Publié le 11 janvier 2015
Bonsoir bonsoir ! Bon, je ne m'excuse pas de mon retard (parce qu'on est un peu en grosse galère déménagement, j'ai pas trop eu de temps pour faire autre chose qu'être épuisée haha) mais merci beaucoup à LinChan (désolée pour le cliffhanger, mais j'avais envie hihi), à Boudin (je sais pas si ça te conviendra :) ) et à Chat Bleu (décidément, quelle jeunesse dépravée haha) pour leurs reviews.
Ceci est le dernier chapitre de la fic. Oui, c'est un peu triste. Je crois avoir plus ou moins géré le truc. J'espère.
Ce qui est vraiment déprimant, c'est que j'ai pas de vrai projet en tête ;_; comment je vais faire sans fanfic, moi ?
Résumé : Harry fait un rêve impliquant Lucius/Draco, un cercueil, de la neige. Sous l'influence de Ron et de Blaise, Harry coupe les ponts avec Max, son coup d'un soir. Draco est en vraie crise, toute cette histoire s'effrite, sa Muse se meurt, horreur. Le 15 janvier, dernière séance de pose. Dans la forêt de Dean, Harry se la joue strip-teaseur, danse comme le dieu Pan, Draco écrit avec frénésie puis finit par lâcher sa plume. Ils admettent l'un l'autre la fin des séances et la mort de la muse. Harry s'évanouit dans les bras de Draco après lui avoir murmuré trois mots : "Dans le puits".
Bref, on se retrouve en bas, bonne lecture :)
CHERCHE MUSE ou Laisser le temps aux choses
Chapitre 15, dernier chapitre : Deux tonneaux percés
Il faisait froid et humide, et les murs étaient constellés de gouttelettes et de mousse. On s'y sentait comme dans un vagin. Enfin, non, se rectifia tout de suite Draco. Il aurait fallu tout juste cinq degrés de plus pour que les murs prennent aussitôt l'aspect de parois sexuelles. Peut-être qu'en été, c'était terriblement excitant, de se faufiler là.
Même un gamin impubère n'ayant jamais utilisé son pénis pour autre chose que pisser se rendrait forcément compte qu'il n'était pas tombé dans n'importe quel trou. Ce trou-ci avait quelque chose d'organique, c'était palpable. Un vagin assurément, en été, donc.
Mais dans l'immédiat, en ce mois de Janvier enneigé, tout ça n'évoquait à Draco que vaguement la moiteur rassurante d'un utérus. Plus que la température finalement, c'était l'air rare et odorant, le noir enveloppant, ces touches de rose fade, le silence pesant, leurs positions, qui lui donnaient l'impression d'avoir replongé dans la toute première maison de chaque homme.
En réalité, ils étaient lovés sur eux-mêmes comme de grotesques fœtus. Leurs colonnes vertébrales, sous leurs fringues et leurs peaux, décrivaient deux arcs-de-cercle d'ivoire. Leurs bras entouraient leurs genoux, leurs mains gauches s'agrippaient désespérément à leurs coudes droits ; leurs mains droites à leurs coudes gauches. Leurs cous s'enfonçaient dans leurs épaules, qui s'arquaient sans aucune mesure, façon ailes de piaf gelé.
Ça creusait leurs clavicules, leur donnant certainement l'air de cadavres vidés de leurs chairs, mais dans cette obscurité sans faille, de toute manière, il n'y avait plus d'ombre. Ou bien, au contraire, tout n'était plus qu'une seule et immense ombre, où l'on ne distinguerait plus un creux d'une bosse. A ne pas se voir, on en finissait même, à force, à douter de sa propre existence.
Leurs mentons se collaient à leurs torses, et ça leur tirait dans la nuque, mais quand on a froid, la menace d'un torticolis n'est pas vraiment un tracas primordial. En tout cas, ils soufflaient doucement de l'air chaud au creux de leurs corps et tentaient, du mieux qu'ils le pouvaient, de le maintenir entre leurs quatre membres, le plus longtemps possible.
xXx
Leurs bouches s'entrouvraient à l'unisson pour exhaler cette tiédeur bénite, signe qu'ils étaient encore vivants, et ce souffle stagnait quelques secondes entre leurs bustes et leurs cuisses, avant de filer, ils ne savaient comment. Malgré tous leurs efforts, ils ne pourraient jamais former un être-boule parfaitement clos sur lui-même. Leurs membres maigres laissaient l'air s'échapper, alors même qu'ils étaient recroquevillés à l'extrême, alors qu'ils pensaient ne comporter plus une seule interstice.
Ils étaient deux tonneaux percés incessamment remplis de vie et qui pourtant jamais n'en seraient totalement pleins, pensa le blond avec grandiloquence. Il paraphrasait inconsciemment Platon.
Une nouvelle fois, Draco faillit parler, rien que pour entendre le son de sa voix. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était peut-être devenu muet, après tout ce temps sans prononcer un mot. Il fallait qu'il vérifie. Il fallait aussi qu'il vérifie si Harry était toujours en vie. Et si, aussi, leurs corps n'avaient pas disparu, ne s'étaient pas fondus avec le sol moisi et que, eux, devenus de purs esprits, ne s'en étaient même pas aperçus.
Il voulait donc se lever, remuer le brun à ses côtés, l'engueuler, le tirer de ce trou, aérer cet espace mortifère, mais il en était incapable. Il avait bien trop peur de rompre un rituel sacré, qu'il ne comprenait pas. Il se passait quelque chose, c'était sûr. C'était présent. Tout ce qu'il y avait autour d'eux était nécessaire. L'insecte qui courait sur son épaule faisait lui aussi partie de cet immense processus, ainsi que cette odeur de pierre humide et cette poussière immobile.
Quelque chose de grand, d'important, était en train de se jouer, là, juste à quelques millimètres de sa joue, entre les pierres de ce puits. Et même Harry Potter, l'être d'ordinaire le moins lyrique du monde, en était conscient. C'était certainement pour cela, pour assister à ce grand événement, qu'il les avait menés là.
Ils étaient en attente.
Mais de quoi ?
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« Dans le puits », avait murmuré Harry, après s'être glissé dans les bras de Draco. Ses paupières translucides tremblaient, mais le brun n'était déjà plus là, dans la forêt : il s'était endormi ou évanoui.
Autour des deux jeunes hommes, des chênes noirs aux branches tordues, et de la neige immaculée. Il n'y avait qu'à l'endroit où la plume de l'ancien Serpentard s'était fichée que la blancheur s'était ternie. L'encre sombre s'infiltrait rapidement dans la poudreuse, se diluant à peine et pourtant conquérant inlassablement centimètre carré après centimètre carré. Si on laissait ça se faire, le sol entier de la forêt de Dean serait bientôt noir d'encre.
Une fois de plus, Draco avait du lutter pour s'arracher à cet hypnotisant spectacle. Harry était presque nu, affaibli par cette stupide séance – danser à poil en plein Hiver, sérieusement ! –, ce n'était pas vraiment le moment de se préoccuper de neige souillée. Le plus important était déjà de couvrir cette trop grande étendue de peau.
Il avait du s'y prendre à deux fois pour jeter sur le brun un sortilège chauffant, tellement sa main tremblait. Il avait ensuite entrepris de le rhabiller, mais ses doigts s'emmêlaient. Tandis qu'il lui enfilait ses moufles immondes, il n'avait pas réussi à se départir d'un sentiment proche de la culpabilité – qu'est-ce qu'il aurait aimé rester là à simplement contempler ce corps pâle et ces touffes noires !
Si seulement ça avait été possible, il aurait satisfait un de ses fantasmes littéraires les plus maudits : contempler l'être qu'il adorait le plus au monde se désagréger, faire l'amour avec la Nature et ne laisser derrière lui qu'un corps immobile. Comme tout amateur d'Edgard Allan Poe, la Mort de la Beauté était un thème qui lui donnait envie d'éjaculer des litres de sperme.
De toutes ses forces, il avait donc appelé à lui des images, parfois récentes, souvent datant de leur adolescence, de Harry vivant, Harry riant, Harry jouissant. Harry qui n'enlevait jamais ses lunettes pour l'embrasser, Harry qui avait vomi après une Saint-Valentin trop arrosée. Harry, et pas seulement son corps, était beau, quand il s'agitait dans tous les sens. La mort lui irait certainement moins bien au teint. Il ne serait pas un cadavre très intéressant, réussit à se persuader Draco.
Au moment où il eût fini de lui enfiler ses chaussures, il s'était senti rassuré. Il n'était pas encore assez fou pour laisser le Sauveur crever de froid pour une simple exigence esthétique. Il n'avait pas le droit de disposer comme il l'entendait de ce corps. Il n'était pas à lui.
Quand Harry était son soumis, quand Harry était sa Muse, peut-être. Mais le brun l'avait dit lui-même, avant de tomber dans les pommes : il n'était plus sa Muse. Leur jeu de rôle touchait à sa fin. En quelque sorte, c'était perdu d'avance, mais Draco s'était échiné pour maintenir cette relation irréelle le plus longtemps possible.
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Le jour des vingt ans de Harry, Draco avait publié cette annonce. Que cherchait-il alors ? Souhaitait-il vraiment rencontrer une femme correspondant à ses critères de beauté parfaite ? Oui, il l'avait cru au début : sa Muse ne pouvait être qu'une jeune vierge aux longs cheveux comme des vagues, aux pieds rosés et aux ongles-coquillages. Il désirait voir, à l'instar des poètes antiques, une femme se glisser entre ses paupières à demi-closes ou entrer dans ses oreilles pour lui souffler le prochain vers.
Pourtant, dès qu'il avait découvert que c'était Potter qui avait répondu à son annonce, il savait déjà, au fond, que le Survivant serait à jamais le seul à pouvoir lui insuffler cette énergie créatrice qu'il recherchait tant. Harry, Harry avec qui il avait fait des choses auxquelles il avait parfois encore du mal à croire ; Harry, qui s'était toujours plié à ses désirs, tout en se montrant effrontément libre ; Harry, bien plus royal que lui-même, bien plus spontané. Harry, seul véritable créateur, entre eux deux, car il ne suivait aucune règle. Il n'en dictait même pas.
Il était inéluctable qu'il soit la seule Muse pour Draco. Enfin, du moins, qu'il soit le modèle de la Muse, qu'il lui inspire ce petit lutin qui accompagnait et maintenait en vie l'héritier Malfoy chaque jour.
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Mais cette Muse chérie était morte, en ce 15 janvier 2001. Elle était morte au moment précis où Draco avait lâché sa plume. Où il avait avoué l'échec. Il ne serait jamais écrivain. Ce qu'il produisait, ce n'était pas des poèmes, ni une œuvre magistrale, destinée à être lue par tous pendant des siècles et des siècles. Non, ce qu'il écrivait, c'était simplement une réflexion, toujours plus précise, toujours plus fantasque, sur son désir fou pour Harry Potter.
La Muse, c'était cette encre déversée dans le sol. Un compagnon que Draco abandonnait lâchement au milieu de cette forêt. L'ancien Serpentard pensait devoir vivre toute sa vie avec la Muse à ses côtés. Ça ne l'aurait pas dérangé, d'avoir toujours avec lui une luciole imaginaire. Il suffisait que lui la voit, que lui la prenne en considération, pour qu'elle existe vraiment. Il se sentait moins seul, épaulé par cet amour de Muse, où qu'il aille.
Cependant, ce jour-là, dans la neige sylvestre, il avait du faire un choix. Laisser mourir Harry Potter et ainsi parachever l'identité de la Muse, décrire avec précision, une dernière fois, tous ses attributs, pour en faire un personnage entier et ainsi la libérer de son modèle ? Ou tuer cette fée inachevée dont il était le Père, pour sauver le modèle lui-même, modèle qui était moins lumineux, moins extraordinaire mais vivant ?
Draco avait hésité quelques secondes, avant de serrer fort le garçon-qui-avait-survécu dans ses bras. Il les avait fait transplaner devant le puits du Manoir. Avant que ne commence sa période de deuil, ils avaient visiblement une dernière chose à faire ensemble.
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Harry ne bougeait toujours pas. Draco l'aurait senti, si ça avait le cas. Dans ce puits si étroit, un simple haussement d'épaule était comme une tempête, une tornade, enfin, n'importe quelle catastrophe naturelle consistant à foutre un bordel pas possible tout en attentant à quelques vies au passage.
Il faisait froid, sérieux. Pourquoi est-ce que le jour de leur dernière séance, ils le passaient à se les peler au fond du puits le plus glauque du coin ? Qu'attendaient-ils, au juste ?
L'héritier Malfoy n'avait aucune idée de l'heure. Bien sûr, il lui suffisait de glisser la main dans sa poche pour en sortir sa montre à gousset, aux aiguilles magiquement brillantes dans le noir. Malheureusement, les élèves de Serpentard n'étaient pas réputés pour leur courage, et lui ne dérogeait pas à la règle. Il avait sincèrement peur de s'attirer la colère de Harry, s'il faisait un mouvement qui avait un but autre que celui de respirer.
Draco se demanda, pour la énième fois, pourquoi ils étaient là.
Était-ce pour chercher du regard l'ouverture ronde et grise, tout là-haut, qui leur rappelait combien ils étaient loin de la Terre ? Était-ce pour expérimenter la solitude à deux, leur impuissance ? Ou bien n'y avait-il tout simplement aucune raison ?
Est-ce que Harry menait une expérience anthropologique et l'observait, patiemment, devenir fou ?
Si c'était le cas, il était fort, s'avoua l'ancien Serpentard. Comment avait-il pu deviner que le noir total, presque corporel, était la plus grande angoisse de Draco ?
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Après ce qui lui sembla plusieurs jours, Draco, à l'affût d'un quelconque mouvement, capta finalement un reflet blanc, à sa gauche. Au bout de quelques secondes, il identifia les incisives de Harry. Le Survivant recroquevillé, après une éternité sans bouger, venait d'ouvrir la bouche. Avait-il si faim, désormais, qu'il s'apprêtait à le manger ?
Le blond ne les voyait pas mais toutes les dents du brun devaient luire comme les crocs d'une bête sans nom, dégoulinantes de salive. Les lèvres rouges devaient être retroussées, dévoilant des gencives gonflées.
- Je me suis toujours demandé, Draco. Quel est ton plus beau souvenir ?
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« Dans le puits », c'était une indication suffisamment claire, du moins pour Draco. Il avait tout de suite compris à quoi le jeune homme évanoui faisait allusion. C'était pas difficile, en même temps. Aussi loin qu'il se souvienne, les deux anciens amants n'avaient jamais connu qu'un seul puits en commun : celui du Manoir Malfoy.
Après avoir atterri dans le jardin du domicile familial, le blond s'était rappelé qu'il y avait aussi un puits à Poudlard, il lui semblait. Près de la cabane de Hagrid. Mais le doute s'était dissipé très vite. Après tout, si le premier puits auquel il avait songé était celui du Wiltshire, c'était que Harry parlait aussi de celui-là, non ?
Et puis, il leur aurait été impossible de transplaner directement à Poudlard. Et l'ancien Gryffondor n'aurait sûrement pas demandé au préalable à McGonagall de leur permettre de passer les barrières magiques pour leurs Museries privées, c'était carrément insensé, n'est-ce pas ?
Bref, après s'être assuré qu'aucun Elfe de Maison ne les avait vus apparaître – il manquait plus qu'ils aillent cafter aux darons, ces imbéciles –, Draco avait déposé Harry contre la margelle du puits. Le brun, même recouvert de sa douzaine de couches de vêtements, semblait bien faible. Comment faire pour le ranimer ?
- Enervatum, avait-il murmuré, les dents crispées.
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Sa baguette avait craché quelques étincelles, mais sans plus. Il était si anxieux qu'il n'arrivait même plus à jeter un sortilège aussi basique. Il avait donc lâché sa baguette et s'était mis à tapoter les joues du brun, d'abord doucement, puis de plus en plus fort.
Quand il en fut arrivé à lui foutre carrément des gifles, ce qui avait étrangement eu le pouvoir d'apaiser sa panique – le Survivant s'était enfin réveillé.
Harry avait tout d'abord vérifié si ses lunettes étaient bien sur son nez, avait ensuite regardé autour de lui. Il n'avait pas semblé étonné d'être plongé dans l'ombre acérée du Manoir Malfoy ni de croiser le regard d'un paon albinos à l'air sévère. Après avoir jeté un coup d'œil inexpressif à Draco, il s'était relevé, avait fait signe à l'autre sorcier de s'approcher et, sans prévenir, lui avait attrapé le bras pour les précipiter dans le trou.
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- Mon quoi ? demanda Draco d'un air médusé.
Avait-il du attendre tout ce temps, à mourir de froid, d'asphyxie et de champignons respiratoires pour qu'on lui pose une question aussi stupide ? Est-ce qu'ils étaient deux ados qui tentent, à coup de questions-réponses personnelles, de se convaincre qu'ils sont intimes, qu'ils se connaissent suffisamment pour baiser sans culpabiliser ? Non ! Même si l'héritier Malfoy savait que Harry adorait la tarte à la mélasse, chaussait du 43, préférait les chiens que les chats, il était aussi conscient que tous ces détails ne constituaient en rien son essence unique.
Enfin quoi, tout le monde aimait la tarte à la mélasse.
- Ton plus beau souvenir, Draco. Je t'écoute.
Les yeux du blond se seraient ouverts très grands, s'il n'avait pas eu peur que les bactéries mortelles qui zonaient sûrement dans le puits n'attaquent sa cornée comme un acide particulièrement violent.
Il choisit donc plutôt de fermer les yeux. Peut-être que ça allait le calmer, ou l'aider à réfléchir.
- Pour quoi faire ? s'enquit-il finalement.
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Harry soupira. Pourquoi est-ce que Draco avait toujours besoin d'explications ? Le Survivant décida que ce n'était pas sa faute, après tout, que peut-être il avait été élevé dans une famille où tout avait une raison d'être, où toute chose devait justifier à chaque instant sa présence. Même ce qui semblait le plus superflu – les paons, par exemple – était absolument nécessaire. Les oiseaux albinos représentaient, même un mauvais psy pouvait le deviner, la richesse, le pouvoir, la superbe des Malfoy.
Chez les Dursley, Harry, lui, avait appris à ne pas poser de questions.
Il n'avait en tout cas aucune envie d'expliquer au blond la raison d'une telle question. Il était sûr que son petit plan marcherait bien mieux si l'affreux blondinet n'était pas sur ses gardes.
- Si tu n'en as pas, c'est pas grave, je peux te raconter un des miens ! dit-il.
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Avec un enthousiasme feint, l'ancien Gryffondor se lança illico dans la description détaillée de la première fois où il avait joué un match de Quidditch, et donc de sa première victoire sur un balai et puis le moment où lui et l'attrapeur de Serpentard s'étaient retrouvés côte à côte, et quand lui, le plus jeune joueur de Poudlard depuis un siècle, avait carrément avalé le vif d'or, et puis la tronche qu'avait tirée le sale gosse au menton pointu et aux cheveux gominés...
Sans qu'il s'en rende compte, le brun s'emporta dans son récit et finit par éprouver un réel plaisir à évoquer, heureux, le jour où il avait découvert le Terrier, sa première visite à Pré-au-Lard, et la fois où Fred et George avaient fait expl...
- Stop ! Cette avalanche de niaiseries me donne envie de rendre, merci bien, Potter ! cracha amèrement Draco.
- Tu n'as qu'à rivaliser, tiens, le provoqua la silhouette indistincte de Harry Potter. A moins que tu n'aies pas de souvenirs aussi heureux...
Le blond eut un rire moqueur, tout droit sorti de son adolescence.
- Dit le gars qui a vécu sous un escalier avec des araignées pendant, attends voir, onze ans ? Tu sais, si je ne veux pas te raconter mes plus beaux souvenirs, c'est tout simplement pour ne pas te rendre malade de jalousie.
Harry souriait comme un dingue, Draco aurait pu y mettre sa baguette au feu. Sans savoir pourquoi, il renchérit :
- Si toi, un de tes plus beaux souvenirs, est en rapport avec le fait d'avaler un vif d'or, désolé, mais je n'ai pas grand chose à t'envier. J'ai tellement de magnifiques souvenirs que je suis même incapable d'en choisir un en particulier, tiens !
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Harry écouta le jeune homme babiller pendant de longues minutes sur son enfance extraordinaire, sur ses anniversaires tous plus formidables les uns que les autres, sur les endroits les plus magnifiques et atypiques qu'il avait visités...
Pour une fois, il était content de retrouver, derrière Draco, le Malfoy Junior qu'il avait rencontré dans le Poudlard Express, il y avait maintenant presque dix ans. Depuis quand est-ce que le Serpentard avait arrêté de se vanter ? Depuis quand est-ce que son caractère, auparavant assuré et orgueilleux, avait laissé place à de la simple froideur ?
Harry regretta soudain d'avoir sciemment bridé sa baguette. Il aurait pu lâcher un petit « Lumos » et admirer avec plaisir le visage fier et enthousiaste de Draco Malfoy. Mais s'il l'avait rendue incapable de jeter un quelconque sort excepté un seul, c'était justement pour ne pas être tenté.
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- Putain, t'es fou ou quoi ? avait gueulé Draco, en se relevant difficilement.
Il était convaincu de s'être brisé trois ou quatre côtes.
- Fais pas ta chochotte, répliqua Harry. Je suis sûr que tu t'es même pas cassé un seul orteil.
Alors qu'il vérifiait toutes ses articulations, le blond avait du l'admettre : il s'en sortait avec rien de plus qu'une ou deux ecchymoses. Il avait fini par se souvenir qu'avant de les entraîner dans le puits, Harry avait sûrement crié un sortilège de protection, qui avait ralenti leur chute.
Si Harry n'avait pas été assez réactif, ils auraient pu en crever.
- Donne-moi ta baguette, avait-il dit d'un ton impérieux, tout en tendant une main aveugle.
- Je l'ai pas.
- Comment ç... Attends, qu'est-ce que tu fais ?
Il avait senti que ça remuait, à sa gauche.
- Je m'assieds. Tu devrais faire pareil. En restant debout, tu gaspilles ta chaleur.
Ça lui en coûtait de l'admettre, mais Harry avait raison. Il faisait terriblement froid au fond de ce puits. Déjà que sur Terre, tout là-haut, l'Hiver battait son plein, ici, c'était encore pire. Le soleil n'atteignait certainement le fond du puits qu'une fois par jour, et pendant une ou deux minutes, tout au plus. Ils étaient assis dans un lieu qui n'était absolument pas fait pour la vie.
Un puits sec, c'était typiquement l'endroit où on balançait les déchets dont on ne savait que faire, y compris les carcasses d'êtres humains.
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Draco avait palpé tout autour de lui pour être certain de n'être pas à proximité d'un crâne d'enfant. Il aimait la Mort en fantasme et en littérature. Dans la réalité, c'était une de ses plus grandes peurs.
- Il faut qu'on sorte d'ici. C'était très drôle, très imaginatif de ta part de feindre la faiblesse pour me précipiter dans ce puits idiot, mais maintenant, tu dégaines ta baguette, et tu nous fais transplaner dans un bon petit canapé. On fait infuser du thé et peut-être qu'ensuite seulement on pourra discuter de cette tentative de double-suicide.
- J'ai pas ma baguette, répéta Harry d'un ton neutre.
Il avait l'air terriblement calme, ce qui n'avait fait qu'accroître la colère du blond.
- Tu as jeté un sort pendant qu'on tombait, elle doit être quelque part par là ! avait-il grogné en tâtonnant autour de lui.
Se saisissant d'une chose rugueuse, longue et tordue, il avait failli crier victoire. Mais il s'était rendu compte, après avoir trois fois tenté « Lumos », qu'il ne s'agissait que d'un vulgaire morceau de bois.
- Où est-elle ?
- Je l'ai pas, j'te dis. Je l'ai balancée. Calme-toi, assied-toi, et profite.
Sur ces ordres mystérieux, Harry s'était enfermé dans un profond mutisme. Après avoir cherché de partout un quelconque objet qui puisse l'aider à grimper tout là-haut, Draco avait finalement abandonné.
Une dernière fois, il allait voir où est-ce que la Muse voulait le mener.
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- Il y a aussi la fois où j'ai réussi à te convaincre de baiser sous la Cape d'Invisibilité, devant tout le monde. Dans la Grande salle. Je crois qu'un première année ou deuxième année de Poufsouffle nous a capté. Tu sais pourquoi c'est un de mes plus beaux souvenirs ? Parce que tu essayais de ne pas gémir, de montrer que tout ça ne te plaisait pas du tout, mais tu t'es trahi en jouissant sur la propre cape que Dumbledore t'a refilée ! Sur la cape de ton père ! Yavait des gamins à quelques mètres de ta bite !
Harry ne dit rien. Il se rappelait parfaitement de cette fois-là, et il n'en était pas fier.
Depuis dix bonnes minutes, tous les plus beaux souvenirs de Draco Malfoy était centré sur leurs déboires d'ado. Ils n'avaient été ensemble que quelques mois, et c'était comme s'ils avaient passé tout ce temps à coucher comme des lapins.
Enfin, coucher... La plupart de leurs aventures mettait bien en scène une pénétration anale ou buccale et des organes génitaux gonflés à l'extrême, mais leur plaisir venait de tout-à-fait autre chose. C'était des jeux, qu'ils faisaient, en fait. A celui qui ira le plus loin dans le malsain, à celui qui osera proposer l'insupportable...
Ils ne referaient sûrement, pour leur santé mentale, plus jamais ce genre d'expériences. Ils avaient vingt ans et passé l'âge des défis anticonformistes. Mais ça restait de beaux souvenirs. Harry était même ému que le blond en ait des images si précises. Bien sûr, lui aussi, s'il faisait l'effort, se rappelait de la plupart de leurs rencontres. Mais ça n'arrivait pas souvent. Cette période-là était souvent représentée dans son imaginaire par un simple sentiment de désir mêlé de trouble.
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Désormais qu'il n'y avait ni séances d'érotisme, ni jeux sexuels ou séances de pose pour les lier, que pouvaient-ils encore faire ensemble ?
Harry, en début d'année, avait décidé d'être honnête avec lui-même et de régler la question « Ma relation étrange avec Draco Malfoy » le plus vite possible. Ils ne pouvaient pourtant ni être un couple, ni être amis, ni jouer aux inconnus.
Comme s'il répondait à cette réflexion mentale, Draco dit alors :
- Tu sais, Harry, je crois que tout ça ne nous mène à rien. C'était plutôt sympa d'échanger de vieux souvenirs avec toi mais peut-être qu'on devrait se sortir de ce trou.
L'ambiance changea drastiquement. Ce n'était pas du tout vers là que Harry voulait les mener, pourtant. Pour a première fois depuis qu'ils avaient atterri au fond du puits, il commença à sentir la panique monter. Et si, au lieu d'avoir l'effet escompté, cette fin de séance les emportait vers une rupture incontrôlable ?
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- Blaise, sincèrement, je suis désolé pour tout ce que j'ai pu dire sur toi.
Blaise Zabini dévisagea le rouquin avec amusement. Il savait – car il savait tout – que Ron Weasley ne le portait pas dans son cœur. Depuis que Harry et l'ancien Serpentard avaient eu une relation aussi brève que catastrophique, Ron avait passé des jours entiers à maudire son existence. Et quand Blaise avait repris contact avec Harry, fin octobre, Ron avait recommencé à honnir le nom du métisse, qui n'en avait cure, soit dit en passant.
Tant que Ron ne se mettait pas en travers de ses plans, il pouvait tout aussi bien être amoureux de lui ou le détester de tout son être, c'était kif-kif. Mais malgré son indifférence totale pour le meilleur ami de Harry Potter, Blaise était plutôt étonné par ce retournement de situation. Il n'avait pourtant jamais pensé que le dernier fils Weasley pourrait un jour le surprendre.
- Bref, maintenant que Hermione est contente que je t'ai présenté mes plus plates excuses, j'aimerais te poser une question.
- Je t'écoute, Ronald, répondit poliment Blaise, tout en attrapant un magasine sur la table basse.
Ron, dans l'âtre de la cheminée, se retint d'étouffer d'indignation. Il avait besoin de Zabini.
- Et bien, j'aimerais savoir si tu sais, par exemple, où serait Harry, baragouina-t-il, en essayant de contrôler son énervement.
- Harry qui ?
Quand il vit les mâchoires serrées de Ron, Blaise jubila intérieurement. Comme c'était drôle !
- Le gars avec qui Draco Malfoy, ton meilleur ami, a une espèce de... liaison.
Pour la deuxième fois en cinq minutes, Blaise Zabini fut étonné par Ron Weasley. Il faillit en lâcher sa revue.
- Raconte-moi ce que tu sais exactement, et je te répondrai... peut-être.
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- Quoi, à rien ? De ? marmonna Harry.
Draco reprenait visiblement le contrôle de la situation et rien n'aurait pu lui faire plus plaisir. Il ne savait quand, mais il avait commencé par, petit à petit, tout laisser passer à Harry Potter. Lui qui avait été son dominant par le passé, avait laissé le brun le surprendre à coups de séances de pose plus bizarres les unes que les autres.
Mais il était temps de s'extraire de cette passivité, où il s'embourber. Il voulait agir, il voulait construire quelque chose. Cependant, le seul souci, c'était que dans sa tête, tout était si confus, bordel !
- Il n'y a plus de séances de pose. Je vais arrêter d'écrire. Tu es libre, comme on dit. Notre relation d'ado est enterrée depuis longtemps. Il faudrait peut-être qu'on passe à autre chose. Qu'au lieu de s'inventer une vie parallèle et hors de tout, sans réalité, on se sépare. Je ne dis pas ne plus jamais avoir de rapports l'un avec l'autre, mais vivre simplement sans empiéter constamment sur nos espaces vitaux. Enfin, arrêter de vivre dans le passé, et puis...
Harry n'arrivait même plus à écouter le long, très long discours de Draco. Grosso modo, le blond brodait autour du même thème : leur relation n'était ni saine, ni productrice. Ils ne pourraient jamais vendre du rêve guimauve comme la fois où ils s'étaient baladés à Egerton avec Teddy ni reprendre leurs amours anormales d'écoliers qui découvrent le sexe.
Tout les menait à une impasse. Ils n'avaient aucun avenir.
- Je n'ai pas envie de passer tous les jours de mon existence à côté du Sauveur. Je n'ai pas envie de coucher en missionnaire avec toi. Je n'ai pas envie d'avoir un chat, un hibou familial et une cabane à balais poussiéreuse...
Et le blond continuait sa variation déprimante sur les horreurs d'un futur plan-plan où il jouerait le rôle du bad boy reconverti et Harry celui de l'homme parfait et amoureux. Au bout d'une vingtaine d'arguments qui visaient à démontrer que Harry + Draco = fail intersidéral, le Survivant décida d'arrêter ce massacre, avec la seule arme qu'il avait sous la main.
Il tendit la main vers ce qu'il supposait être l'entrejambe du blond et commença à frotter.
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- C'est pas très marrant s'il t'a vraiment tout raconté, ronchonna Blaise. De toute manière, en gros, je savais déjà tout ça.
- Et c'est pas très marrant de parler d'un sujet si intime à un gars qui lit une revue de... Une revue de cul ! Par l'anus de ma tante, Zabini !
Dans le fond de la cheminée, Blaise entendit Granger s'offusquer du juron proféré par son copain.
- Ronald, ce n'est pas intime, c'est la vie de ton pote et du mien. Tu pourrais parler de « sujet intime », si on discutait autour d'un thé de ta tentative ratée de sodomie avec Granger, que je sache.
Les flammes qui composaient le visage du rouquin semblèrent plus rouges, mais il ne protesta pas. Il avait vraiment besoin de l'aide de Zabini, même si pour cela il devait essuyer des remarques aussi stupides que... comportant, peut-être une part de vérité.
- Je suis désolé, mais je considère que parler de la vie des autres quand ils sont pas là ne signifie pas qu'on ne doive pas leur montrer un certain respect. Et j'aime pas spécialement évoquer de tels détails de la vie de Harry. Surtout avec toi, Zabini.
- T'es pas drôle, soupira l'autre sorcier. Je comprends pas comment Harry peut être ami avec toi et avec moi.
- On peut parler du lieu où il est, plutôt que de la façon dont il choisit ses amis ?
- Pas drôle du tout, le Weasley. Bon, j'imagine, si tu as saisi leur situation, qu'ils en sont arrivés à un point critique ?
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Ron acquiesça, même s'il n'était plus certain de rien. La veille, toute sa vie avait pris un tournant nouveau, quand Harry avait voulu se la jouer « confessions intimes ». Il les avait invités, Hermione et lui, à dîner dans son studio. La dernière fois que c'était arrivé, il avait annoncé à Ron qu'il avait trouvé un travail. Cette fois-ci, il leur avait plus ou moins indiqué qu'il voulait leur parler de Draco.
Le couple d'anciens Gryffondors savait, grâce aux journaux, que Draco et lui se revoyaient. Ils savaient aussi que les deux sorciers avaient vécu une courte histoire, durant leur sixième année, sans pourtant savoir comment ils en étaient arrivés là.
Le 14 janvier 2001, plus de quatre ans après le jour où, dans une salle de classe abandonnée, Malfoy avait proposé à Harry de pratiquer ensemble des séances d'érotisme, Harry avait avoué à ses deux meilleurs amis comment il en était venu à fréquenter son pire ennemi.
C'était pendant qu'il essorait la salade, comme ça, il avait réussi à le dire :
- Draco et moi, on a joué à des jeux sexuels, au début de la sixième année.
Pendant la minute de silence qui avait suivi, il avait maudit cette tournure de phrase. Hermione et Ron n'avaient pipé mot, c'est à peine s'ils s'étaient autorisés à respirer. Ils attendaient qu'il continue.
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Leur ami leur avait donc expliqué le principe des séances d'érotisme et surtout ce qu'elles lui avaient permis de comprendre et qu'il leur avait toujours caché : il était un peu taré. Ron, esprit pratique, lui avait demandé un exemple de séance, pour mieux saisir le concept. Harryi lui avait alors parlé du souvenir envoyé par Draco où le rouquin avait été embarqué par erreur.
Hermione avait écouté, sans broncher, le récit du souvenir dont Ron n'avait jamais voulu parler : Draco avait fait un gros suçon à Pansy Parkinson, fui dans son dortoir. Lui et Blaise s'étaient déshabillés, dans le but de prendre une douche. Tous les deux avaient déjà quitté le dortoir quand des fringues s'étaient soudain mises à s'élever dans les airs. Une main était même brièvement apparue. La chemise blanche de l'héritier Malfoy avait disparue, tâchée d'un liquide jaunâtre.
- C'était moi, sous la Cape d'Invisibilité. Draco m'avait demandé de me rendre invisible et de le suivre.
Ron avait envie de lui demander ce qu'il avait fait exactement pour que la chemise soit tachée de sperme, mais il se retint. Harry avait consenti à leur raconter ce qu'il y avait de certainement plus personnel pour lui, il ne pouvait pas l'insulter avec sa curiosité malsaine.
- A ce moment-là, tu sortais pas avec Blaise ? avait-il demandé à la place.
- Ha, Blaise... C'est compliqué. Il ne m'a approché que pour s'amuser un peu avec Draco. Comment dire ? Je crois que son délire, c'est de foutre un peu la merde et puis de recoller les morceaux.
Et comme il en était aux révélations, il osa leur parler des séances de pose. C'était déjà quelque chose de moins honteux, quoique ça restait plutôt étrange. Hermione ne fit qu'un court commentaire :
- Je comprends enfin pourquoi tu avais tant besoin de livres sur les Muses. En tout cas, je te remercie de nous avoir parlé, Harry. J'espère surtout que tu sauras comment résoudre ton histoire avec Draco... On ne saurait pas trop comment t'aider.
Il y a des aventures qu'on ne peut pas vivre avec ses amis.
- Demain, c'est notre dernière séance, avait répondu Harry. Et j'ai une idée pour sortir de cette impasse.
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- Ho putain... Putain ! gémissait Draco, en se tenant l'entrejambe.
- En même temps, t'aurais pas du frapper si fort, fit Harry.
- Ta... gueule... réussit à articuler l'autre, en se blottissant sur lui-même.
Harry compatissait autant qu'il était amusé. Quand Draco avait senti une main frotter son sexe, il l'avait frappée de toutes ses forces, comme pour écraser un énorme insecte indésirable. Il n'avait pas anticipé le fait qu'il frappait bien la main de Harry, certes, mais que cette dernière était juchée sur ses précieux appendices génitaux. Le coup avait été si violent qu'il avait cru en crever.
- Allez, je comprends ta douleur. Pas comme ta future petite femme chérie.
Malgré son ton nonchalant, on pouvait sentir dans la réplique de Harry une pointe de jalousie.
- Je veux pas... me marier, répondit le sorcier au supplice.
La douleur lancinante l'empêchait de penser.
- C'est pourtant ce que tu m'as dit tout-à-l'heure.
- Putain, si tu crois tout ce que je te dis...
Harry, qui était plus ou moins en train de bercer son ami, se figea. Il oubliait bien trop souvent que les anciens Serpentards s'exprimaient par non-dits et qu'on ne pouvait absolument pas avoir confiance en leurs beaux discours.
Alors, au lieu de demander bêtement « Si je te masse, tu crois que ça partira ? », Harry ôta doucement les mains du blond de son entrejambe pour y placer les siennes. En tant que grand maladroit, en tant qu'être humain de sexe masculin tout simplement, il savait que la douleur, bien qu'intense et effroyable, disparaissait rapidement, sans laisser de trace.
- Qu'est-ce que...
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La question de Draco resta en suspens. Il n'avait pas totalement oublié le froid, mais son cerveau était monopolisé par une tout autre sensation. Combien de temps cela faisait-il que quelqu'un ne l'avait pas touché comme ça ? Bien sûr, depuis Harry, il avait couché avec un nombre satisfaisant de personnes, merci pour lui. Mais aucune de ses conquêtes n'était restée plus d'une nuit. Ils négligeaient les préliminaires et se lançaient souvent à corps perdu dans une pénétration aussi longue qu'épuisante, dont on sortait plus vidé que comblé.
Pourquoi est-ce qu'une inconnue – souvent, c'était des femmes, bien plus faciles à dégotter qu'un homme – prendraient le soin de le branler avec application ? De toute manière, la majorité ne savait pas le faire correctement. Et celles qui savaient étaient trop égoïstes pour partager leurs dons. Draco, à force de refouler son homosexualité, avait fini par développer un dégoût des femmes presque injustifié... Presque. Parce qu'il était désormais convaincue qu'aucune d'entre elles n'était capable de le masturber avec autant de classe que...
- Putain, Harry...
- Je sais, ne put s'empêcher de chuchoter l'interpellé.
Lui non plus n'avait aucun mot pour dire combien il était... combien... combien être de nouveau en contact avec Draco était bon.
« Son sexe dans ma paume,
je suis le plus heureux des hommes »
Poème n°1, Harry Potter (2001)
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Blaise émit mille et une hypothèses de lieux où les deux disparus auraient pu... disparaître. Mais comme toutes paraissaient invraisemblables – la dernière en date mettait en scène un bateau en partance pour le Caire –, plutôt que d'avouer qu'il n'en avait strictement aucune idée, il préféra faire fonctionner à la place le cerveau de Weasley.
- Toi, il t'a raconté leur relation en travers, en large et, surtout en long, hier. Tu dois bien avoir une idée d'où se passerait leur dernière séance de pose, non ? Si ça peut t'aider, celle d'avant, c'était le Nouvel An. Ils ont fait une raclette party chez Harry, ont bu comme des trous et se sont endormis dans le canapé.
- Harry, contrairement à ce que semble faire Draco avec toi, ne me raconte pas tout. Il m'a simplement dit qu'aujourd'hui, il comptait en finir avec cette attente. Il voulait agir. Mais il commence à se faire tard et il fait super froid...
- Tu as peur qu'il se soit suicidé ? demanda Blaise, en lâchant son magazine.
Les filles en string pouvaient attendre quelques minutes, si le Héros national voulait en finir avec la vie !
- Nom d'un vélociraptor en rut, Zabini, j'ai jamais dit ça ! J'ai juste peur que ça ait mal tourné, cette histoire. Imagine, peut-être qu'au lieu d'avoir une discussion, ils déconnent, à l'heure qu'il est !
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- Regarde-moi, murmura Draco à l'oreille du brun.
- Putain, j'aimerais bien... grogna ce dernier, mais il fait noir comme dans ton anus.
L'ancien Serpentard rit.
- Tu n'avais qu'à pas nous balancer ici, grinça-t-il, tout en enfonçant ses doigts dans le trou de Harry.
- Aïe, j'avais oublié que tu connaissais pas le mot « tendresse »...
- Tu peux parler ! s'exclama Draco. Putain, trois doigts d'un coup, tu es sérieux ? Contrairement au tien, mon cher et tendre anus n'a pas été pénétré depuis un moment...
Eux-mêmes avaient du mal à comprendre comment une telle prouesse était possible, mais ils étaient tous deux en train de mutuellement se doigter le cul. Il y avait encore quelques minutes, une sorte de gêne, due aux années qui étaient passées, rendait leurs gestes maladroits. Pourtant, en un instant, leurs doigts avaient retrouvé avec bonheur une chair familière, un corps qu'ils connaissaient par cœur. Enfin, ils pétrissaient un terrain familier.
Et dans ce noir complet, il n'y avait aucune honte à avoir. Tout était permis. Ils n'étaient même plus parmi les vivants.
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Draco avait zappé combien Harry pouvait le faire bander. C'était presque effrayant comme il perdait soudain tout contrôle sur son excitation. Le moindre souffle, mouvement, morceau de chair lui donnaient envie de crier « Je te veux ! » ou, bien plus troublant, « Je suis ta chose ! ». Ils étaient toujours habillés et les coutures de leurs vêtements leur rentraient parfois désagréablement dans la peau. Il avala quelques bouts de feuilles morts. La poussière le faisait éternuer, les pierres froides, frissonner.
La boue dans ses cheveux, la sueur qui s'y mêlait, la terre sous ses ongles... Le fond de ce puits était glauque et sale, et sûrement pas conçu pour baiser comme des sauvages. C'était étroit, pas vraiment comme un vagin, mais plutôt comme un cordon ombilical. C'était cela : ils étaient deux embryons jumeaux reliés à leur Mère la Terre au travers de ce long puits télescopique. Tout là-haut, un cercle de lumière : la vie ? Le Monde ? Eux étaient encore en-deçà. Ils baignaient toujours dans cet air suffoquant et non renouvelé : un placenta nourrisseur et protecteur.
Draco enfonça sa bite jusqu'à avoir l'impression d'avoir remonté jusqu'à l'estomac de Harry. Ce n'était pas possible, mais il aurait aimé avoir un sexe assez long pour parcourir ces mètres d'intestins, pour remplir ce colon entièrement.
Il voulait que son corps entre intégralement dans celui du brun, être englouti par lui comme un bébé bouffe son jumeau et ne s'en rend compte que des années plus tard, pendant un examen médicomagique approfondi. Il aurait aimé se dissoudre dans cet anus, y être tout-à-fait aspiré.
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- Tu aimes ? demanda-t-il d'un ton taquin, tout en se retirant.
- Non ! gémit Harry, qui essayait en vain de s'empaler. Bouge, s'te-plaît !
Mais Draco tenait fermement ses fesses. Leurs deux sexes palpitaient d'attente. Son propre gland était collé à cette rondelle frémissante, rêvant de la transpercer. Ça devait être terriblement rouge tout ça, rouge écœurant, avec leur peau trop fine qui laissait voir tout ce sang affluer. Draco, les yeux fermés, voyait ses propres couilles rondes tendues au maximum, frémissantes, ses poils blonds formant un halo faussement divin.
- Je pense pourtant que tu vas apprécier, commenta-t-il.
Il retourna Harry. Il adorait le manipuler comme une marionnette, dictant les positions et l'enchaînement acrobatique qui les menait il ne savait où. Comme s'ils dansaient comme deux embryons dans le ventre d'une maman, enroulés dans quelques boyaux. Harry était désormais derrière Draco, les genoux enfoncés dans un sol terreux.
- Tu veux que j'écarte ton anus avec mon sexe ? s'étonna-t-il faussement. Mais attends, ton anus, contrairement au mien, comme tu dis, n'a pas été pénétré depuis un moment, non ?
Pour toute réponse, Draco prit ses deux fesses entre ses mains, l'invitant à se taire et à le pénétrer.
Avec Harry Potter, tout était permis.
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- Maîtresse, maîtresse Narcissa !
Narcissa Malfoy, occupée à prendre le thé en lisant un roman pastoral, ne prit même pas la peine de lever la tête. Elle était assise dans un fauteuil en osier, dans une véranda si joliment éclairée qu'on semblait toujours y être en été.
- Qu'y a-t-il, Twinny ?
- Le puits fait des lumières, Maîtresse Narcissa. Des lumières de magie sorcières. Twinny voulait pas déranger la maîtresse, mais Twinny...
La sorcière ne montra aucun étonnement. Elle glissa un marque-page dans son livre, le posa sur une étagère, finit sa tasse de thé puis emboîta le pas à son Elfe de Maison.
Un autre jour que celui-ci, elle se serait terriblement inquiétée. Le puits à sec était ancestral. Il existait bien avant que les Malfoy ne deviennent les seigneurs du coin. C'était d'ailleurs une des choses qui avaient le plus plu à Narcissa quand elle s'était rendue au Manoir pour la première fois. Le puits dégageait une puissante aura, comme s'il était un nœud où transitait de nombreux flux de magie. Elle se plaisait à l'imaginer comme le nombril du monde ou du moins, celui des terres environnantes.
La sorcière n'avait pas une connaissance très étendue de la Magie de la Nature qui était depuis toujours associée à la Magie Blanche. Mais l'idée de vivre près d'une source d'énergie si profonde, cela lui plaisait bien. Ainsi, un autre jour que celui-ci, elle aurait eu peur que le puits à sec ne meurt.
Mais ce jour-là, elle se posa simplement deux questions :
Des lumières dans le puits à sec ? Que faisaient donc son fils et Harry Potter ?
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- Tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ?
- Chut. Tu m'étonnes que tu arrêtes d'écrire. T'apprécies pas la Beauté.
- La Beauté ? répéta Draco.
Ils étaient assis au fond du même puits qu'auparavant. Pourtant, il était radicalement différent. Ses parois anxiogènes étaient désormais simplement réconfortantes. Le sol épousait presque la force de leurs fesses. On s'y sentait comme dans un terrier, un petit cocon intimiste. Même les insectes qui y rampaient semblaient plutôt rigolos.
Tout cela grâce à un simple phénomène : la présence de la lumière. Et quelle lumière !
Dans les airs, deux animaux folâtraient, planaient tout en illuminant le trou. Leurs corps emplissaient le puits d'une présence positive et bienfaitrice.
C'était beau, certes. Mais déconcertant. Comment est-ce que Draco avait pu créer un Patronus sans même s'en rappeler ?
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Juste avant de jouir, Harry avait attrapé sa baguette, qui était dans la poche de son manteau, l'avait glissée dans la main de Draco et avait soufflé « Spero Patronum ».
Quand il avait plus ou moins planifié la séance, son plan était juste de foutre l'ancien Serpentard dans un état de bonne humeur nostalgique avant de lui proposer de tenter de jeter le sort. Ne pas réussir à créer un Patronus corporel avait toujours été une des plus grandes frustrations de Draco, qui excellait pourtant généralement en magie. L'idée était de le confronter à un puits angoissant comme un Détraqueur mais qui ne tenterait pas de l'embrasser mortellement. Ensuite, il suffisait simplement que Draco, à l'aide de bons souvenirs, grâce à la présence de Harry, prononce la formule.
Mais, bien sûr, ils avaient commencé à baiser. C'était à la dernière seconde que le Survivant s'était rappelé de sa stratégie initiale, qui n'était clairement plus applicable. Dans l'urgence, il avait fait ce qui lui avait semblé le plus judicieux : prononcer le sortilège alors que Draco tenait la baguette.
En temps normal, une telle chose aurait semblé comique, carrément impossible. Mais le puits... le puits en quelque sorte leur avait donné un coup de pouce, comme pour les soutenir.
Il n'y avait pas d'autre explication possible aux deux Patronus qui gambadaient gaiement sous leurs yeux.
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- Ca va, vous, au fond ? fit une voix qui leur semblait très lointaine et en même temps très proche.
Elle résonnait sur les murs du puits jusqu'à eux et arrivait déformée. Ils reconnurent néanmoins sans mal Narcissa Malfoy.
- Mère, tout va bien. Pourriez-vous nous sortir de là, s'il-vous-plaît ?
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- Tu as réussi à créer un Patronus ? Un vrai Patronus ? fit Blaise d'un ton admiratif.
Lui-même n'avait jamais vraiment essayé. Il se contentait d'éviter de croiser des Détraqueurs. Et il préférait largement envoyer des hiboux ou passer un coup de Cheminette qu'envoyer un animal non vivant (c'était quand même aberrant) pour porter son message d'une voix désincarnée.
- Oui, grâce à Harry, au puits magique du Manoir et plus ou moins à ma mère.
Cela faisait trois jours que Draco et Harry avaient fait leur dernière séance de pose. Trois jours qu'ils avaient passé chacun dans leurs coins, à réfléchir. Concrètement, ils s'étaient jetés un défi : le premier qui éprouverait un sentiment de manque et de désir se verrait obligé de s'occuper de l'autre. Le temps qu'ils passeraient séparés dépendait donc seulement d'une question de fierté. Pour l'instant, Draco ne souffrait pas trop.
- Comment elle a réagi, Narcissa, d'ailleurs ?
- J'aimerais que tu arrêtes de parler si familièrement de ma mère, Blaise, râla le blond pour la forme. Elle savait qu'on était dans le domaine. Elle nous a sentis transplaner. Elle nous a laissés faire nos petites affaires. C'est quand même fou. Je la comprends pas. Elle nous a donnés sa bénédiction. Père aussi. Dans quel monde vit-on ?
Il faisait des mouvements de yeux qui montraient son réel incompréhension.
- Mouais, répondit distraitement Blaise, que rien n'étonnait réellement. Comment il est, ton Patronus ?
Draco sourit, empoigna sa baguette, et jeta le sort. L'animal bleuté se promena fièrement dans l'appartement de Blaise avant de disparaître.
- Ca m'étonne pas de toi. Peut-être que si tu y arrives, c'est que tu es enfin au clair avec tes idées. Je sais pas, j'imagine qu'on réussit un Patronus que en étant parfaitement en accord avec soi-même. En ne se mentant pas, tu vois, en étant capable de former une idée précise de son être protecteur. Je t'avoue que je t'ai toujours trouvé bien confus, toi qui aimes pourtant que tout soit nickel. En tout cas, confus dans ton rapport avec un certain myope...
- Garde-moi ce discours psychologique creux pour ce soir, veux-tu ?
- Qu'est-ce qui se passe ce soir ?
- Ron et Hermione font une sorte de fête. Et Ron a insisté pour t'inviter.
- Il y aura Harry, alors ?
- Oui, ça pose un problème ?
- Mais vous deviez pas ne pas vous voir ?
- J'ai jamais dit ça, dit Draco, amusé. Simplement qu'on ne devait pas manifester un quelconque sentiment de manque.
- Pratiquement, ça signifie que vous allez vous ignorer ?
Draco Malfoy ne répondit pas. Il se faufila dans la cheminée de son ami, lui donna l'adresse du couple d'anciens Gryffondors, ainsi que l'heure de rendez-vous avant de disparaître.
Il lui restait trois heures pour se rendre à la fois beau et terriblement attrayant. Il cultiverait ce soir-là un charme mystérieux, impénétrable et inaccessible. Ca allait rendre Harry fou. Le problème, c'était qu'un Harry fou de désir et donc effroyablement érotique, c'était exactement ce qui faisait capoter, sans exception, toutes ses résolutions. Dès que l'ancien Gryffondor éprouvait quelque chose, d'une manière ou d'une autre, cela affectait aussi l'héritier Malfoy. Et Harry éprouvait toujours quelque chose.
Ils étaient deux tonneaux percés, incessamment remplis de plaisir et pourtant éternellement insatisfaits. Mais n'était-ce pas là le seul moyen de distinguer leur vie de celle d'une pierre ?
- FIN - (Adieu, Cherche Muse)
VOILA. Merci à Platon (Le Gorgias) de m'inspirer, merci aussi à Murakami (Chroniques d'un oiseau à ressort) pour l'idée du puits.
Malgré la publication assez lente de cette fic, j'ai eu beaucoup de plaisir à l'écrire. Elle est aussi longue que Les enchaînés (cad, quand même, 120 000 mots, soit plus de 200 pages openoffice) et m'a pris... six mois. Six mois à me demander qu'allait-il se passer dans le prochain chapitre, haha. Il n'y aura pas d'épilogue.
En tout cas, je remercie tous les lecteurs de la fic anonymes, non-anonymes, muets ou non, ceux qui la suivent depuis le début, ceux que j'ai paumés en chemin, ceux qui sont arrivés en cours de route, ceux qui la liront seulement une fois achevée (c'est-à-dire maintenant).
Vos avis et messages comptent beaucoup. Un dernier poutou-review de ta part, même si la fic est finie ?
A bientôt pour d'autres aventures (toujours un peu perchées),
merci encore de m'avoir lue,
Mayu
EDIT (en ce qui concerne ma prochaine fic)
J'ai commencé à publier ma nouvelle fic, UNE HISTOIRE DE LA SOUMISSION (oui, j'ai réussi à trouver une idée! Le titre fait envie, hein ?) C'est une huitième année canonique, mais qui soulève la question d'une relation Harry... Snape. Vous l'avez compris, Snarry en vue ! Et comment ça se passe, vu que Severus est mort, hélas ? Et qu'est-ce qui se passe quand Harry commence à réfléchir sur ce qui aurait pu se passer entre eux ? Quand il se rend compte, au fil des souvenirs, qu'il y avait, peut-être, entre eux une certaine tension sexuelle dominant-dominé ?
Bref, si ça vous tente, venez nombreux hihi
