Publié le mardi 16 septembre 2014

Bonsoir bonsoir ! Tout d'abord, je remercie LinChan (Heureuse que ça te plaise, en espérant que ce chapitre t'apporte quelques réponses :) ) et K.S (Désolée, Harry est stupide et ça ne s'arrange pas :'( ) pour leurs reviews.

Je remercie aussi toutes celles qui ont commenté, mis en alerte et en fav la fic. Et aussi toutes les autres. Merci !

Résumons, aïght : Fin septembre 2000. Draco finit par inviter Harry chez lui, une maison dans le Kent, pour passer l'entretien d'embauche. Il lui demande de se présenter, de danser, chanter, réciter un poème, faire des associations d'idées débiles... puis déplore son manque de goût vestimentaire, ce qui blesse le candidat. Finalement, un peu sur le vif, le blond accepte de le prendre pour Muse et lui annonce qu'il ne sera pas rémunéré en argent. Harry prononce alors le mot fatidique : prostitution. Suite de l'entretien.

Ce chapitre reprend au moment où s'arrête le précédent. Pas de POV en particulier.

Bonne lecture, on se retrouve tout en bas !


CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses

Chapitre 4 : Es-tu une étoile de mer ?


- Qui te parle de prostitution ? J'en ai marre qu'on pense que c'est de la prostitution ! Déshabille-toi sur le champ, on commence de suite, tu vas voir si ça a un rapport au sexe, par les appendices d'un canard libertin !

Harry ouvrit grand les yeux, prêt à protester. Cependant, il évalua le degré d'énervement de Draco Malfoy et jugea plus sage, finalement, d'obéir. Il tenait à garder ses organes génitaux en bon état et, si possible, à pouvoir continuer à les utiliser pour autre chose que pour pisser.

Lentement, le regard planté dans les yeux du blond, il souleva le bas de son tee-shirt trop lâche. Le tissu à la couleur suspecte dévoila, graduellement, un ventre maigre et pâle, sur lequel d'épais poils noirs frisottaient indécemment. Une sorte de tapis organique et chaud, au sein duquel on ne voudrait que se blottir. S'il s'était approché suffisamment près, l'ancien Serpentard aurait pu distinguer les minuscules muscles érecteurs qui dressaient leurs poils avec fierté.

Ce ventre, Draco, malgré les années, n'avait pas pu l'oublier, tellement il était saisissant.

C'était sûrement le contraste foudroyant entre le tee-shirt hideux, rêche, mort et cette peau marbrée de rose, douce chaleur. Ou bien était-ce du à l'extrême maigreur du brun, une maigreur impudique, qui ne cachait que trop peu les secrets intérieurs de son organisme. Oui, il semblait que simplement plisser les yeux permettait de pénétrer au cœur de ce ventre, d'y creuser un tunnel d'observation microscopique pour enfin voir les anneaux luisants des intestins s'entortiller paresseusement.

Il y avait vraiment quelque chose d'obscène dans cette parcelle grandissante de chair mise à nu, dans ce ventre incolore.

Plus le tee-shirt montait, plus l'atmosphère se chargeait d'électricité. Chaque mouvement ascendant dénudait, centimètre après centimètre, le corps tordu, blanc, étriqué du Survivant.

xXx

Quand Draco vit apparaître un nombril creux, comme une tanière ébouriffée de poils sombres, il crut devenir fou. Comment un tel trou pouvait ainsi crever la chair ? C'était comme une rupture aberrante, au beau milieu d'une peau tendue avec tellement de violence sur les flans, qu'on ne pouvait y discerner l'ombre d'un pli. La seule explication possible à ce trou absurde, c'était qu'il était le centre d'un microcosme, le cœur autour duquel tout un squelette fragile se déployait en étoile.

C'était ça : le nombril de Harry Potter était le point exact où se terrait sa gravité. Il suffisait d'y enfoncer doucement le doigt pour que l'homme se craque en tout sens et tombe à terre, sa structure s'écroulant comme un savant échafaudage de kapla.

Mais le cap du nombril fut vite dépassé, trop vite pour que Draco s'y attarde. En effet, les côtes dures se matérialisèrent une à une, saillantes, hérissées, comme s'apprêtant, à tout instant, à crever l'épiderme pour jaillir ! Elles auraient pu, sans mal, s'ouvrir, comme une bouche verticale et grotesque, une bouche ayant pour centre un amas sanglant de viscères violettes.

L'abdomen du brun était une araignée à un œil sans paupière ; ses côtes, des pattes anguleuses, ou encore, d'énormes mandibules qui craquaient, impatientes.

Mais les côtes les plus basses, même si elles semblaient interminables, finirent par laisser place à une cage thoracique étroite. Le regard de Draco accrocha le sternum du brun. L'os plat et invisible chez la plupart des êtres humains était si apparent qu'on aurait dit un faux. Comme si un mécano avait un jour maladroitement rafistolé Harry, en lui vissant, à la va-vite, une plaque de métal sous le torse.

Et, miracle ! De part et d'autre du sternum, il y avait deux mamelons rouges, compactes, posés en équilibre sur la poitrine inexistante du brun. Ils étaient séparés l'un de l'autre par une forêt de poils drus, qui invitait Draco à y plonger les doigts.

Mais le tee-shirt atteint vite – enfin, il était impossible de savoir combien de temps venait de s'écouler – la hauteur des aisselles. Alors, Harry croisa les bras pour le retirer. Ses mains agrippèrent le tissu et le firent passer au-dessus de sa tête.

Voilà, il était torse nu.

xXx

Sans cet affreux tee-shirt, Harry avait l'air d'un oisillon sans plume. Ses épaules frêles et graciles, étaient reliées entre elles par deux clavicules marquées. Sa gorge n'était plus bloquée, au contraire, elle se prolongeait jusqu'au bas de son ventre.

Comme s'il était si fin que, même de face, on pouvait deviner, le long de son buste, les vingt-quatre vertèbres qui le faisaient se tenir debout.

Le brun essaya, du mieux qu'il put, de compacter le vêtement sous forme de boule. Il devait avoir honte des auréoles de transpiration imprimées par le stress.

Il se débarrassa ensuite de son jean bleu trop large, difficilement, étant donné qu'il avait toujours son tee-shirt humide dans les mains.

D'un regard éloquent, Draco l'autorisa à poser ses fringues à même le sol.

Harry abandonna là son haut et son bas.

Ses genoux cagneux, presque flageolants, étaient indécemment attractifs.

Après avoir retiré ses tennis, qui rejoignirent joyeusement leurs amis échoués, l'ancien Gryffondor se retrouva en boxer et chaussettes dans un salon bien trop lumineux pour ce genre de situation.

Il lança, au cas où, un dernier regard suppliant vers Draco, mais ce dernier n'eut aucune pitié. Il était allé bien trop loin pour reculer, de toute façon.

Alors, une paire de chaussettes grisâtres atterrit sur le tas de vêtements, exposant ses chevilles, aussi frêles que des poignets.

Puis, enfin, les deux mains du brun se posèrent sur ses hanches, et il commença lentement, très lentement, à baisser le dernier morceau de tissu qui couvrait son corps.

xXx

Enfin, c'est comme ça aurait du se passer, selon Draco Malfoy.

Cependant, dans la réalité, Harry eut un simple geste de recul et une sorte de rire dubitatif.

- Pardon ? lança-t-il, un tic nerveux agitant sa joue gauche.

On aurait dit qu'il essayait de faire un clin d'œil mais que, pour une raison ou une autre, il échouait lamentablement.

Bon, ça se ne passait pas du tout comme dans l'imagination heureuse du propriétaire de la maison. A ce moment précis, Harry aurait déjà du être entièrement à oalpé, sublime, dans son vêtement invisible de Muse.

- J'ai dit : « déshabille-toi sur le champ, on commence de suite, tu vas voir si ça a un rapport au sexe, par les appendices d'un canard libertin ! ». Ne m'oblige pas à me répéter, tu sais combien je...

- Non, heu, Draco. Voilà, on y est. Avant que je me désape en plein milieu de ton salon – et devant une immense baie vitrée, soit dit en passant –, on va s'asseoir tranquillement et tu vas m'expliquer – avec des mots, si possible – ce que tu entends par « Muse ». Qu'est-ce que tu attends de... moi ? Parce qu'il est hors de question que je me foute à poil, même pour t'inspirer !

Les yeux verts n'étaient ni en colère, ni apeurés. Ils reflétaient simplement l'incompréhension du brun.

Draco ne bougea pas d'un pouce. Ses bras ballants lui semblèrent soudain terriblement disgracieux, mais il ne sut qu'en faire. Ça ne se passait pas du tout comme prévu. Mais qu'est-ce qui était vraiment prévu ?

xXx

A l'origine, ça aurait du être très simple. Harry venait, passait l'examen, le loupait catastrophiquement et on n'en parlait plus. Point.

De toute façon, ses résultats étaient médiocres. De toute évidence, le Survivant n'avait aucune faculté lyrique, n'était coordonné pour rien au monde, n'avait ni bon goût ni culture artistique – une souris verte qui devient un escargot, bordel – et n'était même pas beau à proprement parler.

Il avait aussi un caractère difficile et le fait que tous les deux aient fait un nombre incalculable de choses obscènes ensemble il y a de nombreuses années ne jouait pas en sa faveur. Il y avait trop de souvenirs entre eux pour pouvoir construire quelque chose de neuf.

Rien qu'à l'imaginer nu, Draco en avait des frissons. Non, bien pire : ça le rendait malade. Y avait qu'à voir l'état fébrile dans lequel il était, là, tout de suite. Cet état d'excitation répugnante était tout-à-fait déplacé.

Sa Muse devait être la pureté et l'innocence incarnées, pas un vieux fantasme d'écolier qui lui tordait les tripes en sourdine. C'était mal – pire, pathétique. S'il devait qualifier sa relation avec Harry, le mot « malsain » était le premier qui lui venait à l'esprit.

« Malsain » et « hypnotique ».

Par exemple, il ne se souvenait même plus pourquoi il venait de lui demander de se déshabiller. C'était comme si son désir avait parlé à sa place. Y avait aucune raison que le candidat se mette nu. Enfin, si, une : pour satisfaire l'envie qui griffait l'estomac de Draco.

Deux fois, à peine, qu'il revoyait Harry Potter après trois années tranquilles, et il se mettait déjà à perdre les pétales.

xXx

- Non, laisse tomber. J'ai le regret de vous annoncer que vos résultats ne sont pas suffisants pour le poste, annonça-t-il soudain.

C'était la meilleure solution. Tout annuler.

Bien sûr, c'était le fruit d'une réflexion de quelques minutes dont Harry n'avait aucune idée.

- De qu...

- Vous avez obtenu un A en présentation, un T en motivation, un D en qualification, un P en association et un... O en physique.

- Un... O en quoi ?

- En physique, répéta Draco, neutre.

- Comment ça ? Ho... Tu veux dire, heu, moi je vaux un... O ? questionna Harry, perdu, en désignant l'intégralité de son corps d'un geste vague.

- Oui. Mais ça ne permet malheureusement pas de compenser le reste des notes que vous avez obtenues. Je suis désolé. Voulez-vous boire un peu d'eau avant de nous quitter ?

- Mais je comprends pas... J'ai la note maximale en physique ?

Draco soupira. Tout était si compliqué avec Potter !

- Oui, mais, comme je viens de te le dire clairement, ce n'est pas assez. Donc bois ton verre et sors de chez moi. S'il-te-plaît.

- Mais tu viens de me dire, ya à peine cinq minutes, que tu m'acceptais comme Muse !

- J'ai dit ça sur un coup de tête, grimaça le blond. Tu n'as rien d'une Muse.

Harry n'eut même pas l'air blessé. Il était juste... choqué.

- Mais Draco, protesta le Survivant, contrarié. Je sais que personne ne voudrait être ta Muse, compte tenu de... toi. Je suis pas assez bien ? Pourtant, tu sais que moi, je cours pas après ton fric. Je veux juste heu... t'aider. En souvenir du bon vieux temps, enfin, un truc comme ça.

- Je ne doute pas de tes intentions... délicates, mais tu ne corresponds pas au travail. Je n'achète pas d'yeux de crapaud, même au rabais, si je cherche une queue de triton, Merlin.

- Tu crois que je suis incapable de bouger, de faire quelque chose d'inspirant ?

- Entre autre, oui. Donc bois ce verre d'eau et cassez-vous, s'il-vous-plaît.

Draco commençait à devenir incohérent au possible. Ce satané Survivant l'agaçait tellement qu'il n'arrivait plus à s'entendre penser.

xXx

Harry se rassit dans son fauteuil de mauvaise grâce, appela le verre d'eau d'un Accio bourru, et se mit à boire, essayant de se calmer. Les veines de ses mains étaient gonflées. Elles étaient toujours comme ça quand il était énervé.

Mais, pour une raison inconnue du blond, un vague sourire planait sur les lèvres charnues.

Dans le grand salon, on n'entendait plus que le bruit sourd et régulier de déglutition. Draco écoutait, malgré lui, les contractions de la gorge de Harry.

Sans mal, il pouvait imaginer la langue propulser en arrière le liquide, pour l'envoyer dans le pharynx. A cet instant-là, la glotte se refermerait pour protéger ta trachée et les poumons. Le stress faisait sûrement saliver Harry un peu plus que d'habitude : alors, l'eau se mêlerait d'écume épaisse et tiède et, quand il déglutirait, ça ferait comme s'il avalait une boule de pâte, plutôt écœurante.

Du canapé où il était assis, il était difficile pour Draco d'observer discrètement la pomme d'Adam du brun, si protubérante que c'en était hypnotisant. Il modifia lentement sa position, afin de ne rien rater de son mouvement répétitif.

Il se rappelait l'avoir regardée monter et descendre un nombre incalculable de fois. C'était il y a si longtemps...

Et pourtant, elle était là, sous ses yeux, à quelques mètres, à peine, à onduler sous la peau comme la bosse d'un gigantesque monstre marin.

Sans aucun doute, c'était la même qu'il y a trois ans.

A chaque gorgée, le morceau de cartilage, que Harry avait plutôt bas dans le cou – unique responsable de sa voix grave – s'élançait vers le haut, comme pour jaillir par sa bouche, puis reprenait sa place. A chaque gorgée.

C'était comme si, à chaque fois que Harry portait le verre d'eau à ses lèvres, la pomme d'Adam prenait de l'élan, se tendait à l'extrême et, dans un effort aussi puissant que vain, se jetait en avant, comme pour s'échapper de sa prison verticale.

Peut-être qu'elle ignorait que son sort, de toute façon, était scellé : même si elle avait pu, dans une injure anatomique folle, sortir du cou, atterrir dans la cavité buccale, elle aurait été confrontée à deux rangées de dents serrées et infranchissables.

On ne peut avaler que les dents serrées : une pomme d'Adam n'aura jamais aucune chance de visiter le monde extérieur. Ou il fallait découper un trou dans la gorge pour l'en extraire.

Il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien.

Le fait que Draco et Harry ne puissent pas, même s'il restait quelque chose dans l'air, reprendre le fil de leur histoire, en faisait partie. Même s'il restait indubitablement quelque chose dans l'air.

xXx

- Bon. J'ai bu mon eau, finit par dire Harry, avec la même bouche que celle qui venait de laisser une trace opaque sur le rebord du verre.

Après quelques secondes, il ajouta, tout sourire :

- Et j'ai bien vu que ça t'a plu.

Enfoncé dans le fauteuil, le brun semblait aussi prêt à décoller qu'un zeppelin de plomb. Son sourire devint franc, quand il vit la gêne que Draco exhalait à chaque respiration.

- Tu vois que je t'inspire, Draco. Que je ne ferais pas une si vilaine Muse.

- Tu ne m'inspires pas de bonnes choses, bougonna l'ancien Serpentard, avec dignité.

- Qu'est-ce que tu attends de ta Muse ? questionna l'autre, avec curiosité. En quelques mots, s'il-te-plaît.

Il venait de poser son verre vide sur la table basse. Son hôte, d'un mouvement de baguette, se dépêcha de le ranger sur le plateau, à côté de la carafe.

Ce réflexe fit encore plus sourire le brun, si c'était possible. On aurait dit qu'on venait de lui annoncer que, comme il s'en était toujours douté, Rusard et Miss Teigne n'entretenaient pas qu'une relation professionnelle.

Draco réfléchit. Il attendait beaucoup... et peu de choses de sa Muse. S'il y avait une qualité nécessaire, ça devait être...

-... mystérieuse.

Le brun fit la moue, dégoûté. Comme si on venait de lui révéler le contenu exact des activités auxquelles s'adonnaient le concierge et sa chatte.

- Mystérieuse ? C'est d'un classique...

- Tu n'es certainement pas là pour critiquer mes goûts artistiques, Potter. D'ailleurs, tu n'es là pour rien. Donc, tu vas t'en aller et me laisser tranquillement chercher une Muse tout seul.

Ses joues allaient éclater, si Harry essayait de sourire un centimètre de plus.

- Mais, tu peux bien m'expliquer tes modalités ! s'écria-t-il, amusé. Je suis juste intrigué, voilà. Je savais même pas que tu peignais, ou quoi. Allez, raconte.

Malgré lui, Draco rectifia :

- Je ne peins pas. J'écris.

xXx

L'image d'un petit carnet de recettes de grand-mère apparut soudain dans l'esprit de l'ancien Gryffondor. En février 1997, il avait découvert, grâce à Blaise, que Draco produisait un compte-rendu détaillé après chacune de leurs séances d'érotisme. C'était la lecture du carnet – proche du journal intime – qui avait décidé Harry à faire le dernier pas vers le Serpentard.

A lui proposer, timidement, de devenir quelque chose d'autre que maître et soumis.

C'était grâce aux confessions manuscrites du blond, parfois touchantes, souvent lyriques, qu'ils en étaient venus à former, durant quelques mois, ce qu'on aurait pu appeler, par défaut, un couple.

- Ha, oui. C'est vrai. Tu écris.

Le silence était si pesant que les deux hommes sentaient leurs pieds s'enfoncer indéfiniment dans la moquette, comme s'ils s'embourbaient sans pouvoir rien y faire.

Quand l'absence de bruit devint insupportable, Draco lâcha dans un soupir :

- Bon, okay, Potter.

- Quoi ?

- Okay, je t'explique.

Et le blond attrapa son calepin.

xXx

- Etre une Muse n'est pas un travail à temps plein : au contraire, c'est un tout petit contrat. Il faut que la Muse se présente à moi une fois par tranche de deux semaines – c'est elle qui choisit le jour. Le temps de présence est de minimum une heure à quarante-huit heures maximum.

- Une fois toutes les deux semaines ? C'est peu !

- Certes, mais c'est nécessaire pour entretenir le mystère, pour découvrir l'autre petit à petit. Pour créer un temps d'attente, d'introspection. De toute façon, si la Muse est de qualité... j'aurais largement de quoi écrire, même si elle ne vient qu'une heure. Je t'ai dit, il ne s'agit que d'inspiration. Le reste viendra tout seul.

On sentait que Harry voulait faire une remarque, et Draco la devinait sans mal : « Ouais, c'est bien beau, de ménager un temps de découverte, et tout ce bordel... mais nous, on se connaît depuis longtemps. Qu'est-ce qu'on peut bien encore découvrir l'un de l'autre, après avoir déjà tout fait, ou presque, ados ? ».

- Pendant ce temps, je pourrais écrire et t... la Muse pourra penser à la suite du programme.

- C'est-à-dire ?

- Il faut qu'à chaque séance, elle incarne un personnage, une idée... Une Muse différente... Enfin, qu'elle se présente toujours autre. Multiple. Irrattrapable.

Tout ça, quelque part, avait un air de séance d'érotisme remaniée. Ça faisait écho.

C'était dérangeant, selon Harry, que Draco propose un tel... travail à une inconnue. Et très gênant que lui-même se soit proposé pour le taf. Il avait comme l'impression que c'était fait pour lui, compte tenu de leurs antécédents, mais que, en même temps, il n'avait rien à faire ici. Compte tenu de leurs antécédents.

- Et tu comptais vraiment trouver quelqu'un qui se déguiserait en nymphe gratuitement, rien que pour tes beaux yeux ?

- Je n'ai jamais dit que c'était bénévole, protesta Draco. Simplement que ce n'était pas rémunéré avec de l'argent.

Harry fronça les sourcils.

- Ce que je te propose, c'est un échange proche de l'alchimie. Tu m'offres une heure de pose, et, en échange, je t'offre un objet, un service, un bien équivalent. Si tu poses trois heures, le présent sera différent, bien sûr...

- « Ce que je te propose » ? répéta Harry, avec lenteur. Tu viens de m'embaucher, là.

- Ne joue pas avec les mots. C'était un tutoiement hypothétique, génériq...

- Ho, arrête ! cria presque Harry, exaspéré.

Ce fut au tour du blond de froncer les sourcils. Un nombre aussi élevé de décibels était contraire à son éthique de vie. Ça fragilisait ses meubles, ses murs et la paix intérieure. Il fallait qu'il pense à jeter un sort de Calfeutrage à sa maison.

Il allait se défendre – impossible qu'une faiblesse linguistique décide pour lui – mais, quand il vit l'air réjoui du brun, il ne put s'y résoudre. Tous les deux, de toute façon, dès le début, savaient que c'était inexorable.

Dès qu'ils venaient à se croiser, ils ne pouvaient définitivement pas s'ignorer. Il fallait qu'il y ait collision.

C'est avec résignation et quelque chose de proche de l'ironie que Harry Potter devint la Muse de Draco Malfoy.

xXx

- Harry ?

- Hum ?

Une fois n'est pas coutume, Harry avait invité ses deux meilleurs amis à dîner chez lui. Souvent – pour ne pas dire toujours – c'était lui qui se déplaçait. Il y avait plusieurs raisons à cela, plutôt valables de surcroît : le T2 que Ron et Hermione occupaient était environ trente fois plus confortable et spacieux que son pauvre studio ; Ron, invraisemblablement, se débrouillait pas trop mal en cuisine alors que Harry n'était franchement pas brillant et, surtout, Harry détestait recevoir chez lui.

Contrairement à Draco, ce n'était pas à cause d'une obsession sanitaire quelconque : il avait des notions d'hygiène, certes, mais il ne récurait pas son robinet à chaque fois qu'il le touchait et cela ne le gênait pas plus que ça que quelqu'un utilise ses couverts ou une de ses serviettes de table. Tant que ce quelqu'un ne se curait pas ouvertement le nez devant lui.

Non, il n'avait pas peur que son lieu de vie soit contaminé de toute sorte de bactéries déposées par les doigts non lavées de ses dégoûtants convives. Il était conscient que c'était une angoisse aussi irrationnelle que vaine – comme toutes les angoisses, cela dit.

Il n'aimait tout simplement pas que des étrangers soient dans son appartement.

Il y avait une part de honte, car c'était somme toute un appart assez miteux et il ne faisait aucun effort pour le rendre un minimum accueillant. Il y avait aussi un sentiment proche de la répugnance à voir évoluer, dans son intimité, d'autres êtres.

Que des gens qu'il connaisse à peine – un représentant British Telecom, un colporteur random, un illuminé sectaire – pénètrent, souvent sans y être vraiment invités, dans son intérieur, ça lui foutait les boules.

Toute présence autre que la sienne était une intrusion, un viol.

D'une certaine façon, il était encore plus frappé que Draco. Il n'avait pas peur des microbes mais bien des êtres humains.

xXx

- Pour une fois que tu nous invites, tu es totalement ailleurs, lui reprocha Hermione.

Son air réprobateur était contrebalancé par un sourire indulgent. Hermione était une de ces rares personnes à pouvoir refléter sans problème deux expressions clairement contradictoires.

- Ho, lâche-le, Hermione, le défendit aussitôt Ron. Parfois, tu me fais penser à ma mère.

Harry lança un coup d'œil reconnaissant à son ami. Puis, il se rendit compte avec effroi que Hermione, terriblement outrée, allait se foutre en pétard de manière imminente.

Les signes avant-coureurs étaient on ne peut plus clairs : son nez se plissait, ses joues gonflaient, ses lèvres tremblaient et ses sourcils, déjà individuellement de taille considérable, avaient fusionné pour devenir une unique barre pilaire furieuse.

- Comment c'était, le début de l'année pour vous deux ? demanda le brun, désespéré.

Il fallait la lancer immédiatement dans un sujet qui la passionnait.

- Ho, c'était pas terr... commença Ron.

- Moi c'était exceptionnel ! le coupa sa copine, tellement enthousiaste qu'elle en avait totalement oublié sa colère. Bien sûr, la première année était déjà très intéressante – le niveau n'avait rien à voir avec Poudlard, je ne te raconte pas, même moi j'avais parfois du mal à suivre, tu te rends compte – mais là, dès le premier cours, le professeur a mis la barre si haut ! Tu te rends compte, Harry, cinq minutes, à peine, de présentation, et après il nous parlait tout de suite de...

Mais le petit brun ne l'écoutait pas vraiment. Il se contentait de la regarder, heureux que sa meilleure amie soit si épanouie. Elle parlait avec animation, relançant toute seule son monologue, comme dans un incongru jeu solitaire de question-réponse. C'était assez amusant à observer.

Deux ans après la destruction de Voldemort, Hermione Granger était restée fidèle à elle-même. Sans surprise, elle avait réussi sa huitième année et ses ASPICS avec succès. Elle s'était ensuite inscrite à l'école de Droit Magique, dont elle venait tout juste de majorer la première année. Les doigts dans l'nez.

Elle lui avait expliqué un nombre incalculable de fois ce qu'elle comptait faire après ses cinq ou six années d'étude restantes, mais Harry n'était toujours pas certain d'avoir correctement compris. Ou, tout compte fait, d'avoir correctement écouté.

xXx

Alors que les groupes de mots « droit international et comparé », « contentieux de l'exécution de la sanction » et « peine privative et restrictive de droits » fusaient de toute part, Ron faisait mine de s'évanouir. Cinq minutes de formules alambiquées plus tard, le rouquin n'y tint plus :

- Hermione, voyons, tu vois pas que Harry va s'affaler sur la table et baver jusqu'à mourir de déshydratation, tellement il est intéressé par tes histoires ? Et, avant que tu ne nous fasses une crise, je retire tout ce que j'ai dit à propos de ta ressemblance, qui n'est plus que fortuite et accidentelle, avec une personne répondant au nom de Molly Weasley, okay ?

- Fortuit et accidentel, ça veut dire la même chose, ronchonna la brune.

- Et toi, Ron, tu m'as pas dit, c'était comment, ta rentrée ?

- Harry, j'allais t'en parler justement, mais la charmante jeune fille qui s'agite à ma droite ne m'en a pas laissé le temps...

Cela faisait presque un mois que le couple était retourné à la vie estudiantine. Quand Harry l'avait réalisé, ce matin-là, il n'avait pu s'empêcher de culpabiliser. Il ne les avait pas vus depuis la mi-août. Le mois de septembre, il l'avait passé à décrépir dans l'attente d'une lettre d'un certain Draco Malfoy, une lettre qui lui proposerait de passer l'entretien d'embauche.

Ces deux derniers mois, sa vie avait été si chamboulée, pour ne pas dire entièrement retournée, par cette saleté d'histoire de Muse qu'il avait, consciemment ou inconsciemment, coupé contact avec le peu de personnes avec qui il en avait encore.

Aussi, pour se rattraper, avait-il invité son couple préféré à dîner. Il avait même fait l'effort de leur concocter un menu entrée-plat-dessert. Même si le dessert était un truc que gâteau à demi-entamé, offert par Kreattur, la veille.

Il ne voulait pas s'avouer que, quelque part, c'était implicitement une façon pour lui de fêter la réussite de son entretien. S'il l'admettait, il se rendrait compte que c'était aussi triste que pitoyable de fêter ça tout seul dans son coin. Et entouré de ses deux meilleurs amis de toujours.

- … bref, tu ne rates franchement rien, acheva Ron. Parfois, je me dis que tu as bien fait d'arrêter l'école...

- D'ailleurs, Harry, sincèrement, tu comptes faire quoi cette année ?

- Hermione, c'était censé être une soirée sympa...

- Je ne vois pas pourquoi demander quels sont ses projets à Harry rendrait cette soirée moins « sympa » !

- Parce que tu ne peux pas t'empêcher de...

- Je ne peux pas m'empêcher de quoi, Ron Weasley ?

- Hey, on se calme ! intervint le Survivant, sentant la situation déraper. Ron, cette question ne me gêne pas et, Hermione, inutile de t'énerver si facilement... on dirait presque que tu as tes...

- Mes quoi ? Mes quoi ? Bon, et bien je vais aux toilettes, les garçons ! Tu n'as qu'à confier tes plans à Ron, vu que lui, de toute évidence, n'aura jamais ses règles.

Et la jeune femme partit aux toilettes, l'air d'une poule qu'on aurait accidentellement appelé « canard ».

xXx

- Elle est toujours comme ça ?

- Ho, arrête, tu la connais aussi bien que moi... enfin, presque, répondit Ron en dessinant une paire de seins dans les airs. Donc tu sais qu'elle est comme ça seulement quand elle les a, tu sais, ses...

- Bon, donc, heu, j'ai peut-être trouvé un... travail. Tu sais, pour l'année. Enfin, c'est pas vraiment sûr.

Ron abandonna d'emblée ses remarques à propos de l'influence de la lune, des fluides menstruels et de l'évacuation de la vieille muqueuse utérine sur le comportement déjà anormal de la gent féminine.

- Ha bon ? C'est coul ça ! Quel genre de travail ?

- Pour l'instant c'est assez secret. Enfin, je ne peux pas trop en parler. Mais si tu peux, rassure Hermione pour moi, hein ? Elle se flingue les nerfs, à se préoccuper toujours pour moi.

- J'avoue, c'est pas comme si tu étais un type aussi extraordinaire que ça. Pas comme si la mort te courait après, hein ? rit Ron, sans vraiment rire.

xXx

Quand allait-il le recontacter ?

Quand allait-il enfin lui envoyer un hibou/un cacatoès turquoise/un signe de feu ?

Quand est-ce que ce vulgaire gastéropode écervelé allait daigner le tenir au courant, nom d'une limace anthropophage ?

Draco Malfoy avait la désagréable impression d'avoir passé les deux derniers mois à perdre son temps : le mois d'Août, à attendre désespérément une candidature valable ; celui de Septembre, à se demander si oui ou non il devait donner une chance à Harry Potter. Bien sûr, il avait cédé.

Et maintenant, il attendait que sa Muse pointe le bout de son nez. Mais depuis cinq jours, point de petit brun gringalet, bigleux et balafré à l'horizon. Et c'est pas faute d'avoir guetté tous les matins à travers son immense baie vitrée.

Peut-être que Potter se foutait une fois encore de sa gueule ?

xXx

- J'arrive dans dix minutes !

Le blond sursauta. Plongé dans son canapé et ses pensées, il n'avait pas vu arriver le Patronus, pourtant de taille conséquente, qui galopait désormais dans son salon. Le cerf fit le tour de la pièce, conquérant, avant de s'évanouir au milieu d'un bond.

Étrangement, Draco ne fut pas surpris de la forme que prenait le Patronus de Potter. On pouvait même dire qu'il l'aurait reconnu comme tel même s'il n'avait pas entendu la voix grave du Survivant s'en échapper.

Dix minutes...

Dix minutes, ce type était fou !

Draco, qui était jusque-là en train d'essayer, en vain, de se concentrer sur la lecture de Mollusques et orthoptères d'Europe : de la distinction des espèces non-magiques des magiques ; de la capture et de l'utilisation de ces dernières ; de l'écriture d'un livre dont le nombre de pages est plus important que celui de ces lecteurs, se leva d'un bond, abandonnant sans manière le pavé sur le canapé, et courut à la salle de bain.

Neuf minutes. Il lui restait neuf minutes avant que Har... sa Muse arrive.

Ce petit con n'était même pas foutu de le prévenir deux ou trois heures à l'avance !

xXx

Il était 15H13 et Draco Malfoy avait l'air en moins bon état que quand il avait fait irruption dans la salle de bain, huit minutes plus tôt. Ses cheveux, tout-à-l'heure impeccables, étaient recouverts de cinq centimètres de gel moldu, réminiscence fugace de son visage ingrat de préadolescent.

Son teint, auparavant frais, était maintenant légèrement marbré et brillant, comme s'il avait passé huit minutes à s'agiter en tous sens, dans un espace humide, lourd et mal aéré.

Ses yeux étaient luisants – mais ça, c'était sûrement du à l'éclairage trompeur de son miroir entouré de lucioles-fées. Elles étaient chics, silencieuses, immortelles, mais diffusaient une lumière un peu jaunâtre. Peut-être qu'il devrait penser à les éteindre, de temps en temps.

En un mot, il était affreux.

« Aaaaargh ! » beugla-t-il.

Le cri, pourtant rempli de désespoir, ne fit pas plus de bruit qu'un murmure.

« Comme je suis con, parfois », pensa le blond qui, ce matin-là, avait lui-même jeté un sort de Calfeutrage sur la maison, supprimant les sons supérieurs à 80 décibels. Très pratique pour se garantir un maximum de tranquillité. Mais aussi très emmerdant, quand on voulait satisfaire de soudaines et terribles pulsions de gueulerie.

Quoique, depuis qu'il habitait ici – cela faisait six mois maintenant – c'était bien la première fois qu'il éprouvait le besoin de crier. Contre qui, et pour quoi ?

Draco Malfoy était un garçon de tempérament calme, mais, voilà, il perdait totalement le contrôle dès qu'il entrait en contact avec un certain...

- Harry Potter ! Comme oses-tu transplaner directement dans mon salon !

xXx

Titubant sur la moquette hors de prix de l'héritier Malfoy, se tenait maintenant un petit brun au sourire moqueur.

- Ça va, je n'aurais pas pu y transplaner directement, si tu ne l'avais pas voulu.

Draco pesta mentalement. Effectivement, dès qu'il avait su que sa Muse viendrait, il avait levé la protection anti-transplanage.

- J'ai enlevé la protection par simple mesure de sécurité, histoire de pas te voir arriver en trois morceaux... ou même de pas te voir arriver tout court. Cependant, il aurait été d'usage de...

- Ouais, je sais, transplaner devant ta porte, sonner, attendre que tu ouvres, paniqué parce que tu n'as pas eu assez de temps pour te poudrer la tronche, ou que sais-je encore. Bon, on commence ?

Harry sourit, amusé. Draco, dans certains domaines, était un être extraordinairement prévisible. Tellement prévisible qu'il pourrait être une caricature.

xXx

Quand ils étaient, plus ou moins, ensemble, pendant la deuxième moitié de leur sixième année, Draco était capable de le réveiller parce qu'il n'avait pas changé de caleçon pour dormir.

Et cela, même si Harry dormait comme un bienheureux depuis trois ou quatre heures.

Il insistait pour qu'ils prennent le thé tous les jours à la même heure, dans le même salon, en la même compagnie.

Et cela, même s'il s'agissait du thé exotique et du salon fleuri de Severus Rogue, en compagnie de ce même personnage.

Il piquait de véritables colères quand son copain osait toucher à ses affaires de beauté.

Et cela, même si le-dit copain affirmait, avec un air faussement innocent, qu'il ne savait pas que sa crème Luxe et luxure : pour un teint sensuel coûtait l'équivalent de trois ou quatre de ses chemises. Sachant que chacune des chemises de Draco valait bien plus que l'intégralité de la garde-robe de Harry.

De toute façon, le Survivant n'avait jamais compris comment une crème pouvait rendre le teint du blond sensuel. Les mouvements du corps, les réactions involontaires, le regard, le sourire, ça pouvait l'être, et sans crème. Mais le teint !

Draco, Harry en était persuadé, payait effroyablement cher pour obtenir quelque chose qui n'existait pas.

xXx

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda le maître de maison, suspicieux.

Harry venait de marmonner un sort.

Sa baguette, réflexe pris chez les Aurors, avait sa propre poche cousue à l'intérieur de la manche, ce qui lui permettait de l'avoir en main très rapidement.

- Ho, ne le prend pas mal mais... je remettais simplement la protection anti-transplanage en place. Histoire qu'on ne soit pas dérangés.

Son hôte semblait lui crier dessus à plein poumon, mais un simple son étouffé sortait de sa gorge, pourtant grande ouverte.

« Maudit soit ce concombre à lunettes qui a inventé le sortilège de Calfeutrage. Putain. » songea le blond.

xXx

- Bon, alors, Draco. La séance durera jusqu'à ce que tu devines qui je suis.

L'ambiance avait changé.

Harry venait de s'asseoir, nonchalant, dans le même fauteuil que la dernière fois, quelques jours plus tôt. Son regard, derrière ses lunettes rondes, fixait Draco sans détour.

- Je ne comprends pas très bien, dit celui-ci, de sa voix traînante.

Il refusait de s'asseoir, aussi se contentait-il de marcher lentement devant sa cheminée de verre. On ne pouvait pas vraiment appeler ça faire les cent pas, plutôt tourner sur soi-même.

- Aujourd'hui, je ne suis pas venu en tant que Harry Potter. Pose-moi des questions, et tu découvriras qui je suis.

L'esprit du blond fonctionnait à toute allure. Des questions ? Harry est un autre ? Comment ça ?

Il détailla l'ancien Gryffondor scrupuleusement, à la recherche d'un détail, d'un tout petit détail qui différait.

xXx

Il observa les oreilles, de taille légèrement supérieure à la moyenne et dont les lobes étaient bien détachés, comme dans son souvenir. Draco, il y a quelques années, s'était plusieurs fois moqué du petit air de Bouddha qu'elles lui conféraient.

Les paupières étaient le petit réseau de veines rouges habituel.

Quelques poils se baladaient bien, paumés, entre les deux chenilles qui lui servaient de sourcils.

La barbe noire poussait allégrement. Elle était, intentionnellement ou pas, plus épaisse sur le contour de la mâchoire. Impossible de dire où finissait la barbe et où commençait les cheveux. Sa tronche était comme un œuf de Pâques, entouré d'un long ruban poilu.

Draco voulut même regarder l'implantation capillaire sur le front, mais une frange horriblement épaisse le lui empêcha.

En tout cas, rien ne semblait avoir changé, sur la gueule de Potter.

Peut-être son corps ?

- Draco, je t'arrête, soupira Harry. J'ai pas de sosie, de clone ou de jumeau caché. Pose-moi simplement des questions. Je t'assure, ça va être drôle.

Drôle ?

Comment est-ce qu'une séance de pose pouvait être drôle ?

L'artiste amateur attendait pas mal de chose de sa Muse. Qu'elle soit adroite, belle, douce, inatteignable, pure, intéressante mais désintéressée. Qu'elle danse plus qu'elle ne marche, qu'elle chante plus qu'elle ne parle. Souvent, d'ailleurs, qu'elle se taise, comme si elle n'était qu'une photo capturée.

Qu'elle sache comment l'envoûter, lui donner envie, que ça lui démange les doigts d'aller caresser, faire crisser de sa plume... le papier, bien entendu.

Déjà, pourquoi avait-il choisi Harry Potter, qui n'avait aucune des qualités requises pour être une Muse ?

Pourquoi un homme ?

xXx

- Tss. Bon, qui es-tu ? Qu'on en finisse avec tes bêtises.

- Tatata, je ne peux répondre que par « oui » ou « non », chantonna joyeusement Harry.

Il n'y avait pas raison valable qu'il ait choisi Harry, finalement. Ce gars avait beau être... tout ce qu'il était, aucune chance qu'il lui permette d'écrire un roman, ou même un seul vers !

- Es-tu Harry Potter ?

- Non !

- Tu es Harry Potter, alors arrête de me mentir, c'est exaspérant.

- Draco, s'il-te-plaît, fais un peu travailler ton imagination... C'est pas compliqué. T'as jamais joué à un jeu de rôle, gamin ? L'idée, c'est de faire comme si.

- Comme si tu n'étais pas Harry Potter ?

- Voilà. Alors, qui suis-je ?

Qu'est-ce qu'il en savait, qui l'autre avait décidé d'être !

Mais c'était assez stimulant. Un jeu. Draco détestait perdre.

Bien sûr, Harry n'avait jamais rencontré quelqu'un qui aimait perdre. Les êtres humains n'aiment pas ça. Mais l'ancien Serpentard avait une telle horreur de la défaite qu'il s'était emmuré dans un silence boudeur, vexé, quand Blaise ou Harry, en équipe, l'avaient un jour battu aux échecs.

Et les deux amis avaient eu beau affirmer que s'ils se mettaient à deux contre lui, c'est qu'il était bien plus fort qu'eux, il avait fallu qu'il leur arrache quatre parties pour que cette sombre histoire soit oubliée.

xXx

- Tu es un sorcier.

- Non !

- Alors tu mens effrontément !

- Non plus.

- Bon, et bien, tu es brun.

- Oui.

- Tu as les yeux verts.

- Non !

Le blond avait décidément bien du mal à comprendre le fonctionnement du jeu. Pour se concentrer, il ferma les yeux.

- Tu es un homme.

- Hum... Oui et non.

Comment ça, oui et non ?

- Pardon ?

- Ça dépend qu'est-ce que tu veux dire par « homme », répondit mystérieusement le brun.

- Un être humain ?

- Oui.

- De sexe masculin ?

- Oui.

- De vingt ans ?

- Non !

- Tu as moins de vingt ans ?

- Oui !

xXx

Plus le temps passait, moins le blond posait de questions stupides. Certes, on était passé par « Es-tu une étoile de mer ? » et « Manges-tu des crottes de rat séchées ? », mais il y avait aussi eu les brillantes « As-tu un animal de compagnie ? » et « Portes-tu une casquette ? ».

Il fallut tout de même trois quarts d'heure pour que, très énervé, Draco demande :

- Fais-tu partie d'un univers fictif ?

- Oui...

- Es-tu Sacha de Bourg Palette ?

- Oui ! J'avais raison ! cria doucement – à cause du Calfeutrage – mais avec satisfaction, Harry.

Le brun se leva et se mit à imiter insouciamment les différents personnages du dessin-animé. Il était, à tour de rôle, Jessie, James, Miaouss, Sacha, Pikachu, Pierre et même Ondine.

Après un si long exercice mental, qui avait sollicité l'entièreté de ses capacités intellectuelles, Draco ne put retenir une protestation légitime :

- Comment ça, tu avais raison ? J'avais raison. J'étais celui qui, croyant que cet interrogatoire n'allait jamais finir, à bout, fatigué par tes « non » répétitifs, a tout de même était capable de deviner qui tu étais. Donc, c'est moi, il me semble qui mérite de sauter de joie et de chanter des trucs aussi débiles que « la team rocket, plus puissante que la lumière ! »...

- J'avais juste raison à propos d'un truc ! Enfin, c'est rien de fou, hein, dit Harry, un peu calmé, en s'asseyant en tailleur sur la moquette.

- Développe, demanda l'autre en grimaçant, le voyant aplatir indécemment les poils de la moquette.

Même s'il ne pesait pas bien lourd, il allait inévitablement laisser une trace de son cul imprimé sur le sol.

- Et bien, quand je suis venu pour l'entretien... pour X raison, je t'ai parlé de Kulbutoké, tu t'rappelles ? Et bien t'as pas eu l'air très étonné.

- Et alors ?

- J'ai supposé un truc étrange, c'est que tu connaissais Pokemon, un dessin animé et un jeu vidéo moldu.

- Et alors ?

- Et bien j'avais raison !

- Écoute, Potter. On est en 2000 ! Qui ne connaît pas Pokemon ? Même si je vivais encore au Manoir Malfoy, dans le Wiltshire, je suis certain que je connaîtrais Pokemon. Ça a simplement un succès fou !

- Tu as faux, c'est parce que tu vis dans un village semi-moldu que tu connais... Et encore, je suis même pas sûr que les gens ont la télé, ici. Si tu connais c'est que... attends... ne me dis pas que tu aimes ? Tu as la télé ?

Harry regardait soudain autour de lui comme s'il s'attendait qu'une télévision à écran cathodique surgisse de nulle part. Puis, il jeta un coup d'œil sous le fauteuil, pour vérifier qu'il n'y avait pas là quelques VHS pornographiques, cachées par le blond.

- Harry, non, je n'ai pas la télé. Et, pour la dernière fois, ce n'est pas si étrange que je connaisse Pokemon.

- Est-ce que la séance était bien ? demanda Harry malgré lui.

xXx

Dès qu'il eut posé cette question, un petit silence embarrassé s'installa. Ça ne dura que quelques secondes, le temps que Draco l'analyse et que Harry la regrette.

C'était le genre de question qu'on posait, sans le vouloir, tellement on se la répétait mentalement.

- Je...

Draco cherchait ses mots.

- Tu as... peut-être... un peu trop pris au pied de la lettre ce que j'avais dit, tu sais. A propos d'être plusieurs personnages, tout ça.

- Ha.

- Mais, enfin, oui, c'était... original.

- Hum.

- Intéressant.

- Okay...

- Si, enfin, je ne m'y attendais pas. D'ailleurs, je... je vais écrire donc, tu peux partir.

- Qu'est-ce que tu m'offres ?

- Pardon ?

- Non, enfin, laisse tomber...

- Ha, oui. Heu...

Draco avait préparé un présent, bien sûr. Mais ça ne correspondait pas du tout à la valeur de ce que Harry lui avait donné. Disons qu'il s'attendait à... autre chose.

Il ne savait pas comment évaluer la valeur de la séance. Il fallait, pour cela, qu'il écrive. Si ce qu'il écrivait était de qualité, alors, Harry avait fourni du bon travail.

Si non, et bien... le Survivant ne recevrait pas le superbe cadeau qui lui était réservé.

- Je vais écrire. Voilà. Je te recontacte quand je n'aurai plus d'inspiration, pour te donner ton présent. A partir de ce moment-là, tu auras deux semaines devant toi, et tu choisiras le moment qui te plaît pour revenir. Merci, Harry. La prochaine fois... tu peux venir en étant toi-même.

Perdu, un peu blessé, toute euphorie envolée, Harry transplana.

Enfin, il essaya, mais c'était impossible.

xXx

- Pourquoi es-tu toujours là ? questionna Draco, qui revenait de sa chambre.

Il avait dans les mains une plume qui criait littéralement son prix à qui voulait l'entendre – « Je vaux trente fois plus cher que ton appartement, Harry Potter » – et un gros ouvrage en cuir, que le brun supposa être un carnet d'écriture.

- Je n'arrive pas à transplaner, expliqua ce dernier, paniqué. J'ai essayé au moins cinq fois, mais impossible ! Est-ce que je peux utiliser ta cheminée ? S'il-te-plaît ?

- Certainement pas ! Je n'ai pas de poudre de cheminette ! Et en plus...

- Merde, on est quand même à une heure de Londres, mine de rien... Je peux t'emprunter un balai ?

- Il fait jour, tu ne peux pas voler, et surtout...

- Putain, bordel, heu, est-ce que le bus va jusqu'ici ?

- Non, pas en semaine, mais écoute...

- Est-ce que je peux rester ici jusqu'à que la nuit tombe...

- Harry Potter, transplane, ordonna Draco.

- Je t'ai dit que...

- Tout de suite. Allez !

Harry fit un geste de la tête affolé et... transplana.

Draco venait tout simplement de désactiver le système anti-transplanage... que Harry avait lui-même réactivé, quand il était arrivé, une heure plus tôt.

Épuisé mais fébrile, le blond s'écroula dans son canapé et se mit à écrire. Fallait que le torrent se déverse.

xXx

Quand Aquila revint de chasse, plusieurs heures plus tard, il se faufila dans le salon pour offrir une musaraigne crevée à son maître. Il trouva le jeune homme endormi assis sur le canapé, sa plume toujours à la main. Le hibou déposa le cadavre sur les genoux de Draco Malfoy, faisant, par la même occasion, tomber sur la moquette un carnet aux pages noires de notes fiévreuses.


Voilà, c'est tout pour ce chapitre ! J'espère que cette première séance ne vous a pas trop prises au dépourvu (si c'est le cas, blâmez plutôt Harry, cet être anti-lyrique). Je souhaite montrer sa compréhension progressive, ses différents essais pour satisfaire Draco.

Quand Draco instiguait les séances d'érotisme, il était pas mal renseigné sur le sujet. Disons qu'il maîtrisait le domaine. Là, Harry tâtonne, expérimente. Donc, il deviendra une Muse au fil des séances...

En tout cas, si tu as envie de laisser un petit message, n'hésite pas.