Bonsoir bonsoir ! Je remercie Chat Bleu pour ses deux reviews qui me font bien plaisir :)

Ce chapitre, par rapport au dernier, est plutôt choupinet-trognon (je peux faire ça, moi aussi!) Ha, et JOYEUX NOEL !

Résumé : Ron et Hermione se sont bien engueulés en faisant les courses de Noël en mi-novembre. Hermione trouve refuge chez Harry qui n'est pas très compréhensif, elle se barre en le clashant de ouf. Blaise aide Harry à kidnapper Draco pour une séance le 19 novembre. Draco se fait un sex trip mental intense et se fait ramener par transplanage d'escorte chez lui. Harry dort là-bas.


CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses

Chapitre 12 : Cher Blaise, ma dernière conquête


- Ça ! Ça ! Ça ! Parrain ! Regarde ! s'exclamait le gamin en sautillant.

Il regardait tout avec émerveillement. Mais comme il était tout petit, – il devait avoir deux ans et demi, à tout casser – par rapport aux étals, il se foutait sur la pointe des pieds, tirait sur les nappes, désespéré mais heureux, et s'attirait les regards mi-attendris mi-énervés des commerçants.

Une vieille peau lui fit même la morale, ronchonnant que, de son temps, « on savait tenir les enfants ». Tous ses objets, qui avaient bougé d'au moins trois millimètres, c'était impardonnable, elle les remit en place en soufflant exagérément.

Mais le gosse n'en avait que faire. Déjà, il l'avait oubliée. Il continuait de tout pointer du doigt, et son regard faisait des aller-retours frénétiques entre celui qu'il appelait son parrain et les tables bancales. Il tentait d'attirer son attention sur mille et une choses qu'il ne pouvait qu'apercevoir, compte tenu de sa taille, mais on lisait dans ses yeux que tout ça était absolument extraordinaire.

Si seulement il pouvait voir ces objets brillants de plus près !

Il tirait de temps à autre sur le manteau de son parrain, qui discutait avec un autre homme. Il était difficile de déterminer si le garçon avait un lien de parenté quelconque avec l'un des deux car son visage était presque entièrement recouvert par un bonnet bien trop grand et une épaisse écharpe.

Ce pouvait-il que cet enfant soit leur... qu'il ait été... que ces deux hommes soient... ?

xXx

- Ted attire tous les regards, sourit Harry, en hissant son filleul sur ses épaules.

Le gamin bougonna mais se laissa faire. Ho, comme ces petites cuillères en argent étaient jolies, vu de là-haut !

- C'est plutôt nous qui attirons l'attention, je pense, rétorqua Draco, en fourrant ses mains dans ses poches, comme si ce geste pouvait le rendre invisible.

- Ted, tiens-toi tranquille, okay ? Et ne tire pas sur ton bonnet !

Le gamin s'immobilisa trente secondes sur les épaules de Harry puis recommença à s'agiter. Il tendait le cou pour bien voir toutes les choses dorées, cuivrées et argentées qui étaient presque à portée de main.

Il voulait tellement les toucher ! Ce petit lion en bronze, comme il serait content de l'avoir dans la main !

- N'y pense même pas ! le gronda son parrain, en le maintenant fermement. Tu disais, comment ça, c'est nous qui attirons les regards ?

Draco soupira puis consentit à éclairer sa lanterne dans un murmure :

- Nous sommes dans la partie moldue d'Egerton. A un marché d'antiquité où il n'y a que des vieux cons réactionnaires. Ils pensent sûrement que Ted est notre fils.

- Comment ça, notre... Ha.

Oui, ça pouvait se tenir. Deux jeunes hommes et un gamin qui ne leur ressemblait pas vraiment.

- Mais il m'appelle « parrain » !

- Tu sais, l'imagination tordue des homophobes est sans limite. Peut-être que tu l'obliges à t'appeler « parrain ». Que ça t'excite. Tu sais, ça fait partie des jeux pervers que tous les gays font forcément.

Harry médita cette profonde réflexion, se disant qu'il fallait être vraiment perché pour penser qu'ils pourraient abuser d'un gamin, ou de quiconque. Il ne fit cependant aucune remarque sur le fait que, à seize ans, eux deux en avaient effectivement faites, des choses obscènes et condamnables...

Mais ils étaient un cas à-part. Disons qu'ils n'étaient pas vraiment des exemples représentatifs du jeune homosexuel moyen. En tout cas, c'est ce que Harry espérait car cela signifierait tout de même que la majorité des gays avaient l'esprit tordu et malade. Qu'ils étaient attirés et en même temps dégoûtés par la chair de leurs partenaires, qu'ils avaient des fantasmes étr...

xXx

- Ted, je t'ai dit non !

Le fils de Tonks et Remus tirait sur son bonnet. Quelques secondes de plus, et il aurait dévoilé au village tout entier, ou peu s'en faut, un bout de cheveux verts ou violets – Harry n'avait aucune idée de la couleur de sa tignasse à ce moment précis, mais il était certain qu'elle n'était pas orthodoxe.

On les regardait d'un air suspicieux.

Ce pouvait-il que ces deux hommes aient kidnappé cet enfant et qu'ils l'avait emmitouflé de la sorte afin qu'on ne puisse pas le reconnaître ?

- Ces gens me répugnent, grinça Draco, qu'on venait de dévisager. J'habite ici depuis un bon moment et ils sont encore capables de supposer de telles absurdités ! Ils savent pourtant que je n'aime pas les bruns à lunettes.

- C'est dans ta tête, tout ça ! répliqua Harry, en faisant les gros yeux. Allez, viens, tu ne m'as pas dit que tu m'offrais tout ce que je voulais, aujourd'hui ?

Le Survivant, insouciant, faisant un sourire aussi charmant que moqueur.

- Oh, minute, toi ! Je n'ai jamais tout ce que tu voulais !

Mais Harry était déjà quelques mètres plus loin, Ted toujours sur le dos. Harry et son filleul formaient un joli portrait. Vraiment, du genre adorablement guimauve. Quoi de plus mignon que ces deux-là, qui s'amusaient comme des petits fous, en observant tout, parfaitement heureux ?

Impossible de déterminer lequel des deux était l'enfant, cela dit.

Harry regardait tout avec un ravissement qui rivalisait avec l'air émerveillé de Ted. Il ne possédait pas beaucoup d'objets de valeur. Il avait sa Cape d'Invisibilité, la montre que les Weasley lui avait offerte pour ses dix-sept ans, son balai, la Carte du Maraudeur et l'horloge ancienne qui trônait encore dans son salon, cadeau d'un Draco adolescent.

Même le vif d'or qui voletait paresseusement chez lui ne coûtait pas grand chose. Enfin quoique, il était presque certain que s'il le revendait en tant que « Premier vif d'or attrapé par Harry Potter et portant des restes de salive séchée – 1991 », il pourrait en tirer un très bon prix.

La plupart de ce que Harry possédait avait une valeur sentimentale. Des cartes d'anniversaire, des souvenirs de Poudlard, des photos de Sirius, de ses parents... Que des reliques qui avaient la fâcheuse tendance de lui rappeler que le passé était passé ; qu'il vieillissait et que d'autres n'auraient plus jamais cette chance.

xXx

Harry et Ted étaient bloqués devant le même stand depuis plus de trois minutes, désormais.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Draco de sa voix traînante, pour montrer qu'il n'en avait que peu à faire, en réalité.

Ted et son parrain observaient, comme hypnotisés, un petit train à l'air ancestral effectuer encore et encore le même petit circuit.

- C'est un petit train authentique, messieurs ! Il a au moins cinquante ans. Il avance mécaniquement à l'aide d'une petit clef qu'on tourne, là, vous voyez ? les informa le tenancier, en leur montrant un trou de forme hexagonale.

- Combien vaut-il ? questionna Draco.

Le commerçant réfléchit à toute allure, tout en détaillant les vêtements parfaitement coupés de l'homme blond. Il était plutôt connu à Egerton. C'était ce petit jeune de la ville qui s'était installé un peu en retrait du village et avait construit une bien étrange maison, toute de verre.

Il descendait parfois sur la place centrale mais il n'était pas très sociable, même si la plupart des femmes le trouvaient « charmant ». Enfin, ce qui était important pour le commerçant, c'était que Draco avait l'air plutôt à l'aise financièrement – en tout cas, il ne travaillait ni au village ni à Londres, car on le voyait très rarement au seul arrêt de bus.

Et il n'allait pas faire le radin devant l'homme et l'enfant qui l'accompagnaient, n'est-ce pas ?

- Quatre-vingt-cinq livres, annonça donc le commerçant. Avec les rails, je vous fais le tout à quatre-vingt-dix. Très bon prix, si vous voulez mon avis.

Le train n'était pas vraiment d'époque, mais c'était tout de même une très belle reproduction. Le blond plissa pourtant des yeux.

- Harry, Ted, je vous laisse avancer, okay ?

Le brun à lunettes jeta un regard étonné à son ami mais Draco s'était déjà détourné d'eux. Toute son attention était désormais tournée vers l'arnaqueur.

- Viens, Ted, on y va.

- Et cousin ? Cousin ? appela l'enfant, en courant après Harry.

- Il va nous rejoindre, t'inquiète pas.

Le gamin acquiesça d'un air important et glissa sa petite main gantée dans celle de son parrain.

Harry était soulagé que Ted ait accepté Draco sans trop de réticence. L'enfant était plutôt jaloux et il n'aimait pas les inconnus. Mais peut-être qu'il avait compris quand Harry lui avait dit que l'étranger était en fait son cousin, et donc que sa famille gagnait un membre. Ou peut-être qu'il avait tout bonnement été impressionné par les boutons de manchette dorés de la chemise du blond, son chapeau en feutre bleu marine et le col cheminée de son manteau long. L'unique cousin d'Edward Lupin avait de la prestance. Et Edward Lupin y était sensible.

xXx

- Ho, vous êtes là.

Harry et Ted étaient en train de manger des marrons chauds, serrés l'un contre l'autre sur un banc gelé. En fait, il était plus exact de dire que Harry épluchait les châtaignes, dont il répandait le sol d'écorce, et que Ted les mangeait voracement.

- Chaud ! disait-il parfois, mais il continuait à se goinfrer comme un bienheureux.

- Alors ? demanda Harry.

- Ho, rien de spécial. Tiens, Edward, c'est pour toi.

Ted releva la tête vers Draco.

- Pas Edward ! cria-t-il.

- C'est pourtant bien ton nom, fit l'ancien Serpentard.

Son ton n'était pas méchant, mais Harry eut soudain la fugitive impression d'avoir sous les yeux Lucius Malfoy.

Le marmot dut lui aussi sentir qu'il était déconseillé de faire un caprice car il ne répliqua pas. Toutefois, ses joues se gonflèrent, manifestation incontestable de sa bouderie.

- Dommage, je comptais offrir un très joli train rouge à un certain Edward, mais comme ce n'est pas toi... lança innocemment Draco, tout en faisant luire un morceau du jouet métallique, qui dépassait d'un grand sac en papier kraft.

- Train ? répéta Ted, enthousiaste. Train ! Cousin !

Il s'était mis debout, bousculant son parrain qui tentait vainement d'éplucher sa dernière châtaigne.

- Si tu dis pardon à ton parrain d'abord, le réprimanda le blond.

- Pardon, Parrain. Bisou.

Il bava sur la joue de Harry et reçut son cadeau avec une joie qui faisait presque mal aux yeux. Il remercia Draco avec ferveur, le câlinant avec la force d'un bébé boa constructor et imitait le bruit du train à tue-tête.

Comment pouvait-il être si comblé par un simple objet ?

- Tu joueras quand tu seras à la maison, d'accord ? lui dit Harry, en lui prenant la locomotive et un morceau de rail des mains.

Quand il vit la tronche que tirait Ted, il faillit fondre comme un bonhomme de neige en été. Il fallait qu'il se justifie. Et vite, sinon son cœur menaçait de se briser en au moins deux morceaux.

- Mamie sera très triste si tu ne l'attends pas pour jouer. Tu vas te faire mal aux doigts avec, ça coupe. Et la locomotive va avoir froid, si tu la laisses dehors trop longtemps.

Ted finit par coopérer et repartit regarder les stands, mais le cœur n'y était plus.

- Harry, j'ai jeté un petit sort au train, tout-à-l'heure, souffla l'ancien Serpentard à l'oreille du brun. Les bords ne sont plus coupants mais lisses comme cette matière moldu, le plastique. Et elle peut se remonter toute seule. Je te donnerai la formule. Sinon, je trouve que ta nouvelle coupe te va à ravir.

- Ho, merci. Je trouve ça un peu court mais le coiffeur... Attends, devant tous ces gens ? Un sort ? Tu es fou !

- Ils ne remarquent jamais rien en ce qui concerne la magie, répondit hautainement Draco. La seule chose qu'ils voient d'anormal chez nous, c'est que toi et moi, nous sommes du même sexe et que nous trimballons avec nous un enfant en bas-âge. Je suis persuadé que si les cheveux d'Edward changeaient de couleur sous leurs nez, ils ne s'en rendraient même pas compte.

Harry ne fit aucune remarque sur le sous-entendu (plutôt explicite, cela dit). Avaient-ils vraiment l'air d'un couple ?

xXx

- Tu ne voudrais pas qu'on aille du côté sorcier ? suggéra finalement le blond, d'une voix douce. Je ne peux plus supporter tous ces regards.

Trop douce, la voix. On aurait dit qu'il essayait d'amadouer un hibou grincheux avec des friandises.

Ça devait faire bien deux heures qu'ils arpentaient les ruelles d'Egerton et le froid commençait vraiment à se faire sentir. Le marché les avait occupés un temps mais on venait d'atteindre 13 heures, moment fatidique où il faut décider si l'on jeûne ou pas. Et Draco connaissait un très bon petit bistrot, de l'autre côté. Avec des banquettes confortables, un chauffage magique éblouissant de santé et puis... côtoyé par du beau monde. Qui sait qui on pouvait y croiser ?

- Tu crois sincèrement qu'on nous y dévisagerait moins ? répliqua Harry, l'air dubitatif.

Il était venu sans artifice – enfin, sauf si on pouvait qualifier de ce terme l'effort qu'il avait fait pour porter de jolies fringues. Mais même les plus beaux atours ne pouvaient dissimuler ses cheveux biens noirs, sa cicatrice caressée par sa franche trop courte, ses légendaires lunettes rondes et son air paumé, – et puis, ses yeux verts, diantre. Il n'était que terriblement reconnaissable.

L'effort vestimentaire que Harry avait fait n'était, de plus, pas si démesuré. En effet, l'ensemble qu'il avait choisi était le cadeau d'anniversaire de Hermione. Oui, en plein été, elle lui avait tout de même offert une chemise à manches longues, un pull en laine et un pantalon épais. Le pire, c'est qu'elle lui avait confié avoir acheté tout ça l'hiver précédent, ce qui signifiait quand même qu'elle avait prémédité ce cadeau quelque chose comme six mois avant ses vingt ans. Ou seulement six mois après ses dix-neuf (mais il n'était pas tout-à-fait exact de dire cela car Harry était réapparu seulement en Août 1999 et sa meilleure amie lui en voulait bien trop à ce moment-là pour songer à lui offrir autre chose qu'une bonne paire de gifles).

Cependant, ce matin-là, il avait remercié Ms et Mr Granger d'avoir conçu un bébé avec une tête aussi bien faite. Comme il ne sortait que rarement, il ne s'était jamais embêté à acheter un ensemble moldu correct, étant donné qu'une paire de jeans et un tee-shirt lui convenaient très bien. Les seules sapes classes qu'il possédait, c'était ses anciennes robes d'Auror apprenti ainsi que des robes de soirée offertes par Molly Weasley.

Et, ce jour-là, il avait décidé de se balader dans la partie moldue d'Egerton, avec Draco Malfoy. Et s'il arrivait à Draco Malfoy de se balader dans la partie moldue d'Egerton, c'était en compagnie d'un homo sapiens, pas de « Moshe », un homme de Néandertal. De toute façon, il ne restait de « Moshe » ni crâne ni jambes, l'activité de la promenade étant donc peu probablement une de ses favorites... si un fossile pouvait avoir d'autres activités que celle d'être analysé, cela va de soi. (1)

xXx

Harry était arrivé devant la Maison de Verre bien habillé, donc, mais avait aussi fait un tour chez son coiffeur, qu'il ne pouvait pas vraiment qualifier de coiffeur personnel, car il y avait été genre deux ou trois fois en un an et demi. Il était bien fringué, relativement coiffé et en compagnie d'un sale môme. Mais Ted était attachant et puis, c'était le neveu du blond. Et puis, il neigeait presque.

En tout cas, Malfoy avait été d'excellente humeur jusque-là. Il avait plusieurs fois – une fois, en fait – sous-entendu qu'ils avaient l'air d'une adorable petite famille. Et il devait lui offrir un cadeau, pour le remercier pour la dernière séance. Harry n'était pas vraiment certain de mériter quoique ce soit, si on considérait l'état dans lequel la séance de kidnapping avait mis Draco... mais ils évitaient soigneusement le sujet, alors il ne pouvait pas vraiment protester. Et puis, il avait envie d'un cadeau.

De toute façon, Harry avait proposé cette petite sortie pour se faire, comme qui dirait, pardonner. Passer une journée sympa ensemble, sans aucun moment malsain, simplement profiter de la chance qu'ils avaient. Du moins, la chance que Harry avait. Il espérait qu'elle était réciproque.

En ce qui le concernait, il était désormais terriblement reconnaissant envers son cerveau dérangé que l'annonce « JH cherche Muse » l'ait obsédé pendant tout l'été. Grâce à elle, Draco avait réintégré sa vie. Il n'en revenait pas de pouvoir, de nouveau, parler avec lui, rire avec lui, être simplement avec lui.

Les séances de pose garantissaient le fait qu'ils se voient deux fois par mois. Mais, pour la première fois depuis qu'ils avaient commencé, ils se voyaient hors contexte professionnel. Comme des amis. Enfin, plutôt comme d'anciens amoureux séparés adolescents par une cause qui les dépassait.

Tout était parfait.

xXx

- C'est ici.

Draco les avait amenés devant une ruelle étroite, de celles qu'on ne voit pas ou, plutôt, de celles qu'on oublie dès qu'on est passé devant. Elle n'était pas tellement glauque – de toute façon, architecturalement parlant, Egerton, c'était un peu le royaume des petites licornes – mais pas spécialement engageante. Mais si cet aspect peu attirant était la seule protection anti-Moldu, l'administration sorcière du village faisait un pari bien risqué. Un enfant qui échappe à la surveillance de ses tuteurs se retrouverait facilement à gambader, insouciant, dans cette sombre allée, jusqu'à tomber sur un apothicaire ou un magasin d'accessoires pour balai.

Tandis que Harry songeait qu'un certain laxisme en matière de sécurité caractérisait cette période d'après guerre, Draco se mit à agir de façon curieuse. Il s'engagea dans la ruelle en marchant en crabe. Elle était pourtant suffisamment large pour y marcher les pieds parallèles aux murs...

- Tu as peur de salir tes vêtements ! s'écria Harry, hilare, et ravi d'avoir trouvé une explication rationnelle à cette démarche peu esthétique.

- Tonton ! Parrain ! beugla Ted, tout excité.

On ne pouvait par contre trouver à son entrain subit aucune explication rationnelle. C'était seulement un gosse, voilà tout.

- Je sais désormais quoi t'offrir : un cerveau, fit Draco d'une voix exaspérée. Imitez-moi, plutôt.

Harry s'exécuta de bonne grâce – le ridicule ne l'avait jamais tué – mais Ted, comme d'ordinaire, n'en fit qu'à sa tête. Il courut en ligne droite, se cognant occasionnellement contre un mur, et finit dans un cul-de-sac.

- Rien ! s'étonna-t-il en tapotant contre le mur.

Il donna un coup de pied dans une poubelle qui déversa son contenu sur le sol.

- Beurk !

- Harry, va chercher ton filleul s'il-te-plaît. Oui, toujours en crabe.

Quand Harry revint vers lui, un môme intenable sous le bras, Draco examinait un curieux graffiti.

- Par le menton rasé de Poufsouffle, grogna-t-il.

- Poufsouffle était une femme, répliqua savamment Harry.

- Justement. Ecartez-vous et bouchez-vous les oreilles. Tu devrais attacher cet enfant !

Ted regardait Draco d'un air interrogateur mais ce dernier était terriblement concentré. Harry l'entraîna à quelques mètres de là et lui boucha les oreilles. Est-ce que cet étrange symbole était lié d'une quelconque façon à la magie noire ? Mais qui ?

Les Mangemorts les plus actifs avaient tous été arrêtés, jugés, emprisonnés, durant l'été qui avait suivi la guerre. Harry n'aurait sûrement pas pu partir en paix (faire le tour du monde, quoi) s'il en était resté plus d'un dans la nature. Bon, sauf les Malfoys, mais Narcissa lui avait sauvé la vie. Et Lucius était juste un couillon.

C'était d'ailleurs en partie pour cela qu'il avait fini par lâcher la formation d'Auror. A quoi bon, maintenant que la menace d'extermination de 70% de la population mondiale avait disparue ? Il se l'avouait désormais, il avait toujours voulu être Auror pour s'occuper de la justice la plus primaire : attraper les grands méchants et tuer Voldemort. Il pensait que ce diplôme le rendrait plus fort, plus capable, plus digne de son titre de Garçon qui a survécu. Il pensait qu'on lui enseignerait une multitude de sorts complexes qui seraient de véritables armes contre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Mais il s'était avéré qu'à dix-sept ans à peine il était déjà en mesure de le supprimer.

Mais ce symbole changeait la donne. Est-ce que l'Egerton sorcier était en danger ?

L'instinct de sauveur de Harry ne fit qu'un tour. Il allait stupéfixer Ted, envoyer un Patronus à sa grand-mère et se précipiter à la rescousse de ces pauvres gens qui, en période de Noël, n'étaient pas du tout sur leurs gardes.

- Draco, laisse-moi fai...

Mais Draco ne l'écoutait pas. Il murmurait. Ça n'avait pourtant pas l'air d'un sort – ou bien il était sacrément long. De là où il était, Harry ne pouvait pas comprendre ce qu'il disait mais ça ne pouvait qu'être...

Le graffiti leur tira son chapeau de Santa Claus et le mur de l'impasse s'ouvrit.

xXx

- C'est quand même plus ou moins le même système que le Chemin de Traverse, remarqua Harry, tout en observant l'arche derrière eux se refermer.

- On change pas une magie qui gagne. Mais la cour du Chaudron Baveur ne te demande pas, pour s'ouvrir, d'y accéder en crabe et de chanter un cantique de Noël, elle.

Tandis qu'ils flânaient dans les ruelles, qui cachaient toutes de minuscules boutiques magiques, Draco consentit à lui expliquer qu'Egerton était, en banlieue de Londres, le village où il y avait le plus de sorciers. De ce fait, toute une partie de la commune était cachée des Moldus, ce qui permettait aux sorciers d'y vivre sans craindre de remettre en question toutes les théories scientifiques émises par ces chers non-magiques.

Draco, Harry et Ted déjeunèrent au bistrot conseillé par l'ancien Serpentard. On y mangeait très bien, et pour pas si cher. Le seul bémol, c'était que de nombreuses personnalités qui faisaient leurs achats de Noël à Egerton s'y arrêtaient aussi.

Harry était presque certain d'avoir reconnu le directeur de la Gazette, ainsi que quelques représentants du Ministère. Draco lui assura qu'ils étaient totalement incognito – après tout, qui attendait de croiser l'illustre Harry Potter en compagnie de cet ignoble Mangemort de Malfoy et d'un enfant en bas-âge ?

Harry était sûrement parano. Il se fit une raison : pourquoi lui en voudrait-on de se promener, comme tout le monde ? Pourquoi est-ce que son statut d'idole l'empêcherait de vivre sa vie, hein ?

La journée fut superbe. Simple, sans prétention, tout ce que Harry avait toujours aimé quand, plus jeune, il se baladait sur le Chemin de Traverse avec les Weasley. Ça lui rappelait aussi cette curieuse période, l'été entre sa deuxième et troisième année, où il avait carrément séjourné au Chaudron Baveur.

Il était avec deux êtres qu'il adorait. Draco lui offrit un calendrier de l'Avent sorcier – autrement plus divertissant que vingt-quatre minuscules chocolats au lait trop sucrés –, pour la dernière séance. C'était déjà mieux que le présent de la séance piscine : 2,5 livres.

Le message qui était joint aux pièces de monnaie disait, grosso modo :

« je te rembourse le prix de l'entrée pour cette affreuse piscine municipale. Cordialement »

Harry était presque sûr qu'Aquila s'était secrètement moqué de lui.

Bref, une belle journée, en somme.

xXxxXxxXx

Il n'y arrivait pas. Harry était calé dans son canapé, en pyjama. Cela faisait deux jours qu'il n'était pas sorti et il commençait à en avoir ras le cul de tourner en rond dans son appartement. Plusieurs fois, il avait mis la tête dans la cheminée, prêt à appeler Neville, Ron ou même Blaise. Mais, à chaque fois, il s'était ravisé. Neville passait tout le mois de décembre chez sa grand-mère, Ron était toujours en froid avec Hermione et Blaise... Blaise l'aurait gavé au bout de cinq minutes de communication.

Cela faisait donc une demi-heure qu'il était dans son canapé, tentant de se détendre et d'appeler à lui des images érotiques. En effet, la seule activité qui pouvait casser, selon lui, son ennui mortuaire, était la masturbation. Mais non, impossible. Il avait mobilisé toutes sortes de scènes : des hommes sans visage, aux bites frémissantes, des mecs parfaits, aux muscles développés et aux biceps attirants. Il avait pensé à un type follement beau avec qui il avait une fois couché. Il avait songé à un boulanger dont il avait presque cru être amoureux, tellement son pain était bon. Désemparé, il avait même fini par invoqué des images de Draco. Des images de Draco adolescent, indécent, les cheveux décoiffés et les joues un peu roses. Des images de Draco les fesses écartées, faisant la moue, le pressant de le pénétrer. Des images qui étaient comme des photos dans son esprit tellement elles étaient vives, comme si tout cela n'avait pas plus de trois ans.

Mais rien. Son sexe refusait de s'ériger. Pourquoi ?

Parce que le Draco avec qui il avait passé une après-midi avait été, en façade, un jeune homme bien comme il faut. Il n'avait pas eu un seul regard lubrique, ses lèvres avaient été sèches, sa poignée de main ferme. Cette journée avec Draco, quelques jours auparavant, avait été tellement agréable qu'il était presque vicieux de la gâcher en se masturbant sur lui.

Draco était si beau, si... si... comment éjaculer en pensant à lui, en l'imaginant le sucer ?

C'était sale, si sale !

Au bout d'un nouveau quart d'heure d'angoisse – était-il définitivement impuissant, lui que le magnifique Draco Malfoy ne faisait même plus bander ? –, il se résolut à appeler chez Dean.

xXx

- Du coup, si j'ai bien compris, tu cherches un homme, jeune, beau, vigoureux, prêt à te faire passer une nuit de folie ?

- Très bien résumé, Dean. Mais j'aurais préféré un peu plus de subtilité, soupira l'Elu frustré.

Il n'avait pas vraiment honte de sa requête, il ne s'était tout simplement pas attendu à avoir autant de témoins à son besoin vital de sexe.

En effet, quand il avait hurlé dans la cheminée qu'il avait terriblement envie d'une queue, il s'était attendu à ce que Dean ou, à la rigueur, Seamus se fiche gentiment de lui mais consulte immédiatement son répertoire de PQ (Plans Cul). Que nenni ! Alors que Dean ET Seamus riaient à s'en décrocher la mâchoire, Harry vit, atterré, entre eux d'eux, quelqu'un arborant exactement la même expression que lui : Ron Weasley.

Cependant, la scène qui aurait du se passer, du moins dans l'imagination de Harry, n'eut pas lieu. Ron se contenta de grogner et de retourner s'enfoncer dans un pouf. Son attitude disait, plus ou moins : « Ho, ce n'est que mon meilleur ami affamé de cul. Ce n'est pas la femme de ma vie qui appelle pour me demander de rentrer à la maison ».

D'une certaine façon, Harry était presque content que son petit rouquin préféré soit trop préoccupé à ruminer sa peine pour lui faire des remarques embarrassées et embarrassantes.

- Bon, ne bouge pas, je vais voir si j'ai ce qu'il te faut.

Dean quitta le champ de vision du brun, vite suivi par Seamus qui, vraisemblablement, voulait pouvoir donner son avis éclairé sur le nom du potentiel coup d'un soir de Harry Potter ou carrément user de son droit de véto.

Il ne restait plus que la tête de Harry dans l'âtre, Ron et un long silence.

- Alors, heu, Hermione ne t'a toujours pas pardonné ?

Cela faisait plus de deux semaines que l'ancienne Gryffondor avait bloqué la cheminée et, en général, tous les moyens de communication avec l'extérieur. Ron, désespéré, avait même emprunté le fixe de Harry pour appeler chez eux, mais elle avait aussi débranché le téléphone. Il avait envoyé quelques Patronus sans réponse, deux lettres, mais rien à faire, elle s'emmurait, têtue qu'elle était, dans la bouderie. Ça prenait de telles proportions que c'en était plus grotesque que tragique.

Ce qui n'arrangeait pas leurs histoires, c'est qu'elle était en période de révisions et d'examens, c'est-à-dire que sa priorité allait sûrement à « Comment concilier les droits de toutes les créatures sans en hiérarchiser les espèces ? » plus qu'à « Hermione, réponds, bordel ! ».

En attendant, Ron logeait un peu n'importe où. Ses examens à lui étaient en janvier. De toute façon, la formation d'Auror étant très théorique, il se contentait de ramener ses fesses en cours et on le laissait tranquille.

- Si je traîne chez Seamus et Dean, c'est pas par plaisir. Enfin, tu sais, ils sèchent la majorité de leurs cours pour copuler... Et vu que je rentre tôt de l'école, ils sont toujours (il désigna le canapé) à faire ça (il mima des gestes obscènes).

- Ça me fait très plaisir ce que tu racontes à Harry sur nous, remarqua Seamus avec amusement, alors qu'il réapparaissait dans le champ de vision de l'ancien Gryffondor.

Il s'agenouilla devant la cheminée et dit :

- Alors, Dean voulait te refiler « Bourdon », mais sincèrement, ce gars craint. En plus, je crois qu'il a des furoncles aux fesses. Il pensait aussi à un Weasley – je ne dirais pas lequel, pour ne pas choquer les oreilles ingénues de ce cher Ronald –, mais c'est un peu étrange pour toi, non ? Alors on s'est finalement mis d'accord sur Max.

Le couple passa un quart d'heure à lui vanter le charme, l'humour, la coulitude absolue qu'incarnait Max.

- En plus de ça, il n'est pas prise de tête...

- Tu vas l'a-do-rer !

- Il est très correct et très doué...

- Avec lui, tu oublieras tous tes soucis...

- Il connaît une tonne de monde et se la pète juste ce qu'il faut...

- Et même si ton pénis a du mal à s'ériger ces derniers temps...

- Il sera capable de le revigorer en un instant !

Ils en parlaient tant et si bien que Harry finit par se demander si le fameux Max était un professionnel. Cependant, il prit l'adresse de l'inconnu, promit à Ron d'essayer de s'excuser auprès de Hermione à leurs deux noms et leur souhaita à tous les trois de passer une bonne soirée.

Avec des clins d'œil terriblement vulgaires, Dean lui retourna la formule de politesse.

xXx

Harry s'occupa tout d'abord d'envoyer une longue lettre assez larmoyante à Hermione pour lui dire qu'il était vraiment, sincèrement désolé de ne pas avoir compris combien tout ça (il resta évasif assez là dessus) lui tenait à cœur, qu'il avait longuement discuté avec Ron et que lui aussi était terriblement, affreusement, horriblement désolé de tout ce qu'il avait fait d'atroce et d'horrible envers elle et que, s'il-te-plaît, pourrais-tu nous pardonner avant Noël ?

En effet, Hagrid avait obtenu la permission de la Directrice pour les inviter à fêter Noël à Poudlard, tous les trois, comme avant. Et même s'il y avait de nombreux souvenirs douloureux là-bas, Harry avait été très ému d'y repasser, il y a deux mois, pour y emprunter des bouquins. Y réveillonner, c'était aussi l'occasion de les rendre, en fait.

Puis, le brun ordonna sa tignasse, appliqua une bonne couche de fond de teint sur sa cicatrice, mit des lentilles de contact (bordel, il détestait ça) et entreprit de s'appliquer trois ou quatre sorts de déformations faciales. La première année d'Auror lui avait au moins appris ça : il avait désormais les cheveux châtains, les yeux légèrement moins verts – il détestait pointer sa baguette vers ses propres yeux, qui sait ce qui pouvait arriver ? –, les joues plus pleines et le nez bien droit. En fait, si on le regardait attentivement, on pouvait le reconnaître. Mais il fallait le savoir. Et comme Max ne saurait pas...

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La nuit fut longue, palpitante, remplies de soupirs. Max fut à la fois doux et tendre, entreprenant et excité. Il avait été exactement comme Dean et Seamus l'avait décrit : un coup parfait pour tout oublier. Mais qu'on quitte le matin sans regret, avec tout juste un dernier regard reconnaissant et un petit signe de la main qui dit « A une prochaine fois, peut-être ? ».

Bref, Harry rentra chez lui rassasié. Il avait attrapé, comme d'ordinaire, un journal moldu de la pile sur les boîtes aux lettres et avait payé le hibou de La Gazette qui l'attendait à sa fenêtre, furibond.

La bouilloire venait de s'éteindre quand il vit enfin ce que titrait le quotidien sorcier le plus lu au monde.

« L'orphelin-qui-a-survécu aurait-il enfin trouvé une famille ? »

Il faillit rendre ses biscuits au beurre par le nez. S'armant de courage, il décida quand même de lire le reste de l'article, qui était accompagné d'une photo légèrement floue, mal cadrée, et prise de loin mais qui ne laissait tout de même aucun doute quant à l'identité des personnes qui y figuraient : de dos, un homme grand et fin, aux cheveux très clairs. Attablés en face de lui, un homme maigre, aux cheveux noirs comme l'encre du journal, portant des lunettes, découpant la viande d'un enfant de moins de trois ans. Au moins, la photo en noir et blanc ne laissait pas deviner qu'ils étaient alors violets.


« Dimanche 26 novembre 2000, Egerton, Kent.

Alors que je déjeunais tardivement accoudé au bar du meilleur bistrot d'Egerton (Baguette et Chaudron, 17 place du Bourg), après avoir flâné dans ce charmant village semi-moldu à une heure de Londres, je ne m'attendais absolument pas à y rencontrer Harry Potter.

Rencontrer est un bien grand mot : le Survivant, dont, à dernières nouvelles, plus de mille cinq-cents livres racontent l'histoire, était bien trop absorbé par sa discussion pour remarquer ma présence. Le jeune homme qui se fait très discret d'ordinaire – il réside dans un petit quartier moldu de Londres et ne fréquente que très rarement les lieux magiques – était ce jour-là élégamment vêtu et en compagnie de deux étonnants personnages.

Draco Malfoy, l'héritier du couple de Mangemorts, a obtenu du Ministère le droit de s'établir à Egerton, dans la surnommée « Maison de Verre ». Ses deux parents vivent toujours au Manoir Malfoy, retirés de la vie sociale. Sa présence à Baguette et Chaudron n'était donc pas vraiment étonnante. Selon George, le patron, il lui arrive d'y manger un morceau, toujours accompagné d'un bon verre de vin. Mais il est toujours venu seul ou avec Narcissa Malfoy.

L'autre compagnon du Héros de la Grande-Bretagne était un enfant en bas-âge, aux curieux cheveux violets. Après quelques recherches, il s'est avéré qu'il s'agissait du petit Edward Lupin, dit « Teddy », le fils de Lupin et Tonks, deux membres de l'Ordre du Phénix qui ont trouvé la mort pendant la Bataille de Poudlard.

Je tiens d'une source sûre que Mr Potter a été nommé son parrain et qu'il lui rend visite deux à trois fois par semaine. Teddy est élevé par sa grand-mère maternelle, Andromeda Tonks.

Pourquoi est-ce que ce jour-là, Harry Potter, Draco Malfoy et Teddy Lupin se retrouvèrent tous à Baguette et Chaudron ? Si l'on comprend le lien qui unit le petit garçon et le grand Héros, il est beaucoup plus difficile de saisir celui qui unit l'ancien Serpentard et l'ancien Gryffondor.

Ma source, toujours aussi sûre, m'a confié la profonde rivalité qui opposait les deux jeunes gens, jusqu'à leur sixième année. Tous deux élèves à Poudlard dans deux maisons traditionnellement adverses, ils se vouaient une haine cordiale. Cependant, on m'a aussi confié une information jusque-là secrète. Alors qu'ils n'étaient qu'adolescents de seize ans, les deux ennemis entretinrent une relation amoureuse et sexuelle, qui se termina tragiquement par le meurtre du regretté Albus Dumbledore dans les circonstances que l'on sait.

Le cœur n'a que faire des années qui passent. Devons-nous nous attendre à un communiqué de presse du Garçon-qui-a-vaincu, annonçant officiellement sa relation avec Mr Malfoy ? Ou n'ai-je surpris qu'une tentative maladroite pour recoller les morceaux ? Mr Potter pourra-t-il oublier le passé peu glorieux de son ami ?

(Suite en page 4) »


Harry ne comprenait même pas comment il était possible qu'une telle absurdité puisse avoir une suite en page 4. D'ailleurs, pourquoi avoir publié cet article une semaine après l'événement ? Et qui était cette source sûre ?

Le brun se contraint à parcourir le reste de l'article, à la recherche d'un quelconque indice. Que dalle. Cependant, la source sûre l'était vraiment : elle divulguait sans mal des informations pourtant confidentielles.

Tout du long de la journée, les hiboux s'agglutinèrent à sa fenêtre, l'obligeant à leur balancer du Miam Hibou pour les distraire. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas fait la Une des journaux et, sincèrement, il s'en serait bien passé encore quelques temps.

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« Cher Draco.

Je suppose que tu as reçu la Gazette de ce matin. Je suis désolé que cet article affecte notre relation professionnelle, mais il me serait difficile, voire impossible, de sortir de mon immeuble demain. Le 3 décembre était pourtant la date-butoir pour notre prochain RDV... De plus, j'avais prévu une séance de pose impliquant un décor extérieur et je ne compte pas user illégalement de Polynectar ou même m'appliquer quelques sorts de transformation, car tu sais combien ils sont vulnérables. Par ailleurs, il peut être intéressant de voir comment la frustration et l'attente agiront sur ta personne.

Sur ce, la prochaine date-butoir est le 17 décembre, dans deux semaines, donc. En espérant que les choses se soient tassées.

Harry, avec qui tu as entretenu une relation amoureuse et sexuelle alors qu'on n'était qu'adolescents de 16 ans.

PS : Merci encore pour le calendrier de l'Avent, j'ai adoré la figurine de Sombral qui crache du vrai feu (le 1er, hier) et le tiroir d'aujourd'hui cachait une chocogrenouille déguisée en Père Noël, qui chantait, même décapitée. J'adore. »

Et merde, grogna Draco. L'article n'avait visiblement pas eu l'effet escompté.

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« Cher Draco. J'apprécie énormément ton absence de réponses à mes lettres. Cela peut signifier plusieurs choses, mais certainement pas que tu ne les lis pas. Je te connais. Tu aimes profiter de ton pouvoir et bouder est actuellement pour toi une forme de pouvoir. Tu penses qu'il te suffirait de m'envoyer un mot pour que je toque à ta porte, faisant fi de tous ces journalistes dingues qui me harcèlent ces derniers temps. Tu penses qu'il est bien plus important d'achever ta grande œuvre littéraire que d'assurer ma sécurité.

Soit.

En absence de tes nouvelles, je ne me présenterai pas pour la séance du 17. Si ceci est un test d'endurance, tu sais que tu vas perdre. Je suis certain que tu as plus besoin de moi que moi de toi.

Mr Potter – mais, selon cet imbécile de source sûre, qui continue d'alimenter La Gazette d'informations terriblement intimes, je devrais sûrement signer Mr Malfoy »

Draco ne répondit pas.

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Ils étaient le 17. Ça faisait un mois qu'il avait pas vu sa Muse. Dingue comme des choses stupides lui manquaient. Des détails, vraiment. Harry n'avait pas une conversation qu'on pourrait qualifier de passionnante. Il parlait des autres, de combien ils étaient cools, il vantait ses amis et racontait leurs malheurs. Il émettait peu d'avis extrêmes même s'il avait beaucoup de convictions.

Draco trouvait très amusant de le lancer sur certains sujets : Est-ce que les Moldus sont moins intelligents car non-dotés de magie (mais je ne suis pas Molduphobe) ; est-ce que l'argent et le patrimoine qu'on a hérité est mérité ; est-ce qu'il était judicieux de nos jours de séparer les dortoirs des filles et des garçons ou devait-on carrément créer des dortoirs selon la préférence sexuelle (les filles hétérosexuelles avec les garçons homosexuels et vice-versa).

A cette dernière question, Harry s'était exclamé, avec une candeur et une spontanéité que Draco adorait :

« Mais moi, comment on aurait fait, vu que je n'étais pas du tout décidé ? »

Draco avait conscience que le Harry dont il était obsédé n'était pas réellement celui dont tout le monde parlait. C'était un personnage inspiré de Harry Potter, un ersatz qui, d'une certaine façon, ne l'égalait en rien, de l'autre, le dépassait en tout. C'était une caricature du vrai, un être encore plus pur, si c'était possible.

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Sa Muse était un être invincible mais maladroit, lumineux et obstiné. La Muse était une sorte de lumière réconfortante, qu'il pouvait invoquer dès qu'il sentait ses démons le travailler. Quand il avait des désirs trop violents envers le Harry véritable, la Muse qui n'existait pas le prenait dans ses bras et le calmait. Voilà, Draco ne pouvait pas lui faire de mal car elle n'était pas solide. Il n'osait pourtant pas la torturer dans son esprit car elle avait quelque chose de sacré, que ses mains souillées n'avaient pas le droit de toucher.

La Muse était belle, définitivement belle et, surtout, elle ne changeait jamais. Passant du rire à la colère, comme Harry il fut un temps, sa constance était son inconstance. La Muse était bloquée aux prémisses de l'adolescence, elle ne vieillirait jamais. Par contre, il y avait des chances que, même si Draco et Harry ne se revoyaient plus jamais – hypothèse qu'il commençait à envisager, vu que la balade à Egerton, c'était il y a une éternité –, elle serait toujours là. Fidèle, à ses côtés, pour toujours rien qu'à lui.

Mais le blond avait aussi peur que, s'il perdait de vue le modèle, sa pâle copie s'amenuise elle aussi. Elle finirait par se répéter elle-même, asséchée. Ce qui l'abreuvait, c'était quand Draco voyait Harry et qu'il notait scrupuleusement, un peu obsessionnellement il faut l'avouer, toutes les nouvelles choses qu'il avait découvertes sur le brun.

Alors, la Muse grandissait, nourrie par les souvenirs et les images. Ce que Draco, en embauchant le Survivant, avait finalement attendu, c'était d'obtenir de si précieux souvenirs que sa Muse puisse prendre son indépendance.

Comme elle avait souffert, les trois années où les deux anciens amants ne s'étaient pas vus ! Elle s'était recroquevillée sur elle-même, en hibernation dans un coin de son esprit. Elle attendait que son Père, Harry, revienne, pour s'épanouir de nouveau.

Désormais, bien sûr, elle était plus forte. Elle avait reçu toutes les deux semaines de nouvelles informations. Mais il était trop tôt, bien trop tôt, pour en faire un personnage indépendant. Draco ne savait pas quand il serait assez fort pour arriver à se passer de Harry Potter et vivre seulement entourés de ses fantasmes.

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Il suffisait que Draco réponde pour que son supplice cesse. Il en avait marre d'entendre la Muse râler tous les matins parce qu'elle avait la dalle. Il avait vraiment l'impression d'être un peu frappé parce qu'il parlait à une chose invisible. Mais s'il ne répondait pas, ce n'était pas une histoire de fierté – il en avait très peu, quand il était question de Harry –, c'était plutôt une histoire... d'auto-punition.

Ce serait bien trop facile. Harry lui pardonnerait son silence en trente secondes, s'il prétextait que son père était gravement malade depuis qu'il avait lu l'article de La Gazette. La maladie portait un nom savant : l'homophobie, plus connue sous la périphrase « Je suis pas homophobe mais, désolé, mon fils ne peut pas être une tapette ».

Non, il lui fallait attendre, jusqu'à que ça devienne trop horrible et qu'il se jette dans sa cheminée pour supplier Harry de venir. A ce moment-là seulement, il se pardonnerait sa connerie.

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- Pourquoi tu m'as fait venir, Blaise ?

Le Blaise en question observa son ami d'un œil critique. Draco n'était jamais vraiment négligé. Mais, ce jour-là, il était habillé très sobrement et il ne semblait pas avoir mis tout son cœur à plaquer ses cheveux en arrière. Bon, les mèches qui dépassaient, ça lui allait tout de même mieux que les cheveux gominés qui, avec sa couleur blonde, lui donnaient l'air chauve. Mais quand on le connaissait, c'était un peu pitoyable.

- Je ne sais pas, peut-être que je suis une des seules personnes qui tiennent réellement à toi, mon petit Draco, lança le Black, en s'affalant dans son canapé.

Il se releva aussitôt.

- Ne bouge pas et ne fais pas attention au bordel, je vais aller nous faire du thé.

Draco, stoïque, regarda son ami quitter la pièce principale en sifflotant. Blaise, malgré toutes ses belles paroles, avait toujours une idée derrière la tête. Contrairement à l'héritier Malfoy, qui avait démontré lors de sa sixième année des difficultés manifestes à établir des stratégies qui tenaient la route, Blaise Zabini était un pur Serpentard. Déjà, il était banquier...

Bref. Il y avait donc dans cette pièce quelque chose qu'il voulait que Draco voie. Sinon, pourquoi l'y aurait-il laissé tout seul en lui ordonnant expressément de ne pas faire attention au désordre ?

Le blondinet circula silencieusement dans le salon, à l'affût. Il cherchait n'importe quoi, quelque chose qui semble déplacé. Tout avait pourtant l'air en ordre : des chaussettes traînaient lamentablement à côté d'une chaussure solitaire, un stock de magasine pornos moldus était stocké dans le clic-clac et des lettres ouvertes étaient répandues sur la moquette.

Pourtant, le reflet d'une photo, à moitié sortie d'une enveloppe, capta son attention. Il s'accroupit précautionneusement, mémorisa la configuration des lettres pour pouvoir tout remettre en place ultérieurement et extirpa la photographie en faisant attention à ne pas trop y déposer ses empreintes digitales.

Elle représentait un jeune homme endormi, à moitié nu, les jambes indécemment écartées. Derrière le cliché, quelques mots écrits à la va-vite :

« 1er décembre. Cher Blaise, ma dernière conquête. Quel dommage qu'il ne soit pas resté une nuit de plus ! Max »

- Le thé est prêt ! chantonna Blaise en entrant dans la pièce, un plateau fumant dans les mains.

Draco eut tout juste le temps de remettre la photo dans son enveloppe et de râler contre l'incapacité chronique de Blaise à vivre seul mais il était certain que son ami n'était pas dupe.

La photo de ce jeune homme au visage inconnu mais au corps terriblement familier avait été laissée là exprès. Blaise avait encore une longueur d'avance, même si Draco n'avait aucune idée du jeu auquel ils jouaient...


Voilà ! Le chapitre est long et je n'en étais pas vraiment satisfaite. Bref, le prochain traitera de Noël et du Nouvel an :)

En attendant, c'est Noël, offrez-moi des reviews :D :D (genre arriver à la centaine, ça me ferait plaisir, j'dis ça, j'dis rien hihi)