Publié le vendredi 5 septembre 2014

Bonsoir bonsoir ! Tout d'abord, je remercie K.S (Merci merci, j'espère que l'entretien te plaira !) pour sa review.

A propos du rythme de parution : pour l'instant, tous les 10 jours. C'est beaucoup plus confortable pour écrire et me relire.

Ah, ce chapitre est majoritairement un POV Harry.


Une partie de ce chapitre est le simple développement de la chronologie ci-dessous, que je vous donne, pour un max de clarté :

- 1996-1997, sixième année, HP6, Les Enchaînés : de septembre à janvier, Harry et Draco font des séances d'érotisme ensemble. De janvier à juin, ils "sortent ensemble". Fin juin, ils sont séparés tacitement par le meurtre de Dumbledore, Draco transplanant avec Rogue.

- 1997-1998, "septième année", HP7 : Harry recherche les Horcruxes ; Draco est coincé au Manoir avec Voldemort. Ils se croisent 2 fois brièvement (au manoir/pendant la bataille finale). Ils n'ont plus de contact après.

- 1998-1999 : Harry, paumé, disparaît en septembre pour un an ; Lucius et Narcissa font un passage en prison ; Draco est enfermé un temps au Manoir puis... mystère.

-1999-2000 : Harry réapparait et fait sa première année de formation Auror ; Draco... mystère. Juillet-Août : début de Cherche Muse. Publication de l'annonce, retrouvailles au Chaudron Baveur.


Résumé, si si : Quelqu'un répond à l'annonce de Draco alors qu'elle n'est plus publiée - échange de lettres - RDV au Chaudron Baveur - Houlala, Harry, toi, ici !? Discussion bancale mais apaisante - Harry, désespéré, demande s'il peut candidater au poste de Muse.

Bon, je vous laisse... on se retrouve en bas !


CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses

Chapitre 3 : Harry - Par conséquent, mangez avant


Harry referma la Gazette avec insatisfaction. Il la balança mollement en direction de la poubelle, sans réussir son coup. Résultat : le journal magique avait rejoint son camarade d'infortune Metro, qui avait pris les devants et traînait déjà sur le sol carrelé. Le sol carrelé du studio de Harry Potter, c'était définitivement the place to be.

Les deux tabloïds échoués, ça faisait un barbouillis de nuances de gris tellement moche que c'était même pas digne du premier peintre miteux venu.

Ils étaient le 3 septembre. Cela faisait donc quatre jours que l'annonce « JH cherche Muse » n'était plus publiée dans les journaux.

Quand Harry, le 31 août, ne l'avait lue ni dans Metro, ni dans la Gazette, il en avait été ravi. Sa journée s'annonçait merveilleuse. Il se sentait comme Crokdur quand Hagrid lui laissait bouffer des steaks de dragon ou comme un palefrenier qui découvre une couronne en or massif dans une diarrhée chevaline.

Enfin, il pourrait retrouver son petit-déjeuner tranquille, avec ses annonces toutes aussi inintéressantes les unes que les autres !

Il en avait été si heureux qu'il avait eu la bêtise d'envoyer un message à l'auteur de l'annonce qui l'avait dérangé durant un mois entier.

« Cher JH, je vous préviens, je ne suis en aucun cas intéressé par votre offre. Cependant, lecteur assidu des petites annonces au petit-déjeuner, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer sa disparition dans l'édition d'aujourd'hui. Je suis heureux que vous ayez enfin trouvé une Muse, ce qui me permettra de reprendre mes repères. Vous perturbiez grandement ma routine. Cette annonce qui paraissait tous les jours gâchait mes journées. En espérant que vous ne teniez pas rigueur de ce message et que vous vous amusiez tout ce qu'il faut avec Madame votre Muse,

un JH qui cherche la tranquillité »

Ce message n'aurait du avoir aucune conséquence, et quand il y repensait, n'appelait pas nécessairement de réponse. Il tenait tout simplement à marquer le coup de sa renaissance. Enfin, il pourrait lire les petites annonces de la Gazette sans craindre que le mot « Muse » ne lui saute à la gueule !

xXx

Deux jours après son anniversaire et la première publication de l'annonce, le 2 août, il s'était rendu au bureau de tabac, pour vérifier si l'inconnu publiait dans d'autres journaux moldus. Effectivement, l'annonce était aussi présente dans le Daily Telegraph, le Daily Mirror et le Times. Rebelote au tabac sorcier : il l'avait trouvée dans le Mage Express et même dans le Chicaneur !

Ce jour-là, Harry avait eu l'oppressante impression que sa routine, piètre mais confortable, était soudain menacée par ces quelques phrases qui, dès qu'il avait le malheur de les lire, se répétaient alors en boucle dans sa tête. Cette annonce était un élément perturbant effroyablement sa vie. Cette annonce allait l'enfoncer peu à peu dans une sombre et noire et obscure et ténébreuse folie.

Il n'était plus que question de temps.

Et cette crainte paranoïaque s'avéra malheureusement justifiée : tout ce putain de mois d'août, il l'avait passé dans un état d'énervement constant. Tous les matins, l'annonce « JH cherche Muse » l'attendait patiemment, fraîchement imprimée. Il avait sérieusement envisagé de devenir fou, pour que ça s'arrête.

Et si le JH ne trouvait pas de Muse jusqu'à la fin de ses jours ? Harry n'aurait plus qu'à se mettre à jouer aux mots croisés (et en mode « expert », je vous prie).

Ce qu'il avait espéré avec le plus d'impatience, durant ce mois d'août infernal, c'était donc que le JH trouve enfin une Muse et qu'il le laisse vivre de nouveau, bordel. La situation était particulièrement éprouvante parce qu'il ne savait pas où toute cette histoire allait le mener. Il se sentait comme une carotte en standby dans l'assiette d'un végétarien. Est-ce qu'il devait fuir au loin, rester sur place sans bouger, se faire oublier ou bien carrément changer d'apparence pour devenir une courgette ?

xXx

L'accumulation de stress, de peur, de crises de nerf l'avaient littéralement poussé à envoyer cette lettre narquoise, quand l'annonce avait miraculeusement disparu. D'une certaine façon, c'était prendre une revanche sur le JH à la Muse ou, du moins, lui signaler son existence et sa souffrance.

Tu m'as pourri un mois entier de ma vie, je t'embrasse, connard.

Comme une carotte dans l'assiette d'un végétarien qui ferait un dernier geste obscène avant de se carapater sur ses petites pattes.

Bon, il n'aurait peut-être pas du l'envoyer, cette fichue réponse. C'était pas malin-malin. Mais il voulait vraiment fêter ça. De nouveau, il pourrait inhaler jusqu'à l'asphyxie l'odeur écœurante du papier journal recyclé et de son encre noire à trois noises la cartouche.

Merci Jeune Homme, mais la prochaine fois, cherche ta Muse dans une maison close, et fous-moi la paix, putain.

Harry, après avoir envoyé cette lettre par Hibou Postal, avait savouré le goût de la liberté. Pour la première fois depuis un mois, sa matinée ne comportait aucun point négatif. Les bras croisés derrière la tête, un sourire épanoui sur le visage, il songea même à sortir ce soir-là. A bien y réfléchir, il n'avait pas vu ses amis depuis plus de deux semaines. Deux semaines qu'il avait passées cloîtré chez lui, à ruminer de sinistres idées.

Oui, il allait envoyer un patronus à Ron – il était de si joyeuse humeur que son patronus galoperait sûrement deux fois plus vite que d'ordinaire – quand un hibou atterrit lourdement sur le rebord de sa fenêtre.

Ce hibou n'appartenait ni à la Poste, ni à la Gazette. Harry l'avait reconnu de suite : ces couleurs, ces longues aigrettes, ces deux ailes imposantes... C'était bien Aquila, le superbe hibou grand-duc de Draco Malfoy, qui s'était présenté chez lui le 31 août à 16H.

Aquila était un hibou particulièrement intelligent. Tout comme son maître, il n'oubliait jamais le visage d'une personne qu'il avait rencontrée. Aussi, pour transmettre la réponse au JH qui cherchait la tranquillité, plutôt que de passer par les bureaux de la Gazette où Draco l'avait envoyé, se rendit-il directement chez Harry.

xXx

Le brun, après avoir laissé entrer le hibou, n'avait tout d'abord pas eu le courage d'ouvrir la lettre qu'il lui apportait.

Que lui voulait Draco, son amour de lycée, celui avec qui il avait fait tout de folies, après tout ce temps ?

Il n'avait pas eu de contact avec lui depuis la bataille finale, deux ans plus tôt. Et encore, ça avait été si bref...

Puis, – il n'avait pas été à Gryffondor pour rien, palsambleu – il avait fini par décrocher le mot. Cette décision avait peut-être été légèrement influencée par les violents coups de becs impatients d'Aquila. Le hibou aurait pu, sans sourciller, lui ouvrir le crâne et répandre sa matière grise sur le carrelage, s'il avait traînait une minute de plus.

Le brun reconnut sans mal l'écriture minutieuse de Draco. Mais il lui fallut trente secondes pour comprendre de quoi le blond lui causait. A première vue, ça n'avait pas de sens, si ça venait de Draco. Il n'y avait aucune raison qu'il lui parle sur ce ton et qu'il le vouvoie.

Mais c'était tout-à-fait cohérent, si c'était la réponse de l'auteur de l'annonce. Oui, ce message répondait parfaitement à la lettre qu'il avait envoyée ce matin même.

Harry et son cerveau flamboyant formulèrent donc une hypothèse risquée... incertaine, mais qui était un réel retournement de situation :

Draco était le Jeune Homme à la Muse !

La coïncidence était énorme.

Et trop troublante pour que Harry l'ignore et la laisse passer.

Plus qu'une coïncidence, cet événement était une occasion à saisir.

Après avoir passé cinq minutes à chercher un bout de parchemin vierge, il constata que le hibou de son ex s'était déjà envolé. Il était aussi déçu que soulagé. Dommage, dans l'euphorie de la découverte, il aurait été prêt à répondre. Il ne savait pas quoi, mais il en avait eu envie.

xXx

Harry n'avait pas de hibou. Il n'aurait su l'expliquer, mais prendre un nouvel oiseau n'aurait pas seulement été trahir Hedwige mais aussi tous les autres morts que la guerre avait faits. C'aurait été comme oublier, et il ne voulait pas oublier.

Quand il avait quelque à communiquer, il se rendait à la Poste ou, dans la mesure du possible, passait un simple coup de Cheminette.

De ce fait, le départ d'Aquila n'était donc pas une fatalité. Le brun aurait pu emprunter un hibou postal. Cependant, après s'être rendu à la Poste ce matin, il avait renfilé son pyjama et n'avait pas prévu de remettre le pied dehors. L'idée de marcher dans la rue, même pour répondre à Draco, ne l'enchantait guère. Et puis, en plus de la flemme, le départ immédiat d'Aquila était comme un signal d'alarme.

D'ailleurs, fallait voir l'ambiance du message :

« Cher JH, je vous saurai gré (notez le futur et non pas le conditionnel) de ne pas répondre aux annonces d'honnêtes sorciers si c'est pour les ridiculiser. Il ne me paraissait pas nécessaire de gaspiller vingt-deux caractères pour écrire « Pas sérieux s'abstenir ». Je l'ai immédiatement regretté à la lecture de votre lettre.

N'ayez crainte, je ne vous importunerai plus avec mes annonces, à moins que vous ne m'y poussiez.

JH charismatique mais sans humour »

il n'y avait rien à répondre à ça ! Pourquoi aurait-il voulu répondre ?

Draco cherchait une Muse dans les journaux, si c'était pas pathétique ! Et en plus, il signait « JH charismatique », si c'est pas TERRIBLEMENT TRISTE, ça !

Résolu de ne pas retomber entre les serres redoutables de Draco Malfoy, le poing serré par la conviction, Harry s'endormit comme un baleineau repu. Il avait reçu un mot de la main de l'ancien Serpentard, très bien. C'était un accident sans importance. Il n'y avait pas de raison que son quotidien en soit plus troublé que ça.

xXx

Mais Aquila, cet imbécile, était revenu chez lui à l'aube. Il avait visiblement passé la nuit à voler dans Londres, jouant à la course avec des rats apeurés et faisant la cour à quelques pigeonnes de ville écervelées.

Alors, Harry, tout en se maudissant pour sa faiblesse, avait rédigé une réponse à la hâte, où il exprimait son désir de rencontrer le JH et même de candidater au poste de Muse. Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, ni pourquoi il ne révélait pas de suite son identité à Draco.

Bon, en fait si, il savait : Draco serait certainement très énervé.

Draco était toujours énervé quand quoi que ce soit d'inattendu arrivait – comme, par exemple, le fait que Harry Potter ait lu sa petite annonce et y ait répondue avec grossièreté.

En gros, Harry laissait les choses se faire, jusqu'à que ça lui retombe sur la gueule. Pour l'instant, tout allait bien, car cette histoire lui semblait encore délicieusement irréelle.

Et, avec une terrible mauvaise foi, il réussit à se convaincre qu'il ne lui adressait de réponse que parce qu'Il était impoli de laisser repartir le hibou la patte vide.

xXx

Aquila fut de retour chez Harry en début d'après-midi, apportant seulement quelques mots : « Ce soir, 22H, au Chaudron Baveur ».

Ce soir, Draco l'attendrait. Il n'irait pas, c'était décidé. Ce soir, revoir Draco, qu'il n'avait pas vu depuis la bataille finale, si on pouvait vraiment qualifier de « rencontre » l'épisode de la Salle sur demande ?

Harry n'avait aucun mal à se souvenir de la dernière image que Draco lui avait laissée de lui, et elle n'était vraiment pas flatteuse : celle d'un traître à genoux devant un de ses Mangemorts de camarades, suppliant pour sa vie. Ron et lui avaient du sauver sa peau une nouvelle fois.

Non, il n'irait pas. Il y a certaines choses qu'il voulait garder tout-à-fait enfouies au fond de lui, des choses auxquelles il ne voulait penser que dans les brumes du sommeil, quand les années qui passent n'ont plus d'importance. Dans ces rares moments, il laissait les souvenirs gambader dans sa tête, jusqu'à ce que ça devienne trop douloureux.

Ce soir, il se ferait des pâtes, et surtout, il resterait sagement chez lui, à trépigner, à regretter, à se demander si Draco était déçu qu'on lui ait posé un Crabe de Feu, à spéculer à coups de « et si... ».

xXx

A 22H10, il avait, bien évidemment, transplané devant le pub. Il avait passé les dix minutes suivantes à trottiner devant la porte, sans savoir que faire. Il était encore temps de repartir, de disparaître. Mais il voyait à son visage que Draco, accoudé au bar, était furieux. Harry ne voulait très certainement pas être responsable d'une telle déformation de son faciès. Un Draco Malfoy en pétard était une furie à côté de qui la malédiction des Atrides (1) avait l'air d'une aimable bagatelle.

Bref, il avait fini par entrer et s'était frayé, avec une aisance inhabituelle, un chemin vers l'ancien Serpentard.

Leur discussion avait été superficielle, sans beaucoup d'intérêt, décousue, entrecoupée de blancs. Typiquement le genre de conversation maladroite qu'on entretient, tant bien que mal, avec quelqu'un dont on a été très proche, mais qui, avec le temps, était devenu un étranger.

xXx

Si, parfois, dans des moments un peu fous, il s'était laissé aller à imaginer d'invraisemblables retrouvailles avec Draco... c'était dans un tout autre cadre. C'était beau, super niaiseux ou, au contraire, c'était saturé de tension sexuelle et malsaine, de fluides, de chairs qui claquent et d'ongles qui s'enfoncent dans la peau.

Oui, il ne fallait pas oublier qu'avant de... brièvement sortir ensemble – quelques mois, à peine – il y avait eu toutes ces... séances d'érotisme.

Alors, Draco était son dominant et il l'avait... éveillé à tant de...

Harry s'obligea à lire la liste complète des ingrédients entrant dans la composition de son pain de mie extra-moelleux industriel, 500 grammes, qui périmait le 16/09. Il ne s'imaginait vraiment pas qu'il n'y en avait autant. Mais peut-être que ce nombre expliquait justement la durée de conservation du bidule...

Après cet exercice fastidieux, les souvenirs étaient repartis se coucher.

Il devait tout de même s'avouer un truc. Même si ça l'énervait considérable, même si le semblant de rendez-vous au Chaudron Baveur n'avait ressemblé à rien, Il se raccrochait malgré lui à l'espoir d'obtenir le poste de Muse.

De toute façon, il était presque sûr que le blond n'avait trouvé personne.

Harry avait bien vu, dans le pub, les regards désapprobateurs qu'on lançait à Draco. On le reconnaissait sans mal : ses cheveux trop blonds, sa peau et ses yeux trop clairs... Harry, lui, avait pris soin de garder sa capuche, histoire de ne pas leur attirer d'ennuyeux admirateurs ou, un peu plus emmerdant que des fans qui mourraient pour toucher sa... cicatrice, de dangereux détracteurs.

Parmi toute la foule qui adulait le Survivant, « un modèle ! », « le futur ministre ! », il y avait quelques insatisfaits. Des jaloux, certes, mais aussi des gens qui l'accusaient d'être le responsable d'une guerre qui avait saccagé et pris des vies. Parfois, Harry surprenait un regard véritablement haineux, qui l'accusait d'être encore en vie, alors que nombreux étaient ceux qui ne l'étaient plus.

Mais ce n'était que de temps en temps. Et les regards durs étaient mêlés d'émotions plus complexes – de la peur, des regrets. de la tristesse, de la rancœur, enfin, tout un fracas de choses qui tord les entrailles et fait trembler les lèvres et le regard.

Ce n'était donc aucunement comparable à ce que Draco, lui, subissait. Personne ne voudrait, de son plein gré, approcher un membre d'une famille de Mangemorts notable.

xXx

Les Malfoy, après la mort de Voldemort, avaient perdu toute influence sociale.

Certes, ni Narcissa ni Lucius n'avaient visité Azkaban très longtemps, mais c'était seulement grâce à leur improbable fortune et à l'aide de quelques amis vénaux.

Bien plus humiliant peut-être que la prison, on avait bridé leurs baguettes, ce qui signifiait qu'ils ne pouvaient utiliser que des sortilèges élémentaires et surtout, inoffensifs.

Draco, lui, avait vécu quelques temps seul, au Manoir. Il était surveillé par un tuteur, de ceux qu'on envoie auprès des enfants perturbés et « au comportement difficile ». Le blond l'avait supporté une semaine, puis l'avait simplement envoyé se faire baiser par une plante carnivore, qu'on en parle plus.

Résultat, on lui avait collé au cul deux nouveaux tuteurs bodybuildés, qui ressemblaient plus à des gardes du corps qu'à de quelconques éducateurs. Ce qu'il s'était passé ensuite, Harry n'en savait rien.

xXx

Il était au courant du début de l'histoire car il n'avait quitté le monde sorcier qu'à la rentrée 1998. Tout l'été qui avait suivi la bataille finale, il l'avait passé au Terrier. A ce moment-là, il était trop perdu pour projeter de partir où que ce soit. Tous les jours, il suivait au travers des journaux, avec lassitude, l'avancée des Procès, les changements qui s'opéraient au Ministère, le programme de reconstruction qu'on voulait mettre en place dès septembre.

Cet été-là avait été suffocant. Dès que Harry croisait George – dans la salle de bain, dans l'escalier, à table –, il pouvait sentir (c'était palpable) le vide où Fred aurait du se tenir. Comme si, à force d'être inséparable de son frère, George se quichait inconsciemment sur la droite.

Tout cet été, le brun avait seulement eu peur d'une chose, tout en sachant que c'aurait été justifié : que George lui reproche la mort de son frère. Mais le jumeau esseulé ne lui avait jamais rien dit de désobligeant. Ce n'était pas difficile : il ne parlait plus beaucoup.

La seule fois où il s'était emporté, c'est quand il était tombé sur un magasine de Molly « Magic Psychology Mag : Le deuil, perdre un membre de sa famille et comment surmonter cette épreuve ».

Ce genre de publications pullulait, en cette période d'après-guerre.

George avait gueulé que c'était trop tôt pour ça, que Fred était encore là, quelque part, qu'il flottait à sa gauche. Et que, bordel, comment est-ce que ce putain de magazine à la con pourrait nous aider, hein ? Et puis, ce torchon se fait des thunes sur les morts et le chagrin, et toi, tu nourris cette ordure ?

Harry sentait qu'il allait finir par étouffer, englué dans cette ambiance si pesante qu'on aurait pu la bouffer à la petite cuillère. Il aurait même pu la croquer telle qu'elle, rien qu'en claquant des mâchoires dans le vide.

Une fois, Ginny lui avait même proposé de coucher avec lui, comme pour le soutenir, le faire reprendre pied avec la réalité, ou, au contraire, lui faire perdre la tête l'espace d'une heure. Et lui rappeler que tout le monde n'était pas mort.

Il avait presque accepté : toucher un corps chaud, doux, vibrant ; émettre des sons sans penser à rien, sans parler ; bouger et baver et mordre et déchiqueter... il avait eu terriblement envie de cette violence sexuelle, et en même temps, il trouvait ça soudain avilissant et irrespectueux.

Pouvait-il vraiment avoir un orgasme avec Ginny, pendant que Molly en dessous pleurait pour un de ses fils ?

A la rentrée 1998, Harry avait annoncé qu'il ne retournerait pas à Poudlard. Le pire dans tout ça, c'est que Molly, qui l'avait harcelé, un an auparavant, pour qu'il ne parte pas à la chasse aux Horcruxes, lui avait dit qu'elle comprenait qu'il s'en aille.

Le premier septembre, il n'avait pas accompagné Ginny et Ron à la gare. Il n'avait pas non plus revu Hermione, qui avait passé l'été avec ses parents. Il était parti dans la nuit, sachant que, s'il avait du leur dire au revoir, sa volonté aurait vacillé.

Il était parti en espérant se retrouver, mais il ne savait où, ni comment. Il savait juste qu'il devait s'éloigner. Fuir un monde dont il avait successivement causé la ruine et la libération. Disparaître le temps que ça se calme, que tout reprenne son cours, comme pour reprendre son souffle, avant que de tout redémarrer doucement.

xXx

Quand il était revenu, en août 1999, il s'était inscrit chez les Aurors.

La formation n'était pas ce à quoi il s'attendait, mais elle avait eu le mérite de l'occuper la majorité du temps. Un jour où il n'était pas en train d'apprendre des lois et des règlements stupides et inapplicables, il avait trouvé un appartement qu'il pourrait appeler « mon chez-moi » – habiter au 12 Square Grimmaurd n'était pas viable.

La maison de Sirius était toujours entretenue par Kreattur, et Harry voulait vraiment y faire quelque chose de spécial. Il ne savait juste pas quoi. Et il n'y pensait que rarement, porté par les événements. Parfois, le projet inabouti se rappelait désagréablement à lui, comme pour le culpabiliser.

Chez lui, c'était petit, assez vieillot, très simple, un peu sombre, mais c'était meublé et pas trop cher. Les murs étaient fins et il entendait son voisin couler un marbre tous les matins à 6H, mais géographiquement, c'était pas mal.

Au moins, c'était chez lui, jusqu'à ce que la propriétaire le renvoie, excédée par les remarques que lui faisaient souvent les voisins, à propos de son « jeune locataire bizarre, avec ses cheveux en pagaille, qui descendait tous les matins torse poil prendre un exemplaire de Metro et qui recevait occasionnellement la visite de rapaces nocturnes ».

De toute façon, Harry avait consciemment choisi un studio moyen à tendance flop.

L'argent qu'il possédait était une des rares choses qu'il lui restait de ses parents. Et il avait vécu sept ans en le dépensant sans vraiment compter.

Avoir un logement luxueux – cad possédant plus d'une fenêtre – à même pas vingt ans lui semblait démesuré, voire illégitime. De plus, la petitesse de son studio lui convenait parfaitement. Il ne possédait pas grand chose, donc tout y rentrait. Et surtout, le peu de temps qu'il avait vécu au 12 Square Grimmaurd, il s'était senti incroyablement seul, paumé dans une si grande baraque.

Il y faisait, quand il y pensait, un saut pour voir si Kreattur ne mourait pas de solitude.

Il l'avait invité à vivre avec lui dans son studio, mais l'elfe de maison avait farouchement refusé. Il préférait entretenir la maison où il avait toujours vécu. Et puis, « le maître a promis à Kreattur de sublimer la maison de la famille Black, le maître peut bien laisser Kreattur faire le ménage en attendant ».

Bref, la vie d'étudiant un peu miteuse mais passable que Harry avait empruntée cette année avait été très pratique et plutôt agréable. Mais en cette rentrée 2000, il avait envie d'autre chose. Pour la première fois depuis deux ans, il souhaitait que les choses bougent.

xXx

Deux ans étaient passés depuis la Guerre : Harry avait grandi, pris de la distance et s'était posé. Lentement, par à-coups, il avait établi autour de lui quelques repères qui stabilisaient son quotidien. Après tout le tumulte qui avait agité sa vie, il en avait eu besoin.

Il y avait les petites annonces à lire au petit-déj, les courses, la lessive et la vaisselle, le ménage le dimanche après-midi. Il y avait le loyer à payer, l'électricité et l'eau.

Une fois par mois, il allait faire un tour de boutiques et s'achetait deux ou trois trucs pour se faire plaisir. Des fois, c'était moldu, des fois, c'était sorcier. Trois soirs par semaine, il se motivait pour cuisiner quelque chose qui ne soit pas à base de coquillettes.

Toutes les deux semaines, il devait rendre ses livres à la bibliothèque des Aurors. Tous les vendredis soirs, il révisait pour l'examen du lendemain. Tous les dimanches, il s'entraînait pour son oral du lundi matin.

Mais, bien qu'il ait vécu une foultitude de choses durant ces deux années de majorité, c'était la première fois qu'il ressentait ce qu'il ressentait actuellement. Il avait oublié combien c'était bon, et pourtant, durant sa scolarité, il avait côtoyé ce sentiment presque à chaque instant.

xXx

Dès que quelque chose d'anormal – anormal même pour un sorcier, c'était pas peu dire – se passait, ce sentiment venait lui tordre l'estomac, lui démangeait le bout des doigts, faisait briller ses yeux derrière leurs deux hublots.

C'était quelque chose de très proche de la curiosité. C'était l'excitation.

Il fallait qu'il y ait, à Poudlard, un mystère à élucider, un personnage à suspecter, un événement à expliquer. Combien de fois Harry s'était-il retrouvé à arpenter les couloirs du château la nuit, alors que tous les autres dormaient, sauf ceux qui, comme lui, complotaient quelque chose de louche ?

C'était l'excitation qui l'avait poussé à rejoindre Draco au Chaudron Baveur. C'était la curiosité, et un peu de désespoir au goût de bièraubeurre, qui lui avait fait poser la question suivante : « Dis-moi, Draco, du coup, tu crois que je pourrai le passer quand même, ton entretien d'embauche ? »

Une excitation positive qu'il n'avait pas ressentie depuis trois ou quatre ans, depuis les séances d'érotisme. Ce sentiment d'être vivant.

xXx

Harry soupira, but une gorgée de thé tiède et soupira de nouveau, non sans avoir jeté un regard noir aux deux journaux échoués par terre.

Quatre jours que l'annonce n'était plus publiée, quatre jours depuis le rendez-vous avec Draco au Chaudron Baveur.

Trois jours que Harry lisait les petites annonces... à la recherche de celle du Jeune Homme à la Muse. Mais Draco le lui avait dit, qu'il avait trouvé quelqu'un pour le poste. Draco le lui avait dit, qu'il ne publierait plus l'annonce et Harry en avait été heureux. Plus d'annonce « JH cherche Muse », n'était-ce pas son souhait le plus cher, durant un mois entier ?

Alors pourquoi, après avoir prié pour la destruction et la mort et le décès de cette annonce dans les délais les plus brefs, en était-il arrivé à la regretter, maintenant qu'elle était bel et bien portée disparue ?

Non, il n'était pas fou. Mais parfois, il se posait sérieusement des questions.

xXx

Le jour où Harry faillit s'étouffer avec une tranche infecte de son pain de mie – et pour cause, il était périmé depuis plus d'une semaine –, Aquila lui apporta une lettre.

Oh, douce lettre ! Le brun, qui l'avait attendue trois longues semaines, se jeta sur elle. Et miracle ! Elle contenait bien ce qu'il avait rêvé qu'elle contienne. Et en plus, il avait droit, c'était gratos, au style délicieusement pompeux qui était toujours de circonstance, en tout cas, selon l'expéditeur.

« Très cher monsieur,

votre candidature a retenu notre attention. Nous vous prions de bien vouloir vous rendre par Cheminette ce soir à 20H à la Maison de Verre, Egerton, Kent pour un entretien.

Veillez noter que ceci n'est en aucun cas une invitation à dîner. Par conséquent, mangez avant.

Amicalement,

D.M »

xXx

- Je vous prie de ne pas vous essuyer les pieds sur ma moquette. De toute façon, il n'y a pas lieu de s'essuyer les pieds, ma cheminée est tout ce qu'il y a de plus propre.

- Bonsoir aussi, Draco, grimaça Harry, en s'extirpant difficilement d'un âtre purement décoratif – et il ne savait pour quelle raison, construit en verre.

Normal qu'elle soit propre, sa cheminée. Elle avait sûrement jamais connu la moindre braise.

Draco grimaça quand il aperçut les empreintes de doigts que son invité avait laissées sur la paroi transparente. Il allait encore devoir tout astiquer ce soir.

Une maison en grande partie vitrée, c'est beau, c'est lumineux, ça permet de voir le magnifique paysage que lui offrait Kent, mais c'était aussi la promesse d'un nombre faramineux d'heures consacrées au récurage.

Le pire, c'était très certainement quand il recevait quelqu'un. Harry, par exemple, n'en avait rien à battre de déposer par-ci par-là des petits bouts de son ADN. Il ne se rendait même pas compte que c'était un manquement total aux règles de bienséance les plus élémentaires. C'était pour cette raison que Draco n'invitait jamais personne chez lui, en temps normal. Les invités, c'est bien connu, n'ont strictement aucun respect.

Mais pour les entretiens d'embauche, il avait fait une exception. Il souhaitait observer le comportement de sa future Muse en terrain inconnu. Quelle serait sa réaction face à son logement, qui, par bien des aspects, faisait écho avec sa personnalité ?

Harry atterrit sur une épaisse moquette bleu nuit, tellement confortable qu'il aurait pu s'y endormir, si un blondinet sceptique n'était pas en train de lui jeter des regards impatients.

Mais qu'il se relève, cet abruti sème des cheveux de partout.

Le brun résista à l'envie de prendre le chou à son hôte – c'était très tentant et surtout, sacrément facile. Il lui aurait suffit de se rouler, s'étendre, se prélasser, jouer dans la moquette hors de prix et Draco se serait mis à hyper ventiler sévère.

xXx

- Bien, prenez-place, je vous en prie, ordonna ce dernier, exaspéré par son ex-ennemi, ex-soumis et ex tout court.

Harry, après s'être relevé, regarda autour de lui. Il fut soudain terriblement soulagé que l'entretien ne se déroule pas dans son studio pourri, où le robinet de la cuisine fuyait et la fenêtre avait du mal à fermer.

La maison de Draco était simple – mais pas simple comme « commune », plutôt simple comme « j'ai choisi avec soin tout ce qui était nécessaire, le superflu n'a rien à faire chez moi. J'ai fait preuve de bon goût et d'exigence, je suis allé chercher les plus beaux matériaux. J'ai réfléchi longtemps à comment les agencer pour en faire un ensemble cohérent, organisé et équilibré ».

- Wouah, c'est... très beau, ici, souffla Harry, en contemplant, à travers l'immense baie vitrée, les étendues vertes et jaunes du Kent sous le soleil couchant.

Il s'assit dans un fauteuil en cuir gris. Draco s'était posé dans le canapé. Sur la table basse en verre, il y avait un calepin et une plume de paon.

- Voulez-vous boire quelque chose ?

Une carafe d'eau et deux verres étaient apparus sur la table. Draco sourcilla et un plateau se glissa sous les verres et la carafe.

- Non, non merci.

Draco croisa les jambes, dans une tentative gauche pour paraître à l'aise. Il ne savait pas qui il trompait.

Lui aussi finit par jeter un coup d'œil à son salon.

C'était de loin la plus grande pièce de sa maison. Elle était aménagée en plusieurs coins – un coin détente, un coin bibliothèque, un coin salle à manger – , mais aucune paroi ne découpait l'espace. Les couleurs dominantes étaient le blanc cassé, le gris et le bleu.

Ça aurait pu être très froid, mais on sentait que, malgré sa maniaquerie, Draco avait laissé s'échapper quelques signes de vie, çà et là : les livres étaient rangés par ordre de lecture, et non pas par ordre alphabétique. Sur une petite commode en bois, étaient alignés de nombreux petits objets sans valeur, de ceux qu'on trouve dans les pétards surprise. Et il y avait un énorme bouquet de fleurs, sur la table à manger.

xXx

- Bien, nous allons... commencer.

Draco se récita mentalement les différents points qu'il voulait aborder. Il se demandait pourquoi il n'avait eu aucun mal à faire passer leurs entretiens aux autres candidats, alors que... celui-ci – qu'il prenait soin de ne pas regarder dans les yeux – l'intimidait presque.

C'était peut-être parce que la situation actuelle lui rappelait leur séance d'essai d'érotisme, en octobre 1996, quatre ans auparavant.

Comme il était stressé, à l'époque ! Est-ce que Potter, le saint Potter, se prêterait-il au jeu ?

Serait-il assez fou pour oser se masturber devant son propre reflet, en présence de son ennemi d'école ?

- D'abord, veillez décliner votre identité, s'il-vous-plaît. Enfin, présentez-vous.

xXx

Harry eut un rire silencieux. Même après tout ce temps, Draco était exactement comme dans son souvenir. Physiquement, il avait un peu changé, bien sûr. Mais dans ses manières...

Il tapotait nerveusement le bout de sa plume sur son carnet. Ses sourcils se fronçaient exagérément, et ses yeux clignaient un peu trop vite. Et surtout, il ne le regardait pas dans les yeux. Il avait peur de perdre le contrôle, que l'entretien lui échappe.

S'il avait pu se lever, nulle doute qu'il aurait fait les cent pas, pour se donner une certaine contenance. C'est ce qu'il faisait tout le temps, avant les séances d'érotisme.

Malgré lui, Harry ne put s'empêcher de penser à leur toute première séance. C'était il y a presque quatre ans.

Comme il était stressé, à ce moment-là !

Il ne comprenait pas ce que Malfoy lui voulait. Même aujourd'hui, il n'était pas certain. Pourquoi lui avait-il demandé d'être son soumis ? Et pourquoi Harry avait-il accepté, s'étonnant lui-même ?

xXx

- Je m'appelle Harry Potter. Je suis né le 31 juillet 1980, j'ai eu 20 ans il y a un mois et quelques jours, je suis brun, j'ai les yeux verts, je mesure 1 mètre 76. Actuellement, je suis en vacances, j'ai fini ma première année de formation Auror...

- Ça suffit. Quelles sont vos motivations ? Et vos qualifications ? demanda Draco, le nez rivé sur son calepin.

Harry sourit.

- Et bien, on va dire que je ne sais pas trop quoi faire à la rentrée...

Draco releva la tête, un sourire aux lèvres.

- Et tu crois vraiment que je vais prendre pour Muse quelqu'un qui est juste... désœuvré ?

Harry ne releva pas le fait qu'on avait abandonné le vouvoiement artificiel, vaine tentative pour maintenir une certaine distance entre eux.

- Absolument ! Dis-toi que, comme je ne sais pas quoi faire, je suis beaucoup plus disposé à faire n'importe quoi. Quand on s'ennuie, un rien devient distrayant, non ?

- Hum, fit simplement le blond, sceptique. Et sinon, question qualifications, qu'est-ce que tu sais faire ?

Harry réfléchit.

- J'ai pas très bien compris la question... Je sais faire plein de trucs, par exemple, attraper un vif d'or plus vite qu'un certain Draco Malfoy...

L'intéressé n'eut pas la bêtise de répondre à cette impertinence déplacée. Leur rivalité au Quidditch appartenait définitivement au passé.

xXx

- Sais-tu chanter, danser, poser ?

- Le plus simple serait de te montrer, tu jugeras de toi-même.

Les yeux bleus délavés s'ouvrirent grand. Son cou eut un mouvement brusque, comme s'il voulait vérifier autour de lui s'il n'y avait rien de fragile, que les décibels ou les gestes maladroits du candidat pourraient briser.

Harry se leva avec assurance, puis il se mit à danser.

Enfin, danser, c'est un bien grand mot. Disons qu'il basculait son poids d'une jambe à l'autre, qu'il remuait le cul à s'en craquer le bassin et que ses doigts se tordaient dans les airs, comme s'il venait de se cogner un orteil et que ça pétait les couilles de douleur, putain. Sa bouche s'ouvrit, laissant sa langue gluante onduler, tandis qu'il faisait vibrer ses cordes vocales avec force.

Il se mit soudain, sans que le blond effaré ne détermine pourquoi, à agiter sa tignasse dans tous les sens, éparpillant, c'était inéluctable, des pellicules aux quatre coins du salon.

- Assez ! hurla Draco, sans le vouloir. J'en ai vu assez. Rassied-toi, et... heu... récite-moi un poème.

xXx

Un poème ? A Poudlard, on était bien trop occupé à transformer des vessies en théière pour apprendre des poèmes. Et jamais Harry n'aurait lu de poème de lui-même. Il laissait cette activité à Draco Malfoy, le poète maudit, appuyé contre le tronc d'un arbre dont il était le seul étudiant au château à pouvoir en nommer l'essence.

- Heu... Une souris verte, tu connais ? Une souris verte, qui courait l'herbe, je l'attrape par la queue, je la montre à ces messieurs, ces messieurs me disent « trempez-la dans l'huile, trempez-la dans l'eau, ça fera un escargot tout chaud ! » Je crois que la suite c'est : je la mets dans mon chapeau, elle me dit qu'il fait trop chaud, je la mets dans un tiroir, elle me dit qu'il fait trop noir, je la mets dans ma culotte...

- S'il-te-plaît, tais-toi. Merci, soupira le blond.

xXx

Il écrivit quelque chose sur son carnet, avant de reprendre :

- Bon, on va faire un jeu. Enfin, on va tester ta capacité lyrique. Si je te dis... voyons...

Il feuilleta son calepin, à la recherche de sa liste de mots.

- Si je te dis « colère », à quoi penses-tu ?

- Rouge !

- Pitoyable... marmonna le blond.

- Toi ! répondit Harry, avec un air innocent.

- Ça ne comptait pas, tss. Cucurbitacée ?

- Qulbutoké ? sourit Harry.

Cucurbitacée, ce mot ne voulait rien dire pour lui. Par contre, à chaque fois qu'il l'entendait - peu souvent, à vrai dire - lui venait en mémoire l'image d'un Pokemon bleu et profondément stupide, appartenant à la deuxième génération.

- Rien que ça, marmonna Draco, avec un sourire.

Harry fronça des sourcils. Le blond n'avait pas l'air étonné d'entendre ce mot étrange...

- Hum... Marteau ?

- Piqueur.

- … Innocence ?

- Enfance.

- Miracle ?

- Résurrection.

- Hum. Chocolat ?

- Détraqueurs, grimaça le brun.

- Sommeil ?

- … rêve ? Roh, fais pas cette tête, bien sûr que j'ai une très grande capacité lyrique !

- Un dernier, allez... têtard ?

« Et ne me réponds pas « grenouille », sinon je te trucide. » pensa le blond.

- Toto.

- Quoi, « toto » ?

Harry eut un rire étrange, comme gêné.

- Ha c'est... c'est bête. Tu sais, non heu, tu sais pas... Heu... C'est l'histoire de toto le têtard...

- Et... ? intervint Draco, alors qu'il ne voulait sincèrement pas entendre la suite.

- Il croyait qu'il était tôt, mais en fait il était tard... Têtard, t'as compris ?

- Harry Potter, en fait, non, ce foutu entretien est terminé, j'en peux plus. Tu vas sortir de ma maison, et tout de suite !

xXx

Le brun se figea. Il était en train de tout faire capoter, avec ses conneries. Chacun son pilote automatique : Harry, quand il ne réfléchissait pas, faisait le con. Enfin, pour être pointilleux, c'était une habitude qu'il avait contractée auprès de Ron.

Draco, lui, était venimeux. Il débitait des méchancetés à une vitesse inhumaine. Comme là, tout de suite.

- Tu as l'imagination d'un veracrasse et l'humour aussi fin de le chibre d'un Troll mâle obèse. Ton manque de raffinerie ne rivalise que difficilement avec ton mauvais goût manifeste, cracha le blond, le regard rivé sur les fringues de l'autre. Tu n'as rien d'une Muse !

- Quoi, qu'est-ce qu'il a mon tee-shirt ?

- Il a que c'est un tee-shirt. Par définition, c'est laid ou plutôt inélégant. Enfin, ça dépend aussi de la personne qui le porte, mais toi...

Draco se leva et, Harry, avait stupeur se rendit compte qu'il était lui aussi debout.

- Le col est trop prêt de ton cou, ça t'étrangle littéralement, on dirait un poisson agonisant hors de l'eau, c'est répugnant. Les coutures apparentes sont si mal réalisées que tu aurais tout aussi bien pu mettre ton tee-shirt à l'envers – à moins que tu l'aies réellement enfilé à l'envers, ce qui ne m'étonnerait même pas. Ces espèces de... bandes verticales soulignent ta maigreur extrême. La couleur ne fait qu'accentuer ton teint de peau qui est celui d'un cadavre. Avec ça, tu as autant d'allure qu'un squelette habillé, conclut le blond.

Harry n'avait plus aucune envie de rire.

xXx

Il avait toujours eu un sérieux problème avec son corps. Il était pâle, mais pâle maladif. Sa peau avait tendance à marquer les rougeurs. Ses boutons étaient luisants et bien roses. Ses veines étaient bleues et vertes, et elles couraient partout comme s'il était transparent. Il était affreusement poilu, à un tel point que c'était indécent. Et ça bouclait comme des cheveux – horrible. Ses orteils, ses doigts étaient couverts de bouclettes brillantes, comme des araignées. Ses articulations, c'était de la peau tendue, étirée sur des os pointus – il aurait suffi de le pousser un peu et il se serait tordu dans tous les sens.

En un mot, son corps était dégueulasse.

Et c'était justement grâce à la personne qui venait ouvertement de le critiquer, qu'il avait réussi, durant son adolescence, à l'assumer.

Draco, à seize ans, lui avait montré qu'on en avait rien à battre que son corps soit pas standard, qu'il soit difforme, anguleux, détraqué. Le principal étant qu'il puisse ressentir du plaisir. Tant que son corps était vivant, il n'y avait pas de complexe à avoir. Au contraire : il ne pouvait, dans le désir, que le sublimer.

« Ton corps est foutrement érotique », c'est ce que le Serpentard de l'époque lui avait avoué, une fois. Apparemment, il avait changé d'avis.

xXx

- Et bien, merci pour rien, Malfoy, marmonna le brun, en faisant mine de partir.

- Harry, je voulais... enfin si, je maintiens que ton tee-shirt ne te met pas en valeur. Mais moi entre tous, tu sais bien combien je...

- Quoi ?

Ils avaient tous les deux conscience de la puissance pathétique de leur conversation. Il fallait qu'ils se reprennent, sinon ça allait finir en pleurnicheries nasillardes. Et il y avait peu de chance qu'ils sortent vivants d'une telle épreuve.

- Bon, je te prends pour Muse, okay ? abdiqua le blond. T'es content ? Tu vas quand même pas faire la gueule parce que tu as des goûts de... chiotte ?

xXx

Qu'est-ce que ce type était lâche ! Mais ça lui ressemblait tellement, à Draco, de céder au lieu de s'engager dans une dispute. Peut-être aussi qu'il ne voulait pas évoquer des souvenirs communs, qui planaient dans les airs, palpables, mais que tous les deux se faisaient un devoir d'ignorer.

- Bon, alors, dis-moi, quelles sont les modalités ?

L'ancien Serpentard haussa le sourcil gauche, comme pour dire « développe ? ».

- « Modalités durant l'entretien d'embauche ». Ça, ça veut dire qu'il y a calamar sous roche, si tu veux mon avis.

- Ha. Ça signifie simplement... enfin... disons que je ne compte pas te rémunérer en argent.

- Pardon ?

- C'est contre-productif. Non, c'est contre-artistique. On ne peut pas payer pour avoir de l'inspiration, tu te rends compte ? Ce serait bien trop facile !

- Et donc ? Tu es en train de me parler d'un bénévolat douteux, toi...

- Non, mais, par exemple, je peux t'inviter au restaurant, te loger, te nourrir, t'offrir des...

- M'entretenir, quoi. Non merci, je ne suis pas une prostituée de luxe.

Draco grogna presque.

- Qui te parle de prostitution ? J'en ai marre qu'on pense que c'est de la prostitution ! Déshabille-toi sur le champ, on commence de suite, tu vas voir si ça a un rapport au sexe, d'être ma Muse, par les appendices d'un canard libertin !


(1) Les Atrides : Ho, terrible malédiction qui pèse sur cette famille ! Ca commence avec Tantale, qui sert son propre fils (Pélops) à bouffer aux Dieux (oui oui), pour tester leur omniscience/ou devenir Dieu lui-même (les grecs sont pas d'accord là-dessus). Les dieux découvrent la supercherie, ressuscitent le pauvre Pélops et punissent le vilain Tantale : le gars est plongé dans le Tartare, fleuve des Enfers, menacé de mort par un rocher qui peut s'écrouler à tout moment ; assoiffé car quand il veut boire le niveau de l'eau baisse ; affamé car les arbres fruitiers s'éloignent quand il tend la main (les Dieux, ça rigole pas). Puis, on maudit toute la lignée, pour la forme. J'adore.

Voilà voilà ! On peut dire que Cherche Muse commence maintenant... enfin... au chapitre prochain !

Du coup, pour celles qui ont lu Les Enchaînés, j'espère que vous retrouverez l'atmosphère des séances d'érotisme, même si l'objectif actuel de Draco est différent. Il ne s'agit plus de révéler l'érotisme de Harry mais bien d'inspirer Draco.

J'espère que ce chapitre vous a plu. Si c'est le cas ou même si ça ne l'est pas, laisse une trace de ta lecture (en m'écrivant un mot d'amour).