Publié le vendredi 26 septembre 2014
Bonsoir Bonsoir ! Je remercie tout d'abord K.S (heureuse que la pomme d'adam t'ait plu :D ), Chat Bleu (Merci merci, mais tu n'es pas obligée!), LinChan (ha, quel plaisir, vraiment, merci et effectivement, ya un petit jeu de miroir avec la préquelle :) ) et Boudin (j'espère que la suite te plaira autant!) pour leurs reviews.
Résumé aïght : Entretien d'embauche terminé - Petit dîner chez Harry pour fêter ça avec Hermione et Ron (sans que ces 2 derniers soient au courant) - Première séance de pose - Harry fait jouer Draco à un jeu de devinette -pour finalement se révéler être Sacha de Bourg Palette - Harry part précipitamment, pensant que tout a capoté.
Comme d'hab... On se retrouve tout en bas !
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 5 : "Draco est une sale b"
- Explique-moi encore une fois pourquoi nous sommes là ?
Hermione avançait avec prudence, du fait du nombre incalculable de livres qu'elle avait dans les bras. A chacun de ses mouvements, même le plus maîtrisé, la pile précaire menaçait de s'écrouler et, au passage, de lui écraser impitoyablement les pieds.
La sorcière ne s'autorisait donc à faire un pas – pas même un pas, un demi-pas – qu'après avoir regardé à gauche, à droite, puis encore à gauche, sans oublier bien sûr de tâter le terrain du bout de sa chaussure.
Elle avait réussi à parcourir plus de cinq, presque six, mètres sans qu'aucun des grimoires ne glisse de plus de deux centimètres de sa place initiale. Elle ne souhaitait pas qu'un si joli succès soit gâché par l'histoire d'amour accidentelle d'une Bulle Baveuse et de la semelle de sa bottine.
Car, malgré la sévérité de celle qui régnait sur le lieu, on trouvait parfois, sur son chemin, des bouts de plume et de parchemin ainsi que des emballages de bonbons, ou même des bonbons tout court d'ailleurs, vestiges d'en-cas pris en cachette. Et des Bulles Baveuses écrasées mais collantes comme au premier jour.
Le tableau, après réflexion, était délicieusement familier. Harry, le regard déterminé, marchait d'un pas vif vers la sortie tandis que sa meilleure amie, des bouquins plein les mains à ne savoir qu'en faire, courait difficilement derrière lui.
- Harry, attends-moi donc !
Quand Hermione franchit les portes de la bibliothèque, il était déjà au bout du couloir. Il l'y attendait avec un mélange d'impatience et d'exaspération.
Tous les élèves qui étaient assez vieux pour avoir connu, au moins de vue, Harry Potter quand il était encore un sorcier de premier cycle – c'est-à-dire les quatrième année et plus – ne s'étonnaient que vaguement du spectacle.
En effet, c'était une scène si ordinaire, presque quotidienne, qu'il leur fallut quelques minutes pour percuter qu'ils venaient de croiser, entre les murs du château, le Héros de la guerre et sa meilleure amie.
Tout se passait comme si les deux jeunes sorciers n'avaient jamais quitté Poudlard.
Le temps que les étudiants se rendent compte que Harry Potter et Hermione Granger hantaient ce jour-là, exceptionnellement, leurs couloirs, ces derniers étaient déjà loin.
xXx
- Mais arrête de courir !
- Tu irais plus vite si tu voulais bien alléger le poids de ces livres ou tout simplement leur donner la taille d'un dé à coudre. Sinon, tu pourrais aussi me laisser en porter la moitié, grogna Harry, alors qu'ils avaient atteint les portes du Grand Hall.
- Si je jetais un quelconque sort à ces ouvrages, Mme Pince me tuerait ! Et je préfère les porter moi-même. Ça ne signifie pas que je ne te fais pas confiance. Tu sais que tu as beaucoup de chance d'être celui que tu es ?
Harry eut un air si bête qu'elle s'empressa de préciser :
- D'être Harry Potter, enfin, le Survivant ! Si c'était moi qui en avais fait la demande, je ne suis pas sûre que la Directrice aurait accepté de me laisser emprunter des livres de la bibliothèque...
- Ho, ça va, c'est pas non plus...
- Harry, certains de ces ouvrages valent très chers ! Et puis, nous ne sommes plus étudiants ici !
- Oui, bon, tu transplanes ? Ou tu as peur d'abîmer tes bébés chéris ?
- Ces livres sont pour toi, répliqua Hermione d'un air pincé.
Personne ne lui répondit. Il n'y avait plus qu'elle, plantée devant les grilles de leur ancienne école.
Elle tourna immédiatement sur elle-même avant de disparaître.
xXx
- Tu aurais pu prévenir !
- Je t'ai prévenue, soupira Harry. Alors, qu'est-ce que tu as là ?
- Sûrement un nombre assez important de livres pour que tu passes cinq ou six nuits blanches, lui répondit la brune, avec un enthousiasme déplacé.
Elle déposa délicatement chacun des gros grimoires sur le bureau-table à manger de Harry. Rapidement, elle se trouva à court de place et dut se résigner à les empiler.
La scène, quoique habituelle, avait un je-ne-sais-quoi d'étrange.
- Bon, tu m'expliques, oui ou non ?
- Je t'ai déjà expliqué !
- Tu n'as pas été très clair ! Est-ce que ça a un rapport avec ton « nouveau travail » ?
Voilà. Ce qui était troublant était que, de façon inédite dans l'histoire de la Magie, Harry Potter qui avait traîné Miss je-sais-tout à la bibliothèque.
xXx
Il l'avait contactée en début d'après-midi, sachant que, le mercredi, elle finissait les cours à midi. Hermione lui avait d'abord répondu qu'elle était très occupée – une histoire de fiches à faire, d'articles du Code Magique à apprendre et de commentaires à rédiger – mais, quand elle l'avait entendu prononcer les mots « bibliothèque de Poudlard », soudain, on aurait dit qu'elle avait attendu cette conversation des mois durant.
Bien sûr qu'elle était libre pour fouiner dans des rayons qu'elle n'avait pas arpentés depuis plus d'un an ! Bien sûr qu'elle voulait bien accompagner Harry emprunter, avec l'accord aimable du professeur McGonagall, des livres sur les Muses !
Elle était tellement heureuse à l'idée de glisser un livre très rare, Sociologie des Elfes de Maison par exemple, parmi tous ceux que Harry emprunterait, qu'elle n'avait pas pensé à lui poser plus de questions.
Mais maintenant qu'elle était, à durée indéterminée, en possession de Rites, us et coutumes des Elfes libres des montagnes, elle attendait une réponse.
Après tout, ce n'était pas du tout usuel que Harry Potter emprunte des livres de lui-même. C'était même étrange qu'il manifeste un quelconque intérêt pour eux.
Surtout que ça n'avait pas été aisé. Il leur avait fallu plus de vingt minutes de négociation avec McGonagall pour obtenir sa permission. Et encore cinq minutes pour que Mme Pince consente à les laisser entrer.
Elle n'avait jamais été très encline à la présence de Harry Potter dans son antre. Comme s'il était du genre à foutre le bordel, à parler à voix haute, à déchirer des pages et à griffonner dans les marges.
Ces livres sur les Muses, il y tenait.
xXx
- Ouais, c'est en quelques sorte lié à mon... peut-être... enfin, à mon travail. Il faut que je fasse des recherches enfin, heu, tu vois. Et puis, je me suis dit, Poudlard, là-bas, enfin, ils auront forcément des livres anciens et tout, du genre que je trouverais pas en librairie. Et aussi, Hermione, elle connait la bibliothèque sur le bout des doigts, en plus, ça lui ferait sûrement plaisir d'y retourner, enfin, il valait mieux que tu sois avec moi, expliqua le brun, brouillon.
Il essayait de cacher, derrière son cafouillage, la raison de cet attrait soudain pour les Muses.
Mais il aurait pu tout aussi bien crier « Je veux pas te dire en quoi consiste mon travail mais tu peux deviner que je n'en suis pas très fier et que ça s'apparente, aux yeux des autres du moins, à de la prostitution. ».
- Tu ne m'en diras pas plus, n'est-ce pas ? ronchonna son amie, dépitée. En tout cas, c'est bien la première fois que je te vois t'intéresser à la littérature magique ! J'espère que tu vas apprécier, c'est fascinant ! C'est tellement dommage que Poudlard n'offre pas des cours de Lettres... Si après tu as envie d'en lire d'autres, je pourrai te conseiller. Je pourrai même t'en prêter – j'avoue que j'en ai un paquet.
Hermione bavardait toute seule joyeusement, mais elle n'était pas dupe : le comportement de Harry était... bizarre.
Cependant, elle ne pouvait pas décemment trouver inquiétant le fait qu'il veuille soudain lire. Ça ne pouvait lui être que bénéfique. C'était sûrement le signe qu'il allait mieux. Qu'il commençait, doucement, à accepter tous les ravages et les morts que la guerre avait causés.
Oui, Hermione Granger considérait la lecture comme le remède de tous les maux.
- … Bon, je te laisse. S'il y a quoi que ce soit que tu ne comprends pas, n'hésite surtout pas à m'appeler ! Tiens, je t'ai écrit mon numéro dans un coin de ton journal.
- A dernière nouvelle, Ron considérait le téléphone comme « une forme de désartibulation de la voix d'avec le corps »... remarqua Harry, moqueur.
Il déchira le numéro et le glissa sous son téléphone fixe. Au cas où.
- Et bien, il a cédé. J'ai su... le convaincre, rit la jeune sorcière, en glissant Rites, us et coutumes des Elfes libres des montagnes dans son sac. Bref, appelle moi si besoin.
Quand Harry lui dit au revoir, la jeune femme avait déjà refermé la porte derrière elle.
Avant de se mettre à éplucher le premier des nombreux bouquins qu'il avait sous les nez, il prit quelques secondes pour observa son amie sortir de son immeuble.
Elle regarda autour d'elle, tourna sur elle-même et... disparut.
Il lui arrivait encore, parfois, de s'étonner de la puissance de la Magie.
Après avoir jeté par terre la Gazette du jour – dont il avait déjà lu les petites annonces au petit-déjeuner – et ainsi se faire un maximum de place, Harry se mit à lire.
xXx
La veille, Aquila lui avait apporté une enveloppe assez épaisse. Il l'avait ouverte avec un mélange d'appréhension et d'excitation. Ses doigts tremblaient presque. ENFIN !
Ca faisait deux jour que Harry attendait impatiemment que le blond lui envoie son présent. Ou bien une lettre de licenciement.
Il était certain que ça avait été un échec terrible. Bien entendu que l'artiste amateur n'avait pas voulu qu'il joue un rôle au sens propre ! L'ancien Gryffondor avait été si con de le prendre au pied de la lettre !
Et en plus, il n'était pas arrivé déguisé en Melpomène ou en Terpsichore – au moins, il aurait été dans le thème – mais en Sacha de Bourg Palette.
Quand il y repensait, il était incapable d'expliquer sa propre démarche. Qu'est-ce qui, bordel, lui était passé par l'esprit ?
Bref, il était persuadé que Draco lui enverrait très vite une lettre se foutant royalement de sa gueule, lui disant, grosso modo, qu'il était aussi bonne Muse qu'un crapaud vêtu d'un tutu rose, et encore.
Qu'il ne méritait aucun présent en échange, car on ne paye pas pour la bouse de Scroutt : c'est gratuit.
Que le blond n'avait jamais rien écrit d'aussi pitoyable – et même, que s'il avait réussi à cracher quelques lignes, c'était seulement le fruit de son extraordinaire génie et que ça n'avait sûrement rien à voir avec Harry.
Mais le contenu de la lettre était loin d'être désagréable.
xXx
« Harry – ou plutôt, ma Muse,
je ne te cache pas que je m'attendais à autre chose de cette première séance. Autre chose ne signifie pas nécessairement mieux.
Il aurait été d'usage que tu viennes bien habillé, et non pas dans ces fringues moldues qui ne flattent en aucun cas ta silhouette, déjà rachitique.
Tu aurais pu, aussi, ménager de façon bien plus subtile une aura mystérieuse, qui m'aurait donné envie de te percer à jour ou, tout du moins, d'attraper ton regard.
Cependant, sache que tu ne m'as pas déçu. Plutôt surpris. Je crois que tu as, finalement, une capacité innée à être lyrique. Enfin... tout dépend de ce qu'on met derrière ce terme.
Tu n'es pas lyrique comme une sirène, la poussière d'étoile ou la nuit noire. Tu es lyrique car tu surprends.
Je laisse Octavio Paz parler pour moi.
« La creación poética se inicia como violencia sobre el lenguaje. El primer acto de esta operación consiste en el desarraigo de las palabras. El poeta las arranca de sus conexiones y menesteres habituales:separados del mundo informe del habla, los vocablos se vuelven únicos, como si acabasen de nacer. » El Arco y la lira
Mais comme je sais bien que tu ne parles que l'Anglais, et encore :
« La création poétique est d'abord une violence faite au langage. Son premier acte est de déraciner les mots. Le poète les soustrait à leurs connexions et à leurs emplois habituels : séparés du monde informe du parler, les vocables deviennent uniques, comme s'ils venaient seulement de naître. » L'Arc et la Lyre
Tu as pris mes instructions au sens littéral. « Sois un autre », je t'ai dit. Et tu es venu avec une proposition de jeu, tout en te présentant vraiment comme un autre personnage. C'était tout-à-fait inattendu. Aussi bizarre qu'intriguant. Personne n'aurait fait cela, sois en conscient. Tu t'aies approprié le langage.
Je suis en train de trouver une valeur à ta médiocrité. Vois comme je suis déjà charmé.
Tu m'as fait participer, en quelque sorte, à ton mystère. Il fallait que je devine. Tu m'as rendu acteur, sans même le savoir. Je sais que tu ne vois pas si loin.
Tu as été spontané. Alors que, selon moi, une Muse ne l'est pas.
Une Muse est comme un animal fragile et difficile à approcher. Un modèle auquel on aspire. Tu es, au contraire, un sorcier puissant mais presque moldu dans ta manière d'être. Maladroit.
Mais tu me conviens. J'attends avec impatience de voir ce que tu me réserves. Pourras-tu continuer à me distraire, à m'inspirer ?
Pour que tu comprennes aussi quels sont mes projets, je t'ai joint un extrait de ce que j'ai écrit, juste après ton départ. Considère cela comme ton présent. J'en avais prévu un autre, mais il ne convient pas.
Une partie de mon âme vit dans ces quelques lignes – et une partie de la tienne, si j'ai réussi à en capturer un morceau.
Voilà donc ce que j'espère de ces séances : Dans l'idéal, je voudrais écrire sur une femme envoûtante, parfaite. Le genre de femme qui te donne envie de mourir pour elle.
Peut-être pourras-tu, sans t'en apercevoir, te glisser furtivement dans ce rôle.
Tu as maintenant quinze jours pour revenir. Pense à m'avertir de ton arrivée deux heures avant. Minimum.
Rappelle-toi : Viens en étant toi-même, et pourtant, en étant un autre.
Draco. »
xXx
Harry relut la lettre deux fois. Il ne comprenait vraiment pas ce qu'Octavio Paz venait faire dedans. Sûrement que Draco voulait juste se la péter.
Il lui fallut quelques instants pour trouver le courage d'attaquer le parchemin joint.
C'était court. Et très étrange.
xXx
« On regarde l'insecte qui vole, incapables de mettre un nom sous ses ailes. Toute petite chose fascinante qui nous gêne et nous attire, qui danse devant nos cils et nous empêche de les battre. On est un peu bouche bée, un peu hébétés, paumés par cette fausse luciole émouvante.
Je sens éclore quelque chose d'étrange dans ma poitrine - je crois que l'insecte a pondu ses œufs dans mes poumons, sans que j'y prenne garde. Non pas que ça me dérange : ça fait un corps étranger dans mon intimité, une sorte de bête qui pousse en moi. En soi, c'est rassurant de se dire que ça vient de l'extérieur, que ce n'est pas moi qui l'y ait mis consciemment.
La grosse abeille s'est posée sur le bout de son nez.
Je sens les larves en moi se serrer les unes contre les autres. J'ai peur pour elle. Elle ouvre la bouche et la bourdonnante écarte ses lèvres, se glisse précautionneusement dans son antre. Elle referme la bouche. Elle n'a pas l'air d'avoir une reine sur la langue.
Pourtant, ses joues commencent à s'agiter, comme tressautant sous les assauts d'un dard aiguisé. On entend tous les deux un bruit vrombissant, qui s'installe dans nos oreilles pour ne plus les quitter.
Il est trop tard. Elle tombe à mes pieds, consumée. L'insecte ressort par un trou creusé dans sa gorge, titubant dans les flots de sang. Je reste là, sans rien faire, à regarder l'abeille décoller maladroitement et disparaître dans la nuit. »
xXx
Il n'était pas sûr de tout comprendre. Même pas sûr qu'il y ait quelque chose à comprendre.
Il était incapable de déterminer si c'était « bon » ou bien s'il n'y avait « rien à garder ».
Mais sa résolution était prise : la prochaine fois, il viendrait en Muse. Et pour cela, il lui faudrait retourner à Poudlard. Il n'y avait que là-bas qu'il trouverait les ouvrages qui pourraient l'éclairer.
xXx
La nuit était tombée depuis longtemps quand Harry il s'autorisa à fermer Muses et poètes, après y avoir glissé un bout de parchemin en guise de marque-page. Il s'était arrêté au début du chapitre VII « La Muse dicte, le poète écrit. Qui est le génie ? ». Cela faisait plus d'une semaine qu'il lisait tous les soirs et il était persuadé d'avoir perdu trois ou quatre dioptries. Facile.
Au fil de ses lectures, il avait pris des notes, qu'on pouvait résumer en quelques points :
1) Les Muses, dans la tradition magique, sont des créatures semi-mythiques. Selon Histoire des êtres purs, le dernier témoignage d'une apparition – Clio ou Erato, car accompagnée d'un cygne – datait de 1739.
Rien que là, ça coinçait. Harry avait plus ou moins conscience d'être une légende – s'il vivait du côté moldu de Londres, c'était principalement pour ne pas avoir à signer trente autographes alors qu'il achète un pack de PQ et a terriblement envie de chier. Mais quand même, il ne descendait pas non plus de Merlin. Malgré ce qu'on pouvait lire dans la presse.
2) Une Muse a une apparence féminine, gracieuse. Enveloppée dans des voiles légers, ses cheveux longs se fondent dans la lumière. Elle porte une couronne de laurier, de myrthe ou encore de lierre. Elle a avec elle un instrument : lyre, tambourin ou trompette ou bien un long parchemin et une plume pour écrire.
Harry ne pouvait être plus diamétralement opposé à cette description. Pendant un combat, son corps savait bouger de la façon la plus efficace possible. Ses réflexes étaient excellents, aucun de ses gestes n'était inutile. Mais dans la vie ordinaire, qu'il vivait depuis plus d'un an, il était gauche. Il ne savait pas danser. Il ne savait pas chanter. Il ne savait pas s'habiller.
3) La Muse apparaît au poète désespéré et lui souffle les mots des dieux. Le poète, enfin inspiré, se met alors à composer, comme pris dans une folie créatrice. La Muse lui prend en échange un petit « quelque chose ». Muse et Poètes n'était pas du tout clair là-dessus.
Harry avait des connaissances poétiques très limités. Il ne savait même pas ce qu'était un alexandrin. Les noms de Rimbaud ou d'Ingolfr l'Iambique ne lui disaient rien. Quoique, il lui semblait avoir lu un poème d'un des deux, il ne saurait dire lequel, dans le Quidditch à travers les âges.
4) La Muse est dépourvue de toute volonté maline. Elle n'est qu'un intermédiaire entre les dieux et le poète. Son action est limpide. Elle n'éprouve rien : ni passion, ni ferveur. Elle n'est qu'un messager cherchant le juste mot. Elle est voix, chant et musique, mais elle n'a pas de chair. Elle est tout intellect. On la confond parfois avec la Nymphe, et pourtant, elle est tout son contraire.
Et ne parlons pas de ce point-là. On disait souvent de Harry qu'il était un garçon droit au cœur pur, on l'abreuvait de conneries à propos d'un quelconque lien de parenté avec l'illustre Godric Gryffondor. On vantait son honnêteté, son visage qui ne savait mentir, son courage et sa fougue. Sa transparence.
Mais il n'était rien de tout ça. En tout cas, depuis ses seize ans, son innocence caractéristique n'était plus qu'une simple habitude sociale.
xXx
Il avait fallu que Draco vienne l'exposer. Le Serpentard de l'époque l'avait mis à nu, avait dévoilé tous les secrets qui grouillaient, dans l'ombre, sous sa peau. Une multitude de vers visqueux, aux yeux aveugles mais brillants, qui ne cherchaient qu'à traverser ses pores et se déverser au dehors.
Ses fantasmes, son envie d'être rabaissé, tous ses angles pas nets et tordus, toute la saleté qui se glissait sous les ongles, et qu'on ne pouvait que cacher avec une couche de vernis. Le maître n'avait montré aucune pitié.
Il avait fallu que Draco vienne l'explorer. Qu'il promène enfin, après des mois de frustration, ses doigts délicats sur son corps, chaud, pour en tirer des séries de halètements canins. Le blond avait, en bon chirurgien, tâté chaque centimètre carré de sa peau, enfoncé sa langue dans ses trous les plus divers, comme pour établir une cartographie minutieuse et culinaire ou pour recenser tous ses os.
Harry était chair, et chair brûlante, amas de viande gorgée de sang, qui n'aspirait qu'à s'auto-détruire.
Il avait fallu que Draco vienne l'exploser. Harry, un nombre fou de fois, avait cru sortir de son enveloppe corporelle. Les caresses – ou plutôt les gifles et les griffures, les morsures et les coups de coude maladroits –, toute cette interaction poussée à son maximum lui avait donné, souvent, l'impression de devenir Draco. Leurs dix membres se mélangeaient, comme un absurde monstre qui en consommant, se consumait lui-même.
Et quand le sperme montait dans son urètre, comme une vague sous le vent, quand il atteignait son gland rouge, atrocement rouge, et quand, enfin, dans une jouissance libératrice, le liquide blanc et poisseux s'élançait dans l'extérieur – dans une bouche, un cul, sur un ventre, par terre – il sentait son âme glisser elle-même dans l'abîme.
C'était comme s'il était ce sperme collant qui voulait sortir de lui-même, pour se fondre avec l'autre – n'importe qui, le monde, les pavés durs, les chaises branlantes.
Non, décidément, il n'avait rien d'une Muse. Ni la beauté, ni la délicatesse, ni la chasteté. Il n'était que vices, sous sa belle image de Harry Potter. A l'époque où il couchait avec Draco, il avait déjà perdu son nom, qu'il portait auparavant comme un blason.
Bref, comme d'hab, les livres ne lui avaient servi à rien. Il devrait faire les choses à sa manière.
xXx
Le 16 octobre 2000, Draco Malfoy se réveilla enchanté. Pourtant, il n'était pas forcément dans la situation la plus sensationnelle qui soit :
1) Il n'avait rien écrit depuis presque deux semaines. Et pour cause : Harry ne s'était pas encore présenté pour une nouvelle séance.
2) Le brun n'avait donné aucun signe de vie. En connaissant l'énergumène, il devait être très occupé par une activité sans intérêt mais qui lui bouffait visiblement toutes les heures de sa journée – c'était la seule excuse valable pour ne pas répondre à Draco Malfoy, putain.
3) Il était au lit avec une douce inconnue... moldue. Blonde, grande, yeux bleus, lèvres roses, sourcils fins, petits seins ronds. Elle habitait Londres mais était de passage à Egerton, pour rendre visite à sa mère.
Pour quelle raison s'était-elle retrouvée seule dans l'unique café du village, Draco n'en savait rien. Il l'avait juste repérée, assise dans l'ombre. Quand le barman, à 18H30, avait viré les derniers clients – « jusqu'au bout de la nuit » n'était pas une expression campagnarde – c'était tout naturellement que le blond l'avait invitée à passer le reste de la soirée et de la nuit chez lui.
Il fallait qu'il la réveille et la renvoie d'où elle venait.
La veille, il avait été attiré par sa beauté raffinée, son manteau volant à chacun de ses pas. Son rire délicieusement forcé, quand il faisait un semblant de plaisanterie de bon ton.
Aujourd'hui, elle lui rappelait seulement une photo qui trônait sur le manteau d'une des cheminées du Manoir, un cliché qui représentait Narcissa Malfoy, étudiante.
Rien que de penser qu'il avait couché avec une personne – mélangé leurs fluides, bordel – qui aurait pu sans mal se faire passer pour sa cousine, ça lui faisait des nœuds dans le bide.
xXx
Il décida de lui préparer le petit-déj, faisant ainsi d'une pierre deux coups. En effet, la jeune fille serait ravie de ne pas être traitée comme un coup d'un soir – ce qu'elle était pourtant –, et surtout, elle partirait plus vite.
Le problème, c'est qu'il n'avait pas grand chose pour constituer un repas digne de ce nom. Après tout, il ne mangeait jamais le matin.
Il commença par faire bouillir de l'eau pour le thé, sortit un petit coffret contenant des morceaux de sucre, choisit une toute petite tasse – plus vite elle la boirait, plus vite elle partirait – et une cuillère en argent assortie.
Il finit par trouver dans son placard une boîte métallique pleine de madeleines de Commercy, certainement un des nombreux cadeaux postaux de sa mère. Elle lui en envoyait tant que son petit estomac avait souvent du mal à suivre. Il décida donc de leur jeter un sort de fraîcheur, sait-on-jamais.
Il ne voulait pas se retrouver avec une demoiselle empoisonnée à coup de petits gâteaux lorrains.
Finalement, le petit-déjeuner se composait de madeleines et de thé rouge Dian Hong. Simple mais chic. Mais simple. Il prit soin de mettre le thé à infuser avant d'aller réveiller son hôte. Tout ça pour gagner deux minutes. Et puis, en jeune femme bien élevée, elle ne pourrait qu'honorer son repas matinal.
xXx
Draco toqua à la porte de sa propre chambre, avant de passer la tête à travers l'entrebâillement. La blondinette était là où il l'avait laissée. Même dans le sommeil, elle dégageait une impression de grâce très perturbante – peut-être parce que Draco savait qu'il dégageait la même aura.
- Caitlin ? appela-t-il, en s'approchant du grand lit.
Comme il se devait, Caitlin avait le sommeil léger. Il n'était même pas tout-à-fait sûr qu'elle dormait encore. Peut-être avait-elle tout simplement attendu qu'il vienne la réveiller, comme par peur de bouger sans autorisation du maître de maison.
- Bonjour Draco. As-tu bien dormi ? Merci de m'avoir accueillie cette nuit, dit-elle poliment.
- Ce n'est rien. J'ai préparé le petit-déjeuner, m'accompagnerais-tu à la salle à manger ?
Caitlin le remercia. Draco sentait pourtant qu'elle avait quelque chose à dire, mais qu'elle n'osait pas. Peut-être qu'elle jugeait qu'il aurait mieux fait de lui apporter le petit-déj au lit, comme à la princesse qu'elle était ; ou bien elle voulait simplement lui demander de ne pas se déranger pour elle. Brave fifille.
Ils s'assirent silencieusement dans la salle à manger. La table et les chaises, entièrement en verre, étaient austères comme pas possible.
Il fallait qu'elle se sente mal-à-l'aise, mais sans pouvoir rien lui reprocher.
Assez mal-à-l'aise sur sa chaise de verre pour partir aussi vite que possible.
xXx
- Je n'ai pas eu l'occasion de te complimenter hier, mais ta maison est superbe. J'admire la façon dont tu as agencé l'espace, sans le compartimenter.
Elle semblait savoir de quoi elle parlait. Contrairement à ce cher Harry, qui n'avait pu que souffler « C'est très joli ici », en regardant un meuble à chaussures.
- Est-ce que du thé rouge te conviendrait ? demanda Draco, tout en la servant. Tu trouveras du sucre ici et je t'ai sorti quelques madeleines.
- C'est parfait.
Et la conversation superficielle s'arrêta là. Cinq minutes pesantes, durant lesquelles on n'entendait que le bruit répugnant de déglutition. Caitlin tentait tant bien que mal de le cacher, en faisant tinter sa cuillère, en cognant accidentellement la boîte métallique. Deux fois, elle sembla sur le point de parler, mais se retint.
Draco ne mangeait et ne buvait pas. Il ne la regardait pas vraiment non plus. Bien sûr, ses yeux étaient dirigés vers elle, mais il voyait comme à travers.
Il regardait sa cheminée de verre, comme s'il attendait un coup de Cheminette. Mais ça, Caitlin ne pouvait pas le deviner.
L'ambiance était lourde. Les aisselles de la jolie poupée devaient être collantes de sueur.
xXx
Quand Caitlin prit finalement congé, l'air soulagé, après s'être changée et remaquillée, Draco soupira d'aise.
Il entreprit aussitôt de jeter ce qu'elle avait utilisé. Une serviette en tissu beige, une petite cuillère, une tasse, une serviette essuie-main. Il jeta son drap de lit, sa housse de couette et les taies de ses cinq oreillers, pour la forme.
Il nettoya méthodiquement la boîte à madeleines ainsi que celle à sucre. Et la théière. Et ses mains. Deux fois.
Il se rendit compte que, s'il avait voulu que Caitlin parte le plus vite possible, c'était bien parce qu'il avait peur que Harry le contacte.
Et qu'il se rende compte qu'il lui arrivait encore de coucher avec des filles.
Bien plus souvent qu'avec des hommes, même.
xXx
- Draco ? Draco, t'es là ?
La tête de Potter flottait dans l'âtre transparent.
- Bonjour toi-même. A quelle heure arrives-tu ? demanda le blond, calmement.
- Ho, comment tu sais ?
- Potter, la période de deux semaines se termine demain. Si tu me Cheminettes ce matin, je suppose, et avec une logique qui te dépasse manifestement, que tu comptes venir cette après-midi.
- Ouais, ouais, okay, bon à cette aprem, alors !
Et il coupa la communication.
Draco voulut rappeler sur le champ, pour lui demander à quelle heure exactement ce bouffon comptait se pointer.
Puis il se rappela qu'il ne savait pas où il habitait.
Il allait encore passer la journée à attendre un abruti aux cheveux emmêlés et plein de pellicules.
xXx
16 octobre 2000, 17H. Maison de verre, Egerton, Kent.
Draco avait passé plus de six heures à fermenter sur son beau canapé. Il s'était levé toutes les demi-heures, systématiquement, pour aller se recoiffer et pisser un bon coup. Comme ça, quand Potter se pointerait enfin, il pourrait se concentrer comme il se doit, sans avoir à prendre en considération d'éventuels cris désespérés de sa vessie distendue.
16 octobre 2000, 17H15. Maison de verre, Egerton, Kent.
On toquait à la porte.
Enfin, plus exactement, quelqu'un toquait à la baie vitrée.
Draco allait gueuler quelque chose comme « Potter, tes yeux sont-ils tellement cheap que tu n'arrives plus à différencier une porte d'une vitre ? », oubliant, une nouvelle fois, qu'il avait équipé sa maison d'un Sortilège de Calfeutrage... quand il vit à qui il avait affaire.
C'était un môme. Un sale môme.
Sa silhouette lui était quand même vaguement familière. Pourtant, il n'avait pas l'air d'un des gosses d'Egerton. Pas assez... péquenaud.
Puis, Draco le reconnut. Comment avait-il pu oublier ?
Et en même temps, n'était-ce pas naturel qu'il ait oublié ?
Après tout ce temps... Presque dix ans qu'ils ne s'étaient pas vus... Et il n'avait pas changé. On aurait presque le même, le même qu'au tout début.
L'ancien Serpentard lut les mots « Salut Draco ! » sur les lèvres de l'enfant, de l'autre côté de la vitre.
Avec un sourire radieux, il attendait impatiemment que le sorcier lui ouvre. Ses mains moites étaient collées contre le panneau transparent.
Le blond avait oublié combien ses yeux étaient lumineux. Et combien il était petit.
Etait-il humainement possible d'être aussi petit ?
Et d'avoir pourtant d'aussi grands yeux ?
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Après l'air fait entrer, Draco ne put s'empêcher de dévorer son petit invité. Au sens figuré.
Il avait la taille d'un nain, l'épaisseur d'une feuille à rouler. Sa tête faisait l'effet d'une grosse ampoule posée en équilibre sur un clou habillé.
Ses doigts maigres étaient comme ceux d'un épouvantail. Ses cheveux étaient en rébellion perpétuelle contre l'apesanteur et l'ordre établi. Quoique, dans son cas, il était très improbable qu'il y ait un jour existé un ordre capillaire établi.
Ses joues étaient marbrées de rouge, le rouge des gamins heureux ou essoufflés. Et elles semblaient délicieusement douces, couvertes d'un duvet invisible, celui d'une pêche – la barbe n'y pousserait pas avant deux ou trois ans.
C'était drôle car, bien qu'il n'ait pas un pète de graisse, le morveux avait tout de même les joues rondes, le nez rond, même ses lobes d'oreilles l'étaient, ronds. Draco était même presque certain que son ventre devait avoir, sous son tee-shirt, la légère courbe des ventres d'enfant.
Décidément, il était adorable.
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- Assied-toi donc ! ordonna le maître de maison, excédé.
Le petit brun lui jeta un simple regard impertinent – si typique ! –, lui tira la langue, et retourna à son exploration de la pièce.
Il ne se rappelait pas l'avoir déjà vu aussi excité. Enfin, survolté.
Le mioche semblait s'émerveiller de tout : de l'horloge murale silencieuse, avec ses planètes et ses nombreuses aiguilles ; de la collection de babioles sur la commode, jouets de Pétards Surprise ancestraux, conservés précieusement ; de la porte sans poignée qui menait au reste de la maison.
L'enfant marmonna, enthousiaste, « Alohomora » et, tout fier, disparut à travers l'ouverture.
- Mais attends !
La seule réponse fut un rire aigu, qui émanait visiblement de la chambre. C'est qu'il était rapide, le con.
« Faites qu'il ne remarque pas le désordre du lit », pria Draco, en entrant précipitamment dans la pièce.
Il avait été si pressé de se débarrasser de tout ce qui évoquait Caitlin, qu'il avait oublié de refaire le lit, après en avoir changé l'ensemble des draps, taies, housses.
Le sale morveux n'aurait pas pu plus s'en foutre. Il se roulait sur l'épais matelas, s'enroulait dans la couette moelleuse et aérienne, et tout cela, chaussures aux pieds.
Celui qui dormait dans le lit où un enfant était en train d'imprimer consciencieusement des traces de boue était sur le point de faire une crise d'épilepsie, quand l'enfant en question lui balança un oreiller dans la tronche avant de filer.
Il se dirigeait désormais à grands pas vers la salle de bain.
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Au passage, il ouvrait agilement tous les placards, toutes les pièces, certainement à la recherche d'une bonne planque, au-cas-où. Ou tout simplement parce qu'il trouvait très amusant d'entendre Draco, à sa poursuite, se les prendre dans la tronche.
Après avoir refermé la porte des toilettes, que l'insupportable garnement avait aussi laissée grande ouverte, Draco arriva enfin devant celle de sa salle de bain. Elle était fermée.
Il lui fallut plusieurs essais avant de réussir à l'ouvrir. Le sortilège était élémentaire – même le gosse le maîtrisait – mais sa main tremblait. Il avait peur de l'état dans lequel la petite furie avait mis sa pièce la plus précieuse.
C'était là qu'il conservait tous ses produits luxueux, souvent confectionnés pour sa peau uniquement. Certains coûtaient plus chers qu'un loyer sur le Chemin de Traverse. Ce qui n'était vraiment pas peu dire.
Quand il poussa finalement la porte, il fut choqué par le silence profond. On entendait seulement un crissement.
Oh bordel, par les vergetures d'un castor incontinent.
Le petit con était en train d'écrire sur son miroir avec un rouge-à-lèvres.
Draco retrouva vite la parole. Il fallait que ce massacre s'arrête.
Le miroir dans lequel il se reflétait tous les matins – et même plusieurs fois par jour- était un authentique miroir Vénitien du XVIe siècle. Le genre de truc dont il ne vaut mieux pas savoir le prix.
- Je ne savais pas que tu te maquillais, ironisa le blond tant bien que mal, en désignant le tube doré inconnu que le marmot avait dans la main. Ce n'est pas très fairplay de t'être si longtemps foutu de mes crèmes de soin.
C'était une étrange manière de parler à un enfant. Mais après tout, malgré son apparence, le type devant lui était adulte et responsable.
- J'ai trouvé ça là ! répondit Harry, avec la voix d'un môme de onze ans. J'en conclus que ce n'est pas à toi et que tu avais de la compagnie cette nuit.
Ho bordel. Le blond était pourtant passé plusieurs fois dans la salle de bain, et il ne l'avait pas remarqué. Il devait être trop obnubilé par son propre reflet.
- Ça se peut oui, répondit évasivement Draco. Cependant, c'est un sujet de grandes personnes. Tu comprendras quand tu seras... plus grand. Maintenant que tu as ruiné, que dis-je, saccagé ma belle demeure, que dirais-tu de retourner au salon pour boire un délicieux jus de citrouille maison ?
On lisait de la suspicion dans les yeux de Harry, mais il consentit à lâcher le tube de rouge-à-lèvres, abandonnant ainsi le miroir tristement défiguré par une insulte inachevée, « Draco est une sale b ».
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- Je ne buvrai pas quelque chose que tu as fait toi-même, déclara tout de même le bonhomme, en suivant Draco jusqu'au salon.
- Je ne boirai pas, rectifia le sorcier, distraitement.
En cet instant, il avait vraiment l'impression d'avoir voyagé dans le temps, neuf années plus tôt.
Ça lui ressemblait tellement ! Un vrai gamin. Rien que pour voir, l'ancien Serpentard le taquina :
- C'est du pur jus, sans sucre ajouté, pressé à la main. Délicieux.
- Beurk, je préfère celui de Magie-Ali.
- Tu sais qu'ils utilisent des citrouilles pourries et ajoutent une tonne de potions anti-vomitives ? Pour tromper ton corps dont la première réaction, au contact de ce liquide infecte, devrait être l'écœurement ?
- Tu parles comme un adulte, répliqua le petit Harry, en soufflant exagérément.
- Je suis adulte. Et toi aussi.
Harry fit les gros yeux, mais ne répondit pas.
Son visage reflétait, comme avant, toutes ses émotions. Il devait penser, grosso modo, quelque chose comme « Tu me barbes, ton éthique de vie bio, je m'en contrefous et tes bouteilles en verre, tu peux te les mettre où je pense ».
Faire ce genre de conjecture mit Draco de très bonne humeur.
Enfin ! Il se retrouvait avec le Harry qu'il avait connu. Un Harry non érotique, non attirant, prévisible, grande gueule. Un enfant.
Mais quand avait-il cessé d'être cela ?
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Harry but une gorgée de jus de citrouille avec méfiance. C'était sa boisson préférée, certes. Mais celui qu'il avait bu à Poudlard six années durant n'était pas fait maison et surtout, contenait une quantité de sucre astronomique.
Les Elfes étaient très doués en cuisine et en pâtisserie, et leur vin, rare et coûteux, était réputé.
Mais ils ne savaient pas presser correctement les citrouilles. En même temps, on ne pouvait pas vraiment leur en vouloir, sachant que les courges cultivées par Hagrid faisaient facilement trois à quatre fois leur taille – ne parlons pas du poids.
Bref, toute son adolescence, Harry avait bu du jus de citrouille Magie-Ali, le numéro un de la grande distribution magique.
- Beurk, Draaaaco, t'as pas du sucre ?
Draco haussa un sourcil gauche.
- Et genre heu, de la Maïzena ?
Draco haussa le sourcil droit.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Heu, je sais pas trop, mais ma tante en mettait dans les soupes pour les épaissir. Ton truc, c'est dégueu.
Les sourcils de Draco se haussaient si haut qu'ils se confondaient avec les rides outrées qui barraient son front.
- Fais pas cette tête, t'as l'air aussi intelligent qu'une fouine. Avec ton petit nez retroussé, remarqua le gamin d'un ton espiègle, en posant bruyamment son verre de jus, auquel il avait à peine touché, sur la table basse vitrée.
Les yeux gris n'en furent que plus exorbités.
Il se rassura en se disant que, après tout, Harry lui avait démontré plusieurs fois qu'il n'avait rien contre les fouines.
- Qu'est-ce que tu bois, toi ?
- Du thé noir.
- Sans sucre ?
- Évidemment.
- Tu es vraiment ennuyeux. Je peux voir ta cuisine ?
Et Harry fila vers la porte que son hôte n'avait pas pu refermer, quand il était revenu précédemment, un plateau dans les mains.
S'il ne se mentait pas à lui-même, il saurait qu'il l'avait, en quelque sorte, fait exprès. Comme pour tenter le gosse. L'inviter à explorer. Et ça avait brillamment marché.
Draco souffla quelques minutes. Il dégusta son thé, dans un silence appréciable.
C'était étrange car ce qui l'énervait profondément il y a quelques années n'était plus pour lui qu'une simple et fraîche impertinence.
Il avait, durant au moins cinq ans, haï Potter de tout son être, comme si c'était là le lieu de son accomplissement.
Désormais, il était amusé, presque nostalgique de ces effronteries enfantines.
« Nevermore », pensait-il. C'est qu'il prenait son rôle de poète maudit très à cœur.
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- Dracoooo !
Le Sortilège de Calfeutrage, même s'il diminuait l'intensité du cri, ne pouvait en cacher la tonalité paniquée.
Que se passait-il, bordel ?
Tandis que Draco accourait vers la cuisine – elle ne lui avait jamais semblé aussi loin –, il jeta sa tasse à moitié pleine par terre, fit disparaître le désastre d'un coup de baguette et s'énumérait mentalement tous les dangers potentiels auxquels un enfant était exposé, quand il n'était pas surveillé.
Quand il entra enfin dans la pièce, se fut tout échevelé qu'il découvrit un petit Harry hilare, le cul tranquillement posé sur le plan de travail.
- Tu as vraiment couru !
- Toi... Je vais te tuer ! grommela le blond. Tu trouves ça drôle ?
- Très. Ça me rappelle quand on était dans la Forêt Interdite, et que je t'avais fait « bouh » et que tu avais gueulé comme un...
- Ça suffit !
Et, sans vraiment comprendre pourquoi, Draco se retrouva à chatouiller l'insupportable gamin.
Comme il était petit ! Et maigre ! Mais comme il riait !
L'ancien Serpentard avait l'impression de faire deux, trois ou quatre fois sa taille. Pire, il avait beau tenter de trouver ses aisselles pour le chatouiller, être en contact direct avec lui, il se sentait comme dans un tout autre univers, comme si un monde entier les séparait.
Sous lui, cet enfant qui, s'ils ne se connaissaient pas déjà, ne l'aurait absolument pas intéressé. Quand Draco Malfoy, vingt ans, croisait un gosse qui en avait onze dans la rue, il ne lui accordait pas même un regard.
Et pourtant, ce petit Harry le fascinait. Ses réactions étaient si vives, sa spontanéité si grande, qu'on aurait dit qu'il n'avait aucune limite.
D'un côté, à cet âge-là, il y avait tant de choses devant lui.
Tout lui était possible. Tout était envisageable.
Ou plutôt : rien ne semblait encore appartenir au tendre, amer domaine du « trop tard ».
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- Hey !
Inconsciemment, plongé dans ses réflexions sur le temps, l'éternité, le paradis perdu, l'enfance-âge d'or et qu'est-ce que c'était merdique de vieillir, le blond s'était arrêté de chatouiller.
Ses doigts qui, auparavant, s'agitaient sur la peau douce, aux poils encore fins de l'enfant impubère, s'étaient suspendus. Les voilà désormais à quelques millimètres au-dessus du ventre tendu.
La pulpe frôlait, à chaque respiration de Harry, sa chaleur abdominale, sucrée. Il n'avait jamais eu les mains aussi glacées. Et c'était à ce contact si bref, presque inexistant, qu'il avait l'impression de se les brûler.
Le tee-shirt informe du môme était légèrement relevé, dévoilant à peine son petit nombril.
La main de Draco semblait énorme, en comparaison. Il était un géant, à côté. Aucune sorte de rapport n'était possible entre deux êtres évoluant dans deux univers si éloignées.
Sur le dos, étalé sur la table, le gosse attendait, mal-à-l'aise.
Ou bien la rougeur de ses joues n'était pas due à la gêne, mais à l'ambiguïté interdite, taboue de leur position.
- Draco ?
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La voix fluette était celle de Harry sans l'être.
Ses cheveux avaient l'air comme moins gras que d'habitude, plus doux. Comme si une décennie de shampooing en moins leur avait insufflé une nouvelle vie.
Ses petites oreilles rondes étaient admirables de mignonnerie. Rien à voir avec les lobes de Bouddha d'aujourd'hui.
Les yeux verts étaient bien les siens, indubitablement. Mais le blond avait perdu l'habitude de leur voir si lumineux. Si purs.
Oui, il y avait un fossé entre cet enfant et la créature tout en angle, dissymétrique, que Harry était devenu, adolescent.
Mais... En dehors des changements dus à l'âge, il y avait autre chose.
Le petit Harry était presque comme celui de son souvenir. Draco lisait en lui les gosses qu'ils avaient tous les deux été. Il lisait l'enfance, l'arrogance puérile, la soif d'aventure, le courage insensé, la révolte contre l'injustice, le désir de s'amuser, aussi.
Cependant...
Et soudain, il comprit. Qu'il était con.
C'était pourtant évident.
Comme si on pouvait vraiment rajeunir.
- Harry, dit-il simplement d'une voix rauque.
Depuis que le gamin avait fait irruption chez lui, c'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom. D'ailleurs, il aurait été plutôt tenté de l'appeler, avec mépris, « Potter ».
Il n'aurait jamais pu l'appeler « Harry ». Harry, c'était Potter, après ses seize ans. Harry, c'était quand ils avaient succombé, après tant de désirs brisés, à l'envie de chair. Harry, c'était tous ces moments fous, où ils formaient presque un couple.
En tout cas, Harry, c'était quand on pouvait dire d'eux qu'ils étaient une entité. Précaire, certes, mais tout de même duelle. Harry, ça n'était pas ce petit con qu'il avait détesté.
Alors, ce gamin n'était pas Potter.
- Ça va pas ? demanda Harry, d'une petite voix geignante.
- Arrête, ça ne prend plus. Et remets-moi ça bien là, tu ne devrais pas exhiber ainsi ton ventre. C'est malsain.
- Hum, ronchonna le petit brun.
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On aurait pu penser que la séance prendrait fin abruptement, sur cette sorte de révélation.
Sous cette peau, il y avait bien Harry Potter, vingt ans, qui jouait à l'enfant. En quelque sorte, il jouait à être celui qu'il avait été mais n'était plus. Il s'imitait lui-même.
Le blond avait été choqué par l'aspect mensonger, traître. Ce gamin, ce gamin, il avait déjà couché avec.
Il l'avait malmené, il l'avait, il l'avait... et pourtant...
Oui, Draco n'était plus d'humeur à jouer à Papa. Harry descendit de la table en pensant avoir encore tout foiré.
Pourtant, quand Aquila rentra cette nuit-là, sans musaraigne morte cette fois-ci – il y a des nuits sans –, il aperçut, couchés pêle-mêle sur la moquette, son maître et un petit garçon qui ne lui était pas inconnu. Oui, c'était un garçon qu'il avait connu, il y a de nombreuses années.
Voilà ! En espérant que le chapitre vous a plu ! J'ai eu un peu de mal avec la séance. La prochaine fois, je reprendrai mieux toutes les impressions des deux
En attendant, tu peux laisser un p'tit mot, si ça te dit :) En tout cas, ça me ferait grave plaisir. T'y as vu.
Date du prochain chapitre : lundi 6-mardi 7 octobre.
