Publié le dimanche 16 novembre 2014
Bonsoir bonsoir ! Déjà, désolée pour le petit retard (j'étais trop occupée à faire la groupie outre-manche ;) )
Merci à la super LinChan pour sa review :D (J'espère que la suite ne te décevra pas, et merci pour ton message d'anniversaire aussi hihi). Je remercie aussi Boudin (coul coul, j'aime bien Ron moi :D ) et Chat Bleu (ha non, pas de threesome, je me suis faite incendier dans les Enchaînés :'( ).
Sumary (yeah, I do speak English) : Draco est un gros stressé de la vie / les voisins de Harry sont pacoul / Blaise est dans la place / Soirée de Halloween et rencontre impromptue entre Harry et Draco / Ron se doute de quelque chose...
Bon, place au chapitre qui s'annonce de nouveau tranquille. Mais j'ai plein d'idées en tête hihi. On se retrouve en bas :D
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 9 : Les souvenirs chauds se mangent froid
Le téléphone sonna pour la troisième fois, en ce petit matin de premier novembre... jour qui n'était malheureusement pas férié dans cette chère et belle Londres (et dans tout le reste du Royaume-Uni, d'ailleurs). De toute façon, c'est pas comme si ça changeait quelque chose aux horaires de Harry : depuis qu'il avait officieusement été engagé par Mr Malfoy, il avait travaillé trois jours en un mois et quelques. Enfin trois jours... Les trois séances, mises bout-à-bout, devaient à peine dépasser les vingt heures, à tout casser. Même si ça avait été lessivant sur le coup, c'était pas ça qui allait le tuer à la tâche.
Bon, en même temps, c'est pas comme s'il était payé. Avec de l'argent. En parlant de rémunération, il n'avait toujours pas eu de nouvelles de Draco, à propos de la contre-partie, pour la troisième séance... Si l'ancien Serpentard aussi capté que le restau, ça avait aussi été une séance. Ce qui n'était pas sûr, vu qu'ils n'en avaient absolument pas parlé la veille. Et pourtant, ils en avaient abordés, des sujets divers et variés.
Bref, petit matin pluvieux et ordinaire, comme la majorité de ceux de Harry depuis qu'il avait arrêté l'école d'Auror. Ordinaire, excepté le fait que le téléphone sonnait pour la troisième fois en une heure, et que ça, c'était le genre de truc qui les lui brisait sévère. Il n'y avait que trois personnes qui avaient son numéro de téléphone : sa propriétaire, Blaise et Hermione. Et il semblait que tout le monde s'était ligué pour l'appeler ce matin.
Depuis quand est-ce que Harry était devenu si asocial, c'était une bonne question. Il n'était pas vraiment comme ça, du temps de l'école...
xXx
Harry hésita donc vraiment à répondre, tellement les deux précédents coups de fil n'avait pas vraiment été, comme dirait l'autre, une partie de plaisir.
Déjà, il y avait eu sa proprio, qui avait laissé le téléphone sonner une douzaine de fois, au bas mot, alors qu'il était tranquillement occupé à chier un énorme étron. Il le coulait pourtant amoureusement, son bronze. Il était d'ailleurs bien parti pour le signer d'un H.P maladroit et fort peu original, mais cette vieille harpie ne le lui en avait pas laissé le temps.
Avec un long soupir, il avait tiré la chasse d'eau ancestrale, s'était lavé les mains consciencieusement – plus pour retarder le moment de décrocher que par véritable souci sanitaire – et s'était élancé , presque malgré lui, pour répondre.
Toutes ces sonneries assourdissantes, bien sûr, pour le chèque qu'il n'avait pas encore glissé dans sa boîte aux lettres.
Le chèque en question était pourtant là, sur la petite table à manger-bureau. Le brun n'avait pas oublié qu'il devait son loyer. Et même si c'était le cas, il avait la preuve que son adorable propriétaire se ferait un devoir de le lui rappeler gentiment.
Non, il était simplement rentré à pas d'heure de la soirée de Halloween et il avait bêtement pensé mériter une bonne, à défaut de longue, nuit de sommeil, une douche brûlante au réveil, un brossage de dents intensif, un passage détendu aux chiottes, tout cela avant de renfiler sans enthousiasme des fringues sales pour descendre chercher le Metro du jour et déposer, par la même occasion, ce foutu chèque.
Visiblement, la proprio avait eu d'autres plans concernant le moment où elle entrerait en possession avec le bout de papier.
« A l'heure qu'il est, j'aurais déjà du être devant mon agence Barclays pour déposer les quatre cents cinquante-trois livres et cinq pence que vous me devez depuis trois jours, Monsieur Potter. »
Enfin, techniquement, ça n'en faisait que deux, le Survivant n'avait pas pu s'empêcher de répliquer.
Il n'avait jamais entendu un reniflement aussi suintant de mépris et de condescendance.
« Monsieur Potter, sachez que ce n'est pas avec vos vulgaires tours de passe-passe grammaticaux que vous accomplirez quelque chose dans votre vie. Votre chèque, dans ma boîte aux lettres, dans un quart d'heure. Merci. »
Et elle avait raccroché sur ces paroles prophétiques.
Avec ironie et tandis qu'il descendait les escaliers pour en finir avec cette histoire ridicule, Harry avait remarqué qu'elle n'avait pas tort. Il avait beau être pas mal calé dans le domaine des tours de passe-passe, il ne foutait rien de sa vie.
Il n'était même pas capable de se motiver pour trouver un job décent – et rémunéré –, un copain stable et une activité autre que s'emmerder toute la sainte journée. Ni de passer par dessus une histoire de cœur et de cul, qui s'était terminée il y a quand même plus de 1245 jours.
xXx
La deuxième fois qu'il avait décroché le combiné, il n'avait même pas eu le temps de fermer le deuxième verrou de sa porte. Ça avait été au tour de la douce voix de Blaise Zabini de murmurer à son oreille. L'ancien Serpentard avait débité un nombre incalculable de conneries à la seconde dont Harry était incapable de se souvenir. Il était d'ailleurs persuadé que l'instance inquisitrice de son cerveau avait brillamment réussi à censurer les insanités qui étaient parvenues à ses presque blanches oreilles.
Et le brun, sans qu'il sache comment, s'était entendu promettre qu'il serait dispo pour aller boire un café en fin d'après-midi, à l'autre bout de la ville.
Blaise s'était réincrusté dans sa vie depuis la veille seulement mais il démontrait déjà sa capacité à être éreintant.
Pourtant, quand ils s'étaient brièvement fréquentés, plus ou moins de près, l'hiver de la sixième année, il était alors un garçon charmant, drôle, gentil, stable et normal. Bon, il cachait bien son jeu, car il savait qu'il se passait de drôle de choses, la nuit, dans les salles de classe désertes, entre deux jeunes gens prénommés Draco Malfoy et Harry Potter. Et qu'il n'avait approché Harry que dans l'espoir d'entrevoir et de comprendre la relation assez malsaine qui liait les ennemis de toujours.
Un Serpentard sous son apparence de Poufsouffle.
Après cinq longues minutes de babillages idiots, le banquier lui avait finalement fait ses « poutous plein d'amour amical et à tout à l'heure, bella mia ». Mais Harry avait à peine eu le temps de payer le hibou qui venait de la Gazette du sorcier, quand le téléphone avait sonné pour la troisième fois. Bordel, ça ne pouvait qu'être Hermione.
xXx
- Allô ? lança-t-il d'une voix bien lasse pour un mercredi 1er novembre 2000.
- Allô ? Harry, c'est toi ? Tu m'entends ?
Ron. Et beh ça alors.
Le souvenir de l'Oncle Vernon gueulant dans le téléphone qu'il n'y avait strictement aucun Harry Potter résidant au 4, Privet Drive se fit soudain très vif.
C'était il y a si longtemps ! Quelque chose comme... huit ans. Huit ans que Harry n'avait pas entendu la voix téléphonique de Ron Weasley. Et certainement huit ans que le Ron Weasley en question n'avait pas approché un téléphone de moins de cinquante centimètres.
Certains événements laissent des séquelles irrésorbables (mais comme ce mot n'existe pas, nous dirons seulement « des séquelles qui ne sauraient se résorber »).
- Tu as enfin vaincu ta phobie du téléphone ? demanda Harry, d'un ton taquin.
Il profita du silence au bout du fil pour remettre en place ses parties intimes, qu'il avait auparavant trop prestement fourrées dans son caleçon.
Ha, ça faisait un bien fou, se dit-il en se grattant deux choses molles, chaudes, velues et de forme ronde, que nous ne nommerons pas, pour des raisons de bienséance évidente.
Il attrapa le socle du téléphone fixe et fit deux pas pour s'étaler dans le canapé. Étrangement, que Ron lui passe pour la première fois un coup de fil le détendit. Le fait que le rouquin utilise un appareil moldu fou, qu'il considérait comme une perte de temps et d'argent, était le signe qu'une menace néo-nazi façon sorcière avait presque disparu.
On a tout notre temps, songea Harry Potter, grand philosophe du début du vingt-et-unième siècle.
- M'en parle pas... La cheminée est bloquée et j'avais la flemme de conjurer un Patronus... enfin, j'y arrivais pas... gueule de bois encore je crois...
- Tu voulais tant me parler que ça ? Tu sais, ça me dérange vraiment pas que tu dormes à 8H30 du matin. Limite, je trouverais ça plus sain de ta part. Est-ce que t'es sûr que ça va ?
Ron ne releva pas. Il était probable qu'il n'ait pas compris la boutade, car il était vraiment dans les choux. Et sa tête dans une certaine partie de son anatomie.
- Ho, heu... je voulais savoir si la soirée t'avait plu... tout ça. Enfin, tu vois quoi.
- C'est Hermione qui t'envoie ? s'étonna Harry.
A l'autre bout du fil, Ron sembla s'étouffer... d'indignation.
- Hermione ? Ah non... Hermione s'est absolument pas inquiétée pour toi... contrairement à moi, Hermione était bien trop occupée à boire des litres de Bièraubeurre... sous prétexte que c'était gratuit... articula difficilement Ron.
Mais on pouvait sentir son énervement.
- Vous vous êtes disputés ?
Après tout, ça devait pas être facile de vivre en couple si jeunes. Même si Harry commençait à se sentir vraiment seul, dans son studio. A ne rien faire, à part se gratter les couilles, affalé dans le canapé, au téléphone avec son meilleur ami à 8H30 du matin un lendemain de soirée. Et un jour férié français.
- Non, enfin, pas vraiment, c'est plutôt moi qui me... suis engueulé avec elle... Ça va du coup ?
- Ouais, ouais, t'inquiète. On a pas vu George, hier, lança Harry, pour changer de sujet.
- Ha, ouais, normal. Il est resté avec nos parents... Ginny et moi, on était à la soirée, et... Bill, Charlie et Percy étaient pas là. Je crois que Percy a passé Halloween au Ministère... si c'est pas triste...
xXx
Harry Potter, malgré tout son prestige, ne pouvait s'imaginer participer à une soirée officielle au ministère de la Magie. Ron, après la guerre, était certain qu'on allait les inviter à environ toutes les réceptions mondaines qui se tiendraient au Royaume-Uni dans les dix années à venir.
En fait, il s'était avéré que Harry avait disparu avant de recevoir un quelconque hibou cérémonieux. Et puis, il avait été loin, très loin, et ne sortait jamais sans sa Cape. Bref, très peu de Fontaines de Champagne et de robes scintillantes pour lui, durant cette année de battement 1998-1999.
Quand il était reparu, on l'avait traqué, suivi, adulé, on continuait d'ailleurs à lui envoyer des lettres d'amour tous les jours, on le prenait en photo matin midi et soir, mais on ne l'avait jamais encore invité à paraître dans le beau monde.
Peut-être qu'il y avait encore au Ministère quelques anciens qui ne l'aimaient tout simplement pas, et le voyaient comme une menace. Faut aussi dire que ses fans l'appelant à tout-va « Ministre Potter », ça aidait pas à la confiance mutuelle.
Peut-être aussi, et Harry, en grand optimiste occasionnel, penchait pour cette option, que Kingsley, qui été décidément ministre intérimaire à durée indéterminée, le protégeait.
Après tout, l'ancien membre de l'Ordre du Phénix avait entendu son besoin de solitude et d'anonymat. D'ailleurs, c'était lui qui il l'avait incité à s'installer dans un quartier moldu et lui avait même conseillé quelques sorts très efficaces contre les fouineurs.
De toute manière, son immeuble était situé dans un cul-de-sac peu engageant, devant lequel une flaque d'eau stagnante, et bien, stagnait à perpétuité. L'ampoule qui s'allumait automatiquement quand une personne approchait de la porte d'entrée ne fonctionnait plus depuis trois ou quatre mois. Et tout le monde s'en foutait.
La plupart des sorciers qui cherchaient à le rencontrer l'attendaient désespérément devant le 12, Square Grimmaurd, qui avait quand même plus de gueule, même si toujours invisible aux yeux de 99,9% de la population mondiale.
Tout ça pour dire que Harry n'avait pas été invité au Ministère pour faire la fête en s'alcoolisant au jus de citrouille avec quelques vieilles peaux, et il s'en portait très bien, merci pour lui.
Tout sauf se balader dans des vêtements somptueux qui aurait coûté plus cher qu'une nuit au Ritz. Pour donner un ordre d'idée, dans cet hôtel de luxe, l'afternoon tea vaut quand même 65 livres. Une somme franchement absurde pour du thé à volonté – heureusement ! – et un morceau de gâteau, même à la mangue et à la framboise.
Harry, révolutionnaire dans l'âme. Après tout, il avait, il fut un temps, adhéré à une obscure association répondant à un nom bizarre... la S.A.L.E.
xXx
- Harry ? Ça a coupé ?
- Ha non, désolé, je pensais à autre chose. Ouais mais t'inquiète, ça va hier. D'ailleurs, cette après-midi j'ai rendez-vous avec...
- QUOI ?
- Pas besoin de crier ! Je disais, j'ai rendez-vous avec...
Mais Ron avait déjà raccroché.
Bon, cette conversation téléphonique aurait pu être mille fois pire, mais elle laissait carrément Harry sur sa fin. Pourquoi est-ce que Ron avait appelé, en fait ?
Il s'attabla sans grande conviction, ses exemplaires de Metro et de la Gazette du Sorcier n'arrivant pas à le distraire. De toute façon, depuis qu'il y avait lu, le jour de son anniversaire – il y a trois mois, déjà ! – l'annonce « JH cherche Muse », la magie des petites annonces au petit-déjeuner avait disparu, au profit du spleen le plus profond, sans sucre.
Très vite, ses pensées papillonnèrent vers sa rencontre inattendue avec Draco la veille, comme des insectes écervelés autour d'une ampoule qui ne pouvait pourtant rien leur apporter d'autre qu'une délicate odeur d'élytre brûlée.
xXx
C'était drôle – quoique cet épithète soit p't-être pas le plus adéquat – mais Harry avait du mal à s'en rappeler de leur discussion. Tout était embrouillé, comme s'il avait plongé dans un souvenir altéré, vieux, qui était passé de fiole en fiole, de main en main. Comme un souvenir de jeunesse, de ceux qui ont tellement été raconté qu'ils en deviennent inauthentiques, comme fabriqués de jolis mots qui n'avaient aucun sens.
Il était incapable d'en palper les bords, d'en délimiter l'espace. C'était comme si toute la discussion, qui avait, en toute logique, dû se déployer dans un moment et un lieu déterminé, un instant T précis parmi tous les autres, s'était trouvée comprimée en un tableau sans relief.
Il les voyait distinctement, les deux silhouettes le cul posé sur le bord du trottoir, discutant. Ils ne se regardent pas. L'un, le brun, celui qui porte un costume ridicule, avec des ailes de libellule ou quelque chose du genre dans le dos, vide un énième verre. L'autre, le blond, regarde les étoiles. Sûrement qu'en grand mélomane qu'il est, il y cherche la constellation du Dragon.
De temps à autre, l'un des deux esquisse un mouvement, comme pour s'en aller. Mais, dans l'ensemble, c'est une peinture bien sombre et immobile, avec une nuit de gouache noire et opaque, un trottoir faiblement éclairé et ces deux sorciers à l'air un peu désabusé.
Ouais, Harry pouvait entendre résonner dans sa tête, de façon très solennelle, quelques bribes seulement de la discussion. Comme ce moment étrange où il avait osé demander à Draco qu'est-ce qu'il avait fait, après la guerre. L'ancien Serpentard lui avait raconté des salades, c'est pas possible. Mais Harry, errant dans les brumes de l'alcool, y avait alors cru.
xXx
Mot pour mot, ou presque, Draco Malfoy lui avait dit :
« J'ai eu un peu de mal avec l'étroite surveillance que je subissais alors j'ai quitté le Manoir. De toute façon, mes parents n'y étaient plus. »
Il avait alors fait une grimace pouvant signifier « Putain, je me sentais trop seul, je faisais des cauchemars la nuit, fallait que je bouge de chez moi, Papa et Maman étaient en prison et le Ministère m'avait confisqué ma peluche d'enfant Moldu guillotiné. » ou « Putain, j'en avais ras-le-cul d'être cloîtré là-bas, j'étais majeur et tatoué et en plus j'avais échappé à Azkaban, j'allais pas me coltiner les éducateurs d'enfant difficile. Pas comme si j'étais un gosse à problème, bordel. » ou tout simplement « Ouais. C'est pas cool hein ? »
Puis :
« J'ai du semer les mastodontes qui me collaient au cul en usant de quelques sortilèges illégaux. Ouais, c'est pas bien, je sais, fais pas ta tronche. Mais j'avais déjà des emmerdes donc à quoi bon se restreindre à Expelliarmus ? »
Il y avait de fortes chances, même s'il n'en avait aucun souvenir, que Harry ait bougonné un truc du style « Expelliarmus est le meilleur sort de défense » ou « Voldemort en est mort » ou bien « C'est le seul que je maîtrise parfaitement, okay c'est du niveau première année, mais ça été suffisant pour vaincre le plus noir des mages noirs de tous les temps ».
C'était après ces quelques phrases que Harry avait un gros doute quant à la fiabilité ou de sa mémoire ou des propos de Draco.
« Je ne pouvais évidemment pas retirer d'argent à Gringott's donc j'ai utilisé un compte moldu. Je suis parti du Wiltshire et j'ai un peu vécu en France, le temps que les choses se calment. »
Un compte moldu ? La France ? Un peu rocambolesque, tout ça.
« J'ai vécu quelques temps en auberge de jeunesse, pour économiser le maximum d'argent et j'ai trouvé un travail moldu. »
AUBERGE DE JEUNESSE ? TRAVAIL MOLDU ?
« La seule fois où j'ai utilisé ma baguette en France, c'était pour décrocher facilement ce job. L'employeur n'était pas vraiment sympa, alors j'ai préféré mettre toutes mes chances de mon côté. Une fois l'entretien réussi, j'ai commencé à mettre des antivols sur les parapluies. »
Draco Malfoy, badgant des parapluies ? Sérieusement ?
« C'était en plein été 1998. Je n'ai pas compris pourquoi ils s'y prenaient si tôt, pour antivoler leurs parapluies, surtout dans le Sud de la France. Parfois, les mains m'en tremblent encore. Je déteste les parapluies. Surtout les grands et noirs. Ils n'étaient pas pratiques du tout, à antivoler. »
Improbable. Dans l'esprit de Harry, Draco Malfoy adorait les parapluies. Il adorait ce qui était sinistre et romantique. Il adorait l'odeur de la terre mouillée – oui, l'odeur de la boue, quoi.
« Quand j'en ai eu assez d'avoir des ampoules aux mains et d'entendre mon voisin de lits superposés se masturber la nuit, je suis rentré en Angleterre et je me suis rendu. »
Harry n'avait jamais entendu parler de tout ça. Ça avait pourtant du faire du bruit, côté média. Un gamin Mangemort en fuite réapparaissant et se rendant, en mode posey.
D'un côté, à ce moment-là de sa vie, Le Survivant, aussi en fuite, devait être quelque part sur l'île de Magerøya, à l'extrême Nord de l'Europe. Se demandant si oui ou non il avait sincèrement envie de traverser l'Océan Arctique pour le simple plaisir de se les peler loin, très loin de toute forme de vie.
« Puis, on m'a ré-enfermé au Manoir avec d'autres gardes et j'ai plus ou moins accepté leurs conditions. Si je démontrais une réelle volonté de me ré-adacter à la vie sociétale – oui, parce que devenir Mangemort à seize ans, ça a vraiment été le but ultime de ma vie selon eux –, je pouvais m'installer seul et vivre tranquillement. Ça a été chiant, mais ça paye. Depuis cet été, je peux enfin récupérer de l'argent chez Gringott's... Même s'ils me demandent un justificatif à chacun de mes retraits. »
Draco avait parlé longtemps – lui aussi devait avoir un taux assez élevé d'alcool circulant tout azimut dans le sang – de l'argent qu'il avait du emprunter pour construire sa maison de verre qui ne lui plaisait pas, du travail qu'on lui demandait de trouver, des visites impromptues de son psychiatre attitré.
Mais c'était là plus ou moins le seul tronçon dont Harry avait un souvenir net. Pour le reste, il se rappelait seulement avoir parfois fixé le blond à sa gauche pendant de longues minutes, le regard un peu torve. Comme s'il avait paumé ses lunettes en cours de route et ne s'en été pas rendu compte, tellement il était rond. Tout compte fait, ce n'était pas une hypothèse si invraisemblable que ça.
xXx
« La Muse s'assied sur mon épaule et observe chacun de mes gestes. Je la sens, cette présence invisible, dès le réveil et même, parfois, pendant la nuit. Elle est là, et elle veille. Quand un mauvais rêve m'agite, elle ne replace pas amoureusement les draps ni n'embrasse mon front. Elle reste simplement là, au-dessus de moi, ou assise sur la table de chevet, à regarder mes paupières tressauter et le blanc de mes yeux qu'elles dévoilent par accident.
La Muse n'est pas protectrice, elle est bien trop agile et fuyante pour ça. Dès que je tends la main, j'essaye de saisir son bras maigre pour le tordre, l'amener à moi, mais elle se »
Non. C'était pas encore ça.
Potter était bien plus complexe qu'un pseudo petit lutin malicieux. Il était, d'une certaine façon, moins physique mais, d'une autre, terriblement présent.
Draco brûla le bout de parchemin et se relança éperdument à la recherche de la description la plus parfaite de Harry Potter, quand sa cheminée de verre émit un bruit de gorge.
- Draco ?
Ho, fichtre.
- Blaise, tu vois pas que je suis occupé là ?
Le métisse observa la tenue pour le moins hétéroclite de son meilleur ami qui s'approchait de l'âtre. Le blond portait une espèce de kimono ridiculement ample, avait les jambes nues et les pieds fourrés dans des... ouais, osons le dire, des énormes pantoufles dorées, avant de répondre :
- Occupé à quoi ? A te branler ?
Draco Malfoy s'accroupit devant le feu magique, sans prendre la peine de répondre. Blaise ne pouvait s'empêcher de remercier Merlin car le kimono était assez long pour cacher la très certaine nudité testiculaire du blond.
Non, parce qu'il ne faut pas se leurrer. Les aristocrates tels que lui n'ont aucune pudeur. Des Elfes de Maison les habillent tous les matins, leur donnent le bain et limitent leur nettoient, de leurs longs doigts agiles, savamment l'anus.
Draco affronta un ouragan de questions en tout genre : « De quoi vous avez parlé avec Harry, hier soir ? », « Comment ça se fait que vous étiez seuls dehors ? », « Pourquoi tu ne m'as pas fait un compte-rendu de suite ? » , « Est-ce que vous vous êtes embrassés ? »
« Est-ce que tu préfères les pizzas avec ou sans olive ? » était d'ailleurs la seule chose à laquelle il avait daigné répondre.
- Quand on est instruit, on sait distinguer le singulier du pluriel, même en italien, Blaise. Une pizza, des pizze.
Si Draco ne lui devait pas une tonne de Gallions, il aurait certainement rompu tout contact avec Zabini depuis bien longtemps... mais, malheureusement, il lui devait une tonne de Gallions.
xXx
- Harry, tu es... en retard.
Blaise venait à peine de rentrer dans son champ de vision qu'il commençait déjà à être chiant.
- Rappelle-moi comment j'ai pu passer des après-midi entières à traîner avec toi, à en rendre Ron jaloux ? Comment ça se fait que tu es devenu si emmerdant, après seulement trois ans ?
- Mystère, sourit l'ancien Serpentard. Peut-être qu'à l'époque tu avais un petit faible pour mon aimable personne. Un faible assez fort, d'ailleurs, pour qu'on ait une fois...
- Tu peux m'expliquer pourquoi nous sommes assis en terrasse alors qu'il pleut et qu'il fait tellement froid ? le coupa le brun, avant que cet idiot ne dise à voix haute ce à quoi tous deux pensaient en silence.
Il faisait déjà presque nuit. Après tout, même s'il semblait particulièrement désœuvré (il n'avait rien d'autre à faire que de s'amuser avec la vie sentimentale des autres, sérieux ?) Blaise Zabini était quand même le seul de notre petit trio à avoir un véritable emploi. Il était donc sorti de sa banque moldue à 17H, comme il se doit, avant de s'installer au café le plus proche. Puis, il avait téléphoné à Harry pour lui dire où il était.
Oui, parce que Blaise devait être un des premiers sorciers au monde à posséder un téléphone fixe sans fil ET un mobile. Un Nokia sans antenne où il y avait même un jeu. Décidément, on arrête pas le progrès.
- Pour ça, répondit Blaise, en sortant une cigarette de nulle part.
Un cendrier, posé sur la table voisine, glissa jusqu'à eux.
- Hey, tu ne peux pas faire ça ! On pourrait nous voir ! le prévint Harry, tout en se donnant lui-même l'impression d'être une réincarnation de Hermione Granger, dans ses beaux jours.
- C'est toi qui attires l'attention sur nous, en faisant du bruit. Moi, je me fonds parfaitement dans la foule, remarqua l'ancien Serpentard, en lui soufflant sa fumée dessus.
Il devait avoir entendu parler de la chenille d'Alice au Pays des Merveilles. Ou bien il se donnait inconsciemment des airs de lépidoptère, ce qui serait autrement plus préoccupant.
- Mais arrête de faire ça ! ronchonna Harry.
- Tu préfères peut-être ça ? demanda Blaise d'un air innocent, tout en relevant bizarrement sa manche.
Tout sorcier pouvait reconnaître là un geste très suspect. Comme il s'en doutait, Harry aperçut le bout d'une baguette magique glisser dans la main gauche de son ami, qui la pointa nonchalamment vers la cigarette qu'il tenait de la droite.
- Mais qu'est-ce que... s'étouffa Harry, quand il vit la fumée qui sortait de la bouche du métisse former des lettres.
Blaise se prenait définitivement pour un ver à soie fumant le narguilé, assis sur un gros champignon carrément hallucinogène.
- Chut, fit ce dernier, après lui avoir soufflé un superbe « S » dans la figure. Tu attires vraiment l'attention, tu sais. M'étonne qu'un fan un peu tordu ait jamais réussi à te choper, tellement tu es peu discret.
Harry jeta autour de lui des coups d'œil hystériques, mais les rares Moldus qui avaient osé s'installer en terrasse ne semblaient même pas les avoir remarqués. Après tout, les deux sorciers avaient l'air de deux jeunes tout ce qu'il y avait de plus normaux.
Si on avait demandé, plus tard, aux autres clients de décrire les deux amis qui étaient assis à la table bancale, la plus à gauche, ils auraient eu bien du mal. Tout au plus auraient-ils pu mentionner un gars métisse, sûrement, portant un costume bleu marine ou noir et un autre type, blanc, cheveux sombres, mal habillé. Portait-il des lunettes ? Aucune idée.
- Même, arrête-ça.
- Je me rappelais pas que tu étais si chiant, toi aussi. Tu as pourtant passé ta scolarité à enfreindre scrupuleusement tous les articles du règlement de Poudlard...
- Pour la bonne cause !
- Je suis sûr que tu as déjà été aux cuisines te chercher un truc à manger la nuit.
- Ho, mais ça, c'est ma réponse culturelle à un besoin physiologique, répondit savamment Harry.
Blaise rit mais ne releva pas le fait que cette formule, il l'avait déjà entendue dans la bouche d'un certain blondinet qui affectionnait terriblement les expressions pompeuses et alambiquées.
xXx
- Tu as vu Draco, hier, à la soirée, affirma-t-il à la place.
- Comment tu sais ?
- Il me l'a dit, ce matin. Je ne savais pas qu'il viendrait, sinon je t'aurais averti.
- Pourquoi tu aurais fait ça ?
- Je n'aurais pas voulu être à l'origine d'une situation gênante, mentit très naturellement Blaise, tout en écrasant sa clope.
Une seconde après, le mégot avait disparu, ce qui n'échappa pas à l'ancien Gryffondor.
- Tu as vu Draco ce matin ? questionna-t-il, troublé.
- Il m'a appelé. Pour me dire que vous vous étiez croisés, pendant la soirée. Sans vouloir être indiscret, de quoi vous avez parlé, après tout ce temps ? Comment ça s'était terminé entre vous, déjà ?
- Tu ferais mieux de lui demander à lui, répliqua Harry. C'est ton meilleur ami, non ? Et puis, je me rappelle très bien la dernière fois que tu as fouillé dans nos affaires...
- Est-ce que tu crois que je marque un point si je relève l'emploi de la première personne du pluriel pour parler de ton ex-dominant et de toi ?
Harry soupira.
- Si tu veux savoir, on a parlé de parapluies et de cloques aux doigts. Et si tu veux vraiment tout savoir, ça ne s'est jamais vraiment terminé entre nous. Enfin, en tout cas, il n'y a pas eu de papiers de divorce signés. Ça s'est fait comme ça, c'est tout. On peut parler d'autre chose, maintenant ?
Il se retint de préciser « On a juste été séparés par sa tentative d'assassinat d'Albus Dumbledore en haut de la Tour d'Astronomie et sa fuite avec Rogue. Une fin d'histoire somme toute classique ». C'était assez mal venue.
Blaise, de toute façon, n'insista pas. Il se contenta de babiller avec Harry qui, au bout d'un moment, se laissa lui aussi aller à la conversation futile et amusante. Ils se racontaient toute sorte de bêtises sans aucun rapport avec Draco même si, parfois, Harry sentait sur lui le regard analytique du métisse. Comme si Blaise tentait de lire en lui.
xXx
Alors qu'il essayait de nouveau d'atteindre le niveau de classe littéraire d'un de ses auteurs romantiques favoris, Draco remarqua qu'il pleuvait. Son beau jardin allait être immonde. Les brins d'herbe brisés, seraient tristement englués dans la boue. Ses arbres, d'ordinaire fiers et forts, se dépouilleraient de leurs dernières feuilles. Et sa boîte aux lettres pittoresque, déjà partiellement rouillée, perdrait son reste de peinture bleu, comme pour se fondre avec les couleurs de l'automne.
Pire, sa baie vitrée aussi prendrait un sale coup dans la gueule. Elle qui était si propre qu'elle en paraissait invisible, allait se recouvrir de giclures dégueulasses marrons, comme les traînées coupables d'une chiasse divine.
Il allait devoir de nouveau tout désinfecter...
Bah, qu'est-ce qu'il s'en foutait en fait ! Pas comme s'il appréciait vraiment cette maison.
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Il se l'était faite construire quand on l'avait jugé assez sage pour quitter le Manoir, au début de l'année. Draco, même s'il aimait ses parents et le Manoir par dessus tout, ne pouvait s'imaginer y résider plus longtemps. C'était pourtant une demeure superbe, qui correspondait parfaitement à l'idée qu'il se faisait de la splendeur. C'était impressionnant, démesuré, et en même temps d'un raffinement extrême.
Mais bon, on lui rendait une liberté désirée depuis un an et demi. Il ne pouvait pas cracher dessus, il fallait bien qu'il fasse genre d'avoir changé ! De vouloir quitter ses parents les affreux Mangemorts. D'être ouvert au monde et lumineux, prêt à s'investir pleinement dans le Bien et toutes ces conneries bien pensantes.
Donc il s'était fait construire la Maison de Verre, un peu à l'écart du village semi-sorcier d'Egleton. Les villageois, Moldus ou sorciers, étaient stupides et les gamins le pointaient du doigt, répétant, à tout mieux-mieux, « Voici Mister Malfoy ! », comme s'il était une étrange créature. En même temps, il devait être le premier étranger à s'installer là depuis la mort de Jésus Christ.
Ils devaient tous être consanguins, bordel. Tu m'étonnes qu'ils soient chelous.
La maison était l'exact opposé de ce qu'il aimait. Il aimait les lieux qui avaient une histoire, de ceux qui donnent des frissons tellement ils ont été le théâtre de crimes atroces ou même d'événements grandioses. Il aimait les maisons peuplées de fantômes chuchotant, de portraits aux regards méprisants.
Sa Maison de Verre puait le nouveau riche aux goûts faussement subversifs. Toutes ces surfaces de verre, ces beiges et bleu froids, ces espaces ouverts... ça le rendait malade. Lui, il aimait les châteaux où on se perdait dans les couloirs, les portes de bois épaisses qui grinçaient. Il aimait la lumière jaune des feux de cheminée, les ombres projetées par les flambeaux presque éteints. Tout, sauf ces lumières électriques, cet ensemble de meubles moldus futuristes et modernes.
Sa baraque inauthentique, avec ses airs de salle d'attente de dentiste BCBG, le faisait vomir. Il avait beau assumer le qualificatif de bobo, que Harry avait tendance à lui servir à toutes les sauces, à l'époque bénie où ils formaient quelque chose, il détestait cette maison. Au moins, il y avait un jardin. Et des étendues d'herbe.
Il avait emprunté il ne savait combien de gallions à Blaise pour une Maison qui ne lui plaisait pas. D'ailleurs, maintenant qu'il pouvait débloquer de l'argent à Gringott's, peut-être qu'il pourrait enfin rembourser sa dette.
Le seul bon souvenir qu'il y avait, c'était quand un Harry de onze ans était venu lui rendre visite...
xXx
Penser à sa Muse lui fit fatalement penser à la rencontre de la veille. Il en avait peu de souvenirs. Il avait bien trop bu. Mais il se rappelait nettement avoir monologué pendant un quart d'heure sur son atroce période de badgeur de parapluies.
« Au début, mes mains n'arrivaient pas à attraper les petits clous sans se piquer. J'avais du mal à savoir où planter les pics, du coup, le tissu imperméable des parapluies était tiré à l'extrême. J'ai pris le coup de main après une journée. D'abord, il fallait ouvrir le carton, je faisais ça avec la clef de mon vestiaire, qui était assez coupante pour déchirer le scotch. Ensuite, sortir les six parapluies qu'il contenait. Je les disposais sur mon bureau, l'un à côté de l'autre. Chacun d'eux était dans un plastique protecteur, que j'enlevais d'un coup sec et que je fourrais dans une énorme poubelle. Ensuite, il fallait prendre un clou dans une boîte qui en était pleine et l'enfiler dans le tissu du parapluie, à cinq millimètre du bord. Puis, le passer aussi à travers l'étui et enfin l'étiquette qui indiquait le prix, pour qu'un client idiot ne puisse pas l'arracher. Enfin, il fallait placer l'antivol, le badge rond, sur le pic et appuyer pour que ça se clipse. Je repositionnais l'étiquette, pour qu'elle soit bien parallèle et je passais au deuxième parapluie. Quand ils étaient tous badgés, je les remettais dans le carton, mais ça débordait souvent, à cause de l'épaisseur nouvelle causée par les antivols. Tous les cartons badgés atterrissaient dans un grand caddie. Quand le caddie était plein, on m'en apportait un autre. Au bout de trois jours, j'effectuais tous ces gestes machinalement. »
Misère, pourquoi lui avait-il raconté tout ça ? Draco n'avait pas honte de cette période de sa vie. Au contraire. Elle avait été brève, mais lui avait tant appris ! Combien gagner 5 livres 50 par heure était que dalle, par rapport à l'épuisement psychologique du truc. Combien les gens pouvaient avoir pour lui un regard condescendant, combien il était dégradant d'être appelé « Monsieur Parapluie » par des petits cons. Combien, au contraire, lui qui s'était toujours senti supérieur, avait été accueilli par ses collègues, qui lui donnaient nombre de surnoms ridicules et bienveillants.
Il avait réussi à se débrouiller pendant quelques mois comme un grand, sans aucune nouvelle de papa-maman, qui étaient, de toute façon, coincés en prison. Il avait tout fait à la moldu, car il avait peur qu'on le repère s'il utilisait sa baguette. La lessive, la vaisselle, à manger et même se déplacer... Tout ça lui avait permis de voir comment la majorité des êtres humains vivaient : en usant de temps.
Il fallait du temps pour faire quelque chose sans magie. Du temps pour obtenir un repas même sommaire, du temps pour s'endormir, du temps, toujours, et il en manquait souvent.
Non, il regrettait d'avoir parlé de tout ça à Harry car il n'était pas dans son habitude de se confier comme cela à quelqu'un. Parler autant de lui, d'une façon aussi narcissique, il ne se l'autorisait qu'avec ceux en qui il avait une confiance absolue. La liste était courte : sa mère, Blaise malgré tout et, avant, pendant un bref moment, Harry Potter.
Même à Severus, il n'avait jamais osé parler ainsi. Il détestait sincèrement se mettre à nu.
Par l'intestin grêle d'un pélican végétalien, il voulait plus. Plus avec Potter. Mais comment ?
Après avoir hésité pendant une heure et quarante minutes, Draco se décida à envoyer son présent pour la troisième séance. Et merde si c'en avait pas été une. Il avait peur de la réaction du brun, car la fiole qu'il venait d'envoyer contenait bien plus qu'elle n'en avait l'air...
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Harry venait de quitter Blaise qui, pour une raison inconnue, avait insisté pour rester seul au café, en terrasse, à presque 19H30. Le patron avait commencé à chasser les autres clients mais il n'avait, visiblement, pas encore osé aborder le métisse habillé de ce costume de banquier si propre sur lui. Il se disait, le bon monsieur, que Blaise devait avoir eu une longue journée et que s'il le laissait se reposer tout son aise en se niquant les poumons à coups de clopes et de vent glacé, peut-être qu'il lui laisserait un pourboire conséquent.
Mais Harry s'était à peine éloigné de dix mètres que l'ancien Serpentard s'était levé. Il avait laissé l'appoint sur la table et avait disparu à son tour. Il devait parler avec Draco de toute urgence. Il se glissa dans une ruelle odorante mais déserte, et envoya un patronus à son meilleur ami.
Draco crut d'abord qu'Aquila avait rebroussé chemin, même s'il trouvait cela totalement aberrant. Le hibou était aussi intelligent que son maître et tout aussi entêté. Qu'il pleuve un peu ou qu'il grêle carrément, il ne serait jamais rentré sans avoir mené à bien sa mission. Très vite, le blond se rendit compte qu'il s'était trompé. Ce qui se précipitait vers la baie vitrée n'était pas vivant.
La voix de Zabini retentit dans le salon, sortant du bec d'un oiseau à la forme extravagante. Draco grogna tout d'abord. Lui-même avait extrêmement de mal à conjurer un Patronus. Ce n'était pas un sort que les Mangemorts appréciaient énormément. Lucius n'avait jamais pris la peine de le lui enseigner et, même s'il savait que Harry le maîtrisait depuis sa troisième année, ils n'avaient jamais abordé le sujet d'un cours privé sur la question.
Bah, à l'époque, leur centre d'intérêt commun n'était certainement pas l'entraide scolaire.
Il écouta quand même le message qui disait, grosso modo, « Harry m'a appelé pour qu'on prenne un café ensemble, il n'a pas beaucoup changé, j'avais oublié combien ce gars était sympa ».
Blaise était un petit con mais Draco, avec son présent, avait définitivement une longueur d'avance, en ce qui concernait le relent de nostalgie qu'il allait provoquer chez Potter.
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Harry se retourna. Il était sûr d'avoir senti un regard sur lui. Et quel regard ! Perché sur un lampadaire, immobile, Aquila le fixait. Le Survivant, après avoir constaté qu'il était seul dans son impasse, fit signe à l'oiseau.
- Tu as attendu longtemps ? Pourquoi tu viens me... ha, fit-il en découvrant le paquet accroché à la patte du hibou.
C'était un tout petit paquet, qu'il s'empressa de récupérer. Il le remua et entendit du bruit à l'intérieur. Bon, il valait mieux rentrer avant d'ouvrir tout ça.
- Je rentre, attends moi à ma fenêtre, dit-il à l'égard d'Aquila, qui s'envola aussitôt.
Une fois chez lui, Harry ouvrit à son ami à plumes à qui il servit des biscuits à grignoter. Puis, il s'assit sur son canapé et ouvrit le paquet d'un coup de baguette. Il avait peur d'en endommager le contenu s'il s'y prenait mal.
C'était une fiole. A l'intérieur, le liquide brumeux caractéristique d'un souvenir.
Harry se jeta dans sa cheminée puis se ravisa. Ron lui avait dit que la leur était bouchée. Il se précipita sur le téléphone et composa le numéro de ses deux meilleurs amis. Pourquoi ne répondaient-ils pas ?
- Oui, Hermione Granger, j'écoute ?
- Hermione, comment tu vas ? dit Harry rapidement, se retenant de l'accuser d'avoir mis trop de temps à répondre.
- Harry, quelle surprise ! Oui, très bien, et toi, depuis hier ?
- Ça va, ça va, dis-moi, est-ce que vous avez une Pensine à me prêter ?
- Une Pensine ? Oui, j'en ai acheté une chez un Antiquaire, l'an dernier. Elle était un peu chère mais les Runes qui étaient dessus étaient vraiment superbes ! Je ne savais pas que tu t'y...
- Tu l'as déjà essayée ?
- Bien sûr que non ! Enfin, je n'aime pas vraiment le principe, tu sais. C'est un peu... malsain, je trouve. Et puis, c'est un très bel objet en tant que tel...
- Vous êtes occupés là ?
- Mais qu'est-ce qu'il y a, Harry ? Non, on allait manger...
- Bon, et bien, j'arrive !
Et Harry partit en claquant la porte, sans même prendre la peine de saluer ce pauvre Aquila, qui lui lança un regard terriblement désapprobateur.
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Il était si pressé, si peu concentré, qu'il faillit se désartibuler. Il sonna trois coups, impatient à en crever, serrant dans sa main la petite fiole tiède.
- Harry, euh...
Ron venait de lui ouvrir. Il portait un tablier rose à fleurs et tenait une spatule.
- Ho, écoute, c'est Hermione, elle dit que ça sert à rien d'acheter deux tabliers alors que celui-ci est très...
Mais Harry ne l'écoutait pas. De façon très impolie, il poussa son meilleur ami pour entrer.
- Ron, c'est urgent, dis-moi, où est votre Pensine ?
- Pas besoin de me pousser ! s'indigna, avec raison, son hôte. Celle que Hermione a acheté au début de l'année, à un prix exorbitant ?
- Ronald, ce n'était pas au début de l'année, c'était avant Noël dernier, le corrigea Hermione, qui venait d'apparaître.
Elle ne portait pas de tablier mais avait un livre énorme sous le bras. Elle était en pyjama et apparemment était en pleine session révision.
- Harry, je ne comprends pas pourquoi tu es...
- Hermione, je t'en supplie, est-ce que tu peux me prêter ta Pensine ? S'il-te-plaît !
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La sorcière observa son meilleur ami. Depuis combien d'années ne l'avait-elle pas vu si agité, si empressé ? Depuis qu'il avait lâché l'école d'Auror, il était amorphe. Il ne faisait rien. Mais, récemment, elle avait senti quelques changements. Il y a un mois, il était déjà venu lui demander un service, de l'accompagner à la bibliothèque de Poudlard. Et là, il avait besoin d'une Pensine...
Il se passait quelque chose dans sa vie et il ne les avait pas mis dans le secret. Ce n'était pas du tout dans son genre. Il leur avait caché la maladie des parents de Neville, sa relation avec Draco ainsi que son départ pour un an de voyage endeuillé. Les Horcruxes, les souvenirs de Voldemort, tout ce que Dumbledore avait pu lui dire, il leur avait confié.
- Harry, j'aimerais que tu te calmes. Ron a presque fini de préparer à manger, on pourrait dîner ensemble, non ? Et parler un peu...
- Hermione, tu ne comprends pas, j'en ai besoin de suite, c'est...
Harry ne trouva pas d'adjectif assez puissant pour qualifier ce besoin viscéral qu'il avait de savoir ce que contenait le souvenir envoyé par son ancien amant.
Est-ce que c'était un souvenir récent ? D'enfance ? Qui ne le concernait aucunement ? Ou, au contraire, un souvenir d'eux deux, un souvenir qui signifiait que le blond repensait à...
- Hermione ! supplia-t-il.
La brune eut pitié, et ouvrit une petite commode, dont elle sortit une vieille Pensine.
- Tu m'as toujours interdit de l'utiliser, ronchonna Ron, en tapotant sa spatule, comme s'il s'agissait d'une arme très impressionnante.
- Et tu sais pourquoi !
Harry ne se demanda même pas si Hermione avait peur que Ron revive sans cesses ses souvenirs heureux avec Fred et qu'il n'arrive pas à faire son deuil ou bien simplement des moments coquins pour se branler en toute impunité. Il ne remarqua pas la beauté de l'objet. Tout ce qui l'intéressait, c'était de verser le souvenir du blond dans le récipient et d'y plonger la tête. Ce qu'il fit, sans l'accord d'aucun de ses deux amis.
- Harry, attends ! cria Ron, en lui attrapant le bras, pour le retenir.
Résultat, il se trouva lui aussi aspiré par le souvenir.
xXx
Hermione passa le quart d'heure suivant à faire les cent pas devant l'objet de pierre. Quand allaient-ils revenir ? Pourquoi Ron avait-il voulu empêcher Harry d'y plonger ? Est-ce que c'était encore sa stupide théorie à propos de Blaise ? Est-ce que tout ça avait un rapport quelconque avec Malfoy ?
Quand, après presque vingt minutes, les deux sorciers rejaillirent enfin, le rouquin avait les joues rouges et un sourire crispé. Harry, à sa gauche, évitait de regarder Hermione dans les yeux et il les remercia et partit sans croiser une seule fois son regard.
Après qu'ils aient couché ensemble ce soir-là, Hermione demanda à Ron ce qu'ils avaient vus, mais ce dernier refusa de répondre.
Voilà ! Oui, c'est fait ! J'espère que ça vous a plu ! La prochaine fois, quatrième séance... assez... hahahhaha, vous verrez ça !
En attendant, un petit mot ? Love !
