Publié le samedi 1er novembre 2014
Bonsoir bonsoir ! Déjà, je suis PILE à l'heure (les annonces de dates, c'est pas pour moi, j'y arrive mieux sans /o/ ) donc je suis de bonne humeur !
En plus, je sais pas trop si vous avez capté, mais l'histoire se déroule grosso modo "en temps réel". Genre c'est Halloween en vrai et dans Cherche Muse, si c'est pas fou ! (mais je traite pas vraiment le sujet...)
Et Rowling vient de publier plein de nouveaux textes sur Pottermore :D
Ensuite, le 4 novembre, dans quelques jours, c'est mon anniversaire sur FF ! Ca fera un an que j'aurais publié le premier chapitre de ma première fic. Ca me rend toute chose. Sérieusement, je pensais pas que j'allais autant m'investir là-dedans. En tout cas, cette fic est loin de se terminer !
J'ai changé la catégorie de la fic : de Hurt/comfort & Humor elle est passée à Angst & Humor. Je ne sais pas si c'est judicieux, mais vu qu'elle traite bien moins des sévices corporels, contrairement aux Enchaînés... (Angst et Humor ensemble, je trouvait ça tellement drôle)
A propos du chapitre, il ne comporte pas de scènes choquantes/de poils/de chair déchirée/enfin, vous me connaissez, quoi. J'avais besoin d'écrire un truc posay.
Je remercie Chat Bleu (Blaise apparaît dans ce chapitre ! Merci d'avoir apprécié les pigeons :) ) et LinChan (Ha, tes messages me font toujours plaisir. C'est vraiment coul de sentir que ça plait à quelqu'un :D Ce chapitre est plus long que les précédents ! ) pour leurs reviews.
Résumé, résumez, résumons : Chapitre 7 : Blaise décide d'intervenir dans la vie de Draco et Harry. Chapitre 8 : Ted Lupin est un sale gosse capricieux mais bien charmant - Draco et Harry ont un bien long RDV au restaurant, qui est à la fois le cadeau de Draco en échange de la 2e séance et une 3e séance surprise, car Harry vient en myope, bouleversant notre Serpentard intergalactique.
Sans plus de formalités, bonne lecture, on se retrouve en bas !
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 8 : Passer la soirée tout seul à se morfondre
« Quand je me suis réveillé, j'ai su que c'était pour aujourd'hui. Ça faisait quelques temps, déjà, que je me sentais un peu plus léger chaque jour. Je me vidais de ma substance, je crois, mais je ne peux pas dire ni comment ni pourquoi.
Je constatais simplement que ça s'échappait, ça sortait de tous mes pores, que ça s'évaporait sans un bruit, et c'était beau. Des petits bouts de moi, invisibles, se faisaient la malle, défiaient les lois de la gravité pour rejoindre le ciel.
Je ne peux le prouver mais je sais qu'ils partaient pour un long voyage et, qu'un jour, je les rejoindrai, sur cette terre d'exil. Nuit après jour, j'imaginais des perles de moi se barrer, à travers ma peau percée. Irrégulièrement dans la journée, plus souvent quand j'avais les yeux fermés et que j'essayais de rêver.
Incapable de dormir, je me retournais souvent, et les draps tachés de rouge avaient un vague goût de sel.
J'ai pensé à coller un pansement sur chaque trou de mon corps, puis je me suis dit que c'était moche de lutter contre une destinée. Alors, j'ai laissé faire. J'attendais, presque impatient, le jour où je me dirais « C'est bon. Tout ça, c'est fini. ».
J'ai senti ce matin que c'était bientôt l'heure de ma dernière érection, mon dernier cri, avant que mes poumons, ballons crevés, atteignent enfin leur ultime souffle.
Je savais que c'était pour aujourd'hui, mais je ne savais pas pour quelle heure. J'ai donc traînassé dans mon lit, comme une nymphe dans son cocon. J'avais les membres un peu froissés, un peu »
D'un geste rageur, le jeune homme ratura les deux dernières lignes. C'était pas fluide pour une mornille. D'ailleurs, il allait tout jeter, tiens. C'était mauvais, bordel. Terriblement mauvais. Il n'avait même, de mémoire de sorcier, jamais écrit un tel torchon.
Il était tard et lui était foutrement insatisfait.
xXx
A peine revenu dans sa maison de verre bobo-hipster-swaggylol, Draco s'était précipité sur la plume et le morceau de parchemin qui l'attendaient patiemment sur la table à manger. Et il avait gratté un long quart d'heure, les phrases s'enchaînant sans mal, jusqu'à ce qu'il bloque soudain.
Dès que sa plume avait arrêté de crisser sur le parchemin, il avait barré deux lignes puis cinq. Et, finalement, il venait de tout tej à la poubelle, frustré.
Avant de partir pour le Mon Plaisir, il avait laissé sur sa table de quoi écrire, au cas où il ait quelque chose à coucher d'urgence sur le papier, avant de s'écrouler sur son lit. Ce petit rituel, il l'appelait mentalement son « Après-Potter ».
Draco avait pris l'habitude, il y a plusieurs années, de raconter ses petites entrevues avec Harry Potter. C'était une sorte d'épilogue, où il essayait désespérément de se raccrocher aux quelques instants partagés avec l'idole de la Grande-Bretagne magique.
Une façon de rejeter le plus tard possible le moment où il devait admettre que Potter n'était plus là, à ses côtés, rouge et poisseux et que cette vision érotique était inexorablement vouée à devenir un simple souvenir.
Bref, il écrivait immanquablement après ses rendez-vous avec Potter sauf quand il était vraiment KO, ce qui arrivait plutôt souvent. Dans ces cas-là, il reportait l'atelier journal intime au lendemain.
C'était une manie qu'il avait perdue sans mal, avec la guerre, leur séparation fortuite, toussa – d'un côté, sans matière à écrire, point d'encre à verser – et qu'il avait retrouvée sans même s'en apercevoir, quand il avait découvert qui était au juste le mystérieux jeune homme qui avait répondu à son annonce.
Le seul candidat au poste de Muse à sembler être en possession d'un complexe cérébral en état de marche, par une sorte de fatalité dotée d'un sens de l'humour douteux, ça avait du être Harry Potter.
Depuis qu'il l'avait revu au Chaudron Baveur, il y a deux mois de cela – seulement ! –, il en avait usé, des plumes.
xXx
Il pensait sincèrement que le rendez-vous au restaurant serait un simple rendez-vous au restaurant. Qu'ils dîneraient en parlant peu mais bien, que Potter serait gêné dans ce cadre qui lui était si peu familier. Que, comme à son habitude, le rejeton Malfoy mènerait la danse, apostrophant chaque serveur par son petit nom et prononçant le Français à la presque-perfection.
Enfin, carrément mal, mais il comptait sur l'incapacité formelle du Survivant à distinguer le Français du Tchèque.
Bref, la soirée aurait du être tranquille, et le compte-rendu sans intérêt pour quiconque d'autre que son auteur.
Mais, comme d'habitude, Potter s'était évertué à lui démontrer combien toute la terre avait raison de croire qu'il était ce foutu être absolument fascinant et imprévisible. Il s'était ramené, ce con, en aveugle. Ou tout comme. Et rien que ça, ça avait foutu en l'air tous les plans de Draco.
Et bref, au lieu de rédiger une description détaillée du rendez-vous, bourrée de petites envolées dégueulasses d'amour interdit reparaissant à la surface tel une comparaison foireuse, il avait pondu ce qu'il, dans la folie du moment, avait pris pour une page de maître.
Et bien sûr, en réalité, c'était nul à chier.
Putain.
Trop énervé pour se remettre à écrire, il fit disparaître les lambeaux de parchemin et la plume cassée.
Il était tard – minuit passé – et Draco Malfoy se préparait un café noir. La nuit allait être longue.
xXx
Ce n'était décidément pas un rendez-vous au restaurant classique, songea-t-il pour la sixième ou septième fois, en remuant machinalement sa cuillère, dans la tasse vide.
Déjà, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait aucune idée de si son plat avait été bon ou pas. Il se rappelait, bien sûr, de ce qu'il avait commandé. Un verre de blanc, une entrée froide et un plat principal à base de riz blanc et de poulet. Ou de dinde. Une viande blanche, quoi.
Potter, quant à lui, avait pris un pichet d'eau plate et, à l'aveuglette, opté pour une salade niçoise ainsi qu'une assiette de petits pois sur leur sauce sucrée-salée.
Donc non, il n'avait aucun problème de perte de mémoire à court terme, merci. Mais, pour la première fois depuis environ une grosse dizaine d'années, il était tout simplement incapable de dire si le chef était en cuisine ce soir-là ou si c'était le commis, cet incapable, qui avait tout préparé. Ou encore si son repas avait un jour été congelé. Ou même s'il s'agissait de boîtes de conserve réchauffées.
Non, il était bien trop focalisé sur les yeux myopes en face de lui, sur la fourchette tenue d'une main mal assurée et sur les petits pois fluorescents qui se suicidaient tous à tour de rôle.
Il avait tellement été happé par l'étrange spectacle qu'il n'avait même pas été tenté de le troubler. Quand on contemple, on n'agit pas. Fausse citation de Plotin.
xXx
Pourtant, ce n'était pas comme s'il était venu sans un minimum de préparation. Au contraire, il avait auparavant dressé scrupuleusement une liste de questions, et même cinq longues tirades qui pourraient venir combler les blancs potentiels.
Mais il avait oublié de prendre en compte le fait que, pour qu'il puisse les insérer dans une conversation, il fallait déjà qu'il y ait déjà au préalable un semblant de conversation. On ne pouvait clairement pas qualifier d'un tel nom les quelques éléments grammaticaux qu'ils s'étaient échangés au cours du dîner, par pure convention.
En tout, ils avaient du utiliser une cinquantaine de mots en deux heures. Sans exagérer.
Pourquoi est-ce que ce con était venu sans lunettes ? Pour lui montrer ses bozieuverts ? Pour le déstabiliser ? Pour l'empêcher de dormir ?
Dans tous les cas, il avait mirifiquement bien réussi son petit tour. Chapeau, Potter.
Ou était-ce une troisième séance, et il avait été trop con pour ne pas s'en apercevoir ?
Draco, perdu dans ses pensées, canalisait moins bien sa magie qu'à l'ordinaire. Si on en jugeait l'état de sa petite cuillère, qui ne cessait de se tordre et de se détordre, il était pris dans une chaîne d'assertions contradictoires et terriblement prises de tête. Et, dans le silence de sa cuisine toute neuve, il grinçait même parfois des dents, sans s'en apercevoir.
Il n'avait jamais été insomniaque. Son sommeil était léger, certes, mais il lui suffisait de quelques petits sorts autour de son lit pour dormir facile dix à douze heures.
Mais là, ses yeux secs se rouvraient après chaque battement de paupières, malgré lui. Et il pensait, sans relâche, à la façon dont il pourrait écrire Potter, si on pouvait vraiment réduire ce type à une série de mots accolés.
Non, conclut-il quelques heures plus tard. Harry Potter n'était pas réductible. Il se déployait toujours bien au-delà de sa propre enveloppe charnelle. Normal que la tentative du pauvre humain qu'était Draco Malfoy de créer un personnage à partir d'un Dieu soit vouée à l'échec.
Un vicieux complexe d'infériorité lui fit passer une bien mauvaise nuit.
xXx
- Bonjour !
- Bonjour...
Harry dépassa le Moldu moustachu, qui était occupé à fourrer la mauvaise clef dans la mauvaise boîte aux lettres. C'était un de ses nombreux voisins.
Le brun n'aurait su juger s'il était sympathique ou non, pour la bonne raison qu'il ne lui avait jamais entendu dire autre chose qu'un « bonjour » bourru.
Et, manifestement, ce n'était toujours pas cette aprem-là qu'ils prendraient le thé ensemble tout en discutant à baguettes rompues de l'élevage des carottes naines borgnes à trois pattes au Groenland.
- Poussez-vous jeune homme, j'ai quatre-vingt cinq ans !
Tiens, ça s'était sa voisine du dessus, qui dévalait les escaliers avec son horrible chien. Selon les connaissances limitées de Harry en races canines, c'était un bichon frisé blanc – ou un autre truc du genre –, répondant au doux nom de « Ma petite fifille à moi ».
Le caractère de l'ignoble cabot était curieusement aussi... intéressant que celui de sa maîtresse. Cette dame était une vieille mégère acariâtre et en parfaite santé, qui ne semblait vivre dans un immeuble que pour le plaisir de faire chier tous ceux qui y habitaient aussi (malheureusement).
La première fois que Harry l'avait vue, il aurait pu jurer que c'était une sorcière, tellement elle avait le look approprié. Il avait même certainement émis quelques phrases en ce sens. C'était peut-être en partie pour cela qu'elle ne pouvait plus se le sentir depuis.
Quand elle arriva à son niveau, elle le poussa violemment contre le mur et, plutôt que de s'excuser, elle grincha :
- Tout ce linge ? Vous vivez seul pourtant, il me semble ?
Puis, avec un froncement de nez, elle rejoignit son sac à puces qui l'attendait dans le hall en couinant, laissant derrière elle cette pauvre créature abjecte à l'odeur particulièrement putride qui revenait de la laverie automatique du quartier et galérait présentement à gravir les marches raides et inégales du petit escalier, j'ai nommé, Harry Potter.
Ce dernier n'en avait rien à foutre des remarques impolies de la vieille femme. Il se concentrait seulement sur son étage qui se rapprochait un peu plus à chaque marche. Les deux sacs de linge propre et humide commençaient à lui sembler bien lourds.
xXx
C'est avec empressement et soulagement qu'il claqua sur lui-même la porte de son studio. En effet, il venait d'entendre le soufflement caractéristique de son voisin de palier. Il n'était pas méchant, au demeurant. Simplement, il avait tendance à inspirer et expirer en plein sur la figure de Harry la quantité d'air qu'un bébé cachalot inspire et expire les trois premiers mois de sa vie.
Une fois, l'ancien Gryffondor avait trouvé dans ses cheveux noirs une chose qui s'apparentait terriblement à un résidu de bave séchée involontairement niché là.
Depuis ce jour-là, il évitait soigneusement le bonhomme.
Enfin, ce n'était pas comme s'il avait noué un quelconque lien affectif avec un seul de ses voisins, même si cela faisait plus d'un an et demi qu'il habitait là.
xXx
« Monsieur Potter, j'ai toqué à votre porte, vous n'avez pas répondu. J'ai téléphoné deux fois, vous n'avez pas décroché. Je me suis donc résolue à vous laisser un message, dans l'espoir illusoire que vous voudriez bien vous souvenir de la date d'aujourd'hui. Pour votre gouverne, nous sommes le trente et un octobre, Monsieur Potter. Et le loyer doit être payé le trente. J'attends votre chèque dans ma boîte aux lettres demain matin dernier délai. Passez une bonne journée Monsieur Potter, mais rappelez-vous qu'une échéance n'a d'utilité que si elle est respectée ».
Charmant. Alors qu'il cherchait de la place pour un dernier caleçon sur son étendoir plein à craquer – sa vieille voisine n'avait pas tort, il avait du oublier de faire la lessive la semaine dernière –, il constata qu'il y avait un autre message vocal sur son téléphone fixe ancestral.
Il n'y avait que Hermione et les Moldus qu'il fréquentait qui avaient son numéro. On pouvait d'ailleurs aisément réduire cette liste à Hermione + sa propriétaire.
Sans se ménager plus de suspense, il appuya de nouveau sur le bouton message.
« Harry ? Je te fais l'honneur de t'appeler et tu daignes même pas décrocher ? Rappelle-moi au... »
Le brun dut réécouter le message pour noter le numéro de téléphone dicté. Et il tenta de se rappeler à qui donc, bordel, appartenait cette voix... Et surtout, pourquoi un individu de sexe masculin qui connaissait son prénom lui avait laissé un message vocal.
Ça ne pouvait pas être ce type rencontré dans un bar il y a plusieurs mois, si ? Pourquoi rappellerait-il seulement maintenant ?
Ou encore cet apprenti boulanger, à qui il avait refilé son numéro un dimanche matin, poussé par une envie mortelle de reconnaissance sociale ? Pourquoi rappellerait-il ce client un peu dingue ?
Bon, il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir.
xXx
- Al... lo ?
- A qui appartient donc cette douce et suave voix ? demanda Blaise d'un ton taquin, tandis qu'il feuilletait un magasine de cul moldu.
- Je...
- Hum, tu m'as pas reconnu ? J'en suis vraiment chagriné, Harry.
Il hésitait. Il n'arrivait pas à déterminer si la blonde, aux joues un peu rondes, était encore ado, donc dégueulasse, ou si on pouvait dire qu'elle était carrément bonne ?
L'autre, au bout du fil, était à des lieux de ces considérations esthétiques. Il semblait suffoquer. Certainement d'indignation ou de surprise.
- Est-ce que c'est... Ste... Steven ?
On aurait dit qu'il parlait tout en essayant d'avaler ou de pondre par la bouche un œuf de dragon. Il devait être en train de vomir. Steven n'était probablement pas un gars très attirant.
- Je suis vraiment vexé, là. Crois-tu qu'un être aussi parfait que moi pourrait porter un nom aussi insignifiant ?
L'ancien Serpentard cala dans son cou le téléphone fixe sans fil – on est riche ou on ne l'est pas – et tourna la page.
La Moldue qui s'étendait sur la double page couleur avait le sourire le plus coquin qu'il ait jamais pu voir.
- C'est qui alors ? s'enquit Harry bêtement, mais très violemment.
Il aurait déjà raccroché au nez de l'inconnu écervelé s'il n'était pas persuadé que cette voix lui était familière. Il ne l'avait pas entendue depuis un bon moment, certes, mais c'était indubitablement un gars qu'il connaissait et qu'il avait fréquenté pendant longt...
- Dudley ?
- …
- Dudley, c'est toi ?
xXx
Non, c'était pas vraisemblable. Dudley Dursley était incapable de produire une phrase grammaticalement correcte, contrairement à cet inconnu.
- Qui est ce Dudley au juste ? Bordel, Harry, tu te rappelles même pas du premier homme qui t'a...
- Blaise. Blaise, ta gueule. Ne répète plus jamais ça à voix haute. Même à voix basse, d'ailleurs. Qu'est-ce que tu veux ?
Blaise Zabini. Mais bien sûr. Que le meilleur ami d'école de Draco (qui était aussi, malencontreusement, le premier garçon avec qui Harry avait couché) l'appelle par un moyen moldu, c'était aussi réaliste que Hermione lui annonçant qu'elle voulait devenir attrapeuse au niveau national.
Quoique, Blaise ayant été élevé côté Moldu, la probabilité qu'il sache utiliser un téléphone était tout de même plus élevée que celle de Hermione annonçant qu'elle voulait devenir attrapeuse au niveau national.
- Ho, prendre des nouvelles, répondit lascivement le métisse.
- Comment t'as eu mon numéro ?
- J'ai regardé dans les Pages Jaunes, mon cher. Tu devrais faire un peu plus attention à toi, un jour, un gars un peu fou va débarquer chez toi pour te trucider.
- Tu crois sincèrement qu'un psychopathe penserait à regarder dans un bottin ?
Blaise glissa un marque-page dans le magasine de cul, s'en contrefoutant de l'absurdité de ce geste, s'enfonça un peu plus dans son canapé en cuir confortable, et posa la question ultime qui allait changer tout le restant de leurs jours, sans hyperbole :
- Je vais faire la fête ce soir, tu viens ? Ou pourrait discuter, de l'école, tout ça. On fait ça dans une grande salle, avec DJ et tout. Un truc entre anciens étudiants de Poudlard. Il y aura plein de monde que tu connais. De toute façon, tu connais environ les neuf dixièmes du monde magique d'Angleterre... ou en tout cas, eux, ils te connaissent. Sans vouloir te faire flipper, bien entendu.
xXx
Pour une obscure raison, Harry ne prétexta pas une rhino-pharyngite aiguë et contagieuse, qui le mettrait dans l'impossibilité de se déplacer ce soir en dehors du périmètre de sécurité que formait son 20 m2. Parce que, Blaise le rappelant après trois ans sans s'être vus, c'était pas mal louche quand même.
Non, il avoua même être assez enthousiaste à l'idée de sortir – ça lui ferait du bien – et ne fut aucunement surpris d'entendre un ancien Serpentard prononcer les noms des anciens Gryffondors qui seraient aussi de la partie.
Blaise avait toujours été plus ou moins neutre. Plus ou moins. En tout cas, il était du genre à fréquenter ceux qu'il était judicieux de fréquenter, et il aimait que ça se voit et se sache. Visiblement, il n'avait pas changé, vu la façon dont il prononçait le nom d'Olivier Dubois, désormais plutôt connu.
Bon, il faut le dire, Harry Potter avait simplement sauté sur l'occasion de ne pas passer la soirée tout seul à se morfondre, enfoncé dans son canapé, sur son stupide sort. Il trouvait soudain très triste d'être le matin de Halloween et de n'avoir rien prévu d'autre pour ce jour que de faire sa lessive.
Et maintenant qu'il l'avait faite, il n'avait plus rien à faire.
Il se rendit aussi compte combien appeler son activité de Muse, deux fois par mois, par le nom de « travail » était un abus de langage.
En vrai, il était terriblement désœuvré.
En plus de ça, il avait le blues. Putain.
- Okay, rendez-vous devant chez moi à 20H45. On transplanera ensemble, comme ça.
Harry nota l'adresse et raccrocha.
Après tout, qu'est-ce qui pouvait bien l'empêcher de se mettre une bonne murge, ce soir, hein ? Certainement pas ses chieurs de voisins. Une fois n'est pas coutume, le Survivant avait bien envie de s'amuser un peu.
xXx
- Hey, Harry ! Ça va ? Ça fait depuis, heu, notre anniversaire, non ? lui cria Neville dans l'oreille, en lui faisant une accolade.
- Ça va, j'avais oublié combien le bruit, c'était...
- QUOI ? J'ENTENDS RIEN !
- ... bruit c'est COUL !
Neville lui sourit et l'amena vers Luna et Ron, qui papotaient tant bien que mal, s'agitant maladroitement au rythme des basses.
- Tu es venu avec Zabini ? Ron demanda suspicieusement, après lui avoir serré la main.
Oui, parce que Ron avait récemment décrété que son statut d'Auror – encore à l'école, mais ce n'était qu'un détail – le contraignait à adopter une attitude plus professionnelle, même vis-à-vis de ses proches.
Et selon notre rouquin international, professionnalisme et accolades d'amour fraternel mais terriblement viril n'allaient pas de paire.
Harry en était secrètement soulagé. Non pas que la promiscuité épidermique avec son meilleur ami le gêne, simplement qu'il commençait à en avoir marre de voir les flashes des appareils photo qui immortalisaient leur émouvante amitié « toujours aussi fusionnelle, même après toutes les dures épreuves traversées ensemble avec brio. Car la guerre a séparé et déchiré des familles mais a aussi confirmé des liens magnifiques désormais indestructibles ».
Parfois, si on en écoutait la presse, on avait l'impression que la personne avec qui Ronald Weasley était en couple, c'était Harry, et non pas cette brillante étudiante en Droit Magique et fille de dentistes qu'était Hermione Granger.
- Oui, mais je l'ai perdu ! Je croyais que Hermione et Ginny devaient venir ?
- QUI ? gueula Ron, tout en lui faisant signe qu'il n'avait pas entendu et que, putain, le bruit autour d'eux, c'était quand même dingue.
- Ho, simplement ta petite amie et ta petite sœur, personne de bien important, répondit Ginny, qui venait d'apparaître à côté d'eux.
- On était parties chercher à boire, vu que Ron m'a encore sorti son discours préféré qu'on pourrait résumer par « L'égalité des sexes ou la galanterie sexiste, il faut choisir les filles ». Tiens Harry, tu veux une petite Bièraubeurre ?
- Comment ça se fait que vous n'avez pas à gueuler ? s'étonna Harry, en s'emparant d'une des chopes qui flottaient à côté de la sorcière.
- Petit sortilège inspiré de Sonorus et d'Assurdatio. Je voulais le jeter à Ron, mais il refuse.
xXx
A la mention d'un des sortilèges inventés par Severus Rogue, Harry ne put s'empêcher de grimacer. Il détestait repenser à lui, et pourtant, ça lui arrivait bien souvent. A quoi ça servait, maintenant, de savoir que cette vieille chauve-souris grincheuse était en fait un type coulissime ? Hein ? Maintenant qu'il était mort ?
Ca lui aurait écorché les lèvres de glisser quelques mots à l'oreille de Harry à propos de Lily Evans et de combien elle était merveilleuse, lors de ses nombreuses heures de retenue ?
Il chassa vite les idées noires qui commençaient à affluer à une vitesse dangereuse pour un esprit à la recherche d'une nuit de folie et de débauche.
Il se concentra plutôt sur Ginny et Hermione, qui parlaient sans s'égosiller et se niquer les cordes vocales. Ron, à côté d'elles, restait campé sur sa position. C'était tout lui. Il était presque en train de se caricaturer lui-même.
- Question de prudence ! ronchonna-t-il à l'adresse du brun. Et de principes !
- Et moi, je pense que le bruit est bénéfique à l'ouverture des voix intérieures, affirma sereinement Luna.
Elle était certainement le seul être sur Terre à pouvoir avoir l'air serein en criant.
- Perso, je veux bien, je suis preneur, sérieux, je commence à plus avoir de v... Ha, merci Hermione !
Soudain, la musique à la qualité artistique approximative, jusqu'alors assourdissante, retrouva un niveau sonore tout-à-fait satisfaisant. Le brouhaha écœurant des conversations avait aussi laissé place à un bruissement presque agréable. La sensation d'oppression caractéristique de ce genre de lieu disparut. Au contraire, le lieu lui sembla soudain très aéré, très spacieux.
- Assurdatio inversé, en quelque sorte ! Genre c'est nous qui n'entendons plus les autres ! C'est brillant, Hermione.
- Merci Harry. Tu es venu avec Blaise ? Je ne pensais pas que vous arriveriez si tard, on s'était tous donnés rendez-vous à 21 heures.
- Va dire ça à Blaise, je l'ai attendu pendant trois quarts d'heure car Monsieur ne trouvait pas le déguisement qui lui convenait, soupira Harry.
- Ha ? Et il a opté pour quoi ? Je n'ai peut-être pas bien vu mais...
- Rien. De très mauvaise foi, il est venu déguisé en Moldu.
En gros, Blaise Zabini avait passé presque une heure à remuer l'intégralité de son dressing – on ne se refuse vraiment rien – pour finalement revêtir son costume de travail quotidien. Le costard de sa banque. Harry, quand il l'avait vu habillé de la sorte avait failli l'étrangler avec cette stupide cravate bleu roi.
- Je suis désolée qu'on ne t'ait pas parlé de cette fête, si on savait que tu voudrais venir on aurait...
- Non, c'est pas grave, Blaise m'a dit. Tiens, je le vois, ce petit con avec son costume d'escroc. A plus tard !
Dès que Harry eut disparu, Ron et Hermione se dévisagèrent.
- Zabini lui a dit ? fit le sorcier d'une voix étranglée.
- Peut-être que Harry a tourné plus rapidement la page que tu ne le pensais.
- QUOI ? TU PEUX REPETER S'TE PLAIT ?
Hermione lui lança un regard qui exprimait toute la pitié et l'amour qu'elle ressentait pour lui. Il ne se rendit compte de rien, bien trop occupé à fulminer contre ce fumier de Zabini et ses idées foireuses. Au fond, il avait toujours été jaloux du rapprochement inexpliqué qu'il y avait eu entre le Serpentard et Harry, au milieu de leur sixième année.
xXx
- Harry, je t'avais perdu. Dis bonjour à mes deux amis avec qui je discutais tranquillement ! lui dit Blaise, avec un sourire charmeur.
L'ancien Serpentard s'était installé dans un petit salon noir matelassé, le genre d'endroit qualifié de « lunge/cosy/àlacool/décontracté-chic » où les groupes d'amis pouvaient se poser pour discuter autour d'un nombre incalculé de verres qui se renouvelaient magiquement. Comme ça, impossible pour les consommateurs de mesurer le nombre de Gallions qu'ils étaient en train de claquer.
Typiquement le genre d'endroit que Blaise affectait, songea Harry avec amusement. En fait, non, rectifia-t-il immédiatement. Typiquement le genre d'endroit que Blaise affectait car, pendant plusieurs années, il avait subi l'influence de Draco. Il ne fallait pas oublier que même s'il était né riche et avait été choyé par sa Maman, Blaise Zabini était un rustre, à côté du gosse Malfoy.
- Tes soi-disant amis étaient, enfin, arrête-moi si je me trompe, auparavant les miens. Il me semble, hein.
- Tu réclames un droit de propriété sur moi ? s'exclama Dean Thomas, l'air faussement effaré.
- C'est moi qui ai un droit de propriété sur toi, grinça Seamus, collé à lui.
- Comment ça va les gars ? On s'est pas vus depuis l'anniversaire de Neville, hein ? dit Harry, en prenant place à côté de Blaise.
Il se saisit d'un des verres présents sur la table et le vida d'une traite.
- Ouais, même que j'aimerais bien que tu nous refasses pas le même coup ce soir, remarqua Dean avec un sourire, tout en caressant outrageusement la jambe de son compagnon.
Blaise les observait d'un air amusé, comme il aurait regardé l'accouplement de deux Crabes-de-feu, mais Harry ne comprit pas la référence.
- C'est-à-dire ? Je me rappelle pas vous avoir vomi dessus ou avoir tiré sur votre couverture !
- On avait pas de couverture, gémit Seamus. Cet imbécile de George l'avait ensorcelée pour qu'elle s'éloigne à chaque fois qu'on essayait de l'attraper.
- Et vous étiez trop bourrés pour un simple Finite Incantatem ? intervint Blaise.
- J'ai pas essayé. Merlin. Dean, on a pas essayé ! Merlin, Dean, Dean, c'était si con !
- Seamus chéri, ça remonte à il y a trois mois, lâche l'affaire un peu. Non, ce que je voulais dire c'est, tu vois Harry, quand je serai en train de faire... ça...
Dean mimait une action de succion sur un membre phallique invisible avec un plaisir manifeste. Blaise l'observa faire poliment.
- … à ce moment-là, j'aimerais que tu ne viennes pas me demander de t'aider à définir un concept artistique que tu ne comprends pas mais qui te semble horriblement urgent à définir en soirée vers une heure du matin alors que la braguette de mon pantalon a carrément craqué car Seamus me fait band...
- Okay, okay, j'essayerai, mais, par pitié, faites ça loin de moi.
xXx
- Qu'est-ce qu'il s'est passé, à ce fameux anniversaire où je n'étais pas invité ? demanda Blaise, d'un ton badin.
Il était sûr que ça avait un rapport avec Draco. Plus que sûr.
Harry n'osa pas lui répondre que Neville ne l'avait pas invité pour ne pas qu'ils se trouvent dans la situation gênante actuelle. C'est-à-dire, Harry en face de l'hétéro qui l'avait toutefois dépucelé des fesses et que ça avait l'échec le plus cuisant de l'histoire des ébats sexuels intéressants.
- C'est rien, je me demandais juste... commença à expliquer le brun.
- … qu'est-ce que c'était exactement qu'une Muse, compléta Seamus, avec humeur. Qu'est-ce qu'on en avait à foutre des Muses ce soir-là !
- Même ce soir, en fait, tu t'en fous, Seamus Finnigan. Je pense que tu es une personne terriblement terre-à-terre.
- De quel droit m'insultes-tu, Dean Thomas, roi des questionnements métaphysiques et existentiels sur le sens de la Vie, le déterminisme dans le Monde et l'immortalité de l'Âme ?
- Je n'ai jamais dit que je n'aimais pas les personnes terre-à-terre. Au contraire. Viens, on va se mettre... terre-à-terre.
Et le couple quitta le salon. Harry détourna le regard de la main de Dean, qui malaxait tout son aise le postérieur honorable de son Irlandais préféré. C'était de la provocation pure et dure. Parfois, le Survivant était presque sûr que Dean et Seamus faisaient exprès d'agir comme deux clichés gay sur pattes. Comme si, en exagérant le truc, ça passerait mieux.
xXx
- Tu les as vraiment interrompu alors qu'il était en train de lui tailler une pipe ? s'indigna Blaise.
- Blaise, tu m'as pris pour qui ?
- Pour un interrompteur de pipe.
- Un interrupteur. Heu non, oublie. Et non, si tu connaissais un peu mieux Dean, tu saurais qu'il a tendance à tout exagérer.
- Mais je le connais bien, on a fait pas mal de soirées ensemble ! Du coup, tu te demandais ce qu'était une Muse à 2 heures du matin ?
- C'était 1 heure.
- A 1 heure du matin ?
- Juste, j'étais un peu... perturbé.
Trois mois, déjà, que Harry avait lue cette petite annonce qui avait bouleversé son petit train-train mi-chiant mi-confortable !
Deux mois que Draco Malfoy était réapparu dans sa vie.
Une semaine qu'ils avaient dîné ensemble au restaurant. Une semaine et le blond ne l'avait pas encore contacté. Avait-il au moins compris qu'il s'agissait d'une troisième séance de pose ou est-ce que Harry pouvait aller se pendre direct ?
- Si on allait faire un tour ? suggéra Blaise, en aidant son ami à se relever.
Enfin, ami...
xXx
Harry et Blaise avaient été amenés à se fréquenter d'une bien étrange manière. C'était avant les vacances de Noël de leur sixième année. Blaise soupçonnait que son meilleur ami, Draco, lui cachait un vilain petit secret.
Il avait farfouillé dans ses affaires, trouvé un petit carnet plein de confessions toutes plus juteuses les unes que les autres. Le récit détaillé des fameuses séances d'érotisme qui mettaient toutes en scène un certain Harry Potter.
Le Serpentard voulait voir de ses propres yeux ce Survivant échevelé, au souffle court et aux joues rouges, aux poils brillants de sueur, au regard avide. Il n'y croyait pas. Ça avait été assez facile, de devenir son ami. Harry, à ce moment-là, se sentait un peu seul, un peu paumé, dans sa vie, dans sa sexualité : un ado, quoi.
Ils avaient fini par échanger quelques baisers. Ils avaient fini par coucher. Sans même vraiment le vouloir. Blaise, quatre ans plus tard, n'arrivait toujours pas à réaliser. Et puis, le Black lui avait montré le carnet, pour lui faire comprendre qu'il n'y avait que Draco qui pouvait avoir le privilège de plonger son sexe dans son anus de Gryffondor.
Et Draco et Harry avaient couché ensemble, arrêté les séances d'érotisme, s'étaient plus ou moins mis en couple. Et Blaise avait été légèrement boudé des deux sorciers. Légèrement.
Et puis, il y avait eu le meurtre de Dumbledore. Et puis, le « couple » avait été séparé. Et Harry n'avait pas revu Blaise depuis la fin de la sixième année.
Pourquoi est-ce que Blaise réapparaissait dans sa vie maintenant ? Même s'ils avaient tous trois ans de plus, il semblait que l'histoire commençait dangereusement à se répéter, comme s'il était impossible que Harry puisse mener une vie posée. Il fallait toujours que deux Serpentards idiots viennent se mettre sur son chemin, et que tout le monde ne sache même pas quelle sera leur prochaine action.
C'était comme si chacun d'eux faisait un mouvement, observait les autres, esquissait un autre pas, et que l'attente était insupportable. Tout le monde espérait que ça allait péter, que la fin du jeu arriverait bientôt. Sauf qu'ils ne savaient pas vraiment à quoi ils jouaient, au juste, et même qu'elles étaient les règles. Et le but.
xXx
- Harry ! J'y crois pas, toi, ici !
- On se...
Une jeune sorcière au visage tristement banal se tenait accoudée au bar. Elle était accompagnée d'une amie au visage tout aussi passe-partout qu'elle. Celle qui l'avait apostrophé aux des cheveux noirs et bouclés, épais.
- Ro... Romilda ?
- Ouiiii ! Comment ça se fait que tu aies pas à crier ? On s'entend plus ici !
Comment avait-il pu oublier celle qui avait accidentellement rendu Ron fou amoureux d'elle ? Quand il y repensait, c'était un très bon souvenir. Dommage que le rouquin ait failli mourir juste après. Ça, c'était la faute de Draco. Et un peu de celle de Slughorn, quand même.
- Tu es venu seul ? demanda la sorcière, en ignorant superbement Blaise.
- On est venus ensemble, lui répondit l'ancien Serpentard, d'une voix plus basse qu'à l'ordinaire, avec un clin d'œil.
- Oh, je ne... ah, oui... je me rappelle de toi. Tu tournais autour de Harry au milieu de la cinquième année. Enfin, de ma cinquième année.
Elle avait bien du toupet ! Comme si elle, elle n'avait pas cessé de tourner autour de Harry !
- Une compagnie féminine ne te manque pas... de temps en temps ? demanda-t-elle en papillonnant des yeux.
Le brun vida un verre qui passait par là.
- Heu, non merci, ça ira Romilda. Enfin, c'est gentil de t'en inquiéter mais...
Mais je crois sincèrement que je suis gay et que ce n'est pas vraiment négociable.
- Moi, je manque drastiquement de compagnie féminine, soupira Blaise, comédien dans l'âme.
- Ho, je croyais que tu étais... ?
- Voudrais-tu que je te détrompe sur le champ ? Harry et moi, nous ne sommes... qu'amis.
Les deux sorcières rirent de concert. Harry se hâta de se fondre dans la foule, fuyant l'indécent spectacle qui allait probablement commencer d'ici quelques minutes. Il ne remarqua pas le regard vaguement mélancolique de Romilda Vane.
La jeune sorcière allait devoir faire définitivement une croix sur son amour et idole de jeunesse. Comme la grande majorité des sorcières du monde, en fait. Et même des sorciers.
xXx
C'est bon, ça revenait, Harry sentait le cafard poindre de nouveau ses maudites antennes. Il se dirigea vers un groupe de jeunes, amassés dans un coin, presque certain de reconnaître ce vieil Olivier Dubois, entouré d'une horde de groupies et discutant avec animation avec... Marcus Flint.
- Olivier ?
- Harry, hey, ça fait longtemps ! Genre heu...
Ouais, depuis la bataille à Poudlard, le 2 mai d'il y a deux ans. Un peu dur de dire ça à voix haute et d'un air désinvolte.
- Tiens, tu connais Marcus ?
- Heu oui, je me rappelle...
De ce grand con qui avait un jour été Capitaine de l'équipe de Quidditch de Serpentard.
- Potter ? Comment tu vas ? lui demanda aimablement Marcus Flint.
- Heu ça... va.
Olivier n'était pas gay. Pour cela, il faudrait déjà qu'il soit un être sexué, ce qui n'était pas le cas. Il éprouvait bien trop d'amour pour les balais volants, les Souafles aux normes européennes et les conditions météorologiques présageant un beau match pour en donner aux êtres humains.
Marcus se trouvait juste être le gars parfait pour entretenir une discussion animée : ils n'étaient tout simplement jamais d'accord.
- Et toi ? Heu, ça va ?
- Ouais, répondit laconiquement Marcus.
Et, sans plus se soucier du héros national, qui commençait à avoir l'impression que personne ne voulait de lui, il se retourna vers Olivier pour lui prouver que non, il ne serait pas judicieux d'installer un quatrième but pour augmenter l'intensité du jeu.
Quand Harry se mit à scruter la salle immense à la recherche d'un visage familier, il entendit une voix qu'il ne pensait pas entendre de sitôt. Et surtout pas dans ce cadre. Il vida son verre et se mit dos à la salle, comme pour fusionner avec son mur.
- Marcus Flint ! refit la voix, qui se rapprochait.
xXx
- Ho, Draco.
- Tu es avec Dubois. Comment tu vas, Dubois ?
- Ça doit être la première fois que tu me poses la question, remarqua stoïquement le gardien du Club de Flaquemare.
- Les temps changent, comme on dit. Vous êtes en bien charmante compagnie, affirma-t-il en appréciant le nombre de sorcières au mètre carré.
Puis, il le remarqua. Comment avait-il fait pour ne pas le voir en entrant dans la salle ? Avec ses immenses lunettes qui reflétaient toutes les lumières bleues, roses et violettes de la salle et qui lui bouffaient la tronche comme des... des... lunettes. Avec son cataclysme capillaire. Avec son adorable déguisement de... papillon ? Elfe ?
Les groupies d'Olivier, Olivier et Marcus commençaient à les dévisager ouvertement. Les groupies n'y comprenaient rien à rien, mais elles avaient enfin reconnu Harry Potter, plus petit que dans leur imaginaire, plus effacé aussi. Et le blond, est-ce que ce n'était pas un Malfoy ? D'ailleurs, est-ce qu'il n'y avait pas eu quelque chose entre eux, justement, il y a longtemps ? Ce n'était que des rumeurs, mais... Les sorcières s'agitaient.
Quant à Olivier et Marcus, ils n'étaient plus à l'école depuis un moment, quand les deux ennemis s'étaient mis à sortir ensemble. Il était de toute façon hautement improbable qu'un événement aussi peu important, comprenez, qui n'avait aucune espèce de lien avec la modification d'un article de la Charte Respectable et Respectée du Joueur de Quidditch professionnel, puisse les intéresser.
Bref, on se demandait s'il y allait avoir duel, entre les deux anciens amants qui, pour le moment, se contentaient de se mater les yeux ronds, aucun des deux n'en revenant de voir l'autre ici.
Assis sur une chaise de bar, Romilda et son amie à ses côtés, Blaise souriait de plaisir.
Comme c'était amusant de créer et résoudre des problèmes ! Il allait attendre que la situation bouge un peu et il viendrait tout réparer. Pour l'instant, il avait deux jolies sorcières dont il se faisait le devoir de s'occuper. Les pauvres étaient apparemment en manque cruel de contact physique.
xXx
- Harry Potter ! déclama Draco, avec un ton resurgissant tout droit de sa préadolescence.
Par les cornes d'une brebis asthmatique, il perdait le contrôle de la zone du langage. C'était cuit.
- Qu'est-ce que tu fous là ?
Ho, bordel de créature cul-de-jatte, ça continuait. Est-ce que c'était le seul moyen de détourner l'attention de son air chamboulé qu'avait trouvé son cerveau imbibé d'alcool ?
- La même chose que toi, Malfoy. Je passe Halloween, rétorqua Harry avec incertitude, mais très mécontent de se faire ainsi agresser. Comme tout le monde, en fait.
C'était logique, pensa Draco malgré lui. Mais pourquoi est-ce que, sur les cent quatre-vingt-neuf états membres de l'ONU, avait-il fallu que Harry Potter décide de passer Halloween au Royaume-Uni de Grande-Bretagne, hein ?
- Et tu t'amuses ? Où sont passés tes fidèles amis ?
Ho, méandres insondables de la connerie humaine. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ses cordes vocales vibraient, pourquoi sa langue continuait à s'agiter vainement dans sa cavité buccale, pourquoi est-ce que ses lèvres formaient des sons alors que son cerveau ne cessait d'envoyer à tout son appareil phonatoire des signaux d'alerte ?
Et pourquoi Harry se laissait-il prendre au jeu ? Est-ce que lui aussi était gêné par cette rencontre fortuite et ne savait comment réagir ?
– Et les tiens ?
Ho, ça c'était un coup de bâtard ! S'il faisait référence à ce pauvre Crabbe...
- Comment oses-t...
- Bon, les gars, on sait que c'est pas tout rose entre vous, on va se calmer okay ? intervint Olivier. Si vous voulez vous donner en spectacle, passez sur le dance floor et montrez-nous vos talents.
- Je pense qu'ils feraient plutôt mieux d'aller prendre un peu l'air, dit Marcus sobrement.
Olivier lui fit un signe de tête et, sans plus attendre, les deux amis se saisirent des deux idiots par la peau du cou, ou tout comme, et allèrent les mettre à la porte.
La dernière chose que Harry entendit avant qu'elle ne se referme, c'était une jeune fille qui répétait à toute vitesse : « Est-ce que c'était vraiment le fils Malfoy ? » « Le fils Malfoy ? » « Fils Malfoy ? »
L'air frais leur fit immédiatement du bien. Et être seuls, aussi. Du bien, et aussi une espèce de honte à s'être comportés comme les deux petits cons qu'ils avaient un jour été. Il sembla que cinq longues minutes passèrent dans un silence total.
A quelques mètres de là, tapi dans l'ombre, Blaise Zabini fumait une cigarette, tout en appréciant le spectacle. Ni Draco ni Harry ne l'avaient remarqué. Ils étaient tous deux bien trop fébriles pour faire attention à ce qui les entourait.
Harry grelottait même, et ce n'était pas le froid. Parfois, quand il était particulièrement anxieux, tout son corps tressautait.
xXx
- Elle sous-entendait sûrement ce beau gosse de fils de riche, commenta soudain Harry, comme s'il ne s'était pas passé cinq longues minutes de silence total.
Il s'assit sur le bord du trottoir et vida son verre.
- Ne t'assieds pas là, c'est sale. Je pense qu'elle sous-entendait plutôt un truc du genre cet enculé de Mangemort en liberté qui a osé sortir avec Harry Potter quand ils étaient encore à Poudlard. Pour une obscure raison, Sorcière Hebdo en a parlé tout l'été.
- Luna dit toujours que l'obsession de l'hygiène ne fait que perturber le corps qui ne parvient plus à capter tous les signaux envoyés par les Nargoles. Tu lis Sorcière Hebdo, toi ?
- Est-ce que tu as déjà essayé de ne pas te doucher pendant trois jours d'affilée ? Si oui, les petites voix que t'entendais, c'était pas tes Nargoles, mais tous tes pores qui agonisaient, étouffés par des strates de sébum. J'y ai été abonné pendant le mois d'Août cet été, pour un motif qui n'importe que moi.
- C'est là-dedans que tu as lu tous ces bons conseils sur la propreté ? Tu exagères, trois jours sans douche, c'est pas si terrible. Par contre, trois jours sans se brosser les dents...
- N'importe quoi, ce sont de bonnes habitudes que j'ai depuis longtemps, contrairement à toi. Le seul truc que tu sais faire, c'est te brosser les dents.
Il y eut quelques secondes de flottement, durant lesquelles tous deux purent se plonger à loisir dans de tendres, mièvres, chers souvenirs destinés à rester à jamais de simples souvenirs.
Tous ces moments de complicité. Parce qu'ils avaient beau avoir deux caractères de chien, être carrément perchés l'un et l'autre, ils étaient arrivés à se ménager, quand ils étaient ensemble, comme par miracle, des terrains d'entente. Mais ils étaient bien plus insouciants qu'aujourd'hui...
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- Tu t'assieds ! J'y crois pas !
- J'ai jeté un sort anti-microbe à ma paire de fesses.
- Quelle grossièreté, je t'ai connu un langage plus raffiné.
- Je m'ajuste au niveau intellectuel ambiant. Question de délicatesse. Et je suis raffiné. Je suis même l'être le plus raffiné que tu aies jamais rencontré.
Ils continuèrent à badiner pendant un long moment.
Le brun souriait. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait tout simplement pas raconté des conneries avec quelqu'un. Et il fallait que ce soit avec Draco Malfoy.
Comme si son ancien Dominant était la seule personne à lui accorder suffisamment d'importance pour poser son cul sur le béton et lui parler.
Ce qui était tout-à-fait faux, au demeurant. Beaucoup de personnes se préoccupaient du sort de Harry Potter. En effet, tandis que les deux jeunes retrouvaient leurs esprits, tout en abordant des sujets divers et variés, immergés dans la nuit muette où il n'y avait qu'eux (et une silhouette tapie dans l'ombre), un petit couple cherchait désespérément l'un d'eux. Enfin, la moitié d'un petit couple.
xXx
- Mais Ron, arrête-toi, un peu !
- Hermione, je suis sûr que c'est Zabi...! s'égosilla l'ancien Gryffondor.
- Tu vas devenir aphone, à force...
Quand Hermione leva sa baguette pour lui jeter son nouveau sortilège, les protestations du roux manquèrent de conviction. En fait, il avait diablement envie de ce sortilège depuis un bon moment, ses principes ayant vite craqué face à l'impression qu'on passait un coup de chalumeau dans sa gorge. Ce qui l'avait retenu de supplier Hermione de lui jeter son foutu sort, c'était un sens de l'honneur mal placé.
- Merci. Je disais, je suis sûr et certain et sûr que Zabini veut sa peau.
- Et moi, je trouve ça totalement stupide. Il ne l'aurait pas invité, s'il...
- Pourquoi il l'a invité selon toi, hein ?
- Pour... pour qu'il s'amuse, bredouilla Hermione.
- Et pourquoi est-ce que nous, on ne l'a pas invité ?
- Parce qu'on savait qu'il y aurait Malfoy et que Harry ne voudrait sûrement pas le revoir, même après tout ce temps ! C'est un sujet si sensible...
- Voilà ! Maintenant, réfléchis. Pourquoi est-ce que Zabini reviendrait comme une fleur, aujourd'hui, pour prendre des nouvelles de Harry et l'inviter à sortir alors qu'en fait il est là (il désigna le bar) en train de faire ça (il mima Merlin sait quel acte obscène) alors que Harry lui n'est pas là ?
- Je ne sais pas Ron, laisse-moi y penser. Ça ne tient pas. Il y a quelque chose qu'on ne sait pas. Tu ne le connais même pas, Zabini !
- Toi non plus. Je sais simplement que ce type est louche. Depuis tout-à-l'heure, je le vois disparaître et réapparaître et chaque fois avec une fille différente. De toute façon, c'est pas en restant là avec ta chope – d'ailleurs file-la moi, je crois que tu as trop bu – que tu vas soudain découvrir que Harry est en train de...
- Qu'est-ce que Harry est en train de ? s'enquit Neville, qui venait de les rejoindre. Je l'ai pas revu depuis le début de la soirée !
- Si on le savait, on serait pas en train de le chercher, rétorqua Ron un peu trop violemment, en se remettant à marcher à grands pas.
- Qu'est-ce qu'il a ? s'étonna Neville.
- Je crois qu'il n'aime vraiment pas Zabini.
- C'est un gars sympa mais c'est vrai que parfois... on a l'impression qu'il regarde tout de très très loin. Comme s'il analysait tout.
- Oui, enfin, là il regarde plutôt de très très près, si tu veux mon avis.
Blaise avait présentement le nez fourré dans la paire de seins d'une demoiselle à l'air fort sympathique.
Mais si Hermione avait regardé la minute précédente, elle aurait eu bien du mal à le trouver. Il était alors en train de persuader Draco que non, il n'avait aucune idée que Harry serait là ce soir, et que, bien sûr, il l'aurait prévenu sinon et que non, il n'avait pas parlé avec Harry depuis trois ans et que oui, il n'y aurait vraiment pas de raison qu'ils se recontactent.
Non, il n'y avait pas vraiment de raison. Blaise Zabini aimait tout simplement foutre le bordel, pour voir si d'un gros merdier, on pouvait tirer une situation intéressante. Voir ce que ça donne.
Il étudiait Draco qui étudiait Harry qui s'étudiait lui-même. Et si Blaise pouvait s'en sortir avec de simples égratignures, pourquoi pas ?
Le musrt, c'était tout de même que Harry ou Draco considéraient chacun Blaise comme quelqu'un de fiable. Ce qu'il était... quand il le voulait.
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- Harry !
Le brun sursauta.
- Pourquoi tu es tout seul ? demanda Ron, en faisant la grimace, comme s'il était totalement impossible d'être tout seul, dehors, le soir de Halloween, alors qu'il fait potentiellement -5 degrés.
- Heu, j'étais, en fait, je prenais l'air.
- Tout seul ? Pas avec Zab...
- Oui, tout seul, ça te pose un problème ? s'énerva le brun.
- Non, ouais, rien. Tu viens ?
Harry acquiesça et suivit son meilleur ami dans la salle. Le bruit, les odeurs de corps mélangés, les taches collantes d'alcool sur le sol... tout ça l'assaillit et lui donna la nausée. Alors qu'il était arrivé plein d'espoir, sa rencontre avec Draco avait sapé son moral, déjà pas mal précaire.
Il passa le reste de la soirée à repenser à sa longue conversation avec Draco et à essayer de remonter le temps pour tout modifier. Malgré une dizaine de shooters et toute son énergie mobilisée, l'expérience fut un échec.
Ha, si seulement Blaise ne l'avait pas appelé ce matin, il aurait pu passer la soirée tout seul à se morfondre, enfoncé dans son canapé, sur son stupide sort. Et pas la soirée à se morfondre, affalé sur un comptoir, à cause de sa stupidité.
Voilà ! Le chapitre était bien long et heu... il est fini (...) Bref, le prochain, dans environ 10 jours, comme d'hab :)
La review fait sourire, chaud au cœur, motive... et est gratuite :D (tout comme ma fic !) Comme dirait l'autre, à bon entendeur hihi
