Bonsoir Bonsoir ! J'aurais voulu vous souhaiter la bonne année avec légèreté mais le massacre de mercredi me pousse plutôt à vous dire : Si vous pouvez écrire, dessiner, lire ce que vous voulez, c'est grâce à la liberté d'expression. Si le crayon peut dénoncer ou même agresser, il ne tue pas. Comme le dessine Boulet, "Les canards voleront toujours plus haut que les fusils".
JE SUIS CHARLIE.
Je remercie toutes les lectrices de la fic (qui, malheureusement, en perd :'( ). De toute façon, le calvaire est bientôt terminé, il reste deux chapitres...
Résumé : Harry, Draco et Teddy se baladent à Egerton, le village semi-moldu où habite le blondinet, en vomissant des petits cœurs et des licornes naines. Harry couche avec un contact de Dean et Seamus, Max. Hermione pardonne à Ron et Harry d'être seulement des hommes. La Gazette sort un article people avec une photo prise à Egerton, scandaaaale : Harry Potter fricote-t-il de nouveau avec cet enculé de Mangemort ? Deux séances de pose sont sautées, car Harry est harcelé par les fans en colère et que Draco ne daigne pas lui répondre... car il culpabilise. Draco découvre chez Blaise une photo de Max et de Harry, au visage transformé, mais au corps reconnaissable entre mille.
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 13 : Choisir son pied-à-terre
- Heureux de vous revoir, Père.
- De même, Draco.
- Ho, quel plaisir de te voir, mon petit Draco. Tu m'as tellement manqué.
Parmi les nombreux talents dont Narcissa Malfoy était dotée, on en comptait un qui était propre à cette éducation de bon ton que les authentiques Sangs-Purs pensaient représenter. Les Black et les Malfoy apprenaient, dès leur plus jeune âge, à savoir dire d'une voix maîtrisée et calme ce qui nécessitait, pour le reste du monde, des cris stridents et quelques larmes. L'amour aristocratique était chose complexe et codifiée.
Après un échange de formules de politesse qui dura un certain temps – « Et tu as fait bon voyage ? » « Oui, très bon, merci beaucoup » ; « Tu es ponctuel, je te reconnais bien » « C'est vous qui m'avez éduqué, Père » ; « Et j'ai fait préparer ta chambre, j'espère que le nouveau couvre-lit te plaira » « Si c'est vous qui l'avez choisi, Mère, je n'en doute pas » etc etc – Draco put enfin aller ranger ses affaires.
Il restait trois jours et demi. Coucher au Manoir uniquement la nuit du 24 aurait été l'acte d'un goujat. Y séjourner plus de quatre jours celui d'un impoli. De toute manière, même si l'ancien Serpentard était heureux d'arpenter de nouveau les couloirs de son enfance, il ne pensait pas pouvoir supporter d'y rester plus de quelques nuits. Derrière les belles tapisseries, qui semblaient n'avoir jamais été arrachées, il restait une odeur rance.
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Narcissa et Lucius, dès leur sortie de prison, s'étaient attelés, avec les quelques Elfes qui leur restaient, à reconstituer au mieux la somptuosité de la bâtisse. Ils avaient racheté les paons albinos que Travers, ce petit con, avait égorgés pour repeindre le portail en rouge sang ; ils avaient fait reconstruire une aile qui avait totalement été dévastée. Ils s'étaient débarrassés de tous les effets personnels de leurs anciens compagnons – la brosse à cheveux de Bellatrix car oui, il lui était déjà arrivé de les coiffer – et avaient même essayé de rendre l'endroit plus lumineux, comme pour en chasser une longue, atroce, année de sifflements et de peur.
Ils y vivraient jusqu'à leurs morts, malgré les fantômes de Mangemorts qui parfois hantaient les couloirs, malgré les pièces condamnées car trop pleines de mauvais souvenirs et de relents de magie noire.
Draco, lui, avait fui dès qu'il l'avait pu. Mais ses parents, calomniés par la presse, qui recevaient chaque semaine des menaces de mort car ils ne croupissaient pas à Azkaban, gardaient, en toutes circonstances, une dignité exemplaire. Aucun des deux ne lui en voulaient d'essayer de faire sa vie. Ils jugeaient qu'Egerton était un petit bled sympa et que Blaise était un bon ami.
Ni Narcissa ni Lucius n'avaient réellement renoncé à la magie noire : ils la trouvaient toujours aussi fascinante et capable de grandes choses. Cependant, ils avaient conscience que leur allégeance à Voldemort, plutôt que de servir à leur fils, n'avait fait que le punir. Eux avaient choisi leur maître. Draco avait subi ce choix. Mais ils l'aimaient pourtant et priaient feu le Seigneur des Ténèbres pour que, ironiquement, la vie de leur héritier ne soit pas gênée par son sang.
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Tandis qu'il traversait de nombreux couloirs, Draco ne put s'empêcher de détailler, avec un mélange d'effroi et d'attirance, toutes les choses qui passaient sous ses yeux. La plupart produisaient en lui des bouffées de nostalgie, d'autres le remplissaient de répugnance. Macnair s'était servi de ce chandelier pour tuer une vieille Moldue ; Bellatrix se regardait tout le temps dans ce grand miroir ; cette porte menait aux appartements du Seigneur des Ténèbres... Il atteint sa chambre avec soulagement. Il s'effondra sur le couvre-lit impeccable, sans même ôter ses chaussures. Il était chez lui et pourtant cette maison ne serait plus jamais la sienne.
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- Harry !
- Hag... Arf ! Vous m'étouffez !
- Pardon, bougonna le demi-géant en relâchant son étreinte. C'est que tu m'as sacrément manqué. Vous aussi, Ron, Hermione. Vous avez grandi, par les cornes d'une chèvre astigmate !
- Vous aussi Hagrid, répondit la brune avec un grand sourire.
Hagrid bougonna dans sa barbe, comme embarrassé, referma le portail de Poudlard et leur proposa de boire une tasse de thé et grignoter quelques biscuits faits maison, avant de se rendre au château. Le trio d'anciens Gryffondors accepta volontiers, plus par nostalgie que par réelle envie de se casser les molaires sur des galets composés, y paraît, pourtant essentiellement de farine.
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- C'est tellement drôle de revenir ici ! s'exclama Ron pour la troisième fois, en reposant sa tasse. J'arrive pas à y croire !
- Ho, c'est sûrement parce qu'Olympe, enfin, Madame Maxime...
- Hagrid, ça fait des années maintenant, vous pourriez peut-être enfin accepter de l'appeler par son prénom devant nous, le réprimanda gentiment Hermione.
- Oui, bon, si tu le dis. Bref, c'est Olympe qui a décoré, exprès pour Noël ! C'est joli, non ?
- Oui, c'est très joli, confirma la brune.
Ron et Harry avaient un avis plus mitigé sur la question, mais ils ne purent se prononcer car leurs dents restèrent collées à cause d'un étrange caramel.
La cabane de Hagrid avait, de l'extérieur du moins, le même air accueillant qu'ils lui avaient toujours connus. Toutefois, l'intérieur avait été bouleversé. Tout ce qui faisait, selon eux, le charme de la pièce avait été étiqueté, rangé et mis sous clef. Ça donnait une impression de vide – qui disparaissait heureusement dès que son propriétaire faisait un mouvement.
La couleur prédominante était un bleu qui tirait sur le gris. Une très jolie couleur, certes, mais qui ne correspondait pas du tout à leur Hagrid. Le garde-chasse aimait le cuir et les couleurs chaudes de l'automne. Harry était presque triste de ne plus voir, pendu à un crochet, l'immonde veste jaune et marron que leur grand ami réservait pour les grandes occasions.
Tout ce qui restait de désordonné dans la cabane était, finalement, la crinière de son locataire.
xXx
- Bon, il est temps pour vous de retrouver la Tour de Gryffondor ! déclara joyeusement Hagrid, en sortant d'un placard son manteau en cuir de taupe, avant d'ouvrir la porte.
- Comment ça ? s'étonnèrent les trois jeunes sorciers en chœur.
- Et bien, vous ne comptiez tout de même pas loger dans cette tente que tu trimballes toujours avec toi, Hermione ! Madame McGonagall sait recevoir ses invités, surtout des invités comme vous.
Le demi-géant leur fit un clin d'œil collectif et les poussa gentiment vers la sortie.
- Hagrid, je ne pensais pas que nous logerions avec les Gryffondors ! Est-ce que ce n'est pas...
- Mais non, vous y serez très bien, vous verrez. Et puis, ce n'est que pour la nuit, n'est-ce pas ?
Aucun des trois amis ne répondit – peut-être à cause du froid mordant ou simplement du caramel qui leur collait encore les dents – et ils atteignirent les portes du château en silence. Hagrid toqua.
Hermione était prête à lui signaler qu'il y avait peu de chances qu'on l'entende mais, contre toute attente, la porte droite grinça.
- Ho, quel joie de retrouver Mr Potter, Mr Weasley et ne serait-ce pas Miss Granger ? J'espère que vous n'avez pas emporté avec vous des Bombabouses.
- Ho, Mr Rusard, je pense qu'ils ont passé l'âge. Et bien, c'était pas des mauvais bougres hein ? Pas comme ses deux frères George et Fr... hum, heu, venez par là, vous trois.
Rusard et Miss Teigne, restés dans le Grand Hall, sûrement tétanisés par la mention de ce fléau qu'était les jumeaux Weasley, regardèrent Hagrid et ses trois poulains monter les escaliers. Ron avait une démarche encore plus mal assurée que d'habitude : il n'avait jamais su comment réagir quand on évoquait Fred devant lui.
xXx
- Bon, je vous laisse ici, vous saurez trouver votre chemin, leur annonça Hagrid, alors qu'ils étaient enfin arrivés au septième étage. La Directrice a besoin de moi. On se retrouve dans la Grande Salle pour le festin ! Ne soyez pas en retard.
Dès qu'ils furent seuls, quoiqu'entourés de portraits chuchotant, Ron s'exclama :
- C'est quand même dingue d'être...
- Ron, c'est la trentième fois que tu le dis !
- Oui, mais c'est vrai !
Harry était tout-à-fait d'accord avec son meilleur ami. Ron et Hermione avaient faits une deuxième septième année à Poudlard, lui non. Mais aucun des trois n'avaient songé revenir dormir, même une nuit, dans leur vieille tour.
- Bon, on y va ? finit par lâcher le Survivant.
- Je crois que Hagrid a oublié un détail, remarqua son amie, en observant le portrait qui leur faisait face.
- Le mot de passe ? demanda la Grosse Dame, avec un air impérieux. Ho, mais c'est vous. Je vous attendais.
Le portrait pivota, permettant aux trois invités d'entrer dans leur ancienne salle commune.
- Depuis quand la Grosse Dame est si sympa ? s'étonna le rouquin, en s'affalant dans son fauteuil défoncé favori. Ha, je suis content qu'on l'ait pas jeté, il est si confortable !
- Depuis qu'elle boit un peu trop, j'imagine, dit songeusement Hermione. Bon, arrête de traîner, allons plutôt voir notre dortoir.
- Comment ça, notre dortoir ?
- Harry, Ron, ne me dites pas que vous pensiez qu'on allait dormir dans nos anciens dortoirs !
- Et pourquoi pas ?
- Harry, tous leurs lits sont occupés, par des nouveaux élèves !
- Mais c'est les vacances de Noël, je suis sûr qu'ils sont vi...
- Harry, s'il-te-plaît. Tu es une célébrité. Tu crois réellement qu'on te laisserait dormir avec des jeunes qui t'adorent ?
- Tu exag...
- Mais c'est Harry Potter ! hurla une voix derrière eux.
Descendant des dortoirs des filles, deux gamines, de quinze ans, tout au plus, les regardaient avec adoration. Elles étaient habillées de robes de soirée étincelantes mais leurs yeux brillaient bien plus encore.
- Bonsoir, les salua prestement Hermione. Nous aurons tout le temps de discuter lors du dîner, pour l'instant, nous devons poser nos affaires et nous apprêter. Et il me semblait que les Frisbees à dents de serpent étaient sur la liste des objets interdits !
Un première année, qui venait d'entrer dans la Salle Commune, cacha son jouet d'un air apeuré.
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- Hermione, tu n'étais pas obligée d'engueuler ce pauvre gamin. Tu n'es plus préfète et puis, c'est Noël...
- Nous sommes des icônes, il nous faut être exemplaire ! répliqua la sorcière.
- Bon, vous deux, au lieu d'essayer de me faire endurer de nouveau une dispute qui durera trois semaines, vous voudriez pas m'aider à comprendre comment s'ouvre cette porte ? les interpella Harry.
Dans la Salle Commune, ils avaient repéré un placard où une plaque indiquait « Chambre de nos trois invités ». Ils l'avaient ouverts, assez dubitativement, pour tomber sur du noir complet. Harry, faisant preuve de son courage légendaire, avait pris ses couilles en main et était entré, suivi de ses deux amis. Ils s'étaient retrouvés dans une espèce de couloir, qui les avait conduit jusqu'à une nouvelle porte, porte qui refusait de s'ouvrir.
- Tu as essayé »Alohomora » ? lui demanda Hermione, en sortant sa baguette.
- Hermione, j'ai vingt ans et cassé les dents de Voldemort, bien sûr que j'ai essayé « Alohomora » !
- Bon, dit-elle d'un ton agacé. Je suppose que c'est à moi de m'y coller.
Elle réfléchit trente secondes, examinant la porte sous tous ses angles puis finit par dire :
- Nous sommes Hermione Granger, Harry Potter et Ron Weasley. Ouvre-toi.
La porte s'ouvrit. La jeune sorcière leur fit un sourire radieux, avant d'entrer dans leurs appartements temporaires.
En aparté, Ron dit à son meilleur ami, avec un sourire :
- Elle nous reproche d'être des incapables mais en fait, elle adore nous montrer ses talents.
Harry hocha de la tête et entra.
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- Alors, je serais curieux d'avoir ta version de l'histoire, Draco, demanda Lucius d'une voix douce.
Cela faisait plus de deux heures qu'ils parlaient de tout et de rien, gravitant dangereusement autour du pouvoir des médias et de l'impossible anonymat des célébrités. Alors que deux Elfes apportaient un immense plateau garni de mignardises, l'ancien Mangemort finit par faire cesser cette mascarade. L'article de la Gazette n'avait pas pu leur échapper.
- Je vous l'ai déjà dit, répondit son fils, avec une assurance teintée d'ennui. A Poudlard, j'ai couché avec la moitié de l'école. Harry n'était qu'un trophée de plus, et pas des plus flatteurs car je suis passé après Blaise.
- Zabini et Potter ? Je n'aurais jamais pu l'imaginer, s'étonna Narcissa, avant de croquer dans un calisson d'Aix-en-Provence, France.
- Je ne parle pas de tout ce que tu as pu faire quand tu étais à l'école, Draco. Ce ne sont que des expériences d'enfant qui se cherche, rien de bien sérieux. Pour tout te dire, j'ai toujours pensé que tu avais une relation plus approfondie avec ces deux Crabbe et Goyle Juniors. Visiblement pas, car tu as été moins bouleversé par la mort de...
- Crabbe, compléta le jeune sorcier malgré lui.
Il détestait le réel dédain que son père avait toujours exprimé envers ses deux acolytes de l'école.
- Moins bouleversé par la mort de Crabbe que par l'annonce de la celle de Harry Potter, qui signait pourtant la victoire du Seigneur des Ténèbres.
- C'est faux !
- Allons, Lucius, tu voudrais peut-être une tartelette à la framboise ? intervint Narcissa, en fourrant la pâtisserie dans la bouche de son mari, qui faillit s'étouffer.
Elle tentait d'apaiser la colère de Lucius, colère qui se dirigeait non seulement contre Draco, à cause de l'article paru dans la Gazette, trois semaines auparavant mais aussi contre elle. Lucius n'avait jamais pardonné à sa femme d'avoir menti au Seigneur des Ténèbres, simplement pour savoir si leur fils était en vie.
Cette trahison les avait finalement sauvés d'Azkaban. Mais, comme Lucius aimait à le rappeler, si elle avait avoué que Potter était encore vivant, Voldemort aurait rendu à la famille Malfoy la noblesse qu'elle possédait jadis. La catastrophe au Département des Mystères, l'échec de Draco pour tuer Dumbledore, tout aurait été oublié. Oui, ils auraient pu se relever et diriger un monde nouveau, un monde sans...
xXx
- Hum. Cette tartelette était délicieuse, reprit Lucius. Mon fils, cet article ne soulevait pas simplement une passade d'écolier, une erreur de jeunesse. Il y avait une photo récente dans ton propre village. Et le journaliste identifie cet enfant qui vous accompagnait, toi et Potter, comme étant celui de cette rebut de Tonks.
- Sur ce point, je rejoins Lucius, mon chéri. Fréquenter Potter est une chose. Après tout, sa notoriété ne pourra, finalement, que te profiter. J'ai même encore deux ou trois contacts à la Gazette qui pourraient te pondre savamment quelques articles en ta faveur. Je ne sais pas, cela titrerait « Malfoy Junior, reconverti » ou bien « L'héritier Malfoy, le protégé de Potter ». Mais que pensais-tu en te baladant avec ce petit... monstre ?
Narcissa fronça du nez, comme si Ted Lupin venait de vomir dans sa tasse de thé préférée.
La nuit allait être longue.
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A Poudlard aussi, la nuit s'annonçait longue mais, contrairement à celle de Draco, terriblement festive. Avant de descendre dans la Grande Salle, les trois anciens Gryffondor se baladèrent, légalement pour une fois, dans les couloirs de leur château regretté. Ils empruntèrent un passage secret poussiéreux, des escaliers aux marches chatouilleuses, se faufilèrent derrière des tapisseries aux couleurs passées et firent même un détour aux toilettes des filles du deuxième étage. Heureusement pour eux, Mimi Geignarde n'y était pas.
Plus tard, dans la soirée, des quatrième années rougissantes leur apprendraient que le fantôme avait visiblement une liaison amoureuse avec le Préfet-en-Chef de Serpentard et que, par conséquent, elle passait énormément de temps dans la salle de bain des Préfets.
Harry se rappela que Draco et lui, dans cette salle de bain, avaient joué à un drôle de jeu. Le Serpentard de l'époque avait pris du Polynectar pour se transformer en son double. Harry l'avait embrassé, touché, doigté, dans un faux auto-érotisme particulièrement malsain. Quand le blond avait commencé à se démétamorphoser, Harry s'était enfui. Qu'est-ce qu'il donnerait pour avoir les fesses parfaites et blondes de Draco sous son nez, désormais...
Quand ils atteignirent enfin les portes de la Grande Salle, ils soupirèrent de contentement.
- J'ai l'impression de n'être jamais parti, avoua Harry, quand il vit, ému, les quatre longues tables alignées contre les murs et la table des Professeurs, trônant, pour l'occasion, au milieu de la salle.
Pendant les vacances de Noël, peu étaient les élèves à rester à Poudlard. Mais en ce Noël de l'année 2000, les étudiants dont Poudlard était la seule maison passèrent un bien meilleur réveillon que la plupart de leurs camarades. Quand ils virent entrer Ron Weasley, Hermione Granger et Harry Potter, embarrassés mais souriants, ils n'en crurent pas leurs yeux. Il fallut que le garde-chasse, Rubeus Hagrid, fasse de grands signes aux trois convives pour qu'ils réalisent qu'ils allaient dîner avec le héros dont leurs parents leur avaient raconté maintes et maintes fois l'histoire et avec ses deux amis qui étaient presque toujours cités quand on évoquait Le garçon-qui-avait-survécu.
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Le dîner fut, comme d'ordinaire à Poudlard, un festin. Harry mangea de tout, ne voulant manquer aucun des mets car tous étaient pour lui sa madeleine de Proust. Il regarda avec plaisir son meilleur ami se goinfrer sans retenue et Hermione remercier silencieusement les Elfes qui leur envoyaient les plats, de l'étage du dessous.
Il prit le temps de discuter joyeusement avec tous ceux qui le désiraient – ils étaient nombreux – et salua même timidement les quelques Serpentards qui se tenaient en retrait. Ainsi, c'était donc vrai : depuis les procès qui avait suivi la guerre, les gamins envoyés à Serpentard en avaient presque honte. Cela lui fit un curieux serrement au cœur. La Maison, qui avait toujours été fière de ses valeurs et de ses élèves rusés, était désormais discriminée. Bien sûr, elle l'avait toujours été : mais, à l'époque de Harry, elle prenait plaisir à cette différence. Les extrémistes qu'étaient les Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres saliraient à jamais la Maison de Serpentard qui était pourtant aussi respectable que les autres. Les sorciers faisaient bien trop facilement l'amalgame.
- Bonsoir, finit-il par dire à une première année, dont la cravate était verte.
La fillette sursauta.
- C'est dommage que tu ne manges pas de tarte à la mélasse. Je t'assure que c'est délicieux.
- J'ai encore un peu de mal avec les desserts sorciers, lui confia-t-elle, en fuyant son regard.
Harry essaya de ne pas montrer sa surprise. La petite était vraisemblablement d'origine Moldue. Il semblait que le Choixpeau tentait lui aussi de briser l'homogénéité de chaque Maison. C'était sa façon de chapeau de lutter pour un monde plus juste.
- Tu sais, avant que Hagrid vienne me chercher, je pensais même pas que la magie existait ! Alors la tarte à la mélasse ! rit le brun.
Il vit avec soulagement la jeune sorcière se détendre, consentir à goûter à la pâtisserie avec un air dubitatif.
- C'est bizarre ! s'exclama-t-elle avec un sourire. Je pourrais m'y faire, finalement.
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Entouré d'élèves et de Professeurs, Harry passa une excellente soirée. Cependant, il avait beau discuter prudemment avec le Professeur McGonagall – même s'il n'était plus sous son autorité, il continuait à la craindre –, il sentait l'absence pesante de deux personnes.
Dumbledore, dont la chaise dorée était désormais occupée par son ancienne Directrice de Maison. Dumbledore qui fêtait Noël en refilant des Pétards Surprises et des Chapeaux de mauvais goût à ses collègues et à ses étudiants. Dumbledore, dont la longue barbe traînait parfois dans son plat, et qu'il peignait souvent avec sa fourchette. Dumbledore, et puis Rogue.
Severus Rogue, ses longues robes noires, son nez crochu et son sourire sardonique. Rogue et son air « je n'ennuie royalement, Professeur Dumbledore. Il serait peut-être intéressant d'écarteler deux ou trois Gryffondors afin de nous divertir quelque peu, qu'en pensez-vous ? ». Rogue, chez qui il prenait le thé à contre-cœur après les cours quand il sortait avec Draco. Rogue, qui lui avait donné, avant de crever, de précieux, si précieux souvenirs.
Malgré ces quelques pensées sombres pour ceux qui étaient morts pour défendre leurs idées, Harry se sentait bien.
Le plus bel hommage qu'il pouvait leur faire était de continuer, lui aussi, à se battre.
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- Mère, Père, Harry Potter me fascine.
Voilà, c'était dit.
Draco avait toujours craint de décevoir ses parents. Il s'était, dès son plus jeune âge, efforcé de ressembler au mieux à l'image du gamin parfait selon eux. Il avait de très bonnes manières, était cultivé, avait, tout comme Hermione, lut plusieurs fois L'histoire de Poudlard et, durant toute sa scolarité, eut des résultats exemplaires. Ils ne l'avaient jamais réprimandé pour les vilaines farces qu'il jouait, toutes les semaines, à ces stupides Gryffondors et le félicitaient souvent pour son attachement au Professeur Rogue et son mépris pour ce vieux fou de Dumbledore.
Mais Rogue, ce cher Rogue, s'était révélé être du côté de l'Ordre du Phénix. Et Harry lui avait, une nuit, avoué que le Choixpeau voulait l'envoyer chez Serpentard... Et l'arbre généalogique de la famille Malfoy n'était sûrement pas aussi pur qu'ils voulaient le croire. Même le Seigneur des Ténèbres était un sang-mêlé.
Le monde n'était pas aussi manichéen que Lucius et Narcissa Malfoy le pensaient. Draco reconnaissait la valeur de Harry Potter. Il ne voulait pas perdre cette relation ni la souiller par le mensonge. Il éprouvait du courage quand il s'agissait de défendre quelqu'un en qui il croyait vraiment. Les Serpentards sont calculateurs, opportunistes et amoureux du pouvoir et de l'argent. Mais ils sont aussi fidèles.
Sa mère posa sa tasse de thé en silence. Lucius ne leva même pas les yeux, quand il déclara, d'une voix neutre :
- Et bien, je suppose que nous ne pouvons qu'encourager votre... (il hésita quelques secondes avant d'enchaîner, sans réussir à cacher son mépris : ) J'imagine que cela explique aussi ton échec à accomplir la tâche que le Seigneur des Ténèbres t'avait confiée. Même quand il n'était qu'un gosse mal élevé et prétentieux, tu étais déjà... comment tu dis ? Ah oui, fasciné. Si seulement tu avais mis un peu plus de bonne volonté à tuer Dumbledore...
- Tu sais très bien que Draco n'aurait jamais pu... Ce n'était qu'une façon de nous humilier. Tu n'oublies pas qu'il t'a pris ta propre baguette, siffla Narcissa.
Même si cela faisait presque quatre ans, le sujet revenait encore une fois sur le tapis, pensa Draco en regardant, un peu déprimé, ses deux parents se disputer. Il avait horreur de cela. Chez tous les autres, la colère était une émotion si forte qu'elle débordait, dévoilait des idées maintes fois refoulées. La colère explosait les barrières des convenances, mis à part chez les Malfoy. Les seules fois où des cris avaient retenti au Manoir, c'était ceux d'innocents torturés à mort.
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- Sincèrement, ça fait longtemps qu'on n'a pas aussi bien mangé, soupira Ron, en caressant son ventre.
- Tu me fais penser à Slughorn, quand tu fais ça, grogna Harry.
- Ronald, est-ce que tu insinues que...
- Jamais, Hermy chérie ! paniqua le rouquin. Tu cuisines délicieusement bien. Bien mieux que Hagrid en tout cas.
Ils quittèrent la Grande Salle en riant.
- Vous pensez qu'on peut encore aller se promener ? se questionna Harry à voix haute.
Pour seule réponse, Hermione jeta un coup d'œil à sa montre, ce qui signifiait que le couvre-feu était largement passé. Mais c'était Noël. Ron bailla et dit :
- Vieux, perso, le seul truc qui me ferait vraiment plaisir, là, c'est d'enfiler mon pyjama et m'étaler sous la couette.
- Ho, sûrement pas, Ron, rétorqua sa copine. En tout cas, pas tout seul.
Quand le Survivant vit l'échange de regards amoureux entre ses deux amis, il décida de leur laisser leurs appartements communs un petit moment. Lui attrapa la Carte du Maraudeur, qu'il n'avait pas utilisée depuis ce qui lui semblait une éternité, fourra sa cape d'invisibilité dans son sac au-cas-où et leur souhaita une paisible nuit.
Ce à quoi Ron répondit par un rire graveleux.
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Où allait-il aller maintenant ? Il projetait plus ou moins de partir en pèlerinage dans le Château, il ne savait trop pour quelle raison. Il marcha beaucoup, faisant volontairement des détours insensés. Il descendit jusqu'aux cachots, monta à la Volière. S'enfonça jusqu'aux cuisines mais ne dérangea pas les pauvres Elfes. Grimpa quelques marches des escaliers de la Tour d'Astronomie et se ravisa. Ce n'était peut-être pas une très bonne idée, sauf s'il voulait se remuer les tripes. Le lieu était chargé d'un trop mauvais souvenir.
Il passa tout de même devant la Salle-sur-Demande qui, visiblement, était condamnée. Elle ne donnait plus que sur un minuscule cagibi. Le Feudeymon l'avait détruite de l'intérieur. Avec une excitation frémissante, il se rendit dans la petite salle de classe abandonnée où, Draco et lui, il y avait bien longtemps, avaient eu leurs premières séances d'érotisme. Elle n'avait rien d'extraordinaire, mais revoir cette estrade où il avait joui, sous les caresses d'un véritable serpent ; s'accouder à cette fenêtre à côté de laquelle son Maître adorait se poser ; toucher du bout du bois les pupitres branlants qui avaient été les spectateurs de ses premières débauches... tout cela lui donna l'impression d'avoir de nouveau seize ans.
Il se hâta enfin vers la Chapelle abandonnée où ils avaient fait l'amour pour la première fois, sous le regard vide de vitraux représentant les quatre fondateurs de Poudlard.
Poudlard lui avait terriblement manqué. Il l'avait quitté sans pouvoir lui adresser proprement ses adieux. A la fin de sa sixième année, il pensait ne jamais revenir, partant à la recherche des Horcruxes sans savoir combien de temps cela allait lui prendre et s'il arriverait même à tous les détruire. Enfin, la boule dans son ventre était apaisée. Poudlard n'était plus chez lui mais restait à jamais sa maison.
Quand il rentra enfin dans leur dortoir temporaire, il trouva ses deux meilleurs amis dans leur lit, endormis. Il se faufila dans le sien et s'endormit aussitôt.
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- C'est magnifique, Draco. Je te remercie énormément, dit Narcissa, en admirant l'antique peigne Miao que son fils lui avait offert.
Les Miao étaient une minorité ethnique du Sud de la Chine qui avaient, comme toute société, une culture qui leur était propre. Cependant, l'ornement pour cheveux que Draco avait choisi avait l'air typiquement chinois. C'était un bijou en arc-de-cercle qui comptait 32 dents, toutes impeccablement conservées. Il était fait d'un bois noir et mat, un matériau aussi beau que solide, qui avait du surplomber le chignon d'une grande Dame pendant de longues années. Un peintre Han y avait tracé, d'une peinture dorée, les contours fluides d'une déesse allongée.
Les Hans étaient le peuple historique de la Chine. Voilà pourquoi ce bijou hybride aurait presque pu passer pour une relique Han à part entière, si Draco n'avait pas pris la peine de faire expertiser le bois. Narcissa Malfoy aimait l'unique.
Son fils espérait fervemment qu'elle le porterait, celui-là. Cela faisait des années que pour son anniversaire, pour Noël et pour la fête des Mères, il lui offrait des objets toujours aussi rares, beaux et anciens, qu'elle admirait quelques secondes avant de les entreposer soigneusement dans quelque écrins obscurs.
Il avait pensé que ce noir profond, rehaussé d'or, irait à ravir dans la chevelure miel de sa mère. Elle était Malfoy par mariage : ses cheveux n'étaient pas blancs et pâles comme ceux de son mari et de son fils mais d'une couleur vive et joyeuse.
- J'apprécie énormément ton geste, mon fils, murmura Lucius à son tour.
Il ouvrait et refermait un grand parapluie noir avec une expression satisfaite. Parmi les innombrables inventions moldues, le parapluie était un des seuls gadgets que l'homme pouvait tolérer dans sa demeure. A l'heure où le simple sortilège Repousspluie ou le Chapeau Imperméabilisant étaient massivement utilisés par les sorciers, Lucius Malfoy ne jurait que par le parapluie.
Bien sûr, il trouvait cela encombrant et peu pratique, très moldu, en somme. Mais il aimait la forme de l'objet. La longue canne en bois vernis et les baleines acérées, sous la toile tendue. Et puis il adorait la simple idée de gêner les autres, en leur enfonçant, par exemple, accidentellement dans l'œil une pointe métallique.
Draco se vit offrir un porte-baguette sculpté par un artisan à la patte divine. Il sourit, touché, mais le cadeau qui, dans son enfance, l'aurait transporté de joie, ne l'atteignit pas réellement. Il ne voulait plus ressembler à son père. De toute façon, alors qu'il avait toujours aimé posséder des objets, Draco aurait préféré simplement passer du temps en la compagnie d'un certain Harry Potter.
Dans la matinée, il avait reçu le cadeau de Blaise : des bêtises venant de Farces et Attrapes pour sorciers facétieux, accompagnées des mots « Fais-en bon usage ». Rah, le banquier devait penser qu'il était en train de ruminer des sombres pensées en ce 25 décembre 2000. Tout à fait faux.
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- Harry, Harry, réveille-toi !
- Ron, laisse-le dormir un peu, il doit être rentré tard...
- Hermy d'amour, c'est Noël, pense aux cadeaux !
- Et bien ouvre les tiens, si tu y tiens tant.
- Mais Harry !
- Harry a vingt ans, tout comme toi, d'ailleurs. Alors il peut très bien décider de rester couché un peu plus longtemps, quoique cela me semble impossible désormais vu le boucan que tu... salut Harry. Tu vois, Ronnie, je t'avais bien dit de faire moins de...
- Sa... lut Herm... ione. Ron, je te déteste, articula le brun, qui se réveillait difficilement.
Il était à peine six heures du matin. Les Elfes de Maison venaient tout juste de passer pour déposer de belles piles de cadeaux au pied de leurs lits. Ron, qui n'avait jamais eu le sommeil léger, avait pourtant toujours été le premier levé le matin de Noël, aussi loin que Harry s'en souvienne. C'était une tradition Poudlardienne et, d'une certaine façon, le brun était heureux que celui-ci ressemble tant à ceux de son adolescence. Une dernière fois, il avait le droit de faire semblant de n'avoir pas grandi.
Ron, Hermione et lui, découvrant ensemble leurs cadeaux... ça faisait vraiment plaisir.
- Et un pull Weasley pour toi, Harry. Ça faisait longtemps, non ? Depuis Noël dernier, si je n'm'abuse...
- Ron, on n'ouvre pas les cadeaux des autres !
- Hermione, je savais que ce truc – Ron montra le pull rouge moucheté bleu avec un motif jaune – venait de ma mère. Je l'ai vue faire les paquets cadeaux ! Tiens, fit le rouquin, en envoyant le vêtement à son meilleur ami, qui l'attrapa mollement.
- Ce n'est pas une raison pour ôter à Harry la surprise.
- Ho, laisse Hermione, intervint Harry. Ouah, j'en ai un certain... nombre.
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C'était là un bel euphémisme. Il était enfin arrivé à décoller ses fesses du matelas et à faire deux pas en dehors de l'atmosphère chaude et protectrice de son épaisse couette. Il avait oublié combien la literie de son école était de bonne qualité, comparée à celle de son appartement meublé décrépi.
Deux pas, il avait eu du mal à les faire, car le sol était encombré de paquets brillants. Il y en avait de toutes les formes, de toutes les couleurs, tous plus spectaculaires les uns que les autres. Oui, on parle bien seulement du papier cadeau. Ses admirateurs et détracteurs lui avaient servi la totale. Une bulle émettant une lumière douce et renfermant un écrin flottait à quelques centimètres de son nez ; sur un paquet rectangulaire noir s'écrivaient des insultes fleuries multicolores ; une petite statue animée faisait les cents pas sur le tapis, attendant de délivrer son secret.
- Qu'est-ce que t'attends, Harry ?
Il fallut plus d'une heure pour trier tous les cadeaux que l'Elu avait reçus. Les trois amis jetèrent de nombreux sorts de destruction sur les paquets les plus suspects, provenant certainement d'admiratrices déçues par l'article de la Gazette, d'homophobes, de néo-Mangemorts mais aussi, paradoxalement, de fervents Anti-Mangemorts. Ils éliminèrent par ailleurs les paquets trop parfumés, et ceux qui contenaient des liquides ou des chocolats.
La plupart des lettres furent lues à voix haute et consternée. Quelques unes déclenchèrent des rires, certaines, un malaise palpable. Souvent quand on y évoquait, avec un langage terriblement vulgaire, la relation physique que le Sauveur du Monde Magique avait eue, encore adolescent, avec cet effroyable petit snobinard de Malfoy...
Les cadeaux de Neville, Luna, George, Ginny, Andromeda, Hagrid, Ron et Hermione bien sûr, lui avaient tous fait plaisir. Teddy lui avait même envoyé un « dessin » et Blaise, cet imbécile, lui avait fait parvenir des magasines érotiques gays moldus ainsi qu'un mot qui le laissa sans voix : « Max a trouvé votre nuit très agréable. Je te redonne son numéro de cheminette au cas-où.. »
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- Qui est ce Max ? demanda Hermione d'un air coquin.
- On s'en fout de Max, c'est juste son dernier plan cul, tu sais, une connaissance de Dean et Seamus. Plus important, Harry, me dis pas que tu continues de fréquenter Zabini ? s'écria Ron.
A la mention de « plan cul », sa copine fit simplement « Ho ». Cependant, dès qu'elle entendit parler de Blaise, elle répliqua :
- Ron, je t'ai déjà dit que Blaise Zabini n'est pas dangereux...
Le Survivant les regarda se disputer, résigné. Lui, ce qui le gênait le plus, c'était que Max était visiblement un contact de Blaise Zabini... Et quand l'ancien Serpentard se mêlait des affaires du brun, on ne savait jamais où cela allait aboutir.
Ils quittèrent Poudlard le cœur léger et serré à la fois : heureux de partir, car ils étaient libres et adultes ; tristes de ne pouvoir y rester, car ils n'étaient plus des gamins. Il leur fallait retourner à leurs vies quotidiennes où l'école de magie n'avait plus sa place.
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- En fait, dit-il très lentement. Pourquoi est-ce que ta main traîne sur ma cuisse ?
- Je sais pas, répondit l'autre honnêtement. Mais elle est si bien, elle peut rester, hein ?
Le blond rit avec maladresse : sa gorge fut exposée longuement, tandis que sa tête tressautait, agitée de quelques soubresauts. Le brun avait les idées tellement peu claires qu'il eut comme l'impression que son ami était en train d'étouffer.
Pourtant, au lieu de l'aider, il le regarda, fasciné par la pomme d'Adam, le torse qui se gonflait à chaque rire, le menton pointu qui cachait un visage resté dans l'ombre. Il se demandait si l'autre allait vraiment mourir et qu'est-ce qu'il ferait alors du corps. Est-ce que Kreattur était assez puissant pour le faire disparaître ? Mais, heureusement pour Harry, le rire de Draco s'apaisa et sa respiration reprit un rythme normal.
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Ils étaient affilés sur un vieux canapé en cuir râpé. La lumière n'était pas forte, du moins, elle ne les gênait pas. Tout tanguait avec langueur et e blond, la tête toujours rejetée en arrière, fixait les motifs au plafond sans vraiment les voir.
Rien ne bougeait autour de lui. Il sentait le regard de Harry, posé à sa gauche en tailleur. Il sentait le poids de leurs deux corps qui enfonçaient le canapé. Un de ses pieds nus effleurait le sol, recouvert d'une moquette rêche, dont il ne se rappelait plus la couleur. Une mèche blonde s'était libérée de son gel et pendouillait sur son front mais il n'avait pas le courage de la remettre en place. Sur sa cuisse, la main chaude de Harry irradiait.
- Messieurs Potter et Malfoy devraient peut-être aller se coucher, couina une voix derrière eux.
Draco se retourna péniblement. Planté devant la porte du salon, n'osant pas entrer, se tenait l'Elfe de Maison de Harry, Kreattur.
Soudain, l'ancien Serpentard eut froid. Ha, c'était la main du Survivant qui venait de quitter sa cuisse. Comme tout paraissait lent et rapide !
- Merci Kreattur, va dormir maintenant.
L'Elfe leur lança un regard hésitant mais quitta la pièce, après avoir claqué des doigts. Draco observa, sans bouger, une épaisse couverture se déposer sur eux. Il se cala contre l'accoudoir, étendit ses jambes, tandis que Harry faisait de même en face de lui. Avant même d'avoir eu le temps de penser que les joues du Survivant étaient d'un rouge inquiétant, il tomba dans un sommeil aussi profond qu'un puis sans fond.
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Le lendemain matin, Draco se réveilla avec une migraine atroce et surtout parce qu'il y avait un pied sur son torse. Il lui fallut quelques secondes pour analyser la situation. Il était allongé dans un canapé qui avait connu des jours meilleurs ; une couverture élimée le recouvrait partiellement ; sur la table basse, il y avait un verre renversé, un autre aux deux tiers vide et trois bouteilles. Sur la moquette, des canettes de bières moldues vides traînaient, ainsi que trois chaussettes en boule. Il vit près d'un pied de la table le reflet des lunettes rondes caractéristiques de Harry.
Le blond était pris dans un terrible dilemme : devait-il se replonger dans un sommeil qui tentait de le reprendre à chaque seconde ou devait-il, au contraire, se lever et sombrer dans le désespoir le plus total ? La première option était bien plus réconfortante. Aussi referma-t-il les yeux, se serra-t-il contre le corps tiède dont le visage était trop loin et se rendormit-il, sans transition.
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Tout était flou. Il avait mal au crâne, ses oreilles faisaient un bruit sourd et ses membres étaient engourdis. La seule sensation nette qu'il avait, c'était sur tout son côté droit, la présence dure d'une jambe nue.
Pourquoi y avait-il une jambe nue contre lui ?
Il tenta de se relever mais dès que l'arrière de son crâne quitta l'accoudoir, son cerveau imbibé d'alcool protesta. Bon. Ça battait dans sa tête comme si son cœur avait soudain un problème de gestion du flux sanguin et qu'il lui envoyait trois doses au lieu d'une.
- Kreattur, appela-t-il doucement.
Mais même ce murmure provoqua une grimace de douleur. L'Elfe apparut aussitôt. Harry était incapable de savoir s'il avait transplané ou s'il avait couru.
- Oui Maître Potter ? J'ai préparé le petit-déjeuner, voulez-vous...
- Non heu, on mangera plus tard, dit Harry, en retenant un haut-le-cœur.
Qu'est-ce qu'ils avaient bu pour atteindre cet état-là ?
- Raconte-moi plutôt ce qu'il s'est passé hier.
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- Monsieur Potter est venu voir Kreattur à 16H, Monsieur. Il m'a dit « Kreattur, ce soir un ami va venir au 12, Square Grimmaurd avec moi ». Il m'a dit « Kreattur et Monsieur Potter vont faire la cuisine ensemble ». L'ami de Monsieur Potter, Monsieur Malfoy, est arrivé à 20H. Il avait apporté deux bouteilles de vin français, Monsieur. Le Maître Potter était un peu stressé, le Maître a fait sortir des bières moldues. Monsieur et son ami se sont assis dans le Salon et ils ont discuté de... l'Elfe hésita.
- Oui, dis-moi.
- Ils ont parlé de nombreuses choses, Monsieur. Ils ont dit que cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus, que La Gazette était un mauvais journal et que leurs amis n'étaient pas de bons amis. Ils ont parlé d'un Manoir dans le Wiltshire et du château de Poudlard. Ils ont parlé des cadeaux qu'ils avaient reçus pour Noël, Monsieur.
- Et puis ?
- Kreattur a apporté le repas, Maître. C'était un plat de raclette qui venait de Suisse. Monsieur Potter a beaucoup mangé et Monsieur Malfoy un peu moins. Ils ont vidé les deux bouteilles de vin, Maître. Après, ils sont restés dans le canapé et Créature a débarrassé la table, Monsieur. Ils ont encore parlé...
- De quoi ?
- Monsieur Malfoy était tout rouge. Il disait que l'article de La Gazette était de sa faute et qu'il détestait la solitude. Il a dit que c'est lui qui avait fait publier l'article, Monsieur, en pensant qu'ainsi Maître Harry se sentirait obligé d'officialiser leur relation, Monsieur. Il a demandé à boire et puis il a fait un... Il a serré le Maître dans ses bras. Il a aussi parlé d'un Monsieur Zabini.
- Blaise ?
- Oui, Blaise Zabini, qui n'était pas un gentil ami. Il a dit qu'il était las et qu'il ne se sentait pas bien. Il a failli rendre son repas, Monsieur. Mais il s'est resservi un verre de Whisky Pur Feu, Maître. Kreattur faisait la vaisselle quand les deux Messieurs se sont rapprochés. Ils avaient froid, Monsieur, et leurs mains faisaient des choses étranges. Alors je leur ai proposé d'aller se coucher mais ils sont restés là cette nuit, Maître.
- Quand est-ce qu'on s'est endormis ?
- Vers 2H du matin, Monsieur.
Harry soupira, remercia du mieux qu'il put Créature et décida de se lever. Il avait passé le réveillon du Nouvel An à picoler et à respirer l'haleine de Draco Malfoy, tout aussi ivre que lui. Pas vraiment une bonne façon de commencer l'année.
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L'idée lui avait semblé bonne, au début. Après deux séances de loupées car Monsieur l'Artiste ne daignait pas répondre à ses messages, Harry avait décidé de prendre le Serpent par les crochets. Il s'était pointé chez Blaise et avait demandé des nouvelles du blondinet. Zabini s'était lancé dans un véritable monologue d'une intensité dramatique rare.
« Mais que fait-il ? Nul ne le sait. Moi-même, je ne l'ai que peu vu, lui, le frère de mon âme ! Ho, Draco, qu'est-il advenu de sa superbe ? Nul ne l'a dit. J'ai simplement constaté ses yeux morts et ses lèvres bleues et la cire absente de sa chevelure. Il répétait, l'air hagard « Je vais bien, va te faire foutre », mais je sais combien (etc, etc) »
Bref, Harry avait découvert que loin d'être reclus chez lui à rire de ce pauvre Survivant qui lui courait après pour une séance de pose, l'héritier Malfoy semblait en piteux état. Cette information lui redonna du courage : il ne savait pas ce qu'il se passait dans le crâne de cet idiot, mais il le saurait, s'il arrivait à le faire suffisamment boire.
Draco aimait le goût de l'alcool mais sa constitution délicate faisait de lui un très mauvais buveur. Au restaurant, il commandait toujours un seul verre de vin. Il buvait très peu de bièraubeurre, trouvant le goût peu raffiné et comparait la boisson à de la pisse sucrée. Pourtant, les quelques fois où Harry et lui avaient bu ensemble, ados, il s'était révélé de très bonne compagnie.
Lui qui était d'ordinaire si réservé, en ce qui concernait ses émotions du moins, lui qui affichait une fierté à toute épreuve, se montrait tour à tour indécis, enthousiaste, tourmenté, loquace. Oui, il fallait simplement que Harry arrive à l'attirer dans son antre pour qu'il lui fasse cracher le morceau.
Finalement, ça ne s'était pas passé comme prévu. Harry avait eu envie de Draco toute la soirée et avait bu afin de calmer ses pulsions stupides. Harry avait été si heureux de voir Draco dans un lieu si important, si intime pour lui, qu'il avait bu pour fêter cela. Harry était si fier de voir que Draco riait avec lui, qu'ils pouvaient encore avoir des discussions absurdes mais joyeuses, bref, que tout n'était pas perdu, qu'il n'avait pas voulu gâcher la soirée en restant sobre.
Le blond avait, comme prévu par le plan terriblement ingénieux de Harry; confessé de nombreuses choses : que c'était lui la source sûre de l'article de La Gazette, entre autre. Mais qu'il pensait pas que ça prendrait de telles proportions et que, de toute manière, Harry aurait du être content qu'il veuille que leur relation se sache. Le brun était bien trop bourré à ce moment-là pour remettre en question cette explication tordue ou même pour développer cette notion de « relation ».
Ils avaient évoqué quelques souvenirs nostalgiques, parlé sans gêne de leurs fantasmes respectifs. L'ancien Serpentard lui avait raconté en détail la vision qu'il avait eue, pendant la séance du kidnapping. L'Elu lui avait dit que le sexe teinté de sadomasochisme lui manquait et qu'il avait l'impression de tourner en rond. Qu'il avait envie d'autre chose que de rencontres vaines, d'une histoire intense.
Il s'était retenu de parler de Max. Draco avait tu ses relations récentes avec des filles.
Ha, finalement, leur histoire était aussi compliquée que banale. Ils étaient jeunes et ne savaient pas ce qu'ils voulaient. Ils essayaient, avec mauvaise foi, de coucher à tout-va. Au fond d'eux, toutefois, ils savaient que ce qu'ils cherchaient ne se trouvait pas si loin, simplement qu'ils avaient besoin de faire un grand détour.
Harry ôta son pied du torse du blond et finit par se lever. Une nouvelle année commençait. Il était peut-être temps de mettre certaines choses au clair. D'arrêter de errer et d'enfin choisir son pied-à-terre.
Voilà. Tout ça sent le dénouement. J'espère publier le prochain chapitre dans 10 jours. En attendant, une petite review ne fait pas de mal...
