Publié le 11 décembre 2014
Bonsoir bonsoir ! Bordel, je viens de boycotter royalement les révisions de mon partiel de demain pour écrire ce chapitre. Et il est LONG ! :D
Je crois que la fic comptera encore quatre ou cinq chapitres, dans deux mois c'est bouclé. :'(
Je remercie LinChan (merci d'avoir apprécié la piscine, j'espère que ce chapitre-ci te plaira aussi :) ) et Aloyse (ton enthousiasme me fait plaisir à lire :D ) pour leurs reviews.
Avertissement : La moitié de ce chapitre est mi-dramatique, mi-ambiance Noël. L'autre moitié est quand même TRES viscérale (dans le sens vraiment dégueu du terme, genre, ça vous donnera peut-être envie de rendre votre petit-déjeuner par les narines et je suis vraiment désolée d'aimer écrire des trucs aussi chelous et éprouvants...) Bref, à vos risques et périls hihi
Précédemment, dans Cherche Muse : visite du souvenir donné par Draco, à savoir la séance d'érotisme-cape d'invisibilité-strip tease de Serpentards et masturbation invisible sur chemise blanche, avec la présence de Ron. Qui n'en parle pas à Hermione (un vrai bro). Et puis séance piscine et matage intensif de Harry Potter gringalet.
Place au chapitre, on se retrouve en bas !
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 11 : Personne ne doit savoir
- Et ça ?
- Ho, je ne sais pas, Ron. Tu ne trouves pas que c'est totalement stupide ?
- Hein, pourquoi ? s'écria le sorcier, en reposant pourtant la paire de chauss'troll « Vous en avez peut-être pas la tronche... mais regardez donc vos pieds ! » sur son présentoir.
Hermione ne prit même pas la peine de répondre. Elle ignora toutes les choses dorées, rouges, clignotantes, dansantes, musicales, pailletées qui attiraient pourtant l'œil de tous les autres clients potentiels, pour se diriger à grands pas vers un rayon plus silencieux, moins coloré et bien plus austère : le minuscule coin Librairie de l'immense Royaume des Enfants (et des Grands!).
Elle était agréablement surprise qu'il y en ait un, au demeurant, ce qui n'était pas vraiment gagné... mais quelle ne fut pas sa gueule quand elle vit ce qu'on y vendait !
Elle aurait limite préféré rester en compagnie de tous les gadgets stupides qui pullulaient sur le grand étal, à l'entrée du magasin. Limite, car elle ne pouvait pas ignorer les horreurs qu'elle venait de découvrir. Il y a des choses qu'on voit et qu'on ne peut pas oublier.
xXx
- Alors, tu trouves quelque chose ? lui demanda Ron.
Il venait de faire le tour du magasin entier, repérant un nombre incalculable de trucs qu'il lui fallait absolument. Comme une magnifique peluche de hibou Grand Duc, qui faisait du bruit comme un vrai, volait comme un vrai et griffait comme un vrai. Sauf que, contrairement à Coquecigrue, il ne répandait pas ses fientes sur toutes les rambardes qu'il rencontrait, lui.
Tous les enfants le regardaient et suppliaient leurs parents de leur en offrir un.
Peut-être que si Ron émettait l'hypothèse de donner un compagnon de cage à Coq...
- Mis-à-part Le grand livre des petites sorcières... fit Hermione, les sourcils froncés, totalement inconsciente des envies de volatile en peluche de son cher et tendre.
- J'avoue que ça conviendrait pas trop à Victoire, elle est trop petite ! De toute façon, je pense pas qu'un livre...
Mais Ron n'eut pas le temps de laisser sa pensée aboutir. De toute manière, Hermione, pour l'instant, s'en contrefoutait de ses préjugés envers les nobles et belles lettres. Son esprit était bien trop occupé à s'insurger depuis cinq bonnes minutes. Et vu que ça tournait en boucle dans sa tête, menaçant d'envoyer des bouts de sa cervelle aux quatre coins du magasin, il valait mieux que ça sorte verbalement.
En fait, la seule chose qui l'avait empêchée de tempêter jusque-là, c'est qu'elle n'avait pas d'interlocuteur sur qui gueuler. Mais Ron venait d'arriver et il venait de dire exactement ce qu'il fallait pour la foutre encore plus en pétard.
L'ancien Gryffondor, en voyant son regard, devina très vite qu'il n'aurait pas du traiter le Le grand livre des petites sorcières avec autant de légèreté. C'était une grave erreur.
xXx
- Ce livre, c'est surtout une des choses les plus sexistes et réactionnaires que je n'ai jamais vues ! Et ça n'a rien de drôle, c'est révoltant. Tu te rends compte ? Déjà, la couverture est rose bonbon avec des paillettes, des cœurs et des papillons... totalement indigeste... (1)
- Hermione, le rose chez les sorciers c'est...
- Et puis ces définitions ! Ecoute-moi ça : « Arrêt Médicomagique de grossesse : C'est un acte légal mais il n'en est pas pour autant juste ou moral. Même quand une sorcière pense ne pas pouvoir accueillir un enfant, elle souffre de devoir renoncer à cette promesse de vie. C'est une situation d'échec (...) échec d'une relation quand le père refuse d'assumer sa paternité et qu'elle se retrouve seule ». Depuis quand une femme est obligée d'avoir un type pour élever un gamin ?
- Hermione...
- Je continue. « Une sorcière ne peut pas s'empêcher d'être une sorcière, de réagir comme une sorcière, de se comporter comme une sorcière... notamment en présence des sorciers ! Vous savez bien qu'un sorcier et une sorcière qui sont amis ne peuvent pas faire comme s'ils n'étaient pas lui, un homme et elle, une femme. » J'ai honte pour ceux qui ont rédigé ça !
- Hermy...
- « On attribue aux sorcières une intelligence concrète, aux sorciers une plus grande capacité à l'abstraction. On parle d'intuition et de finesse pour les sorcières, de clarté et de concision pour les sorciers. » Toi, clair et concis ? Un tissu de préjugés !
- Hermy chérie...
- « L'acte sexuel commence par des préludes amoureux (...) Puis a lieu la pénétration du pénis du sorcier dans le vagin de la sorcière. Le sorcier éprouve du plaisir par le mouvement de va-et-vient qu'il exerce et qui aboutit naturellement, après un temps plus ou moins long, à l'éjaculation qui termine l'acte sexuel. » Qui termine l'acte sexuel ? Ton orgasme à toi ? Et le mien ?
- Hermione !
- Et l'orgasme, holala : « Pour les sorciers, il est souvent directement lié à l'éjaculation » mais pour les filles, c'est un mystère ! « Il est différent pour chacune mais, le moment venu, vous saurez le reconnaître. » C'est quoi ? Un pétard surprise ?
- Herm, s'il-te-plaît !
- En parlant de Harry, lisons homosexualité, veux-tu. « La vie n'est pas simple pour les homosexuels et le chemin du bonheur semé d'embûches. Attendez l'âge adulte pour vous décider. » Parce que ça se décide ? Mais le plus beau, c'est ça : « A votre âge, il arrive qu'on vive des relations si intenses avec des amies (surtout sa meilleure amie) que l'on peut se croire homosexuelle. On pense qu'on ne pourra jamais aimer autant que cela un sorcier, jamais se comprendre aussi bien qu'entre sorcières. Ce peut être simplement que les sorciers vous font un peu peur parce qu'ils sont trop différents, trop incompréhens... »
Ron, exaspéré, s'empara fermement du grimoire et le reposa sur son étagère. Il fallut ce geste brusque pour que Hermione daigne enfin lui prêter un semblant d'attention.
- Hermione chérie, je comprends que tout ça t'indigne...
- C'est ce livre qui est indignant ! protesta-t-elle aussitôt, en pointant la chose du doigt. Quoi, tu es d'accord avec ces conneries ?
- Non, mais calme-toi, okay ?
- Je suis c...
- Arrête de crier. S'il-te-plaît.
Son ton était doux mais sans réplique.
La sorcière lutta pour garder le silence – ça la démangeait vraiment, de lui gueuler ses quatre vérités –, puis vit enfin tous les regards tournés vers eux. Sans s'en rendre compte, elle avait peut-être lu avec un ton légèrement au-dessus de la moyenne.
- Voilà, maintenant, on va sortir d'ici... annonça Ron, en faisant merveilleusement abstraction de tous les chuchotis qui bruissaient autour d'eux.
- Mais on a pas tout regardé ! Il y a peut-être quelque ch...
Il la poussa vers la sortie, très digne, en ignorant toujours avec superbe les dizaines de yeux qui les suivaient.
xXxxXxxXx
- Qu'est-ce qu'il t'a pris ? grogna-t-il enfin, le nez gelé enfoncé dans son grand col, à la recherche d'un peu de chaleur.
Après être sorti du Royaume du jouet, ils avaient marché trois minutes en silence pour finalement s'asseoir sur une marche glacée, mais sous la lumière rassurante d'un réverbère. Aucun des deux n'était d'humeur à se frotter amoureusement le derche avec des inconnus au Chaudron Baveur.
Ils devaient parler.
Une bande gamins, à quelques pas d'eux, jouaient à se courir après, en criant des mots incompréhensibles pour eux, désormais adultes. Les deux couples de parents discutaient joyeusement tout en surveillant leur marmaille. Ils portaient un nombre incalculable de sacs, preuves d'une journée où leur coffre-fort avait du considérablement se vider. Mais ils avaient tous l'air heureux.
Les vitrines étaient couvertes de buée, ce qui ne faisait que rendre le Chemin de Traverse plus accueillant encore. Derrière les vitres, des lumières vives et chaudes invitaient les passants à entrer et, pourquoi pas, à vider leurs bourses. Quelque part, un bonhomme, ivre peut-être, chantait un cantique de Noël, accompagné des miaulements de son chat.
Il devait être 17H30, à peine, et pourtant il faisait suffisamment nuit pour que Ron et Hermione se sentent coupés, par quelques mètres de pénombre, de cette ambiance festive et bon enfant. Ils regardaient tout ça comme un spectacle. Pourquoi ne pouvaient-ils pas y participer ? Ron avait vraiment envie de son hibou en peluche... Mais il était aussi rancunier.
- Comment ça, qu'est-ce qu'il m'a pris ? J'ai simplement découvert que chez les sorciers aussi on publiait ce genre de conneries réactionnaires ! Tout ce rose, ce rose... Ce rose me donne envie de rendre mes tripes !
xXx
Ron grimaça à l'image, mais ne se débina pas.
- Hermione, on était dans la plus ancienne boutique de jouets du Royaume-Uni, normal qu'ils aient des bouquins un peu... bon très limite, mais surtout, la clientèle, c'est majoritairement des Sangs-purs !
- Et pourquoi tu ne m'as pas prévenue ? Si j'avais su, je n'y serai jamais entrée ! Et en quoi la clientèle...
- Oui, mais, rappelle-toi, « Ils ont de si jolis petits bonnets, et si on allait voir ? Ça ne nous coûte rien ! » Je voulais pas...
- Tu aurais dû ! Et en plus, leurs bonnets n'étaient même pas à vendre... Publicité mensongère. En tout cas, je ne savais pas, c'est pour ça que...
- Tu n'aurais rien su si tu n'avais pas fait une crise d'hystérie à propos de ce livre.
- C'est ma faute maintenant ? s'indigna la sorcière.
- Non, mais tu ne peux pas, à chaque fois qu'une chose te semble injuste, monter sur tes hippogriffes et gueuler à tout-va.
- Et pourquoi donc ? Il faudrait que je me la ferme, c'est ça ? Ha mais oui, après tout, c'est toi l'homme, c'est toi qui décides !
- Mais pas du tout... C'est simplement qu'il pourrait t'arriver, je sais pas, des ennuis. C'est ce qui arrive quand on va sur le terrain des ennemis et qu'on les provoque ouvertement.
- Je n'ai pas besoin de tes leçons de morale. Et je n'ai pas peur ! S'ils avaient un problème avec moi, ils n'avaient qu'à venir m'en parler !
- Mais n'importe quoi, ils n'aiment pas créer scandale, eux, lança Ron, énervé. Et si tu n'as pas peur, moi si. Mon rôle c'est de te...
Mais Hermione, à ces mots, s'était déjà levée.
Les mauvais poètes disent, parfois, que la fille dont ils parlent – toujours incompréhensible et insaisissable – est encore plus belle dans la tristesse. Souvent, il s'agit d'une princesse blonde à la pâleur lunaire, assise au bord de sa fenêtre, le regard perdu dans le flou de la nuit (et surtout de ses larmes).
A tous ces poètes de pacotille, Ron aurait volontiers répondu qu'ils n'avaient jamais vu Hermione en colère. C'était l'émotion qui saillait réellement le mieux à son teint. Elle était sublime.
- Si tu t'apprêtais à me dire que ton rôle est de me protéger, Ronald, je crois qu'en fait, nous n'avons plus grand chose à nous dire ! Bonne soirée !
Elle était sublime, mais c'était dommage que ça la poussait plus à mettre de la distance entre eux qu'à se blottir dans ses bras.
Ron soupira et envoya un Patronus à Neville pour savoir s'il pouvait passer. Il était tellement triste qu'il n'avait même plus envie de son hibou en peluche. Ce qui n'était vraiment pas peu dire.
xXx
- Mais... Pourquoi vous étiez là-bas, déjà ?
- On cherchait un cadeau de Noël pour Victoire, je te l'ai déjà dit. Et pour toi.
- Mais on est seulement en mi-Novembre ! Je n'ai pas besoin de cadeaux, je n'ai pas de place chez moi.
- Les livres ne prennent pas de place. Et c'est parce que tu as ce mode de raisonnement que Ted n'a rien eu l'an dernier.
Harry accusa le coup.
C'était vrai mais terriblement gratuit. Il se retint de lui dire que, de toute façon, le garçon ne faisait aucune différence entre un cadeau et une chose comestible mais que Harry lui en avait quand même offert une demi-douzaine au mois de Janvier, pour se faire pardonner. Cadeaux que l'adorable gamin s'était efforcé de mâchouiller le plus rapidement possible.
Et puis, Harry avait quand même vécu dix ans avec les Dursley sans avoir reçu d'eux un cadeau ayant plus de valeur – économique et sentimentale – qu'un mouchoir jetable usagé. Et il avait survécu.
Il savait qu'elle n'avait pas vraiment voulu dire ça. Enfin, pas de cette façon-là.
xXx
- Tu reveux un peu de thé ?
- Non merci, répondit la sorcière, d'un ton neutre.
Cependant, Harry remarqua une légère et fugitive grimace passer sur ses lèvres. Lui non plus n'était pas spécialement friand de son thé en sachet Tesco, mais il ne se jugeait pas assez amateur pour en acheter à un prix exorbitant.
Il n'était pas Draco. Ni Hermione. Sur bien des aspects, ces deux-là se ressemblaient plus qu'il n'y paraissait. Bon, sauf que Hermione n'avait pas les sourcils fins, parfaits, blonds, sarcastiques, sexy, presqu'invisibles... Elle avait seulement des sourcils normaux, quoi.
Quoique Draco aussi, c'était sûrement Harry qui pétait un câble fétichiste étrange.
- Bon, tu penses faire quoi ? lui demanda-t-il, tout en versant de l'eau chaude dans sa tasse.
Hermione fronça vraiment des sourcils, cette fois-ci, quand elle vit qu'il y avait laissé le sachet de tout-à-l'heure. Déjà que neuf, il n'avait pas de goût, mais alors réutilisé...
- Comment ça ?
- A propos de Ron...
- Ho, je ne sais pas. Je pense qu'il va passer la nuit dehors.
- Tu n'oserais pas !
- Non, bien sûr, il a un nombre incalculable d'amis, dit-elle d'un ton amer.
C'était tout-à-fait vrai. Ron avait toujours été très sociable – c'était peut-être dû au fait qu'il avait grandi dans une maison où il y avait toujours, au minimum, quatre ou cinq personnes dans un rayon de trois mètres autour de lui. Ou au fait qu'à l'école, il aimait bien chahuter avec les autres, et que sa maladresse lui attirait la sympathie de tout le monde. Un peu comme Neville qui, désormais, recevait moult invités tous les vendredis soirs, Ron avait ce don pour se faire aimer. Partout où paraissait une tache rousse flamboyante, tout le monde criait « Weasley is our king ! », ou c'était tout comme.
Bien sûr, tout le monde aimait Harry Potter. Ou du moins, sa cicatrice. Son visage lui, était si tristement banal que c'était à peine si on le reconnaissait, quand il portait une capuche et rangeait ses lunettes dans sa poche (enfin, il y mettait pas vraiment de la bonne volonté, faut dire). On l'adorait, on tirait des affiches illégales de lui pour décorer les chambres de jeunes pucelles, on lui envoyait des mots doux et parfois crus, on se prosternait devant les statues qu'on avait érigées, bien malgré lui, à son effigie... alors comment ça se faisait qu'il se sentait toujours aussi seul et qu'il en venait à être jaloux de la popularité de son meilleur ami ?
xXx
- Tu sais, il n'est pas aussi crétin que tu le crois, finit par dire Harry. Tu avais raison, ce thé est insipide.
Hermione était en train de fixer quelque chose derrière lui. Il n'avait même pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait de la vieille horloge magiqueque Draco lui avait offerte sans raison, quand ils sortaient ensemble.
- Je n'ai jamais rien dit sur ton thé, du moins, pas devant toi. Je ne pense pas qu'il soit stupide, sinon, tu penses bien qu'on n'aurait jamais été ensemble !
- Alors pourquoi est-ce que tu lui fais la tronche alors ? Il n'a rien fait de mal.
- C'est juste que sa manie de... toujours... me cacher certaines choses, pour pas que je m'énerve, ça m'énerve. C'est comme s'il était vraiment... limité, enfin, pas dans un sens péjoratif hein ! limité dans, sa manière de me voir. Comme si on pouvait pas communiquer.
- Bah, il veut pas créer de tensions inutiles, en évoquant des choses qui ne dépendent pas du tout de vous. Il y a des trucs qui existent et contre lesquels tu ne peux rien, affirma Harry, qui citait presque Marc-Aurèle dans le texte, sans même le soupçonner.
- Oui mais, parfois, j'aimerais bien, justement, qu'on parle ! On fait plein de choses ensemble et il me suit toujours, comme s'il s'en foutait ! Il est totalement indifférent. Par exemple, la dernière fois, je lui ai demandé s'il préférait rouge ou jaune, pour la housse du canapé, et il m'a dit rouge, je lui ai demandé pourquoi, il m'a juste répondu qu'il le sentait c'est tout, et il est passé à autre chose, et puis il y a eu la fois où...
Après cinq minutes de remarques plus ou moins vaches qui tournaient toutes autour du manque d'investissement de Ronald Weasley dans les affaires du monde, Harry arrêta d'écouter. Comment pourrait-il en vouloir à son meilleur ami, alors que lui-même n'en avait rien à battre ?
Tout ça, c'était des problèmes que Hermione s'inventait, pour pimenter leur vie de couple un peu monotone. Mais déjà, ils avaient une vie de couple. Harry, lui, n'avait qu'un couple d'amis, une bande de potes qu'il ne voyait pas, un boulot qui ne l'occupait pas assez, voire pas du tout, un Blaise Zabini qui le poursuivait pour il ne savait quelles raisons, un marécage de souvenirs et un Draco Malfoy.
Enfin, si seulement il avait un Draco Malfoy, il serait le plus heureux des hommes.
xXx
Il commençait sérieusement à s'endormir quand la sorcière lâcha :
- Tu sais, je me demande quand même si on est vraiment compatibles, lui et moi. Je veux dire, il confond toujours grossièreté et intimité. La dernière fois, il était encore en train de faire la grosse commission la porte ouverte, et tu sais ce qu'il m'a dit ?
- Quoi ? Comment ça ?
- Et bien, figure-toi qu'il m'a répondu que...
- Non, avant, comment ça tu crois que vous êtes pas compatibles ?
- Et bien, peut-être qu'il me faudrait quelqu'un de plus... je ne sais pas... Qui me ressemble plus. Avec qui on puisse parler d'autre chose que de t'offrir des chaussettes qui transforme tes pieds en ceux d'un Troll. Quelqu'un avec qui parler de droit international, par exemple.
Hermione regardait ses ongles. Comme tous les êtres sains que cette planète porte, elle ne faisait ça que quand elle était embarrassée. Bon, ça lui arrivait aussi, mais seul Ron le savait, ça, de s'arracher les cuticules quand elle révisait.
- Comme... ?
- A la fac, j'ai rencontré un garçon très bien, on a travaillé une fois ensemble à la bibliothèque, enfin, il ne s'est rien passé, hein ! Ne va pas t'imaginer !
xXx
Le monde de Harry était en train de s'écrouler. Littéralement. Que Dean et Seamus passent leur temps à se tourner et à se détourner autour était une chose, que Ron et Hermione se séparent en était une autre.
Que Hermione, qui avait toujours répété à qui voulait l'entendre que Ron n'était pas le benêt qu'on l'accusait d'être, que Hermione, qui avait lu plus de bouquins à l'âge de vingt ans que la plupart des sorciers retraités, mais qui n'avait jamais vraiment reproché à Ron de n'en avoir lu qu'un seul plus d'une fois – un truc sur les Tornades, bien sûr –, que Hermione, sa meilleure amie, la seule fille qu'il pouvait tolérer plus de trois minutes dans son entourage parce qu'elle ne se mettait pas à lui roucouler dessus, bref, que Hermione cède à l'opinion commune – Ron n'est pas fait pour toi – , c'était intolérable.
Et pourtant, c'était possible. Même, probable.
- Harry, dis quelque chose, s'il-te-plaît !
- Ha, heu, et bien, j'espère que tu ne viendras pas pleurer chez moi si ce « garçon très bien » se révèle être un petit con qui n'en veut qu'à tes fesses. Mais c'est inéluctable, parce qu'il y a peu de chances que tu rencontres un jour un type aussi cool que Ron, lâcha Harry, se surprenant lui-même.
Ca faisait longtemps qu'il ne s'était pas entendu avoir une telle répartie. Et méchante, en plus.
Hermione gémit, retint ses larmes, se leva doucement et enfila son manteau. Elle allait partir, juste comme ça. Harry espérait qu'elle trouverait un meilleur accueil chez Ginny car lui n'était pas prêt à affronter la séparation de ses amis. C'était assez égoïste de sa part, mais c'était un de ses seuls repères. Aller dîner chez eux, ça donnait un peu du sens à sa vie.
La sorcière, avant de refermer la porte derrière elle, ajouta :
- Je n'ai jamais rien dit à Ron à propos de tous les garçons que tu as pu fréquenter depuis que tu es revenu. Je ne t'ai pas demandé pourquoi tu fréquentais de nouveau Zabini ni même quelle était la nature de ton travail actuel, qui n'a pas l'air de t'occuper plus que ça, à vrai dire. Je ne fais jamais aucune remarque quand tu n'écoutes pas quand on te parle ni sur les cadeaux qui ornent ton appartement mais que, selon toi, tu ne veux pas (ça c'était fait). Et je n'ai même pas cherché à plonger dans le souvenir que tu as apporté chez nous, alors que tu l'as laissé là-bas. Je te trouve assez injuste, Harry. Avant, tu étais plus ouvert au changement. Ou aux autres, tout simplement.
Et elle claqua la porte. Et Harry vida sa tasse de thé sans goût dans l'évier.
xXxxXxxXx
- Je ne sais pas ce que vous me voulez, mais je vous somme de me rendre ma baguette !
Draco était dans le noir total – sûrement un sortilège d'aveuglement momentané. A moins que son agresseur soit un vrai méchant, alors ça pouvait être un sortilège d'aveuglement permanent. Dans ce cas, il pouvait dire adieu à son épilation manuelle et symétrique sourcilière.
Il serait contraint d'aller chez une esthéticienne et de payer une blinde pour qu'elle lui arrache un demi-poil. Non, le pire serait tout de même qu'elle le rate et que, n'y voyant rien, il ne soit même pas au courant. Alors, on le pointerait du doigt dans la rue et il n'en saurait rien, il passerait seulement, tout content. On rirait dans son dos et il ne le saurait pas, croyant ses sourcils tracés à la perfection. On se foutrait littéralement de ses pauvres poils qui n'avaient rien demandé à personne, sauf à pousser aussi géométriquement que possible et lui, inconscient, sourirait doucement à tous !
Bref, Draco était plongé dans le noir. Et ce n'était pas tout : il était aussi saucissonné par cet emmerdant sortilège de première année, et qui fonctionnait quand même sur des mages qui avaient presque fait leurs sept années d'étude. Et son agresseur les avait fait transplaner il ne savait où. Vu la résonance, ça devait être une petite pièce.
C'était frustrant, terriblement frustrant. Pourquoi lui avait-on laissé sa mâchoire de libre, au juste ?
- Rendez-moi ma baguette, malotru !
- Ho, certainement pas.
Ho, bordel, pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il n'y avait qu'une seule personne capable de lui faire ça, un jour aussi insignifiant pour les autres que le 19 novembre. Pourquoi ce jour-là, entre les trois cents soixante-six jours que comptait l'année 2000 ?
- Blaise, c'est pas drôle du tout.
- Ho, je trouve ça très amusant, moi.
xXx
Pas de doute, il s'agissait bien de cet enculé de Zabini. Parfois, on se demandait vraiment s'ils étaient amis ou, au contraire, mortellement ennemis. En attendant, ça restait plus rassurant que l'autre alternative : que son kidnappeur soit un de ces épurateurs de Mangemorts, qui cherchaient à foutre à Azkaban tous ceux qui étaient encore en liberté. Oui, ce n'était que Blaise.
Mais le Ministère lui-même lui avait accordé le droit de vivre en paix, bordel. Pourquoi est-ce que son meilleur ami, lui, n'était pas capable de comprendre ça ?
- J'ai des choses bien plus importantes à faire aujourd'hui que de m'amuser avec toi, Blaise ! Peut-être pas toi, car on dirait que ton travail te laisse assez de temps libre pour agresser d'honnêtes sorciers comme moi, par exemple, mais ce n'est pas mon cas. Aujourd'hui, j'ai du boulot, alors laisse-moi en paix !
- Non, fit tranquillement le Black.
Son sourire était perceptible, même les yeux fermés.
Draco respira lentement. Alors que d'ordinaire il préférait chasser tout souvenir de lui, car ils étaient, pour la plupart, douloureux, il se laissa envahir de la présence de Severus Rogue. Oui, il s'en rappelait parfaitement, comme si le Maître de Potions était de nouveau devant lui, de sa démarche impériale, de sa voix qu'il avait imitée dans son dos toute son enfance, de son ton cassant et impitoyable...
- Blaise, si tu ne me rends pas ma baguette, je t'assure que tu ne pourras plus jamais uriner ni déféquer comme tous les autres bipèdes. Ni même manger, si je me laisse aller.
- Okay. Tiens, si tu la voulais tant, rit Blaise.
xXx
Draco sentit avec soulagement la baguette glisser dans son poing figé. Une seconde, sa baguette ? Non, pas celle qu'il utilisait actuellement. Le bois était plus tendre, plus usé. Le toucher était différent.
Un sentiment d'excitation le prit, sans qu'il sache pourquoi tout d'abord. La manière dont elle entrait en harmonie avec le creux de sa main. Il sentait quelque chose qui n'était pas physique, une sensation familière qu'il avait pourtant oubliée, en grandissant.
Ce sentiment de puissance que sa magie ressentait, quand elle se trouvait canalisée par sa baguette. Il sentait, clairement, son flux magique, si éparpillé auparavant, s'aligner en lui. C'était avant un bordel illisible. Désormais, c'était comme si tout formait une longue, très longue phrase qu'il n'avait aucun mal à décrypter.
Il avait eu ce sentiment les toute premières fois qu'il avait utilisé une baguette. Et puis, avec le temps, ça avait été machinal, jusqu'au point d'oublier qu'elle n'était pas une partie de son corps. Il l'avait en main de manière si machinale qu'elle aurait pu y être collée qu'il n'en aurait pas été étonné.
Cela faisait depuis presque dix ans qu'il n'avait pas ressenti cette excitation à l'idée d'être un sorcier.
C'était celle-là, sans aucun doute. Celle qu'il pensait avoir perdue, il y a plusieurs années. La première baguette qu'il avait eue, celle qui avait donné naissance à un cygne – ou un canard, ça avait été impossible de savoir – en papier, dans la boutique d'Ollivander. Son père avait eu l'air mitigé. Peut-être qu'il s'était attendu à mieux (un serpent, un dragon, un monstre à vingt têtes) mais que ça aurait pu être mille fois pire (une belette)
Maintenant, il lui suffisait seulement de se libérer du Sortilège du Saucisson, de celui d'Aveuglement momentané...
- Haha, tu viens seulement de te rendre compte ?
Bordel. Il avait beau avoir sa baguette, s'il ne pouvait pas la bouger pour jeter un contre-sort, elle serait plus efficace dans les mains d'un Troll. En tant que cure-dents.
- Bon, je me suis suffisamment amusé tout seul, Draco. Tu peux entrer ! cria Blaise, à l'attention d'une porte qui venait de claquer.
xXx
Qui ?
Est-ce que Blaise était vraiment un enculé de première, et qu'il avait comploté pendant toutes ses années avec un complice rien que pour se venger ? Se venger de quoi ? Bon, d'abord, qui ?
Pansy ? Elle était obsédée par Draco à Poudlard, mais elle avait toujours été très proche de Blaise. Blaise était son meilleur ami. Mais Blaise était aussi le meilleur ami de Draco, n'est-ce pas ? Mais Blaise, tel Janus, avait deux visages. Mais Pansy n'avait aucune raison valable pour le kidnapper. Et Blaise non plus, car Draco lui avait finalement rendu tout l'argent qu'il lui devait et avec une coquette somme d'intérêts.
Peut-être Gregory ? Mais non, Greg savait que Vincent était mort à cause du Feudeymon qu'il avait lui-même lancé et n'avait pas pu contrôler. Et que Draco s'en voulait comme un dingue et repensait à Crabbe à chaque fois qu'il passait à côté d'un aliment composé majoritairement de sucre. De toute façon, à dernière nouvelle, l'ancien Serpentard était escort boy, sous le nom de Gregory Gaule.
Qui donc, alors ?
L'inconnu, comme une ombre, était désormais dans son dos. Draco sentait sa présence. C'était palpable, aussi épais qu'une purée Mais il ne pouvait même pas frémir de peur.
xXx
Soudain, il sentit quelque chose s'accrocher à sa bouche. Sur ce petit bout de peau gercé, là, le seul défaut qu'il avait en hiver. Un simple bout de peau, si fin, mais qu'il se retenait d'arracher, car sa mère lui avait toujours répété que c'était là une vilaine manie.
La chose sur ses lèvres, c'était quelque chose de très fin, qui se glissa aisément entre elles. Ça taquinait maintenant sa gencive supérieure. Un fil ? Est-ce que Blaise travaillait avec quelqu'un d'assez sadique pour vouloir lui découper la bouche et la langue à coup de fil tranchant ?
Il tenta de ne pas bouger du tout, de peur de se couper. Très vite, pourtant, il se rendit compte de son erreur et qu'il n'avait rien d'autre à craindre qu'une infection buccale. Ce n'était pas un fil, qui glissait le long de ses incisives. La texture était bien trop élastique et puis, le bruit était comme familier. C'était...
- Un cheveu ! Je ne sais pas qui vous êtes mais vous êtes assurément l'être le plus répugnant que j'ai pu rencontrer ! Virez-moi ça de ma bouche tout de suite !
La personne derrière lui eut un tressautement – un rire muet, sûrement. C'était terriblement désagréable de sentir cette présence étrangère derrière lui, qui l'entourait presque, et pourtant, la seule chose qui les reliait, c'était ce cheveu, sur sa langue.
Bordel, le cheveu était assez épais, pour un cheveu. Et résistant, car Draco essaya de le casser en le mordant, mais il ne réussit qu'à se coincer la langue entre ses molaires – outch, ça faisait mal.
- C'est mignon de te voir te débattre, Draco.
Blaise le regardait se faire torturer, sans rien faire ! Quel enculé !
- Blaise, si tu veux que je t'arrange un coup avec cette jolie antiquaire qui m'a mis une armoire de côté, hier, sache qu'il vaudrait mieux que tu rappelles ton sous-fif – arf !
Le cheveux venait de remonter tout le long de sa langue, égratignant violemment chacune de ses pauvres papilles. Lui qui était si heureux de ne pas avoir un seul dépôt blanc sur la langue était maintenant certain d'avoir chopé un millier de bactéries. Au bas mot.
Un cheveu, qui pouvait être assez tordu pour lui enfoncer ça dans la gorge ?
Le cheveu tournait sur lui-même, désormais. Ça picotait. Il pouvait presque sentir les écailles se soulever, s'écarter de la fibre, être colmatées par sa salive – pourquoi est-ce qu'il salivait ? Pourquoi est-ce que son stupide mécanisme corporel suçait automatiquement ce cheveu ? C'était un cheveu assez abîmé, au demeurant, qui devait appartenir à quelqu'un n'en ayant que peu à faire de sa capillarité. Et ça avait un léger goût. Un goût chimique. Un goût de shampoing.
Un cheveu, c'est même plus organique, vu que c'est déjà mort. C'était un peu comme si l'ancien Serpentard avait un bout de viande dans la bouche, un bout de viande humaine. Appartenant à un étranger. A un cadavre d'étranger.
xXx
- Une nouvelle fois, sortez-moi ça...
Mais le cheveu dégoûtant sciait maintenant les deux commissures de ses lèvres, tirant dessus comme un bâillon ridiculement fin. La langue du blond ne savait plus où se placer. Dessus, dessous ? Dans tous les cas, elle sentirait cette présence inconnue, comme un morceau mal greffé à elle. Les dents grinçaient et ce son était l'expression même de son impuissance.
Si la personne tirait encore un peu, il allait bien finir par se casser, ce stupide cheveu. Et Draco accueillerait avec joie les morceaux de fourches qui se détacheraient, comme les fils d'une corde usée. Il les avalerait, Sisyphe heureux, et ça se fondrait dans son estomac avec son repas de midi.
Mais il n'eut pas à subir ce châtiment – bouffer des bouts de cheveux – car son bourreau venait d'en lâcher les deux extrémités et Draco put enfin le cracher. C'était difficile, sans pouvoir bouger autre chose que sa bouche. Il dut mobiliser toute sa salive, faire un effort démesuré pour expulser l'intrus. Qui resta accroché à son cou, sûrement collé par sa propre bave. Aucun mouvement de mâchoire ne put l'en déloger.
Comme c'était humiliant, d'imaginer cette flaque de salive à ses pieds, que Blaise, que l'inconnu derrière lui pouvaient voir ! Et même, il venait de se cracher dessus, putain. La salive est faite pour rester à l'intérieur de la bouche. Bon, parfois pour être transfusée à un autre être en cas de maladie d'amour.
Puis, il y eut un souffle. Bordel, on soufflait derrière son oreille. A cet endroit précis du crâne où il n'y a plus de cheveux, quelques centimètres carré de peau nue, que la nature a laissé ainsi en les pensant assez protégés par le large pavillon de l'oreille.
Tu t'es trompée, miss Nature, il y a quelqu'un qui est en train de me violer ce carré de peau par un souffle sûrement porteur de trente-six maladies pulmonaires.
xXx
- Mais arrêtez ça, diantre !
Mais la personne dans son dos souffla de plus belle, alternant savamment souffle chaud – exhalation immonde – et souffle froid – tout aussi dégueulasse.
Souffle chaud, qui laisse la bouche et les lèvres immobiles, simple expiration de tout l'air auparavant inspiré, qui a eu quelques secondes pour se réchauffer au creux des poumons. Cet air devenu humide, au contact de la chair intérieure, est naturellement chassé par les viscères qui reprennent leurs places, par le diaphragme qui se relâche tranquillement. Chaud et humide. Si Draco avait été une vitre, il se serait couvert de buée. Mais il n'était pas une vitre.
Et l'air n'était plus le même, désormais, car le voilà chargé en dioxyde de carbone. Si Draco avait été un arbre, il aurait été content, dit. Mais il n'était pas un arbre.
Et l'air tiède chatouillait sa peau fragile, faisait frémir ses veines. Comme le halètement d'un chien en hiver qui réchaufferait ses mains. Sauf qu'il n'était pas Heidi dans la montagne.
La personne inspira.
Souffle froid, qui a effectué exactement le même trajet que son confrère le souffle chaud, mais que la personne, par un mouvement volontaire, a rejeté en formant un rond avec sa bouche. Oui, comme pour faire une pipe. Un tube, qui canalise l'air, et ça va vite, vite, comme dans un toboggan, et soudain, ça quitte les lèvres, et ça atterrit sur la bordel de peau de Draco Malfoy.
Souffle froid, comme un courant d'air qui emporterait un moustique au loin. Sauf qu'il n'était pas un moustique.
La personne inspira.
Okay, elle inspira longtemps. A l'entendre, on aurait pu penser qu'un concours d'apnée était en ligne de mire, ou bien qu'elle avait prévu de trimballer tout cet air pour aller sauver un cachalot en crise d'asphyxie. Une inspiration qui prévoyait un long, très long soupir. Et c'est ce qui arriva. Une décharge d'air vint frôler le cou du blond. En fait, ça arriva très exactement derrière son oreille et puis, doucement ça glissa le long de son cou, comme pour en dessiner la courbe, jusqu'au bord de son col. Un long, très long frisson parcourut Draco. Un frisson seulement intérieur car il n'eut même pas la satisfaction de sentir ses poils se dresser.
Il était aussi immobile que de l'eau stagnante mais, contrairement à un marécage, il avait froid.
Pourquoi il n'avait pas mis une écharpe, déjà ?
Ah oui, parce qu'il était seulement sorti acheter du pain et qu'il ne faisait pas si froid pour un 19 novembre dans le Kent et que c'était si dommage de cacher son si joli manteau en laine, cachemire et soie – oui, tout ça – sous une affreuse étoffe monochrome.
Draco n'aimait pas les écharpes. Il trouvait que leur forme était un viol esthétique.
- Bon, ça suffit, oui ?
xXx
Encore un rire. Non, pas un rire, un gloussement. Un gloussement de jeune dinde.
Soudain, quelque chose de terriblement froid entra en contact direct avec sa paupière gauche. Quelque chose qui, pourtant, tiédissait rapidement.
Comment osait-on ? L'affront lui coupa toute capacité oratoire. C'était trop !
La pulpe du doigt, molle, se déformait tandis que l'inconnu lui palpait l'œil, à travers la membrane. Il pouvait sentir le bout d'un ongle mal coupé, sûrement avec un de ces machins moldus aux allures d'appareils de torture, qui grattait sa peau, comme pour atteindre son globe.
C'était impossible, n'est-ce pas, de déchirer une paupière avec un ongle ? A moins de gratter comme un dingue, de vraiment le vouloir...
La peur commença à le saisir. Une peur mêlée d'excitation car, au fond, il savait que l'autre ne lui ferait aucun mal. Son identité n'était pas si obscure. Il était reconnaissable, dans sa maladresse provocante. Mais pour l'instant Draco voulait juste profiter d'être un peu soumis, un peu maltraité. Il ne voulait plus penser. Faire le vide.
C'était peut-être dans son imagination, mais il sentait les striures sur le doigt – un index –, les petites vagues qui formaient l'empreinte digitale. L'inconnu était en train de le marquer. Comme s'il lui pissait dessus, pour l'imprégner à jamais, le tatouer de son existence. Et toutes les saletés qui grouillaient certainement sur ses doigts allaient s'infiltrer, comme la peste, sous les paupières pour lui contaminer les yeux... Le rendre aveugle.
Putain, le doigt fit un mouvement vers le haut et sa traîtresse de paupière se souleva. Souhaitait-on le faire mourir de sécheresse oculaire ?
xXx
C'est pas vrai. Alors qu'un doigt maintenait la paupière en place, un autre lui touchait l'œil pour de vrai. C'était léger, bien sûr, plus un effleurement qu'un véritable contact, mais il y avait bien quelque chose qui avait passé le cap de ses cils, qui s'introduisait comme en lui. Quelque chose qui appartenait à quelqu'un d'autre.
Car les yeux, à vrai dire, ce sont des organes étranges. Ils sont extérieurs et pourtant tout aussi gluants que ce qui se cache lové dans le ventre. Ça a quelque chose de gluant et d'intime, de terriblement fragile, comme toutes ces poches, masses pleine de fluides qui étaient fourrées dans son abdomen.
Les yeux, on dit que c'est beau. Ça a une jolie couleur, et on en maquille les cils, pour en faire ressortir l'effet. On dit que c'est le miroir de l'âme et plein d'autres foutaises creuses mais bien formulées comme ça. Mais les yeux, pour de vrai, c'est ignoble. Derrière, il y a ce nerf optique, qui rejoint le cerveau. C'est plein de vaisseaux sanguins qui ne demandent qu'à éclater pour envahir ce blanc si peu naturel ! Et cette pupille noire, miroir de l'âme, hein, c'est qu'un trou, un trou sans lumière qui absorbe tout !
Et la personne qui plonge dedans, la malheureuse, si elle veut ressortir, elle se trouve soudain bloquée par la cornée, un dôme de verre qui parachève cette prison.
Et voilà qu'une personne était en train de toucher à ça, à ce qu'il y avait de plus beau et monstrueux en lui !
Autant lui caresser le pancréas ou lui bouffer la rate !
Rien qu'à l'idée qu'il puisse foutre ses mains sales dans son ventre, après lui avoir ouvert le ventre... Oui, Draco le savait, l'inconnu avait toujours voulu revêtir sa peau. Il lui suffisait que d'un peu de concentration pour comprendre son agresseur, pour entrer dans son esprit malade.
xXx
Draco était là, devant lui, si cruellement Autre, comme une provocation. Il voulait tant le dépecer ! Il ferait ça avec douceur. Tout d'abord, il l'étranglerait tendrement, avec amour. Draco suffoquerait, une ou deux larmes couleraient de ses yeux, sa bouche ni tout-à-fait ouverte, ni tout-à-fait fermée. Un souffle s'échapperait, ou plutôt tout l'air de ses poumons, recraché dans l'atmosphère, dans sa bouche à lui, et l'autre aspirerait ainsi assez poétiquement, avouons-le, sa vie ou son âme ou son corps qui sortirait de son corps.
Il lui fermerait gentiment les yeux, pour pas subir son regard trouble et si troublant, ses iris gris sans éclat, ses cils délicats. Il en profiterait pour l'embrasser tout son soûl, pour le toucher, le mettre à nu, découvrir toutes les parties de son corps qu'il n'avait pas osées regarder trop attentivement, quand il avait conscience de son regard à lui.
Désormais, Draco ne serait plus là pour le juger, pour lui demander ce qu'il faisait avec ses poils, avec sa peau, pourquoi est-ce qu'il le touchait autant, pourquoi est-ce qu'il se collait à lui et respirait sa chaleur et se sentait comme dans un cocon.
Désormais, Draco serait mort, alors tant mieux, autant s'amuser, l'embrasser, lui tirer les cheveux, lui tordre les bras, tripoter ses doigts, caresser ses ongles, observer son nombril et puis son sexe. Raser ces poils-là, et regarder, toucher, encore et encore cette chose si étrange, qui semblerait comme greffée sur lui. Est-ce que ça lui appartenait vraiment, ceci ? Il avait toujours eu envie de lui demander, mais il osait pas, il savait au fond que oui, même s'il ne pouvait pas le croire.
Que Draco était un être entier, tout entier, ça il y croyait, mais pourquoi alors lui aurait-on rajouté ce tuyau disgracieux, ce truc mou qui pendouillait en dessous de son ventre ? Et cette peau fripée, comme une poire trop mûre et qu'il nommait ses couilles avec affection ? Ça le répugnait. Alors, après avoir détaillé et admis qu'incontestablement ce curieux appendice faisait bien partie de son anatomie, il prendrait une paire de ciseaux et le couperait. Il y aurait du sang, il en serait étonné, tellement il penserait avoir fait ça proprement.
Et puis, Draco deviendrait enfin ce que ce fou appelait un être : sans protubérance, tout à fait lisse, parfait. Sa peau fine et blanche sur ses muscles fins, sur son corps sec, dur, sans rien de trop. Son visage creux et ses lèvres pâles, toujours insolemment relevées. Même dans sa mort, il se foutrait de lui. Le fou le regarderait une dernière fois, fier et un peu triste. Déjà, Draco ne serait plus le même. Il serait tiède seulement, ses yeux seraient clos, et il n'entendrait pas les paroles du fou. Surtout, il ne parlerait pas.
Alors, le fou commencerait le sale boulot. Il reprendrait ses ciseaux et découperait la peau du cadavre en suivant le contour. Il la décollerait de la chair, ça ferait un bruit de succion écœurant. Il découvrirait alors, sans que ça soit son but premier, le dessous de sa chair. Le voilà à l'intérieur de Draco.
Ce serait si étrange ! Tout ce rouge, tous ces fluides ! Toutes ces choses molles parcourues de veines ! Il ne l'imaginait pas comme ça. Le fou goûterait du bout de la langue son poumon, qui n'a jamais connu une seule cigarette, et qui était pourtant déjà si laid.
Il plongerait ses doigts dans les organes et malaxerait et écraserait, pétrirait, appuierait, jusqu'à avoir envie de lui gerber dessus. L'intérieur de Draco puerait, déversé ainsi à la vue de tous, avec cette odeur d'ordure insoutenable.
Le fou reprendrait la peau qui a séché, et qu'il pourrait enfin revêtir. Il découperait des trous pour les yeux, pour la bouche, pour le nez, pour les oreilles, pour l'anus. Devant, il y aurait cet énorme néant, où il n'y avait plus le sexe. Il collerait sa peau sur la sienne, et ça adhérerait parfaitement. Alors, il entreprendrait de le coudre sur lui. Ça picoterait, mais ce serait supportable.
Après deux heures de couture et beaucoup de fils, il s'admirerait enfin devant un miroir. Ou plutôt il admirerait Draco : car il serait lui en tout point pareil. Il aurait son visage, son torse, ses fesses. Ses mains, ses jambes et son cou, légèrement froissé, après s'être fait étrangler. Il serait heureux mais insatisfait. En se glissant dans la peau de Draco, il n'aurait pas quitté la sienne.
« Je ne suis pas toi : je suis moi en toi. Je n'ai pas ta voix ! »
Alors le fou se plongerait entier dans les restes du cadavre, se roulerait dans ses reins odorants et explosés, pleurerait dedans, essayerait désespérément de récupérer Draco, qui s'éloignerait à chaque instant ! Déjà ce ne serait plus qu'une mare de tissus et de sang inconnus. Il ne resterait plus que là, érigé solitaire, son sexe auparavant épargné.
Ce sexe que le fou avait rejeté, il le prendrait alors dans ses bras, le couverait du regard, l'embrasserait, lui, ce dernier morceau intact de Draco, le câlinerait et finirait, peut-être, par le dévorer.
Comme dans un dernier espoir pour capturer l'essence de Draco.
Draco savait que ça ne pourrait aboutir qu'à un massacre aussi triste que grotesque et pourtant, il voudrait, parfois, que Harry Potter le dépèce pour qu'ils ne fassent plus qu'un seul et même être.
xXx
Cela faisait longtemps qu'il avait arrêté de s'imaginer son intérieur comme un vide noir et rassurant, un contenant à émotions et à idées. Il était les choses les plus palpables, les plus triviales : il était la digestion, la sécrétion, l'excrément. Et c'est le fait de s'être éjaculé dessus, après avoir eu des pensées terriblement morbides, qui le lui rappela. Le sperme, si sa braguette avait été ouverte et son boxer baissé, aurait au moins rejoint la flaque de salive au sol. Mais non, son sexe seulement à demi-dur avait fait trois misérables décharges dans son caleçon. Il se sentait comme un enfant s'étant pissé dessus.
Quelques gouttes de sperme, à peine, lui collaient à la peau, et déjà il se sentait le plus pitoyable des hommes.
- Personne ne doit savoir, lâcha-t-il dans un souffle.
Comme pour se foutre de sa gueule, le cheveu de Harry, précédemment collé à son cou, choisit ce moment précis pour se suicider.
xXx
- Hum ? demanda Harry qui, le pauvre, n'avait aucune idée de la scène mentale qui s'était jouée dans la tête de sa victime.
S'il avait su quels fantasmes malsains parsemaient, souvent, obsédants, ce que Draco écrivait ! Des morceaux de texte qui finissaient presque tous invariablement en fumée. Des fantasmes où il s'agissait de se manger l'un l'autre, d'entrer dans la bouche de l'autre et de se terrer dans son ventre. Draco l'assumait plus ou moins, mais personne ne devait savoir.
L'innocente Muse était bien loin de s'imaginer de tels désordres mentaux. Il pensait simplement que son souffle chaud, dans le cou nu, avait conduit son ancien amant à la jouissance. Il pensait que c'était une jolie éjaculation, que Draco avait joui simplement à la pensée d'eux deux, de nouveau réunis. D'eux deux, simplement séparés par le noir et la paralysie. Bon, et aussi, de cette position de soumission à lui, sous le regard de Blaise.
- Personne ne doit savoir, reprit Draco, toujours immobile.
C'était d'ailleurs une bonne chose, finalement, qu'il soit paralysé. Sinon, il se serait sûrement effondré sur lui-même.
- Sauf toi, toi, tu peux savoir, au fond, ce que je suis, au fond : des intestins, des viscères, des artères rigides. Tout le monde doit croire que je suis un visage, un sourire, un regard. Ignorons tous, moi y compris, surtout moi, que je suis un crâne, des dents enfoncées dans de la chair, deux globes oculaires reliés au cerveau. Moi y compris.
- Pourquoi ? demanda calmement Harry.
Même si ce qu'il voulait vraiment faire, c'était secouer son ex, lui claquer les joues. Pourquoi avait-il l'air si... heu tordu ?
- Je ne veux pas savoir sinon, je serai trop tenté de montrer qui je suis vraiment. J'ouvrirai tous mes pores pour que puisse s'exprimer tout ce que je suis. Cette masse complexe, que je ne comprends pas, que je résume dans mes pensées à un simple plein visqueux, un tas de viande crue. Je laisserai tout ça se retourner et...
- Ça suffit Draco, okay ? On rentre maintenant.
C'était Blaise qui venait d'intervenir. Il libéra Draco du sortilège du saucisson. Le blond, c'était prévu, tituba mais Harry et Blaise, sans un mot, se chargèrent de son corps lourd. Il était toujours aveugle quand ils apparurent village d'Egerton.
- Harry, je te le laisse, okay ? Faites attention, vous deux.
Harry acquiesça et récupéra Draco sur son épaule. Le blond était dans un drôle d'état. Il avait l'air traumatisé. Lessivé. La Maison de Verre accepta sans mal leur intrusion (sûrement parce qu'elle avait senti la présence de son propriétaire affaibli). Harry le déposa dans son lit. Il hésita, consulta vaguement du regard un Aquila curieux puis finit par s'installer dans le canapé.
Il finit lui aussi par s'endormir, après avoir eu la satisfaction de confirmer une vieille hypothèse :
Draco Malfoy avait bien une télévision chez lui. Et il possédait des VHS de Pokemon.
(1) Toutes ces citations, à quelques mots près, sont tirées d'un ouvrage qui me révolte, Le dico des filles. C'était mon petit coup de gueule contre les préjugés sexistes et totalement stupides qui parsèment ce bouquin.
Voilà ! Eprouvant chapitre. J'espère qu'il vous a plu tout de même (moi je me suis bien lâchée, niveau crudité des choses). Bref, si vous aimez les déclarations d'amour étranges de Draco à un Harry paumé, ça me dérangerait pas une petite review ! Ca fait tellement plaisir :D
(Et aussi, si vous lisez l'anglais, vous pouvez toujours aller lire la fic de ma coupine SummerFirePlaces, "Man's best friend". C'est une WolfStar. Et c'est trop fluff-mignon-coul.)
