'ai toujours été passionnée par l'Art en général. J'adorerais faire la Muse ! J'espère sincèrement pouvoir vous en convaincre lors d'une entrevue. Vous pouvez me joindre par cheminette, à notre domicile familial... »

« L'Art en général » ? « Faire la Muse » ? Draco ne s'attarda même pas sur l'adresse.

Au vu du niveau des quelques réponses reçues, il avait bien fait de payer pour un mois de publication, et cela dans trois journaux sorciers et quatre journaux moldus. Il était certain qu'entre toutes les personnes intéressées par son offre d'emploi, il y en aurait forcément une qui soit un minimum... intéressante.

Il persévérerait.

xXx

Les semaines passèrent, sans apporter aucune réponse satisfaisante. Draco, exaspéré, avait fini par contacter la dénommée Kim Winter. Cependant, l'entretien n'avait pas été concluant. La jeune femme, qui semblait pourtant pleine d'assurance par écrit, s'était montrée d'une timidité maladive. Ses yeux tombants fuyaient le regard gris de Draco. A un moment, ils s'étaient retrouvés dans une situation cocasse : Draco fixait Kim qui fixait une araignée, qui fixait sa toile. Quand il lui avait dit que « ça suffisait », elle avait quasiment fondu en larmes, avant de fuir, à la limite de l'impolitesse.

Draco, pour trouver une Muse, se confrontait à un problème épineux. Quiconque le rencontrait savait immédiatement à qui il avait affaire. Sa blondeur atypique, son teint pâle, ses yeux clairs, son port altier et son expression indolente : il était un Malfoy.

Deux ans après la guerre, son nom évoquait encore des faits funestes. Alors que les survivants tentaient, comme ils pouvaient, d'oublier les morts et les massacres, les noms honnis et les villages détruits, personne ne voulait fréquenter un ancien Mangemort.

Mangemort un jour, Mangemort toujours.

Le nom de Malfoy était bien trop lié à celui de Voldemort pour qu'il attire une quelconque sympathie. Les quelques candidats sorciers que Draco s'était décidé, sans grand enthousiasme, à rencontrer lui avaient tous lancé le même regard dégoûté, parfois teinté de fureur ou de crainte, mais jamais d'empathie.

Quant aux moldus, il avait vite abandonné l'affaire. Il pensait qu'eux n'auraient aucun préjugé à propos de sa famille et que sa chevelure ne leur inspirerait aucun dégoût. Cependant, les quatre femmes qu'il avait rencontrées avaient toutes plus de quarante ans et, visiblement, en pinçaient plus pour son jeune âge, sa baraque en or et son coffre-fort bien rempli que pour le boulot en lui-même.

C'était limite si une lui avait pas demandé, avec un air terriblement stupide :

« La muse... muse... ça m'dit que'que chose, c'est pas un poisson, ça ? »

Et il s'agissait d'une femme dont la réponse lui avait semblé sortir du lot...

Les autres messages que les journaux moldus lui faisaient parvenir rivalisaient tous en crétinerie avancée, à un tel point que ça en devenait une forme de génie. Chaque lettre était une insulte à la prétendue intelligence de l'homo sapiens. La plupart n'était que des propositions plus ou moins foireuses de Q, comme si être une Muse était soudain devenu synonyme de « prostitution de luxe ».

Il avait même reçu deux ou trois photos, devant lesquelles on ne pouvait que s'exclamer « fond de lune, this is so hot ! ».

Quand il avait décidé de publier cette annonce, fin juillet, il savait que ça allait être difficile.

Mais il n'imaginait pas que ça allait lui scier les nerfs, tous les jours un peu plus, jusqu'à que, n'y tenant plus, il se reconvertisse en proxénète. Avec le nombre de numéros de téléphones qu'il avait amassé, il avait de quoi ouvrir une gigantesque maison close.

xXx

Quand vint la fin de l'été, Draco était dans un sale état. Il s'était levé tous les matins à huit heures trente, et tout cela pour récolter des lettres sans intérêt et des regards haineux ou bovins. Bien sûr, il savait que cela était, en quelque sorte, mérité. Qui voudrait devenir la Muse d'un ancien meurtrier ? Qui voudrait s'exposer, être mis à nu par un criminel, qui avait torturé, tué et participé à une atroce chasse à l'homme ?

Et qui, en lisant son annonce, la prendrait au sérieux ?

Draco se l'avouait maintenant. C'était perdu d'avance. Il lui faudrait s'exiler, partir loin, très loin de l'Angleterre, s'il voulait avoir une chance de rencontrer un partenaire artistique qui n'aurait aucun préjugé sur lui et qui serait, chose visiblement rare de nos jours, doté d'un cerveau.

xXx

Le 31 août, un mois après la première publication de son annonce, il ne se réveilla pas à 8H30. Sa main tâtonna bien vers l'alarme pour l'éteindre mais ses paupières ne frémirent même pas. Ce matin, il n'attendait aucun courrier. Aujourd'hui, il pourrait dormir jusqu'à pas d'heure. Et ça lui faisait un bien fou.

La veille, il s'était définitivement désabonné des six quotidiens qu'il recevait chaque jour depuis un mois : le Daily Telegraph, le Times et le Daily Mirror ; la Gazette du Sorcier, le Chicaneur et le Mage Express. La veille, c'était aussi le dernier jour que son annonce était publiée. Un mois s'était écoulé.

Au tout début, plein d'enthousiasme, il vérifiait chaque matin qu'elle était bien présente dans les éditions du jour et sans faute de frappe. Puis, il lisait attentivement les autres annonces, comme pour déterminer lesquelles pourraient porter ombrage à la sienne.

Au fil des jours, il avait fini par se contenter de survoler les annonces. Si la sienne y était, c'était le principal. Il avait payé chaque quotidien pour un mois de publication et ne tenait tout simplement pas à se faire escroquer.

A la fin, il ne les ouvrait même plus. Les journaux s'entassaient sur sa table.

Les lettres, ouvertes avec résignation, étaient abandonnées juste à côté.

Bien sûr, aucune ne traînait par terre. Même malade de déprime et de désespoir, Draco restait ce qu'il était : irrémédiablement maniaque.

Toc-toc-toc.

Draco grogna. Il avait le sommeil terriblement léger. Et il avait manifestement oublié de jeter le sort de Silence qui, jusqu'à il y a un mois, lui assurait de dormir douze longues et paisibles heures. Il avait perdu l'habitude.

Toc-toc-toc.

Okay, est-ce que c'était pas un hibou, par hasard ?

Il jeta un coup d'œil à son réveil : il était onze heures. Quatre heures trop tôt pour se lever.

Grommelant, l'haleine pas fraîche, les yeux à moitié fermés, le blond partit ouvrir au coursier. Ce dernier lui apportait une lettre de la Gazette. Peut-être s'agissait-il d'un bulletin automatique, style :

« Nous avons bien pris en compte la résiliation de votre abonnement. Nous tenons aussi à vous informer que votre annonce ne sera plus publiée à compter de ce jour. Vous pouvez la renouveler en répondant OUI à ce hibou. Si vous ne souhaitez plus recevoir nos bulletins d'informations, veillez répondre NON. Auquel cas, nous serions très attristés de ne plus vous compter parmi nos lecteurs. Sorcièrement vôtre, M Martin, chargé de communication » ou un truc du genre.

Mais le hibou s'envola aussitôt. Apparemment, sa missive n'attendait pas de réponse.

Il s'agissait, mot pour mot, d'une copie de la vingtaine de lettres qu'il avait reçues durant le mois.

xXx


Service des Petites Annonces Magiques

Parue, répondue

La Gazette du Sorcier

19, Chemin de Traverse

Londres

Très cher Monsieur Malfoy

Objet : Petite annonce publiée dans le n° 94791

Très cher lecteur, nous commençons par vous remercier d'avoir choisi notre journal pour publier votre petite annonce durant un mois. C'est un choix judicieux que vous avez fait : en effet, alors qu'elle n'est plus imprimée depuis hier, vous avez tout de même reçu aujourd'hui une nouvelle réponse.

Veillez trouver ci-joint le parchemin qui vous est destiné.

Je vous prie de croire, Monsieur, en l'assurance de nos respectueuses salutations.


xXx

Quelqu'un avait répondu alors que l'annonce n'était plus publiée. Allons bon. Avec une curiosité lasse, Malfoy entreprit de lire le parchemin joint.

Entreprit, parce que l'écriture était brouillonne, précipitée. Il semblait que son auteur avait voulu écrire le plus vite possible. Ce n'est qu'à la deuxième lecture – la première étant un simple déchiffrage – que Draco en comprit le sens.

« Cher JH, je vous préviens, je ne suis en aucun cas intéressé par votre offre. Cependant, lecteur assidu des petites annonces au petit-déjeuner, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer sa disparition dans l'édition d'aujourd'hui. Je suis heureux que vous ayez enfin trouvé une Muse, ce qui me permettra de reprendre mes repères. Vous perturbiez grandement ma routine. Cette annonce qui paraissait tous les jours gâchait mes journées. En espérant que vous ne teniez pas rigueur de ce message et que vous vous amusiez tout ce qu'il faut avec Madame votre Muse,

un JH qui cherche la tranquillité »

Arghhhh ! Etre réveillé pour ça ! Pour un imbécile qui se foutait ouvertement de sa gueule !

Cet abruti allait lui payer cher.

Mais quelque chose fit presque plaisir à Draco : pendant un mois, un type avait remarqué et lu son annonce chaque matin. Il y avait au moins quelqu'un qui s'y intéressait. Bon, certes, ce quelqu'un voulait surtout la voir disparaître, mais on peut pas tout avoir.

Draco eut donc un bon regain de motivation. Il allait répondre à cette nouille de Scroutt, et avec brio.

Voici ce que le JH qui cherchait la tranquillité allait recevoir de la part de la Gazette, aux alentours de midi et quart.

xXx


Service des Petites Annonces

La Gazette du Sorcier

19, Chemin de Traverse

Londres

Très cher Monsieur X (JH qui cherche la tranquillité)

Objet : Réponse à votre réponse à la petite annonce publiée dans le n° 94791

Très cher lecteur, nous vous remercions d'avoir répondu à l'annonce n°94791. Cette démarche n'a pas été vaine. La preuve : son auteur vient tout juste d'y répondre.

Veillez trouver ci-joint le parchemin qui vous est destiné.

Je vous prie de croire, Monsieur, en l'assurance de nos respectueuses salutations.


xXx

Accompagné du parchemin qui suit :

« Cher JH, je vous saurai gré (notez le futur et non pas le conditionnel) de ne pas répondre aux annonces d'honnêtes sorciers si c'est pour les ridiculiser. Il ne me paraissait pas nécessaire de gaspiller vingt-deux caractères pour écrire « Pas sérieux s'abstenir ». Je l'ai immédiatement regretté à la lecture de votre lettre.

N'ayez crainte, je ne vous importunerai plus avec mes annonces, à moins que vous ne m'y poussiez.

JH charismatique mais sans humour »

Draco était trop pressé de clouer le bec à l'effronté pour avoir la patience de se rendre à la Poste Magique la plus proche. Il envoya donc son hibou personnel, Aquila (1), qui venait de fêter onze ans et demi.

Le blond n'aimait pas trop faire porter du courrier à son hibou grand-duc. L'oiseau était le cadeau que ses parents lui avaient fait pour son onzième anniversaire, le 5 juin 1991. Ça le ramenait presque dix ans en arrière. Aquila avait alors quatre ou cinq mois. Le gamin et l'oiseau s'étaient tout de suite pris d'affection l'un pour l'autre. Nobles, beaux et jeunes, ils avaient pas mal de points communs.

Même du temps de Poudlard, Draco ne l'envoyait qu'au Manoir Malfoy. Le trajet était sûr, quoiqu'un peu long : il fallait bien sept ou huit heures de vol à Aquila pour rejoindre le Wiltshire, où était situé la demeure familiale. Aujourd'hui, l'oiseau n'était pas vieux – cette espèce pouvait vivre plus de vingt ans – mais il n'avait plus la vigueur d'antan.

Draco, las, désabusé, le regarda s'éloigner. Il avait l'impression d'avoir déjà tout vu et que rien ne pourrait plus le surprendre. Il n'avait pourtant que vingt ans.

Aquila, parti à 11H15, ne rentra pas de la nuit, si bien que son maître commença fortement à s'inquiéter. Les bureaux de la Gazette étaient situés à Londres, à une heure de vol seulement du village dans le Kent où Draco habitait. Il aurait du être de retour bien avant le goûter.

Mais le hibou, ayant rarement l'occasion de transporter du courrier, en avait peut-être profité pour passer la nuit dehors, à chasser, ou à pratiquer une quelconque activité prisée par les oiseaux de la haute.

xXx

Le lendemain, Draco accueillit son compagnon avec soulagement.

Il portait un message à la patte.

Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu'il provenait de son mystérieux interlocuteur !

« Très cher JH, il semble que la Gazette n'a plus de temps à consacrer à nos échanges. Ou bien est-ce votre hibou qui a eu l'intelligence de voler directement jusqu'à moi au lieu de passer par le Chemin de Traverse, je ne sais pas. Je vous remercie déjà pour votre verve et votre réponse rapide.

Remerciez-moi, vous, pour avoir pris soin de votre hibou cette nuit. Il avait apparemment envie de batifoler en ville. Il est adorable, cela dit.

Finalement, si le poste n'est pas déjà pris, je serais vivement intéressé par votre offre. Est-il trop tard pour moi ? Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

J'ai une certaine expérience en matière d'inspiration artistique ou corporelle. Ce n'est pas moi qui l'ai dit, cela va de soi. Ce serait un peu trop prétentieux de ma part.

Bref, je suis disponible pour vous rencontrer. J'ai un autre atout : je n'ai aucune contrainte horaire ou spatiale.

Affectueusement. »

Par l'anus d'un dragon libidineux, qu'est-ce que voulait dire cet extraordinaire renversement de situation ?

Hier, il lui disait d'aller se faire voir, et que l'annonce ne reparaisse plus jamais sous ses yeux, sinon il lui enverrait volontiers son vomi par la Poste.

Et aujourd'hui, il voulait le rencontrer !

En attendant, c'était de loin la candidature la plus énigmatique que Draco ait reçue, quoique ce n'était pas non plus un titre très difficile à décrocher. Il suffisait d'être un peu mieux que médiocre.

Draco relut le mot, stylo en main. Puis il nota tout ce qu'il lui paraissait important à savoir sur son adversaire – car il était évident qu'il s'agissait d'un petit con imbu de lui-même. Après avoir décortiqué tout ce qui était possible – il n'y avait malheureusement pas beaucoup de matière – il souligna deux fois « aucune contrainte horaire ou spatiale ».

Très bien. L'autre l'avait cherché.

Se sentant très puéril, mais ça lui faisait un bien fou, Draco envoya Aquila chez l'inconnu, muni d'un bout de parchemin sur lequel il n'y avait que quelques mots : « ce soir, 22H, au Chaudron Baveur ». Le hibou décolla sans hésitation. Il savait où aller. Draco en était heureux, car il n'avait su lui donner ni adresse ni nom de destinataire.

Il était persuadé qu'avoir rendez-vous le jour-même et si tard intimiderait l'autre jeune homme. L'impudent, en le voyant arriver avec toute sa prestance, admettrait sans tarder son infériorité et fuirait sans piper mot.

Avec un peu de chance, il marmonnerait même des phrases vides de sens, comme « je suis désolé, je ne voulais pas dire ça », « je ne le pensais pas », « je ne savais pas qu'il s'agissait du beau, du grand, du terrible Malfoy sinon jamais je n'aurais osé... »

xXx

22H10. Draco, assis au bar depuis exactement dix minutes, venait de commander sa deuxième bièraubeurre. Il commençait à se demander si l'autre JH avait bien reçu son message. Après tout, Aquila n'était pas revenu pour le lui confirmer. Mais il y avait de grandes chances que son traître de hibou ait préféré traîner dans Londres plutôt que de rentrer directement.

A 22H20 précises, le blond décida qu'il y a en avait ras-le-bol et que bouse, fallait qu'on arrête de se foutre de sa gueule. D'ailleurs, comment aurait-il pu reconnaître le candidat ? Peut-être que le type était présentement dans la salle et qu'il attendait un signe de sa part. Ou bien peut-être qu'il était entré dans le pub, avait vu à qui il avait affaire et était déjà reparti, dégoûté. Peut-être même qu'il ne viendrait pas. Peut-être...

- Malfoy !

Cette voix.

- Hey, Malfoy, qu'est-ce que tu fais là ?

Ho non.

Un rapide coup d'œil vers l'entrée, et il sut qu'il avait raison. De toute façon, même sans voir son visage, il avait reconnu sa voix instantanément.

C'était Potter. Harry Potter. Harry Potter qui se frayait un chemin parmi les tables, tout sourire. Ce n'était absolument pas prévu, ça.

Son corps maigre louvoyait agilement entre les clients. Ses fesses oscillaient entre droite et gauche, évitant un dossier de chaise, un coude ou un gros cul dégueulasse. On aurait dit une anguille frétillante. Draco avait oublié combien il aimait les anguilles.

Le blond fit d'abord mine de ne pas avoir entendu. Il pivota imperceptiblement sur son tabouret haut, avec autant de naturel qu'un chat prétendant être une souris. Et il se mit à fixer, comme si sa vie en dépendait, le calendrier des joueurs de Quidditch de l'an passé.

- Tu n'as toujours pas abandonné tes tendances, à ce que je vois, sourit Harry, amusé de le voir contempler la paire de fesses masculines qui se déhanchait sur le papier glacé. Je pensais que tu te serais rangé, depuis.

Draco Malfoy continua obstinément de fixer le popotin de l'Attrapeur Malawite, celui qui avait été en finale, il y a deux ans. Il avait un très joli cul.

- Draco ? Allez, je sais bien que tu m'as vu.

Après deux secondes, Harry bougonna :

- Dans mon souvenir, tu étais plus poli que ça. Tu pourrais au moins saluer ton rendez-vous !

Le blond s'étrangla avec de l'air. Il avait essayé de s'évanouir et d'avoir une crise cardiaque en même temps. C'était quelque de très difficile – voire impossible – à réaliser. Mais l'intention y était.

- C'était... toi ? demanda-t-il après une gorgée de bièraubeurre, aimablement proposée par le brun.

- J'ai reconnu Aquila au premier coup d'œil. Si tu veux savoir, il attend tranquillement chez moi.

Pourquoi, entre tous, avait-il fallu que ce soit lui ?

Harry... Tout ça le ramenait quelques années en arrière.

Ados, ils avaient fait pas mal de conneries ensemble. Aujourd'hui, quand il y repensait, c'était de beaux souvenirs. Mais qu'est-ce qu'ils étaient imprudents, fous, frappés, à l'époque ! Le nombre de fois où Draco avait failli le tuer avec ses étranges expériences...

- Par les appendices d'un chien galeux, tu as bien du te foutre de moi, pendant tout ce mois ! s'exclama le blond, avec amertume. Ce pauvre Draco, désespéré, qui publie tous les jours la même annonce... Pauvre Draco, vraiment, qui cherche une Muse.

Il ponctua sa plainte d'un mouvement vague de la main, tout en soufflant exagérément, comme un enfant fatigué.

Harry se retint de lui tapoter l'épaule. Il n'allait pas l'encourager à se plaindre.

- Ho, détrompe-toi. Je savais pas que c'était toi avant d'avoir reçu ton hibou, hier. Comment j'aurais su, d'ailleurs ? Pendant un mois, j'ai juste cru qu'un vieux pervers cherchait obsessionnellement une Muse, c'est tout, expliqua le brun d'un ton désinvolte.

xXx

Il se retint d'ajouter un truc aussi pathétique que « C'est toi qui as toujours été intelligent, pas moi ». Il devait garder une certaine distance. Après tout, des années étaient passées, et c'était pas le moment d'être sentimental. Il essayait de paraître détaché, mais c'était comme marcher sur un sol couvert de veracrasses en essayant de ne pas se salir.

C'était déjà un miracle que le blond, son ex-copain et amour d'école, ne se soit pas encore barré en courant. Il devait sûrement, comme Harry, être encore en état de choc.

Ils ne s'étaient pas vus depuis leur septième année sporadique, il y a deux ans, et encore, ils s'étaient croisés seulement deux fois, par hasard.

1) Quand Harry avait été capturé et amené au Manoir Malfoy.

2) Pendant la Bataille finale, quand ils s'étaient retrouvés dans la Salle sur Demande.

Puis, leurs chemins s'était séparés pour de bon.

Cela faisait donc plus longtemps que ça, qu'ils n'avaient pas eu de discussion : plus de trois ans qu'ils s'étaient pas vraiment parlés. C'était pendant la sixième année. Ils n'avaient même pas dix-sept ans, alors. A ce moment-là, ils sortaient encore ensemble. Ça devait être quelques jours avant la mort de Dumbledore...

Mais Harry n'avait aucune envie de penser à tout ça. Il avait très bien réussi à refouler toutes ces histoires dans un coin de son crâne pendant trois ans et il pensait en être capable toute sa vie, s'il le fallait.

xXx

- Bon, alors, qu'est-ce que tu deviens... Malfoy ?

Repasser aux nom de famille était aussi naturel que manger des kellogg's avec des baguettes asiatiques mais il n'avait pas trouvé mieux pour combattre la horde de souvenirs qui l'assaillaient.

- Comme tu peux le constater – quoique j'ai toujours douté de tes capacités de déduction élémentaire – je suis actuellement assis au bar d'un vieux pub pourri et mal fréquenté, en compagnie d'un ancien camarade de classe. Je tente aussi, sans succès, de me noyer dans ma chope.

Harry s'abstint de tout commentaire. « Un ancien camarade d'école », ce n'était pas vraiment comme ça qu'il se serait décrit.

Draco représentait pas mal de choses pour Harry : son premier rival, un gamin pédant qu'il avait détesté et jalousé, le type qui lui avait fait prendre conscience qu'il était...

- Je vais reprendre ma bièraubeurre, si tu le permets, fit l'ancien Gryffondor, censurant la petite voix dans sa tête qui prenait décidément un peu trop ses aises.

Parler l'empêchait de penser.

- Ha oui, désolé. Et toi, qu'est-ce que tu fais ? Je suis étonné de ne pas t'avoir beaucoup vu à la Une des journaux, ces temps-ci. On dirait que tu as appris à te faire discret, avec l'âge, ricana Draco, sans grande conviction.

Il jouait avec la touillette de sa bièraubeurre vide. Apparemment, il ne savait pas quelle forme lui donner : elle devint successivement vague, arabesque, fleur et même phallus avant de se stabiliser en éclair.

Il n'avait même pas eu l'air de se concentrer, ou quoi. C'était de la très belle magie, mais ça n'étonnait même pas Harry. Malfoy avait toujours été prétentieux, certes, mais il avait matière à.

Le brun allait lui faire une remarque à propos de la notoriété qu'il n'avait jamais voulu avoir, mais il savait que l'autre était déjà au courant, et qu'il ne le taquinait que pour cacher qu'il ne savait plus trop quoi lui dire, après tout ce temps.

Sachant qu'ils n'avaient jamais rompu : leur relation avait pris fin de manière abrupte, sans qu'ils aient l'occasion d'en parler, quand Harry l'avait vu en haut de...

- Et bien... J'ai fini ma première année de formation d'Auror.

Même s'il ne comptait pas continuer l'an prochain, au moins, il avait l'impression de faire quelque chose de concret, quand il disait ça.

- Ha, ouais, c'est vrai que c'est ce que tu voulais faire, plus tard. Enfin, plus tard... On doit être « plus tard », par rapport au moment où on en parlait, j'imagine.

xXx

C'était extraordinaire que Draco se rappelle de ce que Harry voulait faire, car ils n'avaient eu qu'une seule occasion d'en discuter sérieusement.

Une seule occasion, parce qu'ils savaient que ce n'était pas une discussion qui serait sympa. Ils avaient tous deux conscience de ne pas pouvoir continuer à se voir longtemps. Il y avait trop de choses qui les séparaient. Leur relation était sérieuse, mais précaire. Ils étaient trop jeunes pour se projeter ensemble. A ce moment-là, ils ne pouvaient concevoir leurs vies qu'individuellement.

Draco, à cette époque-là, était aux prises avec sa famille et Voldemort. Ses séances de sexe avec le Survivant, aussi intenses et intéressantes soient-elles, passaient après. C'était du pur divertissement. Une échappatoire, un refuge. Même si ça lui prenait entièrement le corps, envahissait souvent son esprit sans crier gare. Même si c'était les seuls moments qu'il vivait à fond.

Harry n'aurait su tolérer sur la durée son appartenance aux rangs des Mangemorts. Il avait vu Draco nu un nombre incalculable de fois. Mais jamais il n'avait osé regarder plus en détails la Marque qui défigurait son bras. S'il l'ignorait, c'était comme si elle n'existait pas.

Bref, Draco avait évasivement parlé de voyager après ses études, si... s'il ne se dédiait pas entièrement aux activités de Mangemort.

Harry, lui, lui avait confié qu'il souhaitait devenir Auror.

Aucun des deux n'avait eu le cran de dire à voix haute que leurs occupations futures entraient en totale contradiction.

xXx

- Première année seulement ? Tu as fait ta huitième année à Poudlard, toi ? Pourriez-vous m'apporter deux bièraubeurres, s'il-vous-plaît ?

- Tu vas en boire deux ? Heu non, après la... bataille finale, j'ai pas voulu y retourner. J'ai, comme qui dirait, pris une année sabbatique, avant d'entrer chez les Aurors, en septembre dernier.

« Année sabbatique », c'était un drôle de terme pour parler de la longue année de deuil que Harry avait traversée, à la fin de la Guerre. Alors que la plupart de ses camarades survivants étaient retournés à Poudlard pour une huitième année, proposée par McGonagall, lui ne s'était pas senti la force de remettre les pieds à l'école.

Il ne voulait vraiment pas penser à cette année 1998-1999, durant laquelle il avait quasiment disparu du monde sorcier.

A son retour, il avait annoncé vouloir intégrer une classe d'Auror. Il avait aussi demandé une faveur à Kingsley : suivre les cours sous une autre apparence.

Malheureusement, le Ministre le lui avait refusé.

« Ce n'est pas possible, Harry. Tu comprends bien que c'est une formation difficile et dangereuse. Si tu prenais du Polynectar, on le remarquerait aussitôt. De plus, aucun sortilège de dissimulation n'est autorisé. Ce ne serait pas fairplay. Il faut s'impliquer entièrement ou abandonner. Cependant, je t'assure que tu seras en sécurité. »

Mais Harry n'avait absolument pas peur d'être l'objet d'une attaque physique. Ce qu'il redoutait et, de fait, avait du endurer, c'était les questions, regards, remarques de ses nouveaux camarades. Et visiblement, ce n'est pas parce qu'ils étaient majeurs qu'ils étaient moins cons. S'il n'y avait pas eu Ron et son soutien indéfectible, Harry aurait abandonné le jour de la rentrée.

Malheureusement, Ron avait beau être un ami en or, il ne pourrait le convaincre de faire la deuxième année. De toute façon, les classes reprenaient dans quelques jours et la date limite d'inscription était passée depuis plusieurs semaines.

Mais ça, il n'avait aucune raison de le raconter à Malfoy.

- Deux, car, contrairement à toi, j'ai toujours été le comble de la courtoisie. Tiens, prends celle-ci. Attention, ça déborde... trop tard. Merci, monsieur, je vous dois combien ?

Après avoir payé les onze mornilles que coûtaient les deux chopes, Draco reprit :

- C'est vrai, il me semblait avoir lu ça, que tu étais réapparu d'on ne savait où.

Le silence s'installa, tandis que les deux hommes buvaient.

Autour d'eux, les autres consommateurs émettaient des bruits joyeux. Raclements de chaise, rires gutturaux, glouglou des boissons qui coulent dans le gosier... A côté, Harry et Draco se contentaient de boire leurs bières à petites gorgées.

xXx

Après tout, c'était simplement une coïncidence qui les avait réunis là. Si Harry n'avait pas été un maniaque des petites annonces, si Draco n'avait pas été à la recherche désespérée d'une Muse, ils ne seraient sûrement jamais revus. Leur âge d'or, où ils étaient dominant et dominé, leurs jeux impudiques et étranges, tout ça, ça appartenait à un passé si lointain qu'ils avaient comme l'impression de ne jamais l'avoir vécu.

- Tu sais... Aquila est vraiment magnifique. Mais je croyais que tu ne l'utilisais que rarement ?

Harry se rappelait combien son copain adorait son hibou. Il ne l'envoyait qu'au Manoir. S'il devait écrire à quelqu'un, il utilisait un oiseau de l'école. Le Gryffondor s'était foutu un nombre incalculable de fois de sa gueule. Mais aujourd'hui, alors que Hedwige était morte, Aquila, lui, était encore en vie.

Draco toussa. Il ne pouvait tout de même pas lui avouer qu'il avait été trop pressé de répondre à son mystérieux interlocuteur pour utiliser un autre hibou !

- La Poste de mon village était fermée, inventa-t-il.

Ce n'était pas vraiment un mensonge. Après tout, il ne savait pas si elle était ouverte ou non pendant le mois d'août.

Après trois nouvelles minutes de silence pesant, Harry n'y tint plus.

- Tu as trouvé une Muse, alors ? Quand j'y repense, venant de toi, une telle annonce ne m'étonne même pas. Une Muse !

Il crut qu'un haussement de sourcil sceptique serait sa seule réponse, mais Draco marmonna finalement :

- Oui et non. Je ne suis pas encore certain.

Leurs chopes étaient presque vides.

- Mais tu arrêtes de publier cette annonce ridicule ?

- L'abonnement n'était que d'un mois. Sois heureux, tu vas pouvoir retrouver la routine qui te manquait tant. D'ailleurs, depuis quand te définis-tu, je cite, comme un « lecteur assidu des petites annonces » ? C'est quoi cette lubie ?

Un sourire éclaira le visage du brun. Il vida sa chope.

- C'est génial alors ! Je n'aurai plus à lire cette annonce pourrie tous les matins. Je t'assure qu'elle me rendait dingue. Et ne te fous pas de ma gueule, Merlin sait que tu es tout aussi maniaque et bizarre que moi. Et toi, tu as plus ou moins trouvé une Muse. On est pas bien, là ?

Ça lui avait échappé. Ils étaient loin d'être bien : tendus, aux aguets, à entretenir une discussion qui ne menait à rien. Mais le blond comprenait.

- Ouais, ça fait du bien.

Comme si, le temps de trois bièraubeurres, ils avaient de nouveau seize ans.

xXx

Ils quittèrent le Chaudron Baveur une heure après. Aquila les attendait devant. Draco ne manifesta aucune surprise à sa vue, mais Harry ne put retenir son étonnement. Mais il est vrai que c'était aussi dans les habitudes de Hedwige, de surgir soudain de nulle part.

L'oiseau se posa avec élégance sur l'épaule de son maître, avant de lancer un hululement d'au revoir à Harry. Puis, le blond tourna sur lui-même et disparut.

Harry rentra à son appartement à pied. Il s'en voulait, et sa manière de se punir était de parcourir quatre kilomètres en tanguant.

Le choc de revoir Draco, peut-être, lui avait fait dire quelque chose qu'il regrettait. Il savait que ça n'était pas possible et que c'était loin d'être intelligent. Que c'était très stupide et même dangereux pour sa santé mentale. D'ailleurs, le blond n'avait même pas pris la peine de répondre à la question, désespérée, posée par son premier amour, au moment tant redouté des au revoir.

« Dis-moi, Draco, du coup, tu crois que je pourrai quand même le passer, ton entretien d'embauche ? »


(1) A propos du nom que j'ai donné au hibou de Draco, Aquila : A l'instar des prénoms de la lignée Malfoy, Aquila est le nom latin d'une constellation (celle de l'aigle). Et surtout, le hibou grand-duc s'appelle Eagle owl en anglais (littéralement : hibou-aigle). Je me suis dit que c'était sympa.

Voilà c'est tout pour ce chapitre ! J'espère qu'il vous a plu :D

On se retrouve dans une semaine et quelques pour la suite... L'entretien d'embauche de Harry, qui promet d'être... assez drôle.

Ah et oui : si tu pouvais me laisser un petit mot pour me dire comment tu as apprécié ce chapitre, je t'en serais terriblement reconnaissante. Love sur toute la planète.