Bonsoir bonsoir ! Tant de choses à faire, si peu pour écrire (larme). On est arrivés au chapitre 10, un tournant ? Non, pas du tout, juste un nombre.

Je remercie toujours l'adorable LinChan (Non mais en même temps, si tu me flattes comme ça, j'peux que te le rendre ;) ) et Aloyse (Ha, ça me fait trop plaisir ce que tu dis :D Merci merci !)

Ce chapitre met en scène le fameux souvenir. De ce fait, que celles qui ont lu les Enchaînés ne soient pas étonnées d'avoir une impression de déjà-lu...

Résumé : On en apprend un peu sur la vie tumultueuse de Draco, le badgeur de parapluies, Harry et Blaise prennent un café ensemble, Blaise ment un peu à tout le monde comme d'habitude, Draco envoie enfin le cadeau pour la troisième séance : un souvenir, Harry débarque en fou chez Hermione et Ron pour leur emprunter une Pensine, Ron est accidentellement embarqué dedans...

Voilà, on se retrouve en bas !


CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses

Chapitre 10 : Un pull-buoy coincé entre les jambes


Harry n'arrivait pas à s'endormir. Pourtant, ce n'était pas le sommeil qui lui manquait. Il était crevé. Cette après-midi là, il avait passé plus de trois heures en compagnie de Blaise qui, « s'te plaîîît, j'ai trop besoin de quelqu'un pour m'accompagner aux impôts moldus, j'y comprends rien ! » et, comme il s'y était attendu, ça avait été atroce. Pas forcément à cause de l'institution publique proprement dite – après deux heures de queue et trois minutes avec un hôte d'accueil, ils avaient gracieusement été congédiés, Monsieur Zabini n'ayant aucune raison de contester la somme de la council tax (taxe d'habitation anglaise) qu'il devait.

Grosso modo, ça s'était passé comme ça – limite, ce qui suit est la version longue – :

xXx

- Bonjour...

- Bonjour, ou plutôt, ce sera une bonne journée seulement si vous acceptiez bien de m'aider.

- …

- Je viens de recevoir votre lettre à propos de ma council tax et je la conteste absolument. Je ne vois pas pourquoi je devrais payer xxxxx,xx livres pour mon 50 m2, à côté de St Paul. C'est totalement exagéré !

- Justement, peut-être, car il s'agit d'un 50 m2 à côté de St Paul. Bonne journée quand même, Messieurs. Suivant !

xXx

Non, ça n'avait définitivement pas été le moment le plus éprouvant de la journée. En revanche, subir deux heures de jérémiades, de discussion badine et en accéléré, d'épanchements divers et variés pendant qu'ils attendaient que leur numéro s'affiche enfin... puis encore une heure de bouderie puérile, parce qu'un salaire de banquier, c'était pas ce qu'on s'imaginait, ça avait été dur.

Enfin, Harry dramatisait. Blaise était, en fin de compte, tout comme du temps de l'école, une compagnie plaisante. Le problème était surtout qu'il parlait vite et beaucoup. Il faudrait à Harry une période de ré-adaptation puis tout irait comme sur des roulettes.

Parce qu'il semblait que Blaise ne comptait pas le lâcher de sitôt et il était plutôt du genre molosse obstiné.

Cependant, si Harry n'arrivait pas à dormir, c'était bien à cause d'un ancien Serpentard, mais il ne s'agissait nullement de Zabini. Draco Malfoy occupait ses pensées d'une façon qui commençait à devenir franchement lassante, car, après plusieurs jours de questionnements sans réponse, son raisonnement mental avait désormais tendance à se répéter.

C'était fatiguant de toujours se faire les mêmes réflexions, d'avoir toujours les mêmes questionnements et, surtout, de ne pouvoir jamais mettre son cerveau sur pause. C'est Hermione qui n'en reviendrait pas s'il lui confiait que, ces derniers temps, il pensait trop. Draco aussi s'en étonnerait, d'ailleurs. Peut-être tout le monde, tout compte fait.

Il se demandait comment, le lendemain, il allait réussir à regarder le blond dans les yeux sans repenser, sans cesse, au souvenir qu'il avait reçu, il y a quatre jours. En effet, s'il devait faire la Muse toutes les deux semaines, la date-butoir, c'était donc le lendemain, le 5 novembre.

xXx

Mais Harry était incapable de se décider de contacter l'aspirant artiste. Pour lui dire quoi ? Qu'il n'arrêtait pas de repenser à son souvenir ? Qu'il hantait ses trois dernières nuits ? Que, quand il se lavait, quand il sortait ses poubelles, quand il allait chercher son courrier, quand il faisait sa vaisselle, quand, sans grande envie, pour passer le temps, il se disait « Pourquoi pas me masturber ? », les images du souvenir chassaient toutes les autres ?

C'était impossible. Tout cela, c'était du passé. Et pourtant, voir ça, de nouveau... Cette scène...

Il avait oublié l'intensité des séances d'érotisme. Les séances de pose, à côté, n'avaient aucune espèce de tension. C'était trop... bon enfant. Il manquait quelque chose, que Harry était incapable de cerner, mais ce quelque chose, c'était la patte du blond.

Draco Malfoy avait été capable de le faire jouir dans des situations humiliantes et carrément étranges, de l'exciter comme un dingue alors qu'il aurait seulement dû rire, et encore. Vomir, peut-être.

Mais lui, Harry... Harry n'était pas un leader. Harry n'était qu'un pauvre type qui avait toujours eu des gros problèmes avec son corps et qui n'avait aucune capacité discursive. Harry était un gars qui avait consenti à se laisser soumettre par son pire ennemi par simple curiosité.

Comment pouvait-il exploiter son infériorité pour rendre Draco fou, lui aussi, pour créer en ce gars presque parfait un déséquilibre ?

Harry se retourna dans son lit une fois, deux fois, trois fois, souffla, et abandonna la lutte. Il replongea mentalement dans le souvenir qui l'avait tant perturbé. Comme ça lui faisait du bien, malgré lui, de s'abandonner ainsi à cette rêverie cauchemardesque !

xXxxXxxXx

La salle commune de Serpentard. Il la reconnut de suite. La lumière verte du lac, les chaînes qui pendaient du plafond, les décorations de mauvais goût style crânes, cierges de cire rouge et diverses gravures représentant les effets de mauvais sorts particulièrement monstrueux et ceux de maladies répugnantes. L'une d'entre elles, Harry s'en rappelait parfaitement : la copulation animée d'une harpie et d'une manticore. Il se détourna de l'image qui, la dernière fois qu'il l'avait détaillée, lui avait foutu la gerbe.

Il se souvenait l'avoir fixée pendant de longues secondes, se testant, essayant de voir si une chose aussi anormale et immonde pouvait le séduire et exciter son appétit sexuel. Il avait été atrocement soulagé de ne ressentir que du dégoût. Cette fois-ci, il ne voulait même plus l'examiner.

Il regarda autour de lui et remarqua que tout était exactement comme dans son souvenir, comme la dernière fois qu'il y avait été. Jusqu'au moindre détail. Est-ce que... ?

- Harry, c'est la salle commune de Serpentard, siffla Ron, en observant l'étrange déco avec curiosité. Regarde il y a même ces bons vieux Crabbe et Goyle... Nott, Zabini et...

Harry ne prit pas la peine de répondre. Il avait lui aussi remarqué le groupe formé par les sixième année. Comment pouvait-il affirmer qu'ils étaient effectivement en sixième année ? Car il en était certain désormais, il avait déjà vécu cette scène.

Ce souvenir, c'était un souvenir commun. Quelque chose que seuls Draco et lui partageaient jusqu'alors. Sauf que Ron avait accidentellement plongé lui aussi dedans.

Le brun savait ce qu'il allait se passer, et il n'avait vraiment pas envie que son meilleur ami voit ça. Comment pourrait-il comprendre ?

- Ho, l'ignoble vipère ! grogna le rouquin, en découvrant la tête de Draco, reposant sur les genoux de Pansy.

Tous les autres étaient enfoncés dans de confortables fauteuils noirs, sauf Malfoy qui, pour le plus grand plaisir de Pansy, était allongé sur le canapé, se laissant caresser les cheveux.

xXx

- Harry, pourquoi tu as ce souvenir ? C'est une déclaration de guerre de la part de Malfoy, même après tout ce temps ? Y pourrait pas te laisser tranquille, non ?

Le brun gémit. Non, bien sûr que non. C'était limité une déclaration d'amour. Pourquoi est-ce que Ron s'était accroché à lui, bordel ?

Harry observa distraitement le pseudo-couple. Pansy jouait amoureusement avec les mèches blondes offertes à ses doigts, les plaçant et les replaçant derrière les oreilles. Elle faisait, de temps à autre, briller l'anneau qu'il portait à l'oreille droite, comme Harry ferait très souvent, plusieurs mois plus tard.

Contrairement à la première fois que Harry avait vécu cette scène, il ne ressentit aucune jalousie, aucune détresse. Il attendit simplement... voilà, il vit le coin du tapis devant la cheminée bouger. C'était lui, de quatre ans plus jeune, sous la Cape d'Invisibilité.

Ron n'avait pas remarqué le mouvement du tapis. Si tous les Serpentards, à l'époque, ne s'en étaient pas rendu compte, pourquoi dérogerait-il à la règle ?

Harry, même s'il ne pouvait pas voir son Autre, l'imaginait facilement. Il se rappelait avoir tendu la main, pour toucher les deux sorciers dans le canapé puis s'être ravisé. Il s'était senti terriblement frustré et s'était assis en tailleur sur le tapis, en attente.

Le Harry de seize ans devait être là, à quelques pas. Et pourtant, non, car ils n'étaient pas dans le passé. Le Harry de seize ans était mort, il n'y avait plus désormais que cette loque de lui, cet être mal dans sa peau, Harry à vingt ans.

Ron, à côté de lui, avait du mal à respirer. Même si Harry avait enfin eu la confirmation qu'il couchait régulièrement – et lumière allumée je vous prie – avec Hermione, ça ne signifiait pas pour autant qu'il restait de marbre devant des couples excédant le chaste stade du bisou sur la joue.

- Harry, elle le... elle le...

- Ouais, bon, elle lui caresse seulement le visage. Tu verras après, ça va être bien pire, commenta Harry.

Son ami ne lui répondit pas mais il haussa les sourcils. Ça pouvait tout et rien dire.

Pourquoi avait-il fallu que Ron soit là, par les cornes d'un caca viking ?

xXx

Oui, ça allait commencer. Draco avait l'air d'être plongé dans un contentement extrême, en tout cas, c'est tout ce que Harry, la dernière fois, avait lu sur son visage. Mais cette fois-ci, justement, il était encore moins discernable que sous sa Cape... alors il s'approcha du visage, si jeune, et le contempla tout son aise.

Ron s'éloigna, gêné, en faisant le moins de bruit possible. Le problème, c'est qu'il était tellement gêné qu'il sifflotait.

Ah, les traits angéliques n'étaient pas si détendus que ça... Il y avait une ride légère, une ombre, à peine, entre les sourcils blancs. Dès que Parkinson soufflait un peu trop fort, il tressautait imperceptiblement, comme quelqu'un qui ne s'endort pas tout-à-fait et qu'un bruit ramène dans le monde.

Et puis, les petits yeux gris s'ouvrirent d'un coup. Harry eut à peine le temps d'en capter la colère avant que le blond ne se jette sur Parkinson pour lui dévorer le cou.

Il fit quelques pas en arrière, écœuré. Il s'en rappelait trop bien, de cette scène. La veille encore, elle lui aurait remué les tripes mais ce jour-là, il venait de comprendre pourquoi.

Les petits couinements éloquents, l'agitation qui grinçait sur le canapé de cuir, les mains de la Serpentard se crispant sur des draps de soie inexistants... Ses halètements de chienne en chaleur se faisant renifler le cul, ses veines bleues dans lesquelles les globules rouges se faisaient la course.

Et Draco, Draco qui enfonçait ses dents dans la peau rougie par l'excitation et l'irritation.

Non, il se détourna de la scène et rejoint Ron qui fixait le lac, au travers des fenêtres, avec une concentration exemplaire, comme s'il cherchait à en calculer le volume exact.

- Harry, pourquoi est-ce que... Ouf, ils ont enfin fini !

C'était vrai. Ça avait duré si peu de temps, en vérité ! Pourtant, dans la mémoire de Harry, ce suçon avait été si long, si traînant. Sous sa Cape, un supplice interminable...

xXx

La chair qui se creusait sous les petites dents luisantes, les cheveux blonds éparpillés, les ongles manucurés griffant les joues de la fille, des bruits qui ne communiquaient qu'un seul secret : le contact physique. Les lèvres pulpeuses se décollant l'une de l'autre, l'âme se dissipant dans l'atmosphère chaude et humide, car il y avait du liquide poisseux de partout. Pansy, la tête en arrière, exhalant à grand souffle, elle recrachait son âme pour que Draco, chaman, sorcier, la bouffe.

De la sueur collante, de la salive coulant à flots, et du sang, du sang qui pulsait et qui ne demandait qu'à se répandre.

- Harry, il... je ne comprendrai jamais ce type. Désolé. Je veux pas... enfin...

Draco venait de refermer la bouche, retrouvant en un instant son expression noble et pincée. D'un index délicat, il essuya une goutte d'écume, qui s'était échouée au coin de sa bouche, avant de tourner les talons, abandonnant sans un regard la jeune fille pantelante. Ron la dévisagea avec dégoût – on aurait dit un cadavre d'orgasme, comme une capote usagée traînant sur le plancher – avant de suivre Harry, qui avait lui-même emboîté le pas à son ex.

- Harry !

- Ron, j'aimerais que tu restes...

- Harry, monte ! Il s'en va !

Harry se résigna. Pourquoi ne disait-il pas clairement à Ron de rester en bas, tandis que lui monterait seul au dortoir des sixième année ? Il ne préféra pas réfléchir à la question, parce qu'elle incluait un certain désir d'exhibitionnisme. Oui, comme s'il voulait que son ami sache, comprenne ce qu'il avait vécu.

xXx

Quand Harry avait évoqué une possibilité de relation avec Draco Malfoy, début d'année 1997, il n'avait pas pu leur expliquer pourquoi. Il leur avait simplement dit qu'il y avait quelque chose mais... comment leur avouer tout ce qu'il avait fait de plus intime ? Ses secrets les plus honteux ? Impossible. Alors, les séances d'érotisme, le sperme sur le miroir et badigeonné sur son ventre, les attouchements presque publics, leurs jeux dangereux... Il avait tout gardé pour lui.

Il leur avait simplement dit qu'il était statistiquement probable que le Serpentard et lui déjeunent ensemble et plus, car affinités.

Il n'avait pas peur de leur jugement mais de leur incompréhension. Et surtout, tout cela, il voulait que ça reste caché, défendu. Une chose qu'il ne partageait qu'avec son ancien ennemi.

Enfin, Blaise était au courant. De toute façon, Blaise à lui tout seul était une exception à environs toutes les règles de vie du Survivant.

Mais Ron, malgré toute sa bonne volonté, n'avait jamais vraiment tenté de lui remonter le moral, après que Draco avait fui avec Rogue. Le rouquin pensait sincèrement que le Serpentard n'avait jamais vraiment été du côté des Gentils, après tout, c'était un Mangemort... Harry pourrait trouver tellement mieux, tellement plus sain. Tellement plus en accord avec son statut de Sauveur !

Malfoy avait été une mauvaise passade, tout comme Zabini... Il était jeune, il se cherchait, après tout, peut-être qu'il n'était même pas gay. Pas complètement. Seulement à 30%.

Peut-être... peut-être qu'inconsciemment, ou pas si inconsciemment que ça, justement, Harry souffrait de ne pas avoir pu partager cette partie si importante de sa vie avec son meilleur ami. Quand Ron et Hermione se disputait, il était là pour en parler avec lui, essayer de débloquer la situation. Mais Ron... Ron refusait de voir que Malfoy, la fouine, avait laissé ses marques sur le brun.

Si Ron voyait ce lien si fort, si charnel, qui avait uni les anciens amants, peut-être...

Non, c'était absurde, il ne voulait pas que Ron voit cette partie-là de sa vie. Mais le roux ne savait même pas que Harry avait déjà vécu ça, qu'il était dans la scène, juste à côté d'eux.

xXx

Harry ne put s'empêcher de remarquer, dans les escaliers, de temps à autre, un flash de tissu bleu : un bout de jean. Lui, sous la Cape, trop pressé pour penser à se courber.

La porte était entrouverte mais Ron et lui passèrent au travers. Pratique.

- Je n'ai pas de compte à te rendre, Zabini. TU ne veux pas aller fourniquer avec Potter et me laisser tranquille ? J'ai besoin de prendre une douche.

- Draco, je sais pourquoi tu as fait ça. Et moi aussi j'ai besoin d'une douche, alors je reste ici.

- Fait quoi ? soupira le blond. Tu me reproches de toucher à Pansy ? Cette fille m'appartient. Elle mourrait pour coucher de nouveau avec moi, tu le sais. Je lui ai fait une faveur, voilà tout.

L'ancien Gryffondor sourit devant cet échange si mignon et devant la vision, si coutumière, du Serpentard se recoiffant avec application, un miroir de poche à la main. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas vu ça. Longtemps qu'il n'avait pas vu la tronche de Draco, si... si adolescent.

- Harry, qu'est-ce qu'il veut dire Zabini, par « Je sais pourquoi tu as fait ça ? » ?

- Heu, je sais pas...

Mais Ron le regarda d'un air suspicieux. Il se doutait de quelque chose et, surtout, il n'avait jamais eu confiance en Blaise. Ron avait plus d'intuition que Hermione, parfois.

Blaise Zabini savait que Harry était là, sous sa Cape et que c'était, évidemment, la seule raison pour laquelle Draco avait joué au vampire bouffeur de bulldog.

- Je sais que tu n'es pas attiré par elle, Draco.

- On en parlera plus tard, d'accord ? grogna le sorcier, en enlevant lentement sa cape.

Holala, ça commençait vraiment.

xXx

Comme dans son souvenir, Harry le vit prendre tout son temps, pour le faire languir. A quelques mètres de là, Blaise aussi se déshabillait. Le Harry de seize ans, sous la Cape, commençait à son tout à se dévêtir, comme s'il avait compris que c'était partouze générale.

Mais Harry, vingt ans, resta de marbre. Même s'il avait voulu, il n'aurait pu se concentrer sur le spectacle, tellement la présence de Ron à ses côtés se faisait sentir. Il ne pouvait pas avoir la trique en présence de son meilleur ami quand même, un peu de tenue !

- Y... y se passe quoi Harry ?

- Heu, ils vont prendre une douche.

- Tu n'as pas arrêté de me raconter que Zabini n'était pas gay ! En fait, déjà à l'époque, je les trouvais louches ! s'écria le rouquin.

- Je n'ai pas dit « ensemble ». Il y a plusieurs douches dans la salle de bain, tu sais. Comme dans notre dortoir, avant.

- Mais pourquoi est-ce que...

Ron fit un geste de la tête vers l'ancien Mangemort, qui n'en était qu'à enlever son pull. « Pourquoi est-ce qu'il prend autant de temps ? », c'était ça qu'il voulait dire.

Harry s'abstint de répondre une connerie du style « Pour pas froisser ses cheveux » ou bien « Parce qu'il a envie de rendre Blaise jaloux de son corps » (ce qui était très difficile, les deux garçons étant deux vrais phénomènes en matière de narcissisme).

- Il prend du temps parce qu'il est lent.

- Il enlève sa chemise.

- J'ai remarqué, grogna Harry.

« Il enlève sa chemise très lentement... » pensait Ron trop fort. Harry était du même avis.

xXx

Un à un, les petits boutons dorés se détachaient, creusant une ouverture en V de plus en plus profonde. Dans ce précipice, un torse pâle imberbe, que Harry, désormais, reconnaîtrait entre mille. Enfin, plutôt cent. Ou dix.

Une fois encore, il sentit monter cette bouffée étouffante, qui lui prenait la gorge et enserrait son cou. La jalousie. Un vilain complexe d'infériorité qui repointait son nez, à chaque fois qu'il voyait le corps du Serpentard.

Entre les deux pans lâche de la chemise, un rectangle de peau parfaite.

- T'as pas entendu un bruit ?

- Ho, c'était rien ! cria Harry, précipitamment. Devait venir de la salle commune, parfois, je rappelle, le Calamar Géant frappait les vitres. C'est fou quand même ce qu'il a comme mémoire, Draco, hein ?

S'il ne se trompait pas, son Autre venait de faire un pas en avant, pour caresser, admirer le torse blanc, mais il s'était pris les pieds dans son pantalon.

C'était à cet instant-là qu'il avait fait une boule de ses vêtements qu'il avait glissée sous son bras. Il remercia Merlin que son double soit en sécurité sous la Cape et que Ron ne soit même pas au courant de sa présence.

- Beurk, il pourrait se couper les poils des aisselles, au moins !

- Ron...

- Mais on dirait des ours-seins !

- Des oursins.

- Bordel, me dis pas qu'il va envoyer voler son futal, aussi !

- Ron, la majorité des êtres humains se lavent nus.

- NUS ?

xXx

Harry retourna à sa contemplation. Il se força à regarder Blaise de temps en temps, mais son strip-tease ne lui faisait ni chaud ni froid. Il était beau, certes. Très beau. Mais il était hétéro. Et puis, il était sournois. Bref, c'était son ami. Enfin, quelque chose qui s'en approchait. Tandis que Malfoy...

Malfoy, seize ans, tirait sur sa ceinture de cuir brillant, dont la boucle d'acier avait quelque chose d'un reptile, pour révéler les trois boutons de la braguette.

Harry se rappelait parfaitement que c'était à cet instant-là précis qu'il avait cédé et foutu sa main dans son caleçon. Au rythme des trois boutons, il avait saisi son sexe dur et moi à la fois, hésitant, passé son pouce sur gland, étalé une goutte de pré-sperme dessus.

Après... Il ne voulait pas y repenser, pas avec Ron à sa droite qui continuait à faire des remarques vulgaires, mais il devinait malgré lui la silhouette accroupie, les deux mains glissées dans son caleçon, une à l'avant, l'autre à l'arrière.

Non, il dirigea son regard vers Draco, en boxer, qui venait de claquer la porte de la salle de bain. Peu après, Blaise l'y rejoint, laissant Ron, Harry et Harry junior seuls.

- Ouf, c'était tendu, hein ?

- Hum.

Le double devait être en pleine extase, à l'heure qu'il était. Trop heureux d'avoir vu un tel corps, trop frustré de ne l'avoir que vu.

- Bordel, d'où viennent ses fringues !

- De quoi ?

- Regarde, il y a des vêtements par terre ! Ils y étaient pas y a trois secondes !

Harry, mortifié, reconnut immédiatement les vêtements que son double venait de laisser tomber par terre, trop empressé d'attraper...

- Regarde ! La chemise de Malfoy ! La chemise de Malfoy bouge toute seule ! beugla Ron, paniqué.

Et dire que ce gars était actuellement en deuxième année de formation d'Auror ne rassurait pas Harry quand au destin de la communauté sorcière du Royaume-Uni.

xXx

- Harry...

Le ton, de surpris, était devenu méfiant. Le brun comprit pourquoi : la chemise disparaissait. Elle disparaissait sous quelque chose d'invisible.

Le Gryffondor de seize ans était présentement en train de humer le tissu, qui n'avait pas d'odeur forte. Il se rappelait : un vague parfum de lessive à la vanille et, au niveau des aisselles, la couture sentait légèrement la transpiration d'homme.

- Harry, s'étrangla Ron, en voyant la chemise ressortir trente secondes après clairement salie par un liquide qui paraissait jaune, sur le tissu blanc, puis disparaître de nouveau.

Le rouquin ne fit cependant aucun commentaire quand il vit une main, qui ressemblait d'ailleurs beaucoup à celle de son meilleur ami, apparaître plus loin pour s'emparer du tas de vêtement puis repartir d'où elle était venue, emportant avec elle la boule vestimentaire.

- Le souvenir n'est toujours pas fini, nota le rouquin, plus pour combler le silence angoissant qu'autre chose.

Harry était curieux de connaître la suite – son double s'étant enfui, vêtu en tout et pour tout d'une paire de chaussettes – mais il avait aussi terriblement envie que Hermione viennent les tirer de là. Qu'avait fait Draco, ensuite ?

xXx

La porte de la salle de bain s'ouvrit sur un Draco en peignoir, que Harry se retint de regarder trop fixement.

Le Serpentard se balada nonchalamment dans le dortoir vide, comme un propriétaire appréciant son domaine, se pavanant devant sa cour de fidèles.

En fait, les deux intrus saisirent qu'il cherchait quelque chose. Sa main palpait l'air avec beaucoup de naturel mais, pour ceux qui avaient connaissance de la Cape d'invisibilité, c'était évident.

Le regard gris échoua finalement sur le lit où il sembla trouver ce qu'il cherchait.

- Ma chemise, murmura-t-il pour lui-même. Blaise ?

- Hum ? fit ce dernier, qui venait à peine de revenir dans le dortoir.

- Tu n'aurais pas vu ma chemise ?

- Celle que tu portais tout-à-l'heure ? Non. Tu n'es plus en rogne à cause de ce que j'ai dit à propos de Pansy ?

Et le souvenir s'arrêta là. Mais le silence terriblement embarrassé entre Ron et Harry, sous le regard paniqué de Hermione, lui, dura bien plus longtemps.

xXxxXxxXx

- Bonjour. Une place adulte s'il-vous-plaît. Pour tout de suite.

- Vous vous croyez au ciné ? ricana la vieille hôtesse. Votre ticket, valable un an. 2,5 livres.

- Un an ? releva Draco, en haussant un sourcil. Je le veux pour tout de suite.

Il glissa trois livres sous l'hygiaphone et attendit patiemment qu'elle lui refile son ticket ainsi que sa monnaie.

- Ouaip, un an à compter d'aujourd'hui et c'est ça ou rien. Si vous voulez du popcorn, on en a pas, haha ! Allez, circulez, s'vous-plaît, yen a qui bossent ici.

Le jeune aristocrate fit quelques pas hors de la file, laissant la vilaine mégère derrière sa pauvre vitre sale, avec ses cheveux artificiellement bouclés – il n'avait rien contre les cheveux bouclés en général mais sur cette vieille peau, c'était un crime capillaire – et se dirigea, comme tous les autres, vers un tourniquet.

- Vous vous croyez au métro ? C'est là dedans qu'on met le ticket, fit un agent de sécurité, en désignant une fente.

Draco resta digne, inséra son ticket.

- Qu'est-ce que vous attendez ? Avancez !

- Mais le ticket...

- C'est une entrée simple, la machine l'avale. Allez, on avance !

Draco poussa le tourniquet avec autant de classe qu'il était possible d'arborer dans sa situation. Son sens de la déduction étant à son apogée, il suivit consciencieusement les panneaux fléchant « Vestiaires homme » et gravit trois étages qui étaient tous plus sales les uns que les autres. Le sol était mouillé, la mosaïque bleue et rouge cassée et les fenêtres si opaques qu'on se sentait comme dans une prison.

xXx

Il franchit enfin une grosse porte, derrière laquelle un bonhomme fort peu aimable aboya, en désignant une ligne rouge, tracée par terre, qui indiquait « Enlevez vos chaussures avant la ligne rouge ».

- Vous savez pas lire ?

- Si Monsieur, je n'ai tout simplement pas encore franchi cette ligne.

- Hum. Bon, les enfants, vous avez tous vos chaussures à la main ? On y va !

Et le bonhomme et ses trois enfants disparurent dans les vestiaires.

Draco dut mobiliser toute son énergie mentale pour se forcer à marcher pieds nus sur une surface de trois mètres où un troupeau de Moldus de sexe mâle avaient déjà apposés la plante de leurs pieds.

« N'y pense pas, n'y pense pas, n'y pense pas » pensait-il très fort mais des images de bactéries s'agrippant à sa peau à chaque pas affluaient dans son esprit.

Quand il franchit enfin la porte des vestiaires, il y remit ses chaussettes avec soulagement. Puis, il se rendit compte qu'il allait devoir se déshabiller devant tout le monde.

Non pas qu'il soit particulièrement pudique mais qu'il n'avait pas l'habitude d'exposer sa nudité à une bande d'idiots sales et bruyant. L'air contaminé par leurs postillons allait être en contact avec sa peau propre !

Encore une fois, il fit appel à toute sa volonté pour enlever ses vêtements. Heureusement qu'il avait pensé à enfiler son slip de bain chez lui. Il fourra toutes ses affaires dans un casier qui avait l'air particulièrement peu costaud, mais c'était le seul qui restait dans son coin.

- Papa, regarde, le Monsieur, il a un tatouage !

- On pointe pas les gens du doigt, Mickael.

- Pourquoi ?

- Pa'c'que ça se fait pas.

Le blond regretta que le daron ait oublié de spécifier qu'il était aussi très impoli de dévisager quelqu'un car il sentit plusieurs regards insistants sur lui. Dont celui du daron en question, d'ailleurs.

xXx

Après la mort de Voldemort, la Marque des Ténèbres avait commencé à pâlir mais elle restait toujours là, énorme, clairement visible. Elle ne bougeait plus cela dit, seul signe que le mauvais sort était mort. Il y avait de fortes chances pour que Draco la garde ainsi, tout le reste de sa vie, comme une atroce cicatrice bleu-noir, témoignage d'une adolescence perdue. Ce jour-là, il avait l'impression oppressante de se trimbaler avec un cadavre sur le bras.

Il sortit des vestiaires en se déhanchant exagérément, une façon comme une autre de détourner l'attention de son tatouage. Ce qui marcha bien mieux qu'il le pensait. Il dut descendre toute une série d'escaliers – pourquoi avoir placé ces foutus vestiaires en hauteur, sérieusement ? – sous le regard admirateur d'un nombre assez conséquent de laideronnes et de laiderons.

Il passa sans s'arrêter devant les douches, où des gamins braillards se balançaient de la mousse, enjamba le pédiluve avec difficulté – plutôt crever que de foutre ses pieds dans un bassin d'eau stagnante, où surnageaient de bouts de peau morte – avant d'enfin pénétrer dans la salle des bassins.

L'air étouffant, les cris et leur drôle d'échos, le miroitement de l'eau bleue, tout cela lui sauta à la gueule. Et surtout, la vue gerbante de tous ces corps nus et mouillés, de ces cheveux plaqués contre le front ou – pire ! – ces crânes chauves, sous ces bonnets de plastique collants.

Ils ressemblent à des pénis un jour d'hiver, songea Draco. Tout grelottant, recroquevillés, le gland essayant vainement de se rétracter encore plus.

Tous les maillots des nageurs étaient dans des tons bleus et froids, aussi bleus et froids que cette petite piscine publique, aux abords de prison. Tout ça évoquait un morceau de banquise fondue, un peu boueux, en tout cas, l'eau n'avait rien de celle d'une île paradisiaque.

Il semblait qu'il y avait mille autres lieux bien plus charmants, où passer un premier dimanche de novembre. Dans un des nombreux parcs royaux, parce qu'il ne faisait pas encore trop froid, plus loin, sur la côte Atlantique, dans un musée d'art contemporien, ou même, pourquoi pas, au cinéma. Au moins, on y est au chaud et bien installé.

- Vous gênez le passage, ronchonna une bonne femme, en le poussant, ce qui le sortit de sa torpeur momentanée.

xXx

Où était-il ? Où était Harry, bordel de camemberts parlants ?

Draco décida de s'approcher des cinq couloirs et d'en observer les nageurs. Chacune des lignes était dédiée à une nage, ce qui soulignait de nouveau l'étrange organisation du lieu. D'ordinaire, en tout cas, selon les maigres connaissances de Draco en la question, les bassins étaient plutôt divisés en groupes de niveau.

Résultat : chaque ligne était un beau capharnaüm. Les nez trop longs entraient en contact direct avec les culs, les épaules rencontraient des pieds maladroits, les mains giflaient les cuisses sans le vouloir.

- Monsieur ? Vous attendez quelqu'un ? lui demanda un maître-nageur, au regard suspicieux.

- Je cherche un ami, répondit Draco très dignement, pour quelqu'un qu'on venait vraisemblablement de confondre avec un pédophile.

- Comment il est ?

- Heu... Je suppose qu'ils se ressemblent tous, avec leurs petits c...

Heureusement, Draco n'eut pas le temps de finir sa phrase, qui aurait certainement été considérée comme la preuve d'une tendance malsaine au voyeurisme, car un bras long et archi-maigre, dans l'eau, lui fit un grand signe, en criant.

Enfin, le bras ne flottait pas non plus dans le vide, n'est-ce pas. Il était relié au reste du corps de Harry Potter.

xXx

- Qu'est-ce que tu fabriquais ?

- J'ai rencontré quelques... imprévus, expliqua succinctement l'ancien Serpentard, en descendant la petite échelle qui menait à l'eau. Ouch.

- Ouais, elle est froide, mais on s'y habitue.

Encore heureux. Manquait plus qu'il continue à se les geler pendant les trois quarts d'heure suivants...

- Bon, j'ai fait trois longueurs de brasse en t'attendant, tu veux faire quoi ?

Draco bredouilla quelque chose qui ressemblait à « De la brasse, ça me va très bien ».

Il n'aimait pas nager. Ou plutôt, il n'en avait pas l'habitude. Trop Moldu. Les sorciers faisaient volontiers du Surf sur des mers magiquement déchaînées, du ballet aquatique ou de la Course de bateaux volants mais la nage leur semblait dérisoire.

Ça manquait de spectaculaire et il était de notoriété publique que les sorciers raffolaient de spectaculaire.

Le temps que Draco se mouille la nuque, pour pas avoir affaire à l'hydrocution, le brun avait disparu. L'aristocrate en slip de bain passa sous deux lignes de nage – il se prit un des flotteurs dans la tronche –, dérangea cinq nageurs avant d'atteindre le couloir dédié à la brasse.

Il se rendit vite compte que c'était celui où il y avait le plus de gamins.

xXx

Harry nageait à quelques mètres devant lui. Si Draco ne se lançait pas de suite, le Survivant serait bientôt à l'autre bout de la piscine. Pas question de se laisser distancer si facilement...

Il s'allongea dans l'eau, luttant du mieux qu'il pouvait contre sa peur de couler comme une pierre, positionna ses bras devant lui et ses pieds contre le mur et poussa un grand coup. Il pensait se propulser sur une dizaine de mètres, il ne réussit de fait qu'à créer un peu de remous.

Il commença alors à imiter la grenouille.

Sa technique marchait relativement bien car, quand il arriva de l'autre côté de bassin, Harry venait à peine d'en repartir.

Les grands pieds osseux battaient frénétiquement sous son nez. Ça faisait beaucoup de bruit et l'eau giclait en tout sens, éclaboussant ce pauvre Draco. Les ongles des orteils luisaient au moment précis où ils franchissaient la barrière aqueuse pour se replonger dans l'anonymat, comme la flamme soudain vive d'un feu à l'agonie. Mis à part qu'un feu à l'agonie n'a pas la peau qui pèle.

Draco mit la tête sous l'eau.

L'eau vint d'elle-même remplir ses oreilles, car il ne faudrait pas qu'elles restent vides, ce serait contre-nature. Tout, dans l'eau, était merveilleusement plein. Il n'y avait que les bulles d'oxygène, qui s'échappaient de sa bouche pour remonter à la surface, qui faisaient des trous dans cette matière admirablement massive.

xXx

C'était colossal. Pas d'autre mot pour décrire les 2,5 mètres de vide-plein qui le séparaient du sol. Tout en bas, la mosaïque était nue. Aucune algue n'y était accrochée, excepté un bonnet de bain en tissu, misérablement échoué.

Draco tourna la tête à gauche et vit tous les corps de tous les autres couloirs se démener avec l'eau, se débattant pour avancer. Les membres frappaient en vain la masse mouvante, qui se reconstituait juste après. Le son était surtout sourd et lent. Draco sembla soudain comprendre l'âme du titan sans forme. Il entra en harmonie avec son corps qui englobait tous les leurs.

Oui, tous les autres, même le plus stupide des morveux, raisonnaient en lui. Il sentait leurs ondes se propager dans l'élément liquide, pour finalement l'atteindre, lui, le point de rencontre, leur cœur unique.

Il regarda à droite et ne fut pas surprit de voir la surface aveugle du mur grimpant vers le ciel, s'éloignant vers le haut. A son niveau, ça lui semblait être une barrière insurmontable. L'eau ne pouvait s'agiter assez fort pour déborder entièrement du bassin, pour déclencher un raz-de-marée et inonder la ville toute entière.

Il regarda enfin devant lui et vit...

Deux cuisses s'écartant lentement, dans un mouvement hypnotique. Les genoux qui se pliaient et de se dépliaient, les pieds qui s'approchaient l'un de l'autre jusqu'à ce que la collision sont inévitable. Ils entraient en un contact bref, comme deux mains se joignant dans un acte de prière et s'éloignaient de nouveau, repartaient pour un nouveau cycle.

Mais ce qui était vraiment fascinant, c'était la lente et inexorable révélation de cette paire de fesses. Comme une huître s'ouvrant lentement pour dévoiler sa perle, qui repose sur un oreiller de velours, les deux jambes encadraient ce trésor moulé.

Oh, ces deux perles, sous l'immonde tissu en polyamide, qu'il avait envie de les polir sous sa langue !

xXx

Dès lors, ils enchaînèrent, à un rythme assez erratique cela dit, les longueurs. Et Draco suivait n'importe quel exercice, aussi absurde et ridicule soit-il, sans jamais se plaindre. Alors qu'il avait un pull-buoy coincé entre les jambes et luttait pour survivre il se perdait dans la contemplation de ce petit cul ferme, qu'il avait écarté tellement de fois, par le passé...

Parfois, il avait des pensées honteuses, de celles qu'il avait l'impression que tout le monde pouvait entendre. Après tout, était-ce si extraordinaire ? Ils baignaient tous dans la même substance matricielle, ce ne serait pas si étonnant que ses idées s'échappent par ses oreilles, ses trous d'nez, pour pénétrer dans le cerveau des autres...

Comme de minuscules poissons nettoyeurs, elles iraient de nageur en nageur, et leur chuchoteraient tout ce que le blond, aux testicules contractées par le froid, avait dans la tête. Et ça ferait plein de petites bulles de réactions révoltées, d'enfants curieux, de mères indignées.

A quoi pensait-il, au juste ?

A ce qu'il y avait plus avant, si on passait en dessous de ce petit cul.

Il s'imaginait lui, petite anguille, se faufiler entre les autres créatures, remonter la mer interminable, et disparaître sous l'ombre immense de ce monstre marin. Il est énorme, ce monstre. Derrière lui, deux branches d'arbre à la dérive, qui battent l'eau, un peu comme les rames des bateaux menaçants.

L'anguille remonte les jambes, les longe durant de longues secondes, et arrive en dessous du monstre. Comme c'est étrange ! Accroché au bas de son ventre maigre, il y a une espèce de coquillage. Non, un morceau de roche. Non, ça a l'air organique.

L'anguille s'approche de la chose, curieuse, et la tâte du bout de sa queue électrique. C'est mou et tendre. Deux grosses billes qui roulent et ondulent et quelque chose de coincé, plus longiligne.

« Une autre anguille ! » s'exclame l'anguille.

- Ça va ? Tu veux qu'on... ?

- Oui oui, ça va, t'inquiète pas, fit Draco. Je reprends mon souffle, c'est tout.

Harry acquiesça et s'assit sur le rebord de la piscine, sans cacher ses tremblements. Sur sa peau, des gouttes montaient sur leurs grands chevaux et filaient, à la vitesse presque de la lumière, pour échouer sur la céramique. Et ça dégringolait, et ça suivait le chemin le plus rapide et pouf, ça disparaissait. Ce corps posé là, sur le rebord de la piscine, avait un côté pataud terriblement séduisant. Il ressemblait à une statue à l'état d'ébauche qu'un mauvais sculpteur aurait entreposé dans un hangar. Un truc non fini, un futur chef-d'œuvre, comme ils disent tous, mais laissé à l'état d'abandon, soumis à la colère des éléments.

Voilà, c'était Harry, forgé par le vent et la tempête, Muse née de l'esprit fantasque d'un certain Draco Malfoy, totalement différent de Harry Potter, personnalité publique de la communauté sorcière anglaise.

- On part faire un peu de papillon ?

Ouais, ce gars était définitivement lyrique.


Voilà ! Désolée si le chapitre est un peu plus court, j'essayerai de poster le prochain plus vite...

Une review, c'est coul !